14.01.30 | nous sommes tous ces planètes sans étoile

des planètes qui dérivent sans astre dans l’infini stellaire – source Le Figaro


Est-ce que dériver sans astre c’est dériver sans but ? Que savons-nous de ce qui meut ces objets célestes qu’on dit orphelin parce que, pour nous, ne pas avoir d’étoile-maître entre dans la catégorie du manque, de la privation, de la mort ou de l’abandon ? Ils en pensaient quoi, ces objets qui avaient la structure d’une planète, n’étaient pas les résidus froids qu’on nomme astéroïdes ou comètes ? Était-on si sûr, de ces planètes, qu’elles aient été arrachées à leur système d’origine lors du frôlement d’un autre semblable, et livrées alors infiniment à cette dérive ? On en avait débusqué une dizaine, par les irrégularités qu’elles créaient lorsqu’elles s’interposaient entre nous-mêmes qui les observions, et une étoile bien plus lointaine, qu’elles ne rejoindraient jamais. Pouvait-on imaginer qu’un jour on les relie, les rassemble, les fusionne en un nouveau système à jamais sans maître ?

 

D’autres théories surgissaient : à partir de quel moment, ou quelle détresse, pouvait-on être suffisamment d’accord entre nous, les habitants d’une même planète, rassembler nos savoirs, nos énergies, et d’un effort commun décider l’aventure ? Oui, il faudrait affronter le froid, plus loin du soleil. Oui, il faudrait affronter l’inconnu : une route qu’on pourrait peut-être infléchir ou guider, mais lancée dans le vide absolu de distances invraisemblables. En avions-nous rêvé, de ces machines comme dans Le tour du monde en 80 jours, vaisseau à voile et sur roues lancé sur le vieux sol – il en serait ainsi bientôt de la vieille Terre elle-même. Et, si nous étions capables de cela, nous aurions bien, auparavant, maîtrisé l’art de ces voiles qu’on tendrait, et nous donneraient lumière et chaleur avec le mouvement. On avait repéré dix de ces vaisseaux à la dérive, il devait y en avoir bien plus. Manquerions-nous la chance de fraterniser enfin avec d’autres aventuriers de l’univers, et que ce soit tous ensemble ? En attendant, certains d’entre nous avaient déjà décidé de s’y préparer : apprendre à vivre sans maître, apprendre à vivre orphelin, apprendre à vivre chacun comme une de ces planètes lancées seules dans le vide sidéral.


- SOURCE : NATURE, VIA LE FIGARO.

LES MOTS-CLÉS :

françois bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 janvier 2014
merci aux 1125 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages