de ces nouveaux ponts à suicide compris

une grande innovation sur les nouvelles voies TGV aux abords des grandes villes


En tant que blogueur ayant souvent réagi à ces témoignages de suicide sur voie, ayant écrit sur ce thème une pièce de théâtre, déjà fait des propositions, j’étais avec d’autres convié à une présentation de ce nouveau modèle de pont avec dispositif de suicide inclus (il y avait déjà eu de ces essais et propositions aux abords des grandes villes, et il m’est arrivé d’en échanger personnellement avec des responsables SNCF).

On rappelle que les suicides sur voie, rien que pour les lignes TGV et sans compter les RER, s’établissent désormais à 400 par an, avec concentration sur deux périodes précises de l’année (l’une approche), causant un nombre considérable de retards et d’interruption.

Le temps pour la police de procéder (ces images quand vous les voyez de la gare, avec les longues pinces, morceau par morceau mis dans les sacs), ou examinant centimètre par centimètres les abords du heurt pour éliminer les autres causes éventuelles – meurtre camouflé compris –, et que le train défile lentement là où les hommes à brassard fluorescent s’activent, et une qu’une petite voix dans le wagon dit soudain à sa mère : — Maman, pourquoi le monsieur il a plus de tête ?, même si désormais le temps de blocage (mais quelles cascades pour les trains qui suivent ou croisent) s’établit à moins de 2 heures, la réponse sociale ne suffit pas. La réponse sociale, dans un pays où quelques riches sont de plus insolemment riches, que les couches moyennes s’effondrent et que la précarité gagne obscurément tous les autres, est plutôt dans le sens d’une aggravation.

Alors pourquoi ne pas prendre en main le problème globalement, disait au micro le sociologue expert conseillant l’entreprise ? Nous donnant pour exemple les barrières des gares japonaises (merci Liminaire, qui m’accompagnait dans ce voyage, pour le rappel du lien).

On aménagerait donc sur les nouvelles voies, aux abords des grandes villes, un pont avec dispositif de suicide inclus. Et c’est la première ébauche de sa construction qu’on nous a ce samedi après-midi à Poitiers, département de la Vienne, sur la nouvelle ligne à grande vitesse qui l’an prochain joindra enfin Paris à Bordeaux, conviés à découvrir, appelés à rendre compte sur nos sites et blogs.

L’accès serait donc libre. Non pas facile. Une des idées-maître, c’était qu’il fallait venir une première fois, et créer un code sur le premier accès de l’escalier. La semaine suivante, le code débloquait le portillon d’acier, et vous amenait à la vue même de la voie, et du vacarme visuel des machines lancées à plus de trois cents à l’heure, au ras des rails, comme vous les découvririez l’instant venu. Vous composiez alors un deuxième code sur la grille terminale, et au bout d’une semaine (si vous manquiez d’une journée, le code se supprimait de lui-même et il vous fallait recommencer) vous accédiez au dispositif lui-même.

On insistait sur l’hygiène, la discrétion, la protection aussi : le conducteur du train ne verrait rien, ne s’apercevrait qu’à peine du choc minime. Le service spécialisé qui viendrait pour le constat et l’enlèvement trouverait le corps en état, dans un réceptacle à sa mesure.

Lorsque vous passiez la grille, nous a démontré non plus le sociologue, mais l’ingénieur des Ponts et Chaussées qui avait effectué les calculs, encore trois marches de ciment brut, une trappe de fer sur laquelle vous posiez les deux pieds, et puis cette ouverture dans laquelle vous vous glissiez, tête, cou, épaules, jusqu’à la cage thoracique. Alors il suffisait d’attendre – le heurt se faisait juste sur le haut du front (— Comme un oeuf à la coque, dit l’ingénieur).

Il était encore temps de changer de décision. Autour de vous, protégeant les deux rails, deux plaques légères d’acier poli. Vous découvriez le reflet de vote visage. Si vraiment vous l’aviez en haine et dégoût, alors regardez de face : face à la venue du train – pas possible matériellement de se tourner de l’autre côté. Sur les deux plaques d’acier poli, à gauche une reproduction gravée des bienfaits de la terre, usines, villes, prospérité, voyages et inconnu, plaisirs de l’enfance. Si vous regrettiez, il est encore temps. De l’autre, la fugacité de la condition humaine, les guerres, la pauvre misère des jours, la faim et la peur. Si cela vous aidait, profitez.

Le choc déclenchait immédiatement l’ouverture de la trappe et l’évacuation. On pensait qu’un seul de ces dispositifs, mais chaque fois sur un pont à l’entrée même des grandes villes, suffirait à renverser le désordre des horaires, des interruptions.

On rêvait que la facilité à en finir aide à en dissuader. Le chef de région de l’entreprise nationale de transports a cité Walter Benjamin : — Et si le suicide non plus n’en valait pas la peine.

Aujourd’hui, l’urbanisme et l’espoir se conjuguaient. Mise en service dès 2015.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 mars 2014
merci aux 979 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page