Pantin, brunch un

premier brunch mensuel en médiathèque


Drôle d’idée, pour une médiathèque d’au-delà du périph : brunch moi je trouvais ça quand même un peu branché comme appellation, elles ont insisté, et que ça devait être le samedi 11h. Pourquoi ce qu’on organise en bibliothèque c’est toujours le soir après le turbin, et qu’on se plaint que personne ne vient ?

Eh bien ils sont là, ceux du quartier, les lecteurs tous horizons sociaux, retour des courses, ou avec les enfants qui pendant ce temps vont faire un tour au secteur jeunesse.

Quand on se préparait et qu’on installait les tables, les chaises, la brioche, le jus d’orange et le café, on se disait que la salle était bien grande et qu’on avait peut-être mis trop de chaises...

A 11h, on a commencé à vingt-six, autant que de lettres de l’alphabet, et un peu plus tard on était presque quarante. On avait prévu que ça durerait une heure et au revoir, il nous a fallu une heure et demie, encore on a zappé les derniers livres.

J’aime compter : on a été sept exactement à parler de livres. Chacun en avait apporté deux ou trois, ou un seul. Roman policier (Tokyo, de Mo Hayder, par Olivier, bibliothécaire à l’annexe Jules Verne), plus expérimental ou poésie (Christophe Fiat et le Abraham Remix de Frédéric Boyer par Xavier Person), hommage à Lydie Salvaire et sa Méthode de Mila par Agnès Bellego, réflexions sur la rentrée littéraire via le Matricule des Anges pour Marie-Pierre Degea, plus des extraits de Dominique Fabre.

Moi j’ai parlé de Ceci n’est pas un livre de Dubravka Ugresic (voir ci-dessous extrait), de Au dos de nos images de Luc Dardenne, et du Jules Verne de Jean-Yves Tadié, parce que le 29 octobre il sera là pour en parler lui-même.

Et autres ouvrages, selon qui parlait.

En cours de route, je ne sais pas si ça faisait ça aux autres, moi je trouvais ça un peu fou : s’assembler à quarante pour lire des bouts de livre et raconter ce qu’on y a trouvé, et jamais les mêmes livres pour personne et pourtant voilà que ça parlait à tout le monde.

Bon, on continuera. Prochaine séance le 26 novembre. Pour les livres on ne sait pas encore, pour le brunch on pensait huîtres : autant se faire plaisir complètement.

Au fait, dans le métro du retour, entre gare de l’Est et Montparnasse, une dame juste devant moi lisait un livre de poèmes. J’ai regardé, quand elle l’a refermé : un livre d’Andrée Chedid.

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Dubravka Ugresic / Ceci n’est pas un livre

l’écrivain croate accumule une suite de textes très courts, 2 à 3 pages, sur la totalité des aspects de sa vie d’écrivain en exil aux USA

Dans le champ de la littérature oeuvrent des journaliers modestes qui savent quelle place est la leur en ce monde et qui se résignent à demeurer anonymes. Un jour, j’ai fait la connaissance d’une écrivaine américaine. Je connaissais déjà son existence avant de la rencontrer car un de ses livres avait été traduit en ex-Yougoslavie, om on l’avait publié sous une jaquette très glamour, avec photo de l’auteure, et une note précisant qu’il s’agissait d’un best-seller en Amérique.

La première fois que je suis allée à New York, l’éditeur qui avait publié ce livre - une de mes connaissances - m’a prié d’aller rendre visite à cette femme. Jamais encore je n’avais rencontré un écrivain américain en chair et en os, et encore moins, vous pensez, un auteur de best-seller. L’adresse était séduisante. Brooklyn Heights. J’ai sonné, et une femme d’un certain âge, assez corpulente, est venue m’ouvrir. J’ai cru qu’il s’agissait de sa secrétaire, mais c’était l’auteure en personne. Le temps que j’arrive à New York, la photo de la couverture avait perdu toute ressemblance avec son substrat vivant. Il s’avérait que le serbo-croate était la seule langue en laquelle avait été traduit le livre.

— Vous saluerez mes lecteurs en Yougoslavie, me dit la dame d’un ton affable et mélancolique.

Elle vivait dans un petit appartement en sous-sol. Dans le vestibule, le parquet était recouvert de tapis de gymnastique.

J’ai appris par la suite que l’écrivaine donnait des cours de danse orientale. D’où la présence des tapis.

— Je gagne ma vie ainsi, m’avoua-t-elle.

Elle m’emmena faire une petite promenade dans Brooklyn heights.

— C’est ici que vit Norman Mailer, me déclara-t-elle fièrement en me désignant une maison. Je le rencontre souvent. Il me salue parfois : Hello Mary, me dit-il.

Aujourd’hui encore, mon coeur se serre quand je pense à Mary, la mélancolique écrivaine et danseuse orientale. Mon poing se lève en signe de protestation, bien que je ne sache pas bien contre quoi. Goethe avait-il besoin de donner des cours de danse orientale ? Et Tourgueniev, et Tolstoï ? Je pose la question et je tends l’oreille. Mais aucune réponse ne me parvient.

Je sais, je ferais mieux de tenir ma langue. Il vaudrait mieux pour moi garder à l’esprit la métaphore à laquelle j’ai fait référence au début de ce texte et chanter. Comme un oiseau sur la branche. Quelqu’un, espérons-le, aurait alors l’idée de me lancer des miettes.

© Dubravka Ugresic _ les éditions Fayard


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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 octobre 2005
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