fictions du corps | Notes sur les hommes indéterminés

pour en finir avec la vie joyeuse, 15


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Les hommes indéterminés ressemblaient à des hommes, mais n’étaient pas des hommes tout en restant des hommes.

Tout l’enjeu de ce dont on avait à convaincre la ville, la société, le monde tenait là : avons-nous si besoin d’être, chacun pour soi, un homme déterminé ?

Ces variations et accidents qui imposaient à un certain nombre d’entre nous de basculer dans le camp des indéterminés, en quoi devaient-elles interférer avec la ville, la société, le monde ? Avoir des enfants, mener une vie amoureuse, s’impliquer dans son travail, regarder son corps au passage dans les vitrines, est-ce que cela changeait selon que cette détermination soit ordinaire ou accidentelle, voire exceptionnelle.

On disait que les hommes indéterminés parlaient d’une façon spéciale – je ne le crois pas.

On disait que les hommes indéterminés pensaient aussi de façon indéterminée – je ne le crois pas.

On disait que les hommes indéterminés ont d’autre façon de mener leur vie intime – je le crois, mais où est le problème. Il serait plutôt avec nous, les hommes comme tous les hommes (non, non pas tous : moins les indéterminés).

On disait que les hommes indéterminés formaient un ensemble clos dans la ville, la société, le monde : je ne le crois pas.

On disait les hommes indéterminés plus réservés, moins bavards, moins enclins à ce qu’on prenne des images d’eux-mêmes : j’en ai connu qui prouvaient tout le contraire.

On disait que l’ensemble que nous constituons, nous les hommes, était indéterminé – au moins par un détail pour chacun. Que seule l’image que nous prétendions former de nous-mêmes, en tant qu’ensemble, était cet homme déterminé dont chacun de nous pensait, à tort, relever. Je dis : c’est possible.

Je dis bien, je dis seulement : c’est possible.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 24 janvier 2014
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