"béton" | ceci est-il un livre ?


dédié à Alain Pierrot


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au Gracq pas cher
note du 14 avril 2012
Bien sûr, en 3 ans, qu’est-ce qu’on a avancé... Et, encore hier, je regardais comment Gwen se débrouillait des nouvelles normes iTunes pour le balisage des vidéos dans nos epubs, on est passé à nouvelle époque. La revue D’Ici Là (lien vers le n° 8, le plus récent), en témoigne admirablement.

En même temps, la notion même d’objet continue d’évoluer : l’objet-lecture en tant qu’il est proposition ou contrainte ou ouverture de temps, et de laisser le lecture maître de cette installation du temps.

Ces jours-ci, je reviens à ces outils texte/images dont nous avons besoin pour la scène, l’accompagnement de la voix haute, et la possibilité de les enclore en boucle dans des dispositifs de diffusion. Même celui-ci, Béton, à partir d’un bâtiment à l’abandon sur une plage de Sicile, aujourd’hui je le mettrai en scène différemment.

Mais la question, et l’objet, sont toujours sur mon chemin – à preuve aussi de les recroiser, avec surprise, dans D’un monde en bascule, le travail théorique sur littérature, numérique, performance de Gilles Bonnet, que je viens de recevoir, parlant aussi de Erre (mais rien en ligne pour l’instant, sur ce travail pourtant considérable – voir site La Baconnière).

note du 6 août 2009
Il y a un an jour pour jour, après un séjour en Sicile, je mettais en ligne cette vidéo et ces notes, un débat bien riche s’en est suivi pour notre petit noyau de webeux de la mutation-livre.

Après l’année Québec, l’impression que ce serait sur ce terrain que j’ai le plus souterrainement avancé, j’espère que les prochaines mises en ligne de publie.net, la semaine prochaine, en témoigneront.

Et ça influe aussi sur l’idée du site. Je lis de René Audet et Simon Brousseau, ce matin, une étude tendant à définir la littérature numérique, et s’appuyant sur une étude concrète et critique de Tiers Livre et de Désordre – pour le Labo NT2 de Montréal (rectif, et merci RA ne pas me demander suppression : l’article n’est pas destiné au NT2, même si c’est le puits d’origine !). Quelque chose mûrit, qui confirme que l’enjeu central c’est désormais nos sites eux-mêmes. Ainsi, dans l’introduction de René et Simon à leur étude (pas possible la mettre en ligne, ô respect des rythmes universitaires, et pourtant comme notre habitude prise du partage web, de l’importance à faire circuler les idées, m’y pousserait bien !) :

Ne reposant plus sur l’historique de vie consensuel du livre papier, ces nouvelles pratiques d’écriture se calquent aux propriétés de leur support et tendent à réitérer leur processus d’élaboration, leur dynamique expérimentale. [...] Dans le contexte que nous venons d’esquisser, nous postulons que plusieurs œuvres d’écrivains actuels s’élaborent dans un double mouvement de diffraction des contenus et d’accumulation archivistique, mouvement qui vient ainsi estomper l’identité propre de chacun des projets littéraires et artistiques au profit d’une saisie stratifiée et réticulée d’une œuvre-archive profondément mosaïquée. [...] le site joue par ailleurs une fonction importante dans le processus littéraire, se plaçant à la fois comme un avant-texte global et le lieu de présence au monde de la figure auctoriale. Le flux de l’écriture est au cœur du projet — flux comme continuité à travers le temps, flux comme mouvement et processus originel de l’écriture littéraire. C’est la tension vive entre l’élaboration d’une œuvre à travers le temps et les rouages de l’écriture dans son perpétuel exercice qui sera l’objet de notre examen. [...] Alors que, de façon fortement sédimentée dans notre imaginaire pétri par la culture de l’imprimé nous avons une conception où l’œuvre, c’est ce qui est déjà accompli, nous retrouvons avec la culture de l’écran des pratiques artistiques d’abord caractérisées par le mouvement qui les engendre. Ce mouvement en fait un moteur de création, réactivant sans cesse les contenus archivés en les liant aux objets qui s’accumulent...

Alors, en attendant, je remets en Une cette vidéo, uniquement parce que c’est ce chantier qui en ce moment revient pour moi de façon centrale.

