<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?id_rubrique=153&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>creative writing et Fran&#231;ais Langue &#201;trang&#232;re</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4387</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4387</guid>
		<dc:date>2022-01-04T17:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;l'atelier d'&#233;criture court-circuit entre langue et litt&#233;rature pour les apprenants&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4387.jpg?1486573995' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4387.jpg?1486574001&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Cette ann&#233;e, pour la 3&#232;me fois cons&#233;cutive, Fabienne Dumontet, du d&#233;partement Fran&#231;ais Langue &#201;trang&#232;re de l'ENS Lyon, m'a invit&#233; &#224; proposer une session d'&#233;criture, sous la forme de 2 x 2 jours, en apr&#232;s-midi et soir&#233;e le vendredi, et le samedi &#224; suivre &#8211; pour ne pas impacter les cours &#8211; avec des &#233;tudiants venus &#224; Lyon en Erasmus ou pour leur master ou th&#232;se.
&lt;p&gt;L'originalit&#233; : dans la petite salle o&#249; nous nous retrouvons, se croisent des &#233;tudiants de l'ENS, litt&#233;raires, philosophes, sociologues ou scientifiques, mais aussi des &#233;tudiants de Centrale (&#233;cole d'ing&#233;nieur, recherches physiques) et d'autres du CNSM, le Conservatoire nationale sup&#233;rieur de musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi : &#224; ces &#233;tudiants en pleine cr&#234;te de d&#233;couverte intellectuelle, dans un moment charni&#232;re de leurs d&#233;couvertes et apprentissages, entra&#238;ner &#224; la ma&#238;trise &#233;crite du fran&#231;ais, avec des outils d'&#233;criture qui permettent un dialogue int&#233;rieur avec sa propre langue, sa propre int&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien ce qui me fascine depuis toujours dans ces outils du &lt;i&gt;faire &#233;crire&lt;/i&gt;, comme une fois par an aussi avec les &lt;i&gt;undergraduates&lt;/i&gt; de Philadelphie (merci Philippe Met et M&#233;lanie Peron, de la Penn) en immersion &#224; Tours, ou l'an pass&#233; lors de la semaine pass&#233;e &#224; la Johns Hopkins de Baltimore (merci Derek Schilling et Wilda Anderson, h&#226;te qu'on recommence !), mais sans se leurrer : si en France on commence &#224; repousser les barri&#232;res symboliques autour du &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; elles restent encore largement de mise dans ces bastions lents que sont les universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e (merci Fabienne Dumontet et son &#233;quipe), nous avons eu la chance de pouvoir rassembler et pr&#233;senter l'exp&#233;rience lyonnaise dans une petite plaquette imprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux bons soins d'un jeune graphiste et photographe, &lt;a href=&#034;http://www.maximebersweiler.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Maxime Bersweiler&lt;/a&gt; (visitez imp&#233;rativement son site, et sp&#233;cial merci Maxime), je vous en propose ci-dessous la d&#233;couverte et le t&#233;l&#233;chargement. Je compl&#232;te par ma propre introduction.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6871 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/pdf/brochure_fle_-_ens_2017.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772396308' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;lire ou t&#233;l&#233;charger la brochure compl&#232;te
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'emp&#234;che que je vais vous dire le secret, probablement le seul secret qui compte : dans le pacte que chaque atelier installe entre l'animateur, l'institution invitante, et les participants eux-m&#234;mes, la seule chose claire &#224; exprimer c'est ce que soi-m&#234;me on en tire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, de mon c&#244;t&#233;, ces 2 fois 2 jours, 3 ann&#233;es de suite, c'est la claque. D'abord, la confrontation des scientifiques de Centrale et des litt&#233;raires de l'ENS (et pas toujours li&#233; &#224; la dissym&#233;trie r&#233;ciproque gar&#231;ons filles). Mais de reconstituer dans une petite salle comme une image compl&#232;te de la plan&#232;te &#8211; ces 2 derni&#232;res ann&#233;es, comment &#231;a vous &#233;poustoufle la connaissance en po&#233;sie de leur pays des &#233;tudiantes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MAIS, c'est la premi&#232;re fois de ma vie, ces stages, o&#249; j'ai pu travailler avec des musiciens. Et, ce vent tout artiste et exigeant qu'ils installent, la pr&#233;gnance du corps, du rythme et du souffle, comme &#231;a fait du bien &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'abord redire le plaisir que j'ai eu &#224; prendre en charge ces trois sessions de stage pour &#233;tudiants non francophones, comment ils d&#233;calent mon propre regard sur la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu, ou le d&#233;fi : &#224; condition de d&#233;finir un territoire esth&#233;tique ou formel suffisamment pr&#233;cis, la ma&#238;trise de la langue peut devenir seconde par rapport &#224; l'affirmation et l'expression personnelle quant aux questions &#233;voqu&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma t&#226;che : trouver des oeuvres et des points d'entr&#233;e suffisamment rep&#233;rables pour le permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; &#233;tudiants : ne pas &#234;tre en situation d'un &#171; exercice &#187;, mais en situation d'un acte artistique v&#233;ritable, qui suppose 1, un large temps de pratique individuelle de l'&#233;criture durant le stage, 2, une place pour chacun dans la lecture collective et la voix haute, 3, une structuration et ouvertures sur la cr&#233;ation contemporaine, litt&#233;rature fran&#231;aise bien entendu, mais d&#233;bordant sur pratiques visuelles ou sonores, ou rapport de l'&#233;criture au monde actuel (la ville, le corps par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon c&#244;t&#233;, un vrai remerciement parce que ce domaine est encore neuf, il faut se mettre ensemble pour structurer les outils, les th&#233;sauriser, faire circuler les exp&#233;riences. Ainsi, r&#233;cemment &#224; la Johns Hopkins de Baltimore pour un workshop similaire, et l&#224; revenant d'un m&#234;me type de workshop &#224; l'universit&#233; Waseda de Tokyo, j'ai recoup&#233; plusieurs fois les m&#234;mes pistes : comment les constituer en outils, et les rendre transmissibles ? Il me semble qu'il y a une vraie demande de comment int&#233;grer l'&#233;criture narrative et po&#233;tique comme pratique dans l'enseignement du FLE, et non pas seulement exercices d'application, et qu'une structure comme celle mise en place &#224; Lyon pourrait y prendre un r&#244;le d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour la premi&#232;re session de l'an dernier, l'&#233;tonnement &#224; ces stages d'avoir devant soi comme une carte du monde, mais surtout &#8211; c'est une premi&#232;re je crois &#8211; dans cette crois&#233;e transversale des disciplines. C'&#233;tait flagrant avec les trois composantes &#224; peu pr&#232;s &#233;galement repr&#233;sent&#233;es lors du premier stage (ENS, Centrale, CNSM), un peu d&#233;cal&#233; la deuxi&#232;me ann&#233;e ann&#233;e (ENS lettres ET sciences, CNSM, VetAgro), et plus orient&#233; artistiquement &#224; notre troisi&#232;me rendez-vous, dans la belle confrontation entre jeunes &#233;tudiants-chercheurs de l'ENS, scientifiques de Centrale et artistes musiciens du CNSM.&lt;br class='autobr' /&gt;
Point extraordinaire pour moi : la pr&#233;sence de scientifiques, Centrale ou ENS, qui d&#233;ploie le champ des interrogations, du rapport conceptuel au monde et c'est formidable, tellement trop rare. L'autre appui formidable : les &#233;tudiants CNSM ont &#233;videmment une r&#233;flexion corporelle (tenue, souffle, &#233;nergie) qui s'empare naturellement des questions de po&#233;tique. Le sens rythmique de ces &#233;tudiants passe bien avant la ma&#238;trise de la langue dans les textes produits, et l'&#233;change rejaillit sur tout le groupe. Je r&#234;ve un jour de proposer dans un lieu comme le CNSM un studio d'&#233;criture du type de celui que je m&#232;ne dans ma propre &#233;cole (&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'arts de Paris-Cergy, avec fort p&#244;le photo et film, arts visuels et performance, mais o&#249; de nombreux &#233;tudiants ont aussi des pratiques musicales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble important aussi de noter qu'il ne saurait y avoir d'un c&#244;t&#233; l'atelier artistique, de l'autre l'approche didactique du fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re. Les probl&#232;mes de phon&#233;tique de la langue parl&#233;e, la prise en compte des avanc&#233;es de l'atelier pour la p&#233;dagogie, ne peuvent &#234;tre le seul fait de l'intervenant artistique. Les s&#233;ances qui ont &#233;t&#233; anim&#233;es de fa&#231;on conjointe le prouvent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres r&#233;flexions, principalement &#224; partir du deuxi&#232;me stage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se retrouver le vendredi en fin de journ&#233;e donne une couleur particuli&#232;re au stage. La premi&#232;re session, on fait connaissance et la longue journ&#233;e du samedi est tout de suite sur les rails. La semaine suivante, on se retrouvait comme de vieux amis, et la pr&#233;sence de la nuit dans l'&#233;cole vide a color&#233; l'imaginaire et les textes. Il reste n&#233;anmoins que ce stage reste une proposition ponctuelle, qu'on termine en plein &#233;lan, avec de vraies promesses d'&#233;criture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il y a une nette dichotomie dans la composition du groupe, qui d'ailleurs traverse &#224; &#233;galit&#233; les &#233;coles, entre celles/ceux en qu&#234;te de pratique litt&#233;raire, et celles/ceux en qu&#234;te d'apprentissages linguistiques. Mes exercices peuvent se pr&#234;ter au grand &#233;cart, mais jusqu'&#224; un certain point. La demande litt&#233;raire porte souvent sur la litt&#233;rature nationale des &#233;tudiants (je pense au noyau germanophone, Centrale et ENS, de l'an dernier, ou &#224; fort et si dynamique noyau russophone de cette ann&#233;e, qui nous a emmen&#233;s dans des discussions sur Mandelstam, Harms...) autant que sur des pistes contemporaines francophones, et cela vaut, j'y insiste, autant pour les scientifiques ou musiciens que pour le noyau &#171; litt&#233;raire &#187; de l'ENS, toujours au plus haut niveau. Quel bonheur et quel trouble de voir se demander par un math&#233;maticien aux textes &#233;tonnants et passionnants : &#171; Comment &#231;a s'&#233;crit, Kafka, monsieur ? &#187;, dit cet &#233;tudiant de Centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; corollaire du pr&#233;c&#233;dent : ces deux &#233;tudiantes roumaines en vraie difficult&#233; linguistique, en Erasmus &#224; VetAgro, et avec lesquelles nous n'avons pu &#233;changer qu'en anglais. Elles sont en pratique chirurgicale du matin au soir : &#171; and animals don't speak &#187;. Les propositions que je serais amen&#233; &#224; faire pour &#233;tudiants en seule demande linguistique seraient diff&#233;rentes, en tout cas ne peuvent pas s'appliquer &#224; un groupe dont 1/3 ou la moiti&#233; viennent l&#224; parce qu'ils ont, dans leur langue, une pratique litt&#233;raire de cr&#233;ation, recherche, expression narrative ou po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et corollaire au corollaire : quel bonheur pour l'animateur, au bout de trois ans, de garder relations (mail ou r&#233;seau) avec une petite poign&#233;e d'&#233;tudiants de chaque session, en quelque point du monde qu'ils soient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#233;crivain, mais aussi en tant qu'enseignant l'&#233;criture cr&#233;ative (enjeu consid&#233;rable, en &#233;cole d'arts comme dans les jeunes masters de cr&#233;ation litt&#233;raire), je termine en rappelant la non-banalit&#233; absolue de ces rencontres. Personnalit&#233;s extraordinaires, grande finesse, magnifique implication de travail, et les textes qui en r&#233;sultent ne sont pas des textes d'apprenants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel myst&#232;re nous ouvre dans la cit&#233; cette jeune organiste souabe &#233;crivant ses chemins dans Lyon pour aller retrouver par des escaliers d&#233;rob&#233;s, connus des musiciens seuls, les orgues des &#233;glises au fond des vieux quartiers de la ville... Et comment cela nous rapprochait de E.T.A. Hoffmann, le lui faisait d&#233;couvrir en m&#234;me temps que nous l'&#233;tablissions, et toute la litt&#233;rature avec lui, comme fondation commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1994-2012, Apprendre l'invention, essais et articles</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3178</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3178</guid>
		<dc:date>2021-09-18T04:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>publie.net</dc:subject>
		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon, infos, actu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;l'ensemble de mes articles, interventions, conf&#233;rences et entretiens sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;publie.net&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot656" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon, infos, actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3178.jpg?1352734130' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;petit historique&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai anim&#233; un atelier d'&#233;criture, c'&#233;tait en 1982, avec G&#233;rard Noiret, &#224; Bezons, lors d'un stage de jeunes &#171; en insertion &#187;, et nous ne savions ni l'un ni l'autre que &#231;a s'appelait ainsi. Puis plus s&#233;rieusement &#224; partir de 1991, long compagnonnage avec Henriette Zoughebi, qui dirigeait le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, puis avec la conseill&#232;re livre &#224; la DRAC Languedoc/Roussillon, Nadine Etch&#233;to, lancement de la Boutique d'&#233;criture de Montpellier-La Paillade, enfin autre cycle qui commencerait avec les stages d'enseignant, &#224; Tramelan en Suisse le premier, &#224; Murs en Bretagne le suivant, avant 10 ans de travail commun sur ces probl&#233;matiques avec Patrick Souchon. J'ai pu, dans ce parcours, travailler dans le mon de p&#233;nitentiaire (&lt;i&gt;Prison&lt;/i&gt;, 1998), avec les sans-abris (&#224; Nancy, avec Charles Tordjman et J&#233;r&#244;me Schlomoff), j'ai eu la chance de 2 ans d'atelier tr&#232;s riche aux Beaux-Arts Paris avant que la direction ferme le robinet, d'autres stages avec les N Sup rue d'Ulm via Fran&#231;oise Zamour, un stage tr&#232;s dense au Conservatoire national d'art dramatique de Paris &#8211; et je crois que j'ai toujours la m&#234;me envie, la m&#234;me curiosit&#233; &#224; ce qui sort, surtout &#224; mesure qu'on prend de la bouteille et qu'on sait mieux le faire sortir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;320 pages, 28 articles, entretiens, conf&#233;rences, interventions portant sur les ateliers, le pourquoi et le comment. C'est pour moi le compl&#233;ment n&#233;cessaire aux exercices autrefois rassembl&#233;s dans &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes, m&#233;thode pour l'atelier d'&#233;criture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous un des entretiens repris dans le livre propos&#233; de 2008 &#224; 2013 sur publie.net, d&#233;sormais disponible dans l'espace d'archives des &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/francoisbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;abonn&#233;s Patreon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/IJYlgxzISmQ&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;archive : en 2002, avec Cathie Barreau, alors responsable de la Maison Gueffier &#224; La Roche-sur-Yon, nous &#233;changeons &#224; Rennes sur les ateliers d'&#233;criture, dans le cadre du service de ressources en ligne de l'universit&#233; &#8211; r&#233;alisation Alain Penven&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2004 | Ouvrir les zones d'intensit&#233;&lt;br&gt;
Entretien avec Clara Dupont-Monod, pour le Magazine litt&#233;raire.&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On dit que les ateliers d'&#233;criture servent &#224; apprendre &#224; &#233;crire des livres. Personnellement, je pense que cette remarque est une connerie. Et vous ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Je dirais qu'on &#233;crit plut&#244;t pour apprendre le monde. On a tous d&#233;j&#224; affaire au langage, m&#234;me les plus petits gosses. On sait d&#233;j&#224; aussi que l'exp&#233;rience du langage, son exercice autor&#233;flexif, solitaire, c'est l'univers de l'&#233;crit et pas celui de la parole. C'est un a priori d&#233;j&#224; formidable, parce que c'est cela qu'on met en mouvement, donc depuis une n&#233;cessit&#233; d&#233;j&#224; &#233;tablie pour celui avec qui nous travaillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, auteurs, le livre n'est qu'un &#233;l&#233;ment de ce qui nous lie &#224; la litt&#233;rature. Il y a la passion qu'on &#224; a lire, et &#224; vouloir transmettre ce qui compte de nos lectures. Il y a l'engagement avec les mots, qui passe par la lecture &#224; voix haute, ou les mots qui accompagnent l'image, voire la musique. Quand on installe un atelier d'&#233;criture, c'est la totalit&#233; de cette cha&#238;ne qu'on met en mouvement. Autre regard sur les livres, circulation des livres, autre perception des mots, et la place qu'on leur donne l&#224; o&#249; on vit ou travaille. Et au bout du compte, oui, l'&#233;nigme du monde, qu'on a remis en travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe de la litt&#233;rature, c'est que les plus grands novateurs surgissent toujours de lieux impr&#233;visibles, voire improbables. D'un &#233;cart avec la norme. Transmettre cette norme ne produit pas qu'on va reconduire la litt&#233;rature. Dans la boule compacte et irrationnelle qu'est l'instant de l'&#233;criture, par contre, interviennent simultan&#233;ment tout un ensemble de param&#232;tres. Il me semble que mon r&#244;le c'est d'isoler et faire travailler un par un ces param&#232;tres. Alors, quand on se retrouvera seul, peut-&#234;tre que la relation sauvage et irrationnelle &#224; l'&#233;criture sera plus compl&#232;te, plus ambitieuse, mieux capable d'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les gens font souvent r&#233;f&#233;rence aux ateliers am&#233;ricains, mais je crois que c'est diff&#233;rent, non ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Il y a deux textes magnifiques de Raymond Carver &#224; ce propos, dans &lt;i&gt;Feux&lt;/i&gt;. Dans le premier texte, il raconte comment il a assist&#233; &#224; son premier atelier de creative writing, dans le second texte il raconte la premi&#232;re fois qu'il a lui-m&#234;me donn&#233; un cours de creative writing. Le principe am&#233;ricain est fixe : on arrive avec un germe, une br&#232;ve &#233;bauche de narration, et on r&#233;&#233;crit et retravaille jusqu'&#224; obtenir une &lt;i&gt;short story&lt;/i&gt; publiable. C'est qu'aux USA la nouvelle accueillie dans un magazine, historiquement, est le moyen de vivre principal des &#233;crivains, leur mani&#232;re sociale d'&#234;tre &#233;crivain. Ce n'est pas le cas chez nous, et la nouvelle est un art consid&#233;rablement exigeant. Je pr&#233;f&#232;re proposer un balayage de cette cha&#238;ne, entre mental et r&#233;el, par quoi l'&#233;criture cristallise dans des formes et des genres. Dans un groupe de quinze personnes, l'une &#233;crira long et de fa&#231;on narrative, l'autre ira vers des modes po&#233;tiques, une aura des formes dialogu&#233;es et une autre pas. Je consid&#232;re que ma t&#226;che est de les mettre chacun en relation avec les auteurs majeurs qui ont &#233;t&#233; dans cette direction formelle, apprendre &#224; chacun &#224; reconna&#238;tre sa singularit&#233;. Ceci dit, point commun avec le creative writing : pour apprendre la philosophie, on l'exerce. Pour transmettre la litt&#233;rature, je consid&#232;re n&#233;cessaire le fait de pratiquer, d'exercer la litt&#233;rature. Aux USA, on l'accepte dans les facs. En France, on a r&#233;cemment retir&#233; la litt&#233;rature de la liste des disciplines artistiques. Eh bien non.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faut-il avoir &#233;crit un livre pour animer un atelier d'&#233;criture ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Ce qui est obligatoire, c'est la mise en relation de ce qu'on propose avec la litt&#233;rature. &#192; la fois dans l'espace de la proposition, donc pourquoi c'est ce territoire et cette forme qu'on veut explorer lors de cette s&#233;ance. Savoir qu'un homme ou une femme ont pu consacrer leur vie &#224; cette part tr&#232;s pr&#233;cise de l'exploration, et qui &#233;taient, si on les cite, Nathalie Sarraute ou Georges Perec. Et &#224; la fois, c'est le plus passionnant de mon c&#244;t&#233;, dans la mise en relation qu'on &#233;tablit, entre le texte qu'on accueille et les recherches contemporaines de la litt&#233;rature. Sinon, un atelier, c'est jobard, et malheureusement il y en a. Mais pour &#233;tablir cette relation, pas besoin d'&#234;tre &#171; &#233;crivain &#187;. Dans des tas d'endroits o&#249; j'ai travaill&#233;, les personnes avec lesquelles j'intervenais ont continu&#233;, seules, d'animer des ateliers. Et c'est un enjeu consid&#233;rable : on peut et on doit former &#224; l'utilisation de l'&#233;criture cr&#233;ative. Parce que ce sont des techniques sp&#233;cifiques, une biblioth&#232;que sp&#233;cifique. C'est ce que j'ai fait toute cette ann&#233;e avec des enseignants de l'acad&#233;mie de Versailles ou des formateurs d'IUFM : comment travailler avec la litt&#233;rature, comment inventer avec l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez travaill&#233;, il me semble, avec pas mal d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233;. C'est idiot, mais on peut se demander : que leur apporte un atelier d'&#233;criture ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
C'est la question sempiternelle qu'on nous pose : &#224; quoi &#231;a leur sert ? Je dis d'abord que l'atelier &#231;a me sert &#224; moi. Si j'ai voulu, &#224; tel moment de ma vie, travailler avec de jeunes d&#233;tenus ou des sans-abri, c'est parce que, moi, je souhaitais me rendre dans une relation du langage au monde que je ne pouvais atteindre seul, et qui m'enseignait sur mon propre rapport &#224; la ville, ou au temps, ou au corps. Si eux per&#231;oivent ce que je viens chercher, ils &#233;tabliront d'eux-m&#234;mes ce que de leur c&#244;t&#233; ils ont &#224; en retirer. Les enseignants, les &#233;ducateurs savent ce qu'eux peuvent retirer, dans leur travail &#173;quotidien, de l'aventure qu'est un atelier d'&#233;criture, de ce qu'on r&#233;alise ensemble &#224; son terme. Mais si, de mon c&#244;t&#233;, je d&#233;clarais venir pour &#231;a, je serais le dernier des pr&#233;tentieux. On intervient dans une classe parce qu'une relation de confiance est d&#233;j&#224; install&#233;e. On est un facteur de risque, de d&#233;stabilisation, et non pas un intervenant social, ou un r&#233;parateur de robinetterie humaine. J'ai travaill&#233; aussi avec des scientifiques, ou des acteurs de th&#233;&#226;tre, ou des &#233;tudiants en Beaux-Arts : le langage, qui nous rassemble, est un atelier collectif, un immense chantier dans un univers, qu'il s'agisse de la ville, de nos relations &#224; la m&#233;moire, au temps ou &#224; l'espace, profond&#233;ment en rupture. Travailler avec ceux qui sont dans le c&#339;ur de cette rupture nous aide, nous, &#224; d&#233;pister les zones d'intensit&#233;, les zones urgentes &#224; investir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/invention2.jpg?1349362957' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#233;crire en &#233;cole d'arts : d&#233;placements, fulgurations, r&#233;sistances</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4247</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4247</guid>
		<dc:date>2018-07-08T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;colloque &#171; Recherche &amp; cr&#233;ation itt&#233;raire &#187;, Cergy, 16/17 novembre 2015&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4247.jpg?1447666627' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4247.jpg?1447666632&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Dans le cadre du &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4237' class=&#034;spip_in&#034;&gt;colloque &#171; Recherche &amp; cr&#233;ation litt&#233;raire &#187;&lt;/a&gt;, ma propre intervention, l'occasion de revenir sur une d&#233;marche amorc&#233;e depuis bien longtemps, mais toujours ouverte, et d&#233;sormais dans un contexte &#233;largi et transform&#233;....
