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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>souvenirs concernant &#171; L'Enterrement &#187;</title>
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		<dc:date>2015-08-23T09:30:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>roman (th&#233;orie du)</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un livre charni&#232;re&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique163" rel="directory"&gt;1991 | L'Enterrement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;roman (th&#233;orie du)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4217.jpg?1440322120' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4217.jpg?1440322129&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='sevenswitch-sell-box sevenswitch-sell-box-cover'&gt;&lt;a href='https://www.7switch.com/fr/ebook/9782814510364/from/francoisbon' class='sevenswitch-sell sevenswitch-sell-medium'&gt;Acheter&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;script src='https://www.7switch.com/assets/widget.js' type='text/javascript'&gt;&lt;/script&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Au tout d&#233;part, alors que j'&#233;tais d&#233;j&#224; &#224; Paris, donc probablement 1980, non pas le suicide en lui-m&#234;me, mais son contexte. En m&#234;me temps, c'est la premi&#232;re fois que j'&#233;tais confront&#233; au suicide de quelqu'un de mon &#226;ge, non pas proche mais proche d'un proche, en tout cas que je connaissais et avec lequel le partage &#233;tait &#233;tabli. Y. travaillait chez le principal luthier classique d'Angers, Bauer, apr&#232;s avoir fait une formation de lutherie classique aussi (Mirecourt, comme plus tard Alain Pignoux, qui reste ma seule trace je crois avec cette histoire). Y. voulait cheminer seul en lutherie, et dans l'imm&#233;diat s'&#233;tait install&#233; dans l'atelier de l'alter ego, Ricardo Perlwitz. Ricardo a boulevers&#233; un certain nombre de concepts de lutherie, c'est un texte testament que j'ai en cours depuis plusieurs ann&#233;es, mais trappe qu'il ne m'est pas possible encore d'ouvrir compl&#232;tement. Je lui dois une grande partie des secousses de l'&#233;poque, et principalement celle d'avoir le culot d'envoyer balader le monde salari&#233; pour se lancer &#8211; sans promesse &#8211; dans l'&#233;criture. Ce qui troublait profond&#233;ment Ricardo, qui avait une moto (mais sans permis), c'est l'impulsion qui ce matin d'hiver lui avait fait parcourir la vingtaine de kilom&#232;tres le s&#233;parant de la bicoque que Y. louait en pleine cambrousse, casser un carreau pour entrer, et le trouver mort dans la nuit, sac plastique sur la figure, bouteille de camping-gaz &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Et donc cette sc&#232;ne qui pour moi reste fondatrice du livre, alors que je connaissais tr&#232;s peu Y., accompagner Ricardo &#224; l'inhumation, parce que la famille probablement le rendrait responsable de ce virage qu'avait pris Y., quittant Bauer pour une aventure plus risqu&#233;e, plus cr&#233;ative (mais on avait quoi, tous : 24, 26 ans ?). J'arrive en train depuis Chartres dans ce village de la Beauce (pas de vrai souvenir du voyage), ou alors Ricardo me prend &#224; Chartres et on finit ensemble en voiture ? Par contre impression tr&#232;s claire de la cour, la cuisine, la visite &#224; la bi&#232;re dans le salon, l'attente avec de l'autre c&#244;t&#233; de la cour l'atelier de menuiserie du p&#232;re &#8211; tous ces &#233;l&#233;ments ont &#233;t&#233; repris avec pr&#233;cision dans le livre. Et respect&#233; aussi, le bref interlude de la m&#232;re avec Ricardo et moi, nous informant qu'ils n'avaient rien dit de la cause de la mort, et de n'&#233;voquer avec personne ce qu'il en &#233;tait r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Du d&#233;calage qui s'instaure principalement dans le temps de la messe &#224; l'&#233;glise, j'ai toujours &#233;t&#233; ath&#233;e militant, j'ai fait des exceptions depuis mais l&#224; pour l'&#233;glise j'avais attendu dehors, et il y a r&#233;ellement eu ces types, ceux de ce bled de la Beauce &#8211; la duret&#233; de la Beauce &#8211; qui voulaient en savoir plus. Le suicide personne ne