 

Invitation : 3’44 de lecture...

 

Et si un livre c’était le temps qu’on met à le lire ?

Ainsi, dans cette définition minimum, Don Quichotte ou À la Recherche du temps perdu ne sont pas le même livre selon qu’on les relit et à quel âge de sa vie. Ainsi, le temps pris à relire un Simenon le pose comme livre même dans la notion toute différente que sont les notes de cours de 1927 de Heidegger lentement avancées.

Ainsi, l’objet ou le support ne modifient-ils pas essentiellement la définition : on peut lire le volume de pages sous reliure pris sur l’étagère ou la table de chevet, mais le continuer dans le métro sur son téléphone portable, le relire sur sa « liseuse » électronique, ou le reprendre plein écran sur son ordinateur de travail, avec les fonctions d’annotation, les liens externes, les recherches plein texte ouvrant sur les autres textes de notre bibliothèque numérique utilisant ce terme. temps

Lorsque la physique a défini l’unité de longueur, notre brave mètre-étalon en marbre, par une définition liée au temps et non plus d’abord à l’espace, on a pu être déstabilisé de façon bien plus radicale que si on l’applique aux livres qui nous le racontent (lisez Étienne Klein, Jean-Pierre Luminet...).

Ainsi, ce qu’il y a dans le livre ne commande plus à sa spécificité : l’illustration est depuis longtemps considérée comme compatible avec le texte pour définir un livre. On l’a étendue aussi à la voix, dans un curieux retour à la définition de lire au temps de Rabelais, qui excluait la lecture silencieuse. Mais pourquoi recréer une frontière avec l’insertion de documents vidéos, ou liés au making of ? De plus en plus, pour les auteurs qui se saisissent aujourd’hui de la littérature, le matériau disponible en ligne est un composant organique de l’oeuvre dont le livre est la manifestation soit commerciale, soit symbolique, autant que fonctionnelle.

Alors avons-nous même besoin du mot livre ? Il est, sur une longue période historique, la forme matérielle privilégiée pour la transmission d’une relation réfléchie au monde, incluant donc d’emblée des éléments hétérogènes au texte. Lorsque ces formes matérielles s’ouvrent à d’autres modes d’existence matérielle, c’est cette relation réfléchie au monde qui devient le fondement de nos recherches. Et la problématique pour les acteurs de ce qui concerne le livre, si elle part d’une nécessité – le livre dans sa forme actuelle, au regard de la transmission et de la représentation, est dépositaire de bien au-delà que lui-même –, ne devrait pas être tant d’examiner la justification éventuelle de la forme ou du mot livre dans la configuration bouleversée, que d’examiner comment construire ce « bien au-delà que lui-même » dans des formes d’organisation qui n’incluent pas forcément l’objet livre.

Ce préambule n’est pas nécessaire pour l’objet proposé ici, quelques images d’un bâtiment de béton à l’abandon sur une plage sicilienne (mais quelques pas dans les montagnes derrière découvrent ce bouleau au tronc blanc, dont l’écorce déroulée et macérée a donné l’étymologie au mot livre : liber – et donc une histoire avec réellement un début), propose d’abord un temps : le déroulé du temps incluant du texte, des images, une vidéo avec son. Et le traitement de texte que j’emploie au quotidien (Pages, ou ici sa version cinétique, Keynote) propose cette pluralité d’outils autrefois séparés, mise en page, images, liens, éléments multimédia, dans son utilisation la plus directe et immédiate.

Mais cela n’empêche pas, du même geste d’écriture, d’en proposer la consultation par PDF téléchargeable, avec lecture page à page manuelle mais encore interactif et incluant son et vidéo si on le souhaite. Ou la version film (ici, une simple exportation YouTube) qui peut circuler et être transmise via les réseaux sociaux, ou être consultée plein écran dans les bibliothèques abonnées au site ?

Et si cela nous permettait alors une nouvelle relation aux plasticiens et photographes ? La frontière entre d’un côté ce qu’on qualifiait d’arts numériques et notre univers de l’édition numérique pourrait bien, dans les temps à venir, devenir elle aussi un peu plus compliquée (ou inutile) à définir.