&lt;p&gt;fb&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1870, Lautr&#233;amont : &#171; La po&#233;sie est faite par tous, non par un &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1993, Une du &lt;em&gt;Figaro litt&#233;raire&lt;/em&gt;, Michel Tournier : &#171; Pr&#233;tendent-ils faire de tout le monde des &#233;crivains ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si je prends comme crit&#232;re : personne que j'ai rencontr&#233;e ces 20 derni&#232;res ann&#233;es dans un stage ou atelier sans qu'elle ait encore publi&#233;, et qui d&#233;sormais publie chez un &#233;diteur commercial, j'en d&#233;nombre 14. Cette liste n'existe pas, pas m&#234;me dans mon ordinateur. Au contraire : &#224; repenser &#224; quelques-uns des noms, je me dis plut&#244;t que ce qui d&#233;finit quelqu'un qui poussera sa d&#233;marche jusqu'&#224; l'&#233;dition, c'est sa r&#233;ticence ou son incompatibilit&#233; avec l'atelier collectif. N'emp&#234;che que.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autre liste qui n'existe pas, et me touche plus : textes inou&#239;s, ahurissants, vertigineux ou lumineux, construits jusque dans l'abrupt, constitu&#233;s en atelier et que leur auteur n'a pas pouss&#233; jusqu'au statut de livre. Les livres qui n'ont pas exist&#233; peuvent peser lourd dans votre t&#234;te, dans votre d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;5&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on fait du texte des morts, quand on sait qu'ils n'existent plus que dans votre ordinateur. Ce vieux paradoxe, qui continue, que soit consid&#233;r&#233;e comme prouesse sociale d'avoir &#233;crit dans les franges dures d'un monde in&#233;gal, d'un monde qui exclut. Oui, j'y ai appris. Est-ce que j'apprends moins, parce que je travaille avec des &#233;tudiants en pleine accession &#224; leur devenir, que ce soit dans les sciences, l'&#233;conomie ou la sociologie, ou bien &#8211; ici m&#234;me en &#233;cole d'art &#8211; dans un d&#233;placement des franges de la repr&#233;sentation ? Reste qu'on n'en a jamais fini des cloisonnements.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;6&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire du pr&#233;c&#233;dent : ce qu'on enseigne, c'est quoi ? Il y a une histoire parall&#232;le des formes litt&#233;raires modernes et de la philosophie du sujet, et quand la philosophie du sujet n'est plus un syst&#232;me pertinent, les formes litt&#233;raires se cherchent dans le noir. Elles glissent d'une posture d'observateur projet&#233; (Balzac) &#224; une posture d'observateur impliqu&#233; (Proust) puis &#224; une posture d'acteur impliqu&#233; (Claude Simon) et d&#233;sormais &#224; une exp&#233;rience o&#249; le texte se constitue en m&#234;me temps qu'on en d&#233;place le contexte m&#234;me. Le saut hors d'une m&#233;diation culturelle du dire, c'&#233;tait le saut en dehors d'une &#233;nonciation domin&#233;e par sa posture d'observateur. C'est en termes de forme litt&#233;raire qu'elle s'appr&#233;hendait &#8211; Faulkner l'a invent&#233; en y projetant ses r&#233;cits, l'atelier nous l'apprend en nous y projetant nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;7&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous revendiquons pas d'un savoir objectif de la d&#233;marche, ni de l'atelier. C'est notre implication obscure dans notre &#233;criture m&#234;me &#8211; parce qu'obscure &#8211; que nous mettons en partage pour aller vers l'inconnu commun. Il ne s'agit pas d'unifier une m&#233;thode, mais de savoir &#8211; pour soi-m&#234;me &#8211; sur quelle logique on s'appuie pour rendre coh&#233;rent le cycle, le chemin, le terme, quand bien m&#234;me ce terme n'appelle pas &#224; p&#233;rennit&#233; ni d&#233;p&#244;t. Un atelier, c'est un parcours.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;8&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je peux tenter de formuler ce qui est pour moi m&#233;thode : m&#233;taphore, peut-&#234;tre plus facile en &#233;cole d'art, o&#249; ce vocabulaire est commun &#224; chacune des d&#233;marches, de l'intuition &#224; la forme, de la forme brute &#224; l'analyse historicis&#233;e et distanci&#233;e de sa propre singularit&#233;, enfin &#224; la conduite de cette forme vers un autre affrontement. Partir paradoxalement d'un axiome inverse : &#233;crire comme indivisible, &#233;crire comme boule malaxable, impr&#233;vue et dans son saut et dans ses formes. Mais, de ce &#171; compact &#187; (vieille expression de Maurice Roche), &#233;tirer artificiellement un par un des &#233;l&#233;ments univoques. Ce sont eux, un &#224; l'exclusion de tous les autres, dont on fait le territoire pr&#233;cis de la proposition. Mon travail serait l&#224; : avec assez de pr&#233;cision quant &#224; ce territoire, la prise d'&#233;criture n'est pas apprentissage amateur, elle est exercice litt&#233;raire de plein droit. Et la condition de ce travail de d&#233;finition : extraire de la biblioth&#232;que, la mienne, un auteur pour qui ce m&#234;me territoire n'&#233;tait pas un choix, mais les conditions arbitraires de son invention. Si pragmatique qu'elle puisse para&#238;tre, c'est la m&#233;thode qu'utilise Deleuze dans Image/temps et Image/mouvement pour conceptualiser le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;9&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire imm&#233;diat : le territoire des propositions est lui aussi un territoire. Disons que je dispose au bout de 20 ans d'une cinquantaine de propositions viables. Que chaque ann&#233;e je rajoute &#224; mon r&#233;pertoire 2 ou 4 propositions, mais pas plus. Que chaque proposition, pour que je l'utilise, doit &#234;tre utilis&#233;e une premi&#232;re fois dans des conditions favorables (atelier en ligne sur mon site, par exemple), pour qu'au bout de 3 ou 4 utilisations je puisse anticiper un minimum l'horizon des textes et des postures qu'elle d&#233;clenchera. Cet horizon sera toujours boulevers&#233; &#224; chaque s&#233;ance. Mais mon mode de pr&#233;sentation de la proposition d&#233;pend de cette r&#233;utilisation constante. Ainsi, comme mes copains violonistes ou violoncellistes avec leurs Bach, je peux r&#233;viser mes anciennes propositions comme les rejouer, les prendre sous un autre angle, les prendre de plus haut. Dans le refus de l'universit&#233; &#224; prendre nos pratiques au s&#233;rieux, ils auront perdu &#231;a : la possibilit&#233; de th&#233;sauriser ces acquis, les formuler du point de vue de la p&#233;dagogie&#8211; et c'est peut-&#234;tre ce qu'on amorce ensemble d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;10&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire 2, donc ce d&#233;fi : avec assez de pr&#233;cision quant &#224; ce territoire, que le saut dans l'&#233;criture soit d'embl&#233;e une r&#233;alisation non pas d'exercice mais d'accomplissement. Cette proposition, je peux la d&#233;cliner selon le public (ce n'est pas la m&#234;me chose que travailler avec des SciencesPo qu'avec des &#233;coles d'art, en coll&#232;ge qu'au lyc&#233;e professionnel), la prendre comme appui pour mieux diff&#233;rencier ma pr&#233;sentation, et surtout, pour constituer cet horizon aux textes, la n&#233;cessit&#233; d'en multiplier les locuteurs. Je ne place pas de hi&#233;rarchie dans le public de l'atelier : mais l'&#233;loignement de la m&#233;diation culturelle dans les repr&#233;sentations du monde c'est ce que je re&#231;ois de l'atelier, et que je ne peux atteindre sans lui. M&#234;me si je le pratique plus ponctuellement que &#231;a a &#233;t&#233; le cas il y a quelques ann&#233;es, le travail avec des publics emp&#234;ch&#233;s (prison), en difficult&#233; (illettrisme), ou sp&#233;cifiques (stages d'acteurs, &#233;cole d'architecte), c'est pour moi le travail de la proposition en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;11&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire au corollaire 2 : l'importance particuli&#232;re de ces techniques pour les &#233;tudiants non francophones &#8211; r&#233;cemment &#224; Lyon avec un groupe m&#234;lant &#233;tudiants &#233;trangers accueillis &#224; Centrale, Normale Sup et le Conservatoire de musique, et cette derni&#232;re semaine &#224; la Johns Hopkins de Baltimore : &#233;crire dans ces territoires, c'est entrer dans la langue sans la limitation due &#224; la non-ma&#238;trise. C'est bien que &#231;a commence &#224; se savoir &#8211; Beckett en serait un des derniers grands exemples, la langue fran&#231;aise s'est toujours renouvel&#233;e dans son noyau depuis son hors fronti&#232;res, et c'est d&#233;cisif pour nous-m&#234;mes trouver l'ext&#233;riorit&#233; qui permet le travail de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;12&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire 4 : se constitue donc autour du territoire des propositions (auquel je n'accorde pas de valeur absolue, &#224; chacun plut&#244;t de constituer le sien), une biblioth&#232;que qui n'est pas notre biblioth&#232;que de lecteur, ni notre biblioth&#232;que d'auteur, mais l'univers sp&#233;cifique des oeuvres qui permettent de faire &#233;crire. Pas forc&#233;ment li&#233; &#224; une puissance intrins&#232;que de l'oeuvre : je ne sais pas faire &#233;crire &#224; partir de Borges, et j'ai plusieurs propositions &#224; partir de Cort&#225;zar. Je ne con&#231;ois pas d'accompagner un &#233;tudiant sur un chemin personnel d'&#233;criture sans qu'il traverse Maurice Blanchot, et je n'ai jamais vraiment su utiliser Blanchot en atelier (Edmond Jab&#232;s, si). Beckett, difficile, Claude Simon ou Nathalie Sarraute : &#224; foison. Principe qu'il m'est arriv&#233; de tromper avec Rabelais, ou Rimbaud : mais cette tentative de court-circuit impose pour moi qu'elle passe par le contemporain. Les d&#233;marches que je pr&#233;sente, et quand bien m&#234;me Perec ou Kolt&#232;s ne sont plus parmi nous, j'essaye qu'elles am&#232;nent &#224; notre pr&#233;sent. Alors, oui, une &#233;trange porte parfois s'ouvre : &#233;crire devient l&#233;gitime, parce qu'aussi arbitraire pour soi-m&#234;me que cela l'&#233;tait pour celle ou celui qui a &#233;tabli la forme sur laquelle on s'appuie.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;13&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire au corollaire 4 : une justification par la transition. Utiliser une description de photographie ou un film imaginaire dans un r&#233;cit, c'est devenu pratique invisible parce que g&#233;n&#233;rale. S'engouffrer dans un objet, ou ne parler que de l'appel en nous du langage aussi. Mais lorsque &#231;a na&#238;t dans une oeuvre, chez Ponge, ou chez Artaud pour les deux derniers exemples, c'est de surgissement m&#234;me qu'on se saisit. &#192; travailler sur les transitions, on formalise l'invention. L'invention une fois formalis&#233;e, c'est sa propre invention qui trouve canal.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;14&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous &#233;loigne du &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; fa&#231;on USA, mais qui fait qu'ils commencent enfin l&#224;-bas &#224; nous consid&#233;rer un peu autrement ces temps-ci : l'institutionnalisation de la cr&#233;ation litt&#233;raire &#8211; &#231;a vaut aussi pour le Qu&#233;bec &#8211; conduit &#224; mettre en avant une typologie, m&#234;me &#233;l&#233;mentaire, des &#233;critures. Cours roman, cours po&#233;sie, &#233;criture chanson, &#233;criture th&#233;&#226;tre. D'embl&#233;e, je positionne mon travail, l'enjeu ou la responsabilit&#233; de ce qui me m&#232;ne, dans une autre description : &#224; partir de ces param&#232;tres isol&#233;s du geste m&#234;me d'&#233;crire, dans son indivisibilit&#233; et son impr&#233;visibilit&#233;, le travail d'accueillir les textes r&#233;alis&#233;s. Pas de hi&#233;rarchie entre les 3000 pages de la &lt;em&gt;Recherche&lt;/em&gt; et les 60 pages des &lt;em&gt;Illuminations&lt;/em&gt;, accompagner l'&#233;tudiant dans sa reconnaissance des formats et des rythmes. Accompagner l'&#233;tudiant dans le champ gravitationnel qui va l'emmener plut&#244;t dans le champ po&#233;tique ou le champ narratif. Faire abstraction de ma propre pratique, de mes propres lectures, pour &#234;tre pertinent dans ce que je lui proposerai comme appui pour ce cheminement. Avoir toujours en t&#234;te cependant que rien, dans l'acc&#232;s &#224; l'&#233;criture, ne pr&#233;juge d'o&#249; elle s'&#233;tablira : l'instance po&#233;tique du texte, pas question d'&#233;chapper &#224; le questionner. L'instance narrative qui permet de capter le r&#233;el et de le subvertir, pas question de ne pas la questionner. Donc constituer la singularit&#233;, apprendre &#224; la traiter comme telle, mais veiller &#224; ce qu'elle n'enferme pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;15&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire : une enseignante de la Johns Hopkins, la semaine derni&#232;re, me demande ce que je fais, moi, pendant que les &#233;tudiants &#233;crivent. Bien oui, je me ballade, je fais des photos, je me repose. Le temps de l'exposition est un temps de haute densit&#233;, qui se pr&#233;pare loin en amont. Mais le temps de r&#233;ception des textes, pas possible de l'anticiper. Se rendre disponible &#224; l'accident, aux glissements. Savoir aller p&#234;cher celle ou celui qui se dissimule. Libert&#233; prise de s'attarder sur un texte au d&#233;triment des autres lecteurs. La capacit&#233; progressive d'&#233;duquer en soi-m&#234;me d'analyser d&#232;s la premi&#232;re &#233;coute les &#233;l&#233;ments structurants, la liste des points qui vont autoriser les points de passage pour le retravail. Quand on sort d'un atelier d'&#233;criture, on n'est pas dans un &#233;tat tr&#232;s brillant. Sans pr&#233;judice de l'autre versant de l'accueil : le texte de l'&#233;tudiant tel qu'on le reprend chez soi, pour annoter, commenter, sugg&#233;rer &#8211; et le temps que &#231;a prend pour le faire bien, pour &#231;a qu'on aimerait bien, en ce lieu, ici o&#249; l'anciennet&#233; est le seul crit&#232;re reconnu de progression, &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; de fa&#231;on &#224; nous dispenser du mercenariat compl&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;16&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire au corollaire : il y a quelques ann&#233;es, du temps des IUFM, en 2 ans les apprentis enseignants, qui toute leur vie ult&#233;rieure s'expliqueraient par la voix &#224; des classes de 30 &#233;l&#232;ves, recevaient 4 heures de formation avec une orthophoniste. J'utilise un certain nombre de techniques, au privil&#232;ge de l'anciennet&#233;, pour avoir men&#233; des stages en bin&#244;me avec danseur, ou th&#233;&#226;treux, ou photographe. La question de l'oralit&#233; ne s'est jamais retir&#233;e des questions de la cr&#233;ation litt&#233;raire. Elle tendrait m&#234;me &#224; retrouver un autre fondement dans le contexte num&#233;rique, et en tout cas une imm&#233;diatet&#233; de questionnement dans le contexte des pratiques d'une &#233;cole comme celle-ci. Mais la fabrique de l'oreille interne, en tant qu'elle est outil d'&#233;criture, c'est une permanence de notre plus haute tradition de la composition litt&#233;raire, prose ou po&#233;sie m&#234;l&#233;e. Mes astuces, je les prends &#224; l'univers du chant plut&#244;t qu'&#224; celui du th&#233;&#226;tre. Mais c'est peut-&#234;tre, la th&#233;saurisation des pratiques li&#233;es &#224; la voix haute et l'&#233;ducation &#224; la lecture, un des points sur lesquels l'institution a toujours fait le plus barrage.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;17&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un pacte (et il en faut un, si je m'arroge le droit de faire &#233;crire des textes), il s'&#233;nonce en fonction de mon propre questionnement : ce que j'&#233;nonce, c'est en quoi ce que je propose est pour moi un enjeu au pr&#233;sent dans l'&#233;criture. Ce n'est pas en fonction d'une suppos&#233;e n&#233;cessit&#233; p&#233;dagogique, d'ailleurs on trouverait toujours dans la litt&#233;rature un contre-exemple. C'est parce que la question est mienne que j'en appelle &#224; l'exploration collective, parce que la question est mienne que je saurai analyser les textes en retour.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;18&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sortir la litt&#233;rature du champ litt&#233;raire : mais, quelque rupture qu'on consid&#232;re, &#224; chaque instant de l'histoire litt&#233;raire, elle est transgression du champ qui lui est contemporain. D&#233;calage majeur : ce qui est litt&#233;rature est toujours constitu&#233; r&#233;trospectivement, depuis le hors champ m&#234;me de l'invention. Et &#231;a vaut de Bossuet &#224; &#201;douard Lev&#233;. Il n'emp&#234;che que c'est dans ce hors champ m&#234;me que nous avons &#224; projeter en avant nos propositions. Ce qui guide, et participe au contraire d'une continuit&#233; dans la tradition litt&#233;raire, c'est l'articulation des formes et des usages. La publication num&#233;rique n'invente rien : elle se dispense seulement de contracter dans un objet monodique, le livre typographi&#233; et imprim&#233;, le carnet et l'exp&#233;rience qui, eux, ont toujours &#233;t&#233; composites. Ce qui s'invente de r&#233;cit, s'invente depuis des usages techniques et urbains (on note sur le t&#233;l&#233;phone, on &#233;change en temps r&#233;el des messages vid&#233;o) auxquels on doit ouvrir quoi, sinon l'&#233;ternelle d&#233;finition a minima du litt&#233;raire : le langage mis en r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;19&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corollaire : j'ai donc cess&#233; de m'int&#233;resser au num&#233;rique en tant que tel, parce que le num&#233;rique traverse et travaille tous nos usages, tous nos outils. Y compris par la n&#233;gative : &#233;l&#232;ves qui travaillent dans le champ de l'&#233;criture manuscrite, &#233;l&#232;ves &#8211; au pluriel &#8211; qui utilisent la vieille machine &#224; dactylographier. L'interrogation sur la techn&#233; de l'&#233;criture commence avec les diff&#233;rentes &#233;volutions de la tablette d'argile, du rouleau et du codex, de tout cela on peut parler. Le num&#233;rique participe d'une r&#233;flexion globale sur les outils, interroge sur la culture de l'outil &#224; contre de la tradition qui laissait, dans les facs de lettres, l'histoire du livre et des mutations de l'&#233;crit &#224; ce qu'on nomme encore, dans notre pays, &#171; m&#233;tiers du livre &#187;. Nous concerne dans l'&#233;crit m&#234;me d'interroger l'algorithme du capteur de l'appareil photo ou du smartphone, la politique et l'&#233;conomie des terres rares dans les micro-processeurs, le rapport de la reconstitution mentale du lire lin&#233;aire aux fr&#233;quences scalaires du cerveau, tout autant que les curseurs de vie priv&#233;e et de communaut&#233; en perp&#233;tuel mouvement dans les r&#233;seaux (oui, j'enseigne avec le groupe Facebook de l'&#233;cole), autant que la r&#233;flexion sur ce qui bascule du traitement de donn&#233;es quand Adobe passe de Photoshop &#224; Lightroom, et la notion de style CSS aussi bien pour imprimer un livre traditionnel au labo &#233;dition de l'&#233;cole que pour le propulser sur un site web (donn&#233;es brutes : 230 &#233;l&#232;ves, 22 nationalit&#233;s, 40 sites et blogs r&#233;pertori&#233;s, une dizaine de cha&#238;nes YouTube). En questionnant l'usage, c'est les formes m&#234;me du r&#233;cit dont on ouvre l'espace. Il y a 3 ans, je me battais &#233;l&#232;ve apr&#232;s &#233;l&#232;ve pour qu'ils aient un traitement de texte sur leur ordinateur (beaucoup se contentaient d'utilitaires comme TextEdit, ou du traitement en ligne sur GoogleDoc), aujourd'hui c'est moi qui, dans ma propre pratique, ai d&#233;laiss&#233; la notion de fichier texte et de traitement de texte sur mon propre Mac, via des logiciels comme Ulysses et la notion de gestion de projet. Le seul imp&#233;ratif, c'est cet indivisible.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;20&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel &#226;ge l'enfant ou l'adolescent donne-t-il le pas &#224; l'expression plastique sur les autres disciplines ou d&#233;marches ? Souvent vers la 4&#232;me du coll&#232;ge, souvent avant. Et o&#249; cela s'enracine ? En quoi une dyslexie, qui entrave durement lecture et &#233;criture, peut provoquer ce refuge dans un monde qui va &#233;laborer plastiquement, ou cin&#233;matographiquement, ou dans les pratiques urbaines incluant les grimpeurs, son dialogue avec le pr&#233;sent ? Mais la dyslexie a aussi fabriqu&#233; un Perec. Comment faire savoir, dans une communaut&#233; comme celle-ci, que le d&#233;placement de langue qui s'induit de cette difficult&#233; m&#234;me, de la mise en question scolaire qui en a r&#233;sult&#233;, peut conditionner ici les &#233;clatements les plus neufs ? Quels auteurs je peux aller chercher, comme Tarkos ou Duras, ou Frank&#233;tienne, qui m'en permettront la venue au jour ? Quelles pratiques pour l'oralisation, la cr&#233;ation graphique, le travail individuel par entretien etc. ? Clairement, ma responsabilit&#233; dans la communaut&#233; d'enseignants pourrait se r&#233;sorber &#224; un travail invisible : faire que chacun, dans le premier cycle, ait renou&#233; avec la langue comme condition de sa place dans la communaut&#233;. C'est avec ceux-ci que souvent naissent les plus belles fulgurations.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;21&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Il y a moins d'un mois, explorant la possibilit&#233; d'un stage associant des &#233;l&#232;ves EnsaPC et des &#233;l&#232;ves CNSAD, la directrice du conservatoire, pourtant tr&#232;s inventive et tr&#232;s brillante metteur en sc&#232;ne, m'a r&#233;pondu textuellement : &#171; nous nous concentrons sur le m&#233;tier de l'acteur, ils n'ont pas &lt;em&gt;besoin&lt;/em&gt; d'&#233;criture &#187;, de la m&#234;me fa&#231;on que lors de mes 2 ans &#224; l'ENSBA (2005/2007) j'&#233;tais r&#233;mun&#233;r&#233; pour le cours obligatoire de litt&#233;rature et qu'on consid&#233;rait mon atelier d'&#233;criture comme une activit&#233; b&#233;n&#233;vole. Il n'y a toujours pas de pratique de l'&#233;criture &#224; l'ENSBA (le poste occup&#233; par Pierre Alferi s'intitule &#171; histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire &#187; &#8211; vous m'expliquerez) mais ces barri&#232;res obsol&#232;tes, maintenues dans des lieux les plus symboliques de l'enseignement artistique, nous les consid&#233;rons d&#233;sormais comme pr&#233;judiciables &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;22&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Coda sur mes 2 ans &#224; l'ENSBA, il y a exactement 10 ans, et pour amorcer et la boucle et la fin : si, parmi les &#233;tudiants avec qui j'ai pu travailler, l'une &#224; publi&#233; 3 livres, un autre a publi&#233; seulement cette ann&#233;e son premier livre solo, une autre publie en mars chez Actes Sud. Et dans les 14 auteurs dont je parlais au point 3, il y en a un rencontr&#233; il y a 8 ans lors d'un stage au CNSAD (et quand bien m&#234;me il aurait de toute fa&#231;on fait chemin vers l'&#233;criture), qui l'an dernier a publi&#233; un livre majeur. Ici, un &#233;tudiant a &#233;crit 3 livres, il les &#233;dite et imprime &#224; l'&#233;cole, et les diffuse via ses r&#233;seaux Internet (j'ajoute qu'il n'a jamais mis les pieds dans mon atelier). D'autres participent largement aux performances et exp&#233;riences de la sc&#232;ne alternative, de Marseille &#224; Berlin, par Paris et Bruxelles. Il n'y a pas de hi&#233;rarchie des genres, ni des cultures. Mais l'obligation que je dois aux &#233;tudiants ne s'exprime pas forc&#233;ment dans une r&#233;alisation imm&#233;diate. Et si mon obligation, y compris dans la part volontariste qui est notre r&#244;le, &#233;tait simplement de leur rendre possible le chemin autonome qui les m&#232;nera, avec ce d&#233;calage, &#224; prendre solide place dans la litt&#233;rature en train de se faire (comme on disait dans les ann&#233;es 80) ? &#201;ventuellement, c'est seulement dans ce cadre qu'ici je parlerai de la lecture. On a la chance, &#224; Cergy, travaillant sur la part volontaire du chemin de l'&#233;tudiant, qu'ils iront ou pas chercher les livres qui leur conviennent. Le boulot, on le fait. Ce n'est pas au lyc&#233;e qu'on vous parle de Michaux ou Collobert. Cela me d&#233;range que des pr&#233;pas, et les excellentes pr&#233;pas publiques du Grand Paris, dans cette ann&#233;e charni&#232;re, une seule &#224; ma connaissance (Fontenay-sous-Bois) propose un atelier d'&#233;criture. Ma t&#226;che, ici, c'est de faire en sorte que lorsqu'ils iront seuls, ils puissent trouver les livres qu'on la m&#233;diation culturelle et litt&#233;raire ne propose pas. Travailler pour une r&#233;alisation ult&#233;rieure &#224; l'&#233;cole n'est pas une d&#233;mission par rapport aux enjeux imm&#233;diats, juste l'intuition qu'on a aussi &#224; constituer le moule, lui donner sa juste dimension.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;23&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire en &#233;cole d'arts, ce qui m'aurait alors le plus troubl&#233; n'est pas d'interroger l'&#233;criture depuis la diversit&#233; des champs et pratiques. Ici, oui ils dansent, filment, photographient autant qu'ils peignent, sculptent, s&#233;rigraphient, installent, performent, philosophent et toute fronti&#232;re &#233;tablie est mise en travail, c'est notre responsabilit&#233; non pas individuelle, mais de ce que j'ai trouv&#233; pour la premi&#232;re fois dans mon parcours : nous enseignants en tant que collectif. Par exemple, mais un exemple qui me concerne de plus que pr&#232;s, la question de l'art dans l'espace public &#8211; nous ne savons pas encore institutionnellement l'appr&#233;hender, alors que c'est d&#233;cisif pour le vocabulaire de l'intervention urbaine. Dans le recensement que j'ai entrepris de ces actions et pratiques, le simple trajet du RER suscite chaque ann&#233;e une dizaine d'actions ou d'exp&#233;riences. Et c'est pour moi un des principaux enjeux : l'art contemporain (voir &lt;em&gt;L'art contextuel&lt;/em&gt; de Paul Ardenne) a appris depuis longtemps &lt;em&gt;d&#233;ranger&lt;/em&gt; le r&#233;el pour que, de la diffraction surgie, cristallise en retour une forme, pas forc&#233;ment p&#233;renne, qui nous interroge dans notre rapport au beau, &#224; la communaut&#233;, au temps. Artaud, depuis la litt&#233;rature, nous a appris de longtemps &#224; nous d&#233;fier de la notion d'art en tant que tel. Aujourd'hui, ceux qui ici &#233;crivent rejoignent les pratiques contemporaines de la litt&#233;rature parce qu'elle est &#233;criture de l'exp&#233;rience, r&#233;cit de notre propre action sur le r&#233;el pour qu'il se r&#233;v&#232;le. Je n'enseigne pas ici les formes convenues de la litt&#233;rature, je les convoque pour les poser de fa&#231;on adjacente, parce que m'int&#233;resse avant tout ce qu'eux ils d&#233;placent, et comment dans ce d&#233;placement s'inaugure de la litt&#233;rature, quand bien m&#234;me je ne sais pas la nommer, quand bien m&#234;me j'aie toujours &#224; m'ouvrir pour la recevoir, et &#8211; avec eux &#8211; la &lt;i&gt;construire&lt;/i&gt; comme litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;23 bis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#233;crivez votre roman en 90 jours et autres lunes</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3545</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3545</guid>
		<dc:date>2017-08-19T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>livre, &#233;dition, librairie</dc:subject>
		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Barnes &amp; Noble Brooklyn, rayon writer's help, suite&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;livre, &#233;dition, librairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3545.jpg?1369194294' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Note d'ao&#251;t 2017 : attel&#233; &#224; un projet dont le titre de travail est &lt;i&gt;Guide 2018 de l'&#233;crire web&lt;/i&gt;, je reparcoure ces titres et couvs, &#224; l'amorce de ma propre collection (je suis bon public, je les ach&#232;te un peu sys&#233;matiquement), l&#224; lors d'un passage au Barnes &amp; Noble de Brooklyn en 2013.