pronon&#231;ait le mot, mais ils se doutaient. Je n'ai rien r&#233;pondu &#224; personne, mais cette situation, sur la place balay&#233;e de vent, avec les &#233;clats de haut-parleur qui sortaient de l'&#233;glise, et ces types qui m'auraient encore plus m&#233;pris&#233; si j'avais condescendu &#224; leur r&#233;pondre, c'est une sorte de trame situationnelle que j'ai retrouv&#233; un peu plus tard m'enfon&#231;ant brutalement dans la trag&#233;die grecque, que je n'ai plus cess&#233; de lire depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 4 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ensuite pour moi &#231;a a &#233;t&#233; une sorte de tunnel jusqu'&#224; la publication de &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2654' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sortie d'usine&lt;/a&gt;, et de penser &#224; cette ann&#233;e vraiment vide (je corrigeais des th&#232;ses avec ma machine IBM &#224; sph&#232;re pour le loyer et les nouilles, il y avait eu le refus d'un paquet d'&#233;diteurs, Minuit, POL, Fiction &amp; Cie, Bourgois mais je m'accrochais) je me dis que la c&#233;r&#233;monie dans la Beauce, et le fait aussi que j'aie peu rencontr&#233; Y., ce devait &#234;tre plut&#244;t tout d&#233;but 1982 (l'hiver) que 1980... Zones floues. Dans &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt; il y a au bout une sc&#232;ne avec suicide, un type que je connaissais de vue dans l'usine, donc lui sur la liste ce serait le num&#233;ro 2, mais &#231;a me semblait quand m&#234;me plus lointain. Quand j'ai envoy&#233; ma lettre de d&#233;mission, sur un coup de t&#234;te, en mai 80, c'&#233;tait parce que dans cette p&#233;riode on faisait 3 bo&#238;tes d'int&#233;rim et on retrouvait de suite un boulot, la question du travail se posait de fa&#231;on radicalement diff&#233;rente. Qu'est-ce que &#231;a pouvait faire de s'arr&#234;ter un an ou deux pour &#233;crire, on pourrait toujours reprendre le taf ensuite (mais &#231;a dure depuis 30 ans).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;On est en 1983, j'ai une toute petite bourse du CNL, je me suis install&#233; pour un an &#224; Marseille, et je me suis lanc&#233; &#224; l'assaut de mon deuxi&#232;me livre. C'est un gros pav&#233; manuscrit que j'ai toujours ici dans ma valise noire, il contient en germe un paquet des livres &#233;crits plus tard mais je ne le sais pas. En mai 1984 je l'envoie &#224; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article495' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Lindon&lt;/a&gt;, je ne sais pas du tout, &#224; l'&#233;poque, qu'un de ses rituels (&#224; Echenoz, &#224; Marie NDiaye et d'autres) c'est le refus syst&#233;matique du 2&#232;me manuscrit. Ce gros manuscrit (350 pages) commence par un prologue d'une quarantaine de pages, une s&#233;quence d'enterrement d&#233;calqu&#233;e directement de celui de Y., mais projet&#233;e &#8211; &#224; ma propre surprise &#8211; sur un paysage qui est pour moi seulement onirique : le d&#233;cor du village d'enfance. En m&#234;me temps, j'ai obtenu un s&#233;jour d'un an &#224; la Villa M&#233;dicis, je ne suis pas press&#233;. Mon deuxi&#232;me livre, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Limite&lt;/a&gt; (l&#224; sur le site en version num&#233;rique comment&#233;e 2014), s'&#233;crit &#224; Rome au printemps 85. Si je n'ai pas gard&#233; de version dactylographi&#233;e, toutes d&#233;truites &#224; la publication du livre, souvenir tr&#232;s clair d'avoir r&#233;&#233;crit, juste avant de quitter Rome, une nouvelle version de &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt;, cette fois consid&#233;r&#233; comme bref texte autonome. Ce qui m'accroche &#224; ce texte ce sont deux &#233;l&#233;ments : 1, cette transposition dans un d&#233;cor que je n'ai pas revu depuis des ann&#233;es et des ann&#233;es, sinon en r&#234;ve, 2, la construction en fugue de 3 temps r&#233;f&#233;rentiels parall&#232;les, la travers&#233;e lin&#233;aire du village donnant le principe organisateur. Souvenir que ce prologue au gros manuscrit s'est &#233;crit tr&#232;s vite, mais tout &#224; la fin, une fois le reste du livre termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En 1986 il y