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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>projet St. Kilda | 10, cadeaux de mariage</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;historicit&#233; de la porosit&#233; de l'&#238;le au XIX&#176;, argent, religion, charit&#233; &#8211; suite&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2644.jpg?1352733621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On est en 1890. Le temps des vapeurs a commenc&#233; depuis longtemps. Ceux qui viennent voir les &#238;liens sont ceux qui peuvent affr&#233;ter un bateau : pas le petit peuple. On vient en jupe longue et chapeaux, tenues blanches de marins d'op&#233;rette. On apporte des cadeaux, non pas la paraffine ou du sel dont ils ont le plus besoin, mais du th&#233; et du sucre. Les &#238;liens ont compris aussi qu'ils peuvent obtenir du whisky et du tabac. Les chaussons de feutre qu'on a card&#233;s dans la nuit de l'hiver, avec les restes de la fabrication du tweed pour le propri&#233;taire, et qu'on a &#233;labor&#233; pendant cinq si&#232;cles pour sa propre n&#233;cessit&#233;, on les propose &#224; la vente. Avec l'argent, on se procurera des v&#234;tements fabriqu&#233;s &#224; Glasgow, et ce sera un commerce de plus pour le propri&#233;taire. On vend aussi des oeufs d'oiseaux, les quatorze vari&#233;t&#233;s qu'on conna&#238;t. John Sands &#233;crira : &#171; St Kilda est la m&#233;nagerie humaine la plus lointaine qu'on connaisse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact va rarement au-del&#224;. &#192; partir de 1880, on a compris qu'un autre commerce serait encore plus rentable : poser pour les photographies. Les femmes h&#233;sitent &#224; s'y risquer &#8211; qu'est-ce qu'une image ? La religion les interdit, comme elle les a contraints &#224; briser tout instrument de musique, &#224; oublier les vieux chants. Mais les hommes ont leur num&#233;ro pr&#234;t : attraper un oiseau avec une perche, montrer comment on escalade la falaise. Poser au vieux sage avec la barbe blanche en &#233;ventail, et passez la monnaie. Les &#238;liens ne savent pas marchander (&lt;i&gt;to bargain&lt;/i&gt;, mot emprunt&#233; au fran&#231;ais, du temps de Cotgrave) &#8211; leur propri&#233;taire ne leur en a jamais laiss&#233; l'opportunit&#233;. Alors ils vendent au prix fort. De toute fa&#231;on, leurs visiteurs peuvent se l'autoriser. Des vapeurs ou des yachts, pas possible d'accoster sur l'&#238;le. Les hommes vont les chercher en barque &#8211; il y a encore la dalle recouverte d'algues, qu'il faudra p&#233;niblement escalader. Au retour, ils demandent un demi penny pour l'escorte, parfois les riches le leur refusent, tant ils ont eu le sentiment que tout sur l'&#238;le se monnayait, et qu'on ne les en m&#233;prisait que plus. C'est ainsi que l'&#233;conomie entre sur l'&#238;le, parce qu'on re&#231;oit du dehors une monnaie inexploitable entre eux, mais utilisable avec le dehors. Un jour, un vapeur accoste le dimanche : c'est sabbat, pas question de faire quoi que ce soit d'autre que l'&#233;glise des pasteurs en noir. Alors on laisse les marchandises devant sa porte avec le prix. St Kilda est devenu un commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mis&#232;re et la crasse, mais aussi cette religion contrainte et forc&#233;e pousse aux sentiments philanthropes. Un M. Campbell de Sunderland, qui a eu acc&#232;s au journal d'un autre instituteur, John Ross, apprend le mariage de John Gillies, vingt-quatre ans, dont la premi&#232;re femme est d&#233;c&#233;d&#233;e en couches &#8211; tout un pan de silence sur le continent pour bien longtemps, alors encore plus de silence ici, avec Ann Scott, vingt-trois ans. Pour ajouter au contexte tragique, si appr&#233;ci&#233; des philanthropes, la m&#232;re d'Ann vient de se noyer &#8211; le bateau une fois de plus renvers&#233; au retour d'une exp&#233;dition de collecte des oeufs sur Dun ou Boreray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;reuse de M. Campbell, en guise de lien &#224; l'&#238;le, une robe de mari&#233;e &#224; la derni&#232;re mode d'Angleterre. La jeune &#233;pous&#233;e de St Kilda, v&#234;tue de laine card&#233;e sans couleur, conna&#238;tra une fois, et toute l'&#238;le avec elle, le statut du v&#234;tement dans la civilisation industrielle. Il collectera plus de 100 livres, grosse somme en 1890, pour l'achat de la robe et de quelques fournitures pour le coupe, mobilier, livres. John Ross, l'instituteur juste revenu de son s&#233;jour, aide &#224; constituer une petite biblioth&#232;que mod&#232;le : ce qui n'est pas rien, apr&#232;s plus de 70 ans pendant lesquels le seul imprim&#233; autoris&#233; a &#233;t&#233; la bible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les gens de Sunderland peuvent aussi offrir des dons en nature. On a ainsi un service de cuiller &#224; caf&#233; en argent, des lunettes de vue usag&#233;es, une caisse de Bovril (du bouillon de boeuf en bo&#238;te, pour donner du go&#251;t aux soupes, tr&#232;s &#224; la mode, &#231;a venait de s'inventer), et encore plus de gens, pour marquer leur approbation, une simple bouteille de liqueur. Beaucoup de bouteilles de liqueur. M. Campbell offre pour sa part aux mari&#233;s le plat d'honneur du repas : un &#233;norme &lt;i&gt;pork pie&lt;/i&gt;, le g&#226;teau de viande traditionnel, et affr&#232;te un bateau. On part &#224; trente, la surprise va &#234;tre compl&#232;te, les cadeaux royaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on approche de l'&#238;le, les barques viennent les chercher : on s'imagine avoir affaire &#224; des touristes comme d'habitude, et qu'on leur vendra les chaussons, le tweed et les oeufs. Les &#238;liens apprennent seulement &#224; ce moment la raison du voyage : ils refusent de les d&#233;barquer. Le bateau fera demi-tour avec la robe de mari&#233;e, et le &lt;i&gt;pork pie&lt;/i&gt; finira abandonn&#233;, au retour, sur le quai mouill&#233; de Glasgow. John Ross parvient &#224; laisser &#224; son successeur les livres destin&#233;s &#224; la communaut&#233;, qui constitueront la &lt;i&gt;free library&lt;/i&gt; h&#233;berg&#233;e par l'&#233;cole, encore en usage lors de l'&#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Ross, de qui nous tenons tous ces d&#233;tails, &#233;crit une lettre d'excuse &#224; Campbell : &#171; Ce que vous avez fait, monsieur, ils n'&#233;taient pas en mesure de l'appr&#233;cier. Il faudra du temps pour apporter &#224; St Kilda la vraie (true) civilisation, et en faire v&#233;ritablement une partie de la Grande-Bretagne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bovril, les liqueurs, la robe de mari&#233;e et la charit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>projet St Kilda, 9 | de la mort</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;J &#8211; 1 : demain, Ouessant Livre insulaire, 18h, parlerie sur St Kilda, se pr&#233;parer...&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La mort est secr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort est fr&#233;quente. Dans le journal de l'instituteur, John Ross, en 1887-188, le mot revient. L'&#233;cole est ferm&#233;e une semaine : &lt;i&gt;drowning&lt;/i&gt;, noyade. Parce qu'on est encore avant l'&#233;t&#233;, et qu'on a gliss&#233; de la falaise, ou que la barque s'est renvers&#233;e. Le mot vient seul. Pas de d&#233;tails Corps rep&#234;ch&#233;, ou aval&#233; par les courants et la nuit, on ne nous dit pas. &lt;i&gt;Drowning&lt;/i&gt;, mot qui se suffit &#224; lui-m&#234;me, mot orphelin. On ne survit pas longtemps dans l'eau &#224; 14&#176;, et ils sont v&#234;tus de feutre, qui s'imbibe et les coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand quelqu'un meurt sur l'&#238;le, tout s'arr&#234;te une semaine. On veille le mort deux nuits, puis on l'emporte au petit cimeti&#232;re dans son mur ovale, le cimeti&#232;re sans pierres tombales (o&#249; les prendrait-on ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cits d'avant le XIX&#176; si&#232;cle, on n'apprend presque rien des rites mortuaires. Cela ne regarde pas les voyageurs. De loin, l'instituteur voit les hommes se rendre chez le pasteur, le seul &#224; disposer d'une bouilloire : ils courbent des planches minces pour le cercueil. Le bois n'existe pas sur l'&#238;le, on re&#231;oit chaque ann&#233;e de quoi enterrer les morts dans le bois et non dans le linceul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la curiosit&#233; principale serait peut-&#234;tre en cela : alors que les trois pasteurs successifs ont &#233;radiqu&#233;, avec les musiques, les fables et les chants, tout ce qui n'est pas leur bible, leur pouvoir s'est arr&#234;t&#233; aux murs ovales du cimeti&#232;re. Pour les morts, tout continue comme si la religion noire ne les avait pas recouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour l'enterrement, pas de passage &#224; l'&#233;glise, o&#249; on les force encore &#224; passer deux fois le dimanche. Bien s&#251;r, au cimeti&#232;re, ce sont des psaumes qu'on r&#233;cite sur la tombe ouverte pour l'adieu. Mais d&#232;s que chacun y a revers&#233; sa pellet&#233;e de terre, les femmes entament la longue s&#233;ance collective des pleurs, qui sont une tradition bien ant&#233;rieure &#224; l'arriv&#233;e des pasteurs. De m&#234;me cette r&#233;clusion d'une semaine, qui se prolonge encore cinq jours apr&#232;s l'enterrement. De m&#234;me cette r&#233;clusion d'une semaine, qui se prolonge encore cinq jours apr&#232;s l'enterrement, ou le fait d'aller tuer une brebis, qu'on partagera, alors qu'on n'en consomme jamais pour soi-m&#234;me. Le deuil est affaire collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore plus ce d&#233;tail : dans cette &#238;le o&#249; le jour est soit d&#233;mesur&#233;ment long, soit