Conversations avec Keith Richards | 10, de l’obscur

À l’occasion d’un concert des Rolling Stones en Suède, loge backstage, après sound-check, temps limité à quarante minutes.



Conversations avec Keith Richards
précédent _ le sommaire _ suivant

 

ROCK’N ROLL, IT’S LIKE A HEART MACHINE. KR.

 

Keith Richards disait : « Honte à qui s’est confié aux lumières et au bruit, qui marche seul dans l’obscur approchera mieux l’énigme. »

Keith Richards disait : « Honte à qui a négligé la vérité du monde — non pas qu’on en dispose, mais que vers elle on chemine. »

Keith Richards disait : « J’ai connu beaucoup d’innovations techniques, peu d’innovation côté hommes. Ni moi-même. »

Keith Richards disait : « Honte à lui, qui n’a pas tenté de comprendre le monde comme le plus beau des textes inconnus. »

Keith Richards disait aussi : « Tu me demandes où sont mes colères : mais mes colères ne sont pas dans les mots, j’ai un couteau, ou je frappe. Même avec ma guitare j’ai frappé, il y a des photos. »

Keith Richards disait aussi : « Note bien : je ne parle pas de ce que tu dis de moi dans ton texte, où c’est moi l’inconnu. »

Keith Richards disait : « Honte à lui, qui n’a pas considéré l’énigme du monde comme la route qui ne mène à rien, sauf encore le monde. »

Keith Richards disait : « Que dirait-on de plus intéressant que ce qu’on ne comprend pas ? Tant pis si les mots ici résistent. »

Keith Richards disait : « Note bien : qui ici ne se confie pas à l’énigme, qu’il se contente de mes chansons, je ne lui en veux pas. »

Keith Richards disait : « On ne convoque pas volontairement l’obscur, mais on apprend à obéir au rêve et à la terreur d’être. »

Keith Richards disait : « Honte à lui, qui n’a pas considéré le rêve comme la plus belle arme vers l’obscur, et soi-même. »

Keith Richards disait : « Honte à lui, qui n’a pas considéré sa musique intérieure comme passerelle vers le vertige et l’obscur. »

Keith Richards disait : « Le problème de l’obscur, c’est qu’on n’y voit rien. »

Keith Richards disait : « Note bien : je respecte les escaliers parce qu’ils sont une métaphore de notre chemin entre obscur et terreur. »

Keith Richards disait : « Honte à celui qui a vécu tout droit quand les chemins de l’obscur ne cessent de bifurquer et se croiser. »

Keith Richards disait : « Andy Hoogenboom, Randy California, peut-on les qualifier de musiciens obscurs ? »

Keith Richards disait : « Johnny Hallyday aussi est né de l’obscur ? »

Keith Richards disait : « Note bien : je n’ai pas forcément pensé d’avance ce que tu recopies, mais voilà : tu recopies, donc je le dis. »

Keith Richards disait : « Qui ne s’est pas confronté au gouffre de l’obscur, et qu’une main le retienne, qu’a-t-il compris à lui-même ? »

Keith Richards disait : « Tu me demandes où est ma violence : mais la violence principale est celle qu’on s’applique à soi-même pour continuer de sourire. »

Keith Richards disait : « Note bien : je n’ai pas de définition de l’obscur. Mais quand la vie, le corps et le destin sont obscurs, je le sais. »

Keith Richards disait : « Note bien : de l’obscur, pas besoin de parole. Mais de nous-mêmes dans l’obscur, oui, à en hurler. »

Keith Richards disait : « La conversation est inutile, elle est la brume qui t’empêche de voir le gouffre sous l’obscur, ou ta tombe. »

Keith Richards disait : « Note bien : je hais la conversation quand c’est les autres qui la font, et pour moi-même aucun besoin. »

Keith Richards disait : « Honte à qui a cru en l’art douceâtre de la conversation, et la brume que répandent ceux qui s’y emploient. »

Keith Richards disait : « Si j’écrivais un livre de philosophie, ce serait des grilles d’accords. Qui ne comprendrait pas, n’est pas philosophe. »

Keith Richards disait : « Honte à qui, dans la brume des autres, a cru trouver la vérité du monde — elle n’est que devant le gouffre. »

Keith Richards disait : « La musique est une rigueur. Les accords ce qui met le monde en grille. Tu vois où est le trou. »