Si le livre se définit par le temps (livre est la courte nouvelle Le Pont de Kafka, deux tiers de page dans les Sämtlische Erzählungen, et tout un livre illustré en Gallimard Jeunesse), la lecture proposée ici participe-t-elle du livre ? Il se pourrait que ce genre d’interrogation, dans tous les points de vue d’usages, de supports, de rémunération et accès, de propriété juridique, devienne première dans les mois à venir. De notre côté, auteurs de la coopérative publie.net, nous y sommes prêts.

 


- ou bien : télécharger le pdf avec lecture page à page (4,6 Mo)
- ou bien : télécharger l’export vidéo pour iPhone / iTouch (17,8 Mo)
- réalisation : Apple iWork (Keynote)



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écrit ou proposé par : _ François Bon

Licence Creative Commons
Site sous licence Creative Commons BY-NC-SA.
1ère mise en ligne 6 août 2009 et dernière modification le 14 avril 2012.
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Messages

  • Merci... C’est un livre étendu, celui d’aujourd’hui (enfin presque) et à venir. Bob Stein disait l’autre jour que le film se lit peut-être autant qu’un livre, selon un schéma quasi identique : narration, dialogue, images, rythme, tension, singularité parfois. Le spectateur peut y avoir une sorte de lecture : absorption, émotion, regard critique aussi, intérêt, etc. De là, les deux se mêlent - se répondent, correspondent.

    Voir en ligne : amontour.net

    • FLASH-BACK - Il y a quelques années, j’ai créé deux sites web (http://www.livresLIVE.com/ et http://www.booksLIVE.org, aujourd’hui confondus) sur lesquels je proposais des livres à lire en direct, en " direct-LIVE" comme on disait à une époqie sur Canal+. Le dispositif était simple : je tournais périodiquement les pages de livres sous une webcam, installée sur un banc-titre. Ces vidéos diffusée en streaming sur le web étaient sans son. Le temps passé sur chaque double-page était vaguement basé sur un temps de lecture, très vaguement parce que le temps de lecture d’un même texte est variable selon les individus et, pour une même page, n’est jamais fixe pour un seul et même lecteur. Il m’arrivait de laisser le livre ouvert sur deux pages pour une durée plus longue qu’une lecture, même lente, et même de tourner des pages plus rapidement, sans crier gare. La décision de tourner la page était donc critique. La lecture était privée d’une bonne part d’interactivité, hésitant entre les contraintes de la lecture collective et l’expérience individuelle, tiraillée entre lecture et spectacle. Le choix des livres était aussi éclectique que ma bibliothèque à Ivry-sur-Seine. La langue dominante était l’anglais, mais des ouvrages en français, voire bilingues franco-allemands ont été ainsi au moins partiellement diffusés, en toute illégalité naturellement. La qualité médiocre de l’image même plein-écran rendait la lecture peu confortable. Les spectateurs-lecteurs étaient peu nombreux. Un "chat" était disponible "en parallèle". Bavardages aphones. Reste le souvenir d’une performance online dans laquelle coexistaient plusieurs temporalités, des pistes de reflexions sur les MODES DE LECTURE et un projet d’exposition encore inassouvi autour, précisément, de la problématique du TEMPS DE LECTURE.

      Voir en ligne : YOUCANTOUCH

      JPEG - 78.6 ko
    • vraiment tout à fait d’accord !

      Voir en ligne : Manuscrit de Cecyl

  • ...entre texte image et son. Pour qui vient du livre, la première entrée est surprenante. Puis...on s’y fait très vite, et on apprécie alors autrement. L’écrire en devenir : une plastique à inventions.

  • il n’y a pas de concurrence, je ne crois pas (je préférerai qu’il n’en soit pas ainsi, comme disait l’autre), le message passe par son support aussi, on en est à ce point là, et c’est tant mieux : illustrer, donner des sons, des images mobiles ou fixes, ouvrir le propos, donner à voir entendre penser lire conclure réfléchir aider transmettre et d’autres choses encore : lier surtout je pense : on en est là ; on continue, on amplifie, on aime ça

    • ...mais difficulté pour moi toujours à sortir d’une lecture papier (Gracq & Celan, mélange déraisonnable, ô combien) et à plonger dans lecture écran. Et ne sais pas pourquoi le mouvement plus fluide et facile pour écrire directement ou non sur l’écran ou le serveur. Dois être une pathologie lourde d’allergie ciblée à la technosphère. Reste à savoir d’où, parce qu’elle n’est pas homogène - les appareils numériques me conviennent presque plus que les dinosaures argentiques qui m’ont appris à...ne pas me prendre pour un photographe.
      D’ailleurs, ubi est mon pauvre Beirette, mon premier 24*36 ?
      I would prefer not to...