d&#233;mesur&#233;ment court, c'est lorsque l'ombre rejoint exactement l'entr&#233;e d&#233;coup&#233;e dans les pierres du petit cimeti&#232;re en ovale qu'on sort le mort de sa cabane et que quatre hommes le portent. Un reste de l'adoration du soleil qu'aucun des obscurantistes en noir envoy&#233;s par l'&#233;glise n'aura su renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lors m&#234;me de la pr&#233;paration : ce sont les femmes qui pr&#233;parent le corps, le corps rep&#234;ch&#233; du noy&#233;, le corps bris&#233; sous la falaise, ou celui qui simplement s'est &#233;teint de vieillesse. On l'enveloppe ensuite d'un feutre de laine de mouton card&#233;e, les moutons de l'&#238;le, cousu avec les becs d'oiseaux de fa&#231;on &#224; se replier comme une capuche sur la t&#234;te, ne laissant plus passer que le visage. Et le visage lui-m&#234;me a &#233;t&#233; ceint de ces larges mouchoirs qui n'ont pas qu'une fonction utilitaire : les porter, pour les hommes, signifie qu'au lieu du travail on est de repos (ou de messe), et pour les femmes &#8211; dans cette &#238;le o&#249; on n'a pas de bague, et o&#249; elles sont toujours d&#232;s le XVII&#176; si&#232;cle et de fa&#231;on continue en nombre sup&#233;rieur aux hommes &#8211; le signe exhib&#233; de leur statut matrimonial, ou son absence, ou de leur veuvage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cimeti&#232;re est &#224; l'&#233;cart, en prolongation de l'arc de cercle des cabanes. On pourra bien les reconstruire deux fois en les remontant plus haut dans la petite baie, le chemin qu'elles dessinent m&#232;nera toujours &#224; l'ovale de pierre, avec l'ouverture qu'on doit enjamber, la m&#234;me qu'on trouve aussi en vieille Bretagne, pour emp&#234;cher les animaux d'y entrer pa&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on ne saurait plus creuser sans g&#234;ner les morts sous leur renflement de terre, on enl&#232;ve les plus anciens : plus loin encore, dans un autre ovale, bien plus restreint, est l'ossuaire. L&#224; encore, trace vivante de l'emprise d'une culture orale : les plus anciens savent qui est enterr&#233; o&#249;. La spatialisation des morts ne comporte pas de signe &#233;crit &#8211; on saurait faire, ou mettre une pierre, ou un objet. C'est plus d&#233;lib&#233;r&#233;, venu de plus ancien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et jamais on n'aurait rien su des rites fun&#233;raires &#224; St Kilda, qui ont su tenir &#224; distance l'&#233;touffement volontaire de la religion chr&#233;tienne impos&#233;e, sans la suite de d&#233;c&#232;s infantiles qui endeuilla l'&#238;le plus de dix ans, et qui fit d&#233;finitivement arr&#234;t &#224; la masse critique de population n&#233;cessaire pour la survie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maladie aussi, comme l'agriculture, comme les moutons, comme le nombre de bateaux, ou la suite d&#233;finie et dat&#233;e des pasteurs et des instituteurs, ou comme l'arriv&#233;e progressive de l'argent par le tourisme et les bateaux &#224; vapeur, puis l'exil australien, est une histoire qu'on peut reconstituer depuis Martin Martin, et en bonne partie gr&#226;ce au fait qu'il lui fait place dans sa relation : cette page o&#249; il soigne un malade, simplement en se souvenant de ce qui aurait &#233;t&#233; fait &#224; Skye dans les m&#234;mes circonstances, et cette autre page o&#249;, loin sur les falaises, il parle au l&#233;preux que la communaut&#233; tient &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La variole apport&#233;e par quel bateau de passage, qui frappe l'&#238;le en 1724 : ne survivent que quatre hommes, alors &#224; l'&#233;cart sur Boreray pour la chasse aux fulmars. C'est probablement depuis Skye que le propri&#233;taire repeuple l'&#238;le, incitant les plus pauvres, et probablement aussi envoyant les fortes t&#234;tes, ou ceux &#224; qui on reproche un d&#233;lit. De St Kilda, on ne part que si on vous emm&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un b&#233;b&#233; fragile meurt dans les tout premiers jours : on ne les a pas confi&#233;s au corbeau noir de la religion officielle pour le bapt&#234;me, ni m&#234;me l'&#233;tat-civil. Comme dans notre propre pays jusqu'&#224; la R&#233;volution, m&#234;me pour les familles royales, on y voit comme une s&#233;lection naturelle. Le probl&#232;me, &#224; St Kilda, ce 27 d&#233;cembre 1887, chez les McKinnon, c'est que l'enfant qui meurt paraissait en pleine sant&#233;, parfaitement viable, et atteignait ses quinze jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1855 &#224; 1876, soit une p&#233;riode de vingt ans, on compte 56 naissances, dont 32 gar&#231;ons. Dans la m&#234;me p&#233;riode on compte 64 d&#233;c&#232;s. Mais on devrait y ajouter, pour la juste balance, 41 enfants morts en bas-&#226;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
George Murray, &#224; l'enterrement du petit McKinnon, d&#233;couvre que la tombe qu'on ouvre est celle o&#249; reposent d&#233;j&#224; d'autres enfants morts de la m&#234;me fa&#231;on. Un cercueil a &#233;clat&#233; sous la terre, il est frapp&#233; de la ressemblance des deux corps, celui d'aujourd'hui, et celui mort il y a six semaines. Au mois de mars suivant, quand meurt Annie Ferguson, une petite fille de dix ans, il reconna&#238;t les m&#234;mes sympt&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a re&#231;u plusieurs fois &#224; St Kilda, l'&#233;t&#233; &#8211; en 1878 on en a les archives &#8211; une infirmi&#232;re. Mais l'infirmi&#232;re n'a pas acc&#232;s &#224; ces rites qui, comme les rites fun&#233;raires, ne sont pas pour les h&#244;tes de passage. Quelques efforts qu'ils fassent, et m&#234;me si nourris en partie par la communaut&#233;, le pasteur et sa famille, l'instituteur qui arrive chaque &#233;t&#233; avec ses provisions pour tenir une ann&#233;e, et l'infirmi&#232;re donc, resteront &#224; l'&#233;cart des t&#226;ches collectives, mais aussi de cette vie souterraine de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accouchements se font chez soi &#233;videmment, avec la pr&#233;sence de la &lt;i&gt;bean-ghluine&lt;/i&gt; &#8211; litt&#233;ralement : femme qui s'agenouille &#8211; et, si ce n'est pas attest&#233; &#224; St Kilda, on le sait pour plusieurs &#238;les d'&#201;cosse, sectionne le cordon, qui sert de base &#224; un rite mal d&#233;crit, dans lequel on br&#251;le cordon et placenta au feu de la cabane. Pour le b&#233;b&#233;, dans les &#238;les on va l'enduire de beurre sal&#233;. A St Kilda, on se sert de l'huile rouge prise &#224; l'estomac des fulmars. Est-ce que dans la bible lue chaque dimanche, parfois trois heures d'affil&#233;e, avec pr&#233;sence obligatoire, par le pasteur, on n'utilise pas sans cesse l'expression &lt;i&gt;oindre d'huile&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1892 encore, 5 enfants naissent &#224; St Kilda, dont 2 seulement survivront. Gr&#226;ce aux observations de Murray, l'instituteur, et &#224; la pr&#233;sence d'une infirmi&#232;re sans pr&#233;nom, la &lt;i&gt;nurse&lt;/i&gt; Chichhall, on parviendra &#224; d&#233;montrer aux &#238;liens que le bacille du t&#233;tanos, pr&#233;sent dans la poche organique qui sert &#224; conserver l'huile des fulmars, cette poche suspendue en permanence dans la cabane, qui sert contre les rhumatismes &#8211; lesquels sont &#233;videmment, dans ce bain d'humidit&#233; constante, une des souffrances les plus commun&#233;ment endur&#233;es &#8211;, qui sert contre les contusions, qui sert contre le mal de dents, et qu'on conserve accroch&#233;e dans un estomac de fulmar, cette poche qu'on remplit &#224; nouveau, sans la changer, quand elle se vide, a &#233;t&#233; responsable pendant un quart de si&#232;cle de la mortalit&#233; infantile sur l'&#238;le. Une g&#233;n&#233;ration manque : c'en sera quasi fini de l'histoire de l'&#238;le. L'&#233;vacuation de 1930 commence ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>projet St. Kilda, 5 | une l&#233;gende</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2633</link>
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		<dc:date>2011-08-14T05:42:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;quelques lignes, juste pour r&#233;percussions dans l'imaginaire&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On n'arrivait pas &#224; d&#233;cider qui du clan de l'&#238;le d'Harris et du clan de l'&#238;le Uist avait la pr&#233;&#233;minence pour St. Kilda. On d&#233;cida d'une course. Les deux bateaux, voiles et rames, partirent ensemble dans la mer verte. En vue des pics de l'&#238;le, les deux bateaux &#233;taient encore &#224; vue l'un de l'autre. En s'approchant de l'&#238;le, et du seul point o&#249; on pouvait l'accoster, les deux bateaux &#233;taient rang &#224; rang. Les hommes tiraient sur leurs rames autant qu'il leur &#233;tait possible, les m&#234;mes vagues levaient les &#233;traves dans le vent contraire. Ceux de l'&#238;le d'Uist commenc&#232;rent &#224; prendre les devants : le courant &#233;tait meilleur de leur c&#244;t&#233;. Alors Colla McLeod, de l'&#238;le d'Harris, se trancha la main et la lan&#231;a sur le rivage. L'&#238;le depuis appartient aux McLeod de McLeod.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>projet St. Kilda, 4 | Ewen Gillies, homme-&#238;le</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2632</link>
