dimanche 3 blogs, 30

mode rouleau


Avant de nous rendre en visite chez les autres, toujours sur le principe de cette rubrique qu’elle ne soit pas seulement une galerie de liens, mais une réflexion sur ce qui s’invente dans les solutions blogs de chacun et comment ça interfère avec les récits, petites nouvelles côté Tiers Livre :

- la revue nerval.fr a souffert de mes contraintes d’emploi du temps et d’écriture au premier trimestre, je suis cependant résolu à la maintenir, d’abord pour la qualité des textes, échanges, découvertes, mais aussi parce que je ne conçois pas ce site Tiers Livre sans un véritable espace d’accueil et d’invitation... à suivre sur Twitter @nerval_fr, à moi de m’organiser pour que ce ne soit plus, comme l’an dernier, une pleine matinée dédiée par semaine, ça je n’y arriverai pas, mais le rythme de 2 publications hebdo je devrais pouvoir...

- c’est projet de fond pour moi (l’autre étant les ronds-points et enjeu pour écriture urbaine), considérer Lovecraft non depuis seulement l’écosystème des récits, fictions et essais, mais comme écosystème d’auteur incluant l’ensemble des strates, carnets, lettres, éléments biographiques, recontextualisation... Point fort en mars prochain avec la parution des premiers fascicules chez Points Seuil, et cet été avec séjour espéré à la John Hay Library de Providence dans ses archives grâce à aide mission Stendhal. Mais dès à présent, en complément de la série Lovecraft Unlimited, la mise en ligne quotidienne des notes cryptiques de son carnet de 1925 sous forme hypertexte, vous y êtes les bienvenus bien sûr.

- les rubriques journal continuent bien sûr, et vue synoptique ici du récent voyage en Chine.

FB

Photo haut de page : Hong Kong, 1er décembre 2014. Ci-dessous : © Mick Bulle.

 

| 1, Florence Trocmé, le flotoir |

- Chacun connait poezibao, qui a su s’imposer comme le principal site de parution, propulsion, parution en poésie, désormais largement ouvert à des chroniqueurs extérieurs, cartes blanches et entretiens. La mise en avant de poezibao ne doit pas occulter mais inciter au contraire à rendre visite au site personnel de Florence Trocmé, qu’on découvre à la fois musicienne, photographe, et qui tient ici un journal plus rêveur, entre lecture et arpentages du monde, une oeuvre en soi, qu’elle nomme son flotoir. Sur Twitter @poezibao.

 

| 2, Christophe Grossi, grains d’instants |

- Qu’ainsi donc le temps a sa granulosité, comme la photographie ou la voix (souvenir d’un fort texte de Barthes sur le grain de la voix). Nous avons été nombreux ces dernières semaines à lire Ricordi, qui inaugurait la nouvelle collection littéraire de François-Marie Deyrolle, éditeur de L’Atelier Contemporain. Le site de Christophe Grossi, déboîtements est réalisé en spip – on reconnaît la patte de Joachim Séné, dont la spécialité serait justement de s’effacer devant les tentatives singulières de chaque auteur (voir les rubriques de Christine Jeanney) –, mérite d’être scruté aussi dans sa construction, et sa façon de mêler, paradoxe qui nous concerne tous, l’intervention née du quotidien aux respirations plus longues et denses. Caractérise aussi le site de Christophe Grossi la saisie de la ville, en ce lieu frontière qu’est Montreuil – ça s’écrit évidemment en photo et texte du même geste, donc ses grains d’instants spécifiquement parmi les autres chroniques. Sur twitter @christogrossi.

 

| 3, Thierry Crouzet, un journal n’est pas un rouleau |

- Un texte important de Thierry Crouzet pour nous tous, blogueurs littéraires : les réseaux sociaux ont confisqué la métaphore du blog. Le titre s’explicitera à mesure de la lecture. Texte rare et important parce que Thierry s’en prend précisément ici à ce paradoxe dans lequel tous nous avançons à tâtons : comment concilier la percussion quotidienne du blog, dans sa fenêtre étroite de l’écran, et l’arborescence des tentatives à écriture lente que nous y organisons ? Entre ce que j’avais nommé autrefois, côté empilement vertical sans visibilité, la fosse à bitume, et le travail permanent pour lequel chacun trouve la solution instable qu’il peut (pour moi la page d’accueil en html manuel et les petits fichiers distrib de spip, et la bidouille sur l’ordre alphabétique des rubriques qui apparaissent en colonne de gauche), qu’est-ce que les usages transforment eux en permanence, sans nous demander nos goûts et notre avis ? Thierry s’attarde en particulier, du point de vue de la narrativité, sur le fait que les réseaux renvoient directement sur l’article et non sur le sommaire. Nous devons donc, dès la composition du récit, intégrer ce mode d’accès qui se fait depuis le point même où on en est dans l’écriture. De mon côté, là aussi solutions manuelles (les petits chapeaux en haut de mes billets ronds-points). Thierry Crouzet l’aborde de façon plus radicale, en intervenant sur le code même du WordPress : chaque accès à un billet (donc le point précis de l’écriture juste mise en ligne) reconditionne les marges (les fait disparaître, en fait, pour la meilleure lecture sur smartphone) et appelle un haut et un bas de page spécifique à l’article. C’est un déplacement fondamental, pour avancer dans cette question sempiternelle du livre sans épaisseur de nos écritures définitivement numériques. Et preuve par l’acte : le défi que se donne Thierry, pour toute l’année 2015, d’écrire la même minute fictive du monde chaque fois pour des protagonistes différents, ça s’appelle simplement Une minute. Sur Twitter @crouzet.

 

 

| et coda : Mick Bulle, photographies |

- Ce n’est pas un blog, et pas de contact sinon la page Facebook du pseudo choisi par l’auteur, mais d’abord parce que c’est beau et dérangeant, construction volontaire d’images oniriques in situ, et parce que ça pose un ensemble de questions qui rejoignent celles évoquées ci-dessus : 1, l’auteur avance par séries, ici en menu déroulant via sa barre de menu, ainsi ses égarés, ou un p’tit tour et puis s’en va ; 2, la série elle-même est transmédia, et la galerie photo inclut une vidéo (fiction) au même format et dans la suite même des images fixes, 2 bis, le texte est un des éléments transmedia, et n’est pas posé comme légende ou chapeau mais inséré, note d’intention et partiellement fiction, dans l’espace même des photos, 3, lien établi entre les ressources du site qui est oeuvre en lui-même, et son prolongement économique par l’acquisition éventuelle des livres incluant la série complète. Mais, je le redis, questions secondaires par rapport à cet univers avec masques, lieux dont le caractère onirique est soigneusement reconstruit, statut inaliénable de la présence et de la figuration des corps, avec souvent l’impression de s’ancrer dans l’immédiat après-surréalisme (site découvert via Kaliane Ung, merci à elle, et explorer aussi...).


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1ère mise en ligne et dernière modification le 4 janvier 2015
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