fictions du corps | Notes sur ce fameux prestidigitateur, suite

pour en finir avec la vie joyeuse, 29


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Dans les entretiens conservés de ce fameux prestidigitateur, ce qu’il présentait comme son exercice « le plus difficile, le plus parfait ».

Il le décrivait ainsi : dans un long effort de concentration, de maîtrise et rassemblant tout l’acquis de ses apprentissages, il avançait lentement vers le bord de la scène, s’immobilisait, puis – disait-il – « se transformait lentement en lui-même ».

Il disait que la vie urbaine, et la vie en société, en général, nous déshabituait beaucoup trop d’oser être soi-même. C’était une longue quête, un chemin vers l’intérieur. Un arrachement, des abandons.

Il disait que c’était un chemin qu’il revenait à chacun de reparcourir, qu’on y parvenait mais que c’était une prouesse tout aussi artiste que ce qu’on demande en général d’illusion scintillante et séduisante aux praticiens du spectacle, et que dans le spectacle même bien peu se préoccupaient d’en témoigner encore.

Face au public, pendant quelques minutes le prestidigitateur atteignait une immobilité parfaite, mais sereine, respirante, pas ces grimaceries déguisées de ceux qui mendient devant les monuments publics déguisés en statue de pacotille.

Le prestidigitateur se prétendait capable de tenir longtemps cette posture, rêvait de l’accomplir avec d’autres artistes de même maîtrise. Il exprimait sa déception que le public ne considère pas cela comme le sommet qu’il y voyait : les gens s’ennuyaient vite, paraît-il. « Une minute c’est très long », insistait-il.

« Si aller à la rencontre de soi-même n’était pas ce si vieux secret si méprisé, reprenait-il, nous aurions meilleure considération de ce à quoi, en cet instant, nous accédons et mettons en partage. »

Des témoins attestaient de l’infinie ressemblance qu’en cet exercice il atteignait avec lui-même.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 1er février 2014
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