<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?id_rubrique=171&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Baudelaire | derniers domiciles connus (et les autres aussi)</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4956</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4956</guid>
		<dc:date>2021-03-25T20:53:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la suite des adresses parisiennes de Baudelaire, un po&#232;me en soi ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4956.jpg?1616705257' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/oRUoJOYbZME&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pour tous les baudelairiens, le nom de Claude Pichois est omnipr&#233;sent : l'&#233;dition Corti des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;, la biographie Fayard qui continue de faire r&#233;f&#233;rence, et tout un &#233;cosyst&#232;me de publications compl&#233;mentaires, dont les dessins de Baudelaire et, aux &#233;ditions du L&#233;rot en 2002, avec Jean-Paul Avice, un &#171; dictionnaire &#187; qui ne quitte jamais les environs imm&#233;diats de mon bureau, une vraie mine. Et respect qui redouble puisque c'est aussi lui l'&#233;diteur des 3 tomes de Nerval en Pl&#233;iade.
&lt;p&gt;Ci-dessous un document qui, &#224; ma connaissance, n'existe que dans cet indispensable dictionnaire : la liste exhaustive des domiciles de Charles Baudelaire, jusqu'&#224; sa mort &#224; 46 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la vid&#233;o ci-dessus pour vous proposer de vous en saisir. Version imprimable (Word) &#224; t&#233;l&#233;charger ici :&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6945 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/docx/pichois_adresses_baudelaire.docx' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='Word - 28.7 kio' type=&#034;application/vnd.openxmlformats-officedocument.wordprocessingml.document&#034;&gt;&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/docx-a6e7c.svg?1772396391' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;dictionnaire Baudelaire | domiciles&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Domiciles&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note de &lt;i&gt;Mon c&#339;ur mis &#224; nu&lt;/i&gt; (XXI, 36) est c&#233;l&#232;bre : &#171; &#201;tude de la grande Maladie de l'horreur du Domicile. Raisons de la Maladie. Accroissement progressif de la Maladie. &#187; On s'interroge plus loin sur les raisons. La maladie est certaine. Mais son accroissement, peut-&#234;tre encore contemporain de la note, dispara&#238;t &#224; la fin de 1859, alors qu'en f&#233;vrier, s&#233;journant chez sa m&#232;re &#224; Honfleur, il a encore &#233;crit &#224; Henri Cantel son &#171; horreur d'un domicile quelconque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a v&#233;cu dans sa maison natale, 13, rue Hautefeuille, jusqu'apr&#232;s la mort de son p&#232;re, survenue le 10 f&#233;vrier 1827. Avec sa m&#232;re et son demi-fr&#232;re, il habitera le 52, puis le 22 de la rue Saint-Andr&#233;-des-Arts (nous indiquons les num&#233;ros et les noms actuels). L'&#233;t&#233; de 1827, Charles le passe avec sa m&#232;re dans une petite maison de Neuilly proche de la Seine. De 1828 &#224; 1831, avec sa m&#232;re qui a &#233;pous&#233; Aupick, il habite 17, rue du Bac. Il est pensionnaire &#224; Lyon de 1832 &#224; 1836. En mars 1836, son beau-p&#232;re ayant &#233;t&#233; nomm&#233; &#224; Paris, il regagne la capitale et sera pensionnaire au coll&#232;ge Louis-le-Grand. Apr&#232;s son renvoi (18 avril 1839), il est en pension chez les Las&#232;gue, 22, rue du Vieux-Colombier. On ne sait o&#249; il loge ensuite. De juin 1841 &#224; f&#233;vrier 1842, il vogue sur les oc&#233;ans. De retour, on le trouve 22, quai de B&#233;thune. En avril 1843, il est rue Vaneau, avant de regagner son &#238;le : 15, quai d'Anjou (juin-ao&#251;t 1843), le temps de s'installer dans l'immeuble voisin : l'h&#244;tel de Lauzun (h&#244;tel Pimodan) o&#249; il reste de l'automne 1843 &#224; l'automne de 1845. Le 30 juin 1845, il a tent&#233; de se donner la mort et sera soign&#233; chez ses parents, &#224; l'H&#244;tel de la Place, 7, place Vend&#244;me, avant de revenir quai d'Anjou. La p&#233;riode un brin fastueuse de sa jeunesse est termin&#233;e : les domiciles se succ&#232;dent &#224; une cadence acc&#233;l&#233;r&#233;e : h&#244;tel de Dunkerque, 32, rue Laffitte (automne de 1845 ?) ; 24, rue de Provence (d&#233;but de 1846) ; 33, rue Lamartine (printemps de 1846) ; 7, rue de Tournon (d&#233;cembre 1846) ; 68, rue de Babylone (d&#233;cembre 1847) ; &#224; Neuilly, 18, avenue du G&#233;n&#233;ral-de-Gaulle (alors, 21 avenue de la R&#233;publique, ao&#251;t 1848), puis au n&#176; 95 (du d&#233;but de mai 1850 au 10 juillet 1851). Retour &#224; Paris &#224; la mi-juillet 1851 et jusqu'au d&#233;but d'avril 1852 : 25, rue des Marais-du-Temple. 11, boulevard Bonne-Nouvelle (5 juillet 1852). Dans un garni, 60, rue Pigalle, d'octobre 1852 jusqu'au d&#233;but de 1854. H&#244;tel d'York (qui n'&#233;tait pas le luxueux &#171; Baudelaire Op&#233;ra &#187;), 61, rue Sainte-Anne. Mais il regagne rapidement la rue Pigalle. En mai 1854, il s'installe &#224; l'h&#244;tel du Maroc, 57, rue de Seine. Il y est encore le 3 mars 1855. H&#244;tel de Normandie, 13, rue Radziwill (alors rue Neuve-des-Bons-Enfants), o&#249; il aurait pu rencontrer Nerval. Retour rue de Seine, mais au n&#176; 27 (juillet-ao&#251;t 1855). 18, rue Jean-Pierre-Timbaud (alors rue d'Angoul&#234;me-du-Temple), de d&#233;cembre 1855 jusqu'en juin 1856. Il est &#224; l'h&#244;tel Voltaire (o&#249; seront plus tard Wagner et Wilde), de juillet 1856 jusqu'&#224; la mi- novembre 1858 : B. est &#224; proximit&#233; de l'imprimerie du Moniteur qui va publier les &lt;i&gt;Aventures d'Arthur Gordon Pym&lt;/i&gt;. Ensuite, il s'installe chez Jeanne, 22, rue Beautreillis. Il va enfin trouver son havre, au d&#233;but de l'&#233;t&#233; de 1859 : deux chambres formant un petit appartement &#224; l'h&#244;tel de Dieppe, 22, rue d'Amsterdam. &#192; l'exception d'un malheureux s&#233;jour chez Jeanne &#224; Neuilly (d&#233;cembre 1860-janvier 1861), il y demeure jusqu'&#224; son d&#233;part pour Bruxelles, en avril 1864. En juillet 1865, il ne fait que traverser Paris pour chercher de l'argent. Lorsqu'il y revient, au d&#233;but de juillet 1866, c'est pour entrer, impotent, dans la maison de sant&#233; du docteur &#201;mile Duval, 1, rue du D&#244;me, pr&#232;s de l'&#201;toile : il y mourra le 31 ao&#251;t 1867.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de ces d&#233;placements successifs tiennent, apparemment, surtout au d&#233;sir d'&#233;chapper aux cr&#233;anciers qui le poursuivent et peuvent le faire arr&#234;ter et conduire &#224; la prison pour dettes. Il cherche aussi &#224; &#233;chapper &#224; Jeanne et aux atroces conditions de vie qu'elle lui fait. &#192; sa m&#232;re, 27 mars 1852 : &#171; Je suis oblig&#233; de travailler la nuit afin d'avoir du calme et d'&#233;viter les insupportables tracasseries de la femme avec laquelle je vis. Quelquefois je me sauve de chez moi, afin de pouvoir &#233;crire, et je vais &#224; la biblioth&#232;que, ou dans un cabinet de lecture, ou chez un marchand de vin, ou dans un caf&#233;, comme aujourd'hui. &#187; Mais Jeanne n'est pas enti&#232;rement responsable de ses fuites ; il n'a d'ailleurs pas v&#233;cu contin&#251;ment avec elle. C'est &#224; lui-m&#234;me qu'il cherche &#224; &#233;chapper ; il exprime lui-m&#234;me cette hantise d'&#234;tre seul, citant, dans &lt;i&gt;La Solitude&lt;/i&gt; (OCI, 314), et La Bruy&#232;re et Pascal qui nous rappelle &#171; dans la cellule du recueillement &#187;. Cellule, le mot est &#224; souligner : domicile &#233;gale cellule. Mais il y a &#224; cette fuite &#233;perdue une compensation qu'on est trop tent&#233; d'oublier : &#171; Glorifier le vagabondage et ce qu'on peut appeler le Boh&#233;mianisme, culte de la sensation multipli&#233;e, s'exprimant par la musique. En r&#233;f&#233;rer &#224; Liszt. &#187; &lt;i&gt;Mon c&#339;ur&lt;/i&gt;, XXXVIII, 66.) Cette recommandation fait &#233;voquer l'admirable page de &lt;i&gt;Du vin et du hachish&lt;/i&gt; (1851) qui nous montre le miracle du vagabondage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Claude Pichois &amp; Jean-Paul Avice, Dictionnaire Baudelaire, &#233;ditions du L&#233;rot, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Baudelaire : &#171; tous les photographes ont des manies ridicules &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4385</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4385</guid>
		<dc:date>2020-11-11T09:24:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand Baudelaire voudrait une photographie de sa m&#232;re&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4385.jpg?1484985316' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#171; Je voudrais bien avoir ton portrait. C'est une id&#233;e &lt;i&gt;qui s'est empar&#233;e de moi&lt;/i&gt;. Il y a un excellent photographe au Havre. Mais je crains bien que ce ne soit pas possible maintenant. Il faudrait &lt;i&gt;que je fusse pr&#233;sent. Tu ne t'y connais pas&lt;/i&gt;, et tous les photographes, m&#234;me excellents, ont des manies ridicules ; ils prennent pour une bonne image une image o&#249; toutes les verrues, toutes les rides, tous les d&#233;fauts, toutes les trivialit&#233;s du visage sont rendus tr&#232;s visibles, tr&#232;s exag&#233;r&#233;s ; plus l'image est DURE, plus ils sont contents. De plus, je voudrais que le visage e&#251;t au moins la dimension d'un ou deux pouces. Il n'y a gu&#232;re qu'&#224; Paris qu'on sache faire ce que je d&#233;sire, c'est-&#224;-dire un portrait exact, mais ayant le &lt;i&gt;flou&lt;/i&gt; d'un dessin. Enfin, nous y penserons, n'est-ce pas ? &#187;&lt;br/&gt;
Charles Baudelaire, lettre &#224; sa m&#232;re, Mme Aupick, le 23 d&#233;cembre 1865.