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		<dc:date>2011-08-13T06:56:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;extension des &#233;nigmes de l'&#238;le de St. Kilda, avant lecture/performance &#224; Ouessant le 24 ao&#251;t prochain&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi reste-t-on &#224; St. Kilda, dans de telles conditions de mis&#232;re et de difficult&#233; &#224; vivre, quand le monde est si grand ? Mais s'est-on jamais pos&#233; la question sinon que pour les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le monde tel qu'on se le repr&#233;sente, c'est le monde qu'on conna&#238;t. Le monde est une &#238;le d&#233;chir&#233;e en &#226;pres morceaux de granit dans une mer noire, avec parfois l'&#233;t&#233; quelques jours &#233;touffants de chaleur o&#249; elle est trompeusement calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hiver, la temp&#234;te vous assourdit : &#171; cette fois, on est rest&#233; une semaine ensuite sans rien entendre &#187;, dira la fille du pasteur, au XIX&#176;. Ou bien : &#171; on voyait les &#233;clairs, mais le bruit du vent et des vagues faisait qu'on n'entendait pas le tonnerre &#187;. Ou bien : &#171; le sel rendait les vitres toutes blanches, on ne voyait plus rien au-dehors &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand au d&#233;but du XVIII&#176; si&#232;cle, on fait l'exp&#233;rience un peu perverse d'amener quelqu'un de St. Kilda &#224; Glasgow et de guetter ses r&#233;actions, on s'en amusera comme d'un Persan &#224; Paris. On retiendra de lui, et c'est tout ce qu'on lui demande, apparemment, que la cath&#233;drale de Glasgow c'est &lt;i&gt;la plus grande grotte dans laquelle [il soit] entr&#233;&lt;/i&gt;, et que l'id&#233;e de faire des charrettes tir&#233;es par des chevaux pour se rendre d'un point de la ville &#224; un autre lui para&#238;t ce qu'il y a ici de plus extraordinaire. &#192; St. Kilda on n'a jamais vu d'arbre, pas un seul, jamais. Ni un cochon, ni un rat. En 1875, John Sands apporte avec lui trois pommes : quelle curiosit&#233;. Et John Sands (on reviendra en d&#233;tail sur sa propre relation) dit : &#171; Tout ce qui est au-del&#224; de leur horizon leur para&#238;t obscurit&#233;, doute et effroi &#8211; incompr&#233;hensible pour nous autres &#187;. Mais est-ce que ce qui d&#233;finit l'horizon, &#224; St. Kilda, n'est pas qu'on ne puisse plus alors revenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exception, c'est Ewen Gillies, qui, &#224; vingt-six ans, part de St Kilda. Je d&#233;marque ici le r&#233;cit de Tom Steel, lui-m&#234;me d&#233;marquant Sands.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gillies est n&#233; en 1825. Il est mari&#233;, quand il d&#233;cide en 1851, avec son &#233;pouse, de rejoindre l'Australie. Qui leur en a parl&#233;, pour leur en dire quoi &#8211; quel est le r&#244;le respectif de lui et de son &#233;pouse, moins de cinquante ans &#224; eux deux, dans l'id&#233;e de partir. On ne sait m&#234;me pas son nom &#224; elle. Il vend sa part de b&#233;tail, ses meubles et en tire dix-sept livres (aupr&#232;s de l'intendant des McLeod qui le convoie &#224; Skye, d'o&#249; il rejoindra Glasgow, avant de s'embarquer &#224; Liverpool ? Quand il arrive au &lt;i&gt;pays inconnu&lt;/i&gt;, il se fait ma&#231;on. Melbourne est une grande ville en phase de construction rapide. Il en voit quoi, devine quoi ? ont-ils, lui et elle, pu apprendre un peu d'anglais sur le bateau, ou bien &#233;changent-ils en ga&#233;lique avec les &#201;cossais et Irlandais qu'ils retrouvent n&#233;cessairement ? Et combien de mois met un bateau, en 1851, pour aller de Liverpool &#224; Melbourne : quatre mois ? Comment passe-t-on l'&#233;quateur ? Est-ce pour lui la m&#234;me mer ? Descend-il, aux escales, en Afrique ? A-t-il l'impression, passant le Cap, de retrouver une g&#233;ographie connue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui d&#233;finit Ewen Gillies, c'est l'insatisfaction. On part de St. Kilda, parce qu'on s'y sent &#224; l'&#233;troit, et que plus loin il doit bien y avoir des merveilles. La merveille, &#224; Sidney, c'est de charrier des briques sur des chantiers. Alors il part. En 1851, l'&#233;v&#233;nement en Australie c'est bien s&#251;r la d&#233;couverte d'or dans l'&#233;tat de Victoria, une ru&#233;e semblable &#224; celle de Californie. Alors il part pour Melbourne, et de l&#224; vers Beechwort, Ballarat, Bendigo. C'est une p&#233;riode tr&#232;s violente de l'histoire de l'Australie. En 1854, on extrait pr&#232;s de deux tonnes d'or par semaine, avant l'arriv&#233;e en masse d'ouvriers chinois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gillies a su profiter des deux premi&#232;res ann&#233;es pour accumuler un peu d'argent : de quoi s'acheter une ferme. Mais si porter des briques c'est un m&#233;tier qu'on peut apprendre, tenir une ferme, quand on vient de St. Kilda et qu'on est deux jeunes gens dans l'immensit&#233; australienne, c'est autre chose. Personne pour t&#233;moigner de l'effondrement du r&#234;ve. Alors il repart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ru&#233;e vers l'or australienne c'est fini, mais on en a trouv&#233; en Nouvelle-Z&#233;lande ? Il laisse sa femme et ses enfants &#224; Melbourne (c'est ainsi qu'on apprend qu'ils existent). Avec combien d'argent, et sur quelles promesses ? Quand il revient, deux ans apr&#232;s, elle s'est remari&#233;e. Alors choc int&#233;rieur, ou simplement la d&#233;rive qui continue : il prend un bateau pour San Francisco. Comme immigrant, avec ce qui lui reste de p&#233;cule, ou bien comme marin ? Comme Rimbaud, il s'engage dans la marine am&#233;ricaine, comme Rimbaud, il en d&#233;serte au bout de quatre mois, et s'en va &#224; nouveau chercher de l'or. 1858 c'est l'apog&#233;e de l'or en Californie, mais lui il a d&#233;j&#224; quatre ans de ce m&#233;tier dans les bras. Il para&#238;t qu'au bout de six ans il a derri&#232;re lui ce qu'on peut consid&#233;rer, &#224; l'&#233;chelle d'un homme, comme une petite fortune. Alors il repart en Australie (encore six mois), parce qu'il veut prendre en charge ses enfants. Et les m&#244;mes qui doivent avoir six ou huit ans, qui n'ont connu que Melbourne devenue grande ville, il s'embarque avec eux pour St. Kilda, o&#249; il est accueilli comme un genre de triomphateur. L'argent, le tour du monde, avoir &#233;t&#233; plus loin que l'horizon et en &#234;tre revenu. Si on a un r&#233;cit aussi d&#233;taill&#233; de la vie et des aventures d'Ewen Gillies, c'est qu'&#224; St. Kilda on retient chacune des paroles et des &#233;tapes. Et, pour lui, comment faire reconna&#238;tre la valeur de ce qu'il a endur&#233;, si ce n'est pas aupr&#232;s de ceux d'ici qu'il en t&#233;moigne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement est-il venu avec le bateau de l'intendant, parce qu'avec ses enfants il reste un mois et s'en va, puis rejoint Glasgow, Liverpool et tente &#224; nouveau le voyage d'Australie : avec cependant une nouvelle &#233;pouse. De ce qu'il a racont&#233; de la premi&#232;re, la m&#232;re des enfants, rest&#233;e &#224; Melbourne, de comment fut choisie la seconde &#233;pouse, on ne sait rien &#8211; ni des yeux de la jeune fille, la deuxi&#232;me, quand c'est son tour d'embarquer, et ce qu'elle emporte avec elle. Ce qu'on sait, &#231;a se passe mal. Se sont-ils m&#234;me embarqu&#233;s, ont-ils fait demi-tour en route ? Huit mois plus tard, toujours en suivant Tom Steel, qui suit Sands, ils sont de retour &#224; St. Kilda et tentent de s'y &#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un hiver sur lequel on voudrait en savoir plus. Comment se comportent les deux enfants, leur stup&#233;faction &#233;ventuelle et ce qu'ils acceptent. Gillies, aventurier solitaire, qui a vu tant d'hommes et tant de choses, a d&#251; se bagarrer dur, comment accepte-t-il les lois simples de la communaut&#233;, la chasse aux oiseaux, la mis&#232;re des oeufs crus conserv&#233;s six mois, et le noir dans la cabane, avec l'odeur de la chandelle &#224; l'huile de fulmar ? La version collect&#233;e par Sands, c'est que l'homme avait trop d'assurance, voulait trop en imposer aux autres. Pression sourde, ou affrontement direct ? Pour survivre, dans la communaut&#233; de St. Kilda, il faut s'abstraire soi-m&#234;me de son destin personnel, ce m&#234;me destin dont il avait voulu aller &#224; la rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se souvient de l'histoire, et qu'on en t&#233;moigne dans le r&#233;cit de Sands, comme dans les journaux du pasteur et de l'instituteur, parce qu'on est arriv&#233; en 1859, c'est que la communaut&#233; d&#233;cide de l'exclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as voulu tenter ta chance, retourne vers ta chance. Apr&#232;s cet hiver dans la nuit de St. Kilda, Ewen Gillies, sa deuxi&#232;me femme, les enfants de son premier mariage et probablement ceux du deuxi&#232;me mariage, reprennent le premier bateau qui veut bien les emmener &#224; Glasgow. Ils partiront au Canada. Comme cette fois ils ne reviennent pas, l'histoire s'arr&#234;te l&#224; &#8211; &#224; nous d'imaginer le destin d'Ewen Gillies et les siens, en 1860, dans l'immensit&#233; des nouvelles provinces : s'arr&#234;te-t-il entre Moncton et Halifax, prennent-ils un bateau qui les emm&#232;ne vers Montr&#233;al et de l&#224; vers le Manitoba ? &#8211; il y a m&#234;me une ville qui s'appelle Gillies, au Canada, sur les lacs, en pays sioux...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>projet St. Kilda, 3 | le r&#233;cit arch&#233;type</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pr&#233;liminaires &#224; lecture/performance pr&#233;vue Ouessant / festival du livre insulaire, le 24 ao&#251;t prochain&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pr&#233;paration en ligne de la pr&#233;sentation de St. Kilda qui sera faite &#224; Ouessant, festival du livre insulaire, le 24 ao&#251;t prochain &#8211; voir&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2627' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premier texte&lt;/a&gt; de cette s&#233;rie, et sommaire en haut &#224; droite. Ce matin, commencer &#224; parler des oiseaux.
