#40jours #12 | Tarkos #1, disjoindre la ville

au défi d’un exercice quotidien d’écriture pendant 40 jours


 

 

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#40 jours #12 | Tarkos #1, disjoindre la ville


Une proposition qui m’a valu lourde insomnie cette nuit : depuis longtemps, le souhait de revisiter deux propositions à peine entrouvertes et qui laissaient bien plus entrevoir :

• l’été 2018, avec B-roll, je proposais de saisir, sur un bref trajet familier (ou pas, d’ailleurs) des détails pris comme avec changement de focale. Les vidéastes nomment ça B-roll, curieux analogisme, « la deuxième pellicule » quand depuis longtemps plus de pellicule. Seulement pour signifier qu’il ne s’agit pas de la narration principale, mais d’éléments qui vont venir ponctuer, densifier, éclater le fil narratif continu...

• l’été 2019, avec « parpaing », on se saisissait d’un des plus étranges textes de Christophe Tarkos, trois pages c’est tout, pour le défi (à l’arrière-plan, le formidable texte de Gertrude Stein, Affinity for the description, et se tenir à cet objet pour en faire texte. Que l’humble et le muet, que la matière même, deviennent texte avant toute emprise du sujet.

Peut-être qu’aujourd’hui, à trois ans de distance, je lis différemment ce texte de Tarkos : me frappe au contraire la façon dont il met en avant sa propre relation à l’objet-cible : son corps le saisit, son corps le soulève, ce qu’il écrit c’est le geste qui le relie à l’objet dans l’élan même du texte.

Alors pourquoi ce souhait enraciné d’en revenir à ce chantier alors ouvert, et qu’on avait nommé, quel que soit le thème ou le choix descriptif des contributions, « parpaing » ? (Avec le texte de Tarkos, je remets à disposition de l’ensemble des participant·e·s à ce nouveau cycle le PDF global d’il y a trois ans.)

Parce que, pour cet atelier, la tentative serait d’éclater littéralement la vision continue qui est la nôtre dans la moindre action urbaine ordinaire (pas seulement urbaine, mais pour ce cycle c’est de l’espace public dont on se saisit), et créer ce B-roll fait de détails, de vues rapprochées et séparées, isolées de cette continuité.

Je ne sais pas comment l’œil procède : l’œil non, d’ailleurs, qui collecte quelques millions de pixels au fond de la rétine, avant que cet extraordinaire pédoncule, double distension du cerveau dès la troisième semaine de l’embryon, le convoie à cette double zone mentale à l’arrière de nos oreilles. Le cerveau remet à l’endroit, puis identifie par reconnaissance avec ses préalables apprentissages (tiens, ce sera le troisième de nos exercices Tarkos, descendre dans le c’est quoi, mais chut), et en déduis ce qui concerne à la fois notre analyse du réel, ce avec quoi nous sommes en présence, et ce qui nous permettra d’y agir ou de nous y conduire, principes élémentaires de la motricité compris.
Et c’est ainsi que j’aurais dû construire cette vidéo, ou peut-être la refaire selon cette approche, non pas en partant du parpaing, mais en retrouvant ce fabuleux texte de Tarkos depuis ce que nous cherchons dans la ville.

Où chaque objet est normé, fabriqué, installé selon des plans, pour être oublié par nous parce que seulement à sa place.

On le sait dans le film fantastique (et cela aussi aurait dû être dans la vidéo) : ces détails, séparés de la continuité que nous percevons, identifions, oublions, démultiplient l’étrangeté du réel, ou bien, justement, la lui confèrent lors même que nous l’avons occultée.

Et c’est ça, vraiment ça l’enjeu : dans une minute de présence ordinaire à la ville, ce que nous identifions comme neutre mais est matière, géométrie, couleurs... L’œil à facettes de la mouche lui permet sans doute cette dissociation, et si nous la tentions ? si, pour un instant, dans cette minute de présence ordinaire, immobile ou mobile, le réel n’était plus rassemblé mais restait dissocié ? Qu’apprendrions-nous.

Et c’est cela, cela vraiment, ma douzième proposition.

Et c’est là, où nous le retrouvons, le parpaing de Christophe Tarkos.

B-roll, B-roll sur ce qui nous entoure au plus près !

Bonnes écritures !

 


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 juin 2022
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