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6858 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/perron.jpg?1484986148' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le portrait ne sera jamais r&#233;alis&#233;. On a une seule trace photographique de la m&#232;re de Baudelaire : sur cette image de sa maison de Honfleur, imposante mais ind&#233;chiffrable forme en noir sur la terrasse. La maison (un &#233;tage mansard&#233;, cuisine en sous-sol, et la v&#233;randa rajout&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Aupick) sera plus tard d&#233;truite (en 1901) pour agrandir l'h&#244;pital, qui y installera sa morgue. Au bout de 30 ans de cadavres, en 1930, on y adjoint une plaque pour rappeler que Baudelaire v&#233;cut en ce lieu, la plaque dispara&#238;tra en 1977 avec la morgue elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rouvrir le livre sur &lt;a href=&#034;https://curiosaetc.wordpress.com/2011/12/31/fantomes-esprits-autres-morts-vivants/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'histoire des fant&#244;mes au XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt; de Daniel Sangsue : pour Nerval, Gautier, Baudelaire et les autres, l'image photographique mat&#233;rialise et emporte une instance r&#233;elle de ce qui est notre totalit&#233; visuelle. Distendu et d&#233;multipli&#233; par toutes les sym&#233;tries de l'image, l'ovale indistinct du visage de Mme Aupick sur sa terrasse n'en est pas moins d&#233;positaire d'une part de sa v&#233;ritable mat&#233;rialit&#233;, une attestation de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une id&#233;e qui s'est empar&#233;e de moi &#187;, dit Baudelaire, et il souligne lui-m&#234;me le verbe s'emparer : quelle id&#233;e, celle de faire r&#233;aliser le portrait, la pose, la construction de l'objet, ou bien le visage lui-m&#234;me, en tant qu'image, soudain per&#231;u comme manque ? Ou encore la diff&#233;rence entre les traces dont il dispose, m&#233;daillon, objets, lettres, et ce qu'installe la photographie de &lt;i&gt;pr&#233;sence&lt;/i&gt; par cette mat&#233;rialit&#233; m&#234;me de l'image tranch&#233;e dans la mati&#232;re visuelle que chacun de nous emporte avec lui ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 4 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pratiques si courantes du m&#233;daillon, de la gouache ou du pastel : cherchez pour le fr&#232;re de Baudelaire, Alphonse, et m&#234;me pour le notaire Ancelle, tout le monde a &#231;a. Pratique devenue artisanale de par sa fonction sociale, le portrait comme appropriation individuelle, et porteur symbolique de ce que chacun installe dans le lien affectif. Et pourtant, aucun de Mme Baudelaire : aurait-il demand&#233; son portrait en m&#233;daillon, m&#234;me miniature, qu'elle aurait pu le faire r&#233;aliser &#224; Honfleur dans la semaine, non ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et chaque fois que dans n'importe quel livre vous examinez une image, les m&#233;daillons du fr&#232;re, la photographie de la m&#232;re, l'immanquable mention &#171; collection particuli&#232;re &#187;. Ceux dont le fric s'approprie ce qui est &#224; nous tous, l'h&#233;ritage Baudelaire, parce qu'il nous est &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; et vital. Prendre un arr&#234;t&#233; de r&#233;quisition.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faudrait &lt;i&gt;que je fusse pr&#233;sent. Tu ne t'y connais pas&lt;/i&gt; &#187;, soulign&#233; par Baudelaire. Il y a donc un savoir dont lui-m&#234;me (par son tutoiement de Nadar ?) dispose, mais non pas sa m&#232;re, en tout cas qu'on ne peut confier au photographe m&#234;me, malgr&#233; la bonne r&#233;putation dont il dispose &#8211; faire le voyage de Honfleur jusqu'au Havre. Parce que la ville est plus grande, parce que c'est le port d'o&#249; l'on s'embarque ? (Jamais compris pourquoi Baudelaire n'a jamais eu la tentation d'Am&#233;rique.) Ou comme si Baudelaire, malgr&#233; toutes ses pr&#233;ventions, aurait pu faire la photographie lui-m&#234;me, au moins la &lt;i&gt;diriger&lt;/i&gt; comme on fait d'un orchestre ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6859 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cheminees.jpg?1484986149' width='500' height='320' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... ils prennent pour une bonne image&#8230; &#187; Chez Baudelaire (relire &lt;i&gt;Le peintre de la vie moderne&lt;/i&gt; sur Guys, ou le texte sur M&#233;ryon), tout est toujours infiniment pr&#233;cis. Justement ce qu'il reproche au photographe. Il ne parle pas de ce qui est pourtant l'&#233;vidence artisanale : le photographe compose, prend, d&#233;veloppe et vend une photographie (ailleurs, dans les lettres, une &#224; Carjat o&#249; il essaye de lui extorquer des tirages, il dit bien &lt;i&gt;&#233;preuve&lt;/i&gt;), mais Baudelaire parle de ce qui est compos&#233;, ce qui est pris, ce qui est d&#233;velopp&#233; : donc l'image, le mot qui serait aussi utilis&#233; pour le dessin ou la peinture, pour d&#233;signer non ce qui est figur&#233;, mais ce qu'on aspire du r&#233;el &#8211; ce qu'on d&#233;tache du r&#233;el, avant toute op&#233;ration suppl&#233;mentaire ? Voire m&#234;me, ce qu'on &lt;i&gt;voit&lt;/i&gt; dans le r&#233;el ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... une image o&#249; toutes les verrues, toutes les rides, tous les d&#233;fauts, toutes les trivialit&#233;s du visage... &#187; La sym&#233;trie du mot image et du mot visage devient aussi violente que les sym&#233;tries des fen&#234;tres, portes, mansardes autour de Mme Aupick sur son perron de Honfleur. &#171; Il faut s'implanter des verrues sur le visage &#187; dira Rimbaud exactement 5 ans et demi plus tard (la lettre de Baudelaire est du 23 d&#233;cembre 1865, la lettre de Rimbaud &#224; Paul Demeny du 15 mai 1871). Le m&#234;me mot &lt;i&gt;verrues&lt;/i&gt;. Et puis les rides, crevasses du temps. Puis le mot &lt;i&gt;trivialit&#233;s&lt;/i&gt; : comme lui la trivialit&#233; de la syphillis, le d&#233;tail de tous les soins et m&#233;dicaments dont aucun n'arrivera &#224; enrayer ce qui d&#233;sormais s'annonce comme basculement d&#233;finitif ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... o&#249; toutes les verrues, toutes les rides... &#187; Et dans les &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;, ce n'est pas cela d'abord qu'on voit (&#171; Dans des fauteuils fan&#233;s des courtisanes vieilles &#187;, &#224; l'entrecroisement des hypallages pr&#232;s), cette crudit&#233; et proximit&#233; qui font la pr&#233;sence ? Quand le procureur Pinard censure &#171; &#192; la p&#226;le clart&#233; des lampes languissantes &#187; est-ce qu'il ne dit pas son plein accord avec Baudelaire : la vraie duret&#233; est dans le dispositif d'&#233;clairage, dans l'impossibilit&#233; de saisir, o&#249; tout devient suggestion ? Et qu'on pourrait lire ce que Baudelaire dit ici de la photographie comme l'essence m&#234;me de ce qu'il y a de plus sexuel dans le livre de toute une vie que sont les &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;, et les feront condamner ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; ...plus l'image est DURE... &#187; La graphie en majuscule est une violence suppl&#233;mentaire. Il y a plusieurs fois l'adjectif &lt;i&gt;dur&lt;/i&gt; dans les &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#212; beaut&#233;, dur fl&#233;au des &#226;mes... destin trop dur... l'homme, tyran paillard, dur et cupide...&lt;/i&gt;) mais rien qui concerne ce vocabulaire technique des photographes sur la duret&#233; d'une image. &#201;tranget&#233; plut&#244;t que le soulignement indique plut&#244;t la convergence des deux univers : ce qui est dur par ce qui est montr&#233;, et ce que les photographes nomment d&#233;j&#224; image dure. Ou le visage absent de la m&#232;re comme cette double porte ferm&#233;e volets clos &#224; l'&#233;tage.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6861 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/baudelaire-nadar-fauteuil.jpg?1484989971' width='500' height='432' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 11 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un portrait exact, mais ayant le &lt;i&gt;flou&lt;/i&gt; du dessin. &#187; La phrase a d&#233;j&#224; souvent &#233;t&#233; comment&#233;e et reprise. D'o&#249; viendrait que le trait du dessin soit flou ? Six portraits par Nadar, entre 1855 et 1862, cinq portraits par Carjat, trois en 1862-1863 et deux autres dont l'ultime, la paralysie d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans la derni&#232;re p&#233;riode, deux portraits en 1865, m&#234;me ann&#233;e que la demande d'un portrait &#224; sa m&#232;re, par Neyt, photographe bruxellois. Claude Pichois rappelle qu'un des clich&#233;s pris par Nadar a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un portrait d'amateur, justement parce que flou. Non, Baudelaire avait boug&#233; pendant la pause. Le flou d'une photo c'est donc aussi l'indice qu'elle est rat&#233;e ? Entre les belles compositions de Nadar et la pr&#233;cision dure des clich&#233;s de Carjat, est-ce que notre oeil moderne ne choisit pas d'abord Carjat, justement pour la pr&#233;cision, et l'absence d'effet artistique ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 12 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La fabrique du portait de Baudelaire (celui de Montpellier) lisant, avec livre et pipe, cheveux courts, par Courbet bien plus t&#244;t, vers 1848, lisse tout de la joue, de l'oeil des oreilles &#8211; mais plante sa focale sur la main au premier plan dans le coin inf&#233;rieur droit, et garde aussi de la nettet&#233; pour le livre et le col. Mais dans la photographie de Baudelaire au fauteuil, sign&#233;e Nadar, est-ce qu'on ne les voit pas, les verrues au-dessus de la l&#232;vre c&#244;t&#233; gauche, les cernes et rides autour des yeux, le d&#233;but de la calvitie ? Et pour lequel d'entre nous cette photographie pr&#233;cis&#233;ment ne serait pas la plus &#233;motive, la plus r&#233;manente ? Et Baudelaire ne l'aurait pas instinctivement compris ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6860 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/visage.jpg?1484988931' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 13 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enfin nous y penserons, n'est-ce pas... &#187; Baudelaire a utilis&#233; simultan&#233;ment et le nous et le futur. Il n'y aura jamais de photographie au Havre ou &#224; Paris de Mme Aupick, sa m&#232;re, ni de m&#233;daillon ni de gouache. Nous n'aurons que le rituel de la chambre photographique pos&#233;e &#224; quelques m&#232;tres, et qui construit son cadre depuis les sym&#233;tries quasi fun&#233;raires de la maison. L'&#233;talement de la robe, la fuite des chemin&#233;es. Il aurait &#233;t&#233; facile de pr&#233;parer une deuxi&#232;me plaque de verre, et s'approcher du visage. On ne le conna&#238;tra pas. Il nous reste ce visage blanc : r&#233;pond-il &#224; ce mot d'&lt;i&gt;exact&lt;/i&gt; tel que Baudelaire, ce 23 d&#233;cembre 1865, l'emploie ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/la-maison-joujou-de-baudelaire.jpg?1484985366' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#8226; Merci &#224; Gilles Rouffineau, professeur &#224; l'&#233;cole d'art et design de Valence, lors de notre discussion sur &lt;i&gt;Le peintre de la vie moderne&lt;/i&gt; et Constantin Guys, de m'avoir rappel&#233; l'existence de ce passage, alors m&#234;me que j'avais lu plusieurs fois l'entr&#233;e &lt;i&gt;photographie&lt;/i&gt; de l'indispensable &lt;i&gt;Dictionnaire Baudelaire&lt;/i&gt; de Claude Pichois et Jean-Paul Avice (&#233;ditions du L&#233;rot, 2002).
