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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>S.T. Joshi | L'autobiographie chez Lovecraft</title>
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		<dc:date>2015-10-23T11:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>
		<dc:subject>Joshi, S.T .</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un &#233;v&#233;nement consid&#233;rable : la parution de &#034;Lovecraft, un monde en transition&#034;, l'ensemble des &#233;tudes de S.T. Joshi&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique162" rel="directory"&gt;un monument Lovecraft&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot939" rel="tag"&gt;Joshi, S.T .&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4252.jpg?1448283150' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4252.jpg?1448283156&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#224; propos de &#171; Lovecraft, a world in transition &#187; de S.T. Joshi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis trop longtemps on a principalement consid&#233;r&#233; H.P. Lovecraft dans le contexte &#233;troit de la fiction d'horreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'ouverture de l'&#233;tude dont S.T. Joshi a fait le titre principal d'un livre de plus de 650 pages grands formats, qui vient de para&#238;tre chez le l&#233;gendaire Hippocampus Press : &lt;i&gt;Lovecraft and a world in transition&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est souligner d'embl&#233;e la dynamique, et la permanente r&#233;f&#233;rence au contexte. Historiciser l'invention, la r&#233;ception, le champ id&#233;ologique, &#233;conomique et &#233;ditorial. Et il se trouve que nous aussi participons d'un monde en transition, dont les perspectives, comme alors entre Grande D&#233;pression et Seconde Guerre mondiale, ne semblent pas fondamentalement moins mis&#233;reuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce cela qui remet Lovecraft sur nos tables de travail ? Pas seulement. On ne s'en embarrasserait pas s'il n'avait pas pour chacun de nous, dans l'histoire des lectures et de l'imaginaire, une puissance &#233;quivalente &#224; celle de Faulkner ou de Poe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il se joue aussi, sous les 66 photographies dont nous disposons de Lovecraft lui-m&#234;me, de bien plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; un auteur compulsionnel : des lettres par milliers, sans compter les cartes postales, des carnets, une implication de fond, pendant des ann&#233;es et d&#232;s l'adolescence, dans le journalisme amateur. D'autre part, il publie dans les magazines (il n'aura pas droit de son vivant &#224; un livre de ses oeuvres), donc l&#224; encore une suite pr&#233;cise de chronom&#232;tres. Et ses amis sont &#233;crivains &#8211; la correspondance avec Robert E Howard par exemple est un monument qui souvent vous tire des larmes, ind&#233;pendamment du suicide &#224; 36 ans de l'auteur des &lt;i&gt;Conan le barbare&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout cela, Lovecraft a toujours &#233;t&#233; dans notre histoire. Mais comme toute grande oeuvre la r&#233;ception conditionne ce qu'on sait et qu'on voit de l'oeuvre. La main-mise de Derleth, apr&#232;s la mort de Lovecraft, pour &#233;riger en mythe collectif les dieux souterrains autour de Cthulhu. Ou cet immense bonheur que Robert Barlow (qui lui aussi se suicidera bien trop t&#244;t, d&#233;but des ann&#233;es 50 au Mexique, lorsque sera r&#233;v&#233;l&#233;e son homosxualit&#233;), qui entre en relation avec Lovecraft alors qu'il n'a que 13 ans, mais se voit &#224; 19 ans h&#233;riter par testament de l'ensemble des papiers du mort) d&#233;pose cette masse de documents &#224; la biblioth&#232;que de l'universit&#233; de Providence, qui ne s'&#233;tait jamais aper&#231;ue de son existence et n'aurait jamais consid&#233;r&#233; comme d'int&#233;r&#234;t ces productions pour magazines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;ception de Lovecraft a aussi une histoire : avec un curieux engouement allant de Cocteau aux surr&#233;alistes, sans rien conna&#238;tre de lui que l'image dress&#233;e officiellement par son &#233;diteur de Madison-Wisconsin, August Derleth. Il ne s'agit pas de remettre en cause les traductions de Jacques Papy, qui ne disposait alors d'aucun &#233;l&#233;ment contextuel, sinon l'essor pris par la science-fiction, et l'abr&#232;ge ou simplifie pour &#171; plus d'&#233;l&#233;gance &#187;. Traductions qui seront reprises et compl&#233;t&#233;es plus tard, dans la premi&#232;re grande &#233;dition de r&#233;f&#233;rence compl&#232;te dirig&#233;e par Francis Lacassin,et r&#233;organise l'oeuvre en titres apocryphes (D&#233;mons et merveilles, Le livre de raison...). En m&#234;me temps, premiers travaux d'envergure sur HPL (le livre de Maurice L&#233;vy en 10/18 qui sera &#224; son tour traduit aux USA et provoquera sa sortie de purgatoire), et anthologie de la Correspondance chez Bourgois (2 tomes pr&#233;vus, 1 de r&#233;alis&#233;). Dans les ann&#233;es 90, nouvelle vague Lovecraft mais bas&#233;e sur l'invention posthume de Derleth, mythologie occulte extraite artificiellement de l'oeuvre et servant de vocabulaire collectif pour l'imagerie populaire, film ou BD notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, aux &#201;tats-Unis, un nom qui commence &#224; &#234;tre associ&#233; &#224; Lovecraft d&#232;s 1978 : n&#233; en 1958 &#224; Poona (Inde), arriv&#233; aux &#201;tats-Unis &#224; l'&#226;ge de 5 ans, ce qui caract&#233;rise d'abord S.T. Joshi c'est qu'il &#233;crit lui-m&#234;me. C'est depuis son propre chemin d'auteurs de nouvelles et r&#233;cits fantastiques qu'il approche l'oeuvre de Lovecraft, dans un moment o&#249; la rigidification de Derleth a tout fig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Lovecraft et Joshi, m&#234;me histoire. Autre point &#224; souligner imm&#233;diatement : un mandarin ayant confondu son chemin universitaire avec celui d'une oeuvre unique, &#231;a ne manque pas dans le paysage. Si Joshi est cet intellectuel d'une telle vivacit&#233;, d'une telle ouverture, c'est qu'il ne s'est jamais