&lt;p&gt;Toujours le m&#234;me paradoxe, petit sourire &#224; ce qui est devenu au US un march&#233; aux productions plut&#244;t opportunistes, voire douteuses, mais qui r&#233;serve aussi de v&#233;ritables perles &#8211; depuis le fondateur &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4011' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Art of fiction, craft for young writers&lt;/a&gt; de John Gardner, figure tut&#233;laire de l'histoire du creative writing, et qu'il nous faut d&#233;velopper comme vrai lieu de gestation litt&#233;raire, dans la tradition fran&#231;aise qui en fait aussi de magnifiques outils de recherche, comme &lt;i&gt;Esp&#232;ces d'espaces&lt;/i&gt; de Perec ou &lt;i&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/i&gt; de Gracq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais venu en novembre dernier au Barnes &amp; Noble Brooklyn, et avais plus centr&#233; les photos sur la promotion num&#233;rique du Nook dans la librairie physique. Voir : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3204' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barnes &amp; Noble Brooklyn, une visite&lt;/a&gt;, ou ce billet plus ancien (2007), &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article824' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rayon writer's aid&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, avec le stage destin&#233; aux enseignants et th&#233;sards de la NYU et toutes les discussions qui ont r&#233;sult&#233; de leur fr&#233;quentation des MFA de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, les questions remontent avec d'autant plus de force sur m&#233;thode fran&#231;aise et m&#233;thode am&#233;ricaine, sur la normalisation de la langue et les genres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'autant moins gratuites, ces discussions, qu'elles sont repos&#233;es avec force par le rapide d&#233;veloppement de l'&#233;criture cr&#233;ative dans les facs, &#233;ventuellement densifi&#233;es par un master (Paris VIII, Le Havre, Toulouse) aux ambitions pour l'instant h&#233;sitantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison suppl&#233;mentaire donc d'aller voir de pr&#232;s les revues (chacun des MFA les plus prestigieux dispose de la sienne) et les livres &#233;manant d'&#233;crivains responsables de ces cursus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors retour au Barnes &amp; Noble Brooklyn et foncer directement rayon &lt;i&gt;writers help&lt;/i&gt;. Sur l'&#233;tag&#232;re du haut, &lt;i&gt;how to publish your book&lt;/i&gt;, pas loin d&#233;j&#224; d'une vingtaine d'ouvrages. Quant aux guides d'&#233;criture, c'est leur sp&#233;cialisation qui pourrait d'abord faire peur, comment &#233;crire de la fiction pour les enfants, comment &#233;crire de la fiction pour les adolescents, comment &#233;crire de la non-fiction etc. Des 80 ou100 livres feuillet&#233;s, je suis bon public : pr&#234;t &#224; l'enfourner dans mon sac pour rapatriement et ajout &#224; ma bo&#238;te &#224; outils personnelle. Construction du personnage, analyse des situations, inventaire des situations selon l'&#233;tape narrative, 100 conseils ou 1000 conseils, il y a vraiment de tout. Je repartirai avec seulement 5, et une facture de 78 $ (en France, &#231;a aurait &#233;t&#233; bien plus cher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'amuser de celle qui a repris &#224; Gertrude Stein son titre fabuleux &lt;i&gt;How to write&lt;/i&gt; et quand m&#234;me, par petite pr&#233;caution, a intitul&#233; son gros guide mort &lt;i&gt;How to write it&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De dr&#244;les de r&#234;ves qui viennent en t&#234;te, prendre ces 130 ou 140 bouquins regorgeant de conseils pour livres inutiles et &#233;critures norm&#233;es, et faire un faux guide tout invent&#233; qui serait, lui, une piste pour l'imaginaire. Puisque l'important c'est plus de r&#234;ver aux livres qui n'existent pas encore, et que tout d'un coup on croit possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors juste un petit tour des couvs, pour le plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-01.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4051 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-02.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-03.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-04.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4054 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-05.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-06.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-07.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-08.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-09.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-10.jpg?1369194467' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-11.jpg?1369194468' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4061 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-12.jpg?1369194468' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/barnes-noble-brooklyn-14.jpg?1369194468' width='500' height='378' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>questions r&#233;ponses sans r&#233;ponse sur la question de la ponctuation</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3414</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3414</guid>
		<dc:date>2014-12-22T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Simon, Claude </dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Simon, duc de</dc:subject>
		<dc:subject>Kolt&#232;s, Bernard-Marie </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;historiciser, ouvrir, pratiquer : alors les facs, vous y &#234;tes vraiment, au XXIe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Simon, Claude &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Saint-Simon, duc de&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot256" rel="tag"&gt;Kolt&#232;s, Bernard-Marie &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3414.jpg?1360698768' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 22 d&#233;cembre 2014&#248;&#248;&lt;br/&gt;
L'&#233;tonnement &#224; lire cette enqu&#234;te de la revue &lt;i&gt;Pers&#233;e&lt;/i&gt; 1977, &lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lfr_0023-8368_1980_num_45_1_5269&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la ponctuation et les &#233;crivains aujourd'hui&lt;/a&gt;, avec &#233;videmment des contradictions qui ne sont plus les n&#244;tres aujourd'hui, et un choix d'auteurs pas forc&#233;ment repr&#233;sentatifs de ceux que nous lisions &#224; l'&#233;poque (imaginons les r&#233;ponses de Danielle Collobert, qui s'est suicid&#233;e le jour de ses 40 ans en 1978, au moment m&#234;me o&#249; paraissait cette enqu&#234;te...&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 13 octobre 2013&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Un lecteur qui passe et vous fait souvenir d'un billet, l'occasion de le relire... Il faudrait le reprendre en dehors de son cadre initiale et de ma r&#233;action un peu pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas eu de retour sur le colloque qui en avait &#233;t&#233; le pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sais pas si j'ai chang&#233; pour ma part depuis lors. La ponctuation, en fait, c'est juste comme les saisons, on glisse d'un usage &#224; un autre juste pour respirer autrement la langue, ne pas s'y stabiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, surtout apr&#232;s les mois pass&#233;s dans &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article113' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust est une fiction&lt;/a&gt;, de retour &#224; une phrase plus courte, et en ce moment aussi un go&#251;t pour aller plus loin dans la phrase nominale. L'impression que c'est la syntaxe qui porte l'intensit&#233;, et que si la syntaxe trouve sa pr&#233;cision, la ponctuation pourrait y &#234;tre secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste convaincu aussi que la question de la pratique, c&#244;t&#233; universit&#233;, devrait &#234;tre pr&#233;dominante dans cette approche : quand on m&#232;ne un cycle d'atelier d'&#233;criture on y est attentif. Faire &#233;crire une fois sans ponctuation, ou avec juste un signe diacritique (le tiret), ou le d&#233;ploiement d'une phrase qui ne finit pas, ou encore des paragraphes faits chacun de trois phrases, on a des tas de pistes pour aider les &#233;tudiants &#224; comprendre physiquement, rythmiquement, la respiration de langue par la ponctuation syntaxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'est-ce qu'on peut faire, rien qu'en binaire virgule et point...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note initiale (corrig&#233;e), f&#233;vrier 2013&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Nota : l'ami qui m'a soumis ce questionnaire n'aimant pas &lt;i&gt;la place publique&lt;/i&gt;, par discr&#233;tion et respect je laisse ce billet sur plan de l'&#233;change th&#233;orique, le seul qui compte, mais retire son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je maintiens que les facs de Lettres s'enferment dans la mort pour ne pas mettre en cause leur syst&#232;me de litt&#233;rature en tranches horizontales, division par si&#232;cles juste pour pr&#233;server les plans de carri&#232;re et pas d&#233;ranger les profs TGV 2 jours par semaine petite valise &#224; la main, et qu'un sp&#233;cialis&#233; Flaubert ne parlera jamais ni Rabelais ni Proust et ainsi de suite, alors qu'on est un des seuls pays &#224; maintenir cette aberration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre paradigme de mort &#224; l'oeuvre dans les facs de Lettres &#233;tant le refus obstin&#233;, depuis 2 d&#233;cennies (m&#234;me avec quelques exceptions r&#233;centes), de faire place &#224; une &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; de l'&#233;criture au lieu du discours norm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'il n'est plus possible de contourner la question de la d&#233;saffection des effectifs sans poser celle des contenus et du savoir (re)produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;le questionnaire initial (extrait)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[...] questions sur ponctuation et &#233;criture litt&#233;raire au XXI&#232;me si&#232;cle [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] faire un point (pour projet de plus grande envergure) sur la fa&#231;on dont auteurs contemporains voient, usent de la ponctuation, et notamment comment &#231;a s'est d&#233;plac&#233; sans doute de conception orale &#224; visuelle. D'o&#249; le questionnaire qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chaque question, qui porte sur la ponctuation en g&#233;n&#233;ral, vous pourrez distinguer les diff&#233;rents signes de ponctuation ou groupes de signes, d'une part, et la ponctuation &lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/igram_0222-9838_2004_num_102_1_2559&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;noire et blanche&lt;/a&gt;, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; quel(s) mot(s) associez-vous spontan&#233;ment ou imm&#233;diatement celui de ponctuation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La ponctuation a-t-elle, pour vous et dans votre &#233;criture, une dimension plut&#244;t sonore/orale ou graphique/visuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La ponctuation est-elle pour vous d'abord li&#233;e &#224; &#171; l'ordre du discours &#187; (r&#232;gles, normes, contraintes syntaxiques et discursives) ou &#224; &#171; l'inqui&#233;tude du discours &#187; (Foucault).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quel est pour vous le lien entre rythme (int&#233;rieur et/ou de l'&#233;criture) et ponctuation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que pensez-vous des points de suspension ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image ci-dessus : ligne non ponctu&#233;e de larmes dans les &lt;/i&gt;M&#233;moires&lt;i&gt; de Saint-Simon au d&#233;c&#232;s de son &#233;pouse &#8211; &#169; BNF.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;r&#233;ponse sur les questions de ponctuation&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je pr&#233;f&#232;re r&#233;pondre sans passer par le prisme d'&#233;nonciation des questions ci-dessus, plut&#244;t en profiter pour faire le point en ce qui me concerne.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; PR&#201;AMBULE : NON, JE NE SUIS PAS DU XXIe SI&#200;CLE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Revenir &#224; cette expression &lt;i&gt;&#171; &#233;criture litt&#233;raire &#187;&lt;/i&gt; : pour moi c'est comme entendre &lt;i&gt;&#171; choucroute garnie &#187;&lt;/i&gt;. Il y a litt&#233;rature ou pas litt&#233;rature, &#233;criture ou pas &#233;criture, et dans ce cas, rien de mieux que la vieille antienne de Banchot : &lt;i&gt;&#171; &#233;crire est intransitif &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'&#233;criture n'est pas litt&#233;raire, elle peut bien ponctuer comme elle l'entend : il y a tant de belles magies d'ailleurs dans les notes de service et les journaux polycopi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, cette vieille autre scie du si&#232;cle : une ponctuation pour le XXIe si&#232;cle serait plus avanc&#233;e que celle de Froissart ou que les embo&#238;tements de : chers &#224; Montaigne ? Jamais compris d'ailleurs comment l'universit&#233; fran&#231;aise se d&#233;brouille avec tous ces auteurs qui ont l'outrecuidance d'&#234;tre &#224; cheval sur 2 si&#232;cles. Sans Saint-Simon par exemple. Je suis n&#233; en 1953, donc le XXIe si&#232;cle cat&#233;gorie croupion ce sea celui de mon cimeti&#232;re mais y a longtemps que j'appartiens exclusivement au XIXe, jusqu'&#224; Proust inclusive. Ce serait une question d'hygi&#232;ne que d'abandonner ce genre de crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; LA PONCTUATION EST D'ABORD UNE HISTOIRE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La ponctuation, comme tous les autres param&#232;tres de la langue, s'aborde dans son historicit&#233;. Elle d&#233;borde largement le champ du Codex : l'apparition de l'espace entre les mots (vers 1100), la notion m&#234;me de page quand on cesse d'enrouler l'&#233;criture autour des tablettes c'est tout aussi d&#233;cisif que faire son choix chez Leclerc entre point-virgule, point de suspension et point du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ponctuation est li&#233;e &#224; la question m&#234;me du lire : la notation logogryphe de Rabelais est une partition pour lecteur lisant &#224; haute voix le texte &#224; d'autres. Et c'est pour cela l'usage magnifique du &lt;i&gt;slash&lt;/i&gt; (sais pas s'il y a un nom fran&#231;ais) dans le &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; de 1532. L'autre point majeur c'est l'usage du double-point : une suspension rythmique, mais avant tout qui d&#233;note un changement de niveau d'&#233;nonciation. Je ne pourrais plus jamais lire Montaigne dans une &#233;dition qui a normalis&#233; ses :.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question essentielle pos&#233;e ci-dessus, celle de l'oralit&#233; : la naissance de la prose classique du XVIIe si&#232;cle, chez Bossuet par exemple, c'est un art de syncope et de d&#233;placement &#8211; le signe diacritique intervient dans l'&#233;nonciation, non pour le renforcer, mais pour le distordre. M&#234;me chose (voir Forestier) dans la ponctuation de Racine qui n'est en rien grammaticale (questions laiss&#233;es horizontales, mais point d'interrogation pour signer la lev&#233;e de voix dans une affirmation) mais une indication de conduite orale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; MES USAGES PERSONNELS CHANGENT CHAQUE TRIMESTRE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Alors peu importe chacun nos petits usages. Personnellement j'ai us&#233; pendant un temps du point-virgule un peu &#224; la fa&#231;on du double-point de Montaigne, et puis je l'ai supprim&#233; radicalement. Je d&#233;teste les points d'exclamations, je les trouve vulgaires. J'aime bien que la question soit la mati&#232;re m&#234;me de l'&#233;criture et donc me dispense de l'usage du ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'int&#233;resse beaucoup plus le saut de paragraphe, Gertrude Stein en parle dans le toujours pas traduit &lt;i&gt;How to write&lt;/i&gt;. Tr&#232;s important pour moi les oeuvres monobloc (Thomas Bernhard, ou Broch de &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt;) mais ce n'est pas une remarque accessoire : r&#233;cemment Kobo et iTunes nous refusaient un texte d'Arnaud Ma&#239;setti parce qu'ils consid&#233;raient que si un texte d&#233;passait 40 pages sans paragraphe, il y avait bug.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'arrive souvent d'&#233;crire en bloc sans paragraphe, c'est m&#234;me pour moi une notion de pav&#233; qui me concerne esth&#233;tiquement, mais quand le texte se d&#233;veloppe je d&#233;coupe en &#167; disjoints, et c'est ce qui me permet d'en reprendre la rh&#233;torique et les attaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis conscient aussi que si j'aime traduire, m&#234;me si mes connaissances de la langue source sont pauvres (je peux tomber dans des anglicismes de d&#233;butant, mais j'essaye que mon question sur rythme, structure, narration, r&#233;el, image, coul&#233;e complexifient mon id&#233;e de la langue cible), je me donne pour principe de ne jamais toucher d'un signe la ponctuation de l'auteur. Il y aune col&#232;re de Lovecraft &#224; propos d'une revue qui ne respectait pas ses points-virgules, apr&#232;s on h&#233;site &#224; les lui simplifier. L'auteur m'impose une partition rythmique, &#224; moi de trouver un chant qui co&#239;ncide (Andr&#233; Markowicz a pouss&#233; tout cela de fa&#231;on radicale jusqu'au d&#233;fi).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 &#8211; TORDRE &amp; D&#201;TORDRE LA PONCTUATION : L'ATELIER D'&#201;CRITURE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans un parcours d'atelier d'&#233;criture, je suis attach&#233; &#224; ce que l'usage de la ponctuation devienne exercice libre. Forc&#233;ment il y aura une s&#233;ance avec &#233;criture non ponctu&#233;e (pas les sources qui manquent, &#224; commencer par Claude Simon), et vital pour comprendre que la ponctuation est totalement inutile, si la syntaxe est capable elle-m&#234;me, en chaque point, de faire comprendre sa structure et ses sauts de narration. Se toujours souvenir d'Appolinaire d&#233;ponctuant le manuscrit de &lt;i&gt;Zone&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir lu &lt;i&gt;Prose sur le Transsib&#233;rien&lt;/i&gt; de Cendrars, qui ne sera pourtant publi&#233; qu'apr&#232;s &lt;i&gt;Alcools&lt;/i&gt;. Ces textes sont en g&#233;n&#233;ral pour moi li&#233;s au refus de la majuscule initiale, et pr&#233;cieux aussi pour la tenue de souffle. Je fais aussi syst&#233;matiquement travailler sur les phrases nominales (dans &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; de Rimbaud elles prolif&#232;rent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de suspension, que je n'utilise pas pour moi ou tr&#232;s peu, fait aussi partie de ce vocabulaire technique qu'il me semble avoir &#224; transmettre dans un cycle d'atelier. Chez Nathalie Sarraute, le ... signale une juxtaposition horizontale des &#233;l&#233;ments syntaxiques, d&#233;lib&#233;r&#233;ment subversif par rapport &#224; la domination verticale de la phrase fran&#231;aise (arch&#233;type : &lt;i&gt;Tout condamn&#233; &#224; mort aura la t&#234;te tranch&#233;e&lt;/i&gt;, voir texte de Claudel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exercice pour moi arch&#233;type et d&#233;cisif dans un parcours d'atelier, c'est le passage par la phrase continue (il y a des exemples bien ant&#233;rieurs ou contemporains, chez Jean-Paul Goux par exemple) du &lt;i&gt;La nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; de Kolt&#232;s. Une phrase qui ne cesse pas, qu'on entretient avec toutes les ressources diacritiques (y compris parenth&#232;ses imbriqu&#233;es), sans jamais le droit de la faire cesser, et la condition d'un temps r&#233;f&#233;rentiel nul (le r&#233;cit n'a pas de dur&#233;e dans les faits, ce que Bernard r&#233;affirme dans ses entretiens comme volontaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un autre exercice qui me semble important : chez une grande quantit&#233; d'auteurs, l'&#233;criture de surgisssement se fait avec un seul signe, souvent le tiret. Ainsi les manuscrits initiaux de Flaubert. Parfois l'oeuvre achev&#233;e garde ce syst&#232;me : les &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt; de Val&#233;ry, ou, dans le contemporain, des oeuvres essentielles comme Dupin ou Collobert. Usage d'autant plus important &#224; ma&#238;triser si on va vers les &#233;critures de prof&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 &#8211; LA PONCTUATION EN &#201;CRITURE WEB&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Je dis et maintiens donc que : 1, la d&#233;coupure en tranches horizontales par si&#232;cles des facs de lettres, &#224; la diff&#233;rence des d&#233;partements de romanistique allemands ou italiens ou US, est criminelle, et liquide toute possibilit&#233; pour les apprenants d'appr&#233;hender la ponctuation dans son histoire, ou le pr&#233;sent de la langue de son historicit&#233; ; 2, qu'il ne s'agit pas de venir demander aux plumitifs v&#233;t&#233;rans o&#249; ils se mettent le point-virgule, mais que cela passerait par une prise au s&#233;rieux, avec formation des enseignants universitaires, aux techniques d'&#233;criture cr&#233;ative. &#199;a se r&#233;pand de toute fa&#231;on, mais il y a du m&#233;nage &#224; faire chez les mandarins, et on est bien loin des US, du Qc ou m&#234;m de nos voisins europ&#233;ens, tant pis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, deux &#233;l&#233;ments plus personnels (deux points saut de paragraphe &#8211; apprendre aussi aux &#233;tudiants que la ponctuation se prononce, du moins si on veut comprendre comment &#231;a marche) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#226;ge, et la pratique de longue date de l'&#233;criture &#233;cran, m'ont d&#233;plac&#233; peu &#224; peu vers l'id&#233;e d'une composition mentale du r&#233;cit ou de la phrase, disons de la &lt;i&gt;prise d'&#233;criture&lt;/i&gt;. Je n'&#233;cris pas tant que ce n'est pas pr&#234;t, et &#231;a peut durer longtemps. Cela ne veux pas dire que je sais de quoi le texte sera fait. Mais &#224; un moment pr&#233;cis, j'ai le son, la musique, trois mots, un rythme, et j'&#233;cris tr&#232;s brutalement, toujours le matin au r&#233;veil, ensuite sans beaucoup reprendre ni corriger. C'est probablement li&#233; &#224; mon exploration d'une &#233;criture-fragment avec laquelle pour l'instant je n'ai pas fini. Je dirais donc que je suis de plus en plus indiff&#233;rent &#224; la ponctuation, que j'en ai un usage de plus en plus binaire (point, virgule, double-point, tiret long) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 300 ans de typographie classique (mais c'est seulement mi ou fin XIXe que l'universit&#233; commence &#224; normaliser la ponctuation classique, le Rabelais que lisait Flaubert n'avait pas boug&#233; depuis le XVIe si&#232;cle, c'est une histoire complexe et magnifique. Les usages de la c&#233;sure (et ce que &#231;a devient sur iPad ou pourquoi le Kindle dispose d'un algorithme de gestion des blancs qui lui &#233;vite la c&#233;sure) ne s'en d&#233;tachent pas. Une page belle est une sensation pratique et arbitraire. La ponctuation a appris &#224; s'ins&#233;rer l&#224;. Dans nos modes de lecture web, la m&#234;me exigence rend quasi impalpable le travail de typo (sur ce site, Tiers Livre, les typos sont fournies par une couche payante, celle de l'entreprise TypeKit, de m&#234;me que la vitesse d'affichage est aussi pour moi une politesse au lecteur, sur ordi comme sur tablette ou t&#233;l&#233;phone, et que donc, &#224; l'instant o&#249; vous lisez cette page, vous &#234;tes en fait sur le serveur am&#233;ricain CloudFlare). La politesse au lecteur, en &#233;criture web, passe par des crit&#232;res compl&#233;mentaires &#224; ceux de la ponctuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me politesse, pour un blogueur, d'entrer son texte avec des apostrophes &#171; typo &#187; et des ins&#233;cables. Spip le permet, mais Wordpress non. Il me semble qu'on a affaire &#224; un d&#233;placement global de param&#232;tres, non pas qui relativise la place de la ponctuation, mais oblige &#224; la consid&#233;rer dans son contexte de publication. Ainsi, le rapport visuel &#224; l'italique, aux guillemets, aux tirets, renforcera-t-il cette pr&#233;sence &#233;cran du texte, et nous apprenons &#224; l'anticiper d&#232;s l'&#233;criture, comme un &#233;l&#233;ment organique de la ponctuation m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'un vers de Baudelaire sera toujours un vers de Baudelaire. 50' d'&#233;criture chrono sans relire, parce que c'est nos tripes quand m&#234;me (nos tripes rythmiques).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enseigner | pas d'&#233;criture cr&#233;ative &#224; l'ENSBA, mais sans oser le dire</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3976</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3976</guid>
		<dc:date>2014-05-21T21:02:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivain, un m&#233;tier ?</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour remplacer Pierre Bergounioux, l'ENSBA recherche un &#034;professeur d'histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire&#034;, y a comme un schmilblick&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot238" rel="tag"&gt;&#233;crivain, un m&#233;tier ?&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3976.jpg?1400705674' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce billet n'a pas vocation pol&#233;mique, seulement de poser quelques points de vocabulaire et de pratiques tr&#232;s pr&#233;cis, mais dont les enjeux sont d'importance consid&#233;rable lorsque certaines &#233;coles font l'effort de s'ouvrir au &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, et d'autres jouent la ligne Maginot, dans ce qui appara&#238;t &#234;tre de plus en plus au d&#233;triment de leurs &#233;tudiants.
