les vieilles cassettes du Keith

des trésors qui restent comme chez monsieur tout le monde


Ça vient juste d’apparaître, dans le vague défilement de Twitter, ce dimanche 2 juillet, jour de pluie malgré l’été, en fin d’après-midi.

Il faut être accro stonien, probablement, pour avoir de temps en temps un oeil sur le compte Instagram de Patti Hansen : fêtes familiales avec les petits enfants, promo pour les sacs avec logo vendus sur Internet, et sur Twitter j’ai bien plus de followers qu’elle – pour moi c’est presque une sorte de vieille tendresse, qui aurait évidemment du mal à être réciproque, un tel compagnonnage.

Cela me remémore un autre compte Instagram, celui vraiment artistique, quand L’Wren Scott, pareillement sans jamais montrer de son compagnon que le bout de ses chaussures ou son iPad, nous rapprochait d’un seul coup d’un monde inaccessible, incluant les camions, les loges, les ballades du dimanche après-midi dans les champs au-dessus d’Amboise. Quelques heures après le suicide de L’Wren Scott, Mick Jagger – ou la machine Stones – avait fait fermer cette magnifique archive, j’en ai un petit reste ici, même pas en grand format – ça aurait pu faire un livre exceptionnel.

Alors ce soir pareil je rapatrie dans mes propres archives cet Instagram que Patti Hansen vient de mettre en ligne. Je ne sais pas où c’est situé. Probablement à Redlands, la maison achetée en 1967 et jamais quittée. Pour être tranquille, il paraît que Richards a progressivement racheté l’ensemble des propriétés voisines. Longtemps que pas vu de photo des lieux – il y a par exemple celle de 1973, dans la période came la plus lourde, avant le changement de dents, quand tout avait été incendié et qu’on les voit dans la cour, lui et Anita Pallenberg (décédée il y a 10 jours).

Bizarre symbole, d’avoir acheté ce qui restera toujours sa maison principale, même avec le Connecticut et Nassau, à l’endroit même où chaque été Doris et Bert Richards emmenaient le gamin camper en caravane.

La loi pour Jagger et Richards, avec leurs 32 et quelques sociétés enregistrées à Amsterdam, pour éviter les impôts, c’est de ne pas rester plus de 4 mois par an dans le même pays. Donc là, début juillet, c’est le moment où les Richards quittent le Connecticut pour revenir à Redlands...

Et puis ce n’est pas une période neutre pour eux, concerts européens qui reprennent, une sacrée énergie à convoquer et remettre en place, à bientôt 75 balais. Plus l’album studio qui sort en décembre, expérience qu’ils n’avaient pas fait depuis des lustres, hors les reprises de blues l’an dernier. Pour peu qu’il pleuve un peu, ce dimanche à Redlands, logique peut-être de ressortir la vieille boîte du placard.

« Hidden box », dit Patti. Quand est-ce qu’on disparu les magnéto-cassettes pour être remplacés par des enregistreurs numériques ? Dès 1964, Keith dans les chambres d’hôtel a toujours sur la table de chevet un magnétophone portable. En 1968, la toute première version de Street Fighting Man c’est son magnéto-cassettes posé par terre au milieu du studio, un gros micro dirigé dessus, et tout le morceau composé en overdub sur le bricolage maison (au point que Charlie Watts enregistre le morceau sur une petite batterie jouet autrichienne début XXe siècle, pour l’entraînement des percussionnistes, trouvées quelques semaines plus tôt chez un antiquaire).

Alors il y a quoi, sur les cassettes que Keith Richards a gardées depuis plus de 30 ans minimum, 40 ans probablement, dans la petite boîte en bois ? L’une est marquée BOOGIES, une autre est marquée CARLTON. Est-ce que même elles sont encore audibles ? À partir des années 74 c’est plutôt les alternate takes de studio dont on collectionne, nous tous, des centaines et centaines.

C’est un des traits caractéristiques de Richards, être là avec ses guitares et un technicien, laisser filer le temps, et tant pis si c’est maladroit : c’est de touiller ça qu’émergera le petit truc obsessif qui fera la chanson.

Et c’est même parfois ce que je réécoute le plus, ces impros avec leurs ratés, leurs attentes. Beaucoup plus que les albums léchés.

Les informaticiens seraient moins nuls, on aurait un logiciel qui, partant de la photo ci-dessus, permettrait d’écouter le contenu des cassettes.

Ce n’est pas religieux, tout ça, cette envie d’écrire : là, dans un coin de ma piaule, voire plusieurs, moi aussi j’ai quelques hidden boxes avec des vieux cahiers, des trucs dactylographiés jamais repris, des carnets qui n’ont pas servi. Et puis c’est tellement loin en arrière, pourquoi on les rouvrirait ? Est-ce que ce n’est pas le présent qui compte, la vidéo qu’on voudrait faire, parce qu’on sera en impro ?

Je ne sais pas. Si on lui demandait, à Keith, probablement qu’il dirait qu’il s’en fout, et qu’il ne sait même pas pourquoi il a gardé ça. Ou bien, parce que des fois il est pas très fin, il passerait un savon à Patti d’avoir photographié ça et de l’avoir mis sur Instagram. Pour ça que je le reprends.

Et si on imaginait que ces cassettes étaient vides, que tout avait disparu, progressive démagnétisation en 30 ans, si tu les imagines, les musiques, si tu les décris en tant que musiques rêvées, musiques imaginaires, assez de quoi les remplir, les cassettes, ça donne quoi ?

Si ça se trouve, il n’a même pas de magnéto à portée de main pour les écouter, ses vieilles cassettes, le Keith.

LES MOTS-CLÉS :

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 juillet 2017
merci aux 743 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page