limit&#233; &#224; Lovecraft. Faire r&#233;&#233;merger tous ces auteurs, Hodgson, Machen, Dunsany, de la Mare, qui sont le corpus litt&#233;raire d'o&#249; &#233;merge le tr&#232;s singulier Lovecraft. Reprendre l'histoire de la science-fiction et de la fiction surnaturelle et en tenir l'histoire &#8211; c'est parce qu'il a toujours &#233;t&#233; capable d'&#233;cart avec Lovecraft que S.T. Joshi n'a pas &#233;t&#233; d&#233;vor&#233; par l'oeuvre centrale, figure qui participe pourtant plusieurs fois des fictions de H.P.L. lui-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il a fait quoi, S.T. Joshi ? Eh bien, premi&#232;rement, il nous l'a donn&#233; &#224; lire. Sans trier, tout entier. Reprise de l'ensemble des fictions, et &#233;tablissement critique du texte. &#199;a du sens, pour une litt&#233;rature d'abord publi&#233;e dans des magazines de fiction populaire ? Oui, si Lovecraft &#233;crivait en 3 versions successives, faisait circuler le carbone de la derni&#232;re. Voir l'histoire du manuscrit de &lt;i&gt;Dans l'ab&#238;me du temps&lt;/i&gt;, dont nous avons seulement depuis 1994 la version d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lire &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; Lovecraft. Depuis tous ces mois dans mon &#171; atelier &#187; de traduction Lovecraft, il y a peu de jours que je n'aie pas &#224; ouvrir la chronologie compl&#232;te des &#233;crits, mais aussi l'inventaire de la biblioth&#232;que m&#234;me de H.P.L. On bute sur un point technique, scientifique, id&#233;ologique : c'est dans les articles de journalisme qu'on va trouver la voie de passage, pas dans les dictionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant de myst&#232;res chez Lovecraft : trois fois il s&#233;journe &#224; Qu&#233;bec (profitant de promotion sur les voyages en autocar, avec retour par le bateau Albany-New York), il r&#233;dige, comme pour ses s&#233;jours en Nouvelle-Orl&#233;ans ou dans les villes de vieilles sorcellerie que sont Salem et Marblehead, des &lt;i&gt;travellogues&lt;/i&gt;, compte rendu presque illisibles, mais qui serviront &#224; leur tour de germe aux fictions. Nous en disposons d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre t&#226;che de S.T. Joshi (je vois venir votre lassitude, mais on n'est m&#234;me pas encore au principal), reprise du chantier de la Correspondance, apr&#232;s les 5 c&#233;l&#232;bres tomes des &lt;i&gt;Selected Letters&lt;/i&gt; choisies et souvent abr&#233;g&#233;es par Derleth. Joshi choisit une organisation compl&#232;tement diff&#233;rente : par interlocuteur. Ainsi naissent les volumes d'&#233;changes avec Galpin, Morton, Barlow (important), Derleth (pas passionnant, mais horloge pr&#233;cise pour le travail), et ce fabuleux monument d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, la correspondance avec Robert Howard. Mais Joshi nous propose aussi un autre volume qui ne me quitte pas : les &lt;i&gt;Lettres de New York&lt;/i&gt;, o&#249; la principale correspondante c'est la vieille tante Lillian, mais donc le personnage c'est devenu la ville m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas encore parl&#233; du principal ? En 1997, para&#238;t &lt;i&gt;I am Providence&lt;/i&gt;. De cette phrase iconique de Lovecraft dans une lettre, non pas la premi&#232;re biographie, mais enfin une biographie critique, qui aborde sans exclusive aussi bien l'enfance et ses fantasmes, que le mariage compliqu&#233; avec Sonia, la gestation des oeuvres, et ne contourne rien de ce qui est l'obstacle essentiel : le permanent racisme de Lovecraft, sa pens&#233;e identitaire, voire sa pulsion pour le nazisme en 1932-34. Nous savons entrer dans cette complexit&#233; : le &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; est dans nos biblioth&#232;ques et merci au travail de Henri Godard, idem pour J&#252;nger. Que nous sommes loin de la finesse et de l'intelligence d'un homme aussi immense que Kafka : et pourtant combien Lovecraft et Kafka partagent de traits communs dans leur rapport &#224; l'imaginaire et &#224; l'&#233;criture, &#224; la vie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc S.T. Joshi nous a fourni une excellente biographie de Lovecraft, gloire et honneur &#224; lui ? Pas si simple. Huit ans apr&#232;s, r&#233;vision augment&#233;e de cette bio, 1000 pages en 2 volumes, consid&#233;rable. Mais 2012, version num&#233;rique augment&#233;e d'un tiers. Elle est sur mon ordi, sur mon Kindle... Outil que d&#233;multiplie le moteur de recherche par occurrence. Et besoin de compl&#233;ter : aussi disponible sur Kindle, une &lt;i&gt;Lovecraft Encyclopedia&lt;/i&gt; tr&#232;s loin d'&#234;tre exhaustive, mais qui est un outil de travail permanent pour la commodit&#233; et la pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec tout &#231;a, il faudrait lire encore les articles diss&#233;min&#233;s tout au long par S.T. Joshi ? Oui, il faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il pose lui-m&#234;me la question en t&#234;te de son ouvrage : faut-il penser Lovecraft pour le lire ? On peut lire Beckett ou Marcel Proust sans les conna&#238;tre ni les penser, on y trouvera notre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'oeuvre de Lovecraft ne le permet pas, et c'est sans doute une des permanences dans l'histoire compliqu&#233;e de sa r&#233;ception. La figure de l'&#233;crivain professionnel, n&#232;gre (&lt;i&gt;ghost writer&lt;/i&gt;) de producteurs industriels de litt&#233;rature vulgaire. Le voyageur arpenteur inlassable, dormant dans les autobus. L'h&#233;ritier d'une famille ruin&#233;e mais de vieille implantation, et qui devra probablement son cancer foudroyant et sa fin trop pr&#233;coce &#224; cette alimentation mis&#233;rable pendant ses deux d&#233;cennies de travail litt&#233;raire. Ou son amiti&#233; de toute une vie avec le communiste Frank Belknap Long, ou l'histoire &#224; faire du cheminement collectif des intellectuels am&#233;ricains entre la Grande D&#233;pression et la guerre : Joshi est le premier, probablement, &#224; ne rien souhaiter contourner des contradictions de Lovecraft, et de ce qui en &#233;merge pour nous aujourd'hui de