&lt;p&gt;Les images iPhone dans les sous-sols ou couloirs de la rue de Valois, o&#249; j'ai eu 3 jours pour gamberger &#224; tout &#231;a, mais surtout &#224; cette appellation &lt;i&gt;professeur d'histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; qui est un non-sens totalement inacceptable et dommageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, sous la terminologie, il y a une question de fond, enjeu pour toute la communaut&#233; &#233;ducative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trois journ&#233;es pleines dans les sous-sol du minist&#232;re de la Culture (sans fen&#234;tre c'est pas si grave, sans wi-fi si !) &#224; examiner en jury une quarantaine de projets de recherche &#233;manant de l'ensemble des &#233;coles d'art, photo ou design, exp&#233;rience &#233;videmment plus que pr&#233;cieuse, au bout d'une premi&#232;re ann&#233;e comme prof titulaire, pour une vue un peu plus synoptique de comment fonctionne chaque &#233;tablissement, par le contact serr&#233; aussi avec les coll&#232;gues du jury, et bien s&#251;r le permanent &#233;clairage ou recadrage de nos interlocuteurs au minist&#232;re, bien forc&#233; de consid&#233;rer que la question de l'&#233;criture c'est en soi un des chantiers &#224; poser, et qu'il nous appartient de poser : non pas pour interroger &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ma propre pratique &#224; Cergy&lt;/a&gt;, mais dans quelque chose de plus enthousiasmant : quelque chose dont nous avons nous-m&#234;mes &#224; inventer le territoire, &#224; explorer la marche en avant in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas &#224; revenir ici sur ce jury, les m&#233;canismes de pens&#233;e concr&#232;tement mis en place par les &#233;quipes de tant d'&#233;tablissements pour se positionner en chercheur (mot qui se suffit &#224; lui-m&#234;me, pas question de d&#233;finir un &#171; artiste chercheur &#187; comme il y a des &#171; enseignants chercheurs &#187;) et que cette recherche soit en elle-m&#234;me cr&#233;ation, et tire sa sp&#233;cificit&#233; d'y associer les &#233;tudiants. Rien qui ne m'ait &#233;t&#233; vraiment &#233;tranger apr&#232;s un an de Cergy, mais apprendre &#224; d&#233;couvrir comment elle est pos&#233;e dans les termes du design social ou urbain, ou dans l'image num&#233;rique, ou la mise en place de formations post-dipl&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5080 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH360/mcc1-e37ae.jpg?1749144230' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi je pensais in petto, ces trois jours, c'est &#224; la formulation choisie par l'ENSBA (Beaux-Arts Paris) pour amorcer le renouvellement de poste de &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article683' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pierre Bergounioux&lt;/a&gt;, n&#233; le 25 mai 1949 et qui cessera d'enseigner &#224; la fin du mois prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas de Bergou mon fr&#232;re d'armes qu'il sera question, mais c'est bien aussi de repasser par les &#233;tapes chronologiques. Pierre fait partie de ces &#234;tres d'exception qui ont d&#251; fabriquer seuls leur chemin (il raconte dans &lt;em&gt;La mort de Brune&lt;/em&gt; l'arriv&#233;e de la premi&#232;re station-service sur bitume dans la ville de Brive, et dans &lt;em&gt;L'orphelin&lt;/em&gt; comment l'ombre de la grande guerre a tiss&#233; tout le caract&#232;re de son p&#232;re), quittant le d&#233;partement pour entrer en pr&#233;pa (&#224; Limoges, puis Bordeaux), int&#233;grant ensuite Normale Sup, et nomm&#233; prof de coll&#232;ge &#224; proximit&#233; d'Orsay parce que son amoureuse, corr&#233;zienne aussi, dans un itin&#233;raire parall&#232;le mais scientifique, vient d'entrer au CNRS. Pierre raconte dans le premier tome de ses &lt;em&gt;Carnets&lt;/em&gt; comment longtemps il n'a connu que la Corr&#232;ze et l'Essonne, sans m&#234;me entrer dans Paris. S'affirmant comme un des principaux auteurs de ces 20 ans, il continue d'enseigner en coll&#232;ge, r&#232;gle ses temps d'&#233;criture sur ses vacances scolaires. Entre temps, la sculpture (objets de m&#233;tal, &#224; partir d'&#233;l&#233;ments agricoles ou industriels r&#233;cup&#233;r&#233;s dans les casses) est devenu une sorte de chemin parall&#232;le et probablement d'importance &#233;gale pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ENSBA, cette fin des ann&#233;es 90, Henri-Claude Cousseau et Ga&#239;ta Leboissetier inaugurent une r&#233;sidence d'&#233;crivain (id&#233;e belle et g&#233;n&#233;reuse) la libert&#233; offerte d'un amphi hebdomadaire (&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0406_BxArts.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le M&#251;rier dont j'aurai une sorte de nostalgie permanente&lt;/a&gt;, litt&#233;ralement un cube aux gradins sur la diagonale), et l'interaction &#224; volont&#233; avec les &#233;tudiants qui le souhaitent, m&#234;me si le syst&#232;me d'ateliers de l'ENSBA favorise beaucoup moins le travail en commun qu'&#224; l'EnsaPC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Bergou termine cette r&#233;sidence, je suis convi&#233; &#224; prendre le relais, et je consid&#232;re cela comme une chance immense. Des ateliers d'&#233;criture j'en m&#232;ne depuis longtemps, mais parler deux heures d'affil&#233;e d'un auteur (ou plus, Rimbaud, Baudelaire, Balzac c'est plut&#244;t sur deux cours) et organiser un voyage en litt&#233;rature en partant de la gen&#232;se des oeuvres, via Duras, Sarraute, Claude Simon, quel d&#233;fi &#8211; j'arrive souvent &#224; l'&#233;cole sans avoir dormi 2 heures la nuit pr&#233;c&#233;dente. Par contre, dans l'amphi m&#234;me, aussit&#244;t apr&#232;s le cours, et l'ann&#233;e suivante dans la magnifique biblioth&#232;que (allez-y voir&#8230;) le matin avant le cours de l'apr&#232;s-midi, je propose un atelier d'&#233;criture, avec bien s&#251;r la confiance expresse de Ga&#239;ta et son permanent et amical suivi, mais en dehors de tout lien institutionnel. L'&#233;cole vient d'entrer dans le syst&#232;me LMD, et la litt&#233;rature fait partie des options obligatoires, &#224; charge pour les &#233;tudiants de la valider sur les trois premi&#232;res ann&#233;es, &#224; leur guise. De ces ateliers, je garde de nombreux contacts et amiti&#233;s : &lt;a href=&#034;http://lespasperdus.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J&#233;r&#233;my Liron&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://beatricerilos.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;B&#233;atrice Rilos&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.anne-collongues.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anne Collongues&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://sepanddanesh.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sepand Danesh&lt;/a&gt; et bien d'autres. Je crois que jamais je ne me serais pr&#233;sent&#233; &#224; Cergy sans le bonheur que m'ont professionnellement apport&#233; ces deux ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5081 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH320/mcc2-820ae.jpg?1749144230' width='480' height='320' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un prof de psychanalyse qui part en retraite, la reconversion de l'intitul&#233; du poste, et en 2009 l'Ensba cr&#233;e une chaire de litt&#233;rature. Le poste est proclam&#233; au concours, mais construit pour Bergounioux, et tous ses proches se r&#233;jouissent de le voir enfin quitter le coll&#232;ge pour un travail &#224; sa mesure, et une implication aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves artistes qui lui convient tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, il s'agit de le remplacer. Pierre n'a jamais pratiqu&#233; l'atelier d'&#233;criture, qui pour le lui reprocher ? &#192; chacun de s'ancrer dans son territoire de pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, le d&#233;fi commence l&#224; : l'&#233;criture se pratique, comme la musique et la peinture. L'enseignement qui se fonde sur les oeuvres et se dispense via un &#171; professeur de litt&#233;rature &#187; ne s'autorise cet intitul&#233; que par d&#233;faut : parce que les m&#234;mes professeurs ont soigneusement exclu de l'universit&#233; cette notion de pratique. &#192; ce que j'en sais, un &#171; professeur de peinture &#187; n'est pas un professeur d'esth&#233;tique ni un professeur d'histoire de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, par d&#233;faut nous aussi, parce qu'il fallait bien d&#233;finir le terrain de cette pratique, on s'est inspir&#233; du vocabulaire am&#233;ricain, puisque au contraire, chez eux, le &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; est pr&#233;sent dans toutes les facs, est dispens&#233; par des &#233;crivains invit&#233;s &#224; r&#233;sider sur les campus, y installant une culture du texte, autorisant une reconduction de l'&#233;criture comme m&#233;tier, aussi bien qu'affirmant que l'art du r&#233;cit ou du po&#232;me n'est pas l'apanage de ceux qui &#233;tudient les Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors nous parlons depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70 (73, la date officielle des premiers d&#233;crets) d'&lt;em&gt;atelier d'&#233;criture&lt;/em&gt;, &#233;nonc&#233; qui ne saurait satisfaire, ambigu puisque chaque auteur a son propre atelier, mais au moins qui signe sa sp&#233;cificit&#233;. Et, depuis cette ann&#233;e, gr&#226;ce en particulier &#224; l'&#233;quipe de Paris VIII (projet en cours : que les &#233;tudiants en &lt;a href=&#034;http://www.maisondelapoesieparis.com/events/lancement-du-master-de-creation-litteraire-paris-8-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;master cr&#233;ation litt&#233;raire &#224; Paris VIII&lt;/a&gt; puissent valider un de leurs cr&#233;dits en venant pratiquer chez nous vid&#233;o ou photo ou son, et que ceux de chez nous qui souhaiteraient mettre l'&#233;criture en avant de leur d&#233;marche puissent sym&#233;triquement valider un de leurs cr&#233;dits &#224; Paris VIII), l'appellation &lt;em&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt; fait officiellement partie de la nomenclature des masters de Lettres de l'enseignement sup&#233;rieur, a priori une simple question de terminologie, mais une victoire symbolique sur la rigidit&#233; de d&#233;partements de Lettres scl&#233;ros&#233;s par genre et par si&#232;cles&#8230; Avec le risque maintenant du presque contraire : pas de fac qui ne souhaite disposer de son master Cr&#233;ation litt&#233;raire, et tout le monde s'y met avec ses petits exercices, on &#233;crit &lt;em&gt;sur soi&lt;/em&gt;, on &lt;em&gt;autofictionne&lt;/em&gt;, on a une approche tr&#232;s scientifique de la narration, des situations et des personnages. Pendant un an j'ai pu m'exercer &#224; tout cela comme prof invit&#233; &#224; l'universit&#233; de Montr&#233;al (UdeM) et Laval (Qu&#233;bec) en partageant les &#233;tudiants avec d'autres enseignants cr&#233;ation sur des pratiques tr&#232;s diff&#233;rentes, et de suivre aussi les &#171; masters de cr&#233;ation &#187; qui au Qu&#233;bec associent un travail de cr&#233;ation &#224; un travail de recherche analytique. Oui, il y a une sp&#233;cificit&#233; de la &lt;em&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt; et cela se travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en suis pas d&#233;positaire. Je crois que le meilleur de ce que m'ont apport&#233; les &#233;tudiants de Cergy cette ann&#233;e, c'est pr&#233;cis&#233;ment &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;cart avec les formes et genres h&#233;rit&#233;s&lt;/a&gt;. On s'est exerc&#233; &#224; la narration, on a fricot&#233; avec l'intensit&#233;, le fantastique, les inscriptions du r&#233;el et de la ville, on a mille exercices encore devant nous sur personnage, ville, cin&#233;tiques, oralit&#233;, mais le premier &#233;cart c'est dans la sp&#233;cificit&#233; m&#234;me du lieu d'o&#249; on requiert la litt&#233;rature : si elle est voix off dans un film ou l&#233;gende dans une &#171; &#233;dition &#187; de projet photographique, si elle est po&#232;me lanc&#233; sur un mur pour quelques jours, ou proclam&#233; en perf dans une des &#171; coordis &#187; du mardi, la litt&#233;rature joue pleinement, et tout ce qu'on a fait cette ann&#233;e c'est d'installer ces milles fils, qui partiraient de la salle de danse, de la petite salle aveugle de projection de film ou de la lumi&#232;re et de l'espace de la salle photo, jusque dans les alv&#233;oles du troisi&#232;me o&#249; on imprime et blogue, faire que le texte soit interrog&#233; comme tel, dans son histoire, ses enjeux, son esth&#233;tique, et qu'on y soit libre parce qu'on dispose de sa ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH360/mcc4-9fdc4.jpg?1749144230' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de pouss&#233;e spontan&#233;e des merveilles. C'est paradoxal &#224; Cergy, mais souvent, aux &#233;tudiants qui viennent me voir la premi&#232;re fois avec un petit trois pages consid&#233;r&#233; comme la derni&#232;re merveille du monde, la premi&#232;re r&#233;action c'est de proposer tout simplement de venir &#224; l'atelier, non pas une fois en passant, mais dans un de ces cycles happening du mercredi en amphi ou du jeudi en danse, et de me supporter parlant une heure d'Artaud ou Michaux puisque telle est ma pr&#233;rogative, parce qu'on ne se porte pas dans ces montagnes sans &#233;quipement, ou alors apr&#232;s, ou alors plus tard. Et il y a beaucoup &#224; faire aussi pour passer de la gestation du texte au texte comme &#233;cosyst&#232;me, histoire des formes de l'&#233;crit, e-inclusion et litt&#233;ratie num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que, dans ma pratique de cr&#233;ation litt&#233;raire, il y a une exigence de litt&#233;rature, que je ne propose pas de fa&#231;on historique, ni selon le genre et le si&#232;cle, mais que j'organise cette visite selon le concept de n&#233;cessit&#233; et d'arbitraire qui permet d'approcher tel texte, tel auteur, dans son surgissement, et la singularit&#233; qu'on peut y prendre pour soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque, une heure plus tard, nous travaillons en groupe sur les textes juste &#233;crits, qu'on y scrute syntaxes, logique, intuitions et prolongements, on est l&#224; aussi o&#249; la &lt;em&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt; s'enseigne, inclut un ensemble de param&#232;tres o&#249; le job, c&#244;t&#233; du prof, c'est de savoir les fonder doublement, au regard des imm&#233;diats enjeux du r&#233;el et de l'exp&#233;rience qu'on en fait (de la ville, du corps, de la fable) comme au regard de la biblioth&#232;que qui, comme le dit Lautr&#233;amont pour la po&#233;sie, est la biblioth&#232;que de tous et non d'un seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pour en venir &#224; quoi ? Comme d'hab, penser en marchant. Ci-dessus, dans &lt;em&gt;Art Press&lt;/em&gt; (et &lt;a href=&#034;http://www.beauxartsparis.com/formation/professeurs/479-l-ensba-recrute-2-professeurs-artistes-de-renommee-internationale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur leur propre site&lt;/a&gt;), la fa&#231;on dont l'ENSBA appelle &#224; candidature (ajoutons qu'il n'y a pas besoin de doctorat pour &#234;tre admis comme enseignant en &#233;cole d'art, mais que tout &#233;crivain peut candidater s'il peut justifier de huit ans d'exp&#233;rience dans son domaine en tant qu'activit&#233; principale &#8211; et un peu mal &#224; l'aise avec ce statut du doctorat universitaire requis dans le moindre comit&#233; et suivie de travaux) et l'intitule ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;professeur d'histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors non. Non au charabia. Non au m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'est pas assez d'&#233;crivains &#224; enseigner en &#233;cole d'arts, je m'en fiche pour les &#233;crivains, mais je m'en fiche pas pour le texte : le peintre parle et dit, le photographe pratique le r&#233;cit, le th&#233;oricien en appelle aux syntaxes, le filmeur &#233;crit des dialogues et ainsi de suite. Le texte est mati&#232;re &#224; m&#234;me le r&#233;el, et ce qu'on interroge ce n'est m&#234;me pas d'abord sa production, mais son r&#244;le et son enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5082 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH480/mcc3-00ea1.jpg?1749144230' width='480' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela commence &#224; se savoir qu'on fait du boulot. Il y a Enzo Cormann &#224; l'ENSATT, &#233;cole qui la premi&#232;re a institu&#233; l'&#233;criture comme une de ses composantes, alors qu'elle ne l'a jamais &#233;t&#233; au CNSAD ni au TNS (honte la France). Il y a de l'&#233;criture &#224; la HEAD Gen&#232;ve, mais pas &#224; l'ENSAD Paris. Il y a de l'&#233;criture &#224; Lyon (et j'esp&#232;re bien que J&#233;r&#244;me Mauche on verra sa binette &#224; Cergy l'an prochain qu'il nous raconte), Laure Limongi et d'autres au Havre, Eric Such&#232;re &#224; Saint-Etienne, puis pas mal d'intervenants ponctuels, et parfois des gabarits comme Espitallier, Quintane, Fiat, Pennequin mais voil&#224;, la liste est courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce billet pour seulement une chose : que l'&#233;criture soit une pratique, et une pratique noble, qu'elle ait sa place dans l'universit&#233; en g&#233;n&#233;ral, mais soit encore mieux chez elle en &#233;cole d'art, tant le texte se m&#234;le &#224; l'ensemble des d&#233;marches, c'est trop important, c'est trop vital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or on n'en est qu'&#224; l'amorce. Mais pr&#233;cis&#233;ment, il faut un peu de respect et de clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH360/mcc5-ce68e.jpg?1749144230' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour la litt&#233;rature, d'abord. Si l'ENSBA, pour remplacer le plus excellentissime de ceux qui portent le sel, le sang, le sens de la litt&#233;rature, souhaite un &lt;i&gt;professeur de litt&#233;rature&lt;/i&gt;, on ne lui reprochera pas qu'elle ne recrute pas plut&#244;t un &lt;i&gt;professeur de Lettres&lt;/i&gt;, qui serait l'appellation la plus exacte. Et je suis parfaitement d'accord s'il s'agit d'un professeur d'&lt;i&gt;histoire de la litt&#233;rature&lt;/i&gt; (mais ce n'&#233;tait pas du tout ce que proposait Pierre Bergounioux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ENSBA, apr&#232;s la clandestinit&#233; &#224; quoi elle m'a contraint il y a quelques ann&#233;es (on vous invite et r&#233;mun&#232;re pour le cours magistral, et vous faites ce que vous voulez en plus avec les &#233;tudiants mais on ne veut pas le savoir), souhaite prendre le train en marche et autoriser ses &#233;tudiants &#224; travailler leurs textes, suivre les pistes de l'invention narrative, alors qu'elle recrute un &lt;i&gt;professeur de cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; et ce n'est pas la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il s'agit seulement de dire &lt;i&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; parce que c'est plus &#224; la mode que le vieux mot de &lt;i&gt;litt&#233;rature&lt;/i&gt;, et inventer cette cat&#233;gorie b&#226;tarde d'un &lt;i&gt;professeur d'histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; alors il y a tromperie, esbrouffe. Ou alors ils parlent de &lt;i&gt;cr&#233;ation textuelle&lt;/i&gt;, qui aurait d&#233;j&#224; mieux pertinence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque, moi je veux bien &#8211; on ne doit pas &#234;tre si nombreux dans ce pays &#224; pouvoir dispenser un cours de r&#233;elle &lt;i&gt;histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; c&#244;t&#233; John Gardner ou &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3546' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Malt Olbren&lt;/a&gt; aux US, ou le magnifique travail de fondation accompli en France d&#232;s les ann&#233;es 70 par Anne Roche, Claudette Oriol-Boyer ou Elisabeth Bing &#8211; d'ailleurs il commence &#224; y avoir pas mal de th&#232;ses et travaux sur cette histoire-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, ce serait vraiment bien qu'ils ajustent un peu le tir s&#233;mantique, &#224; l'ENSBA &#8211; parce que, de toute fa&#231;on, leurs &#233;tudiants ne seront pas dupes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5083 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH360/mcc6-96501.jpg?1749144230' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enjeux | &#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3811</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3811</guid>
		<dc:date>2014-03-03T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>lire num&#233;rique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la prescription de lecture dans l'enseignement, et de l'institutionnalisation (enfin) de la cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot249" rel="tag"&gt;lire num&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3811.jpg?1387100785' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#199;a para&#238;t long, mais c'est 10 jours de boulot, et de conversations aussi, dense et belle conversation initiale avec A.T. &#224; Sciences Po, &#224; l'EnsaPC en permanence avec les amis profs, lors de l'&#233;change avec Alexandre Gefen &#224; Paris IV semaine derni&#232;re puis lors du stage Marrakech cette semaine.
&lt;p&gt;Hommage particulier &#224; Michel Chaillou, &lt;a href=&#034;https://digressions.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/12/11/et-michel-chaillou-s-en-est-alle-515888.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disparu cette semaine&lt;/a&gt; (voir aussi &lt;a href=&#034;https://martinritman.blogspot.fr/2013/12/michel-chaillou-ou-laventure-de-lecoute.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cahiers du chemin&lt;/a&gt;), longtemps enseignant &#224; Villetaneuse en parall&#232;le de son travail d'&#233;crivain, improvisateur consid&#233;rable sur la lecture et les marcheurs de la litt&#233;rature. Souvenir particulier de notre premi&#232;re rencontre, juste apr&#232;s mon premier livre en 1982 : &#171; Et maintenant, tu &lt;i&gt;dois lire tout&lt;/i&gt;. &#187; On s'est toujours vus, crois&#233;s, &#233;change et amiti&#233;, mais il y a eu un jour, vers 1998, soit bien quinze ans apr&#232;s, o&#249; je lui ai dit : &#171; Tu sais, Michel, je crois que &#231;a y est. &#8211;- &#199;a y est quoi ? -&#8211; Le &lt;i&gt;tu dois lire tout&lt;/i&gt; &#187;. C'est une autre question, de comment je lis diff&#233;remment, depuis 10 ans maintenant. Se souvenir de comment &#224; 80 ans il a &lt;a href=&#034;https://michel-chaillou.com/blog_notes.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lanc&#233; son blog&lt;/a&gt; et l'a tenu. D&#233;dicace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous r&#233;agissez &#224; cet article sur votre blog ou site, merci de me signaler le lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour ceux qui en concluraient un peu vite que la question de la &lt;i&gt;recommandation&lt;/i&gt; dans l'enseignement et de l'industrie du livre sont d&#233;sormais deux domaines s&#233;par&#233;s (bon, ils le sont), voici les livres que j'ai achet&#233;s le mois dernier, dans 3 librairies diff&#233;rentes (dont Le Livre &#224; Tours qui est ma base) : &lt;i&gt;Baudelaire&lt;/i&gt;, Walter Benjamin, &#233;dition Agamben (La Fabrique), &lt;i&gt;Cours sur la perception&lt;/i&gt;, Gilbert Simondon (PUF), &lt;i&gt;Apaisement&lt;/i&gt;, Journal VII, Charles Juliet (POL), &lt;i&gt;La photographie est interminable&lt;/i&gt;, Denis Roche (Seuil, Fiction &amp; Cie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Photo ci-dessus : biblioth&#232;que de l'Institut fran&#231;ais de Marrakech.