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici donc la donne de d&#233;part : depuis 300 ans qu'a surgi le r&#233;cit du voyage de Martin Martin &#224; St. Kilda, une fois tous les trente ans environ, et &#233;videmment plus apr&#232;s l'&#233;vacuation, mais d&#233;sormais comme une &#233;clipse, comme l'abandon tranquille de l'&#238;le &#224; ses camps d'arch&#233;ologues, &#224; sa base militaire inutile, le r&#233;cit d'un voyageur, d'un naufrag&#233;, d'un r&#233;sident temporaire vont nous redire un &#233;tonnement pas moindre que celui de Martin Martin, le compl&#233;ter &#233;ventuellement par les grandes figures qui marqueront l'histoire de l'&#238;le, la propagation de la typho&#239;de au XIXe si&#232;cle, la triste &#233;pop&#233;e de l'exil australien, enfin l'&#233;vacuation de 1930 &#8211; qui aura le m&#233;rite de susciter un dernier bouquet, la collecte des souvenirs de ceux qu'on a transplant&#233;s sur le continent, et que la photographie se joindra enfin au r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, de combien peu d'&#233;l&#233;ments concrets dispose le r&#233;cit. Dans cette armature verticale qui remplit un lourd carton devant moi, photocopies de livres indisponibles ou manuscrits, ce qui fascine c'est l'ext&#233;rieur. Le portrait m&#234;me des narrateurs successifs, comme celui de Martin Martin, d&#233;crit un &#233;tat pr&#233;cis du monde, et c'est comme, sur un minuscule objet qu'on pose sous le microscope, un dessin de l'histoire du monde &#8211; sinon, on laisserait l'histoire de St. Kilda &#224; ceux seuls qu'elle concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fascine litt&#233;ralement, c'est comment l'&#233;tonnement reconduit les m&#234;mes strictes figures qui avaient provoqu&#233; l'&#233;tonnement initial de Martin Martin, et qu'elles se reproduisent &#224; l'identique jusqu'&#224; l'&#233;vacuation m&#234;me. Pendant trois cents ans, on nous dit une fois tous les trente ans ce qui ici ne change pas, et nous savons que bien plus de si&#232;cles en amont ont contribu&#233; &#224; solidifier cette permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que ces figures ne touchent pas seulement les moeurs ni la g&#233;ographie, mais peut-&#234;tre avant tout parce qu'elles concernent le plus &#233;l&#233;mentaire de notre relation au monde, quand on la d&#233;pouille de tout &#8211; un r&#233;cit de Robinson Crusoe (il ne m'est pas indiff&#233;rent que Robinson Crusoe soit strictement contemporain de Martin Martin, du moins que Martin Martin le pr&#233;c&#232;de tout juste. Touchant ainsi au plus &#233;l&#233;mentaire de nos cinq sens, et touchant par les sens &#224; l'organisation m&#234;me de la micro-soci&#233;t&#233;, g&#233;rant ses mariages et consanguinit&#233;s, ses ch&#226;timents et son art de la d&#233;cision collective, et que toute monnaie, dans un monde qui en sera progressivement accapar&#233;, sera aussi tenue &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc d'abord survivre. Et pour cela manger. Et pour cela les oiseaux. Chasser les oiseaux, conserver l'huile et la chair des oiseaux, commercer de la plume des oiseaux, faire engrais des abats des oiseaux pour les maigres terrains entre murs de pierre o&#249; on pourra faire venir un peu d'orge ou de seigle, et bien s&#251;r les oeufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me Martin Martin, qui vit &#224; Skye dans les H&#233;brides, est surpris qu'arrivant dans l'horizon de mer de St. Kilda, les variations du jour et de la nuit lui semblent plus accentu&#233;es. Au solstice d'&#233;t&#233;, la nuit dure une heure. Cela veut dire qu'au solstice d'hiver, c'est le jour qui dure une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits qui suivront celui de Martin Martin, s'il s'agit de voyageurs ou de ceux, comme Martin Martin, qui accompagnent la visite annuelle du propri&#233;taire, mettront l'accent sur ces trois semaines o&#249; provisoirement la vie &#224; St. Kilda devient sociale. Les r&#233;cits de ceux &#8211; naufrag&#233;s, infirmi&#232;re, instituteur &#8211; qui restent &#224; St. Kilda mettront l'accent sur comment on tient dans l'absence de temps g&#233;n&#233;rale qu'est l'hiver, en gros d'octobre &#224; avril, sept mois. On est dans des huttes ovales de pierre, recouvertes de chaume, le chaume maintenu par des tresses (on fait tout, avec les intestins d'oiseaux) tendu sur d'autres pierres. On se chauffe parce que, sur le sol de terre, on a rentr&#233; aussi la vache &#8211; petites vaches courtes sur pattes, dit Martin Martin, qu'on ne trouve qu'ici. On a une lampe avec l'huile des oiseaux, on a un feu de tourbe qui fume &#226;cre. On attendra l&#224;, d'octobre &#224; avril, parce que de sortir il n'est pas question. Trop de vent, trop de mer, pas de p&#234;che, et le froid. Le vent est tel que souvent, sur l'&#238;lot de Soay ou celui de Boreray o&#249; on laisse les moutons, il les d&#233;colle des quatre pattes et les jette &#224; la mer. La nuit de St. Kilda, qui dure sept mois, est une suspension de temps sous le vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc, autour de l'arc de cercle en fond de baie (&lt;i&gt;Village Bay&lt;/i&gt;) o&#249; sont les huttes ovales, des temps imm&#233;moriaux jusqu'au milieu du XIXe si&#232;cle o&#249; on b&#226;tira des maisons de pierre, celles qui aujourd'hui dessinent le village mort, des cairns, ils disent des &lt;i&gt;cleits&lt;/i&gt;, qui sont des accumulations de pierre plate, qui viennent jusqu'&#224; hauteur de ceinture, et laissent circuler l'air, sans laisser passer la pluie. On a compt&#233; plus de quatre cents de ces cairns. C'est l&#224; qu'on stocke les oeufs. Ce qui surprend Martin Martin, et les autres voyageurs apr&#232;s lui, c'est la vari&#233;t&#233; des oeufs &#8211; ils connaissent toutes les vari&#233;t&#233;s d'oiseaux, et donc le moment o&#249; proc&#233;der &#224; la collecte. Certains oeufs sont presque gros comme des oeufs d'autruche, d'autres minuscules. On peut faire des repas associant toutes les tailles diff&#233;rentes d'oeufs. Quand Martin Martin accompagne l'intendant des McLeod et son chapelain, chaque famille &#224; tour de r&#244;le, deux fois par jour, leur porte &#224; chacun un tribut en oeufs pour les nourrir. Dans les &lt;i&gt;cleits&lt;/i&gt;, on stocke les oeufs sans les cuire. Cela donne, dit Martin Martin, une consistance particuli&#232;re. Un oeuf non cuit se garde dans l'hiver quatre &#224; huit mois, et c'est la base de l'alimentation de ceux d'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des magies du r&#233;cit de Martin, c'est son go&#251;t pour la pr&#233;cision des chiffres. Tout ce qu'il voit, il le d&#233;nombre. Du coup, l'ensemble des r&#233;cits qui viendront apr&#232;s le sien d&#233;nombreront aussi, pour savoir s'il y a plus ou s'il y a moins. Si Martin n'avait pas commenc&#233;, ils n'en auraient probablement pas eu l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous dit ainsi que, ce mois de juin 1697, cent quatre-vingt personnes vivent sur l'&#238;le, et combien de moutons, et combien de cabanes. Le chiffre montera progressivement jusqu'au XIXe si&#232;cle, avant la typho&#239;de. Quand l'&#233;vacuation sera d&#233;cid&#233;e, en 1930, ils ne seront plus que trente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, enqu&#234;tant directement aupr&#232;s des habitants, v&#233;rifiant avec ses coll&#232;gues de voyage, Martin Martin d&#233;nombre vingt-deux mille oiseaux de mer annuellement collect&#233;s et consomm&#233;s par les habitants de St. Kilda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconstituer le d&#233;cor : aucun point qui soit &#224; plus d'un kilom&#232;tre des c&#244;tes. Pourtant, le point le plus haut, le Conachair, grimpe &#224; 1397 pieds (425 m&#232;tres), le Mullach Mor &#224; 1172 pieds (357 m&#232;tres) le Mullach Bi &#224; 1145 (348 m&#232;tres), l'Oiseval &#224; 948 (289 m&#232;tres), Soay &#224; 1114 (339 m&#232;tres). Six kilom&#232;tres d'arc pour l'ancien crat&#232;re, et ce h&#233;rissement : trop pour qu'on le visualise. La mer est &#224; l'altitude z&#233;ro. C'est dans ce d&#233;valement vertical que nichent les milliers, millions d'oiseaux. La collecte qu'en fait la petite communaut&#233; de St. Kilda pour subvenir &#224; sa survie n'en perturbera jamais l'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui impressionne Martin, c'est que la collecte aussi est collective. On s'embarque sur le seul bateau de l'&#238;le, et on rame vers le Stak Lee et ses cent soixante cinq m&#232;tres d'un seul &#224;-pic. On ne peut pas approcher ni arrimer le bateau : on attend la plus haute vague, le plus agile des hommes s'encorde et saute. Quand il a fix&#233; la corde &#224; un &#233;peron de roche, les autres se suspendent et viennent. Ils vont vivre &#224; dix ou quinze sur la hauteur. Quand la collecte sera finie, &#224; huit ou douze jours de distance, ils allumeront en haut un feu. Et quand la mer pr&#233;sentera une vague &#233;clipse de calme, on fr&#232;tera &#224; nouveau la barque pour les reprendre. Quelquefois, les hommes devront attendre un mois sur le pic de granit. On sait exactement &#224; quelle &#233;poque venir, quand les fulmars sont &#233;clos, et juste avant qu'ils prennent leur vol. On rapporte trois mille des oisillons. On les plume, on leur fait d&#233;gorger l'huile, on met les abats et les ailes &#224; l'engrais, on fait s&#233;cher la viande maigre dans les &lt;i&gt;cleits&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; de Rabelais, deux des &#238;les o&#249; d&#233;barquent les navigateurs impressionnent par ce m&#234;me h&#233;rissement et cette vie pauvre : l'&#238;le des Alliances, et