responsabilit&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'imaginaire. Pourquoi c'est si rare et pourquoi un tel myst&#232;re. Alors c'est m&#234;me avec un peu d'&#233;motion qu'on re&#231;oit le gros livre, sachant qu'on participe en temps r&#233;el de l'histoire qui est en train actuellement de se faire : il faudra bien que les universit&#233;s et le monde intellectuel US cessent l'ostracisme impos&#233; &#224; un de leurs auteurs majeurs &#8211; ceux d'aujourd'hui savent ce qu'ils doivent &#224; Lovecraft. Faire l'histoire de Lovecraft, c'est faire l'histoire de l'invention m&#234;me en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plan du Joshi : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;tudes biographiques, rapport au magazine &lt;i&gt;Weird Tales&lt;/i&gt;, biblioth&#232;que de Lovecraft, rapport au cin&#233;ma, rapport &#224; Sonia ou &#224; Howard ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;tudes philosophiques, pens&#233;e &#233;conomique de HPL, pens&#233;es sur la civilisation, mat&#233;rialisme, concept de r&#233;alit&#233; et connaissance ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;tudes du texte, autobiographie, r&#234;ve, r&#233;f&#233;rences, classement des manuscrits ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;tudes sur les oeuvres, sources, censures ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les essais de Lovecraft, sur la fiction surnaturelle, sur le fantastique, sur la po&#233;sie ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la r&#233;ception et l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, dit comme cela, &#231;a ne dit rien. Pour qui travaille au jour le jour avec le nom de S.T. Joshi sur tant de livre, on sait ce qu'on y trouve : dans la biographie, chaque oeuvre est consid&#233;r&#233;e dans le moment o&#249; elle est &#233;crite. Joshi prend ensuite le temps de son propre commentaire. Partant d'un point de vue distinct, ayant ma propre approche de l'oeuvre, mes propres recherches me m&#232;nent ailleurs : jamais, litt&#233;ralement jamais, je n'ai &#233;t&#233; &lt;i&gt;encombr&#233;&lt;/i&gt; de l'analyse de Joshi. Il ouvre &#224; la r&#233;flexion, il ne la ferme pas. Et c'est bien en ceci que Lovecraft revient sur nos tables : &#233;cosyst&#232;me incroyablement volumineux et riche, pour tout ce qui concerne l'auteur (sauf l'insoluble et inextinguible centre), toutes les questions sont &#224; se r&#233;approprier, librement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que S.T. Joshi a un site, et que ce site comporte un &lt;a href=&#034;http://stjoshi.org/news.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt; o&#249; il ferraille au quotidien, belle le&#231;on aussi. En juillet dernier, belle le&#231;on : j'&#233;change par mail avec un doctorant bordelais, ma surprise &#233;tant l'importance que Lovecraft accorde &#224; son s&#233;jour &#224; Nantucket, et qu'il ne cite jamais Melville... Mon correspondant fait ce qui m'aurait effray&#233; (ou disons plut&#244;t que j'aime bien trouver tout seul r&#233;ponse &#224; mes questions...), et d&#232;s le lendemain nous disposions d'une r&#233;ponse de Joshi avec l'ensemble des r&#233;f&#233;rences de HPL &#224; Melville dans ses lettres (et qu'effectivement il n'a pas go&#251;t&#233; &lt;i&gt;Moby Dick&lt;/i&gt;, a rat&#233; et cela et &lt;i&gt;Bartleby&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaite seulement t&#233;moigner ici d'une pens&#233;e litt&#233;raire vivante, qui d&#233;borde de tr&#232;s loin le seul champ des &#233;tudes lovecraftiennes. Je propose pour cela la traduction d'un des plus courts chapitres de &lt;i&gt;Lovecraft and a world in transition&lt;/i&gt; : la question de l'autobiographie dans l'oeuvre de Lovecraft.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces 12 pages (du livre grand format), parce qu'elles t&#233;moignent d'un des points les plus centraux de l'oeuvre, mais aussi parce qu'elles commencent par une citation de Maurice L&#233;vy. Cela vous dit quelque chose ? Lorsque ceux de mon &#226;ge d&#233;couvre Lovecraft, ce que nous mettons au plus haut c'est la collection 10/18. Et, sous la couverture des 10/18, un titre en un seul mot : &lt;i&gt;Lovecraft&lt;/i&gt;. On le trouve encore ais&#233;ment d'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre pour moi a vieilli, et je recommande plut&#244;t, pour une premi&#232;re approche, l'&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article7' class=&#034;spip_in&#034;&gt;essai de Houellebecq&lt;/a&gt;. Mais, lorsque S.T. Joshi rouvre aux USA, dans les ann&#233;es 70, le dossier Lovecraft, il commence par traduire en anglais le livre de L&#233;vy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors aujourd'hui, comme une boucle : voici en fran&#231;ais un fragment du livre de S.T. Joshi, qui commence par ce qu'il doit &#224; L&#233;vy...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour les biblioth&#232;ques ou les fous de Lovecraft : se procurer directement &lt;a href=&#034;http://www.hippocampuspress.com/h.p-lovecraft/about-hp-lovecraft/lovecraft-and-a-world-in-transition&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lovecraft and a world in transiion&lt;/a&gt; aupr&#232;s de Hippopocampus Press &#8211; et r&#234;vons d'une &#233;dition num&#233;rique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la traduction ci-dessous n'a pas vocation &#224; remplacer le livre lui-m&#234;me, je n'ai pas inclus les r&#233;f&#233;rences et les notes de bas de page &#8211; je n'ai pas inclus non plus de lien hypertexte aux traductions des textes cit&#233;s, se reporter &#224; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article49' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'index&lt;/a&gt; pour leur disponibili&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bien s&#251;r tout ce travail ici dans l'espoir qu'on puisse enfin, un jour, se lancer dans la traduction fran&#231;aise de &lt;i&gt;I am Providence&lt;/i&gt;, la bio...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; images ci-dessus : un petit extrait de ma bibilioth&#232;que S.T. Joshi personnelle !