Ghérasim Luca | prendre corps

un disque de Dominique Pifarély et Violaine Schwartz



- écouter en lisant : Soupir à trappes, 3’25, Ghérasim Luca, dit par Violaine Schwartz, avec Dominique Pifarély, violon acoustique.

Théâtre de bouche, c’est le titre d’un des livres de Gherasim Luca chez Corti :

D’un fou rire que la boue
– seule règle d’or –
égorge
des phares cillent
le fluide élément
et l’idée-mère
jette mes charmes
dans l’ample haleine
d’un beau mort

Peut-être que ce que nous devons le plus à Ghérasim Luca c’est une poussée sur le territoire même : poésie, oui, mais pour la dire. Et ceux qui viennent ici dire ont à faire avec écrire.

Ainsi, que Ghérasim Luca ait lui-même enregistré des versions lues de Héros Limite (et extrait ici).

Écouter aussi, sur ubuweb, ces trois émissions, dont Une vie, une oeuvre et, par Luca lui-même, Passionnément.

La vie :

En 1994, un homme se jette dans la Seine. Après son ami Paul Celan. C’est Ghérasim Luca, le surréaliste né en Roumanie qui avait fait du français une langue étrange : la sienne. Une langue orale qu’il lisait lui-même, renversant d’un même verbe l’esprit et le corps. La rage qui le portait conjuguait une inquiétude métaphysique et un jeu, des mots qui glissent, un humour jamais très éloigné des larmes. Pour s’affranchir poétiquement de tous les automatismes sclérosés du sens, Ghérasim Luca a dû jouer avec les structures syntaxiques, faire bégayer la langue, inviter sa voix en incarnation rauque du corps tout entier.

Quelques-uns se souviennent de Nu précipité dans le vide, Fayard, 2006, dont Sereine Berlottier devrait bien assurer la continuité par diffusion numérique (où trouver un livre paru il y a 4 ans, désormais ?). Lire aussi historique et autres liens sur remue.net.

Dominique Pifarély et Violaine Schwartz présentent depuis plusieurs années un spectacle violon/voix sur textes de Ghérasim Luca. Où sont-ils, si Dominique multiplie les expériences risque avec éléments voix (son disque avec François Couturier et le haute-contre Dominique Visse sur textes de Paul Celan, André du Bouchet, Jacques Dupin (Impromptu), le slam avec textes de Pennequin et D’ de Kabal ou la création commune, avec Corneloup, Balasse et Groleau sur mon texte Peur – et que Violaine Schwartz, ici lectrice improvisatrice, vient de publier chez POL un livre : La tête en arrière (et voir cette vidéo de Violaine Schwartz par Jean-Paul Hirsch/POL).

Et que ce disque probablement ne fixe rien : invitez-les, ils viendront dans votre festival, bibliothèque, plateau avec un autre parcours, une autre étape. C’est cette articulation du temps fixe et du recommencement vivant à quoi Luca nous contraint, et que le travail littéraire avec web va probablement renforcer – ce que Dominique Pifarély nomme Tracés provisoires, sédimenté de la scène (enregistrement public à l’Atelier du Plateau, Paris), en reprenant le titre central de Luca : Prendre corps.

Vous voici à la fin de l’extrait par lequel vous avez commencé cette page. On vous souhaite bon voyage du dimanche dans l’étrange force infiniment déstabilisante de Ghérasim Luca – les disques de Dominique Pifarély sont à commander directement sur son site.

 

Image du haut : Dominique Pifarély, loge avant jouer, Nantes, Pannonica, 20 mars 2008. On rappelle : Bon & Pifarély, le 28 septembre, à 20h30, à la Dynamo de Pantin / 4 Chemins, avec Christian Prigent et un film sur Tarkos, à l’invitation de Fred Griot, et le 6 octobre au festival Sonorités de Montpellier, à l’invitation d’Anne-James Chaton.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 septembre 2010
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