Ruach, l'&#238;le des vents. En vivant des oiseaux, est-ce qu'on ne vit pas du symbole m&#234;me des airs, et du vent qui ici est plus fort que tout, sauf de l'eau et des rocs nus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cinq mois de lumi&#232;re on a tant &#224; faire : on ira au-devant de tout ce qui contribue &#224; la survie. Des bancs de harengs passent &#8211; pas question de filet ni de partir avec le bateau, on tend des lignes qu'on tient directement &#224; la main depuis les rochers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vient l'intendant, au solstice de juin, avec son &#233;quipage, c'est pour collecter le loyer d&#251; : d&#251; pour quo, pour habiter, pour survivre ? C'est la ponction, et c'est le troc. Des amendes, des primes. L'intendant a son chapelain : on proc&#232;de aux bapt&#234;mes, avec un rite qui longtemps gardera des marques pa&#239;ennes. On proc&#232;de &#224; la l&#233;galisation des mariages. On proc&#232;de aux jugements, et on attribue des amendes : mais les amendes sont prises sur l'argent qui ne sert pas, celui qu'apporte l'intendant, mais qui ici ne leur est d'aucun usage. Et serait un p&#233;cule bien trop ridicule, si un quelconque d'entre eux voulait faire l'&#233;preuve de la vie continentale. Les oiseaux appartiennent &#224; ceux d'ici : ils ont fait des ballots de plume, mais c'est un travail de la communaut&#233;. Les ballots de plume serviront aux &#233;dredons de la marine royale anglaise, premier et probablement unique client de la plume et du duvet de St. Kilda jusqu'en 1914. De 1914 &#224; 1918, on la r&#233;quisitionnera sans payer, fin du commerce. Ensuite, les marins de la royale auront des couvertures de laine et coton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on vend, ou qu'on laisse emporter, plume, laine et viande, paye soi-disant tout juste ce que l'intendant laisse, ici o&#249; il n'y a pas de fer. La corde. La corde sert &#224; s'arrimer aux montagnes, &#224; hisser le bateau. La corde est un sauvetage. En tirant &#224; vingt sur une corde, on d&#233;cuple la force humaine : la corde est une richesse collective, appartient &#224; la communaut&#233; et pas &#224; un seul. On ne saurait pas ici la fabriquer, tous les ans l'intendant apporte de la corde. Et des clous, des lames, des couteaux. Un peu de charpente et de planches : ici il n'y a pas de bois. Il y a la pierre, le chaume, et ce qu'on fait de la plume, des becs et des os, des abats et intestins des oiseaux. L'art d'aff&#251;ter les becs des oiseaux de mer, pour en faire des hame&#231;ons, des pointes pour les &#233;pissures ou des aiguilles pour la couture et le tissage. L'os est la mati&#232;re encore de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit arch&#233;type qui d&#233;finira l'&#238;le sera toujours d'abord fait de la relation de l'homme &#224; l'oiseau, quand l'homme, priv&#233; de vol, encord&#233; aux rocs, s'aidant de chiens pour les oiseaux qui nichent sous terre, multipliant par milliers ses prises pour que la maigre survie soit possible. Partout ailleurs, on d&#233;laisse l'oiseau de mer. Il sent mauvais, la chair est rance, et il y a peu de chair. Puis comment se saisir de l'oiseau de mer. &#192; St. Kilda, la relation s'inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cit arch&#233;type sera la surprise de l'organisation de la collecte : la chasse et la p&#234;che sont des activit&#233;s solitaires, qui souvent d&#233;finissent le rang dans la communaut&#233;. Le principe de St. Kilda, c'est que chaque collecte est d&#233;cid&#233;e ensemble &#8211; et qu'il faut les &#233;quipes de soutien, de transport, comme il faut l'agile qui le premier va tendre la corde. Alors quand la p&#233;riode est venue du &lt;i&gt;fulmar&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;puffin&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;gannet&lt;/i&gt;, on s'y rend ensemble. Ensuite, sur la terre battue entre les cabanes, on d&#233;pose en tas les oiseaux morts. Et quand on les r&#233;partit, ce n'est pas en fonction de la prise, mais en fonction des besoins. La base du fonctionnement &#233;conomique de St. Kilda dans les conditions de survie s'exprime par l'axiome le plus direct : r&#233;partition de la richesse produite collectivement selon les besoins exprim&#233;s individuellement. Est-ce qu'il faut absolument en &#234;tre r&#233;duit &#224; cette mis&#232;re pour qu'un tel axiome s'&#233;nonce ? Il pourra y avoir dans nos soci&#233;t&#233;s m&#234;me modernes des &#233;chantillons, des branches lointaines de cet axiome. Dans le marais vend&#233;en des ann&#233;es cinquante, &#224; la construction d'une nouvelle digue, la terre dite &lt;i&gt;communale&lt;/i&gt;, qu'on dit alors les &lt;i&gt;prises&lt;/i&gt;, est r&#233;partie collectivement aux familles qui constituent la commune. Ceux qui vivent, comme mes grands-parents, non pas des champs, mais des moteurs, r&#233;troc&#232;dent leur part de prise &#224; des agriculteurs, moyennant loyer symbolique restitu&#233; en nature, essentiellement en &lt;i&gt;beurre&lt;/i&gt;, ou en bons de pain &#8211; &#233;l&#233;ment si familier &#224; la communaut&#233; que ce sera mon surnom &#224; l'&#233;cole primaire, &lt;i&gt;Bon&lt;/i&gt; donne &lt;i&gt;Bond'pain&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec donc, d&#232;s le r&#233;cit de Martin Martin, et dans une &#233;volution qu'il est d&#233;cisif de suivre, ce qu'ils nomment le &lt;i&gt;parlement&lt;/i&gt;. Au d&#233;but de la journ&#233;e, on se rassemble sur cet espace public devant les cabanes &#8211; les communaut&#233;s gitanes, chez nous, appellent &#231;a le &lt;i&gt;rassemblement&lt;/i&gt;, eux ajoutent la parole : &lt;i&gt;parlement&lt;/i&gt; c'est l&#224; o&#249; on parle, sans que je sache (ni personne) de quelle teneur &#233;tait l'&#233;change oral &#8211; il ne se tenait pas devant les &#233;trangers ni les voyageurs. On y d&#233;cide de ce qui sera communautairement accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous d&#233;finissons &#238;le, &#224; St. Kilda, est donc d'abord ce r&#233;cit arch&#233;type, non pas le voyage initial de Martin Martin, mais la v&#233;rification faite, une fois tous les trente environ pendant trois cents ans, que la survie des hommes par l'oiseau, dans cette suspension d'entre roc vertical et eau noire, violente, est malgr&#233; tout possible, et que cette symbolique-l&#224;, l'&#233;conomie communautaire et sans monnaie qui en d&#233;coule, nous concerne dans les propres rouages de nos fonctionnements collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reviendra sur ces arch&#233;types, &#224; mesure qu'on va suivre la suite des r&#233;cits de voyage, et ce qu'ils induisent &#224; la fois &#8211; mais &#224; telle &#233;chelle r&#233;duite, comme si tout devenu visible &#8211; des changements structurels de la communaut&#233; de St. Kilda, en contrecoup de la grande histoire du monde. Sauf que St. Kilda n'y survivra pas, au monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH617/skd_035-4b42d.jpg?1750792152' width='480' height='617' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>projet St. Kilda | 2, Martin Martin</title>
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		<dc:date>2011-08-10T07:25:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosse, St. Kilda</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J &#8211; 14 : pr&#233;paration de la lecture/performance, Ouessant, festival du livre insulaire, le 24 ao&#251;t prochain&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;en cours | projet St. Kilda&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot650" rel="tag"&gt;&#201;cosse, St. Kilda&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2628.jpg?1352733600' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Y aurait-il St. Kilda sans Martin Martin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r. La r&#233;alit&#233; d'une &#238;le volcanique ac&#233;r&#233;e, &#233;mergeant depuis des mill&#233;naires d'une mer plus rauque qu'ailleurs, ne se pr&#233;occupe pas de qui la raconte. Ni m&#234;me la communaut&#233; de ceux qui l'habitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement voil&#224; : un homme va constituer cette r&#233;alit&#233; &#8211; de rocs, de mer, d'hommes &#8211; comme corps d'&#233;criture, et l'&#233;criture en sera tellement surprenante, que St. Kilda sera d&#232;s lors le voyage que Martin Martin y accompli en 1697, et que toutes les &#233;critures &#224; suivre se confronteront non pas &#224; la r&#233;alit&#233; &#8211; des rocs, de la mer, des hommes, l'&#233;ternel r&#233;cit de la mort et de la pauvret&#233; sous ciel noir &#8211;, mais &#224; ce qui se reconduit, temps apr&#232;s temps, du r&#233;cit premier, celui de Martin Martin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martainn a'Bhealaich est n&#233; vers 1665, dans l'&#238;le de Skye. Il est probable qu'il s'en soit absent&#233; pour des &#233;tudes &#8211; &#224; Edinburgh ? avoir pouss&#233; jusqu'&#224; Londres, &#224; peine remise de la grande peste et de l'incendie de 1666 ? Peu probable, et pas besoin, de toute fa&#231;on, pour &#234;tre nomm&#233; pr&#233;cepteur des enfants du chef du clan McLeod de Skye, propri&#233;taire de St. Kilda. Ce qu'on nomme les domestiques. Je r&#233;v&#232;re Martainn a'Bhealaich (qu'&#224; Ouessant on m'enseignera &#224; prononcer) pour cette parent&#233; de souche qu'il a avec Rabelais &#8211; y compris l'absence de tout visage. Hommes de savoir, dans des contextes qui se moquent du savoir. Pr&#233;cepteur, comme Rabelais l'a &#233;t&#233; (et dans le peu qu'on sait de lui, le rapproche aussi de Rabelais d'avoir &#233;tudi&#233; la