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;STJ&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;S.T. Joshi | L'autobiographie chez Lovecraft&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, nous pouvons tous accepter l'axiome de Maurice L&#233;vy, comme quoi &#171; le personnage principal, dans la plupart des r&#233;cits de Lovecraft &#8211; que son nom soit Charles Dexter Ward, Edward Derby, Olney, Malone, ou simplement &#8220;je&#8221; &#8211; est l'auteur &#187;. Ce qui nous autorise, continue L&#233;vy, &#224; assumer que Lovecraft &#233;prouve par procuration, sur lui-m&#234;me, l'horreur de ses r&#233;cits. Quoique que cette interpr&#233;tation soit valide en de nombreux points, le d&#233;faut manifeste en est que les personnages de Lovecraft sont autobiographiques, mais &#224; des degr&#233;s radicalement diff&#233;rents. Dans certaines histoires, les personnages sont tr&#232;s superficiellement autobiographiques, ou bien on leur donne certaines carat&#233;ristiques ext&#233;rieures qui ne sont pas d&#233;terminantes par rapport &#224; la globalit&#233; du r&#233;cit. D'un autre c&#244;t&#233;, d'autres r&#233;cits sont pr&#233;cis&#233;ment d'autant plus poignants et signifiants parce que le personnage principal partage certaines attitudes importantes de l'auteur. Une exploration de ces degr&#233; relatifs de l'autobiographie pr&#233;sente dans les fictions de Lovecraft peut nous aider &#224; mieux percevoir sa th&#233;orie souvent mal comprise de la caract&#233;risation des personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans beaucoup des r&#233;cits de Lovecraft, l'un ou l'autre des personnages de soit donner une caract&#233;ristique de Lovecraft lui-m&#234;me. Le narrateur de &lt;em&gt;L'ombre au-dessus d'Innsmouth&lt;/em&gt; est principalement un personnage sans qualit&#233; &#8211; puisque l'emphase principale de l'histoire n'est pas sur ce qu'&lt;em&gt;il est&lt;/em&gt; mais sur ce qui &lt;em&gt;va lui arriver&lt;/em&gt; &#8211; mais il tient certaine idiosyncrasie de Lovecraft en personne. Il s'embarque pour un voyage en Nouvelle-Angleterre dans le but de &#171; voir les paysages, d&#233;couvrir les antiquit&#233;s, remonter les g&#233;n&#233;alogies &#187; ; ainsi Lovecraft dans la vie visitait-il les villes coloniales (Marblehead, Portsmouth, Salem) et les sites antiques (Foster et Greene, Rhode Island). Quand le narrateur, contraint de rester &#224; Innsmouth pour la nuit, d&#238;ne dans un restaurant, il d&#233;clare : &#171; Un bol de soupe de l&#233;gume et quelques crackers me suffisaient &#187;. Et cela refl&#232;te clairement les propres habitudes de la di&#232;te parcimonieuse de Lovecraft. (Il est, bien s&#251;r, un des rares personnages dans les fictions de Lovecraft qu'on voit simplement manger. Un autre &#233;tant Albert Wilmarth, dans &lt;em&gt;Chuchotements dans la nuit&lt;/em&gt; quand le d&#238;ner offert est particuli&#232;rement crucial au d&#233;veloppement de l'intrigue.) Une autre r&#233;f&#233;rence encore obscure, c'est la description du hall de l'Ordre de Dagon par le narrateur, avec un signe noir et or sur le socle. Dans une lettre, nous apprendrons que &#171; je n'ai jamais aim&#233; une autre combinaison de couleur autant que le noir et or&#8230; peut-&#234;tre parce qu'ainsi &#233;tait d&#233;cor&#233; le vestibule de ma propre maison d'enfance, 454 Angell Street &#187;. On ne peut gu&#232;re douter que la mention &#171; noir et or &#187; soit une r&#233;f&#233;rence consciente &#224; sa couleur favorite ; elle souligne seulement le c&#244;t&#233; relativement secondaire des &#233;l&#233;ments autobiographiques dans ce r&#233;cit. Le narrateur n'est m&#234;me pas important en tant que porteur de telle caract&#233;ristiques, qu'en tant que victime de l'agression des entit&#233;s d'Innsmouth, et qu'en tant que sujet du tourbillon final o&#249; il devient lui-m&#234;me l'un des monstres. La narration se concentre clairement sur les horreurs d'Innsmouth &#8211; la cons&#233;quence d'une descendance maudite &#8211;, o&#249; le narrateur n'est que le v&#233;hicule pour l'exposition du th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;l&#233;ments autobiographiques sont de la m&#234;me trivialit&#233;. Dans un passage amusant de &lt;em&gt;Herbert West le ressusciteur&lt;/em&gt;, le narrateur dit que West &#171; ricanait secr&#232;tement de mon enthousiasme militaire occasionnel et de mon opposition &#224; une neutralit&#233; amorphe &#187;. O&#249; on voit bien comment Lovecraft prend &#224; ridicule sa propre attitude militariste pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, affich&#233;e dans des essais comme &lt;em&gt;La ligue&lt;/em&gt;, &lt;em&gt; La renaissance de l'humanit&#233;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt; &#192; la racine&lt;/em&gt; et dans des po&#232;mes comme &lt;em&gt;L'avocat de la paix&lt;/em&gt;. L'anti-alcoolisme, qui avait d'abord trouv&#233; en Lovecraft un supporter passionn&#233; (&lt;em&gt;Un document remarquable&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L'alcool et ses amis&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Chant pour l'abstinence&lt;/em&gt;) provoque de la m&#234;me fa&#231;on une moquerie qui la sape dans dans les fameuses chansons &#224; boire (le manuscrit qui les inclut porte le titre &lt;em&gt;Gaudeamus&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;R&#233;jouissons&#8212;nous&lt;/em&gt;) de &lt;em&gt;La tombe&lt;/em&gt;. Mais aucune de ces deux touches autobiographiques n'est centrale dans aucune des deux histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres r&#233;cits, certains &#233;l&#233;ments autobiographiques apportent une certaine importance au th&#232;me de l'histoire, mais ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme assez signifiantes pour amener &#224; la conclusion que le r&#233;cit se fonde sur ces &#233;l&#233;ments. Dans &lt;em&gt;La tombe&lt;/em&gt;, le personnage principal partage certainement le go&#251;t de Lovecraft pour l'antique, mais cette passion pour l'ancien n'est justifi&#233;e que par sa fascination inhabituelle pour la mort. Pour s'en assurer, le narrateur est &#171; d'un temp&#233;rament incompatible avec le formalisme des &#233;tudes et les