2013.12.27 | Saint-Brieuc, de la marine en bibliothèque


L’an passé, l’ENSSIB avait mis en ligne un blog Carnet de voyages dont l’idée était d’accumuler, de façon collaborative, des visites ou intérieurs de bibliothèques, mais apparemment il a disparu, dommage mais pas grave, moi je continue ma collection internationale...

Donc, ce vendredi 13 décembre, je découvre la salle du fonds ancien de Saint-Brieuc. Étonnement d’abord à la taille : je connais plusieurs volumes identiques, avec cette tradition de la galerie qui les entoure, celle du Sénat ou de l’École des Beaux-Arts (Paris aussi). Mais ici, comme si on avait un peu oublié la beauté potentielle, et qui peut en être mis en valeur pour la collectivité : les poutres originelles façon charpenterie de marine occultées par un faux-plafond, une suite d’étagères vides au sol que manifestement les bibliothécaires peinent à faire enlever et qui gâchent l’espace, des néons pires que dans une gare et pareil, remplacement plus que progressif. Arnaud Flici, le conservateur qui en a la charge, souligne aussi les dommages faits aux reliures par hygrométrie non contrôlée, entraînant que les pièces les plus précieuses soient mises à l’abri... aux Archives départementales.

Et pourtant, comment ne pas être fasciné : si le fonds de la bibliothèque du Sénat m’avait paru surtout convenir aux sénateurs, ici on a sans cesse envie d’attraper et d’ouvrir. Des trésors concernant la mer et la navigation, ou les industries de la mer. Un fonds breton considérable (un examen de breton dans le profil du poste), des reliques pré-révolutionnaires, au moment du dépeçage des abbayes, malgré le gâchis de l’abbaye de Beauport : en pleine Révolution française, deux navires qui doivent convoyer vers l’Angleterre les manuscrits et incunables rassemblés de toute la Bretagne se heurtent et font naufrage dans la baie de Paimpol...

Chaque fois, aussi, la façon dont ces lieux induisent le rêve : ils sont leur propre histoire, casiers à fiches qu’on garde même vides, quand le fonds est numérisé (en grande partie, pas encore finalisé), les lecteurs de micro-films, les échelles, les réserves dans les recoins, et les murs assez épais pour accueillir des escaliers dérobés, des passages invisibles.

Photos prises à la va-vite et sans lumière, rêve d’avoir le droit de venir ici deux ou trois jours avec pied et mandarine. J’aimerais bien un jour avoir le droit d’une résidence d’auteur dans un lieu comme ça, à Louvain-la-Neuve, aux archives ou à la bibliothèque je m’étais aperçu un peu tard que ça aurait suffi au programme. Poitiers recèle des trésors. Même ici en Indre-et-Loire il y aurait vraiment de quoi faire dans ces bribes dispersées de fonds ancien. Sait-on, ça pourrait venir, même si ce n’est pas dans l’air du temps...

Mais l’étonnement ce n’était pas seulement le lieu et les livres. L’immense table de chêne, moins ancienne que la salle mais construite sur place et qui ne pourrait pas en sortir, accueille coudes sur le même bois tous ceux qui préfèrent s’installer de ce côté plutôt que dans le bâtiment plus moderne : lycéens, généalogistes, curieux, et six postes informatiques avec Internet. Dans les autres bibliothèques, en général l’accès au fonds ancien est réservé aux usagers qui ont spécifiquement affaire aux questions historiques : et si c’était un lien de plus, pour celui qui vient faire sa recherche d’emploi sur l’ordi de la vieille salle, ou pour le lycéen qui vient réviser ici, dans un calme et une concentration accrues ?

Beau travail aussi de mise en réseau avec les ressources régionales de Quimper ou de Rennes, même si ce fonds n’est pas considéré comme pôle local par la BNF (ce n’est probablement pas l’expression exacte, mais c’est ce qui se passe pour le fonds ancien de Poitiers par exemple).

Et aussi, un vrai blog. Avec des coups de coeur lectures ou de l’actualité (à peine 2 semaines après ma venue c’est déjà en ligne, bravo !), des ressources numériques en ligne, et la rubrique patrimoine tenue par Arnaud Flici lui-même (signature anonymisée pour tout le site, mais ce n’est pas une dénonciation calomnieuse !). Et allons-y pour des champignons, ou la conservation des périodiques, etc... Alors, qui en fait autant ? Et pourquoi ce ne serait pas possible partout ? Apparemment c’est juste un wordpress libre, comme on fait faire à nos participants en stage... Et qu’on ne me dise pas que ça mord sur le temps de travail : puisque précisément ça le met en valeur... Voir à propos du manuscrit de Saint-Yves,

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 décembre 2013
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