La Défense, on m’a d’abord montré le trou d’entrée

il y aura des fictions brèves, étayées par un travail rigoureux d’images fonctionnant par séries


Ils m’avaient montré le trou d’entrée.

On émergeait par ici. Dans la journée, beaucoup de gens, dans tous les sens. Les tours aussi, en activité. La nuit, c’était éteint.

Mais il y avait cette heure transitionnelle. C’était le soir. On refaisait la peau du monde de ciment. On enlevait cette pellicule de ciment, tellement ce monde s’usait au contact des hommes.

On ne s’en rendait pas compte, le jour, aux lumières, l’usure venait d’un coup, quand la gare les avait ravalés tous. Alors on repeignait vite.
C’est d’ici, de cet escalier, que ceux de l’ombre arrivaient pour tout reprendre. C’est ici, moi aussi, qu’ils m’avaient dit descendre pour entrer dans les coulisses des tours, de la dalle, des marches et des gares.

On me logeait là. On m’avait donné la référence, du couloir, de la porte (une porte bleue), ainsi que la carte à appliquer sur le petit lecteur qui servait de serrure. On m’avait suggéré d’ignorer ces heures lourdes, chargées de monde, dans les enseignes, les lumières, le passage des bureaux.

On m’avait suggéré de ne sortir qu’à cette heure particulière, quand tout était vide, et qu’eux, qui sortaient par cette ouverture-ci, s’occupaient vite à tout remettre en état (on projetait des liquides, décapants, vernis).

« La ville est une mécanique », disaient-ils.

Le reste du temps, à quoi s’occupaient-ils ? Je n’avais pas accès à leurs propres zones. Je n’étais qu’un visiteur. Moi j’attendais, derrière la porte. C’était calme. J’avais un ordinateur, la lumière était égale, le bruit absent.

Me frappait cependant comment, tout au long de la journée, dans les milliers de pas et de visages, le trou d’entrée restait là, visible et délaissé, qui ne les intéressait pas. Nous seuls savions. On attendait cette heure.

 

 

 

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 16 avril 2011
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