a &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3932' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le crime de Buzon&lt;/a&gt; o&#249;, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, je convoque, mais sans y retourner, ce paysage d'enfance pour en faire l'appui souterrain d'un texte construit par monologues (l'importance pour moi &#224; l'&#233;poque de Faulkner et, toujours, la trag&#233;die grecque), puis l'ann&#233;e Bobigny suivie d'une ann&#233;e &#224; Berlin (bourse du Berliner K&#252;nstlerprogramm), o&#249; je r&#233;dige &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;cor ciment&lt;/a&gt;. Et nouvelle s&#233;quence identique : &#224; peine le manuscrit termin&#233; et envoy&#233; &#224; Minuit, je reprends ce que je nomme maintenant &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt; et en fait une nouvelle dactylographie, le texte grimpe &#224; 80 ou 90 pages, pour moi c'est clairement &lt;i&gt;un livre&lt;/i&gt;. Puis je soumets ce manuscrit en lecture &#224; J&#233;r&#244;me Lindon, dont j'ai encore la voix en t&#234;te lorsqu'il me dit : &lt;i&gt;Ce n'est pas un roman&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Est-ce que c'est un roman ou pas ? Ce n'est facile pour aucun des auteurs Minuit. Jean Echenoz n'a jamais &#233;crit le mot &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt; sur ses livres, mais ne s'est jamais oppos&#233; &#224; ce que la mention soit rajout&#233;e par l'&#233;diteur, alors que Kolt&#232;s, pour sa part, a impos&#233; &#224; Minuit le retrait de toute mention de genre. Qu'est-ce qui d&#233;finit un roman ? C'est la p&#233;riode o&#249; je commence &#224; ouvrir cette bo&#238;te en grand. Je le r&#233;p&#232;te comme une scie, mais ni &lt;i&gt;Le rouge et le noir&lt;/i&gt; (&#171; moeurs &#187;) ni &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; (&#171; moeurs de province &#187;) ne se r&#233;clament du roman, pareil qu'aucun titre de la &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt;. Oui s'efforce &#224; une illusion : ce qui est affirm&#233; par le texte se fonde sur un &#233;v&#233;nement r&#233;el suppos&#233; lui avoir pr&#233;-exist&#233;. Mais depuis &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; c'est une loi banale. Pour le reste : les personnages r&#233;els sont-ils &#233;voqu&#233;s dans le livre ? Non, aucun, sinon l'initiale &lt;i&gt;Y.&lt;/i&gt; tout &#224; la fin. Le lieu convoqu&#233; correspond-il &#224; la sc&#232;ne r&#233;f&#233;rentielle r&#233;elle ? Non, puisque je ne connais rien &#224; la Beauce, et qu'il s'agit d'une Vend&#233;e reconstitu&#233;e abstraitement depuis le souvenir d'enfance. Les dialogues partent-ils d'un travail de documentation ou de samplig oral ? Non, puisqu'un des jeux textuels, depuis la premi&#232;re r&#233;daction de ce r&#233;cit, c'est de m'&#234;tre servi de toutes les sc&#232;nes d'enterrement que je connaissais dans les livres (lettres de Flaubert, contes de Maupassant, &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; de Joyce, lettres de Van Gogh, &lt;i&gt;Karamazov&lt;/i&gt; et d'autres). Ces deux ann&#233;es-l&#224; nous vivons &#224; Angles, en Vend&#233;e, c'est le moment o&#249; je me mets s&#233;rieusement &#224; Rabelais (travail amorc&#233; &#224; Berlin), je r&#233;&#233;cris &#224; nouveau, dactylographie compl&#232;te depuis le d&#233;but, mon &lt;i&gt;Enterrement&lt;/i&gt;. Souvenir d'avoir essay&#233; une version avec chapitres s&#233;par&#233;s, en suivant l'ordre chronologique du temps r&#233;f&#233;rentiel : lev&#233;e de corps, convoi, &#233;glise, cimeti&#232;re, repas mortuaire. Et que cette version, qui me permet de passer &#224; une autre &#233;chelle, 120 pages environ, s'est aussi consid&#233;rablement compacifi&#233;e d'une part avec la confrontation directe au paysage vend&#233;en (le village Champ Saint-P&#232;re, &#224; quelques kilom&#232;tres d'Angles, existe r&#233;ellement), &#224; mon histoire familiale (les rituels d'alcool, &#171; jeu du tonneau &#187;, ou les suicides dans le puits me viennent directement de mon p&#232;re) ou quasi familiale (la d&#233;couverte de la proximit&#233; de mes grands-paents maternels de Damvix avec les Chaissac de Vix, la d&#233;couverte de