2020.06.21 | beau, 35 fois beau


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Bon, je vous en mets juste une grosse quinzaine mais croyez-le, j’ai fait 37 photos exactement, puis ensuite j’ai doublé et ne l’ai plus revu, d’où le titre. Si j’étais artiste conceptuel américain ou branché ou les deux, sûr que j’en ferais une oeuvre rémunérable, du mot beau 35 fois promené dans le paysage autoroutier, avec variation sur le paysage. Ça vous donne des idées : partout où le monde n’est pas comme on voudrait, on viendrait y promener le mot qui le désigne, exactement comme on le pense. Ou l’inverse, puisque là c’était le contournement de Châtellerault et que je connais chaque champ, hameau, pont, caravane de gitan ou pylône de ces 95 kilomètres de Poitiers à Tours et que c’est ça que je pense, « beau », que je pense même contre la réalité qui, elle, s’en moque mais oui, totalement. Je remercie le mot beau de m’avoir accompagné pour ces 37 photos, l’autre soir sur l’A10 en remontant de Damvix à Tours. Dans une photographie, ou même –– comme ici –– dans une utilisation sérielle de la photographie, quand on fait image d’un mot on ne regarde pas ce qu’il désigne, mais d’abord lui-même. Ce que le mot beau contient, c’est ce qui l’environne, 37 fois ou mille fois, qui en établit l’inventaire. C’est une tâche de dictionnaire. Il fera beau, pas tout de suite mais demain : la preuve.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 juin 2020
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