  • Liber : on pense au magnifique texte de Bergounioux.

    Liber : on inverse deux lettres. Même pas

    Homme libre, toujours tu chériras la mer

    Et tard pleine lune une étoile vive à la clé le vent est tombé

    enfin

    Mots à nu simplement

    regard

    à partir

    de là

    lire

  • A mon avis, la différence entre le livre et un autre média repose sur la lecture de texte, c’est en cela que la vidéo proposée par François me paraît intéressante. Mais Constance à raison de rappeler qu’on lit (qu’on décode sur le même principe) d’autres formes que le texte. Reste à trouver (si besoin - et François nous rappelle bien qu’il n’est pas sûr que nous en ayons besoin -) comment distinguer un livre à l’heure du numérique de la presse par exemple...

  • Dans les fissures de ce béton poussent vos mots et vos images et le lieu meurtri devient comme une invitation à reconstruire. Laisser percer quelques violettes comme un espoir.

    Voir en ligne : http://chroniquesmerlines.blogspot.com/

    • Très intéressant, et je ne suis pas sûr non plus qu’il nous faille distinguer absolument ce qu’est un livre dans le contexte numérique. Pour citer Serres dans ce texte :

      "Socrate distinguait deux types de mémoires : la mémoire vive, ou anamnèse (de ána : remontée et mnémè : souvenir), qui est la mémoire de l’âme et qui implique un effort individuel, le rappel du souvenir, (...) et l’hypomnesis, qui est simple remémoration, mémoire technique, mémoire morte"

      Il me semble bien plus intéressant de suivre Stiegler et de garder à l’esprit la tension sans cesse renouvelée entre l’interprétation et l’effort de souvenir qu’elle nécessite (anamnèse) et les supports de mémoire : les hypomnematas que d’essayer de définir le livre, forme parmi d’autres d’hypomnemata.

      La question est donc bien comme le suggère François (pour moi) celle du temps, de la mémoire, de l’attention.

      Évidemment à ce moment là, la question juridique (fondée sur l’achèvement et la construction, l’originalité aussi) n’est plus seulement celle du support, ni de sa forme, mais de ce qu’est une oeuvre : que veux-t-on protéger (juridiquement) comme mémoire ?

      Voir en ligne : http://www.bibliobsession.net

    • ...finalement "la lecture dense" (l’expression est de F. Bon, qui l’emploie souvent, du moins si je ne m’abuse) qui faisait la différence, ou renverrait dans les cordes le débat déjà ancien sur le support (volumen ou codex ? on ne va tout de même pas la rejouer, celle-ci, ni l’antagonisme manuscrit-texte imprimé, ni...).
      Le Phèdre fait dire à Socrate aussi ceci : " le discours écrit comporte, quel qu’en soit le sujet, une grande part de jeu", à nous de nous approprier les nouvelles "règles du Je(u)", ou non. Et pour ce qui me concerne, la question de la vérité, et s’il est plus noble d’écrire sur un papyrus ou directement dans l’âme de son interlocuteur, je la laisse bien volontiers au maître grec, je ne me sens pas trop philosophe, ces derniers jours.

    • Socrate, dans Phèdre, pose la question du changement d’écriture induite par l’alphabet grec. Changeant d’écriture, modifiant les codes des arts de la mémoire (listes, tableaux transformés en textes linéaires, par exemple), l’alphabet, nouvelle écriture pour Socrate, provoque un mouvement neuf de la circulation des idées, de la communication et de ses modes — écrivant, nous parlons différemment, et vice-versa (un sourd n’écrit pas comme un entendant parce qu’il n’a pas accès à l’écriture, les concepts sont pour lui différents des concepts d’un entendant). Socrate en a eu peur, dit-il. Mais les gens du livre aussi en ont peur, semble-t-il, du changement d’écriture que nous vivons depuis dix ans.