r&#233;cr&#233;ation sociales de mes connaissances &#187;, comme ce fut le cas pour Lovecraft, lequel passa &#171; ma jeunesse et mon adolescence dans des livres anciens et peu connus, et &#224; explorer les champs et ravins du pays qui entourait la vieille maison familiale &#187;, comme Lovecraft le fit certainement aussi ; mais, d&#233;finitivement, le narrateur ressemble bien plus &#224; certains personnages de Poe qu'&#224; Lovecraft, quand Lovecraft le d&#233;crit comme &#171; m&#233;lancolique, intellectuel, hautement sensible, capricieux, introspectif, isol&#233; et parfois un peu fou &#187;. L'ensemble du r&#233;cit est satur&#233; d'&#233;l&#233;ments &#224; la Edgar Poe &#8211; le narrateur remarque qu'il est &#171; un r&#234;veur et un visionnaire &#187;, phrases qui trouvent leur &#233;cho dans certaines des &lt;em&gt;Histoires extraordinaires&lt;/em&gt;, comme &lt;em&gt;B&#233;r&#233;nice&lt;/em&gt;, o&#249; le narrateur pr&#233;tend que &#171; sa lign&#233;e a &#233;t&#233; appel&#233;e une race de visionnaires &#187; &#8211; au point que les personnages de Lovecraft n'acc&#232;dent jamais &#224; une vraie vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion de l'ancien, si pr&#233;gnante dans la vie de Lovecraft, est convoqu&#233;e avec une force encore plus grande et avec bien moins d'affectation dans &lt;em&gt;L'affaire Charles Dexter Ward&lt;/em&gt;. Les d&#233;tails autobiographiques du roman &#8211; les &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs de la personnalit&#233; de Ward, les descriptions pointilleuses des lieux de Providence &#8211; sont presque trop nombreux pour qu'on les mentionne ; particuli&#232;rement frappent, le retour de Ward &#224; sa maison de Providence apr&#232;s son s&#233;jour de trois ans en Europe, si parall&#232;le au retour de Lovecraft &#224; sa ville natale apr&#232;s ses deux ans &#224; New York ; ainsi le fait que Lovecraft transcrit dans son roman, presque mot &#224; mot, certains passages de ses lettres d&#233;crivant Providence montre clairement comment il incorpore bien des &#233;l&#233;ments de sa propre vie dans le r&#233;cit. Mais au bout de l'analyse, ces d&#233;tails restent seulement des d&#233;tails. La passion de l'ancien chez Ward est seulement une astuce pour introduire les machination du personnage r&#233;ellement principal, Joseph Curwen ; Ward devient seulement l'infortun&#233;e victime dont la mort sera veng&#233;e &#224; la fin par le Dr Willett. C'est seulement par hasard que nous percevons que dans certains passages Lovecraft tisse d'authentiques parall&#232;les avec sa propre vie et des id&#233;es qui sont centrales dans sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres cas ambigus : &lt;em&gt;Un air glacial&lt;/em&gt; et &lt;em&gt; L'&#201;tranger (The Outsider)&lt;/em&gt;. Que le premier soit inspir&#233; au moins en partie par la propre incapacit&#233; de Lovecraft &#224; supporter le froid est ind&#233;niable ; mais il a d&#233;velopp&#233; ce germe en sujet qui rejoint un th&#232;me d&#233;cisif dans son oeuvre : le th&#232;me faustien d'une qu&#234;te de savoir qui englobe la mort (que r&#233;v&#232;lent aussi, chacune &#224; sa fa&#231;on, &lt;em&gt;Laffaire Charles Dexter Ward&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La chose sur le seuil&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Herbert West le ressusciteur&lt;/em&gt;). L'inspiration autobiographique est enti&#232;rement submerg&#233;e par ce th&#232;me ; tout comme le m&#234;me &#233;l&#233;ment a une importance encore moindre dans &lt;em&gt;Les montagnes hallucin&#233;es&lt;/em&gt;, bien qu'ici encore il ait pu servir de base &#224; l'inspiration. De m&#234;me, pour &lt;em&gt;L'&#233;tranger&lt;/em&gt;, il est certainement tentant de supposer que Lovecraft ait dissimul&#233; dans le personnage central la fa&#231;on dont il se percevait ; et une interpr&#233;tation autobiographique tentante (sugg&#233;r&#233;e par Dirk W Mosig) est que l'histoire a &#233;t&#233; &#233;crite peu apr&#232;s la mort de la m&#232;re de Lovecraft, en mai 1921. Malheureusement, aucune preuve concr&#232;te n'a &#233;merg&#233; pour corroborer cette th&#233;orie. Et l'enfance malheureuse du personnage principal n'a aucune ressemblance avec celle de Lovecraft, qui s'est toujours souvenu avec fiert&#233; de son enfance, aussi atypique qu'elle ait pu &#234;tre ; il a plut&#244;t d&#233;clar&#233; : &#171; L'enfer c'est d'&#234;tre adulte &#187;. La d&#233;couverte par le narrateur de sa propre apparence monstrueuse peut sembler pour partie reli&#233;e au fait que la m&#232;re de Lovecraft le trouvait &#171; laid &#187;, voire &#171; hideux &#187; ; il semble impossible de nier qu'il &#233;tait victime d'un fort complexe d'inf&#233;riorit&#233; quant &#224; son visage, enracin&#233; de fa&#231;on si poignante qu'il d&#233;clare une fois &#224; sa future &#233;pouse : &#171; Comment une femme pourrait aimer un visage comme le mien ? &#187; Il n'emp&#234;che que &lt;em&gt;L'&#233;tranger&lt;/em&gt;, comme &lt;em&gt;La tombe&lt;/em&gt; sont si clairement d&#233;riv&#233;s d'Edgar Poe (ce que Lovecraft a admis lui-m&#234;me) qu'il semble possible d'&#233;tablir un parall&#232;le certain avec sa propre vie et caract&#232;re. Les quatre premiers paragraphes du r&#233;cit &#8211; qui semblent receler plusieurs &#233;l&#233;ments autobiographieiques &#8211; sont presque une paraphrase des paragraphes d'ouverture de &lt;em&gt;B&#233;r&#233;nice&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique intrigant, un &#233;l&#233;ment autobiographique, dans &lt;em&gt;Dans l'ab&#238;me du temps&lt;/em&gt;, n'est qu'accessoire dans le r&#233;cit. L'amn&#233;sie qui se saisit de Nathaniel Paislee date dii 14 mai 1908 au 27 septembre 1913 ; comment ne pas faire le parall&#232;le avec le retrait d'ermite de Lovecraft dans la m&#234;me p&#233;riode ? En 1908, sa &#171; sant&#233; marque le pas compl&#232;tement &#187;, et il ne gu&#233;rit pas avant 1913, quand il commence sa c&#233;l&#232;bre bataille litt&#233;raire dans &lt;em&gt;Argosy&lt;/em&gt; et rejoindra pour finir le mouvement du journalisme amateur. La co&#239;ncidence de dates mentionn&#233;e ci-dessus n'est