Keith Richards disait : « Note bien : la musique n’est une aide qu’à ceux qui savent hors d’elle la misère de l’obscur. »

Keith Richards disait : « Quand tu es devant le gouffre, si nulle main ne te retient, attrape-toi toi-même par la peau du cou. »

Keith Richards disait : « Note pour tes machins : Keith Richards ne donne pas de leçon de vie, il n’a même pas pris leçon de la sienne. »

Keith Richards disait : « Honte à qui eut foi dans les villes et la douceur du monde : apprends d’abord le froid, sois muet. »

Keith Richards disait : « Note bien : chanter est le comble de la mutité — à qui voudrais-tu faire entendre ce que tu marmonnes. »

Keith Richards disait : « Apprendre à se faire muet n’est que la volonté de cheminer plus près de l’obscur sans parole. »

Keith Richards disait : « J’ai dormi à la french villa Médicis dans le lit de Balthus père, et ce con de Pasolini – amuseur de cinéma – me traitait de très haut (sauf quand je payais les drinks) : crois-moi ça renseigne sur la vie d’artiste. »

Keith Richards disait : « Il y a deux choses que je n’aurai jamais connu : la vie salariée, et avoir de l’argent liquide sur soi. Toutes les autres misères, je les ai traversées. Et violentes. »

Keith Richards disait : « On parle beaucoup du blues en général, et de Robert Johnson en particulier. Moi je dis : c’étaient des rusés. Et je pense toujours à leur ruse, en musique d’abord, dans la vie aussi. »

Keith Richards disait : « Le blues est un allègement. On n’atteint pas si facilement que cela te traverse. »

Keith Richards disait : « J’ai été silence chaque fois que j’étais dans un mauvais filon, autant dire tout le temps, sauf l’interview après. »

Keith Richards disait : « Méfie-toi doublement de qui te dit que tu as raison. Ce qu’on rapporte de l’obscur n’a pas de raison. »

Keith Richards disait : « Honte à lui, qui n’a pas su s’arrêter sur le rebord même du gouffre. Là seulement le rock’n roll est possible. »

Keith Richards disait : « Note pour tes machins : j’appelle gouffre ce qui est la fin de tes os, même en voiture c’est pareil. »

Keith Richards disait : « Note pour tes machins : j’appelle rock’n roll ce qui au bord du gouffre te poussera de la main en riant. »

Keith Richards disait : « Honte à qui, en faisant marche arrière devant le gouffre, se dit que finalement ça aurait fini plus vite, tout ça. »

Keith Richards disait : « Les langues étrangères sont belles parce qu’on ne les comprend pas. Ainsi l’obscur où tu t’en vas. »

Keith Richards disait : « J’ai aimé peu de gens, ce n’est pas l’essentiel. Les gens sont beaucoup trop attentifs à ce qui concerne les gens. »

Keith Richards disait : « Note bien que je n’ai rien contre les gens, juste que je préfère être un peu loin. »

Keith Richards disait : « Dans le silence tu arpentes à nouveau trois notes de ta guitare, et quand dans le silence naît sous toi le gouffre, ces trois notes s’appellent blues, ou rock’n roll. »

Keith Richards disait : « Note : si la vie est une faute d’orthographe, le rock’n roll c’est tuer l’envie de t’en guérir. »

Keith Richards disait : « Johnny Hallyday a commencé par mourir, puis a continué de chanter, j’aime ce type. »

Keith Richards disait : « Il est bien convenu que quand tu recopies mes machins, tu n’en fais pas, de fautes d’orthographe ? »

Keith Richards disait : « Le temps et la pensée sont comme le rock’n roll, on ne les connaît que là où on a peur, qu’on en reste muet. »

Keith Richards disait : « Note bien : j’ai longtemps hésité avant de confier ce que je sais de l’obscur. Qui saurait où il finit ? »

Keith Richards disait : « Si tu comptes bien, c’est la onzième fois qu’on joue à ça. Ça ne guérit pas de l’inquiétude, mais ça l’ouvre. »

Keith Richards disait : « J’aurais aimé avoir Fedor Dostoïevski comme batteur, ou bien tiens, aux lumières. »

 

LES MOTS-CLÉS :

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 février 2013
merci aux 506 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page