&lt;p&gt;&#8226; Sur la maison de Honfleur, lire cet article de &lt;a href=&#034;http://www.ouest-france.fr/normandie/honfleur-14600/la-maison-joujou-de-baudelaire-3589073&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouest-France&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/mme_aupick_baudelaire_honfleur_1200.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/mme_aupick_baudelaire_honfleur_1200.jpg?1484991517' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 07 | &#171; Au pays parfum&#233; que le soleil caresse &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4357</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4357</guid>
		<dc:date>2016-08-10T10:02:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4357.jpg?1470823306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4355' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pays parfum&#233; que le soleil caresse&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sans suivre au plus pr&#232;s ce que Proust a nomm&#233; &#171; sectionnement du temps &#187; chez Baudelaire, le voyage est devenu un singulier &#8211; on parle d'un seul voyage &#8211; alors m&#234;me qu'il est r&#233;alit&#233; complexe : po&#232;me en sept parties qui conclut et transcende les &lt;em&gt;Fleurs du mal&lt;/em&gt;, mais un voyage parmi d'autres de Baudelaire, dans le paradoxe qu'il s'agit d'un voyage forc&#233; et v&#233;cut comme tel, d'un voyage qui se passe mal, qui est interrompu en cours de route, et qui deviendra pourtant un &#233;l&#233;ment structurant d&#233;finitif et pour l'&#339;uvre et pour l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'&#233;l&#233;ment important du &lt;em&gt;voyage&lt;/em&gt; c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment son demi-tour, le voyage depuis un lointain qui ne vous convient pas pour revenir sur la sc&#232;ne m&#234;me de tous les conflits, d'avec la langue, d'avec le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe d'exp&#233;rience aussi : un vers comme &#171; Au pays parfum&#233; que le soleil caresse &#187;, voil&#224; ce que le po&#232;te de vingt ans d&#233;die &#224; une jeune et belle femme de l'&#238;le Maurice, &#233;pouse du notable qui le re&#231;oit. Rien dans ce vers qui pourrait le faire entrer dans l'ab&#238;me que devient l'ensemble &lt;em&gt;Voyage&lt;/em&gt; des &lt;em&gt;Fleurs du Mal&lt;/em&gt; :&#171; Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme, Le c&#339;ur gros de rancune et de d&#233;sirs amers, Et nous allons, suivant le rythme de la lame, / Ber&#231;ant notre infini sur le fini des mers &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'organisation m&#234;me du voyage qui frappe d'abord. Pour s'en aller, et partir encore plus loin (Java), bien avant le d&#233;part d&#233;finitif au Harrar, Rimbaud s'engagera dans la marine hollandaise, puis am&#233;ricaine. Pour Baudelaire, c'est le g&#233;n&#233;ral (&#224; partir de ce moment, jamais plus Baudelaire ne l'appellera &lt;em&gt;papa&lt;/em&gt; comme autrefois) qui obtient l'accord explicite du premier concern&#233;, puis emprunte 5 000 francs, plusieurs mois de ses propres appointements, pour les remettre au capitaine Saliz, &#224; quoi il faut ajouter les 500 francs donn&#233;s &#224; Charles lui-m&#234;me pour les escales. Aupick prend soin de r&#233;unir le conseil de famille pour se faire rembourser, conseil qu'il recompose puisque plusieurs des membres initiaux sont d&#233;c&#233;d&#233;s. L'accord de remboursement n'interviendra que r&#233;trospectivement, apr&#232;s le d&#233;part de Charles, il prend la pr&#233;caution d'obtenir en amont l'accord d'Alphonse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre &#224; Aupick du capitaine Saliz est partout reproduite. Le 14 octobre 1841, alors qu'il a pris en charge Baudelaire le 4 juin, soit quatre mois pleins en sa compagnie, Saliz renonce. C'est un t&#233;moin objectif, et qui t&#233;moigne tout au long de sa lettre d'un attachement vrai pour ce jeune type qu'il d&#233;couvre, tout mang&#233; de litt&#233;rature. C'est r&#233;ciproque : voir la derni&#232;re lettre &#224; Caroline, confi&#233;e au pilote avant de passer Cordouan et affronter l'oc&#233;an (celle o&#249; il mentionne si affectueusemen son R&lt;em&gt;obinson Crusoe&lt;/em&gt;). Ce qui donne ce ton si attachant &#224; cette lettre malgr&#233; tout d'abord officielle (dire &#224; Aupick qu'il a laiss&#233; Charles faire demi-tour, qu'il a confi&#233; le solde de l'argent non pas &#224; lui-m&#234;me, mais &#224; la compagnie qui assurera son retour, et compens&#233; les d&#233;penses faites par Charles dans la bonne soci&#233;t&#233; de l'&#238;le Maurice, o&#249; il a semble-t-il d&#233;pass&#233; largement le budget de poche allou&#233;), c'est le lien fort entre les deux hommes, en opposition au comportement affect&#233; par Charles sur le bateau : refuser de faire quoi que ce soit (il y a avec lui six autres voyageurs payants sur le navire marchand, liaison &#233;bauch&#233;e avec la jeune domestique cr&#233;ole d'une des familles embarqu&#233;es, mais on ne pr&#234;te qu'aux riches et Baudelaire a souvent amplifi&#233; lui-m&#234;me ce genre d'histoires), refus de se m&#234;ler aux conversations, opinions d&#233;lib&#233;r&#233;ment provocatrices dont on peut subodorer le contenu. Saliz en souffre (&#171; et qui, je dois m'empresser de le dire, voyais avec d'autant plus de peine la fausse direction de son esprit&#8230; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours pris tr&#232;s au s&#233;rieux, dans cette lettre d'un capitaine exp&#233;riment&#233;, l'intensit&#233; de la temp&#234;te travers&#233;e apr&#232;s avoir franchi le cap de Bonne-Esp&#233;rance : &#171; Un &#233;v&#233;nement de mer comme je n'avais jamais &#233;prouv&#233; dans ma vie de marin &#187;. Le voilier, avec son gr&#233;ement trois m&#226;ts go&#233;lettes et sa coque doubl&#233;e de cuivre, est ce que l'&#233;poque fait de mieux. Pourtant, il sera d&#233;m&#226;t&#233; (le grand m&#226;t et le mart d'artimon arrach&#233;s) et renvers&#233;. C'est un voilier am&#233;ricain qui, se portant &#224; son secours, offrira les esparts goudronn&#233;s qu'on pourra attacher au moignon du m&#226;t de misaine pour redresser partiellement la coque remplie d'eau, et lui permettre de rejoindre l'&#238;le Maurice et y s&#233;journer dix-sept jours pour une remise en &#233;tat partielle, avant de parvenir &#224; la R&#233;union (Bourbon), &#224; une journ&#233;e de mer, pour des r&#233;parations plus compl&#232;tes, qui dureront un mois et co&#251;teront plus de 17 000 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de temp&#234;te sont une constante dans la litt&#233;rature, relire celle de Rabelais dans le &lt;em&gt;Quart-Livre&lt;/em&gt;, d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque une compilation de toutes les pr&#233;c&#233;dentes (lui-m&#234;me ayant probablement d&#251; en essuyer au moins une lors des liaisons de G&#234;nes &#224; Rome), jusqu'aux aventures d'&lt;em&gt;Arthur Gordon Pym&lt;/em&gt; ou du &lt;em&gt;Manuscrit trouv&#233; dans une bouteille&lt;/em&gt; que traduira plus tard Baudelaire, et dont il trouvera les images et l'infortune pr&#234;tes en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je r&#233;v&#232;re en particulier celle-ci : &#171; Un nuage fun&#232;bre et gros d'une temp&#234;te &#187;, les cinq occurrences du mot dans les &lt;em&gt;Fleurs du Mal &lt;/em&gt;n'outrepassent pas l'usage courant. Pourtant, ce 8 ao&#251;t 1841, en plein hiver austral, ce qu'ils affrontent est suffisamment fort pour qu'&#224; Calcutta, le but du voyage de Saliz, et l&#224; o&#249; il devait conduire Baudelaire, il pr&#234;te son journal de bord &#8211; jamais retrouv&#233; &#8211; &#224; un Anglais, Henry Piddington, alors pr&#233;sident de la Cour maritime de Calcutta, et qui publiera en 1848, dans ces temps de conqu&#234;te et d'organisation de la marine marchande mondiale, avant l'apparition de la vapeur, un livre de r&#233;f&#233;rence sur les temp&#234;tes de l'oc&#233;an indien. C'est donc retraduit de l'anglais vers le fran&#231;ais que le cite Claude Pichois : &#171; tandis que tout autour de l'horizon paraissait un banc obscur, &#233;pais, de nuages, le ciel au z&#233;nith &#233;tait si parfaitement clair qu'on voyait les &#233;toiles ; et chacun &#224; bord remarqua au-dessus de la t&#234;te du mat de misaine une &#233;toile filante d'un &#233;clat extraordinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont semble attester le capitaine Saliz, c'est que Baudelaire, dans la confrontation avec la brutalit&#233; de la temp&#234;te, et l'imm&#233;diatet&#233; du risque d'un naufrage, change de comportement, et marque la m&#234;me abn&#233;gation ou acceptation que l'&#233;quipage, participe aux man&#339;uvres (r&#233;cits qui seront amplifi&#233;s ult&#233;rieurement par les t&#233;moignages posthumes ou de seconde main) : &#171; nous p&#251;mes presque toucher la mort du bout des doigts, sans qu'il s'en f&#251;t d&#233;moralis&#233; plus que nous &#187;. Mais on n'a peut-&#234;tre pas port&#233; assez attention &#224; ce qu'ajoute le capitaine, puisque du 8 ao&#251;t au 1er septembre c'est plus de trois semaines que met la go&#233;lette sous ses voiles de fortune pour se tra&#238;ner jusqu'&#224; Maurice : &#171; il eut des moments de tristesse dont, malgr&#233; le travail que me donnait le soin de conduire un navire d&#233;m&#226;t&#233;, je fis mes efforts pour le distraire dans la crainte des cons&#233;quences &#187;. Trois semaines d'une phase alors profond&#233;ment d&#233;pressive, apr&#232;s la confrontation directe avec le risque du naufrage et de la perte ? Il semble, toujours d'apr&#232;s la lettre de Saliz, qu'il prit durant ces trois semaines la d&#233;cision de revenir au plus vite, quelles qu'en soient les cons&#233;quences familiales. Et quand Saliz revient &#224; nouveau, dans la fin de sa lettre, sur le risque de suicide, il ne fait aucun &#233;tat d'un &#233;ventuel chantage ou d'allusions dues &#224; Baudelaire lui-m&#234;me &#8211; il a pourtant certainement assez de savoir dans l'humain pour &#233;valuer de telles pressions &#8211;, mais &#224; d'autres suicides bien r&#233;els : &#171; je craignis qu'il ne f&#251;t atteint de la Nostalgie cette maladie cruelle dont j'ai vu des effets trribles dans mes voyages, et dont les cons&#233;quences qui pouvaient &#234;tre funestes pour lui auraient laiss&#233; sur ma responsabilit&#233; un poids que j'aurais gard&#233; le reste de ma vie &#187;. Il souligne aussi que, pendant ces deux semaines d'escale forc&#233;e &#224; Maurice, Baudelaire s&#233;journe dans le m&#234;me h&#244;tel que les autres voyageurs mais ne se m&#234;le pas &#224; eux, et sait trouver sur l'&#238;le les quelques personnes avec qui parler Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour, sur un bateau nomm&#233; &lt;em&gt;L'Alcide&lt;/em&gt;, dont le capitaine a la confiance de Saliz, ne sera pas un grand souvenir non plus. D&#233;part le 4 novembre, avec