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;1&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour cette belle discussion &#224; Sciences Po : quatri&#232;me ann&#233;e qu'on bosse ensemble, une r&#232;gle du jeu stricte que je commence &#224; comprendre et qui permet &#224; cette belle machine de tourner avec pr&#233;cision &#8211; on doit des compte sur le travail effectu&#233;, comme sur ce qu'on se propose de faire, le deal est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette question qui venait avec cette sorte d'&#233;vidence, alors qu'on avait parl&#233; de plein d'autres questions, contenus, &#233;valuation, pilotage, ou litt&#233;rature dans le contexte des autres enseignements, combien de fois je l'ai vue surgir, y compris en juin quand j'ai pass&#233; ce jury pour le &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100' class=&#034;spip_in&#034;&gt;concours de Cergy&lt;/a&gt; et &#224; laquelle (mon seul axiome dans ces cas le &lt;em&gt;carelessness&lt;/em&gt; de Bob Dylan) , j'avais r&#233;pondu de fa&#231;on assez provocante que c'&#233;tait pas mon job, que je venais pour faire &#233;crire et que &#231;a suffisait au programme &#8211; et &#231;a a march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;videmment, que c'est tout aussi bien le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;2&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas une question dans un paysage fixe, ni un paysage en ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette semaine, un grand &#233;v&#233;nement, un &#233;v&#233;nement d'importance dans le paysage institutionnel : alors que le nombre de masters officiellement pr&#233;sents dans la nomenclature officielle est r&#233;duit, gr&#226;ce &#224; l'&#233;quipe du &lt;em&gt;master cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt; de Paris VIII (Lionel Ruffel, Olivia Rosenthal, Vincent M&#233;nage et Maylis de Kerangal), l'appellation &lt;em&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt; vient d'entrer dans cette nomenclature. &#201;videmment une reconnaissance symbolique, mais l'enjeu institutionnel est grand : aux Beaux-Arts Paris on me r&#233;mun&#233;rait pour le cours en amphi et on tol&#233;rait que je fasse atelier clandestinement, &#231;a a dur&#233; 2 ans et au revoir &#8211; ils n'&#233;crivent donc jamais, leurs &#233;tudiants, contrairement aux n&#244;tres ? Ou sym&#233;triquement (puisqu'au Minist&#232;re de la Culture on est regroup&#233; dans la m&#234;me case), c&#244;t&#233; &#233;coles et conservatoires de th&#233;&#226;tre que l'ENSATT &#224; Lyon (rien, que je sache, ni au CNSAD ni au TNS) &#224; prendre au s&#233;rieux l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'initiative de Paris VIII, l'ajout de la mention &#171; cr&#233;ation litt&#233;raire &#187; dans la nomenclature des masters, c'est par ricochet, en &#233;cole d'art, la possibilit&#233; donn&#233;e &#224; un &#233;tudiant que le texte, dans ses multiples usages et traverses soit l'objet central de son dipl&#244;me. Encore faut-il le faire avec exigence et responsabilit&#233;. Pas besoin de normer, juste de montrer ce qu'on sait faire et comment on le fait, la diff&#233;rence s'&#233;tablira d'elle-m&#234;me, parce que toutes ces nouvelles guirlandes et petites ampoules brillantes &#231;a attire. Voir d&#233;j&#224; combien les facs propulsent de centaines d'&#233;tudiants en &#171; histoire de l'art &#187; ou en &#171; m&#233;diation culturelle &#187; (en esp&#233;rant qu'il reste quelque chose &#224; m&#233;diationner). Dans les d&#233;partements US, vous trouverez en histoire de l'art ou d'&#233;tudes romanistiques des &#233;tudiants de maths ou chimie qui peuvent ajouter &#231;a &#224; leurs cr&#233;dits et y trouver un lieu de curiosit&#233; et d'&#233;cart dans la r&#233;flexion, chez nous ce n'est pas tout &#224; fait comme &#231;a que &#231;a marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, au bout de ces quelques mois d'&#233;cole d'art, l'impression que la maturit&#233; conquise sur les outils num&#233;riques de cr&#233;ation vid&#233;o ou graphique ou son etc offre une belle panoplie professionnelle, et qu'on aura fait le job en amont, sur un contexte qui ne soit pas &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; technique, et qu'il y a quelque chose de &#231;a qui r&#233;sonne dans l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re r&#233;ponse : commencez par enlever le vieux pi&#233;destal des facs de Lettres et tous leurs &#8211; imes et &#8211; istes. Attention : on est dans un moment o&#249; les ateliers de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; en fac et &#233;coles d'ing&#233; se r&#233;pandent, le plus souvent d'ailleurs directement men&#233; par de &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jeunes charg&#233;s de cours&lt;/a&gt; ou ma&#238;tres de confs, et avec pour seule validation un cr&#233;dit optionnel &#8211; si j'insiste l&#224;-dessus c'est pour la th&#233;saurisation, la marche au grand jour, et, j'esp&#232;re, une &lt;i&gt;recherche&lt;/i&gt; sp&#233;cifique... Un peu de fluidit&#233; dans les facs, casser les fronti&#232;res horizontales des si&#232;cles et verticales des genres : c'est peut-&#234;tre &#231;a d'abord le pr&#233;alable, pour le &lt;i&gt;faire lire&lt;/i&gt;. Renverser cet axiome d'une &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; de l'&#233;criture comme activit&#233; macram&#233;, pour un petit suppl&#233;ment d'&#226;me &#224; c&#244;t&#233; des cours traditionnels et vous verrez qu'on en est tr&#232;s loin, de la r&#233;ponse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187; : quand on fait &#233;crire, on remet les choses dans l'ordre. L'autorit&#233; est dans l'&#233;criture m&#234;me, c'est &#231;a qu'il faut d'abord r&#233;pondre. Qu'il n'y a pas de solution individuelle (ah si, les marronniers de la presse et des &#233;tudes savantes et r&#233;mun&#233;r&#233;es par les sp&#233;cialistes de l'antienne &lt;i&gt;les jeunes qui ne lisent pas ma bonne dame&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;3&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui me suivent ici savent, pas d'aujourd'hui, et de plus en plus avec exp&#233;rimentation directe, l'importance pour nos pratiques de se situer par rapport aux pratiques qu&#233;b&#233;coises &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3632' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ou US&lt;/a&gt;. Le rapport &#224; l'h&#233;ritage litt&#233;raire et &#224; la pratique des auteurs se configure autrement, le dessin du d&#233;partement &lt;em&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt;, dans son autonomie souhait&#233;e ou non par rapport aux autres d&#233;partements, y compris de Lettres, sont &#224; r&#233;inventer selon chaque cas. Le rapport aux techniques d'&#233;criture, dans leur rapport aux genres, &#224; la transversalit&#233; artistique, au pragmatisme des usages aussi (sc&#233;narisation, &#233;critures arborescentes du jeu) s'annonce aussi dans la diff&#233;rence. Au Qu&#233;bec, l'association par exemple d'un m&#233;moire de recherche &#224; c&#244;t&#233; du texte de cr&#233;ation. Pour moi, un enjeu important dans la mesure o&#249; enfin nous allons pouvoir poser ces questions et pratiques comme &lt;em&gt;recherche&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des plus d&#233;sastreux souvenirs de mes 20 ans de pratique, c'est un monsieur Philippe Le Guillou, &#233;crivain propre sur soi et &#224; l'&#233;poque doyen des inspecteurs g&#233;n&#233;raux de Lettres, d&#233;clarer textuellement en pleine r&#233;union minist&#233;rielle (l'&#233;poque Jack Lang o&#249; minist&#232;re de la Culture et minist&#232;re de l'&#201;ducation &#233;taient r&#233;unis) : &#171; Faites ce que vous voulez dans les coll&#232;ges, vous n'entrerez jamais dans les lyc&#233;es&#8230; &#187;, et ce monsieur maintenant, tenez-vous bien, propose lui-m&#234;me un atelier d'&#233;criture &#224; Sciences Po&#8230; faut bien suivre le vent quand il tourne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons qu'on a quelques questions &#224; r&#233;gler nous aussi, dans la responsabilit&#233; d'intitul&#233;s li&#233;s &#224; la &lt;em&gt;cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/em&gt;, et que pour l'instant il n'y a aucune instance de th&#233;saurisation des pratiques, rien (pour l'instant, &#231;a pourrait venir vite j'esp&#232;re) pour ce qui serait un premier pas &#233;l&#233;mentaire : poser cette discipline comme &lt;em&gt;enjeu de recherche&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment on s'y prend, pour faire quoi, avec quels buts et quels r&#233;sultats, et quels &#233;changes internationaux &#233;tablis (dimension que je per&#231;ois encore plus d&#233;cisive apr&#232;s l'ann&#233;e Qu&#233;bec et les 2 derniers s&#233;jours US, ou nos &#233;tudiants Sciences Po qui, lest&#233;s de leurs ateliers artistiques, font leur 3&#232;me ann&#233;e en &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; &#224; Vancouver, Syracuse ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir que, si nous on ne bouge pas, l'enterrement se fera vite : voir la magnifique r&#233;alisation (attention, sur une base tr&#232;s US, personnages, situations, mais dr&#244;lement emball&#233;, l'outil est formidable) du cours participatif &lt;a href=&#034;https://iversity.org/courses/the-future-of-storytelling&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Future of the Storytelling&lt;/a&gt; sur le MOOC en anglais de l'universit&#233; de Potsdam. Et nous on fait quoi, l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pourrait int&#233;grer aussi, c&#244;t&#233; &#233;coles d'arts, la mise en ligne des m&#233;moires de 5&#232;me ann&#233;e, puisque c&#244;t&#233; universit&#233; dispositifs existent juste pour les th&#232;ses, et rien au niveau inter-&#233;coles, donc on va prendre les devants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer aussi tout &#231;a, pour l'instant, comme relevant de la responsabilit&#233; personnelle : pourquoi l'effort de le rendre visible sur son site personnel. Et vous faites quoi, les autres ? L'expression en ligne des enseignements, quand s'amorce la grande vague des MOOC (non pour suivre la mode, mais parce que renversement r&#233;el de la &lt;em&gt;position&lt;/em&gt; d'enseignants, et j'ai pu le voir de pr&#232;s aussi &#224; la NYU en mai), devrait &#234;tre une contrainte li&#233;e au contrat m&#234;me d'enseignement, &#231;a a &#233;t&#233; une de mes r&#233;ponses &#224; Sciences Po. Commen&#231;ons par mettre de l'air un peu de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, le reste suivra, y compris ce qu'on demande &#224; &lt;em&gt;lire&lt;/em&gt; et comment on l'appr&#233;hende en tant que t&#226;che collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avis &#224; la population, je r&#233;p&#232;te (on en parlait aussi lors de cette conversation initiale &#224; Sciences Po) : l'expression en ligne des enseignants, non par des sites croupions et sommaires biblios, mais par une implication r&#233;seau incluant la relation avec les &#233;tudiants et une part des contenus, devrait &#234;tre une &lt;i&gt;contrainte li&#233;e au contrat d'enseignement&lt;/i&gt;. Sinon, parlez-nous lecture tant que vous voulez. Formation et tout &#231;a ? Charriez pas, dix ans qu'on en parle, et les formations on sait les faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;4&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'autrefois, quand on devait justifier d'ateliers dans les zones sensibles, les gens qui accordaient les minces budgets (il n'a jamais fallu beaucoup, pour l'&#233;criture), nous sugg&#233;rant d'ajouter que les gamins, comme &#231;a, ils n'iraient pas br&#251;ler les voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la version moderne : faites-les &#233;crire, oui&#8230; mais vous &#234;tes s&#251;r que &#231;a leur permettra de lire comme on doit lire ? On a vu, il y a 10 ans, le beau mouvement lanc&#233; par Alain Viala pour un &lt;i&gt;sujet de cr&#233;ation&lt;/i&gt; au bac fran&#231;ais &#234;tre compl&#232;tement r&#233;cup&#233;r&#233; et b&#234;tifi&#233; en pastiches renfor&#231;ant encore l'&#233;crivain sur son socle, comme la statue de Louis XIV apr&#232;s chaque massacre de population civile&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pr&#233;sente donc renvers&#233;e : si c'est justifi&#233; par des r&#233;sultats en terme de lecture, l'atelier d'&#233;criture est autoris&#233;. Mais ni&#233; du m&#234;me coup, puisque son objet n'est pas dans ce qu'il produit ou &#233;nonce, mais dans le paysage vertical qu'il reconduit sans y toucher : venir s'incliner devant les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi c'est le premier axiome, au contraire, du &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; : que ce qu'il produit vaut comme objet d'&#233;nonciation neuf, qui nous agrandit dans le monde, cr&#233;e une interaction neuve entre celui qui &#233;crit et celui qui fait &#233;crire. De ce qu'induit ce d&#233;placement, il y a aussi les pratiques de lecture. Celles qu'on a explicitement convoqu&#233;es, celles auxquelles on pr&#233;pare. Mais la premi&#232;re t&#226;che de r&#233;flexion concerne cette &#233;nonciation neuve elle-m&#234;me, ses enjeux, et comment la construire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;5&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Sciences Po (au deuxi&#232;me semestre, soit 2 fois 12 s&#233;ances) j'ai un format de deux heures, &#231;a passe vite, et les &#233;tudiants ont souvent cours et avant et apr&#232;s. Je parle 35 minutes environ, ils &#233;crivent pendant 50 minutes, et il nous reste 35 minutes chrono pour lire, groupe limit&#233; &#224; 18 &#231;a le fait. &#192; Cergy j'ai un format de 3 heures, dans une r&#233;partition similaire : je parle 50 minutes, on a une heure pour &#233;crire et une heure pour lire, analyser, commenter, improviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, je m'arroge donc de conserver un espace (un temps) que je souhaite th&#233;orique, poser un territoire (c'est &#231;a mon id&#233;e ma&#238;tre : si le territoire est suffisamment bien d&#233;limit&#233;, le geste d'&#233;criture qu'on y tiendra ne sera pas une pratique d'apprentissage, mais l'apprentissage r&#233;sultera de que, sur ce territoire limit&#233;, on aura &#233;t&#233; &#224; &#233;galit&#233; de conditions de l'auteur qu'on y rejoint), et pour construire ce territoire en appeler &#224; une oeuvre en particulier, reconstruire la figure d'un auteur, donc deux &#233;l&#233;ments : 1, en quoi ce qu'on va faire nous &#224; titre d'exercice pouvait participer, pour le premier &#224; s'y &#234;tre risquer, d'un processus arbitraire et vital, 2, une fa&#231;on &#224; reconstituer et transmettre de cheminer vers la prise d'&#233;criture, d'en organiser le temps et le saut, et une histoire concr&#232;te et historicis&#233;e de publication et d'&#233;dition. Si je pars toujours d'un auteur du contemporain (Artaud n&#233; en 1986, Ponge, Sarraute ou Michaux en 1899 : ce sont nos grands-p&#232;res tut&#233;laires), je fais toujours l'effort de les repositionner dans leur propre h&#233;ritage. Je n'ai jamais deux cycles d'&#233;criture identiques, mais j'ai comme appui, pour les construire, qu'au terme des 12 s&#233;ances du semestre on ait balay&#233; une arborescence, &#224; charge pour chacun de s'y d&#233;placer, ou de la rejoindre quand le temps en sera venu. Peu m'importe qu'ils lisent Proust ou Montaigne, m'importe qu'on &lt;i&gt;ait fait le travail&lt;/i&gt; de les installer dans cette arborescence, avec des rep&#232;res pr&#233;cis pour qu'ils tiennent dans l'attente. &#199;a se fera deux ou trois ou dix ans apr&#232;s, mais &#224; ce moment-l&#224; le rep&#232;re aura servi. Rien de nouveau sous le soleil de la p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a pose d'autres questions : des proches font des ateliers d'&#233;criture beaucoup plus pr&#232;s de principes th&#233;matiques ou techniques, sans cet appui sur l'histoire litt&#233;raire contemporaine, et ma pratique n'invalide pas leur d&#233;marche. &#192; la question &#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187; j'aurais pu r&#233;pondre &#171; Mais pourquoi c'est &#224; moi et pas &#224; eux que vous le dites ? &#187; &#192; Cergy, de mon propre gr&#233; (ce n'&#233;tait pas une demande de l'&#233;cole), je propose en parall&#232;le, un mercredi matin sur deux, un cours d'amphi consacr&#233; &#224; un auteur. R&#233;sultat : 26 &#233;l&#232;ves &#224; l'atelier du mercredi apr&#232;s-midi, 14 &#233;l&#232;ves &#224; l'atelier du jeudi matin, et entre 12 et 14 pour les cours. Pas grave, &#224; moi &#231;a fait du bien, et merci &#224; eux de la pr&#233;sence. Mais le cours en amphi, ici, n'est pas un dogme pour l'enseignement, autre question ouverte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;6&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il fallait exploser la question m&#234;me ? Un enseignant de Villetaneuse (univ Paris XIII) constatait avec un peu d'amertume, l'autre jour, qu'&#224; peine fini son cours semestriel il voyait para&#238;tre les petites annonces d'&#233;tudiants qui revendaient leur poche des &lt;em&gt;Fleurs du Mal&lt;/em&gt;. La prescription de livres par l'universit&#233;, tous les libraires le confirmeront, a commenc&#233; sa chute libre il y a une dizaine d'ann&#233;es, et s'est stabilis&#233;e sur ventes r&#233;siduelles il y a trois ou quatre ans, ce n'est pas la lecture num&#233;rique qui est la cause de cette d&#233;gringolade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est plus haute : l'histoire des formes litt&#233;raires a toujours eu partie intimement li&#233;e &#224; l'histoire des formes priv&#233;es de circulation de l'&#233;criture. Mais ce d&#233;tour par une histoire non bas&#233;e sur le d&#233;coupage en si&#232;cles est d&#233;j&#224; antinomique avec les pratiques des universit&#233;s de Lettres. On condescendait &#224; ce qu'en haut, au Coll&#232;ge de France (Roger Chartier, et voir bien s&#251;r les travaux initiateurs de Lucien Febvre), ou &#224; c&#244;t&#233; (dans les IUT M&#233;tiers du Livre) on s'int&#233;resse &#224; ces questions. Pas possible de ne pas le regarder &#176;finement&#176;, avec un minimum suffisant de r&#233;solution du microscope. Les &#233;nonciations neuves d'aujourd'hui partent, comme &#231;a a &#233;t&#233; le cas &#224; toute &#233;poque, des usages priv&#233;s de l'&#233;crit, incluant les supports autant que les modes de circulation. C'est moins le cas &#224; SciencesPo, o&#249; la prise de notes dans tous les cours se fait sur laptop, mais &#224; Cergy si le lieu intime de l'&#233;criture pour un &#233;tudiant c'est son t&#233;l&#233;phone, je n'ai aucune raison de le dissuader d'utiliser le m&#234;me t&#233;l&#233;phone pour l'atelier d'&#233;criture. On interrogera seulement ce qui s'y corrobore : la taille de l'&#233;cran intervient-elle sur la fragmentation de l'&#233;crit, la tactique de stockage, compilation et mise en page, on l'&#233;tablit comment. Et m&#234;me si l'&#233;tudiant (&#224; Cergy o&#249; beaucoup ont commenc&#233; &#224; dessiner d&#232;s le coll&#232;ge, le &lt;em&gt;carnet&lt;/em&gt; reste tr&#232;s pr&#233;sent-), l'ordi (le sien propre via wifi, ou l'&#233;trange et fourmillante activit&#233; de la salle informatique acc&#232;s libre) et idem Sciences Po ou m&#234;me &#224; la cafet', trois &#233;tudiants qui sandwiches ensemble auront leur ordi ou t&#233;l&#233;phone devant eux et s'&#233;changent textes et info en parall&#232;le du processus m&#234;me de la parole (comme en cours d'ailleurs), je consid&#232;re que mon r&#244;le &#224; moi est de faire surgir la ressource dense dont j'ai besoin sur ce support m&#234;me. Faire qu'apr&#232;s le cours ou dans le cours m&#234;me, je puisse leur balancer Lautr&#233;amont, Rimbaud, &lt;em&gt;Le chef d'oeuvre inconnu&lt;/em&gt; de Balzac ou tout pareil un texte d'Artaud ou de Michaux que je consid&#232;re n&#233;cessaire, tout en sachant la position ill&#233;gale dans laquelle je me place de moi-m&#234;me (et Gallimard c'est pas des tendres, je l'ai appris &#224; mes d&#233;pends), puisque textes &lt;em&gt;sous droits&lt;/em&gt; et que leur lobbying r&#233;fute &#171; l'exception p&#233;dagogique &#187; reconnue aux US et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187; Oui, mais dites-le aussi &#224; Gallimard. Je go&#251;te peu les &#171; Russes &#187; qui pr&#244;nent, sous le nom de &#171; savoir commun &#187; le partage non-marchand des oeuvres, se d&#233;barrassant des questions li&#233;es &#224; l'ind&#233;pendance des auteurs en sugg&#233;rant que c'est &#224; l'&#201;tat de les subventionner (on peut seulement en d&#233;duire que leurs propres pratiques de lecture ne sont plus, depuis longtemps, d&#233;sirantes), mais l'&lt;em&gt;habeas corpus&lt;/em&gt; &#233;tabli de fait sur des oeuvres dont la valeur p&#233;dagogique est incontournable, de Char &#224; Beckett, est de plus en plus intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187; Si je n'ai droit d'enseigner qu'avec les oeuvres qui sont enfin lib&#233;r&#233;es par le domaine public, nous mourons tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;7&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il ne s'agit pas de prescrire un ou quatre livres pour le semestre et v&#233;rifier par une &#233;valuation quelconque qu'ils ont &#233;t&#233; lus, mais bien de les &lt;i&gt;&#233;quiper&lt;/i&gt;, &#224; leur insu si possible, pour un pacte d&#233;sirant qui permettra l'autonomie du chemin de lecture : savoir se rep&#233;rer et cheminer en fonction de ses propres imp&#233;ratifs, et non du bruit de l'industrie culturelle, et savoir comment accompagner son propre chemin d'&#233;criture par ce qui en fera le socle, le paysage, donnera l'appui pour le retravail. Si &lt;i&gt;apprendre &#224; lire&lt;/i&gt; est une expression qui vaut pour chacun de nous, il s'agit de progresser, dans le temps d'&#233;change qui est le contrat de d&#233;part, non vers la &lt;i&gt;prescription&lt;/i&gt; d'un livre particulier, &#231;a on y arrive toujours mais &#231;a finit avec le contrat semestriel, mais vers le r&#233;tablissement d'une pratique elle-m&#234;me dot&#233;e d'exigence, n&#233;cessitant un acte volontaire et une dur&#233;e. Non pas d&#233;terminer d'avance les lectures &lt;i&gt;n&#233;cessaires&lt;/i&gt; (mais seulement &#224; nos yeux... je l'ai appris durement l'an pass&#233; au Havre quand des &#233;tudiants de master m'ont r&#233;torqu&#233;, &#224; propos de Dosto&#239;evski : &#171; C'est votre biblioth&#232;que, monsieur, pas la n&#244;tre &#187;, me conduisant &#224; laisser &#224; d'autres mains, et &#231;a a l'air de se passer tr&#232;s bien d'ailleurs, la poursuite de l'atelier, mais j'en ai eu pendant des mois les yeux du dedans tout &#233;carquill&#233;s...), plut&#244;t les &lt;i&gt;armer&lt;/i&gt; pour que le chemin dans la librairie, physique ou num&#233;rique, ou dans la biblioth&#232;que, idem, offre ce qui nous fascine nous tous : la capacit&#233; arbitraire de hasard qui place devant vous le bon livre au bon moment. Ce qu'on doit construire, ce n'est pas une acquisition de savoir, c'est une facult&#233; de chemin autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de l&#224; aller plus loin : non, bien s&#251;r, la lecture est en elle-m&#234;me une progression historicis&#233;e, c'est m&#234;me une histoire passionnante en tant que tel (prendre n'importe quel titre de notre ami Alberto Manguel, y compris le dernier, &lt;em&gt;Le voyageur et la tour&lt;/em&gt;). Histoire des genres, des formats, des modes de publication en fonction des usages de lecture, nous en savons toujours plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul paradoxe, c'est que nous ayons pu, dans la r&#233;cente phase de stabilit&#233; marchande relative de production et diffusion du livre, passer cette question au second plan, la publication en poche repla&#231;ant dans un mode d'objet globalis&#233; l'histoire litt&#233;raire en elle-m&#234;me, quitte &#224; des recompositions non sans effet normalisant, la taille et les crit&#232;res de rentabilit&#233; de l'objet r&#233;gissant en partie le mode d'organisation et de s&#233;lection des contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, que nous ayons &#224; r&#233;apprendre l'histoire des formes br&#232;ves, &#224; r&#233;assouplir les fronti&#232;res fiction et non-fiction, que le roman a raval&#233;es sous sa domination (mais l&#224; aussi, question o&#249; le continent nord-am&#233;ricain a repris une longueur d'avance), cela bien s&#251;r interf&#232;re sur les contenus m&#234;me que nous prescrivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me sens pas tenu &#224; la question &#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187; si elle n'est pas d'embl&#233;e associ&#233;e &#224; ce dont j'ai besoin qu'on le lise. &lt;i&gt;Faire lire&lt;/i&gt; n'est pas une expression intransitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faire lire &#187; Rimbaud, ce n'est pas (seulement) le &lt;em&gt;Bateau ivre&lt;/em&gt; ou le &lt;em&gt;Dormeur du Val&lt;/em&gt; au lyc&#233;e (on devrait l'interdire pendant dix ans moratoires), c'est travailler sur le concept de ville dans le hiatus entre les &lt;em&gt;Fleurs du Mal&lt;/em&gt; et les &lt;em&gt;Po&#235;mes en prose&lt;/em&gt; de Baudelaire, y situer le coup de force des &lt;em&gt;Illuminations&lt;/em&gt; et entrer techniquement dans leur mode d'&#233;criture, sauts de focale &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me paragraphe, dominante de la phrase nominale, unit&#233; textuelle d&#233;tach&#233;e d'un format unifi&#233;, et pouvant &#234;tre raval&#233; &#224; la phrase m&#234;me. La composition &#171; livre &#187; elle-m&#234;me des &lt;em&gt;Illuminations&lt;/em&gt; par Verlaine en 1891 est un geste li&#233; aux conditions pr&#233;cises de publication d'une &#233;poque, et qu'il nous est loisible de r&#233;examiner. Si je ne touche pas &#224; &#171; l'unit&#233; Verlaine &#187; des &lt;em&gt;Illuminations&lt;/em&gt;, si je les propose en epub &#224; mes &#233;tudiants, c'est pour leur sugg&#233;rer qu'on peut tr&#232;s bien les lire sur son t&#233;l&#233;phone dans les transports en communs, et que la litt&#233;rature ne s'en sentira que mieux, ainsi remise au contact du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;8&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons quand m&#234;me les choses au point : &#224; Cergy on a biblioth&#232;que municipale et universitaire dans un rayon de 200 m&#232;tres (y compris des &#233;tudiants qui ont un job d'accueil et d'animation &#224; la biblioth&#232;que municipale), et la plupart vivent &#224; Paris : je ne leur demande pas d'&lt;em&gt;acheter&lt;/em&gt; un ou des livres, mais je sais bien (&#224; un taux d'ailleurs nettement plus r&#233;actif qu'en fac) que s'ils jugent qu'un livre leur est n&#233;cessaire ils se le procureront. La question est d'ailleurs dans la &lt;em&gt;prescription&lt;/em&gt; m&#234;me : Patrice Rollet, en charge du film, rappelait jeudi &#224; une &#233;l&#232;ve cette remarque de Barthes, disant qu'en musique il y avait les oeuvres qu'il aimait jouer (Schuman par exemple) et celles qu'il avait besoin d'&#233;couter, et que &lt;i&gt;ce n'&#233;tait pas les m&#234;mes&lt;/i&gt;. Il s'agissait l&#224; de savoir si l'&#233;tudiante, qui venait de proposer une vid&#233;o pas loin de l'univers des premiers films de Garrel, en avait besoin comme appui esth&#233;tique. Je n'ai pas &#224; prescrire forc&#233;ment les livres proches du travail de l'&#233;tudiant. Mais mon job, &#224; chaque nouveau texte ou projet, c'est de le mettre en relation avec des d&#233;marches qui ont d&#233;j&#224; pos&#233; ou explor&#233; ce territoire ou un territoire proche. D'abord pour &lt;em&gt;autoriser&lt;/em&gt; : dans la premi&#232;re gestation d'un projet ou d'un texte, tout est maladroit et fragile, on n'a pas ampleur ni mati&#232;re. Je dois aider &#224; concr&#233;tiser l'anticipation de la forme en devenir, et fournir les outils qui aideront &#224; la visualiser. La prescription de lecture est radicalement &#224; l'&#233;cart : combien de fois, m&#234;me &#224; Sciences Po ou &#224; Cergy, &#224; la r&#233;ponse &#171; tu lis quoi &#187; s'&#234;tre entendu r&#233;pondre &#171; Le parfum &#187; ou livres comme &#231;a. Sugg&#233;rer qu'il y a l&#224; &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; une discipline. Qu'il ne s'agit pas d'un m&#233;dicament, mais que c'est un peu comme courir ou autre fitness, le plaisir vient en pratiquant : 30 minutes de Balzac le soir, vous dites, docteur ? Ben oui, Balzac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question &#224; double tranchant en &#233;cole d'art : j'ai tendance &#224; poser des lectures comme obligatoires d&#232;s lors qu'on veut &lt;em&gt;&#233;crire&lt;/em&gt; : le &lt;em&gt;Journal&lt;/em&gt; de Kafka, ou deux ou trois Blanchot, &#231;a en fait partie, irr&#233;ductiblement. Mais on leur impose pas forc&#233;ment Watteau pour la peinture, on en construit le d&#233;sir, on en am&#233;nage la pr&#233;sence &#8211; job de prof.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je joue la carte de la librairie. &#8211;- Tu habites o&#249;, &#224; Paris ? Ben va voir l&#224;. Tu es d'Orl&#233;ans : tu connais les Temps modernes ? Et on pousse le vice : va chez Gibert une heure, regarde Du Bouchet et Jab&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais d&#233;missionn&#233; de l'amour du livre, j'&#233;nonce simplement que, si nous avons la lecture comme d&#233;fi, &#231;a impose un peu de complexit&#233; et d'invention dans l'approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et reste le constat : c'est bien souvent que moi-m&#234;me je me prom&#232;ne sans livre dans ma musette, m&#234;me si j'en ai 3000 dans l'ordi et 150 dans le Kindle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;9&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Puis quand m&#234;me corollaire pour les auteurs : quelqu'un comme Chevillard, tout le monde est pass&#233; r&#233;guli&#232;rement sur son blog (mais &#201;ric n'y sugg&#232;re pas de lecture), y compris parmi nos &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; qui appartient la prescription de litt&#233;rature ? Le web prend le relais de l'ancienne instance de la presse litt&#233;raire, beaucoup trop accapar&#233;e par le consensuel ou l'actualit&#233; de saison : rappelons que 500 titres font 66% du CA de l'&#233;dition, et que le temps moyen d'un livre en librairie est de 5 semaines. Nous n'avons pas, pour nos prescriptions p&#233;dagogiques, &#224; n&#233;gocier ni entretenir un tel syst&#232;me. Des outils neufs naissent, comme Babelio, mais dans l'espace de la recommandation loisir. C'est dans l'univers des blogs et r&#233;seaux que s'installent les nouveaux espaces de &lt;i&gt;recommandation&lt;/i&gt; : voir l'usage que font de Facebook des Andr&#233; Markowicz, Micha&#235;l Gl&#252;ck, Jacques Serena ou d'autres. Des noms comme Chevillard ou Claro existent donc pour nos &#233;tudiants, ou dans les facs &#233;trang&#232;res comme pareillement des oeuvres web disposent maintenant d'une reconnaissance auctoriale &#224; m&#234;me niveau symbolique que celle du livre, voir par exemple Philippe De Jonckheere pour &lt;a href=&#034;https://www.desordre.net/blog/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;sordre&lt;/a&gt; ou Pierre M&#233;nard pour &lt;a href=&#034;https://www.liminaire.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Liminaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, &#224; nous de ramer pour signaler l'existence d'oeuvres majeures comme celle de Volodine, il ne nous file pas le coup de main. Pour m'en tenir &#224; deux proches que je respecte, et 20 ans de moins que moi, le choix subjectif et esth&#233;tique de Tanguy Viel ou Philippe Vasset de se tenir en dehors de sites et r&#233;seaux &#8211; pour ce qui est de leur travail litt&#233;raire &#8211;- nous prive pour chacun de leur espace sp&#233;cifique de &lt;i&gt;recommandation&lt;/i&gt;, c'est pourtant l&#224; qu'on en aurait besoin (souvenir de la conf Tanguy Viel &lt;a href=&#034;https://www.ecrivainsenborddemer.fr/Video/Video/tanguyviel.