m&#233;decine, mais sans l'exercer). Puis voyageant &#224; pied, comme lui, pour d'autres universit&#233;s. Il enseignera &#224; Leyden, sur le continent. S'est-il rendu ailleurs ? Il est peu probable qu'il revienne jamais en &#201;cosse. Londres attire ces hommes qui voudraient &#233;clairer le temps : il a le m&#234;me &#226;ge quasiment et meurt la m&#234;me ann&#233;e quasiment que l'irlandais John Toland, qui vit &#224; Londres aussi, traduit Giordano Bruno et invente le mot &lt;i&gt;freethinker&lt;/i&gt;, libre-penseur, que lui reprendra bient&#244;t Diderot. Toland et Martin Martin partagent la m&#234;me langue, le vieil irlandais &#8211; &#231;a ne suffit pas &#224; la rencontre, j'extrapole. Mais la mise en cause de la religion par Toland dans son &lt;i&gt;Pantheisticon&lt;/i&gt; partage avec les voyages de Martin Martin la vieille base de l'observation des rituels celtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de ses deux livres sera le passeport de Martin Martin pour &#233;chapper &#224; ce territoire qui l'encl&#244;t : en 1703, &#224; Londres, la &lt;i&gt;Description des &#238;les de l'ouest de l'&#201;cosse&lt;/i&gt; (mais transmis d&#232;s 1697 sous forme de copie manuscrite &#224; la Royal Society), et d&#232;s 1698 le &lt;i&gt;Voyage &#224; St. Kilda&lt;/i&gt;. Martin Martin aura &#224; Londres, quand il viendra y vivre, l'autorit&#233; de deux livres qui en font comme, deux si&#232;cles plus tard, ceux qui bouclent une travers&#233;e de l'Afrique. Il parle de pays dont on sait en th&#233;orie l'existence, mais o&#249; nul ne s'est rendu, et dont nul n'a &#233;crit. L'examen qu'on en fait est total : il concerne l'&#233;conomie et les moeurs, mais aussi les chants et la musique, l'amour et les croyances, les soins et gu&#233;risons, et il unit les hommes &#224; leur g&#233;ographie &#8211; &lt;i&gt;a history of the island, natural, moral and topographical&lt;/i&gt; &#8211;, reprend de l'ancrage celte qu'on y parle des sources et puits comme d'&#234;tres vivants et dou&#233;s de cette raison au-del&#224; de l'homme. On parle de ce qui conjure la mort et des rituels avec les squelettes des enfants morts, pour que &#8211; eux qui devaient vivre &#8211; ils ne s'&#233;loignent pas tant de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re relation qu'on connaisse de St Kilda date du temps de Rabelais, en 1549 : Donald Munro est un seigneur dont le but est de dresser la g&#233;n&#233;alogie des chefs de chaque clan des &#238;les, c'est ce qui l'am&#232;ne &#224; y voyager, les d&#233;nombrer (209, dont nombre d'inhabit&#233;es) et les nommer. Pour Hirta, l'&#238;le principale de St. Kilda &#8211; qui appartient alors aux McCloyd de Herray, les deux pages sont des r&#233;cits rapport&#233;s. Il signale que les habitants sont plus pauvres qu'ailleurs &#8211; &#224; nous de savoir ce que signifie d'&#234;tre plus pauvre l&#224; que dans les autres &#238;les dont il parle, comme Man ou Aran, et ne sont que peu form&#233;s &#224; la religion. Il parle de l'extr&#234;me &#233;loignement, de la difficult&#233; l&#224; de la mer, et que leur seigneur les visite une fois l'an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cent quatre-vingts ans de distance, le d&#233;but du voyage de Martin Martin &#224; St Kilda est d'abord une rupture intellectuelle avec sa propre &lt;i&gt;Description des &#238;les de l'ouest de l'&#201;cosse&lt;/i&gt;. Martin Martin a compl&#233;t&#233; sa &lt;i&gt;Description&lt;/i&gt;, elle inclut un chapitre sur St. Kilda, pour lequel il dispose d'informations de premi&#232;re main, puisque l'intendant de son ma&#238;tre s'y rend une fois par an, pour un s&#233;jour qui peut durer trois &#224; cinq semaines, accompagn&#233; du chapelain et d'une suite de deux &#224; trois douzaines de personnes. C'est l'occasion des bapt&#234;mes, mariages, jugements, &#233;changes, travaux. Le principe de narration distanci&#233;e vaut, dans la &lt;i&gt;Description&lt;/i&gt; m&#234;me pour les &#238;les dans lesquelles se rend Martin directement. Il consacre ainsi pr&#232;s de quarante pages au &lt;i&gt;don de seconde vue&lt;/i&gt; &#224; Skye, sa propre &#238;le, ou facult&#233; de voir un objet invisible &#8211; en irlandais &lt;i&gt;taish&lt;/i&gt; : l'un des voyants a les yeux qui se retournent si fort, lors de la seconde-vue, qu'il doit les remettre en place ensuite avec ses doigts, et parfois demande &#224; l'assistance de les lui redresser. Si c'est un suaire qu'on voit, c'est signe de mort prochaine pour l'individu le plus proche de la vision, le temps accord&#233; en jours et m&#234;me en heures d&#233;pendant de la hauteur du suaire au-dessus de lui, ce que confirme l'exp&#233;rience, dit Martin. On se sert aussi de la seconde vue pour r&#233;gler certains mariages, la femme &#224; lui destin&#233;e apparaissant dans la main gauche de l'homme, don qui se transmet de m&#232;re en fille. Martin dit que certaine voyante lui raconte des sc&#232;nes pass&#233;es de sa propre vie &#224; des centaines de milles de distance : ce qui confirmerait, dans sa jeunesse, un voyage &#224; Londres ou en Hollande ? Et lorsque les voyantes se mettent ensemble, leur vision peut &#234;tre perceptible par celles et ceux qui sont &#224; proximit&#233; directe, les enfants et les vaches et chevaux compris. Parfois sans l'intercession des voyants : le couteau d'un homme, un jour, tombe brutalement de sa main sur la table &#8211; quelques jours apr&#232;s, il meurt. Mais, dans ce long texte o&#249; Martin rapporte les entretiens directs et syst&#233;matiques qu'il a avec les sorci&#232;res de Skye, sa propre relation est celle de celui qui rapporte de fa&#231;on neutre. St. Kilda est la plus &#233;loign&#233;e et la plus difficile d'acc&#232;s des &#238;les : dans la premi&#232;re page, il parle d'un &lt;i&gt;&#233;lan naturel de curiosit&#233;&lt;/i&gt;. Et aussit&#244;t pour dire que les relations existantes sont de deuxi&#232;me ou troisi&#232;me main, et que plusieurs fois, pour r&#233;diger sa &lt;i&gt;Description&lt;/i&gt;, il a tent&#233; de s'y rendre, mais en vain. Est-ce que c'est l'autorit&#233; naissance de la &lt;i&gt;Description&lt;/i&gt;, pas encore imprim&#233;e mais d&#233;j&#224; en circulation et chaque clan en faisant &#233;tablir pour son usage et m&#233;moire une copie manuscrite, qui lui permet l'acc&#232;s &#8211; lui qui n'a pas d'emploi &lt;i&gt;utile&lt;/i&gt;, sinon observer et redire ? Il s'embarque le 29 mai 1697, &#224; six heures du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est beau dans le r&#233;cit de Martin Martin, c'est que l'exp&#233;rience conduit imm&#233;diatement la phrase : on parle de la travers&#233;e, parce qu'elle est hasardeuse et qu'on a peur. Quand on quitte l'abri de la c&#244;te, le vent forcit et un grain s'annonce : doit-on faire demi-tour ? Et puis il n'est plus temps, on est en haute mer, la nuit est venue (on met seize heures pour la travers&#233;e), le matin n'est que brume. O&#249; est-on, sur l'oc&#233;an sans rep&#232;res ? Et si on a manqu&#233; St. Kilda, comment la retrouvera-t-on ? Un matelot aper&#231;oit un oiseau. Les oiseaux ne volent pas de la m&#234;me fa&#231;on selon qu'ils p&#234;chent en s'&#233;loignant de l'&#238;le, ou qu'ils y reviennent le bec plein. Un oiseau aper&#231;ut dans le ciel d&#233;finit la direction &#224; suivre : c'est ainsi que font les hommes de St. Kilda, dit Martin. Eux ont d&#233;pass&#233; l'&#238;le, mais ainsi ils la retrouvent. Il note ce que tous les voyageurs apr&#232;s lui noteront : quand on approche, ce qu'on entend c'est le vacarme de tous ces oiseaux. Une &#238;le bruit. Des oiseaux, il fera le compte par esp&#232;ce, par nom, et selon les br&#232;ves &#233;poques o&#249; chacune de ces esp&#232;ces visite l'&#238;le, et ce que cela d&#233;termine pour les hommes qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il note aussi, de suite, c'est comment la mer, g&#234;n&#233;e dans ses houles de longue fr&#233;quence par le h&#233;rissement fractionn&#233; des granits, &#224; St. Kilda devient folle, heurte dans tous les sens, d&#233;multiplie les cr&#234;tes et bouillonnements. On ne peut pas aborder, &#224; St. Kilda, qu'&#224; tel endroit o&#249; vient dans la mer une langue inclin&#233;e de rochers. Encore est-elle recouverte d'algues tr&#232;s glissantes. Quand les habitants aper&#231;oivent le bateau, ils s'encordent, et viennent &#224; vingt pour le h&#226;ler. La question du bateau &#8211; l'unique bateau qu'on poss&#232;de sur l'&#238;le, pour la communaut&#233;, et qu'il faut parfois reconstruire, sera un des &#233;l&#233;ments du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martain a'Bhealaich vient d'arriver pour ses trois semaines d'enqu&#234;te &#224; St. Kilda, dont nul jamais n'a &#233;crit directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#233;pisode, fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>projet St. Kilda | 1, prologue avant Ouessant</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2627</link>
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		<dc:date>2011-08-09T08:16:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosse, St. Kilda</dc:subject>