cargaison de sucre et caf&#233;, escale forc&#233;e de quatre jours au Cap le 4 d&#233;cembre (Baudelaire n'en parlera jamais) pour cause de mauvais temps &#8211; indice qui doit r&#233;sonner, quand on imagine quel souvenir a Baudelaire de la travers&#233;e aller, et arriv&#233;e &#224; Bordeaux le 15 f&#233;vrier. Mais, en remontant le lng des c&#244;tes d'Afrique, la mention que &lt;em&gt;L'Alcide&lt;/em&gt; ach&#232;te &#224; un navire g&#234;nois rencontr&#233; &#171; 100 kilos de biscuit dont j'avais besoin &#187;, dit le capitaine Jude de Beaus&#233;jour dans son rapport &#224; l'arriv&#233;e, donne une id&#233;e de l'ambiance. Et, apr&#232;s le passage des A&#231;ores, un coup de vent brutal cr&#233;e une voie d'eau (&#171; 56 cm par jour &#187;, dit le capitaine, il faudra pomper le reste du voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, revenir au &lt;em&gt;Voyage&lt;/em&gt; tel qu'il s'&#233;crit de fa&#231;on &#224; bouleverser toute la langue fran&#231;aise dans les &lt;em&gt;Fleurs du Mal&lt;/em&gt;, et en revenir surtout au premier vers : &#171; Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes&#8230; &#187; Si forc&#233; qu'il a &#233;t&#233;, le voyage impos&#233; &#224; Baudelaire est donc en m&#234;me temps, au d&#233;part, acceptation d'un chemin qui m&#232;ne aux r&#234;ves d'enfance, et aussi &#224; la litt&#233;rature &#8211; voir cette r&#233;f&#233;rence au &lt;em&gt;Robinson Crusoe&lt;/em&gt;. En acceptant de partir, Baudelaire s'en va vers son chemin de po&#232;te, et non pas comme Rimbaud au Harrar parce qu'on compte l'en d&#233;tourner. La temp&#234;te et le naufrage provoquent son retour, mais reste &#224; jamais cette contradiction : Baudelaire se d&#233;finit et s'affirme comme po&#232;te, mais les vers qu'il envoie &#224; madame Autard (&#171; Au pays parfum&#233; que le soleil caresse&#8230; &#187;) ne sont pas encore du Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la gestation des &lt;em&gt;Fleurs du Mal &lt;/em&gt;reviendront les images maritimes et l'horizon du voyage : &lt;em&gt;L'Albatros&lt;/em&gt; qui devient une vraie scie p&#233;dagogique, tant, avec la &lt;em&gt;Chevelure&lt;/em&gt;, ou les &lt;em&gt;Chats&lt;/em&gt;, c'est parfait pour traiter la po&#233;sie sans entrer dans les vrais enjeux baudelairiens (je ne cherche pas &#224; les imposer ou d&#233;finir moi-m&#234;me, mais il y a assez de litt&#233;rature l&#224;-dessus depuis l'avanc&#233;e formidable de Walter Benjamin). Encore plus avec la suite de renversements du grand &#171; Homme libre toujours tu ch&#233;riras la mer &#187; &#8211; &#171; Homme, nul n'a sond&#233; le fond de tes ab&#238;mes ; / &#212; mer, nul ne conna&#238;t tes richesses intimes &#187; L'&#233;criture de ce que Baudelaire doit au voyage, alors m&#234;me qu'il a fait demi-tour avant l'arriv&#233;e en Inde, et que la temp&#234;te affront&#233;e aurait pu faire qu'il n'y ait jamais de Baudelaire, se fait longtemps apr&#232;s le voyage lui-m&#234;me, et &#224; mesure que l'avanc&#233;e po&#233;tique lui ouvre les possibilit&#233;s neuves de l'outil. Et lorsque les &lt;em&gt;Fleurs du Mal&lt;/em&gt; trouvent par le po&#232;me &lt;em&gt;Le voyage&lt;/em&gt; leur accomplissement (dix-neuf occurrences du mot &lt;em&gt;gouffre&lt;/em&gt; dans les &lt;em&gt;Fleurs du Mal&lt;/em&gt;, jusqu'&#224; &#171; Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? / Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! &#187;, c'est comme d'accepter enfin le naufrage possible, et cette fois d'aller au bout. Le nouveau &#233;tait l&#224; d&#232;s le d&#233;part, encore fallait-il une vie &#8211; et l'&#233;chec de cette vie &#8211; pour le rejoindre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 06 | &#171; ph&#233;nakisticope &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4355</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4355</guid>
		<dc:date>2016-08-05T10:25:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4355.jpg?1470392706' class='spip_logo spip_logo_right' width='146' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4354' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4356' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
... un ph&#233;nakisticope&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce mot est aussi bizarre que l'invention&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai longtemps fait commencer la vie de Baudelaire &#224; son demi-tour dans le voyage &#224; l'&#238;le Maurice, sans trop chercher qui il &#233;tait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas surinterpr&#233;ter : on a la correspondance d'un adolescent &#224; son fr&#232;re (demi-fr&#232;re) et ses parents (m&#232;re et beau-p&#232;re, mais qu'il appelle &lt;em&gt;papa&lt;/em&gt; avec vrai respect), et parce que c'est Baudelaire (celui qu'il deviendra) on y acc&#232;s alors que les m&#234;mes lettres de mille autres gamins de l'&#233;poque sont perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ne nous renseignent pas sur le temps : de magnifiques textes de Marceline Desbordes-Valmore, que lira Baudelaire, rendent compte des deux r&#233;voltes lyonnaises, et comment le coll&#232;ge de Baudelaire est directement pris sous le feu de celle de 1834. Gustave Geffroy, dans sa biographie de Blanqui, &lt;em&gt;L'Enferm&#233;&lt;/em&gt; qui est un livre grandiose et indispensable (Walter Benjamin le savait bien) rend compte de l'insurrection de 1839, quand Baudelaire est interne &#224; Louis-le-Grand. Chacune de ces dates est une mont&#233;e en grade pour Aupick, non pas qu'il ait les mains dans le sang, mais parce qu'au premier rang de la logistique militaire. Aucune allusion ou presque dans les lettres de l'adolescent, quand la vieille blessure de Waterloo mine au quotidien la vie de Jemis Aupick, et revient dans chacune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile aussi de savoir qui on est soi-m&#234;me, pour lire les lettres aux codes si pr&#233;cis &#8211; chaque &#233;poque a les siens &#8211; d'une correspondance familiale, quand seules nous sont parvenues les lettres envoy&#233;es : si Baudelaire a gard&#233; celles qu'il a re&#231;ues de son fr&#232;re ou de sa m&#232;re, il les a soit perdues soit d&#233;truites &#8211; et ne pas faire porter le chapeau &#224; cette sc&#232;ne qu'on croisera bien plus tard, le fr&#232;re de Jeanne Duval &#233;liminant les papiers du po&#232;te parti vivre ailleurs. De ses onze ans &#224; ses quinze ans, l'&#233;poque pour nous aujourd'hui du &#171; coll&#232;ge &#187; (c'est d&#233;j&#224; le terme &#224; l'&#233;poque, mais il s'applique jusqu'au lyc&#233;e), dans les six ans &#224; Lyon, il ne rend visite &#224; sa famille le dimanche qu'une fois par mois et encore (&#224; peine quelques rues plus loin pourtant) et reste enferm&#233; m&#234;me pour les vacances d'&#233;t&#233;. Mais qu'on relise &lt;em&gt;Louis Lambert&lt;/em&gt; : &#231;'avait &#233;t&#233; la m&#234;me chose pour Balzac. Le retour &#224; Paris, m&#234;me si on le contraint &#224; redoubler une classe pour entrer &#224; Louis-le-Grand (mais que refuserait-on &#224; quelqu'un du grade atteint par Aupick, que visite Lamartine) est v&#233;cu comme lib&#233;ration : pourtant la vie dans le lyc&#233;e sera tout aussi enferm&#233;e, au moins les deux premi&#232;res ann&#233;es &#8211; les permissions de sortie souvent annul&#233;es par des colles ou punition individuelles ou collectives &#8211;, et les tensions int&#233;rieures : la r&#233;volte des &#233;l&#232;ves quand un pion tabasse un de leurs camarades pendant trois jours, apr&#232;s l'avoir enferm&#233; dans le &#171; charbonnier &#187;. Ainsi jusqu'&#224; l'exclusion, parce que le proviseur lui demande de restituer un billet transmis par un &#233;l&#232;ve et que Baudelaire pr&#233;f&#232;re l'avaler &#8211; la sc&#232;ne a fait assez parler d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenir &#224; ce sectionnement du temps. Que l'important puisse &#234;tre dans le sans trace. Ainsi, cette chute &#224; cheval, lors d'une balade avec son beau-p&#232;re (qui t&#233;moigne indirectement de cette relation alors tr&#232;s simple et forte entre l'adolescent et le mari de sa m&#232;re) : forte contusion au genou &#8211; et gloriole d'adolescent : &#171; ce maudit accident n'a pas ralenti mon amour de monter &#224; cheval, je br&#251;le de recommencer, et &#224; ceux qui me recommandent de ne plus tomber, que je t&#226;cherai de tomber au moins sur une autre partie du corps &#187;. Retour &#224; Louis-le-Grand, il pr&#233;tend suivre les cours comme &#224; l'ordinaire mais s'effondre. Il va passer deux mois &#224; l'infirmerie, on appelle hydropisie l'&#233;panchement de synovie, et le m&#233;decin de l'&#233;tablissement pour tout onguent prescrit des compresses &#224; l'eau ti&#232;de. Cet hiver 1838, celui de ses dix-sept ans, ces six semaines, o&#249; il vit &#224; l'&#233;cart des autres &#233;l&#232;ves, est dispens&#233; d'une partie des cours, vont &#234;tre une p&#233;riode de lecture intense. La v&#233;n&#233;ration pour Hugo ou Lamartine, la passion de l'histoire et de la litt&#233;rature romaine ne datent pas de ce moment, mais il va franchir une &#233;tape puisqu'elles deviennent sa vie m&#234;me. La pression exerc&#233;e aussi par la famille : m&#233;riter par ses r&#233;sultats la belle vie qu'on vous fait &#224; vous mettre interne pour devenir bachelier. Il ne sera jamais fort sur les sciences et les math&#233;matiques, alors il se rattrape sur les versions. Et semble d&#233;couvrir que faire des vers fran&#231;ais ou latin lui rapporte plus facilement des accessits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment n&#233;gliger cette autre suite d'indices : ce r&#233;p&#233;titeur qu'il &#233;voque sans en donner le nom, dans la lettre du 23 avril 1837. Dans l'ann&#233;e charni&#232;re, entre l'obtention du baccalaur&#233;at et le moment o&#249; on le met en bateau pour Maurice, Baudelaire s'adressera &#224; ses anciens profs pour trouver lui aussi des heures et le&#231;ons particuli&#232;res. Un &#233;tudiant assez &#233;tonn&#233; par ses conversations avec Baudelaire pour lui proposer le pr&#234;t de ses propres livres de po&#233;sie. Ou le rapport avec son prof de rh&#233;torique, un Alasacien, Jacob Wilhelm Rinn : Baudelaire ira jusqu'&#224; obtenir de fausses autorisations de sortie pour aller prendre des cours particuliers avec lui &#8211; dans cette m&#234;me p&#233;riode aussi o&#249;, significativement, il &#233;crit &#224; Jemis, qui lui a propos&#233; des cours de man&#232;ge et de salle d'arme, de les convertir en heures de &#171; r&#233;p&#233;titions &#187; priv&#233;es avec Rinn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prises aux lettres &#224; Alphonse, survivent quelques vers du Baudelaire de dix-sept ans : pas &#231;a, qui est int&#233;ressant. Mais que le socle sur lequel s'&#233;tabliront les ruptures des &lt;em&gt;Fleurs du Mal &lt;/em&gt;se soit construit d&#232;s les ann&#233;es Louis-le-Grand, &#231;a oui, &#231;a compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sectionnement du temps : la grande &#233;chapp&#233;e d'ao&#251;t 1838 o&#249; pour la premi&#232;re fois il voyage seul : diligence jusqu'&#224; Toulouse, puis rejoindre ses parents dans les Pyr&#233;n&#233;es &#224; Bar&#232;ges. Remonter ensuite par Pau, Tarbes, Bordeaux, La Rochelle et Nantes, retour par Blois et Orl&#233;ans &#8211; presque un voyage initiatique avant le retour &#224; l'internat et la rupture avec le lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour le No&#235;l de ses douze ans, l'ann&#233;e de ses meilleurs r&#233;sultats scolaires, &#224; Lyon, que Jemis lui offre un &lt;em&gt;ph&#233;nakisticope&lt;/em&gt;, et Baudelaire &#8211; qui signe &lt;em&gt;Carlos&lt;/em&gt; la lettre &#224; son fr&#232;re, le d&#233;crit ainsi : &#171; un cartonnage dans lequel il y a une petite glace qu'on met sur une table entre deux bougies. On y trouve aussi un manche auquel on adapte un rond de carton perc&#233; tout autour de petits trous. Par-dessus on ajoute un autre carton dessin&#233;, le dessin tourn&#233; vers la glace. Puis on fait tourner, et on regarde par les petits trous dans la glace o&#249; l'on voit de forts jolis dessins. &#187; Comme la lanterne magique pour Marcel Proust, une de ces innombrables tentatives qui indiquent que le cin&#233;ma est moins n&#233; de la photographie que de cette rage obstin&#233;e &#224; animer l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on repense &#224; ce grand passage du &lt;em&gt;Peintre de la vie moderne&lt;/em&gt;, qui a fascin&#233; aussi Walter Benjamin, qui en a repris l'id&#233;e du kal&#233;idoscope pour l'appliquer &#224; Baudelaire lui-m&#234;me comme prisme &#224; d&#233;crire le capitalisme naissant : &#171; Pour le parfait fl&#226;neur, pour l'observateur passionn&#233;, c'est une immense jouissance que d'&#233;lire domicile dans le nombre, dans l'ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l'infini. &#202;tre hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, &#234;tre au centre du monde et rester cach&#233; au monde, tels sont quelques-uns des moindres plaisirs de ces esprits ind&#233;pendants, passionn&#233;s, impartiaux, que la langue ne peut que maladroitement d&#233;finir. L'observateur est un prince qui jouit partout de son incognito. L'amateur de la vie fait du monde sa famille, comme l'amateur du beau sexe compose sa famille de toutes les beaut&#233;s trouv&#233;es, trouvables et introuvables ; comme l'amateur de tableaux vit dans une soci&#233;t&#233; enchant&#233;e de r&#234;ves peints sur toile. Ainsi l'amoureux de la vie universelle entre dans la foule comme dans un immense r&#233;servoir d'&#233;lectricit&#233;. On peut aussi le comparer, lui, &#224; un miroir aussi immense que cette foule ; &#224; un kal&#233;idoscope dou&#233; de conscience, qui, &#224; chacun de ses mouvements, repr&#233;sente la vie multiple et la gr&#226;ce mouvante de tous les &#233;l&#233;ments de la vie. C'est un moi insatiable du non-moi, qui, &#224; chaque instant, le rend et l'exprime en images plus vivantes que la vie elle-m&#234;me, toujours instable et fugitive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois occurrences de kal&#233;idoscope chez Baudelaire, mais la magie du ph&#233;nakisticope comme plus beau cadeau re&#231;u de Jemis Aupick. Quand les t&#233;moignages partiels, comme d&#233;lav&#233;s ou impr&#233;cis, recueillis sur le Baudelaire des ann&#233;es lyc&#233;e tiennent presque tous du m&#234;me principe : appliquer au Baudelaire lyc&#233;en la preuve qu'il est d&#233;j&#224; le Baudelaire qu'il deviendra &#8211; un singulier, un col&#233;reux, un ange du bizarre, le ph&#233;nakisticope nous aide &#224; relativiser ce qu'on sait de cet adolescent comme les autres, sinon que l'art de &lt;em&gt;faire des vers&lt;/em&gt; prend progressivement la plus grande place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre ce qu'il faut appliquer comme fractalement &#224; cette ann&#233;e dont on sait si peu elle aussi : les derniers mois de la classe de philosophie, exclu de Louis-le-Grand, Baudelaire est mis en pension chez les Las&#232;gue et continue d'aller aux cours en externe, mais d&#233;croche son baccalaur&#233;at. S'inscrire en droit, certainement, mais ce sera bien s&#251;r sa premi&#232;re ann&#233;e de vie po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre &#224; Victor Hugo du 25 f&#233;vrier 1840 qui nous fait si mal, de mi&#232;vrerie et fausse humilit&#233; (&#171; je vous aime comme j'aime vos livres &#187;), n'est pas un &#233;l&#233;ment isol&#233;. On ne sait pas grand-chose de cet &#201;douard Ourliac qui se fait son mentor en vie litt&#233;raire. Il a publi&#233; quatre ouvrages &#224; cette &#233;poque, dont une &lt;em&gt;Physiologie de l'&#233;colier&lt;/em&gt; : est-elle sa propre raison, en vue de documentation, de fr&#233;quenter Baudelaire ? Ourliac a connu Balzac, pour Baudelaire c'est une raison suffisante. Baudelaire pr&#233;tendra avoir aussi rencontr&#233; le fameux G&#233;rard, traducteur, critique de th&#233;&#226;tre, qui n'est pas encore Nerval. Il tra&#238;ne aussi cette histoire, peut-&#234;tre invent&#233;e par le Baudelaire ult&#233;rieur, qu'un jour sur les quais, croisant Balzac, il serait all&#233; &#224; lui, l'aurait salu&#233; au culot et qu'ils en auraient ri comme de tr&#232;s vieux complices. Savoir&#8230; Rien de d&#233;cisif : ce n'est de toute fa&#231;on pas la bonne porte pour entrer en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vraies traces sont plus dures. La s&#233;rie de lettres &#224; Alphonse dans laquelle il d&#233;couvre l'&#233;tendue de premi&#232;res dettes &#8211; s'il les cache &#224; ses parents, seul son fr&#232;re peut l'aider. Ce sera non pas une brouille, mais un premier diff&#233;rend entre eux : Charles a emprunt&#233; plus de deux cents francs au beau-p&#232;re d'Alphonse, Ducessois, mais il voudrait les lui rembourser lui-m&#234;me, sans que Ducessois sache que l'argent vient d'Alphonse. Et pr&#232;s de mille cinq cents francs en tailleur, pantalons, gilets, gants, bottes, chemises et paletot ouat&#233;. Il a vingt ans, les comptes de son h&#233;ritage lui seront bient&#244;t remis : et effectivement, il vendra les maisons de Neuilly. Rappel de la petite note manuscrite d'Alphonse sur la lettre de son fr&#232;re : &#171; 120 f. 3 gilets. C'est 40 f. chaque gilet. Ils ne me co&#251;tent que de 18 &#224; 20, &#224; moi qui suis colossal. &#187; Dans cet &#171; &#224; moi qui suis colossal &#187;, tout le c&#244;t&#233; fluet de Baudelaire, s'en souvenir. On sait l'&#233;pilogue : refus d'Alphonse de payer sans mettre Aupick en tiers, convocation du conseil de famille, qui prendra 3 000 f sur l'h&#233;ritage pour rembourser. Et conclusion, la lette de Jemis &#224; Alphonse, alors substitut du procureur du Roi &#224; Fontainebleau , en date du 19 avril 1841, presque jour pour jour l'anniversaire des vingt ans de Charles : &#171; Mon cher monsieur Baudelaire, le moment est arriv&#233; o&#249; quelque chose doit &#234;tre fait pour emp&#234;cher la perte absolue de votre fr&#232;re &lt;a href=&#034;&#034;&gt;&#8230;&lt;/a&gt; il y a selon moi urgence &#224; l'arracher au pav&#233; glissant de Paris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ajouter dans le ph&#233;nakisticope, ce portrait retrouv&#233; par Claude Pichois, d&#251; &#224; un Chennevi&#232;res de Besan&#231;on : &#171; Deux ou trois fois, chez le fr&#232;re de l'auteur qui nous occupe (magistrat honorable et regrett&#233; de notre Tribunal), j'avais aper&#231;u un grand jeune homme &#224; l'&#339;il distrait, indiff&#233;rent, recherchant la solitude. &#192; cette &#233;poque d&#233;j&#224;, Ch. Baudelaire couvrait des pages enti&#232;res de vers &#233;l&#233;gants et faciles, sur le premier sujet qui lui passait par la t&#234;te &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, la pi&#232;ce ma&#238;tresse c'est la lettre du 20 novembre 1839. C'est &#224; son fr&#232;re aussi que Baudelaire s'est adress&#233;, quand il comprend &#234;tre affect&#233; d'une blennoragie. Avec cette Sara qu'il surnomme &lt;em&gt;la Louchette&lt;/em&gt; ? Les lettres de Flaubert &#224; Bouilhet, la m&#234;me ann&#233;e (ils ont le m&#234;me &#226;ge) peut aider pour le contexte, et la libert&#233; qu'on prend, d&#233;barrass&#233; des contraintes du lyc&#233;e, d'explorer la vie et la nuit. Alphonse l'envoie &#224; un pharmacien dont c'est la sp&#233;cialit&#233;, et prend les frais en charge. Alexandre Gu&#233;rin, &#171; rue de la Monnaie, 19, au coin de la rue Baillet, dans le prolongement du Pont-Neuf &#187;, cite Pichois qui a cette curiosit&#233; de la langue, quand elle transporte beaucoup plus que l'information utile. Il est l'inventeur d'un &#171; opiat balsamique &#187;, qu'il administre moyennant un pr&#234;t remboursable de cinquante francs. &#171; En attendant, puisque c'est ton argent que je d&#233;pense, re&#231;ois bien mes remerciements. J'ai pay&#233; mes drogues. Je n'ai plus de courbatures, presque plus de maux de t&#234;te. Je dors beaucoup mieux, mais j'ai des digestions d&#233;testables, et un petit &#233;coulement continuel sans aucune douleur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce jour, Baudelaire le sait : la r&#233;mission peut sembler compl&#232;te, mais elle est sur lui cet &lt;em&gt;avertisseur&lt;/em&gt; qui deviendra titre d'un de ses plus &#233;tranges po&#232;mes (&#171; Tout homme digne de ce nom / A dans le c&#339;ur un serpent jaune &#187;). Et les r&#233;surgences viendront : &#224; chacune, savoir que non, la gu&#233;rison n'avait pas &#233;t&#233; compl&#232;te. Alors savoir &#224; distance, et bien en amont, le terme. Et quand les sympt&#244;mes surgiront avec violence, vingt ans plus tard, se savoir dans l'impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut entrer parmi les dessins du ph&#233;nikisticope, c'est celui-ci : non pas la gloire de fr&#233;quenter les plus sombres ruelles aupr&#232;s de l'&#233;glise Saint-Louis, o&#249; demeurait Sara &lt;em&gt;la Louchette&lt;/em&gt;, non pas m&#234;me le path&#233;tique de cette lettre avec description de chaude-pisse et &#233;coulement aff&#233;rent, plus litt&#233;ralement le compte d'apothicaire, mais cette phrase : &#171; je vais oublier dans Virgile toutes les mesquineries et les salet&#233;s de ce monde &#8211; au moins cela ne co&#251;te rien et ne donne pas de courbatures &#187;. Juste la preuve qu'il le sait parfaitement : l'&lt;em&gt;avertisseur&lt;/em&gt; est l&#224; pour toujours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://gracevolupteetbetonbanche.wordpress.com/2013/12/23/le-phenakistiscope/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 05 | &#171; comme il faut toujours que je sois en mouvement &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4354</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4354</guid>