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur litt&#233;rature am&#233;ricaine&lt;/a&gt; en juillet dernier &#8211; et corollaire du corollaire : comment utiliser un outil tel que cette conf, libre et accessible sur le web, sans s'immerger soi-m&#234;me dans les pratiques r&#233;seau, en tant qu'auteur, en tant qu'enseignant ?). Et donc le risque, qui n'existait pas avec cette intensit&#233; il y a 3 ou 4 ans, que ce choix les cantonne dans un univers qui n'est plus que marchand. J'assume toute l'exag&#233;ration de mon petit chapitre d'&lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; sur les &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2368' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;crivains imperturbables&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224;, c'est la question &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; de la lecture qui est pos&#233;e, beaucoup plus que celle d'une responsabilit&#233; individuelle du prof dans l'effectivit&#233; de sa &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;. En septembre dernier, un des bouquins les plus singuliers et socialement critiques qui ait paru, c'&#233;tait Emmanuelle Heidsieck, &lt;i&gt;&#192; l'aide, ou le rapport W&lt;/i&gt;, chez Inculte : sans la prise en main directe de la &lt;i&gt;recommandation&lt;/i&gt; par les auteurs (pas E.H, mais l'ensemble des auteurs agissant collectivement sur le r&#233;seau, et pas seulement les &#233;diteurs ni les lecteurs), quelle chance pour une oeuvre contemporaine de passer &#224; travers les mailles molles de m&#233;dias t&#233;tanis&#233;s par leur propre crise ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;10&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons sur un dernier point : &lt;em&gt;lire&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;lire de la litt&#233;rature&lt;/em&gt; ce n'est pas tout &#224; fait pareil, quand on rajoute le d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire, c'est reconstruire mentalement une repr&#233;sentation du monde qui n'appartient pas &#224; l'espace sensible et &#224; l'exp&#233;rience imm&#233;diate. Ce faisant, nous b&#233;n&#233;ficions d'un &#233;largissement consid&#233;rable, qui par la litt&#233;rature s'est autonomis&#233; en tant que forme : l'objet reconstituant cette repr&#233;sentation devient ind&#233;pendant de la r&#233;alit&#233; qui le constitue, soit temporellement (hier soir, je lis l'enqu&#234;te d'H&#233;rodote comme je suis l'alunissage de la sonde chinoise), soit du point de vue de la r&#233;alit&#233; consid&#233;r&#233;e comme exp&#233;rience : je ne demande pas au &lt;em&gt;Colonel Chabert&lt;/em&gt; d'avoir exist&#233;, et Balzac n'avait vu Saumur que 40 minutes &#224; l'aube, une fois dans sa vie, quand il a &#233;crit &lt;em&gt;Eug&#233;nie Grandet&lt;/em&gt; (&#171; Toute po&#233;sie proc&#232;de d'une rapide vision des choses &#187;, dit-il).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute son histoire, le &lt;em&gt;livre&lt;/em&gt; moderne n'a cess&#233; d'int&#233;grer et r&#233;viser cet enracinement dans un &lt;em&gt;lire&lt;/em&gt; qui le pr&#233;c&#233;dait, et participait de cette relation au monde en tant que telle. Mais, et ce n'est pas d'aujourd'hui -&#8211; je &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique63' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rab&#226;che sans cesse&lt;/a&gt; ma relecture du &lt;em&gt;Peintre de la vie moderne&lt;/em&gt; de Baudelaire pour nous en donner le vocabulaire, notre relation au monde, en tant que nous savons la transporter &#224; distance par d'autres modes que le r&#233;cit, n'est plus r&#233;duite, pour ce qui d&#233;passe l'univers sensible et l'exp&#233;rience imm&#233;diate, &#224; la transposition dans les formes et univers du &lt;em&gt;lire&lt;/em&gt;. Le savoir, qui exigeait le &lt;em&gt;livre&lt;/em&gt; pour se reconfigurer mat&#233;riellement &#224; port&#233;e imm&#233;diate de vos usages et pratiques, devient disponible par d'autres vecteurs, et dans des formes temporelles in&#233;dites : voir comment s'actualisent en temps r&#233;el les articles concernant la chirurgie cardiaque sur une base de donn&#233;e m&#233;dicale. En m&#234;me temps, ce d&#233;calage &#224; la fois dans le temporel et la disponibilit&#233; d&#233;cale aussi le r&#244;le et la notion, tout aussi historicis&#233;s, de l'&lt;em&gt;auteur&lt;/em&gt;. On sait, voir Viala, que le mot &lt;em&gt;&#233;crivain&lt;/em&gt; est une invention du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant travailler cette semaine les &#233;tudiants sur le relais des 480 &lt;em&gt;I remember&lt;/em&gt; de Joe Brainard (28 ans &#224; sa publication) aux 480 &lt;em&gt;Je me souviens&lt;/em&gt; de Perec (41 ans &#224; publication), l'id&#233;e qu'&#233;crire sur le m&#234;me territoire, et en faisant contrainte de l'invention initiale, &#224; la fois pouvait aller plus loin que &lt;em&gt;traduire&lt;/em&gt; (voir aussi le curieux rapport entre le fondamental &lt;em&gt;How to write&lt;/em&gt; de Gertrude Stein, si n&#233;cessaire &#224; nos parcours de &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt;, &#233;tudiants, exigez-le de vos intervenants !, et &lt;em&gt;L'Art Poetic'&lt;/em&gt; d'Olivier Cadiot), et en m&#234;me temps bouleversait cette notion m&#234;me de l'auteur f&#233;tichis&#233; : livre qui vaut parce qu'on prend soi-m&#234;me la place de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;, dans cette discussion l'autre matin &#224; SciencesPo, j'ai &#233;largi le champ : en &#233;conomie, en droit, en sociologie et toutes autres disciplines humaines et sociales (j'aime pas trop le mot &lt;em&gt;science&lt;/em&gt; pour nos affaires de langage), la &lt;em&gt;biblioth&#232;que&lt;/em&gt; reste le lieu de r&#233;f&#233;rence, l&#224; o&#249; on s'assemble pour le co-travail, mais d'abord le rapport dense &#224; soi-m&#234;me par le rapport au travail (la r&#233;daction solitaire d'un expos&#233;), et surtout la consultation (assist&#233;e ou pas, recommand&#233;e ou pas : mais ce en quoi l'&#233;cole est pr&#233;sente dans la structuration m&#234;me de ce qu'elle propose, ou sa responsabilit&#233; dans le &lt;em&gt;moteur&lt;/em&gt; de recherche qui les organise&#8230; cet &#233;t&#233; tout Sciences Po est pass&#233; sous syst&#232;me Google pour les mails et l'Intranet, quelles cons&#233;quences pour le tri des ressources p&#233;dagogiques ? c'est une question, pas une critique&#8230;), enfin le transfert et l'appropriation des ressources : ce qu'on d&#233;pose dans son propre &lt;em&gt;cloud&lt;/em&gt;, ce qu'on organise et hi&#233;rarchise dans son espace &lt;em&gt;end note&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;zotero&lt;/em&gt; (la capacit&#233; &#224; reconstruire via liens et flux un espace personnalis&#233; de ressources).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un monde num&#233;rique qui s'oppose &#224; un monde bas&#233; sur la circulation d'objets mat&#233;riels : pour la m&#233;decine ou le droit ou l'astronomie, qui opposerait le num&#233;rique aux autres usages ? C'est ce que j'ai trouv&#233; d'important comme basculement conceptuel (sur la &lt;em&gt;fracture num&#233;rique&lt;/em&gt; par exemple) dans le &lt;a href=&#034;https://www.cnnumerique.fr/inclusion/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;cent rapport&lt;/a&gt; du Conseil national num&#233;rique. Il y a que le num&#233;rique est d&#233;j&#224; impliqu&#233; organiquement dans notre relation au monde, qu'elle soit pour acqu&#233;rir (se documenter, savoir, assister &#224;) ou pour interf&#233;rer (&#233;crire, propulser, construire). L'interrogation, la mise en exp&#233;rience et la repr&#233;sentation de notre relation au monde incluent en tant que telles cette instance num&#233;rique d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence : la biblioth&#232;que de Sciences Po propose environ 35 000 ressources num&#233;riques, budget bien plus consid&#233;rable que celui de l'achat de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pose un autre ensemble de questions, consid&#233;rables : sur l'ergonomie, sur la m&#233;morisation, sur la contribution (Wikipedia), sur la distance critique, sur l'orientation dans la profusion, et accessoirement sur comment le faux primat du support (par exemple le &lt;em&gt;livre num&#233;rique&lt;/em&gt;) peut servir &#224; renforcer la domination de la daube marchande sur le vivant et le fragile. Mais ces questions, &#231;a s'appelle la &lt;em&gt;culture num&#233;rique&lt;/em&gt;, les facs qu&#233;b&#233;coises ont d&#233;j&#224; ouvert des postes pour cet intitul&#233; d&#232;s le premier cycle, en France on en est loin. Et &#231;a vaut aussi pour l'instance &lt;em&gt;politique&lt;/em&gt; de la ma&#238;trise de l'outil, jusque dans la question &#171; quel traitement de texte &#187; (ou pas, d'ailleurs), de la structuration de documents (si on veut une table des mati&#232;res &#224; son m&#233;moire, il faut apprendre les &#171; styles &#187; de son OpenOffice ou de son &#171; Word), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela pose la question des ressources elles-m&#234;mes. Sur ces 35 000 ressources num&#233;riques propos&#233;es par la biblioth&#232;que (qui ne s'est pas rebaptis&#233;e &lt;em&gt;learning center&lt;/em&gt; comme &#224; l'Essec, j'y reviendrai, merci la langue), 14 concernent la litt&#233;rature (par erreur ?), dont 1 seule en fran&#231;ais (parce qu'incluse d'office dans je ne sais quel bouquet Elsevier ?), les &lt;em&gt;&#201;tudes balzaciennes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question donc d&#233;cisive. Il y a 6 ans exactement, quand j'avais lanc&#233; &lt;i&gt;publie.net&lt;/i&gt;, l'id&#233;e c'&#233;tait bien de proposer des ressources num&#233;riques accessibles en tant que telles aux biblioth&#232;ques, libre usage, catalogage etc, et on y a travaill&#233; dur de dur. Aujourd'hui, on n'a pas cass&#233; le plafond de verre, une quarantaine de grandes bibs abonn&#233;es (et immense merci) mais il en aurait fallu le double pour une viabilit&#233; mini, et donc d&#233;cision claire pour moi de revenir au web, sauter cette &#233;tape du livre num&#233;rique (les gros &#233;diteurs ont vraiment install&#233; un tir de barrage et ils continuent, faut de masse critique suffisante, l'usage prend d'autres chemins). Gallica/BNF, qui pourrait jouer ce r&#244;le-l&#224;, s'occupe beaucoup plus de commercialisation des &lt;em&gt;indisponibles&lt;/em&gt; que de p&#233;dagogie, et la Commission num&#233;rique du CNL attribue 7 millions d'euros par an aux m&#234;mes &#233;diteurs pour la num&#233;risation de leur fonds (ils sont d'ailleurs dans cette commission et se les auto-attribuent) sans un regard ni un centime pour les lieux de r&#233;flexion et cr&#233;ation web, tout va bien dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;11&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;, ma r&#233;ponse pourrait donc simplement &#234;tre celle-ci : &#8211;- Ne me concerne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de r&#233;tablir un pacte d&#233;sirant, o&#249; la pluralit&#233; circulante de la &lt;i&gt;recommandation&lt;/i&gt; &#8212; compte plus que la prescription verticale en &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'on me demande des comptes une fois que les autres profs, ceux qui enseignent par si&#232;cles, n'ont pas de site web et se la p&#232;tent sur l'&#233;criture cr&#233;ative, auront eux-m&#234;mes rendu des comptes. J'attends que vous m'autorisiez les ressources num&#233;riques n&#233;cessaires, parce que c'est votre job et pas le mien, qui est de prescrire, mais pas dans un mode obsol&#232;te de contenus r&#233;gis par la loi marchande. &#199;a vous int&#233;resse, les prix litt&#233;raires, &#231;a joue quoi que ce soit de vital pour nos &#233;tudiants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;, bien s&#251;r je ne me d&#233;file pas. Et j'aime &#224; croire que sur la s&#233;dimentation de 12 semaines, quand on est le premier &#224; leur parler de Poe ou de Borges, ou de Bernhard, ou de Ponge et Michaux, ou bien que Balzac et Rimbaud c'est un peu diff&#233;rent que ce qu'ils en ont retenu, je n'ai pas l'impression de passer &#224; c&#244;t&#233; du job, ni aujourd'hui, ni hier ni jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement voil&#224; : la notion d'&#233;criture, dans sa pratique et l'organisation collective de cette pratique, c'est un enjeu qui ne se d&#233;termine pas par celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si cet enjeu pr&#233;cis, &#171; Et pour les faire lire vous faites comment ? &#187;, doit avoir une expression, alors que la soci&#233;t&#233; s'organise elle-m&#234;me pour un petit push de curseur sur 2 points tr&#232;s pr&#233;cis : un, l'exception p&#233;dagogique, deux, que la litt&#233;rature soit prise au s&#233;rieux en tant que ressources num&#233;riques mises &#224; disposition des usages r&#233;els des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'&#233;criture cr&#233;ative, comme la culture num&#233;rique, sont des enjeux &#224; prendre en consid&#233;ration pour eux-m&#234;mes (et c'est bien le cas &#224; Sciences Po, merci Astrid), sans &#234;tre surd&#233;termin&#233;s par la question de la lecture. Et c'est paradoxe de funambule : c'est justement pour &#231;a qu'on y arrive, nous autres, parce qu'on ne regarde pas le vide dessous, et qu'on traverse &lt;i&gt;quand m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enjeux contemporains : de la d&#233;marcation fiction/non-fiction (m&#224;j 3)</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3881</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3881</guid>
		<dc:date>2014-02-08T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>roman (th&#233;orie du)</dc:subject>
		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>
		<dc:subject>Lang, Luc</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;dans l'affirmation am&#233;ricaine de la cat&#233;gorie &#034;non fiction&#034; de la litt&#233;rature, savoir ce qui se joue pour nos pratiques de cr&#233;ation et transmission&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;roman (th&#233;orie du)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot840" rel="tag"&gt;Lang, Luc&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3881.jpg?1391769700' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Fiction, non fiction : dans la librairies US, la d&#233;marcation est claire. Dans nos biblioth&#232;ques personnelles aussi.
&lt;p&gt;Dans l'enseignement de la litt&#233;rature, dans la hi&#233;rarchie sociale des genres (l'uniformisation marchande du roman), dans la fa&#231;on dont on pense nos cycles et outils de cr&#233;ation litt&#233;raire, mais aussi dans notre &#233;criture personnelle et comment le web d&#233;place les questions de documentation, r&#233;f&#233;rencement, agencement des strates dans l'&#233;criture, une mutation certaine est en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est une &#233;bauche, dans un dialogue principalement avec Luc Lang &#224; partir de son important &lt;a href=&#034;http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/Delit-de-fiction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;lit de fiction&lt;/a&gt; (Folio Essais, 2011), et Alison James, de l'universit&#233; de Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il recoupe des discussions pour moi amorc&#233;es en 2009/2010, &#224; partir de le r&#233;flexion sur nos approches de la cr&#233;ation litt&#233;raire &#224; l'universit&#233;, principalement avec Ren&#233; Audet (Qu&#233;bec/Laval) et Beno&#238;t Melan&#231;on (Montr&#233;al/UdeM) et r&#233;cemment, &#224; Berkeley avec Eglantine Colon (son intervention &#224; Leicester), &#224; Madison avec Josh Armstrong ou &#224; Montpellier avec les amis Arnaud Ma&#239;setti, S&#233;bastien Rongier, Gilles Bonnet (Lyon II), et encore tout r&#233;cemment avec Alexandre Gefen &#224; Paris IV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment depuis l'approche de l'&#233;criture web, comme de la pratique collective du &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, que je peux trouver mon propre &#233;quilibre dans une question qui me semble de plus en plus d&#233;terminante, et o&#249; Gracq et Claude Simon sont des balises majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lecture hors ligne, t&#233;l&#233;charger version PDF :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4797 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/pdf/fiction_non-fiction-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 74.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772396308' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Photos ci-dessus : ordis, universit&#233; de Madison (Wisconsin), octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est une phrase de Maurice Blanchot qui me semble d&#233;cisive : &#171; &#233;crire est intransitif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance actuelle de la d&#233;marcation fiction/non-fiction, telle qu'elle s'est &#233;tablie aux Etats-Unis mais continue d'&#234;tre en France une barri&#232;re qui rench&#233;rit la domination commerciale d'une norme en bonne partie obsol&#232;te du roman, n'est pas une d&#233;marcation neuve dans notre litt&#233;rature : &#224; chaque point de croisement entre Rabelais et Montaigne, on d&#233;couvre comment la m&#234;me r&#233;f&#233;rence ou le m&#234;me appel au r&#233;el dans l'&#233;criture conduit &#224; la m&#234;me veine de sens, y compris la plus subversive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette imbrication de la qu&#234;te de r&#233;el par l'&#233;criture, l&#224; o&#249; le r&#233;el ne se construit pas de lui-m&#234;me comme repr&#233;sentation, n'a jamais cr&#233;&#233; de ligne de partage entre &#233;criture fiction et non-fiction : l'inscription &#171; non-fiction &#187; de la ville chez Nerval (&lt;i&gt;Promenades et souvenirs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Nuits d'octobre&lt;/i&gt;, voire en bonne partie ses &lt;i&gt;Illumin&#233;s&lt;/i&gt;) est au m&#234;me niveau de d&#233;chiffrement du r&#233;el urbain neuf que son inscription po&#233;tique dans les &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; ou fictionnelle dans &lt;i&gt;Maldoror&lt;/i&gt;. La sp&#233;cificit&#233; de l'invention litt&#233;raire pour la construction de r&#233;el est aussi radicale dans Chateaubriand que dans les fictions qui &#8211; cinquante ans plus tard &#8211; ne s'intitulent pas &#171; roman &#187; mais &#171; m&#339;urs &#187; (&#171; m&#339;urs &#187; pour &lt;i&gt;Le Rouge et le noir&lt;/i&gt;, &#171; m&#339;urs de province &#187; pour &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la toile de fond sur laquelle un certain nombre d'&#339;uvres-cl&#233; du XXe si&#232;cle vont &#233;tablir un champ neuf de la litt&#233;rature, non pas relayant ou rendant obsol&#232;te la d&#233;marche fictionnelle, mais situant l'&#233;criture dans le champ m&#234;me de leur opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le mouvement-cl&#233; qu'il me semble distinguer chez Claude Simon &#224; partir de &lt;i&gt;L'acacia&lt;/i&gt;, culminant dans &lt;i&gt;Le jardin des Plantes&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le tramway&lt;/i&gt;. C'est aussi cette s&#233;paration d'avec le recouvrement romanesque dont t&#233;moigne Gracq en passant du &lt;i&gt;Rivage des Syrtes&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Lettrines I &amp; II&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/i&gt; : on d&#233;cortique le processus fictionnel (chez Balzac, chez Stendhal ou chez Proust), et on l'applique de fa&#231;on non-fictionnelle &#224; des &#233;l&#233;ments de r&#233;el neufs (la construction de Beaubourg, l'atterrissage &#224; Chicago, une lande en Bretagne), qui pourront eux-m&#234;mes se recomposer alors (&lt;i&gt;La Presqu'&#238;le&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les eaux &#233;troites&lt;/i&gt;) en livres participant organiquement du geste m&#234;me de ce qu'on demandait au roman. M&#234;me complexit&#233; quand Marguerite Duras, &#224; partir des ann&#233;es 70, interroge son &#339;uvre d&#233;j&#224; constitu&#233;e pour une nouvelle strate de fictions (de &lt;i&gt;L'Amour&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;&#201;crire&lt;/i&gt;) o&#249; l'interrogation sur le r&#233;el et l'&#233;criture se fait depuis l'int&#233;rieur m&#234;me de la tension &#233;criture-r&#233;el cr&#233;&#233;e par les vingt ann&#233;es de fictions qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Ajouter le socle que constitue, pour l'imaginaire m&#234;me du r&#233;el, les &#171; m&#233;thodes &#187; et stratification d'approches langagi&#232;res qu'a inaugur&#233;es Francis Ponge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;el est toujours plus complexe que ce que nous en percevons et comprenons. Complexit&#233; qui n'est pas un processus neuf : l'argent chez Balzac est une part d&#233;cisive du r&#233;el, qui d&#233;finit l'intention et la prise romanesque, mais suppose le d&#233;tour par l'abstrait et le non perceptible. Mais l'explosion des mod&#232;les urbains, le statut autre du sujet, exacerbent ces processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie du roman a toujours &#233;t&#233; sa capacit&#233; de saut en avant dans cet espace du non-repr&#233;sent&#233;. Aux grandes &#233;pop&#233;es du narrateur omniscient, sont venus r&#233;pondre les narrateurs &#233;clat&#233;s de Faulkner (la somme des repr&#233;sentations de chaque narrateur d&#233;finit un mode concret du r&#233;el inaccessible sans cette m&#233;diation de chacun des narrateurs, mais liquidant donc la possibilit&#233;, que Proust paye de l'inach&#232;vement de sa spirale, d'un r&#233;el globalement repr&#233;sent&#233; dans le livre). La ville qui rassemble l'&#339;uvre balzacienne n'est plus une unit&#233; dans le &lt;i&gt;Fall of America&lt;/i&gt; de Ginsberg, qui totalise les modes d'entr&#233;e (en avion, train, automobile) dans chaque ville successive, pour tenter un portrait imaginaire de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a une fonction essentielle que porterait sp&#233;cifiquement la fiction, parmi l'ensemble litt&#233;rature, comment assumer que cette fonction l&#224;, au plus imaginaire, au plus r&#234;ve, au plus coup de poing, soit port&#233; par des lives comme &lt;i&gt;Le D&#233;paysement&lt;/i&gt; de Jean-Christophe Bailly, ou &lt;i&gt;L'usage du monde&lt;/i&gt; de Nicolas Bouvier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;merci Arnaud !&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parmi d'autres... La &lt;i&gt;fonction roman&lt;/i&gt;, au nom m&#234;me de ce qui la meut, exigeant ce saut au plus pr&#232;s du r&#233;el dont nous h&#233;ritons de Flaubert par rapport &#224; Balzac, et qui d&#233;porte une &#233;criture l&#224;-m&#234;me o&#249; c'est le r&#233;el qui devient mati&#232;re de l'hallucination ou la fiction. Pas de hi&#233;rarchie entre le grand roman et l'accomplissement non-fiction &#8211; est-ce que Thoreau n'est pas le plus immense &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt; de l'Am&#233;rique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, et c'est le d&#233;fi port&#233; par Flaubert, pour que le roman installe la pleine radicalit&#233; de ses questions &#8211; ce qui ira jusqu'au suicide d'Emma (qui n'est que la troisi&#232;me &#171; madame Bovary &#187; chronologique du livre) &#8211;, il doit construire la pharmacie d'Homais, la route en pente &#224; la sortie de Rouen, et d&#233;crire techniquement (cin&#233;matographiquement ?) les Comices agricoles ou l'op&#233;ration du pied-bot. Un point d'interrogation qui me fascine : dans son &lt;i&gt;Peintre de la vie moderne&lt;/i&gt;, quand Baudelaire parle des neufs jours qu'il faut pour qu'un croquis de Constantin Guys, dessin&#233; tr&#232;s vite sur les champs de bataille de la Crim&#233;e, soit reproduit dans la presse londonienne, il parle de &lt;i&gt;simultan&#233;it&#233;&lt;/i&gt; (m&#234;me si ces neuf jours n'ont rien &#224; voir avec le temps de propagation du 20.11.63, puis celui du 11.09.11), et que le r&#233;cit en ce cas, pris entre r&#233;el et sa reproduction en tant qu'image, ne peut plus avoir m&#234;me statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, alors que la documentation m&#234;me du r&#233;el, quantitativement (sa profusion, voire son exhaustivit&#233; apparente), mais aussi dans sa temporalit&#233; (imm&#233;diatet&#233; et ubiquit&#233; de l'acc&#232;s) ne d&#233;placeraient pas ces lignes permanentes de d&#233;marcation fiction et non-fiction dans notre travail au pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela va jusqu'aux usages de lecture : W.G. Sebald est un parmi tant et tant d'autres &#224; avoir construit son espace fictionnel en y int&#233;grant des modes de repr&#233;sentation non-fictionnels, comme l'image. Sur les supports actuels de lecture (Kindle, iPad) l'acc&#232;s aux dictionnaires, aux cartes et lexiques, &#224; la biblioth&#232;que m&#234;me, comme &#224; l'ensemble complexe, archives et pr&#233;sent, du r&#233;el qui est la r&#233;f&#233;rence du r&#233;cit, est simultan&#233; &#224; la lecture et son acc&#232;s via le support lui-m&#234;me. De m&#234;me, dans nos pratiques d'&#233;criture, l'espace de la documentation et le caract&#232;re composite de la documentation (images, vid&#233;os, textes, livres, liens, correspondances) n'est pas un amont ou un entour, mais les logiciels actuels de composition de texte (Scrivener, Ulysses, et m&#234;me Word) les int&#232;grent nativement dans leur gestion de projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recours au non-fictionnel peut structurer le point m&#234;me o&#249; le roman n'acc&#232;de aux phases les plus critiques et les plus urgentes du r&#233;el que par l'imaginaire : dans le r&#233;cent &lt;i&gt;Ormuz&lt;/i&gt; de Jean Rolin, d&#233;plier les images successives de tel port du d&#233;troit sur Google Earth permet de reconstituer le mouvement des porte-avions US. Dans &lt;i&gt;Bandes altern&#233;es&lt;/i&gt; de Philippe Vasset, la description mat&#233;rielle de la cahute de ciment carrel&#233;e d'o&#249; &#233;merge le c&#226;ble sous-marin de fibres optiques par o&#249; transite Internet entre le continent am&#233;ricain et la France est une instance &#171; document&#233;e &#187; d&#233;cisive pour appr&#233;hender de fa&#231;on balzacienne la disposition du monde, et faire que la litt&#233;rature ait &#224; y dire. Dans la cr&#233;ation web contemporaine, les narrations s'articulent de fa&#231;on spatiale ou s&#233;mantique &#224; des espaces en mille-feuilles o&#249; la port&#233;e fictionnelle est indissociable des nappes non-fictionnelles, incluant &#224; la lecture la gestuelle m&#234;me du lecteur, ou l'histoire individu&#233;e ou sociale des trajets de lecture bien plus radicalement que dans les premiers &#226;ges de l'hyper-texte, et ce sont ces narrations qui autorisent de se saisir &#224; bras-le-corps du pr&#233;sent dans ses ruptures et fissures, ses bascules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciement &#224; la litt&#233;rature nord-am&#233;ricaine (depuis &lt;i&gt;In a cold blood&lt;/i&gt; de Capote jusqu'&#224; &lt;i&gt;Consider the lobster&lt;/i&gt; de David Foster Wallace, ou aux escalators de galerie commerciale de Nicholson Baker, mais en y int&#233;grant aussi l'exploration autobiographique de Gabrielle Roy, auteure aussi immense que son Manitoba) se soit engag&#233;e r&#233;solument dans cette relation imaginaire/r&#233;el, qui est le fondement m&#234;me du geste litt&#233;raire, suffisamment pour qu'il se soit structur&#233; comme espace aussi bien commercial, produise ses propres r&#233;f&#233;rences en termes de r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la