		<dc:subject>Bretagne, Ouessant</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J &#8211; 15 : pr&#233;paration en ligne de la conf&#233;rence/performance, Ouessant, festival du livre insulaire, 24 ao&#251;t 2011, sur St. Kilda&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;en cours | projet St. Kilda&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot650" rel="tag"&gt;&#201;cosse, St. Kilda&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot651" rel="tag"&gt;Bretagne, Ouessant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2627.jpg?1352733599' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;pour @jeanloub&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce mercredi 24 ao&#251;t, &#224; Ouessant, je &lt;a href=&#034;http://www.livre-insulaire.fr/83.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prononcerai une conf&#233;rence&lt;/a&gt; qui s'intitulera &#171; Projet St. Kilda &#187;. J'aurai devant moi des notes, et sur ma tablette &#233;lectronique quelques fragments de textes d'archives traduits. Un vid&#233;o-projecteur proposera des images, en d&#233;roulement al&#233;atoire et dynamique (j'en ai scann&#233; hier soixante-quatre). Du compagnonnage des amis musiciens, j'ai appris que ces rendez-vous se construisent loin en amont, que cette pr&#233;paration est la condition pour que l'improvisation soit aussi un rendez-vous avec soi-m&#234;me. Qu'on en sorte &#233;puis&#233; et lessiv&#233;, mais avec le sentiment d'avoir touch&#233; la vieille machine magique du conte &#8211; ce qu'offre l'&#233;change oral, quand il est cette tension et ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'an pass&#233;, &#224; &lt;a href=&#034;http://numerile.tv/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouessant Num&#233;r'&#238;le&lt;/a&gt;, nous avions tenu trois rendez-vous, au cr&#233;puscule, dans des lieux chaque fois diff&#233;rents, et j'avais lu des moments de Rabelais face &#224; la mer &#8211; la mer sur laquelle s'&#233;lance le &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article279' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quart-Livre&lt;/a&gt;, la m&#234;me vieille mer &#233;ternelle et rauque qui nous baignait sur la vieille cale plein ouest. Il s'agit d'une rencontre sur le th&#232;me des &#238;les, livres qui parlent des &#238;les, et surtout livres &#233;crits par des gens qui vivent dans des &#238;les &#8211; les &#238;les qui pars&#232;ment les quatre cinqui&#232;me de la surface maritime de la vieille plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vis pas dans une &#238;le, &#224; moins de cette &#238;le int&#233;rieure qu'est cette page num&#233;rique devant moi, o&#249; j'&#233;cris. Ceux que je porte en moi venaient des &#238;les, passaient d'une &#238;le &#224; une autre le long de cette m&#234;me c&#244;te de l'ouest, il y a des Bon dans le cimeti&#232;re d'Ouessant comme dans le cimeti&#232;re d'Ol&#233;ron. Ouessant a toujours &#233;t&#233; pour moi, bien avant qu'on m'y invite comme auteur, un rendez-vous d'histoire personnelle : parce que j'y traverse le temps (&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article587&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme &#224; Yeu&lt;/a&gt;) et retrouve la brutalit&#233; des ciels et sons de l'enfance, ce qu'a gomm&#233; le pays us&#233; des routes et des villes. L'an pass&#233;, un conf&#233;rencier est venu parler de cette &#238;le des morts, au large de Brest. Parler d'une &#238;le ? J'ai dit &#224; mes amis d'Ouessant que j'aimerais parler de ce que me lie &#224; St. Kilda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, Kilda en moi est un secret. Kilda est un lieu p&#233;renne de l'atelier personnel, une accumulation silencieuse, un rep&#232;re. Mais je n'ai pas &#233;crit encore sur Kilda, je ne suis pas pr&#234;t : j'ai toujours souhait&#233;, auparavant, retourner en &#201;cosse, rester un temps dans les H&#233;brides, peut-&#234;tre me joindre &#224; un &lt;a href=&#034;http://www.kilda.org.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voyage vers St. Kilda&lt;/a&gt; &#8211; seulement je n'en ai pas eu l'opportunit&#233;. Pas de plainte : ces opportunit&#233;s, quand on sent qu'elles sont m&#251;res int&#233;rieurement, on s'organise et on les b&#226;tit. C'est int&#233;rieurement, que la rencontre avec Kilda n'&#233;tait pas pr&#234;te, ni ce que j'attends de ce voyage &#8211; aller vers une mer plus sauvage et plus dure, aller dans un lieu du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec aussi j'ai cherch&#233; St. Kilda. &#192; Baie Saint-Paul, sur l'estran de ce point o&#249; le fleuve a juste commenc&#233; de se faire estuaire, le point o&#249; Jacques Cartier avait accost&#233; (et qu'il d&#233;crit avec pr&#233;cision dans &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2176' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sa relation&lt;/a&gt; de son voyage). &#192; ce &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article910&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;point pr&#233;cis&lt;/a&gt;, on remontait de cinq cents ans le temps. Tout au bout de l'&#238;le d'Orl&#233;ans, aussi, dans une maison de bois, une bouquinerie minuscule et encombr&#233;e. On en est reparti chaque fois avec une brass&#233;e de livres, dont plusieurs livres sur &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article767&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anticosti&lt;/a&gt; &#8211; Anticosti ne ressemble pas &#224; St. Kilda. Mais on y lit de la m&#234;me fa&#231;on le vocabulaire int&#233;rieur de l'&#238;le : l'&#238;le r&#233;elle qui alors nous reconstitue, face au monde et pour y tenir, comme &#238;le int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider donc, et s'y astreindre, que chaque jour d'ici la conf&#233;rence du 24 prochain, je me place dans les conditions m&#234;mes de l'improvisation que j'appelle (pour moi) &lt;i&gt;Projet St. Kilda&lt;/i&gt;, et d'en tenir ici la trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m'interroge comme forme, parce qu'elle a un pr&#233;c&#233;dent, tr&#232;s haut, tr&#232;s extr&#234;me : au terme de sa vie, Antonin Artaud est choqu&#233; brutalement par un compte rendu du Figaro, celui de la premi&#232;re exposition Van Gogh, qualifiant cette peinture par le d&#233;rangement mental de l'homme &#8211; c'est cela que va r&#233;futer Artaud. Quatre jours d'affil&#233;e, il r&#233;mun&#232;re un assistant qui va copier la r&#233;futation qu'il tient oralement. Le texte devenu &#171; texte culte &#187; qui s'intitule &lt;i&gt;Van Gogh, le suicid&#233; de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, est fait de quatre reprises orales successives &#8211; de cette oralit&#233; non pas digressive mais construite. Artaud n'est pas en condition de le construire comme &lt;i&gt;suite&lt;/i&gt;, ni comme &lt;i&gt;encha&#238;nement&lt;/i&gt;, ni quoi que ce soit de lin&#233;aire. Les quatre textes qui constituent son &lt;i&gt;Van Gogh&lt;/i&gt; sont quatre surfaces superpos&#233;es, s'&#233;largissant chaque fois, mais int&#233;grant des points communs, des approches r&#233;p&#233;titives. Ce proc&#233;d&#233; de construction bouscule l'approche mentale elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici de suite prouver mon point faible, difficult&#233; m&#234;me de l'improvisation : elle vous d&#233;porte sans cesse hors de son sujet, et vous encombre de pierres chaque fois plus lourdes pour revenir &#224; son th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artaud n'est pas l&#224; par hasard : il fait le voyage d'Irlande parce qu'il requiert, pour lui, ce fond &#233;nigmatique de mythologie qui nous importe parce qu'il nous a constitu&#233;s aussi, mais que nous l'avons dissout &#8211; ou bien le latin, je ne sais pas. Artaud a &#233;crit un magnifique texte-&#238;le : son voyage aux Galapagos. Sauf qu'il n'est pas all&#233; aux Galapagos, il construit le r&#233;cit d'apr&#232;s son r&#234;ve, et son r&#234;ve d'apr&#232;s ce que lui en raconte un passager, sur le bateau qui l'emm&#232;ne au Mexique. Et le Mexique d'Artaud n'est pas indiff&#233;rent &#224; ce qui me relie &#224; St. Kilda : il cherche un pays o&#249;, la religion ne s'&#233;tant pas constitu&#233;e comme telle, l'art n'a pas eu &#224; se construire en se d&#233;finissant comme tel, par ce d&#233;doublement qui encombre, de notre petit c&#244;t&#233; de la civilisation, la totalit&#233; des formes de &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, du livre aussi bien que de la sc&#232;ne et de l'image. Les textes d'Artaud sur la non-constitution de l'art au Mexique, et ce que cela nous enseigne, sont un caillou noir radical dans notre atelier au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre l'occasion d'aborder &lt;i&gt;St. Kilda&lt;/i&gt; (pas possible de toucher &#224; cette graphie curieuse, on y reviendra) par son nom : du norv&#233;gien &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt; &#8211; bouclier. L&#224; non plus, rien d'&#233;tranger. Beaucoup de mots dans notre langue contemporaine viennent droit des influences vikings, sans parler des toponymes. Ces types savaient naviguer droit en regardant les &#233;toiles (r&#244;le de la nuit dans la navigation : la nuit seule vous autorise &#224; traverser). Le mot &lt;i&gt;slogan&lt;/i&gt; vient du viking, on l'utilise pour bien autre chose que la nuit du voyage et la mer. Dans les &lt;i&gt;Chroniques&lt;/i&gt; de Bob Dylan il y ce passage qui fait sourire o&#249; le vieux chantre emm&#232;ne un confr&#232;re, Bono (qui a mon &#226;ge, et a apport&#233; dans le coffre de sa voiture, pour visiter l'a&#238;n&#233;, quelques packs de bi&#232;re, rien de tr&#232;s transcendant l&#224;), le point exact o&#249;, d'apr&#232;s des traces de campement exhum&#233;es, on identifie l'arriv&#233;e de vikings sur le continent am&#233;ricain (&#224; v&#233;rifier si c'est vers le VIIIe si&#232;cle). Dylan dit nous dit &#8211; et montre &#224; Bono &#8211; qu'il n'y a rien &#224; voir, sinon un McDonald, un parking, et une gigantesque statue de viking en b&#233;ton arm&#233; qui date des ann&#233;es 70 : l'Am&#233;rique blanche ayant trop &#224; gagner, &#224; prouver l'anciennet&#233; de sa pr&#233;sence sur le continent usurp&#233; (usurpation qui ne concerne pas Dylan, dont le grand-p&#232;re est venu d'Odessa &#224; Duluth en 1909).