		<dc:date>2016-08-04T05:56:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Benjamin, Walter </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Benjamin, Walter &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4354.jpg?1470290194' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4353' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4355' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il faut toujours que je sois en mouvement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde de Baudelaire est un &#233;trange sectionnement du temps o&#249; seuls de rares jours notables apparaissent : ce qui explique les fr&#233;quentes expressions telles que &#8220;si quelque soir&#8221;&#8230; &#187; &#199;a, c'est Proust parlant de Baudelaire. Mais c'est Walter Benjamin qui rel&#232;ve et reprend &#224; son compte ce &#171; sectionnement du temps &#187; pour ce qu'il appelle des &#171; po&#232;mes-cadres &#187;. Il parle d'une volont&#233; &#171; d'interrompre le cours du monde &#187;, et retrouve ce sectionnement pouss&#233; jusqu'aux secondes dans ce qui est un des pivots des &lt;i&gt;Po&#235;mes en prose&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Chambre double&lt;/i&gt; : &#171; les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentu&#233;es&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est frappant aussi dans les lettres qu'&#233;crit Baudelaire : non pas un continuum, mais des exp&#233;riences singuli&#232;res, qui deviendront longtemps r&#233;sonantes et fondatrices. &#192; &#233;chelles de dur&#233;e diverses : ainsi le futur voyage aller-retour &#224; l'&#238;le Maurice, ou ces &#233;piphanies de l'instant dans les &lt;i&gt;Tableaux parisiens&lt;/i&gt; : &#171; Tr&#233;buchant sur les mots comme sur les pav&#233;s / Heurtant parfois des vers depuis longtemps r&#234;v&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre au s&#233;rieux alors, dans la longue p&#233;riode qui s'annonce o&#249; l'enfant puis l'adolescent semble vivre et &#233;crire comme tous les autres (Aupick et Caroline sont simplement &lt;i&gt;chers papa et maman&lt;/i&gt;, la correspondance avec son demi-fr&#232;re Alphonse et sa femme un &#233;l&#233;ment solide et structurant aussi), cette lettre du 1er f&#233;vrier 1832, deux mois avant qu'il ait ses onze ans, mais qui est la premi&#232;re fois o&#249; il &#233;chappe &#224; Paris (repenser &#224; ce qu'il g&#233;n&#233;ralise plus tard dans &lt;i&gt;Fus&#233;es&lt;/i&gt; : &#171; Ivresse religieuse des grandes villes &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose curieuse, qui se fixe et s'agrippe &#224; la m&#233;moire dans cette lettre, c'est ceci : on vient juste de quitter Paris &#8211; &#171; nous relay&#226;mes &#224; Charenton &#187;), et tout d'un coup l'espace s'agrandit, et il l'inscrit presque avec na&#239;vet&#233; : &#171; je vis un bien beau spectacle, c'&#233;tait le soleil couchant ; cette couleur rouge&#226;tre formait un contraste singulier avec les montagnes qui &#233;taient bleues comme le pantalon le plus fonc&#233; &#187;. On est pourtant loin encore du Morvan &#8211; mais pour le petit Parisien, c'est le pantalon qui sert de r&#233;f&#233;rence pour ce qu'il nomme des montagnes. C'est apr&#232;s que cela devient beau : &#171; Ayant mis mon petit bonnet de soie, je me laissai aller sur le dos de la voiture, et il me sembla que toujours voyager serait une vie qui me plairait beaucoup &#187;. Ce serait bien s&#251;r os&#233; que rapprocher des sommets ult&#233;rieurs, comme &#171; Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur / Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute &#187;, mais quand m&#234;me : on a laiss&#233; l'enfant grimper sur le haut de la diligence, l&#224; o&#249; sont les colis et que voyagent ceux qui ne peuvent payer place enti&#232;re. Il s'allonge sur le dos et regarde courir le ciel. Le globe, il en fait partie, s'y int&#232;gre &#224; plat dos. Ce qu'on contemple vous englobe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus curieux encore le passage qui pr&#233;c&#232;de. Il monte pour la premi&#232;re fois en diligence. La famille d&#233;m&#233;nage &#224; Lyon, Aupick y est d&#233;j&#224; (on est juste apr&#232;s la belle insurrection des Canuts et sa triste r&#233;pression). Sa phrase d&#233;raille et voil&#224; : &#171; de mauvaise humeur &#224; cause des manchons, des boules d'eau, des chanceli&#232;res, des chapeaux d'hommes et de femmes, des manteaux, des oreillers, des couvertures, &#224; force, des bonnets de toutes les fa&#231;on, des souliers, chaussons fourr&#233;s, bottines, paniers, confitures, haricots, pain, serviettes, &#233;norme volaille, cuillers, fourchettes, couteaux, ciseaux, fil, aiguilles, &#233;pingles, peignes, robes, jupons, &#224; force, bas de laine, bas de coton, corsets les uns par-dessus les autres, biscuits, pour le reste je ne puis me rappeler &#187;. Toujours se m&#233;fier, dans ces correspondances d'un autre temps, que la ma&#238;trise commune de la langue &#233;tait tout autre. Mais soudain le narrateur de onze ans a bascul&#233; dans l'accumulation brute, par associations et assonances, avec deux fois cette expression &#171; &#224; force &#187; qui veut dire (Littr&#233;) &lt;i&gt;beaucoup, extr&#234;mement&lt;/i&gt;. Dans les projets non r&#233;alis&#233;s des &lt;i&gt;Po&#235;mes en prose&lt;/i&gt;, pour L'&#233;l&#233;gie des chapeaux, Baudelaire convoquera cette fois volontairement &#233;num&#233;ration et accumulation comme &#233;tat des notes pr&#233;paratoires. N'emp&#234;che, d&#232;s le d&#233;but de la correspondance, dans l'intensit&#233; du voyage, de Paris qu'on quitte pour longtemps, c'est par la langue que &#231;a passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans ces deux lettres concomitantes parmi les premi&#232;res qu'on ait archiv&#233;es, cette expression r&#233;p&#233;t&#233;e presque mot pour mot, ce qui tendrait &#224; prouver qu'elle devait faire partie des r&#233;pliques courantes et convenues de l'usage familial. Le 1er f&#233;vrier : &#171; moi qui suis toujours en mouvement, toujours sur un pied ou sur l'autre &#187;. Le 3 mars, lettre suivante : &#171; comme il faut toujours que je sois en mouvement, que je coure et que je sois sur un pied ou sur l'autre &#187;. Alors j'aime &#224; garder cette image pour toute la vie de Baudelaire, jusqu'&#224; sa r&#233;volte contre la paralysie finale &#8211; qu'il soit dans cette rigidit&#233; du po&#232;te que photographient Nadar ou Carjat, d'accord. Mais &#224; l'int&#233;rieur de lui qu'il demeure, l'enfant &lt;i&gt;toujours en mouvement, sur un pied ou sur l'autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accessoirement le droit, pour approcher l'&#339;uvre d'autre fa&#231;on, d'&#233;crire une biographie qui ne passerait que par ces br&#232;ves bascules d'intensit&#233; que Proust nomme &lt;i&gt;sectionnement du temps&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu les yeux rouges &#187;, dira Jemis Aupick quelques semaines plus tard, quand on boucle le gamin en pension. Le mouvement va &#234;tre pour longtemps mis en cage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 04 | &#171; je n'ai pas oubli&#233;, voisine de la ville &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4353</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4353</guid>
		<dc:date>2016-08-03T04:16:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4353.jpg?1470197788' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4351' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4354' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas oubli&#233;, voisine de la ville&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire Maupassant ou Balzac, l'impression d'&#233;touffement parfois &#224; ces bureaux grouillants et la multiplication administrative dans l'&#233;poque r&#233;volutionnaire. Les grands enqu&#234;teurs Baudelaire, Cr&#233;pet d'abord, Pichois ensuite, y ont trouv&#233; pourtant leur chantier de fouille arch&#233;ologique. Ce qui nous trouble, c'est de ne pouvoir appr&#233;hender alors des faits aussi sensibles que par leurs traces dans ces actes civils qui prolif&#232;rent d'autant que les vies de Caroline Archambault-Dufays, Fran&#231;ois Baudelaire et Jemis Aupick y ont &#233;t&#233; ballott&#233;es. Comment revenir &#224; une r&#233;alit&#233; plus sensible que ces noms sur des actes notari&#233;s, ces conseils de tutelle, ou ces objets d&#233;crits dans les inventaires apr&#232;s d&#233;c&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;mergent parfois des visages, mais capables de rester &#224; distance, dans l'ombre, alors m&#234;me qu'ils auraient tant &#224; dire. Ainsi, quand Alphonse &#233;pouse F&#233;licit&#233; Ducessois, &#224; qui Charles ne manquera jamais d'ajouter un salut respectueux dans chaque lettre &#224; son a&#238;n&#233; : F&#233;licit&#233; sera pour Caroline (elle ne lui est li&#233;e en rien, les comptes de tutelle ayant &#233;t&#233; remis &#224; Alphonse avant son mariage) une compagnie proche, peut-&#234;tre la meilleure amie qu'elle aura eue, hors Laure P&#233;rignon dans l'adolescence, en particulier lors de la maladie de Charles, et apr&#232;s son d&#233;c&#232;s. &#192; peine s'immerge-t-on d'un peu plus pr&#232;s dans Baudelaire que se multiplient ces pans noirs, ces ensembles muets : leur collection nous d&#233;signe-t-elle, comme par empreinte, un Baudelaire vu de plus pr&#232;s, ou avec plus de contraste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour ce mariage d'Alphonse que tout va si vite apr&#232;s le d&#233;c&#232;s du p&#232;re, et que Caroline laisse l'appartement de la rue Hautefeuille pour cette maison &#224; la campagne, o&#249; il est si peu cher d'aller vivre, Neuilly ou Passy. L'enfant, dans le choc de l'apr&#232;s-d&#233;c&#232;s, et toutes les redingotes noires des notaires, huissiers, greffiers, y retrouve de la lumi&#232;re, celle qu'&#233;voque en un seul vers le d&#233;but de ce po&#232;me, &#171; Je n'ai pas oubli&#233;, voisine de la ville, / Notre blanche maison, petite, mais tranquille &#187;. Avec ce qu'on a sauv&#233; des bustes de pl&#226;tre, trois arbres et &#171; le soleil, le soir, ruisselant et superbe &#187;, m&#234;me avec &#171; les d&#238;ners longs et silencieux &#187;, et &#171; la nappe frugale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple Baudelaire disposait des &#233;moluments rattach&#233;s aux fonctions du p&#232;re au S&#233;nat, convertis ensuite en retraite, et d'une pension l&#233;gu&#233;e par le duc de Choislin. Il ne restera &#224; Caroline qu'une maigre inscription sur la rente. Quant au mobilier, gouaches et autres valeurs de l'appartement, tout sera dispers&#233; en vente publique, dont le capital est partag&#233; entre elle-m&#234;me et les deux fils &#8211; tout, puisqu'on a l'inventaire : les pincettes et chenets, les matelas et traversins, les ustensiles de cuisine et les costumes du d&#233;funt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pauvret&#233; neuve, Caroline revient pourtant bient&#244;t s'installer &#224; Paris, au 58 rue Saint-Andr&#233;-des-Arts (qui s'appelle