comment les lettres de &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article706' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chaissac&lt;/a&gt; sont une sorte de r&#233;plique &#233;crite d'une histoire familiale qui n'a jamais &#233;t&#233; inscrite). Mais cette version ne tient pas, retour &#224; la version en trois temps lin&#233;aires superpos&#233;s et altern&#233;s, c'est cette version que j'envoie obstin&#233;ment &#8211; c'est la troisi&#232;me fois &#8211; &#224; J&#233;r&#244;me Lindon, et l&#224; cette phrase dont je me souviendrai toujours aussi : &lt;i&gt;Je serais vous, j'arr&#234;terais d'&#233;crire&lt;/i&gt;. En fait, je ne l'ai pas &#233;cout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 7 bis |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce laps de temps aussi que dispara&#238;t un autre proche, plus que proche. Dans nos ann&#233;es d'Angers, 74-76, on &#233;tait en coloc dans un esp&#232;ce de galetas de la Doutre (ce sera le d&#233;cor et l'enjeu de &lt;i&gt;Un fait divers&lt;/i&gt;, Minuit 1994, et ma principale raison de l'&#233;crire). Bl&#233;dine (son surnom) &#233;tait bien plus avanc&#233; que moi dans la lecture, la po&#233;sie (il r&#233;citait Rimbaud par coeur), la musique (il m'introduit &#224; Bach et d'autres), mais aussi les maths et la physique (sans travailler, il &#233;tait plus que brillant dans cette &#233;cole o&#249; je m'enfon&#231;ais). Cette impression tr&#232;s bizarre pour soi-m&#234;me de &lt;i&gt;retard &#224; l'allumage&lt;/i&gt;, comme on disait dans la m&#233;canique. Chrysalide lente. Mais pourquoi lui, qui br&#251;lait tout, n'a pu le concr&#233;tiser dans aucune de ces disciplines (circularit&#233;, il fera un DEA d'acoustique &#224; partir des travaux de Ricardo), je me rends pas &#224; son enterrement, mais c'est &lt;i&gt;dans la Beauce&lt;/i&gt;. Si rien de la vie de Bl&#233;dine &#8211; ce qu'en ai su par nos rencontres de plus en plus &#233;pisodiques, mais ce qu'on en avait partag&#233; dans ces ann&#233;es bizarres &#8211; n'a chang&#233; ou ajout&#233; un seul mot &#224; cette nouvelle version de &lt;i&gt;L'Enterrement&lt;/i&gt;, &#233;crite dans le choc de son suicide, je crois que j'ai enti&#232;rement &#233;crit le livre avec autour de mon cou la m&#234;me corde qui avait bris&#233; le sien. Et dans les phrases c'est juste la conqu&#234;te peut-&#234;tre d'une transparence, mais une transparence sur ab&#238;me, et je ne le savais pas ant&#233;rieurement &#8211; du moins je ne le savais pas &lt;i&gt;dans mes mains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Je connais &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article609' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Michon&lt;/a&gt; depuis qu'un libraire en 1984 m'a mis &lt;i&gt;Les vies minuscules&lt;/i&gt; dans les paluches, en me disant de revenir le lendemain soit rendre le livre, soit le lui payer, c'est lui qui me parle de Verdier o&#249; il vient de publier sa &lt;i&gt;Vie de Joseph Roulin&lt;/i&gt; apr&#232;s que Gallimard lui ait signifi&#233; qu'il ne publierait plus rien chez eux (les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; sont devenues quasiment introuvables, resteront plus de 2 ans indisponibles avant retirage). Quitter Minuit c'est presque un adult&#232;re (mais Marie NDiaye, Volodine, Rouaud, Deville et d'autres prendront le m&#234;me chemin quasiment en m&#234;me temps), c'est irrationnel : je suis trop attach&#233; &#224; ce texte &#8211; ou plus exactement : le texte &#224; certain moment exige de se d&#233;tacher de vous par la publication, &lt;i&gt;L'Enterrement&lt;/i&gt; sort en 1991 chez Verdier, quasiment sans corrections par rapport &#224; mon manuscrit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En 1994 ce sera mon premier livre paru en poche, il est toujours disponible chez Folio o&#249; il a para&#238;t-il &#233;t&#233; retir&#233; 2 fois (par contre les droits num&#233;riques m'appartiennent, d'o&#249; la version num&#233;rique r&#233;vis&#233;e propos&#233;e ci-dessus). Je crois que je re&#231;ois pour cela une somme respectable, 11 000 francs (ce serait 2 000 euros), c'est juste que je ne sais pas qu'une fois ces droits accord&#233;s on n'a plus jamais aucun compte d'exploitation ni droits suppl&#233;mentaires &#8211; le poche ce n'est pas une affaire pour l'auteur, sinon (et &#231;a compte) de disposer d'un lien actif avec les lyc&#233;es par exemple. Et ce n'est pas seulement Folio, pareil pour leurs concurrents (en poche aussi &lt;i&gt;Daewoo&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Stones&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Dylan&lt;/i&gt; et plus r&#233;cemment &lt;i&gt;Autobiographie des objets&lt;/i&gt; mais avec le Seuil autre approche).