      Ce qui se déplace avec Internet, c’est :
      - à la fois le mouvement de circulation des idées, la vitesse de communication (que Deleuze introduit merveilleusement dans Mille Plateaux, parlant d’un livre, allez hop, je mets en ligne l’interview d’Arnaud Maïsetti qui a tout compris), la vitesse nécessaire, comme tension d’écriture, et la vitesse du mode de communication lui-même, aujourd’hui plus rapide que la lumière, à la renaissance l’imprimerie plus rapide que les moutons et les moines (je vais vite).
      - Et à la fois la possibilité qu’offre le lien, et le multimédia. Le multimédia est une écriture, je ne reviens pas là-dessus (cd-rom, film, on l’a dit, et François en a donné une belle démonstration ci-dessus), le lien transpose le texte dans un autre, emboîte les sujets dans les autres, et modifie l’écriture ( voir le JLR, une fois tronqué de ses liens inactifs, ce qui lui manquait). Jamais une civilisation n’a vécu cela.
      - En outre, le support est indépendant de l’écriture publiée. Le même livre ici proposé est disponible sous trois versions, par exemple PDF, Apple I-Phone, et se lit embarqué sur de l’HTML. Jamais une civilisation n’a vécu ça.

      La déf du livre, si elle provient de l’écriture, ne peut pas être celle seulement de Kant ou de Chartier dans la mesure où le mode de pensée se modifie en profondeur à chaque changement d’écriture. Le mode de pensée, ce n’est pas rien. Aujourd’hui, l’écriture change (devient un code, voir C. Herrenschmidt), et le support change aussi (ce que j’écris là se volatisera peut-être si le serveur plante, ou ma livebox, ou si j’appuie sur une touche du clavier, pas d’archive sur ce support avant enter).
      Comment la définition du livre peut-elle être enclose dans un paradigme qui est celui de l’histoire ?

      Avec les blogs, c’est la première fois qu’à distance et dans une forme immédiate de transmission, on définit ensemble un livre (ou autre — sauf pour Alain, perdu sur les plages). Ce que j’écris, ce que je lis en même temps, n’est pas stocké sur mon clavier, ni dans mon ordi, ni sur mon écran. Pas d’empreinte, ni d’impression. La surface de lecture ne contient plus les empreintes de ce que je lis. Dès lors, c’est le flux, donc la vitesse et les liens, ces mille plateaux, qui est un livre. C’est un rhizome, voir Deleuze et Guattari.

      Voir en ligne : amontour.net

  • « Alors avons-nous même besoin du mot livre ? »

    Excellente question ! qui ramène implacable-/implicite-ment à une autre : qui parle sous ce "nous" ?

    Qui a besoin ou envie de partager (pour un temps, pour un échange, avec un individu, un groupe, un public ? ) définition ou usage du mot livre ?

    Petit essai, préliminaire autant qu’irréfléchi, de population de notre jardin anthropologique :
    écrivain, travailleur intellectuel pigiste (nègre ?), enseignant, parent de pré-adolescent, lecteur quarantenaire, lecteur cinquantenaire…, inspecteur des impôts, fiscaliste, héritier de maison d’édition, imprimeur, relieur, documentaliste, bibliothécaire, homme politique, “people”, libraire, responsable marketing, attaché de presse, banquier, courtier en capital-risque, …

    Combien nous faut-il de cages dans notre anthropo-biblio-zoo ?

  • comme je ne peux tout dire ici, je renvoie à mes notes sur le sujet : http://www.fgriot.net/notes/dotclear/index.php?category/Introduction
    pour apporter de l’eau au moulin...

    Voir en ligne : fgriot.net

  • Manque un document dans ce débat : une étude d’Alain Pierrot pour la SGDL sur la définition du mot livre, qui n’est pas public pour l’instant. Ce texte s’appuie sur une définition de Kant, reprise par Roger Chartier : « Kant dit [qu’un livre] est un discours adressé au public, qui est toujours la propriété
    de celui qui l’a composé et qui ne peut être diffusé qu’à travers le mandat qu’il donne à un libraire ou à un éditeur pour le mettre dans l’aire de la circulation publique. »

    Phrase géniale parce qu’elle sépare le livre de sa définition d’objet immobile pour le replacer, comme dans l’ensemble de l’esthétique de Kant, dans un espace de circulation et de réalisation.