biographie, non fiction par excellence, en serait une illustration parfaite : la part de l&#233;gende et de mythe que Dosto&#239;evski cherche avec ses &lt;i&gt;D&#233;mons&lt;/i&gt;, &#224; quoi bon faire de faux Bob Dylan ou de faux Rolling Stones pour la rejoindre, quand ils nous pr&#233;sentent &#8211; par leur exception m&#234;me &#8211; un &#171; carottage &#187; de r&#233;el document&#233; de fa&#231;on aussi excessive ? Des espaces a priori &#171; documentaires &#187; de l'&#233;crit, comme &lt;i&gt;Anachronisme&lt;/i&gt; de Christophe Tarkos peuvent se constituer en roman embl&#233;matique de notre pr&#233;sent, avec une charge fictionnelle consid&#233;rable, tout en restant dans la veine d'accumulation, voire &#233;num&#233;ration, pr&#233;sente aussi bien chez Se&#238; Shonagon que dans l'&lt;i&gt;Essay sur les merveilles de nature&lt;/i&gt; d'&#201;tienne Binet. C'est la totalit&#233; de cet espace narratif que nous explorons lorsque nous tentons une approche raisonn&#233;e de l'&#233;criture cr&#233;ative, notre t&#226;che &#233;tant alors d'accompagner ce qui &#233;merge progressivement de singularit&#233; dans la signature formelle de l'apprenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ni de structuration par le genre ou la d&#233;marcation fiction et non-fiction n'a pas encore migr&#233; dans la fa&#231;on d'enseigner la litt&#233;rature : l'affirmation nord-am&#233;ricaine (US et Qu&#233;bec) qu'on ne transmet pas la litt&#233;rature sans qu'on la pratique, et que cette pratique, si elle s'enseigne (quel chemin fait depuis les livres pionniers de John Gardner) ne concerne pas que les praticiens de la litt&#233;rature, mais tous ceux qui en appellent au langage &#8211; dans l'espace nord-am&#233;ricain, la division par &#171; genre &#187; du &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; (po&#233;sie, roman, non-fiction) semble un fait acquis, alors m&#234;me que notre d&#233;marche ici soit d'interroger gestes et param&#232;tres de l'&#233;criture, hors de cette notion de genre, que la d&#233;marcation fiction/non-fiction rend en partie obsol&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement aussi, m&#234;me si c'est secondaire par rapport &#224; ce que nous explorons dans la pratique de l'&#233;criture cr&#233;ative, qu'un des points de bascule est d'examiner comment, dans la transmission m&#234;me, nous interrogeons de fa&#231;on historicis&#233;e la lecture et ses supports, y compris dans leur technique et leur &#233;conomie, l&#224; o&#249; une relative stabilit&#233;, pendant trois d&#233;cennies d'avant la n&#244;tre, avait pu nous dispenser de cet examen. Sur ce point, qui inclut la culture num&#233;rique de l'&#233;crit, force est de constater que l'avanc&#233;e institutionnelle est minime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cesse, dans nos approches des pratiques d'&#233;criture cr&#233;ative, nous interrogeons &#8211; sans doute dans une r&#233;f&#233;rence diff&#233;rente sans doute, dans l'espace nord-am&#233;ricain ou europ&#233;en, &#224; l'h&#233;ritage et au statut des livres &#8211; cette relation intrins&#232;que aux mod&#232;les urbains et sociaux, comme la compr&#233;hension des nouveaux enjeux scientifiques de compr&#233;hension du temps, de la mati&#232;re, de l'espace, et des techniques de prise du r&#233;el qui rel&#232;vent tout aussi bien des deux univers, fiction et non-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte n'est pas un appel, juste un &#233;tat des lieux, l&#224; o&#249; nous aurions ensemble &#224; reformuler notre description du &lt;i&gt;territoire&lt;/i&gt; de la litt&#233;rature : en se refusant pour l'instant &#224; instaurer dans notre domaine de litt&#233;rature fran&#231;aise une d&#233;marcation fiction et non-fiction, comme d&#233;sormais &#233;tabli dans la litt&#233;rature nord-am&#233;ricaine, peut-&#234;tre ne faisons-nous que prolonger une donne native &#224; notre litt&#233;rature, bien plus puissamment que l'univers normatif (dans l'industrie, dans la critique, dans l'enseignement) du &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt;. O&#249; le renversement que symbolisent Gracq et Claude Simon n'est pas une novation historique, juste un nouvel ancrage. Mais que l'enjeu pour nous au dialogue avec l'espace nord-am&#233;ricain, sur ces questions, c'est de nous aider &#224; faire entrer plus directement la complexit&#233; au pr&#233;sent du r&#233;el dans la vieille t&#226;che des Lettres, et y rehausser, rendre n&#233;cessaire malgr&#233; les pesanteurs de l'universit&#233; en d&#233;route, momifi&#233;e par ses luttes de pouvoir, la reconnaissance enfin que l'&#233;criture, pour s'apprendre, se pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce dialogue qu'il me semble important d'ouvrir, contre deux tentations sym&#233;triques de solidification, l&#224; o&#249; nous pratiques d'&#233;criture &#8211; et notamment ce qui s'amorce avec la narration web, ouvre un consid&#233;rable espace d'&#233;criture contemporaine, rendant encore plus obsol&#232;te la notion de genre, et pr&#233;cis&#233;ment en venant camper sur la d&#233;marcation m&#234;me, fiction depuis et par la non-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;merci Arnaud !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://tierslivre.net/spip/IMG/pdf/fiction_non-fiction.pdf" length="84289" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>outils | quel traitement de texte et comment</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3782</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3782</guid>
		<dc:date>2013-11-20T10:56:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>traitement de texte</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>
		<dc:subject>#training</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour l'&#233;criture aussi il faut un instrument qui s'accorde&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot570" rel="tag"&gt;traitement de texte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot799" rel="tag"&gt;#training&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3782.jpg?1384943403' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Sous forme de mini fragments, &#224; vous de prendre ce qui vous concerne. De toute fa&#231;on je laisserai en ressource permanente et j'affinerai ou compl&#232;terai &#224; mesure.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;de tout un peu&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon arriv&#233;e &#224; l'&#233;cole d'arts de Cergy, dans les dizaines de textes en circulation, suite &#224; atelier ou perso, incroyable la diversit&#233; : premier prix, un texte de 10 pages br&#232;ves chacune enregistr&#233;e au format tiff, deuxi&#232;me prix, m&#234;me version, en autant de fichiers html, troisi&#232;me prix... l&#224; il est collectif : d&#233;couvrir que certains recopiaient le texte &#233;crit dans l'int&#233;rieur d'un e-mail mais sans autre archive. Il n'est pas question ici de promulguer la sup&#233;riorit&#233; d'un format sur un autre, personnellement j'ouvre et lis &#224; peu pr&#232;s tout, mais rappeler qu'il existe un seul format &lt;i&gt;riche&lt;/i&gt; toutes machines tous syst&#232;mes, c'est le &lt;i&gt;RTF&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;rich text format&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;qu'est-ce qu'un texte&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pas dans le d&#233;tail, parce que c'est plus compliqu&#233; que &#231;a. Mais lorsque vous &#233;crivez dans un traitement de texte, vous combinez des ressources binaires transcrivant le texte seul (codage UTF-8 international en g&#233;n&#233;ral), associ&#233; &#224; des instructions de mise en forme, rassembl&#233;es dans un &lt;i&gt;css&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;cascading style sheet&lt;/i&gt;) ou pas, et ce que nous nommons les m&#233;tadonn&#233;es, auteur, titre, mots-cl&#233;s, autres r&#233;f&#233;rences. Avoir &#231;a en t&#234;te quel que soit le texte et quel que soit le format. Cette structuration ternaire est d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans votre traitement de texte, et c'est elle qui organisera la forme du texte lors de la composition InDesign, ou dans l'embo&#238;tement du PDF (propri&#233;t&#233; Adobe, mais qui permet lecture en mode image fixe sur tous supports), ou dans un embo&#238;tement de type epub (recomposition du texte selon le format &#233;cran, t&#233;l&#233;phone, tablette, ordi).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;pourquoi TextEdit ne suffit pas&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns n'ont pas compris que je moque (affectueusement bien s&#251;r !) leur usage de l'utilitaire TextEdit, qui pr&#233;sente l'avantage d'&#234;tre pr&#233;install&#233; par d&#233;faut sur les Mac. Sachez que c'est votre probl&#232;me et pas le mien, on a le droit de marcher en chaussettes dans la rue tout pareil. La palme &#224;... (il se reconna&#238;tra) qui cr&#233;&#233;e des nuages de textes ultra-brefs, chacun dans un fichier TextEdit s&#233;par&#233;, et les archive de cette fa&#231;on : bien s&#251;r, en ce cas, c'est d&#233;j&#224; un d&#233;tournement formel de l'outil qui peut &#234;tre assum&#233; comme tel. MAIS. 1, TextEdit ne permet pas la &lt;i&gt;structuration&lt;/i&gt; du texte avec niveaux de titres, et mise en place de mise en page par styles, et encore moins de table des mati&#232;res. TextEdit est basiquement (c'est son avantage) un outil de composition au format &lt;i&gt;texte seul&lt;/i&gt; &#8211; c'est un immense avantage pour la saisie rapide, l'&#233;criture imm&#233;diate sur un coin de bureau, mais alors autant utiliser un logiciel (on va y revenir, et plein de gratuits) qui vous aide &#224; g&#233;rer et organiser ces zones de saisie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&#233;crire est une base de donn&#233;es&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;M'int&#233;resse par exemple, dans le fait que certains envoient leurs textes directement dans le corps d'un e-mail, que leur archive e-mail, gmail ou autre, leur sert aussi d'archivage des textes. D'ailleurs, c'est ce que je pratique pour moi aussi : j'archive le mail avec sa pi&#232;ce jointe, ma base mail occupe bien 11 ou 12 Go au total sur mon disque dur (depuis 2003), mais rien de plus facile que de retrouver pour chacun l'historique des pi&#232;ces jointes ou des envois. Dans ce cas, que vos e-mails soient sur le serveur de votre fournisseur de service (gmail) ou rapatri&#233;s sur votre disque dur (mon Outlook), ils constituent des &#233;l&#233;ments fixes index&#233;s dans une base de donn&#233;es. Par contre, remarque un, il vous sera impossible de reprendre ce texte pour correction, expansion, retravail &#8211; il n'est m&#234;me pas s&#233;par&#233; du &lt;i&gt;paratexte&lt;/i&gt;, le petit mot que vous ajoutez pour dire que vous m'envoyer ce texte. En ce sens, et en l'&#233;tat, c'est du texte mort, et non pas votre atelier personnel de litt&#233;rature. Mais, remarque deux, retenir tr&#232;s fort l'id&#233;e de la base de donn&#233;es, comme possibilit&#233; d'agencer, structurer, d&#233;placer un ensemble de textes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;on peut &#233;crire en ligne directement&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En &#233;criture, toutes les strat&#233;gies sont possibles, pourvu qu'elles vous conviennent. Mais d&#233;j&#224;, au bout de quelques semaines, plusieurs d'entre vous ont compris que pour lire &#224; haute voix c'&#233;tait bien mieux de prendre 10 minutes &#224; la salle informatique en 303 et recopier imprimer ce qui venait d'&#234;tre &#233;crit (et si c'est pas en caract&#232;re 10, c'est mieux pour s'en servir). Un bon tiers d'entre vous &#233;crivent directement sur ordi, tablette &#8211; et m&#234;me t&#233;l&#233;phone : et si c'est l&#224; vos habitudes pour la notation perso, tant mieux &#8211;, d'autres disent que chez eux ils &#233;crivent plut&#244;t &#224; l'ordi mais passent quand m&#234;me &#224; l'&#233;criture manuelle en atelier, enfin vous &#234;tes nombreux &#8211; &#233;cole d'art oblige &#8211; &#224; tenir des cahiers qui sont souvent des objets complexes avec dessins, photos, composite de notes. Le concept qui fait la diff&#233;rence, c'est l'id&#233;e de publication, d&#232;s lors qu'on lit le texte en groupe, ou d&#232;s lors qu'on l'installe sur un blog. L'id&#233;e de la publication en ligne peut &#234;tre un remarquable d&#233;clencheur (juste penser sur votre Firefox &#224; installer le plugin Textarea Cache) &#8211; l&#224; aussi, insertion du texte dans une base de donn&#233;es, possibilit&#233; de le recomposer en rubriques, ensembles, cl&#244;tures du type epub.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;carnets de notes sur l'&#233;cran&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Prenez le temps d'en tester quelques-uns. Loin de moi l'id&#233;e d'en promulguer un parmi d'autres. Mais je signale l'int&#233;r&#234;t d'Evernote, ou ses cousins. On reste dans l'id&#233;e de la base de donn&#233;es, mais elle est automatiquement archiv&#233;e dans le &#171; cloud &#187; (sur votre Dropbox habituelle par exemple). En ce cas, les textes que vous &#233;crirez via Evernote sur votre t&#233;l&#233;phone, votre ordi, un ordi de l'&#233;cole, rejoignent le m&#234;me corpus et sont aussit&#244;t disponibles. Evernote ou pas Evernote, il y en a beaucoup du m&#234;me type. Pour ma part, j'utilise sur mon Mac &lt;a href=&#034;http://notational.net/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notational Velocity&lt;/a&gt;, qui a l'avantage d'&#234;tre gratuit : les m&#234;mes fonctions que TextEdit, mais un enregistrement automatique en permanence, et la possibilit&#233; de trier, rassembler les diff&#233;rentes notes saisies. Utilitaire ultra-rapide, ultra-simple, qui fonctionne aussi en mode texte brut, mais vous d&#233;barrasse de l'id&#233;e de fichiers s&#233;par&#233;s. Et on passe &#224; l'&#233;tape sup&#233;rieure : r&#233;daction basique aux carnets type NotationalVelocity ou aux logiciels type Ulysses mais certainement oui, mais la possibilit&#233; d'int&#233;grer dans le texte, ou simplement de lui associer, des images, des ressources documentaires, des carnets de liens &#8211; on est pass&#233; du texte &#224; l'univers complexe qu'est un &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; incluant du texte, bas&#233; sur la gestion de projet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;ou carr&#233;ment l'&#233;criture markdown&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que c'est, cette b&#234;te bizarre ? Quelque chose qui est encore r&#233;volutionnaire pour les vieux de l'ordi dans mon genre (premier Atari en 1988). Prolongement direct du carnet de notes d&#233;crit ci-dessus, on &#233;crit directement la base de donn&#233;es sur son disque dur, et le logiciel se charge de la maintenance. Pour ma part, j'utilise &lt;a href=&#034;http://www.ulyssesapp.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;UlyssesIII&lt;/a&gt;. Avantage : j'&#233;cris dans une page-&#233;cran que je param&#232;tre pour mon confort, et ne fait appara&#238;tre qu'un seul texte. Le logiciel code &#224; mesure mes instructions de formatage (ital, listes, niveaux de titres), que je les d&#233;finisse comme sur un traitement de texte, ou que je les entre directement en code (par exemple, deux tirets &lt;i&gt;underscore&lt;/i&gt; font passer le texte en italiques). L'id&#233;e, d'o&#249; mon cheminement ici : &lt;i&gt;il n'y a plus&lt;/i&gt; de fichier texte s&#233;par&#233;. Il y a une base de donn&#233;e que vous arrangez &#224; votre guise de la m&#234;me fa&#231;on que vous triez vos e-mails, dossiers, sous-dossiers. Tout s'&#233;crit selon la racine du code, et c'est &lt;i&gt;l'export&lt;/i&gt; qui va &#234;tre l'&#233;tape d&#233;cisive : vous s&#233;lectionnez ce que vous souhaitez exporter, 10 lignes ou tout un livre, et vous choisissez le &lt;i&gt;mode de destination&lt;/i&gt; : epub pour tablette ou phone, PDF pour imprimante, mais aussi texte enrichi pour reprise en traitement de texte, ou html pour installation dans votre blog. La notion de texte &lt;i&gt;imprim&#233;&lt;/i&gt; est donc remplac&#233;e par la notion de texte &lt;i&gt;publi&#233;&lt;/i&gt;, que ce soit blog, InDesign ou phone. UlyssesIII se synchronise avec Daedalus qui est le m&#234;me concept sur l'iPad, mais il y a beaucoup de logiciels markdown, ne laissez pas passer le concept.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;et donc le traitement de texte&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tout ce prologue pour bien &#233;vacuer l'id&#233;e qu'il y aurait un logiciel ou une &#233;tape traitement de texte obligatoire. D'autant que la plupart d'entre vous ma&#238;trisent des outils tr&#232;s sophistiqu&#233;s, Photoshop, InDesign ou Javascript, 3D etc. Paradoxe du traitement de texte : bas&#233; sur l'utilisation bureautique et non artistique du texte, il est quasi fossile, d&#233;calqu&#233; des usages de machines &#224; &#233;crire. Ce sont des logiciels qui n'ont quasiment pas &#233;volu&#233;, et maintenant qu'ils &#233;voluent, c'est depuis une branche de logiciels compl&#232;tement diff&#233;rente (voir ci-dessus, &#224; propos &lt;i&gt;markdown&lt;/i&gt;). Traditionnellement, les logiciels de traitement de texte permettent d'affiner la composition et l'armature du texte (espaces ins&#233;cables, corrections et r&#233;visions, travail collaboratif), avant reprise par un logiciel d&#233;di&#233; pour la mise en page et l'impression (autrefois Quark X-Press, puis d&#233;sormais InDesign ou LaTeX si courage de). Dans leur &#233;volution, les traitements de texte ont incorpor&#233; peu &#224; peu les fonctions basiques des logiciels de compo-mise en page, r&#233;daction par blocs, d&#233;finitions de pages, affinage du rendu. C'est le cas par exemple sur Mac de Pages, qui inclut et simplifie les fonctions basiques de la compo de texte et celles de mise en page (mais est tr&#232;s vite limit&#233; en usage pro). Certains logiciels sont bas&#233;s, eux, sur une approche plus fine du processus cr&#233;atif : gestion des notes de projet et brouillons successifs, appui sur les synopsis et plans, r&#233;organisation du texte par &#233;l&#233;ments, int&#233;gration des &#233;l&#233;ments composites (images, liens, documentation, voire courriers ou RV associ&#233;s), pr&#233;cision du rendu. Si Microsoft Office (Word et associ&#233;s) &#233;volue dans ce sens depuis plusieurs ann&#233;es, le logiciel qui incarne le mieux cette d&#233;marche c'est &lt;a href=&#034;http://blog.tcrouzet.com/2013/05/25/scrivener-le-traitement-de-texte-des-auteurs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Scrivener&lt;/a&gt; et l&#224; aussi je vous incite &#224; tester : non pas &lt;i&gt;parce que c'est mieux&lt;/i&gt;, mais parce que &#231;a aide &#224; d&#233;finir ce qu'on cherche pour soi, et en quoi l'outil peut favoriser votre projet. Et donc on en arrive aux bons gros bestiaux...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Word, oui, mais r&#233;glez-le...&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Word, parce que vous &#234;tes nombreux &#224; m'envoyer des textes en .docx, mais bien &#233;videmment je n'en fais pas une recommandation. J'insiste au contraire sur le fait, 1, que OpenOffice ou LibreOffice sont des alternatives gratuites qui pr&#233;sentent les m&#234;mes fonctions, au moins pour l'essentiel, 2, retour ci-dessus, l'utilisation du traitement de texte n'est pas obligatoire. Mais le r&#233;gler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pas possible, y compris en 5&#232;me ann&#233;e, les sauts de paragraphes successifs pour que le d&#233;but de texte passe page suivante ; pas possible, les espaces ins&#233;r&#233;s en d&#233;but de paragraphe pour donner l'impression d'une indentation ; pas possible, les sauts de ligne forc&#233;s (en InDesign, pr&#233;cieux pour contraindre les c&#233;sures) parce que vous n'avez pas d&#233;fini les crit&#232;res d'encha&#238;nements de vos paragaphes ; pas possible les guillemets fermants ou les points d'interrogation tout seuls en d&#233;but de phrase parce que pas d'ins&#233;cables ; pas possibles les titres en gras et centr&#233;s avec une ligne blanche dessous parce qu'&#224; vue de nez &#231;a ressemble &#224; du texte imprim&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la premi&#232;re chose, c'est ma&#238;triser &#034;affichage&#034; &#034;styles&#034;. Et, dans la petite fen&#234;tre style, ouvrir celui qui s'appelle &#034;Normal&#034;, en gros le style par d&#233;faut du corps de texte. La largeur de ligne, la justification, la police, l'interligne c'est l&#224; que &#231;a se r&#232;gle. Mais, si vous le r&#233;glez ici, cela s'appliquera &#224; tous les paragraphes d&#233;pendant de ce style. Ou encore, ceux qui mettent un tiret simple en d&#233;but de paragraphe pour signaler le dialogue : une fois que vous aurez r&#233;cup&#233;r&#233; &#231;a en InDesign, vous aurez compris le plaisir... Utiliser toujours le demi-cadratin &#8211; et non pas le tiret trait d'union - , c'est important mais qui le fait ?). &#201;l&#233;mentaire ? Bon, passez au point suivant. Mais constat effectu&#233; que c'est loin d'&#234;tre le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Inversement, et toujours dans le style &#034;Normal&#034;, vous avez mis en page plus soigneusement un paragraphe de votre texte : un appui long ou clic droit sur le menu style et vous pouvez enregistrer la mise en forme comme &#233;tant celle par d&#233;faut, reconfigurer ainsi tout votre texte. Cette fonction est la base du logiciel Pages sur Mac, mais un des points forts de Word d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Visitez en profondeur au moins juste cette petite fen&#234;tre : l'espace apr&#232;s le paragraphe, ou l'id&#233;e (surtout s'il s'agit d'un sous-titre ou d'une l&#233;gende) de lier le paragraphe &#224; celui qui vient apr&#232;s, sans saut de page. La pr&#233;sence de c&#233;sure ou son refus (dans les titres). Mais regardez l'interligne : positions 1, 1 1/2, 2, c'est typiquement h&#233;rit&#233; des machines &#224; &#233;crire d'il y a 30 ans. En fonction de votre police, choisissez l'option &#034;exactement&#034; et r&#233;glez un corps 14 avec un interligne 25, d&#233;j&#224; votre texte aura meilleure allure. On s'en fiche ? Non, parce que c'est ce regard-l&#224; qui va vous permettre de prendre distance, va vous mettre le texte en &#233;tat pour le retravail. Vous voulez aller plus loin ? Au lieu d'une encre plein noir pour votre style par d&#233;faut, r&#233;glez-la &#224; 88% de noir et ajoutez un chou&#239;e de cyan : alors, c'est la m&#234;me chose ? On fait &#231;a pour les livres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour le texte, faites autant de styles que vous voulez, style Normal, Citations, Normal avec petite police... Mais d&#233;j&#224; d&#233;finir un style pour votre gros titre de texte en premi&#232;re page, ou style pour le sous-titre ou le nom de l'auteur. Style de bas de page (pour la num&#233;rotation, ou les en-t&#234;tes). Et si vous &#234;tes content, faites &#034;enregistrer sous&#034; en choisissant &#034;mod&#232;le&#034;, s&#233;dimentez ainsi, progressivement, tout le temps que vous aurez pass&#233; en affinage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Maintenant, l'essentiel : la structuration des titres. C'est diff&#233;rent, parce que le titre conditionne le texte qui l'accompagne. Penser &lt;i&gt;niveau&lt;/i&gt;, juste comme un arbre. Avec trois niveaux, en g&#233;n&#233;ral on s'en tire, m&#234;me le plus triste m&#233;moire aux normes sorbonicoles (sont pas les pires, les sorbonnards). Se dire que c'est obligatoire. Et combien d'entre vous &#224; m'avoir envoy&#233; des suites de textes de 3 ou 4 feuillets, plut&#244;t que d'embl&#233;e rassembler le chantier dans un fichier texte structur&#233; qui les rassemble ? Construisez au moins Titre 1 et Titre 2, faites que le Titre 1 (dans &#034;encha&#238;nements&#034;) provoque un saut de page, et que Titre 2 soit li&#233; au paragraphe qui lui succ&#232;de, contraignez-vous &#224; ce que tous les &#233;l&#233;ments de votre texte soient reli&#233;s &#224; un style pr&#233;cis parmi ceux que vous avez r&#233;gl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le principe g&#233;n&#233;ral, ou l'axiome : les d&#233;finitions de styles doivent recouvrir le texte, c'est elles qui seront enregistr&#233;es dans le fichier css de l'embo&#238;tement, quel que soit le format destination, sachant que le rendu sera adapt&#233; par le css du support, mais que la structuration en sera le langage commun, quelle que soit cette destination &#8211; et penser &#231;a d&#232;s le d&#233;but &#231;a conditionne aussi la libert&#233; d'&#233;criture. J'insiste pour finir que tout &#231;a vaut pour InDesign, alors autant le faire tout de suite bien d&#232;s le d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;here we go&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est assez de tartine. Je r&#233;sume : absolument rien d'obligatoire dans tout &#231;a, et la d&#233;cision c'est &#224; vous. La seule justification que je m'en m&#234;le, c'est que le &lt;i&gt;retravail&lt;/i&gt;, l'expansion, l'ambition d'un texte, sa mall&#233;abilit&#233; peuvent en d&#233;pendre. Alors penser d&#232;s l'amont qu'il n'y a pas de texte ind&#233;pendant de sa destination. Quand bien m&#234;me cette destination est strictement personnelle (carnet, ou ces &#171; mails envoy&#233;s &#224; soi-m&#234;me &#187;). Je n'ai pas parl&#233; de sauvegarde, pas la peine, mais combien d'entre vous ont un compte Dropbox, et ne l'utilisent que pour les textes partag&#233;s ? Surtout ici, o&#249; vous avez tout sur disque dur... Servez-vous de l'archivage Cloud automatique pour vos textes en cours. Mais penser la destination, c'est savoir d&#232;s l'&#233;criture o&#249; ira le texte. Ce n'est pas le texte que vous constituez sur votre ordi, mais son &lt;i&gt;chantier&lt;/i&gt;. Pensez &lt;i&gt;gestion de projet&lt;/i&gt;, m&#234;me si le projet c'est l'accumulation de textes courts, ou la seule rubrique &lt;i&gt;textes &#233;crits en ateliers d'&#233;criture&lt;/i&gt;. Et pensez qu'il y a parfaite continuit&#233; entre ce travail sur l'ordi et ce que vous en ferez soit sur InDesign, soit en voix off ou bancs-titres dans vos vid&#233;os ou l&#233;gendes photo, soit en publication web. Et ce n'est pas du temps perdu (l&#224; pour moi 1h30, mais sur mon temps &#233;cole !).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bordeaux, 1999 | Souvenir d'en sciences</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3484</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3484</guid>
		<dc:date>2013-04-10T19:13:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Souchon, Patrick </dc:subject>
		<dc:subject>Kafka, Franz </dc:subject>
		<dc:subject>Roubaud, Jacques </dc:subject>
		<dc:subject>Poe, Edgar Allan</dc:subject>
		<dc:subject>Klein, Etienne </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;r&#233;flexions apr&#232;s 2 ans d'&#233;criture &#224; la fac de Sciences Bordeaux 1&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Souchon, Patrick &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Kafka, Franz &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Roubaud, Jacques &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot309" rel="tag"&gt;Poe, Edgar Allan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot681" rel="tag"&gt;Klein, Etienne &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3484.jpg?1365621225' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Cet entretien fait partie des 32 textes sur l'enseignement et l'atelier d'&#233;criture rassembl&#233;s dans &lt;a href=&#034;http://publiepapier.fr/contemporain-essais/article/bon-francois-apprendre-l-invention&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apprendre l'invention&lt;/a&gt;, publie.net &amp; publie.papier, 2012.