pas du tout centrale pour le th&#232;me du r&#233;cit, mais peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une sorte de clin d'oeil ou mi-plaisanterie que seulement lui-m&#234;me et quelques proches pouvaient comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nombre des histoires du d&#233;but, cependant (aussi bien que dans certaines plus tardives), on conf&#232;re au personnage principal des attitudes si centrales aux opinions de Lovecraft qu'on peut quasiment lire ces r&#233;cits comme des essais fictionnalis&#233;s. L'ouverture c&#233;l&#232;bre et am&#232;re de &lt;em&gt;Lui&lt;/em&gt;, t&#233;moignant de la haine grandissante de Lovecraft pour New York &#8211; &#171; que du sordide et de l'&#233;garement, la pr&#233;tention nocive de s'&#233;lever en posant pierre sur pierre /&#8230;/ et les flots de peuple qui se bousculaient dans ces ravins qui se voulaient des rues &#187; sont certainement un cri du coeur de Lovecraft, et le narrateur qui fuit cette r&#233;alit&#233; tapageuse pour la nuit et le pass&#233; refl&#232;te certainement son d&#233;go&#251;t de la modernit&#233; grossi&#232;re de la m&#233;tropole. Particuli&#232;rement poignante, la conclusion du narrateur, quand il remarque qu'il est maintenant &#171; reparti pour ses terres de Nouvelle-Angleterre, port&#233; par un bon vent de mer, d&#232;s le bateau du soir &#187;, alors qu'en fait Lovecraft ne reviendrait pas &#224; Providence neuf mois apr&#232;s l'&#233;criture de &lt;em&gt;Lui&lt;/em&gt; : il peut difficilement y avoir plus parfaite expression d'un souhait par anticipation que ceci. &lt;em&gt;Horreur &#224; Red Hook&lt;/em&gt;, termin&#233;e &#224; peine une semaine avant &lt;em&gt;Lui&lt;/em&gt;, d&#233;but ao&#251;t 1925, refl&#232;te aussi ce d&#233;go&#251;t de Lovecraft pour New York, mais cette fois non pas directement via le personnage principal, Thomas Malone, d'un mysticisme que certainement Lovecraft ne partage pas (&#171; La vie quotidienne &#233;tait devenue pour lui la fantasmagorie de macabres &#233;tudes men&#233;es dans l'ombre ; tant&#244;t faisant miroiter et lorgnant les pourritures dissimul&#233;es comme dans la meilleure fa&#231;on de Beardsley, tant&#244;t &#233;voquant la terreur derri&#232;re les formes et objets les plus communs, &#224; la fa&#231;on subtile du travail le moins &#233;vident de Gustave Dor&#233; &#187;). Dans une de ses derni&#232;res lettres, Lovecraft fait la remarque suivante : &#171; Bizarrement, pour quelqu'un dont les origines m&#234;lent pays de Galles, Devon et Cornouailles, donc une bonne proportion de sang celte &#8211; le c&#244;t&#233; surnaturel de mon imagination n'est pas du tout celte, non seulement il me manque, mais je d&#233;teste la tentation celte fantasmatique pour les mondes non-r&#233;els. &#187; De quoi se demander si, en fait, le personnage de Malone n'a pu se baser sur le gallois Arthur Machen, dont Lovecraft d&#233;couvre l'oeuvre en 1923. La fa&#231;on dont le po&#233;tique Malone est aval&#233; par la salet&#233; et d&#233;cadence de Brooklyn peut &#234;tre la r&#233;ponse de Lovecraft aux difficiles ann&#233;es de Machen &#224; Londres (elles que racont&#233;es dans son autobiographie), et aux exp&#233;riences similaires du personnage autobiographique de Machen, Lucian Taylor, dans &lt;em&gt;La colline des r&#234;ves&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Horreur &#224; Red Hook&lt;/em&gt;, la dimension autobiographique n'est perceptible que par les lieux, pour lesquels Lovecraft s'est appui sur ses propres excursions et locations. M&#234;me chose pour plusieurs des r&#233;cits situ&#233;s soit &#224; Providence (&lt;em&gt;La maison maudite, L'appel de Cthulhu, L'affaire Charles Dexter Ward, Celui qui hante la nuit&lt;/em&gt;) ou en Nouvelle-Angleterre (&lt;em&gt;Le portrait dans la maison, Le festival, Dans le caveau, Le mod&#232;le de PIckman, L'horreur de Dunwich, Chuchotements dans la nuit&lt;/em&gt;). On sait parfaitement que Lovecraft a bas&#233; &lt;em&gt;Le mod&#232;le de Pickman&lt;/em&gt; en un lieu pr&#233;cis de Boston, tandis que pour &lt;em&gt;Le festival&lt;/em&gt; il &#233;crit : &#171; C'est une tentative sinc&#232;re de retranscrire l'impression que m'a donn&#233;e Marblehead quand j'y suis venu pour la premi&#232;re fois &#8211; un soir sous la neige, le 17 d&#233;cembre 1922 &#187;. Dans la pr&#233;sente &#233;tude, je me limiterai cependant aux &#233;l&#233;ments autobiographiques des fictions de Lovecraft li&#233;s aux personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Celepha&#239;s&lt;/em&gt;, le personnage principal comporte des traits notables de Lovecraft lui-m&#234;me. Non seulement Kuranes est &#171; le dernier de sa famille &#187;, &#171; son argent et ses terres disparus &#187;, mais &#171; il ne s'occupait pas de comment les gens se comportaient avec lui, et pr&#233;f&#233;rait r&#234;ver et &#233;crire &#224; propos de ses r&#234;ves &#187;. De plus, Kuranes &#171; n'&#233;tait pas moderne, et ne pensaient pas comme les autres auteurs. Tandis qu'ils s'effor&#231;aient d'arracher &#224; la vie les mythes brod&#233;es sur ses robes, et de les coudre sur l'immonde chose nue et laide qui est la r&#233;alit&#233;, Kuranes le recherchait dans l'imaginaire et l'illusion, et le trouvait &#224; sa propre porte, dans le souvenir n&#233;buleux des contes d'enfant et de ses r&#234;ves &#187;. Non seulement il s'agit d'une transcription pr&#233;cise de l'attitude de Lovecraft &#224; cette &#233;poque de sa vie, n'importe comment on le consid&#232;re), mais c'est aussi le germe de la grande qu&#234;te de cette &#171; ville du cr&#233;puscule &#187; qu'entreprend Randolph Carter dans &lt;em&gt;Recherche en r&#234;ve de Kaddatrh l'inconnue&lt;/em&gt;, et &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt;. Et c'est plus ou moins pr&#233;cis&#233;ment la personnalit&#233; de Kuranes qui provoque les &#233;v&#233;nements rapport&#233;s dans &lt;em&gt;Celepha&#239;s&lt;/em&gt; : on peut donc affirmer que la composante autobiographique est un &#233;l&#233;ment pivot du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La chose sur le seuil&lt;/em&gt; est probablement le r&#233;cit dans lequel a puis&#233; la