encore des Arcs) puis au 30 directement sur la place, et commence la liaison avec Jemis Aupick, sans qu'on sache o&#249; et comment ils se sont rencontr&#233;s : &#339;uvres de paroisse, ou soci&#233;t&#233; irlandaise de Paris, suppose Claude Pichois ? Caroline a trente-quatre ans, Jemis trente-neuf et pour les deux c'est une premi&#232;re fois. La &#171; servante au grand c&#339;ur, dont vous &#233;tiez jalouse &#187;, Mariette, s'occupe de l'enfant. Les formalit&#233;s &#233;tablies pour le mariage, le couple, avec Mariette et l'enfant, s'installent au 17 rue du Bac. Aupick repart pour ses garnisons, commence d'escalader les grades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette lettre de Charles &#224; sa m&#232;re, une des plus noires, celles o&#249; il parle de suicide et lance &#224; Caroline : &#171; l'un de nous deux tuera l'autre &#187;. Dans cette manipulation confinant au chantage &#224; laquelle il se livre, ce 6 mai 1861, il revient avec g&#233;nie sur un souvenir d'enfance : &#171; je me souviens d'une promenade en fiacre &#187;. Il rappelle ceci &#224; sa m&#232;re : &#171; tu revenais d'une maison de sant&#233; &#187;. Pichois le rapproche avec une intuition tr&#232;s fine du s&#233;jour que fait Caroline &#224; Creil, cet hiver 1928, pour rejoindre Aupick : on a le proc&#232;s-verbal devant l'adjoint au maire de Creil, avec pour t&#233;moins un d&#233;bitant de tabac et un ancien instituteur, que l'avant-veille elle &#171; est accouch&#233;e d'un enfant mort, de sexe f&#233;minin &#187;. L'enfant de sept ans n'aura donc rien su de la petite s&#339;ur morte. Mais le d&#233;sarroi de la m&#232;re &#224; son retour, sa proximit&#233; retrouv&#233;e avec son petit gar&#231;on, les dessins qu'elle fait pour lui, laisseront marque d&#233;finitive. Le &#171; je me souviens &#187; repara&#238;t, comme lancinant : &#171; je me souviens des quais, qui &#233;taient si tristes le soir &#187;, avant d'exp&#233;dier l'antinomique du chantage au suicide quelques minutes plus t&#244;t : &#171; tu &#233;tais &#224; la fois une idole et un camarade &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne surtout rien inf&#233;rer de ces pics s&#233;par&#233;s d'intensit&#233; biographique des explications ou des justifications concernant l'&#339;uvre. C'est son &#224;-pic au contraire qu'on veut grandir. Dans la m&#234;me lettre, du Baudelaire de quarante ans : &#171; je laisserai une grande c&#233;l&#233;brit&#233;, je le sais &#187;. Plut&#244;t que ces intensit&#233;s fractionn&#233;es nous renseignent au moins sur le statut m&#234;me de l'intensit&#233;. Le souvenir d'enfance le plus dense &#233;merge d'un deuil dont on ne lui a rien dit, et dont sa m&#232;re m&#234;me adulte ne lui a pas rendu compte. Pourtant, elle et Aupick n'auront pas d'autre enfant. Et c'est dans cette phase aigu&#235; de l'infection v&#233;n&#233;rienne qui revient, et dans le paradoxe que Baudelaire &#224; cette &#233;poque gagne un peu d'argent, mais que tout est aval&#233; par les dettes, qu'il convoque cette suite belle et brutale d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'acte de mariage de Caroline et Jemis, un article discret : Aupick devient cotuteur de l'enfant de sept ans. L'autre grand point d'intensit&#233; biographique adviendra seize ans plus tard, au placement de Baudelaire sous conseil judiciaire, avec publication de ses comptes, et d'un h&#233;ritage &#8211; terrains et immeubles &#224; Neuilly &#8211; montant &#224; cent mille francs, et dont il lui restera pr&#232;s de la moiti&#233; &#224; sa mort. Appelons ces seize ans la p&#233;riode Aupick de Baudelaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire | s&#233;rie, &#233;t&#233; 2016, le sommaire</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352</guid>
		<dc:date>2016-08-02T06:36:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4352.jpg?1470119760' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;h2&gt;enqu&#234;te sur Baudelaire, s&#233;rie, le sommaire&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4349' class=&#034;spip_in&#034;&gt;01, mes anc&#234;tres, idiots ou maniaques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4350' class=&#034;spip_in&#034;&gt;02, mon berceau adoss&#233; &#224; la biblioth&#232;que&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4351' class=&#034;spip_in&#034;&gt;03, aux maigres orphelins s&#233;chant comme des fleurs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4353' class=&#034;spip_in&#034;&gt;04, je n'ai pas oubli&#233;, voisine de la ville&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4354' class=&#034;spip_in&#034;&gt;05, comme il faut toujours que je sois en mouvement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4355' class=&#034;spip_in&#034;&gt;06, ph&#233;nakisticope&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4357' class=&#034;spip_in&#034;&gt;07, au pays parfum&#233; que le soleil caresse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.../...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;autres ressources Baudelaire sur Tiers Livre&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot716' class=&#034;spip_in&#034;&gt;apparitions v&#233;rifi&#233;es de Charles Baudelaire dans la chambre de Marcel Proust et les conversations qui s'ensuivent&lt;/a&gt; dans &lt;i&gt;Proust est une fction&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article761' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rencontre avec le dernier descendant de Charles Baudelaire&lt;/a&gt;, r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3444' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la v&#233;rit&#233; sur l'exhumation du cr&#226;ne de Charles Baudelaire&lt;/a&gt;, r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article624' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sur les Passants de Daumier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 03 | &#171; aux maigres orphelins s&#233;chant comme des fleurs &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4351</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4351</guid>
		<dc:date>2016-08-02T06:21:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4351.jpg?1470118873' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4350' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4353' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux maigres orphelins s&#233;chant comme des fleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est la seule occurrence du mot orphelin dans les &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt;. Quiconque vient pour la premi&#232;re fois devant l'&#233;troit caveau de Baudelaire au cimeti&#232;re Montparnasse en est surpris : les trois corps superpos&#233;s qui s'y allongent sont ceux du g&#233;n&#233;ral Aupick, le beau-p&#232;re, de Charles lui-m&#234;me, et de sa m&#232;re, Caroline. De m&#234;me les trois noms grav&#233;s sur la dalle. On y ressent de l'injustice, tant fut compliqu&#233;e la relation de l'enfant, puis de l'adolescent et jeune adulte, au deuxi&#232;me &#233;poux de sa m&#232;re. Cela fait quelquefois sourire, Baudelaire para&#238;t-il courant dans les rues de Paris, pendant l'&#233;meute de 1848, criant &#171; Il faut tuer le g&#233;n&#233;ral Aupick ! &#187; ou bien Flaubert et Maxime du Camp, re&#231;us en tant que jeunes voyageurs de passage &#224; l'ambassade de France au Liban, se pr&#233;sentant comme litt&#233;rateurs, et &#224; une question de monsieur l'ambassadeur Aupick, s'enqu&#233;rant par politesse de ce qu'il se passait de neuf, &#224; Paris, en litt&#233;rature, le viking &#224; moustache, pr&#233;nomm&#233; Gustave, s'enflammant sans savoir pour la po&#233;sie d'un inconnu nomm&#233; Charles Baudelaire, madame l'ambassadrice n'osant rien dire et monsieur l'ambassadeur virant au rouge apoplectique, nous n'avons &#8211; nous les admirateurs des &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt; &#8211; grande estime pour Aupick.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Injustice encore alourdie par le fait que la d&#233;pouille de Fran&#231;ois Baudelaire, inhum&#233; lui aussi en 1827 au cimeti&#232;re Montparnasse, l'a &#233;t&#233; avant l'introduction administrative des concessions en 1832, et qu'on n'a aucune id&#233;e d'o&#249; ses ossements ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pourtant une tendresse qui l&#232;ve pour Aupick &#224; imaginer, dans l'hiver de 1790, ce r&#233;giment dit Berwick irlandais en garnison &#224; Gravelines, dans ces d&#233;partements du Nord balay&#233;s par les guerres depuis Louis XIV, alors que la France s'installe dans une de ses secousses les plus d&#233;cisives, et venu au secours du pouvoir royal en d&#233;composition. On ne saura jamais rien, probablement, de ce Jacques Joseph Aupick, jeune officier de ce r&#233;giment, et qui y est accompagn&#233; de son &#233;pouse Am&#233;lie Talbot (&#171; consid&#233;r&#233;s comme &#233;poux l&#233;gitimes &#187;, disent les archives du Service historique de l'arm&#233;e de terre), enceinte. Et que, le r&#233;giment repartant, quand il n'y aura rien &#224; sauver pour le service du roi, ils laissent sur place l'enfant n&#233; l'hiver pr&#233;c&#233;dent, le 28 f&#233;vrier 1789 inscrit-on mais c'est arbitraire, et qu'ils ont pr&#233;nomm&#233; Jemis. Il aura droit, comme les orphelins des militaires, &#224; l'&#233;ducation au Prytan&#233;e militaire, et y aura assez de bons r&#233;sultats pour &#234;tre admis &#224; Saint-Cyr, que fonde Napol&#233;on. Il sera adopt&#233; par Baudart, le juge de paix de Gravelines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, il a vingt-sept ans, Jemis sera convoqu&#233; en Irlande par un de ses grands-oncles &#8211; on le sait par une demande de permission de quatre &#224; cinq mois, alors qu'il est en demi-solde depuis l'apr&#232;s Waterloo &#8211; soldat de Napol&#233;on, il a fait les Cent-Jours, et &#224; Fleurus, l'avant-veille de Waterloo, une balle lui a bris&#233; le genou : on peut pr&#233;sumer que ses parents sont morts, et qu'il re&#231;oit une mince part d'h&#233;ritage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en souvenir toujours, &#224; mesure qu'on recroisera Jacques Aupick, sans lequel probablement il n'y aurait pas, en tout cas pas comme &#231;a, de &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt; dans nos biblioth&#232;ques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 02 | &#171; mon berceau adoss&#233; &#224; la biblioth&#232;que &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4350</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4350</guid>
		<dc:date>2016-08-02T06:13:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4350.jpg?1470118373' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='82' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4349' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4351' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois distinctement des mondes singuliers,&lt;br/&gt;