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'histoire va se prolonger de fa&#231;on tr&#232;s dense avec les Verdier pendant plusieurs ann&#233;es, &lt;i&gt;Prison&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Paysage Fer&lt;/i&gt; sont ma r&#233;ponse &#224; cette question du genre et de l'&#233;criture &lt;i&gt;non-roman&lt;/i&gt;. C'est aussi un voisinage accentu&#233; avec deux proches qui me rejoignent chez Verdier, Bergou et Daeninckx. Et puis l'histoire se refait, je parle &#224; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article1900' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bobillier&lt;/a&gt; de mon projet sur les Stones, et r&#233;ponse s&#232;che : &lt;i&gt;C'est une id&#233;e de petit bourgeois&lt;/i&gt;, et l&#224; encore bizarrement c'est Michon qui sauve la mise, il vient de signer pour un recueil d'entretiens chez Fayard (un deuxi&#232;me sort d'ailleurs cette ann&#233;e), et il me met en contact avec Olivier B&#233;tourn&#233;, la conversation sera nettement plus simple : &lt;i&gt;Mais &#231;a risque de faire un bouquin de 1000 pages... &#8211; Eh bien &#233;crivez 1000 pages...&lt;/i&gt;. Triste codicille l'an pass&#233; avec Verdier, j'&#233;tais vraiment heureux, fraternellement et symboliquement, de voir para&#238;tre &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3432' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Fictions du corps&lt;/a&gt; dans la collec jaune, la date de parution &#233;tait fix&#233;e, le travail commenc&#233;, quand ils se sont braqu&#233;s sur la pr&#233;sence du texte ici sur le site : &lt;i&gt;Tu ne te rends pas compte du mal que tu fais &#224; la profession&lt;/i&gt;. Sic. M&#234;me plus la peine de discuter, je pr&#233;f&#232;re mon site (le livre para&#238;tra quand m&#234;me l'an prochain, mais dans L'Atelier Contemporain de Fran&#231;ois-Marie Deyrolle, avec des dessins de Philippe Cogn&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 11 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ainsi va l'histoire compliqu&#233;e de chaque livre, comment &#231;a vous poursuit et comment on y a chemin&#233; &#224; t&#226;tons. Depuis 1991, il y a r&#233;guli&#232;rement des visiteurs qui s'arr&#234;tent &#224; l'&#233;glise de Champ Saint-P&#232;re, et s'enqui&#232;rent d'o&#249; est la fresque de Chaissac. Peut-&#234;tre bien que toute la question du roman est l&#224;, justement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 11 bis |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Codicille il y a 2 ans : un gougnaffier de ma&#231;on provoque par erreur une fissure dans le monument familial, &#224; Saint-Michel en l'Herm, qu'avait &#233;rig&#233; pour son propre fr&#232;re (qui a tra&#238;n&#233; de 1917 &#224; 1937 une mauvaise gu&#233;rison des plaies de la guerre) mon arri&#232;re-grand-p&#232;re tailleur de pierre et o&#249; il fut enterr&#233; lui-m&#234;me. Une grossi&#232;re ligne de ciment d&#233;sormais en travers. Pour abriter un cousin qui a demand&#233; &#224; &#234;tre enterr&#233; l&#224;, on signe le formulaire de &lt;i&gt;r&#233;duction en poussi&#232;re&lt;/i&gt; des restes qui s'y abritent, la place est faite. Peut-&#234;tre c'est l'expression qui convient aussi pour un livre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;|&lt;strong&gt; 12 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Souvenir de cette notation de Walter Benjamin, que je serais bien incapable de retrouver : &#171; Et si le suicide &lt;i&gt;non plus&lt;/i&gt; n'en valait pas la peine ? &#187; Ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; lui, d'ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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