#été2023 #15 | Julien Gracq, poétique du récit

un cycle pour amplifier l’invention du roman


 

#15 | Julien Gracq, poétique du récit


Qu’est-ce qui fait que la langue chante ? Comment installer sa propre écriture, en de certains points précis de la narration, dans un pur usage lyrique, sans autre critère ?

Et allons plus loin : il n’y a certainement pas d’absolu pour les critères qui font percevoir la narration en prose comme purement poétique ou lyrique. Chacun a ses propres références, ses propres appui : quelle autrice, quel auteur, est pour vous (et vous seul·e) l’exemple d’un tel usage lyrique de la langue ?

J’ai cité quelques-uns de ces exemples, ceux qui valent pour moi : Jacques Abeille, Jean-Paul Goux, La mort de Virgile d’Hermann Broch. Et bien sûr Julien Gracq.

Mais en prenant Julien Gracq dans le moment même de sa genèse, de son processus d’amplification.

Paraît en 1974 Lettrines II, travail sur le fragment, avec une suite de « séries » : on a déjà travaillé, dans ses cycles, sur ses « Marines ». La première de ces séries s’intitule seulement « Chemins et rues » et elle inclut, mais pas tout de suite, plutôt vers les deux-tiers de cette vingtaine de textes, parmi des déambulations dans Paris (Gracq habite et enseigne alors la géographie à Paris en lycée), des retours sur la période de guerre quand il a son premier poste d’enseignant à Caen sous les bombardements, une page « hapax », une page comme orpheline, une page, sans lien avec le fragment précédent ni le suivant, sur Nantes.

Preuve supplémentaire de la genèse : cette page part de Baudelaire, mais le livre qui en résultera en 1985, donc La forme d’une ville, empruntant à Baudelaire son titre, l’élimine ensuite et trouve plutôt son appui dans Rimbaud, cité avec obstination — plus bien sûr Edgar Poe, Balzac, Jules Verne.

Et ce sont trois passages de La forme d’une ville que je joins dans le document d’appui, avec cette page initiale en amont, dans cette amplification font de Nantes, trajets, impressions, souvenirs, une recréation lyrique, cette poétique de la prose que je vous propose aujourd’hui.

Parce que Julien Gracq nous offre aussi un autre appui : prenez, si vous en disposez, La forme d’une ville, et suivez les incipit de chacune de ses séquences — pas possible que l’un ou l’autre ne puisse vous servir d’inducteur.

Dans les trois passages que je vous propose, prenez simplement (avec appui aussi, pour lui, sur les Illuminations de Rimbaud), « les ponts ». Juste partir d’un pont. Tentez.

Il y a aussi ce mot atmosphère : ni intrigue ni action, la question du lieu comme celle du personnage en suspension provisoire. On écrit quoi, alors ?

Et puis, celui qui vient dès la page 5 du livre : « une ville semi interdite ». Et si vous partiez de cette notion d’interdit ? Des formes, lieux, situations de l’interdit ? Gracq décide avec hauteur que ce sera le premier point d’élancement de son livre. « Une ville qui vous reste ainsi longtemps à demi interdite finit par symboliser l’espace même de la liberté ».... lisez ce passage et comment il installe avec intention et défi tout le premier glissement du livre dans cette notion d’interdit...

Et le cycle ainsi continue, s’approfondit, se prolonge : pour chaque outil narratif dont on s’augmente ainsi, est-ce qu’il n’y a pas à reprendre les précédentes contributions, autour de chaque thème, leur donner leur extension, leur corps ?

Bon voyage en poétique de la prose !


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 1er octobre 2023
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