    Dans le texte d’AP, plusieurs explorations : l’illustration et l’image ont de tout temps été intégrées dans l’histoire du livre. Le "livre audio" l’élargit à la voix. Mais Alain en exclut la vidéo.

    Il définit un double espace, qu’on trouvera aussi explicité dans les récentes interventions d’Alain Absire (SGDL) : la conjonction de deux univers différents, les livres « numérisés » sont le portage de livres papier ou dépendant de contrats éditeur préalables, les livres « numériques » naissent dans l’univers digital, et le livre papier en est alors un élément particulier. Par exemple, est de plus en plus indissociable pour un auteur le livre lui-même et le dossier numérique qui l’accompagne sur son site, sur les réseaux sociaux, ou dans l’ensemble du Net. A l’opposé, dans une démarche comme celle de publie.net, le mot livre nous est de plus en plus inutile, dans le développement de logiques d’accès, et de contenus textes, images, vidéo, voix

    la définition proprement dit du mot livre alors importe peu, et ma petite mise en page ci-dessus juste une approche pour nos port-folios d’artistes et photographes, collection prête à démarrer sur publie.net

    mais cette discussion, immense merci à l’ensemble des contributeurs ci-dessus, et notamment Hubert Guillaud et Silvère Mercier de Bibliobsession – c’est notre prise de repère dans la secousse sismique qui déjà traverse l’ensemble du monde de l’édition et de la distribution, et le lire lui-même

    lire donc l’analyse de Virginie Clayssen dans teXtes, si longtemps que son site est pour nous tous un point de repère important - et merci à elle de renvoyer à texte d’Arnaud Maïsetti non moins décisif, accueilli par Constance Krebs, tout cela montre la cohésion et la densité

    en souhaitant à Alain Pierrot de continuer à passer de bonnes vacances pendant qu’on décrypte son missile radio-actif (en souhaitant que la SGDL, dont c’est à l’honneur de l’avoir commandité, le rende prochainement accessible)

    • je me souvient d’une phrase d’Alain Corbin qui parlant du Coran disait que la mise en espace de la calligraphie dans la page était de la plus grande importance pour le lecteur arabe lui donnant une compréhension intuitive liée à l’espace de ce que les mots pouvaient lui dire. Sa compréhension en était élargie. le livre , papyrus etc... n’est il pas cela aussi, une création multidimensionnelle incluant le recul de la pensée (lettre de Mallarmé à Verlaine chez cgenin) la lecture d’une édition soignée d’un poète est elle la même que celle du même texte en édition de poche ou les notions d’espace , tactiles et visuelles sont écartées, dès lors le livre fait appel à de nombreuse facultés rassemblant leurs forces pour induire une conception du monde.
      L’oralité antique elle à la richesse de l’être humain le plus riche et fabuleux outil qui soit,
      qu’en est il de l’édition sur internet quel qu’elle soit et bien développé ici, l’environnement numérique fournit une dimension autre au lecteur, une attitude face au partage et à la circulation de l’information ou de l’oeuvre,
      Internet et le numérique ne sont ils que des phases finales du processus ou bien le processus est il entièrement transformé (façon d’écrire, rapport au temps dans le traitement de l’idée et de l’oeuvre)
      bien à vous
      L

      Voir en ligne : http://aloredelam.com

  • La conversation dans les commentaires tournent autour de la définition du livre. La question y invite : "Ceci". François Bon désigne l’insertion de la vidéo dans une page Web et établit un lien vers une œuvre (un livre n’est pas une œuvre). Cette vidéo (œuvre) peut-elle être un livre. La tension de l’attention est dirigée vers cet objet à catégoriser.

    Pirouette.

    Je me fais objet et je regarde ces observateurs. Je suis cette vidéo et je vous regarde. Je ne sais pas encore totalement qui ou quoi je suis. Mais vous me dîtes dans vos commentaires ce que je suis. Vous dîtes de nombreuses choses à propos de moi. Certaines se recouvrent. Vous semblez faire partie d’une communauté d’intérêts relativement homogène. Ah, oui, j’oubliais, François m’a placé ici dans cette page. Il m’a exposé et vous a demandé qui ou ce que j’étais. François est auteur, éditeur, observateur, etc. Il publie sur le monde du livre, donc ses lecteurs sont beaucoup du monde du livre.