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on est d&#233;j&#224;, ainsi, &#224; St. Kilda : des voyages et des travers&#233;es, &#224; l'infini, dans toute l'histoire sauvage des hommes. Des voyages dont on ne sait pas le terme, au moment o&#249; on les entreprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la longue histoire de St. Kilda, occup&#233;e par les hommes des 2000 avant notre &#232;re, occupation qui s'est sans cesse prolong&#233;e jusqu'&#224; aujourd'hui, m&#234;me si l'&#233;vacuation de l'&#238;le, en 1930, y a supprim&#233; l'existence d'une communaut&#233;, sera toujours faite de voyages cass&#233;s : ceux qui veulent rejoindre St. Kilda et n'y arrivent pas, brouillards, temp&#234;tes, on fait demi-tour ou on la manque, et voyages de l'exil, comme le St. Kilda que les survivants &#224; un hallucinant voyage o&#249; la grippe, la b&#234;te grippe qui leur &#233;tait inconnue, les d&#233;cime, iront forger comme un r&#234;ve sur les c&#244;tes de l'Australie. Ou bien encore les voyages &#8211; et les relations qui en d&#233;coulent &#8211;, de celles et ceux que le sort, naufrage, guerre, poste d'infirmi&#232;re, de pasteur ou d'instituteur, jettera un hiver &#224; St. Kilda et merci d'attendre l'ann&#233;e suivante pour &#233;ventuel retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux mot donc de &lt;i&gt;skilder&lt;/i&gt; : un bouclier sur la mer. La forme en arc de l'&#238;le principale, et l'ovale que dessine l'ancien crat&#232;re, le crat&#232;re aval&#233; &#8211; tiens, encore un signe qui relie St. Kilda &#224; notre pr&#233;sent, puisqu'un peu plus loin ce sont les volcans d'Islande et qu'ils se sont mis eux aussi &#224; parler la vieille langue min&#233;ralogique des &#238;les qui apparaissent puis s'enfoncent. Les vieilles cartes vikings nomment &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt; l'&#238;le au plus sauvage des brumes et de la mer, le nom est repris dans les plus anciennes cartes &#233;cossaisses, et puis vient la christianisation g&#233;n&#233;rale : il n'y a jamais eu de saint qui s'appelle Kilda, on se gardera donc de rien changer au simple d&#233;placement de graphie, peut-&#234;tre simplement la na&#239;vet&#233; d'anciens moines cartographes, qui lisent et voient &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt; mais pensent &#224; ces ermites voyageurs, ou comme ce Pol qui vers 512 est venu &#224; Ouessant, et &#8211; parce qu'il ne connaissait pas &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt;, bien plus haut et loin &#8211; l'a nomm&#233;e &lt;i&gt;uxisama axantos&lt;/i&gt;, transcription phon&#233;tique de la langue gauloise qui n'a jamais eu (ils le refusaient) de transcription &#233;crite, et signifiait plus hautes eaux, ce moine donc vers le XVe si&#232;cle changeant la graphie parce que leur conception du monde voulait qu'on impose le nom si on y avait apport&#233; son dieu, et donc l'&#238;le devenant St. Kilda, nomm&#233;e telle par les premi&#232;res relations &#233;crites qu'on en ait, d&#232;s le XVIe si&#232;cle et comment reviendrait-on aujourd'hui en arri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, une fois embarqu&#233;s pour l'&#238;le, elle devient &lt;a href=&#034;http://www.kilda.org.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'archipel&lt;/a&gt; des restes du crat&#232;re immerg&#233;, l'&#238;le principale s'appelle Hirta, et se prolonge par Dun &#224; la pointe la plus effil&#233;e, Soay l'autre pointe, Boreray l'&#238;le plus large o&#249; on p&#226;ture quelques b&#234;tes, et les pics &#233;merg&#233;s plus loin sur l'ovale on les d&#233;signe aussi par le mot ga&#233;lique de &lt;i&gt;stack&lt;/i&gt; &#8211; on ne dit plus St. Kilda, une fois qu'on y installe sont r&#233;cit. D'ailleurs, r&#233;cemment, &#224; la Com&#233;die fran&#231;aise, en 2002, une pi&#232;ce contemporaine de th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;Quatre avec le mort&lt;/i&gt;, avait intitul&#233; ses trois r&#244;les, un homme et deux femmes, Dun, Hirta et Boreray &#8211; &#233;crite par un nomm&#233; Fran&#231;ois Bon, probablement un homonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'en tenir aujourd'hui, &#224; J &#8211; 15, &#224; la premi&#232;re d&#233;couverte. On est &#224; l'&#233;t&#233; 1999. Nous sommes d&#233;j&#224; depuis deux semaines sur la belle c&#244;te ouest de l'&#201;cosse, qui ne vous quitte jamais plus. La tomb&#233;e tr&#232;s lente, ou la venue dans tous ses &#233;tats de ciel, du jour progressif et mouill&#233;. L'omnipr&#233;sence de la mer, tour &#224; tour noire, grise ou bleue, ou verte selon les minutes, les jours, les heures, le bruit grondant du vent ou la simple attente, et les c&#244;tes &#224; jamais vierges de toute implantation humaine : des landes, des falaises. La force des &#233;l&#233;ments est trop grande pour nous. La modernit&#233; y a conquis quelques &#233;levages de saumon (cela sent, on les &#233;vite) et pr&#232;s d'Ullapool quelques maisons solitaires vont jusqu'au bout des pointes en surplomb, mais pour que s'installe un signe fort des hommes il a fallu ces vieux ch&#226;teaux &#233;troits de pierre &#233;paisse, et sur les rochers en bas quelques phoques pour s'en moquer. Ainsi, un jour, s'en vient-on au bout de l'&#238;le de Skye et qu'on visite le &lt;a href=&#034;http://www.dunvegancastle.com/content/default.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ch&#226;teau de Dunvegan&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on a fini la visite de Dunvegan et qu'on sait tout de l'histoire du clan McLeod, un couloir en sous-sol vous ram&#232;ne &#224; la sortie via la librairie o&#249; on vend livres et cartes postales. Il y a aussi les toilettes, dans ce couloir du sous-sol. C'est l&#224;, sur les murs de ce couloir, que nous sommes arr&#234;t&#233;s par deux photographies : deux groupes, un groupe d'hommes, un groupe de femmes, les regards, les pieds nus, la fa&#231;on dont on se tient debout ou s'assoit au sol. On d&#233;couvre le nom en l&#233;gende : St. Kilda. &#192; la librairie de Dunvegan, j'ach&#232;te &lt;i&gt;The life and death of St. Kilda&lt;/i&gt;, de Tom Steel, le livre le plus synth&#233;tique sur l'histoire de l'&#238;le. Deux jours plus tard, &#224; Ullapool, je trouve deux autres livres. Puis, &#224; Inverness, au retour, cinq ou six jours plus tard, des livres de photographie, et le voyage de Martain a'Bhaileach, dit Martin Martin. Dans les deux ann&#233;es qui suivront, je me procure, via un ami professeur de litt&#233;rature contemporaine fran&#231;aise &#224; l'universit&#233; de Glasgow, des photocopies de livres plus anciens, et qui n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233;s. Des contacts pris avec le &lt;a href=&#034;http://www.snh.gov.uk/about-scotlands-nature/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Scottish National Heritage&lt;/a&gt; &#224; Edinburgh me permettront enfin de me procurer les photocopies de relations d&#233;cisives pour l'histoire de St. Kilda, mais non imprim&#233;es. Je suis donc tr&#232;s vite confront&#233; &#224; la m&#234;me donn&#233;e que l'ensemble des autres auteurs : le corps &#233;crit de documents concernant l'histoire de St. Kilda est &#8211; comme l'&#238;le elle-m&#234;me &#8211; circonscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, chaque relation, si depuis celle Martin Martin jusqu'&#224; l'&#233;poque actuelle, il est possible de consid&#233;rer qu'une fois tous les trente ans environ nous disposons d'un &lt;i&gt;voyage &#224; St. Kilda&lt;/i&gt;, d&#233;crit une communaut&#233; fixe, des usages stables, et le m&#234;me &#233;tonnement stup&#233;fait des voyageurs : l'hostilit&#233; des conditions de vie sur ces rochers nus au milieu de la mer, l'inexistence absolue de monnaie dans l'&#233;conomie con&#231;ue de fa&#231;on collective, enfin les oiseaux de mer, plumes, oeufs, huile, viande, comme ressource unique d'industrie et nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc, en quelques kilogrammes de papier, la figure suivante : chaque trente ans, une relation de voyage d&#233;crivant les m&#234;mes &#233;l&#233;ments fixes sur un lieu isol&#233; pr&#233;cis, va reconstituer en creux une histoire g&#233;n&#233;rale du monde, chaque &#233;v&#233;nement majeur &#233;tant signifi&#233; par un &#233;l&#233;ment nouveau pr&#233;cis parfois minuscule, mais qui n'en sera pas moins la preuve globale de cette histoire g&#233;n&#233;rale du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1917, l'apparition br&#232;ve et unique d'un sous-marin allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plus t&#244;t, au XVIII&#176; si&#232;cle, ce pasteur qui entreprend &#8211; et malheureusement, en trente ans de s&#233;jour, y parvient &#8211; l'&#233;limination radicale des traditions celtes, incluant les contes et chansons, avec les croyances mystiques et les rituels de gu&#233;rison. Ainsi, au XIX&#176; si&#232;cle, l'arriv&#233;e d'un instituteur, puis d'une infirmi&#232;re. Et l'expansion coloniale britannique, et l'&#233;vacuation finale de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela qui constitue, &#224; douze ans du d&#233;but de ma propre relation &#224; St. Kilda, la sp&#233;cificit&#233; unique &#8211; non pas de cette &#238;le &#8211; mais du d&#233;p&#244;t d'&#233;criture qu'elle repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence peut commencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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