Et, de ma clairvoyance extatique victime,&lt;br/&gt;
Je tra&#238;ne des serpents qui mordent mes souliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Appeler &lt;i&gt;&#201;paves&lt;/i&gt; ces po&#232;mes que Baudelaire n'a pas eu le temps d'int&#233;grer &#224; une trois&#232;me &#233;dition des Fleurs du Mal n'est pas juste. Ils s'enracinent exactement dans la zone extr&#234;me d&#233;limit&#233;e puis conquise par les &lt;i&gt;Fleurs&lt;/i&gt;. Un vers comme &#171; Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous &#187; est un vers majeur par son rythme, le temps quatre du premier h&#233;mistiche pour ces yeux dans un mouvement qui les porte sans ralentir, et le mot &lt;i&gt;trous&lt;/i&gt; dans la chute m&#234;me du vers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement de la toute fin avec le d&#233;but de &lt;i&gt;B&#233;r&#233;nice&lt;/i&gt; de Poe (&#171; Garde tes songes / Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous &#187;, sans aucun mot de plus de deux syllabes, encore en ce cas &#224; terminaison en e muet &#8211; comparer plus haut &#224; l'&#233;tirement de &#171; de sa clairvoyance extatique victime &#187;) est justifi&#233; et solidifie la permanence de cet enracinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'int&#233;resse aussi que dans les deux premi&#232;res versions publi&#233;es (1861, &lt;i&gt;Revue contemporaine&lt;/i&gt; ; 1862, &lt;i&gt;L'Artiste&lt;/i&gt;), le texte soit divis&#233; en quatrains et que Baudelaire lui-m&#234;me ait supprim&#233; cette division dans les &#233;preuves de la publication Poulet-Malassis des &lt;i&gt;&#201;paves&lt;/i&gt; puis la publication &lt;i&gt;Parnasse contemporain&lt;/i&gt; de mars 1866. On sait que c'est le dernier mois avant la cassure d&#233;finitive de Baudelaire paralys&#233; et malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenir sur l'incise autobiographique, qu'il n'y a aucune raison de remettre en cause : &#171; Mon berceau s'adossait &#224; la biblioth&#232;que, / Babel sombre o&#249; roman, science, fabliau / Tout, la cendre latine et la poussi&#232;re grecque / Se m&#234;laient. J'&#233;tais haut comme un in-folio. &#187; Fascinant que du d&#233;but &#224; la fin des quatre vers le narrateur est lui-m&#234;me devenu livre. L'inventaire apr&#232;s d&#233;c&#232;s de Fran&#231;ois Baudelaire, conserv&#233; aux Archives nationales, rectifie la projection trop simple qu'on en ferait. Le couple a des revenus consistants, et l'appartement entre cour et jardin de la rue Hautefeuille, plus les deux chambres de domestiques, est typique de la bourgeoisie de l'&#233;poque. Cuisine et salle &#224; manger, puis un grand salon aux douze chaises de cuir noir contre le mur, encadrant le piano (un Longuemare et Borderys, marque anglaise). Des pl&#226;tres, et aux murs des dizaines de gouaches du p&#232;re et de sa premi&#232;re &#233;pouse, Rosalie Janin : Caroline apparemment n'a pas obtenu qu'elles disparaissent &#8211; elle reste l'&#233;pouse d'un veuf. La chambre d'Alphonse, alors &#233;tudiant en droit, et une chambre minuscule mais ind&#233;pendante pour le petit Charles, qui aura six ans &#224; la mort de son p&#232;re. Nous rassure le fait que les chambres de Caroline et de Fran&#231;ois soient distinctes, hors le point commun d'une pendule &#224; mouvement sous cage de verre (Beausse pour elle, Gilles pour lui). Dans sa chambre &#224; elle, outre ces &#171; lampes astrales en t&#244;le vernie garnies de globes &#187;, des fa&#239;ences et bibelots. Les livres sont dans la pi&#232;ce o&#249; dort le p&#232;re &#8211; et qui comporte quand m&#234;me, tendu de toile grise, un fauteuil d'enfant &#8211;. L'inventaire rel&#232;ve notamment une &lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de 1772. Dans les derniers temps, une garde-malade dort dans cette pi&#232;ce o&#249; va s'&#233;teindre Fran&#231;ois Baudelaire : l'inventaire note scrupuleusement le &#171; lit de sangle &#187;. On peut supposer que l'enfant ne lui rend plus que des visites ponctuelles : assez pour justifier cet incipit du &#171; berceau adoss&#233; &#224; la biblioth&#232;que &#187;, et l'importance d&#233;finitive des livres tout enti&#232;re ramass&#233;e en une r&#233;miniscence de premi&#232;re enfance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enqu&#234;te sur Baudelaire, 01 | &#171; mes anc&#234;tres, idiots ou maniaques &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4349</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4349</guid>
		<dc:date>2016-08-02T06:07:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mat&#233;riaux pour un livre qui s'intitulerait &#171; Tout ce qu'on ne sait pas de Baudelaire, mais fait r&#234;ver quand m&#234;me &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;enqu&#234;tes sur Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4349.jpg?1470118021' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;small&gt;&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4352' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ pr&#233;c&#233;dent _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4350' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes anc&#234;tres, idiots ou maniaques, dans des appartements solennels,&lt;br/&gt;tous victimes de terribles passions.&lt;br/&gt; Fus&#233;es, XII.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase est une &#233;nigme depuis longtemps. Elle ne s'applique certainement pas aux ascendants de Baudelaire. Elle ne correspond pas &#224; la figure de son p&#232;re, ses sourcils noirs sous ses cheveux gris, qui aura travers&#233; la R&#233;volution, l'Empire, la Restauration sans varier de r&#233;solution. Dans la d&#233;tresse et la violence des temps, certainement pas un homme de passions, et pour appartements, ce qu'on lui accordait pour logement de fonction au Luxembourg. Et encore moins idiot ni maniaque, pas plus d'ailleurs chez les Foyot du c&#244;t&#233; de la m&#232;re, et comment la si jeune orpheline, sa propre m&#232;re morte &#224; trente-deux ans retour d'exil, veuve avant ses trente ans de cet Archambault dont tout porte &#224; croire que sa mort dans l'&#233;quip&#233;e de Quiberon sera la seule trace pour toujours, pourrait en porter quoi que ce soit ? Sinon ses propres souvenirs dans la puissante famille de ses tuteurs, l&#224; o&#249; on mariera au fonctionnaire de soixante ans, tout juste veuf et bien us&#233;, la jeune femme de vingt-six ans sans protection. Ou les palais imagin&#233;s de ces ducs de Choislin, qui avaient recueilli le p&#232;re alors jeune pr&#234;tre en lui permettant d'&#234;tre pr&#233;cepteur des enfants, et qui leur sera fid&#232;le toute la R&#233;volution, au point de probablement contribuer &#224; cacher ces enfants quand les parents sont arr&#234;t&#233;s &#8211; ils le prot&#232;geront ensuite aux temps meilleurs &#8211; combien d'histoires de ce type en ces temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, quand je lis cette phrase, je n'y vois pas, pourtant, l'autre hypoth&#232;se &#233;voqu&#233;e : un &#233;ventuel d&#233;but de fiction. Les fragments des &lt;i&gt;Fus&#233;es&lt;/i&gt; se suffisent &#224; eux-m&#234;mes. Ce ne serait pas un d&#233;but viable, &#233;cartant du narrateur plut&#244;t qu'il y am&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase me suffit en ce qu'elle installe comme un bruit dans l'int&#233;rieur de soi-m&#234;me. Un bruit peupl&#233;. Dans ce qu'on porte en soi-m&#234;me, il y a cette pluralit&#233; de silhouettes, chacune immobile dans son propre labyrinthe, un labyrinthe organis&#233; de couloirs et de salles, avec les hauts plafonds de ces appartements solennels, les meubles et les tentures, les secrets et la lenteur. Et ces silhouettes, dont les cases ne communiquent pas de l'un &#224; l'autre, elles sont tortur&#233;es du dedans, presque rong&#233;es sur place, et d'autant plus fortement que manque la qualification de ces passions, que pour chacun on dit terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le mot &lt;i&gt;fus&#233;e&lt;/i&gt;, pour d&#233;signer une &#171; pi&#232;ce d'artifice &#187; dont la forme &#233;voque celle de la quenouille, sens originel, est utilis&#233; par Voltaire d&#232;s 1760. Littr&#233; cite : &#171; Il est assez plaisant d'envoyer, du pied des Alpes &#224; Paris, des fus&#233;es volantes qui cr&#232;vent sur la t&#234;te des sots &#187;, qui correspond bien &#224; ce que Baudelaire recherche pour lui-m&#234;me. En langage populaire, m&#234;me &#233;poque, fus&#233;e c'est ce qu'on vomit. Pour le titre &lt;i&gt;Fus&#233;es&lt;/i&gt;, Baudelaire h&#233;site avec Suggestions, et tendrait &#224; renforcer l'id&#233;e qu'il tire ses titres d'Edgar Poe &#8211; en ce cas, les notes intitul&#233;es &lt;i&gt;Fifty suggestions&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;A chapter og suggestions&lt;/i&gt;. Comme le chapitre suivant de la liasse, &lt;i&gt;Hygi&#232;ne,&lt;/i&gt; semble venir d'Emerson, &lt;i&gt;A conduct of life&lt;/i&gt;, qu'il conna&#238;t aussi par Edgar Poe. &lt;i&gt;Fus&#233;es&lt;/i&gt; serait donc simplement une reprise du titre des notes que Poe intitule &lt;i&gt;Sky rocketting&lt;/i&gt; ? Ce sont de grands feuillets dont la finesse d'&#233;criture tendrait &#224; indiquer une &#233;criture post&#233;rieure &#224; 1860 (sur tout cela, appui sur Pichois). On a commenc&#233; &#224; les publier vers 1880. Ils ne comportent pas de ratures, semblent donc recopi&#233;s, et pas de brouillon en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, cette phrase, le premier cas av&#233;r&#233; d'un fragment &#224; pure valeur po&#233;tique ou narrative, mais qui serait fiction en lui-m&#234;me ? Oui, en repensant au &lt;i&gt;Masque de la mort rouge&lt;/i&gt;, par exemple, les m&#234;mes appartements, les m&#234;mes silhouettes, la m&#234;me &lt;i&gt;d&#233;voration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe qu'ils soient vos anc&#234;tres, ils sont vides : idiots ou maniaques, comme des automates effondr&#233;s dans leur t&#226;che inavouable. Mais soi-m&#234;me on les rassemble, ils continuent d'agir en vous, mais gr&#226;ce &#224; eux vous pouvez &#234;tre foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on n'a pas &lt;i&gt;idiot&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;maniaque&lt;/i&gt; dans les &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt;. On a souvent des palais, mais &lt;i&gt;appartement&lt;/i&gt; ne vient qu'une fois, et tr&#232;s fonctionnel. La puissante charge onirique de cette phrase appartient pour de vrai au prosateur &#8211; elle est assembleuse de fiction, et la totalit&#233; de cette fiction (ce dont ne pouvait se rendre compte Baudelaire, certainement, et le reste du feuillet aura vieilli plus vite, sauf sa r&#233;f&#233;rence &#224; Chateaubriand : &#171; Style. La note &#233;ternelle, le style &#233;ternel et cosmopolite. Chateaubriand, Alph. Rabbe, Edgar Poe. &#187; Mais qui de nous a jamais lu Alphonse Rabbe ?).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
