2020.06.28 | bords de mer (habiter le)


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J’avais récemment tenté de démêler, dans ce journal images, la complexité qu’est la notion d’habiter, dans ce rapport aussi à ce sentiment de présence immédiate, de convergence plus accentuée d’un point précis du réel ordinaire. Ainsi, en ce rectangle précis, la dramaturgie des murs, ouverts seulement sur le côté route. Et l’emprise au sol conçue pour la mesquinerie d’une maison individuelle qui évidemment sera toute petite mais, en même temps, face mer. Voire : touchant la mer. En quelques photos, ton réflexe c’est d’en faire inventaire. Ce qui organise ces pages, c’est la question d’une sérialité de la photographie permise par la publication en ligne : le temps de lecture de la page-image celui du défilement des unités images. Inventaire sur les quatre faces, vues larges ou vues de détail : je photographie avec une unique focale fixe (Sigma 16mm sur appareil micro 4/3 c’est équivalent 32 d’un plein format) donc c’est avec mes pieds que je règle la photo. J’aime bien, ça contraint à la voir mentalement avant de la faire, et rare désormais que je fasse plus de photos que j’en ai besoin. Parmi les photographes que je suis avec le plus de fidélité, et d’exhaustivité, le projet d’atlas des régions naturelles d’Eric Tabuchi et Nelly Monnier. Le travail d’Eric interroge évidemment lui aussi la sérialité, mais d’une façon opposée : il ne s’approche pas, n’inventorie pas, mais il associe des lieux ou thèmes, et ce fait de les assembler devient à son tour prisme optique. Et puis le destin des photos d’Eric est de devenir livre ou exposition, même si la trimbale préalable de l’exploration en est un élément constitutif — ici, c’est la publication en ligne et l’inter-relation des pages du journal qui est la fin en soi. Après, tu regardes tes 10 images, images autour d’un vide, et tu cherches à comprendre pourquoi c’est cet endroit, et cet endroit seulement, que tu as choisi pour ton inventaire. C’est peut-être lié à ce qui se trame du côté atelier en ligne « outils du roman », mais pas seulement : tu pourrais ici dormir à la belle étoile ? ce n’est plus de ton âge. L’idée d’une camera obscura défaite, qui pourtant voit la mer et l’enregistre ? Déjà un peu plus. L’idée que ce sentiment d’appartenance à la Terre, lorsqu’il advient, suppose avant tout cette résonance d’un espace vide ? On approche. Tu photographies justement parce que tu n’as pas de solution.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 juin 2020
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