    Ce que je suis en ce moment n’est peut-être pas ce que je serais dans un autre contexte avec d’autres personnes, d’autres professions, d’autres cultures.

    Suis-je un livre ? Je ne sais pas. encore. La multitude et la variété de vos commentaires donnent une partie de ce que je deviendrais. Il me faut rencontrer plus de monde.

  • en tant que libraire, deux petites devinettes :

    - vous achetez un produit à la Fnac, ou n’importe où que vous décidiez de le payer de votre Carte Bleue, vous disposez d’un délai de rétractation, je ne sais plus si c’est 2 jours ou 4 jours – donc vous renvoyer à la Fnac le fichier que vous avez téléchargé, et vous demandez le remboursement - vous êtes dans votre droit - pour les CD ou les logiciels, à condition de ne pas avoir touché la cellophane d’emballage – mais pour le fichier téléchargé ?

    - cette histoire de la TVA à 19,6% : on vous demande de remplir les petites cases concernant votre adresse etc - selon votre localisation annoncée, on vous applique la TVA (UE) ou pas de TVA du tout (US, CA, partout ailleurs) – dites simplement que vous êtes un Français vivant à Tokyo, sur n’importe quel site de vente en ligne, et hop, 19,6% de réduction sur les produits téléchargés (mais pas sur les produits nécessitant envoi matériel)

    peut-être, rien qu’avec ces deux problèmes, qu’on comprend un peu mieux les réticences des éditeurs – y a pas un peu de flou, dans les voiles du numérique ?

    Voir en ligne : habakuk

    • Voir ce lien, qui résume le livre en quelques lignes. C’est le cher Balzac de François, en 1831. C’est le Réquisitionnaire. En ligne grâce aux bons soins d’Olivier Bogros, depuis sa bibliothèque de Lisieux

      Me frappent l’épigraphe :
      "« Tantôt ils lui voyaient, par un phénomène de vision ou de locomotion,
      abolir l’espace dans ses deux modes de Temps et de Distance,
      dont l’un est intellectuel et l’autre physique. »
      Hist. intell. de LOUIS LAMBERT"

      que je rapproche de cette comparaison de FB entendue et prise au vol (avec les imperfections de la prise de notes) "la voie ferrée est le miracle de la locomotive... La locomotive me bouleverse, comme le daguerréotype de Balzac. Ce sont images de la modernité, où le temps et la durée (du trajet, du protrait) se confondent pour converger vers l’instant. C’est à cette époque, précisément, que le temps du récit correspond au temps de la publication. On est autour de 1830 et le roman-feuilleton règle la question de la littérature à l’aune du journal quotidien." A corriger sans doute...

      et la conclusion :
      "A l’heure précise où madame de Dey mourait à Carentan, son fils était fusillé dans le Morbihan. Nous pouvons joindre ce fait tragique à toutes les observations sur les sympathies qui méconnaissent les lois de l’espace ; documents que rassemblent avec une savante curiosité quelques hommes de solitude, et qui serviront un jour à asseoir les bases d’une science nouvelle à laquelle il a manqué jusqu’à ce jour un homme de génie."

      Voir en ligne : amontour.net

    • "Ceci" est un film. J’avais réalisé en 1999 un film composé exclusivement de caractères typographiques colorés formant des mots puis un texte et je n’ai pas eu alors une sensation différente que lorsque j’ai réalisé des films avec une caméra, l’idée était simplement de faire un film avec un clavier : "À l’aise". C’était le titre. Il vaudrait mieux admettre simplement que dire "livre" est (ici plus qu’ailleurs) une façon de dire "œuvre".

  • Obsession personnelle :lisant "béton" : ceci est-il un livre m’est revenu cette question posée dans le 1er livre que j’ai confié à publie.net (était-ce d’ailleurs un livre, ce journal fictif ?), le livre l’immeuble le tableau. Qu’est-ce qui relie ces volumes de béton et l’objet livre ?