&lt;p&gt;Il fait suite &#224; une pr&#233;sence de 2 ans &#224; la fac de Sciences Bordeaux 1, incluant un atelier d'&#233;criture obligatoire dans le 1er cycle, pr&#233;figurant les cours artistiques optionnels d'aujourd'hui, et un atelier ouvert au Service culturel de l'universit&#233;, &#224; direction des doctorants, enseignants et personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; repris dans le volume &lt;i&gt;Le temps des &#233;crivains &#224; l'universit&#233;&lt;/i&gt; publi&#233; par Patrick Souchon. Merci particulier &#224; Francine Delmer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1999 |&#8200;Souvenir d'en sciences&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Deux ans d'atelier d'&#233;criture en premier cycle de Bordeaux 1, 1995 &#8212; 1997. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tant de comment s'y prendre ou de ce qui fut fait qu'il faut parler, mais plut&#244;t de ce que modifie ou d&#233;signe la tentative m&#234;me. Il s'agit donc de deux ann&#233;es successives d'intervention hebdomadaire d'un &#171; &#233;crivain &#187;, puisque personne appel&#233;e depuis le fait d'avoir sign&#233; des livres, sous la d&#233;nomination contractuelle de &#171; charg&#233; de cours en technique d'&#233;criture &#187;, aupr&#232;s de deux groupes d'&#233;tudiants en facult&#233; des sciences &#224; Bordeaux 1, sous forme d'un &#171; atelier d'&#233;criture &#187;, mais dans un contexte favorable de saisie globale de l'univers culturel par les scientifiques eux-m&#234;mes (merci &#224; Francine Delmer, qui a fond&#233; le s&#233;minaire Arts et Sciences de la fac), en intervenant donc dans le dispositif m&#234;me d'enseignement, la participation &#224; l'atelier &#233;tant valid&#233;e comme une des options obligatoires du premier cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alit&#233;&#8200;un : sur la totalit&#233; des facs de sciences en France, seulement cinq ou six ont mission d'int&#233;grer dans l'enseignement premier cycle un cours dit de &#171; fran&#231;ais &#187;. &#173;R&#233;alit&#233;&#8200;deux : comme il s'agit d'&#233;tudiants en sciences et non pas en lettres, les enseignants qui en sont charg&#233;s ont statut d'enseignants du secondaire, mais cela ne nous regarde pas. R&#233;alit&#233; trois : comme on n'instaure pas une unit&#233; de &#171; valeur &#187; sans en fixer les normes, les cours de fran&#231;ais en premier cycle de fac de sciences ont un programme pr&#233;cis, o&#249; il est question par exemple de lecture rapide, de r&#233;daction de CV et de recherche de documentation, ce qui heureusement n'emp&#234;che pas les enseignants de proposer mieux, et, je l'ai constat&#233;, ils ne se privent pas de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout devant : comme la pens&#233;e de la science ne s'&#233;tablit pas sur des concepts, la pens&#233;e de la science n'exige pas forc&#233;ment une approche par la langue. Mais les &#233;nonc&#233;s de la science, en d&#233;pla&#231;ant notre appr&#233;hension imm&#233;diate du r&#233;el, d&#233;placent aussi la forme de la langue confront&#233;e &#224; une nouvelle description du monde. Enjeu : si on explore ensemble telle concr&#233;tion particuli&#232;re de pens&#233;e, on examinera ce qui y change de la langue qui s'y confronte. Il ne s'agit pas d'amener &#224; une pratique convenue ou plus litt&#233;raire de la langue, mais d'ouvrir ensemble la langue pour qu'elle puisse formuler ce qu'ils en exigent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe : que le plus complexe de la science l&#224; o&#249; elle change peut se satisfaire de mots &#233;tonnamment simples, et donc se moquer justement des pr&#233;tentions de la langue &#224; lui offrir quoi que ce soit qu'elle puisse s'imaginer dans son sac. Paradoxe inverse : qu'une logique purement litt&#233;raire puisse amener le texte &#224; une description du monde en avance radicale sur la description &#173;scientifique, qui le rejoindra pourtant, bien plus tard, de son propre mouvement. Que dans cette tension d'entre les deux paradoxes soit un espace longtemps vou&#233; &#224; la fiction comme un de ses terrains privil&#233;gi&#233;s, et qu'il a &#233;t&#233; ass&#233;ch&#233; par la s&#233;paration des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;veloppement du paradoxe : il suffit par exemple de lire &#201;tienne Klein parler des enjeux du &#171; temps r&#233;versible &#187; comme outil pour penser l'infiniment grand &#224; la racine du temps (mod&#232;le oscillatoire pour penser les premiers instants d'expansion d'univers) ou l'infiniment petit &#224; la racine de la mati&#232;re (sym&#233;trie statistiquement parfaite d'existence ou de non existence des particules &#224; un instant donn&#233; dans la mati&#232;re pourtant form&#233;e de cette chaise o&#249; pourtant je m'assieds), et la contradiction de ce temps r&#233;versible avec notre temps d'horloge, qui contraint &#224; une strate suppl&#233;mentaire l'id&#233;e de &#171; mort &#187;. Rien de plus simple et pourtant moins d&#233;rangeant pour la langue que d'associer le mot temps au mot r&#233;versible. Enjeu pourtant pour le r&#233;cit : imaginons seulement un r&#233;cit &#224; la fronti&#232;re de cette contradiction, fonctionnant donc depuis une contrainte de r&#233;versibilit&#233; du temps, quand bien m&#234;me la lecture en resterait forc&#233;ment lin&#233;aire ? Mais qu'on lise selon ce principe &lt;i&gt;Odradek&lt;/i&gt; de Kafka : le temps n'y est qu'une occurrence indiff&#233;rente parmi la totalit&#233; des situations provoqu&#233;es par la lecture. Qu'on lise &lt;i&gt;Le Terrier&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le champion de je&#251;ne&lt;/i&gt; de Kafka : la dilatation du temps conf&#232;re l&#224; aussi l'instant de la lecture, ce qui fait justement cette qualit&#233; d'&#233;tranget&#233; du r&#233;cit, son fantastique, une r&#233;versibilit&#233; de principe. Le d&#233;placement induit par le vocabulaire de la science nous offre une lecture renouvel&#233;e de textes que nous avions d&#233;j&#224; plac&#233;s de fa&#231;on privil&#233;gi&#233;e &#224; notre chevet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de d&#233;veloppement du paradoxe : prenons &#224; Stephen Hawking la phrase scandaleuse quand &#224; l'objet qu'elle construit, mais qui reste un objet tr&#232;s simple de grammaire : &lt;i&gt;l'univers est un objet ferm&#233; sans bords ni fronti&#232;res&lt;/i&gt;, et rapportons-la &#224; la proposition du philosophe : Le monde : &lt;i&gt;lorsque l'entier nous assi&#232;ge&lt;/i&gt;. Ampleur de l'horizon qui envo&#251;te, bris&#233;e par l'instant. La &lt;i&gt;notion de monde uniquement contenue dans ses fronti&#232;res&lt;/i&gt; (Heidegger, 1929). Et ajoutons l'&#233;trange intuition de Kafka, &#224; laquelle il impose d&#233;termination totale par cl&#244;ture de la phrase : &lt;i&gt;La litt&#233;rature est assaut contre la fronti&#232;re&lt;/i&gt;. C'est peut-&#234;tre une r&#233;volution r&#233;cente de la science, depuis Einstein, que les objets qu'elle nous pr&#233;sente permettent certes de penser mieux le monde, mais nous contraignent &#224; manipuler notre univers en dehors de ce &#224; quoi la pens&#233;e nous permet d'acc&#233;der. Quand &#224; la cantine un physicien s'amuse en disant que penser un univers &#224; quatre dimensions (l'univers recourb&#233; d'Einstein) est effectivement difficile, mais que manipuler des univers &#224; sept dimensions ou plus est relativement plus facile, il y a un peu de leur humour, mais il y a ce franchissement : acc&#233;der &#224; une description non assign&#233;e &#224; l'univers du pensable. Le philosophe ni l'&#233;crivain n'aident le mental &#224; approcher plus pr&#232;s ce qui reste impensable dans la proposition de Hawking. Mais ils permettent d'assigner sa hauteur d'impensable &#224; notre description imm&#233;diate du monde, et aident &#224; nous le r&#233;v&#233;ler m&#234;me, peut-&#234;tre, en tant qu'impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un exemple : &#171; invariance d'&#233;chelle &#187; est une &#173;production de langage qui ne signifie pas par elle-m&#234;me, ind&#233;pendamment de la description abstraite de ce qu'elle recouvre. J'ai pu avoir une tr&#232;s grande fiert&#233;, avec les &#233;tudiants de premier cycle qui m'&#233;taient confi&#233;s, &#224; &#234;tre le premier &#224; leur parler de la vie de G&#246;del et de son th&#233;or&#232;me : inventer &#224; vingt-quatre ans une th&#233;orie aussi incroyablement centrale pour la pens&#233;e, et n'avoir plus rien &#224; faire ensuite qu'&#234;tre l'ami d'Einstein, cela peut fasciner, quand on a justement affaire &#224; des &#234;tres de vingt ans, et qu'on peut aussi leur parler du chemin de Cervant&#232;s pour &#233;crire &#224; cinquante-six ans le Quichotte, et j'ai pu avoir la m&#234;me grande fiert&#233;, pourtant plus surprenante, &#224; leur parler de l'enfance de Beno&#238;t Mandelbrot, &#224; Tulle en Corr&#232;ze, et puis les &#233;tapes qui le m&#232;nent &#224; inventer puis d&#233;crire l'invariance d'&#233;chelle. Ce qui est surprenant, c'est que si, effectivement, la difficult&#233; du th&#233;or&#232;me de G&#246;del, dont l'enjeu touche aussi bien la pens&#233;e du politique que la pens&#233;e du physique, et l'art m&#234;me de penser, peut conduire &#224; ce qu'il soit ignor&#233; du lyc&#233;e, &#171; fractal &#187; est un mot presque du langage courant, tarte &#224; la cr&#232;me de n'importe quel journal illustr&#233; qui se pique de technique : facilit&#233; de la science &#224; ne pas emmener avec elle sa propre histoire, &#224; s&#233;parer de l'itin&#233;raire singulier de Mandelbrot la singularit&#233; de l'objet qu'il invente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, qu'on raconte comme &#231;a, un mardi matin, en trois-quarts d'heure, le fonctionnement d'&lt;i&gt;&#192; la recherche du temps perdu&lt;/i&gt; selon ces principes d'invariance d'&#233;chelle dans la construction de la phrase, du th&#232;me, et du livre, voire m&#234;me du statut du livre dans la vie de l'auteur, et le fonctionnement en boucle ouverte du livre de Marcel Proust devient un objet mental autrement excitant que lorsque le nouveau mensuel &lt;i&gt;Epok&lt;/i&gt; de la FNAC distille les clich&#233;s ordinaires de l'avachissement culturel :&#8200;&#171; Demandez autour de vous qui r&#233;ellement a lu Marcel Proust.... &#187;, demande la Fnac : avec &#231;a on r&#232;gle tout. On peut mesurer assez facilement le danger o&#249; une telle proposition langagi&#232;re peut engager la pens&#233;e, on mesure moins facilement le potentiel qui nous est confi&#233;, pour peu qu'on mette en relation nos univers disjoints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlais donc toujours, c'&#233;tait la contrainte que d'un mardi &#224; l'autre je me donnais, &#224; la fois d'un scientifique et d'un livre. Comment Planck met en calcul la courbure de l'eau dans un seau qui tourne, &#224; condition de cette r&#233;volution : qu'elle soit d&#233;crite par un sujet li&#233; &#224; cette surface, et on peut donner le go&#251;t de lire William Faulkner. Ce qui m'a mis en rage ces deux ans, c'&#233;tait qu'il me fallait leur parler de Planck en m&#234;me temps que Faulkner, au lieu de m'appuyer sur leur univers, qui aurait d&#251; comporter Planck, pour leur instiller mes propres venins, de lectures susceptibles d'autres r&#233;compenses, mais qui ne sont accessibles que moyennant ce premier franchissement : savoir pourquoi nous disons que Faulkner a modifi&#233; radicalement la litt&#233;rature universelle est une question qu'on peut consid&#233;rer ne concerner que la litt&#233;rature, et encore : ceux qui sont d&#233;j&#224; acquis &#224; Faulkner pour en avoir surmont&#233; l'acc&#232;s abrupt. &#192; rapprocher les savoirs, malgr&#233; les dischronologies, on donne au m&#234;me et double franchissement sa teneur d'universalit&#233;. On voit partout ce poster d'Einstein qui tire la langue, mais raconter &#224; partir de Planck et Poincar&#233; un peu de la sp&#233;cificit&#233; de ce qu'Einstein avait &#224; franchir ne r&#233;duit pas la difficult&#233; extr&#234;me &#224; penser aujourd'hui l'univers en tant qu'objet courbe, et permet au moins de poser cette difficult&#233; &#224; penser dans ses propres dynamiques de franchissement : &#224; qui de s'en charger, et quand&#8200;, dans la t&#226;che d'&#233;duquer ? Or, un retournement aussi d&#233;cisif pour penser aujourd'hui, et qui date de la premi&#232;re d&#233;cade du si&#232;cle, l'universit&#233; pr&#233;f&#232;re ne l'aborder avec les &#233;tudiants qu'au second cycle : c'est son probl&#232;me. L'universit&#233; ne juge pas utile, pour enseigner les sciences, de parler en premier cycle d'Aristote et Newton : c'est son probl&#232;me. En litt&#233;rature les d&#233;g&#226;ts son largement similaires, alors taisons-nous modestement : pour le bac fran&#231;ais il y a un programme, et apr&#232;s on est d&#233;barrass&#233; de la lecture. Apr&#232;s tout, sans doute, si on veut lire des livres, on n'a qu'&#224; faire fac de lettres. &#199;a veut dire aussi que lire Borges, langue espagnole, ou lire Kafka, langue allemande, ou lire Carver, langue anglaise, ne dispose d'aucun vecteur scolaire, puisque l'enseignement des langues &#233;trang&#232;res est encore plus v&#233;hiculaire. Alors, tout au long de ces deux ans, j'ai pu fantasmer sur les possibles de la rencontre, ce qu'on faisait ensemble, les &#233;tudiants et moi, c'&#233;tait plut&#244;t comme mettre quelques cailloux au milieu d'une rivi&#232;re : on ne remontera pas si facilement les d&#233;g&#226;ts. Je ne dispose pas de savoir scientifique, seulement d'une curiosit&#233; qui s'&#233;taye difficilement sur plus compliqu&#233; que les excellents livres d'une collection comme celle de Champs (Flammarion). C'est cette notion de culture d'honn&#234;te homme, au pays de Montaigne et Montesquieu, qui servait de partage : l'&#233;loge de la curiosit&#233;, l'enjeu philosophique de l'&#233;tonnement, ne peut suffire &#224; consoler de ce qui, des deux c&#244;t&#233;s, d&#233;sormais manque radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus pr&#233;cieux de nos mardis &#233;tait cette d&#233;rive qui nous prenait : je n'aurais pas eu droit &#224; telle &#233;coute avec mes seules armes litt&#233;raires. Je n'aurais pu parler d'Artaud comme &#231;a, sans justifier. &#192; s'interroger sur la science en elle-m&#234;me, quand bien m&#234;me je n'avais pas qualification pour, l'&#233;coute existait parce qu'elle concernait de fa&#231;on endog&#232;ne leurs pratiques. &#192; raconter comment G&#246;del &#224; vingt-quatre ans invente son th&#233;or&#232;me et ce qui s'en induit, qu'un type d&#233;cide au m&#234;me &#226;ge et les m&#234;mes ann&#233;es de s'engager, sous le titre du &lt;i&gt;P&#232;se-Nerfs&lt;/i&gt;, dans une &#233;criture uniquement vou&#233;e &#224; la description des processus du mental, et Artaud devient n&#233;cessaire. Il est &#233;videmment fascinant de raconter le double franchissement de G&#246;del et d'Artaud &#224; des gar&#231;ons et des filles qui approchent cet &#226;ge, quand on en a exactement le double, et qu'on a &#233;t&#233; soi-m&#234;me &#233;tudiant, &#224; cet &#226;ge qui est le leur, dans un b&#226;timent qui m'&#233;tait visible de la fen&#234;tre d'o&#249; je leur parlais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; ce paradoxe inverse : que la litt&#233;rature, selon ses logiques de franchissement propres, ne soit pas &#224; la remorque des avanc&#233;es les plus radicales de ceux qui construisent les mod&#232;les de repr&#233;sentation du monde, mais puisse les construire d'elles-m&#234;mes sur sa route, comme l'invariance d'&#233;chelle dans la spirale ouverte de Proust ou le sujet li&#233; &#224; ce qu'il d&#233;crit chez Faulkner, ou le mental retourn&#233; sur sa propre diction chez Artaud. C'est fascinant chez Edgar Poe, par exemple dans &lt;i&gt;Descente dans le Maelstr&#246;m&lt;/i&gt; comment le passage &#224; un rep&#232;re circulaire permet le rebroussement du temps, et dans &lt;i&gt;Manuscrit trouv&#233; dans une bouteille&lt;/i&gt; comment le mouvement vers le p&#244;le sud inconnu dilate les temps relatifs des protagonistes, le narrateur et les marins, en m&#234;me temps que se dilatent les vagues et le navire comme le corps de celui qui raconte. Mais fascinant aussi comment dans &lt;i&gt;Eureka&lt;/i&gt; la d&#233;marche proprement litt&#233;raire de Poe le conduit &#224; formuler, m&#234;me si nous la reconnaissons r&#233;trospectivement &#224; partir de notre savoir, l'expansion de l'univers, conscient de l'importance de ce qu'il &#233;nonce, et conscient aussi de ce qui s'opposerait &#224; ce qu'une telle id&#233;e, ainsi n&#233;e de sa passion pour la &#171; d&#233;duction &#187;, soit re&#231;ue. La fiction comme projection par del&#224; le d&#233;j&#224; pens&#233; brosse &#224; frais l'urgence propre du litt&#233;raire. Ceci acquis sur Edgar Poe, on peut bifurquer sur &lt;i&gt;L'homme des foules&lt;/i&gt; et d'o&#249; Baudelaire d&#233;marre pour &#233;crire autrement la ville : alors on aura une base pour qu'ils &#233;crivent leur ville, ou le trajet du vendredi soir pour retrouver Bergerac ou Ol&#233;ron ou Libourne. Mais au passage, on aura aussi parl&#233; des &#233;tudes de droit et de la passion pour le football de Edwin Hubble &#224; leur &#226;ge, qui formulera cette expansion d'apr&#232;s le d&#233;calage de spectre des objets qui s'&#233;loignent, et surtout on aura parl&#233; de sa s&#339;ur Henriette, qui en fit tous les principaux calculs, quand bien m&#234;me aujourd'hui le t&#233;lescope ne porte que le nom du fr&#232;re : il y a beaucoup de filles en fac de sciences, mais de la vie exemplaire de Sophie Germain, 1776-1831, g&#233;niale math&#233;maticienne de la th&#233;orie des nombres aux temps troubles de notre histoire, c'est moi qui en parlais le premier et &#231;a n'aurait pas d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en arrive donc plus &#224; un univers de questions qu'&#224; la formulation victorieuse d'une exp&#233;rience : enjeux &#233;vidents pour un syst&#232;me de formation qui ignore massivement l'historicit&#233; de ce qu'il transmet, enjeu aussi en ce que, formant aussi des enseignants (proportion en IUFM, et donc parmi les futurs enseignants de coll&#232;ge et de primaire, de ceux qui ont effectu&#233; un premier cycle de sciences), cette s&#233;paration &#233;tanche des pratiques de savoir est &#233;videmment caduque et dommageable. Enjeux &#233;vidents pour la pratique litt&#233;raire : la curiosit&#233; des a&#238;n&#233;s passe la n&#244;tre. Fascine autant, chez Edgar Poe, qu'il puisse formuler une hypoth&#232;se tellement en avance qu'elle est irrecevable, que sa curiosit&#233; pour les travaux de Herschell ou Lagrange, et son culot de se les approprier ainsi. C'est de ce culot que peut-&#234;tre nous manquons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature sort ragaillardie du dialogue, et fi&#232;re d'elle-m&#234;me : par exemple, un texte comme Mal vu mal dit de Samuel Beckett peut se r&#233;v&#233;ler imm&#233;diatement recevable par des &#233;tudiants de premier cycle de sciences, au nom m&#234;me de ce qui les passionne. Simplement, on avait laiss&#233; en friche que leur int&#233;r&#234;t pour la lecture a tout &#224; gagner &#224; passer par la voie &#233;troite des sommets, Borges ou Kafka, plut&#244;t que par les rois fain&#233;ants de la lecture divertissement. Nous avions quatorze s&#233;ances dans chaque semestre, chaque fois cela a pass&#233; bien vite, puisqu'&#224; mesure qu'on avan&#231;ait le chemin &#233;tait pav&#233; de plus de mati&#232;re. Je suis reconnaissant &#224; ceux qui m'ont permis cette exp&#233;rience du travail personnel qu'elle m'a contraint &#224; faire, et qui m'&#233;tait peut-&#234;tre d'approche moins naturelle que ce dont imm&#233;diatement on dialogue avec des &#233;tudiants en Beaux-Arts, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait parler des lectures &#224; voix haute dans le hall &#224; midi, de l'int&#233;r&#234;t pour le livre de Jacques Roubaud &lt;i&gt;Math&#233;matique&lt;/i&gt;, de ces &#233;tudiants de deuxi&#232;me ann&#233;e qui la nuit faisaient gardien de nuit dans tel h&#244;pital psychiatrique, de ceux qui aimaient la mer, des fous de maths aux textes bizarres, des fous de lecture aux manuscrits plein les poches, du prof de biologie qui th&#233;orise l'art ou du math&#233;maticien &#224; bicyclette, parler des fois o&#249;, au lieu d'&#233;crire,&#8200;on passe deux heures &#224; parler, ou de la fois o&#249; j'envoyais chacun r&#244;der dans les couloirs, les labos ou amphis, avec pour consigne de travailler uniquement et en temps r&#233;el sur l'environnement auditif et les paroles capt&#233;es, et du portrait de la fac qui s'en d&#233;gage. Parler de comment on a &#233;valu&#233;, sur la base de la pr&#233;sence (mais tous &#233;taient tout le temps pr&#233;sents), en attribuant une note collective aux deux-tiers de l'&#233;chelle globale des notes dans les autres unit&#233;s de valeur en option, s'&#233;tonner encore qu'&#224; un groupe d&#233;cid&#233; arbitrairement on propose de passer un semestre &#224; &#233;crire chaque semaine sur un th&#232;me plut&#244;t que s'en tenir &#224; ce qu'on dit &#171; apprendre &#187; et que tous, effectivement, ont &#233;crit chaque semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a deux ans, il y a rarement une semaine sans que par courrier &#233;lectronique j'aie des nouvelles de ceux qui ont avec moi travers&#233; l'exp&#233;rience : que la litt&#233;rature ait &#224; dire dans le dialogue, qu'elle ait &#224; s'exercer hors de ses chemins de solitude, c'est &#224; eux que j'en dois une v&#233;rification en des terrains qui pour moi &#233;taient neufs, eux que j'en remercie. Reste cette impression de goutte d'eau dans la mer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