plus grande quantit&#233; de mati&#232;re dans sa propre vie. Avec quelques bizarreries que nous examinerons plus loin, le personnage d'Edward Derby appara&#238;t comme &#233;tant Lovecraft lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peut-&#234;tre que cette &#233;ducation priv&#233;e et cette r&#233;clusion choy&#233;e ont contribu&#233; &#224; cette floraison pr&#233;matur&#233;e. D&#232;s l'enfance, le constat de sa faiblesse organique alarma ses parents, qui le gard&#232;rent soigneusement &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Il n'&#233;tait pas autoris&#233; &#224; sortir sans sa gouvernante, et n'eut que rarement l'occasion de jouer sans entraves avec d'autres enfants. Tout cela contribua sans aucun doute &#224; l'&#233;trange vie int&#233;rieure et secr&#232;te de l'enfant, avec l'imagination comme seule voie de libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, on trouve un peu plus loin : &#171; La m&#232;re d'Edward mourut quand il eut trente-quatre ans, et pendant des mois il fut r&#233;duit &#224; rien par une sorte d'incapacit&#233; psychologique. &#187; La m&#232;re de Lovecraft mourut quand il avait trentre-et-un ans, et lui aussi en fut perturb&#233; pendant une bonne p&#233;riode. &#171; Il semblait ensuite en ressentir une sorte d'euphorie grotesque, comme si on l'avait partiellement d&#233;livr&#233; d'invisibles liens. il commen&#231;a &#224; s'introduire dans cette bande la plus &#8220;avanc&#233;e&#8221; de l'universit&#233;, malgr&#233; son &#226;ge m&#251;r &#187;. Ce dernier d&#233;tail &#224; mettre peut-&#234;tre en rapport avec les fr&#233;quents voyages &#224; New York apr&#232;s la mort de sa m&#232;re (son premier voyage &#224; la m&#233;tropole en avril 1922) et l'amiti&#233; avec des individualit&#233;s aussi sophistiqu&#233;es que Frank Belknap, Samuel Loveman, Alfred Galpin et plus sporadiquement Hart Crane. Et on retrouve dans le personnage d'Asenath Waite des traces de la nature sur-possessive et dominatrice commune aux personnalit&#233;s de sa m&#232;re et de Sonia, l'&#233;pouse. En tout cela, Lovecraft t&#233;moigne d'une capacit&#233; aigu&#235; d'auto-psychanalyse et qu'il &#233;tablisse des liens signifiants entre l'affection de Derby pour sa m&#232;re et pour Asenath (&#224; la fois la m&#232;re de Lovecraft et Sonia) anticipe les analyses r&#233;centes de nombreux critiques. Cependant, comme je l'ai dit, le th&#232;me du r&#233;cit c'est plut&#244;t la prolongation de la vie par des moyens au-del&#224; de l'humain, et clair le message philosophique que le mariage n'est pas une institution garantissant la bonne sant&#233; &#8211; au moins pour quelqu'un pour Lovecraft ou Derby. C'est clair aussi, dans un contexte diff&#233;rent, dans &lt;em&gt;Horreur &#224; Red Hook&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons encore &#224; examiner les &#233;l&#233;ments autobiographiques d'un autre ensemble de r&#233;cits. Ceux qu'on nomme les r&#233;cits de Randolph Carter. Alors que c'est un truisme de dire que Carter est Lovecraft, on semble avoir n&#233;glig&#233; que la personnalit&#233; de Carter est diff&#233;rente dans chacune des quatre (voire cinq) histoires o&#249; il appara&#238;t. Le dernier r&#233;cit signifiant, de ce point de vue de l'autobiographie, c'est &lt;em&gt;La d&#233;position de Randolph Carter&lt;/em&gt;. Si ce r&#233;cit se pr&#233;sente comme la simple transcription d'un r&#234;ve, les personnages n'en sont pas importants ; d'ailleurs, Lovecraft cherche d'abord &#224; capturer les images d'horreur pr&#233;sentes dans le r&#234;ve. &#192; Carter il donne quelques-uns de ses caract&#233;ristiques ext&#233;rieures &#8211; en particulier ses &#8220;frissons nerveux&#8221; &#8211; mais seulement comme un outil commode, et parce que Lovecraft lui-m&#234;me tient de le r&#244;le de Carter dans son r&#234;ve, exactement comme Samuel Loveman tient celui de Harley Warren. L'&#233;l&#233;ment autobiographique est certainement secondaire dans le r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;L'innommable&lt;/em&gt; (souvent inexplicablement oubli&#233; en tant qu'un des r&#233;cits avec Carter), se r&#233;v&#232;le une opposition parfaitement oppos&#233;e. Ici, aucune caract&#233;ristique physique pour &#234;tre d&#233;crite, mais seulement leurs attitudes respectives pendant qu'ils d&#233;battent des m&#233;rites des histoires surnaturelles. L'histoire est de fait un constat suffisamment pr&#233;cis des principes esth&#233;tiques de Lovecraft, m&#234;me si souvent le langage utilis&#233; reste entre un cynisme et une satire &#224; la Bierce qui amoindrit quelque peu le s&#233;rieux du message par son exag&#233;ration. Carter, ici un auteur de fiction surnaturelle, est certainement Lovecraft ; mais qui est Joel Manton ? Une allusion &#224; Maurice Moe ? Manton est le &#171; directeur de la High East School &#187; ; Moe enseigne l'anglais &#224; la West Division High School de Milwaukee. Manton croit que &#171; Nous savons les choses seulement au travers de nos cinq sens ou nos intuitions religieuses &#187;. Lovecraft avait fr&#233;quemment des disputes avec Moe &#224; propos de religion, d&#233;clarant gravement une fois : &#171; Il est peut-&#234;tre plus facile d'avoir la vue courte et de rester orthodoxe comme Moe, confiant dans la providence divine &#187; ; &lt;em&gt; L'innommable&lt;/em&gt; est moins une histoire qu'un essai fictionnalis&#233; ; et sa ressemblance &#224; des oeuvres de Poe comme &lt;em&gt;Le d&#233;mon de la perversit&#233;&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;L'enterrement pr&#233;matur&#233;&#176;&lt;/em&gt;. Il est vrai cependant que ce r&#233;cit s'embo&#238;te avec difficult&#233; dans ce qu'on est convenu d'appeler &#171; le cycle Randolph Carter &#187; (quoique jamais Lovecraft ne l'ait nomm&#233; ici), contrairement aux quatre autres r&#233;cits o&#249; il appara&#238;t ; et les principes esth&#233;tiques qui y sont pr&#233;sents seront plus pleinement d&#233;velopp&#233;s dans les trois histoires suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chronologie des trois r&#233;cits Randolph Carter qui suivent reste confuse, puisqu'il semble que &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt; fut &#233;crite avant (ou, pour le moins, avant l'ach&#232;vement de) &lt;em&gt;Kaddath l'inconnue&lt;/em&gt;, et bien que les &#233;v&#233;nements qui s'y sont produits pour Carter sont post&#233;rieurs &#224; ceux de ce dernier. On peut seulement en conclure que Lovecraft avait certainement une id&#233;e claire du d&#233;nouement de la &lt;em&gt;Kaddath&lt;/em&gt;, m&#234;me si Derleth &#233;crit curieusement qu'il &#171; ne semble pas avoir un plan tr&#232;s pr&#233;cis &#187; pour le roman. La qu&#234;te de Carter pour sa &#171; ville du cr&#233;puscule &#187; et qu'il la d&#233;couvre dans les souvenirs de son enfance trouve de forts &#233;chos dans la pens&#233;e de Lovecraft, m&#234;me si on peut difficilement imaginer que beaucoup des &#233;pisodes, ou incidents &#224; la Ulysse structurant le roman (souvent rapport&#233;s dans une ironie et un humour involontaires) aient une quelconque r&#233;sonance autobiographique. &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt;, plus concise et s&#233;rieuse (et am&#232;rement cynique) revient au th&#232;me central de &lt;em&gt;Celepha&#239;s&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Kaddath&lt;/em&gt;, mais il y a bien s&#251;r beaucoup de d&#233;tails de la vie de Carter qui n'ont certainement aucun lien avec celle de Lovecraft : Lovecraft n'a jamais essay&#233; de s'engager en religion (m&#234;me pas &#233;t&#233; tent&#233; de le faire)), ni de go&#251;ter &#171; aux libert&#233;s modernes &#187; (&#224; moins d'y voir une allusion &#233;loign&#233;e &#224; sa p&#233;riode de sophistication d&#233;cadente dans les ann&#233;es 20) ; que Carter essaye tous ces aspects de la vie sont plut&#244;t des symboles pour exprimer &#171; comment toutes les aspirations humaines sont superficielles, inconstantes et d&#233;pourvues de sens &#187;. &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt; est encore moins une histoire que &lt;em&gt;L'innommable&lt;/em&gt;, et reste aussi proche de l'all&#233;gorie philosophique que tout ce qu'&#233;crit Lovecraft.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carter compl&#232;te sa m&#233;tamorphose depuis celui de personnage ordinaire (&lt;em&gt;La d&#233;position de Randolph Carter&lt;/em&gt;) &#224; celui de porte-parole des id&#233;es de Lovecraft (&lt;em&gt;L'Innommable&lt;/em&gt;), et &#224; celui de pur symbole (&lt;em&gt;Kaddath&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt;) dans &lt;em&gt;&#192; travers les portes de la Cl&#233; d'argent&lt;/em&gt;. S'agissant d'un effort de collaboration artificielle entre Lovecraft et E. Hoffmann Price, ce r&#233;cit manque pour le moins d'unit&#233; et souffre d'une construction maladroite, alors qu'il rec&#232;le un des plus superbes &#233;crits cosmiques des fictions de Lovecraft. Ici, Carver oscille entre &#234;tre l'outil principal pour convoyer le message philosophique principal, et une figure anim&#233;e saisissante, d&#233;montrant plus de vigueur que n'importe quel autre personnage de Lovecraft. Thomas Malone, le personnage principal de &lt;em&gt;Horreur &#224; Red Hook&lt;/em&gt;, et Carter lui-m&#234;me dans &lt;em&gt;Kaddath&lt;/em&gt;. Dans aucune de ces incarnations, Carter ne pr&#233;sente de similarit&#233;, ni avec Lovecraft, ni avec aucun des personnages tels qu'il les incarne dans les autres r&#233;cits Randolph Carter. Ainsi, ce constat comme quoi &#171; Randolph Carter est Lovecraft &#187; prend des chemins diff&#233;rents, et &#233;videmment pas du tout applicble au dernier des r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parvenant &#224; ce point, revenons sur quelques curiosit&#233;s dans les descriptions que fait Lovecraft de quelques-uns des personnages &#233;voqu&#233;s ci-dessus. Revenons &#224; &lt;em&gt;La chose sur le seuil&lt;/em&gt;. Si nous avons d&#233;termin&#233; de fa&#231;on qu'Edward Derby y est Lovecraft, alors quoi faire de cette pr&#233;cision : &#171; Il (Derby) &#233;tait l'&#233;l&#232;ve le plus ph&#233;nom&#233;nal que j'avais jamais connu &#187;. Est-ce que Lovecraft pourrait &#234;tre si arrogant qu'il &#233;crirait une telle chose de lui-m&#234;me ? Cela semble hautement improbable. En m&#234;me temps, ses lettres de jeunesse r&#233;v&#232;lent une grande admiration pour la pr&#233;cocit&#233; de son camarade Alfred Galpin : &#171; Il est exactement comme moi, sauf pour le niveau. Pour le niveau, il m'est immens&#233;ment sup&#233;rieur &#187;, &#233;crit-il en 1921 ; et en 1923 il appelle Galpin &#171; l'intellect le plus brillant, le plus pr&#233;cis, avec une duret&#233; d'acier, que j'ai jamais rencontr&#233; &#187;. Galpin &#233;tait d'onze ans le cadet de Lovecraft, de m&#234;me que Derby est de huit ans le cadet de Daniel Upton, le narrateur de &lt;em&gt;La chose sur le seuil&lt;/em&gt;. De plus, Galpin disposait dans sa jeunesse d'une grande force de s&#233;duction f&#233;minine : la figure de tutorat &#233;voqu&#233;e par Lovecraft avec le personnage &#171; Damon &#187;, et tout ce qui est dit de Damon pris au pi&#232;ge par diff&#233;rentes nymphes parle de Galpin. La pi&#232;ce &lt;em&gt;Alfredo&lt;/em&gt; (dont le personnage central est &#224; l'&#233;vidence Galpin) reprend aussi ce th&#232;me, qui resurgira dans la relation de Derby avec Asenath Waite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette identification de Galpin avec certains traits de Derby d&#233;busque d'autres curiosit&#233;s : Galpin n'a certainement jamais &#233;crit &#171; des vers d'un fantastique sombre et quasi morbide &#187;, et n'a jamais publi&#233; ce recueil de po&#233;sie, &lt;em&gt;Azathoth et autres horreurs&lt;/em&gt; pour ses dix-huit ans/ Mais est-ce que la publication en 1912 de &lt;em&gt;The star treader and other poems&lt;/em&gt; de Clark Ashton Smith, en relation avec Lovecraft depuis 1922, n'avait pas fait sensation, alors que l'auteur n'avait que dix-neuf ans ? D'autant plus qu'il est mentionn&#233; que Derby &#171; &#233;tait un proche correspondant du c&#233;l&#232;bre po&#232;te baudelairien Justin Geoffrey, qui mourut dans un asile psychiatrique en 1926 &#187;. Et Smith &#233;tait une relation proche de George Sterling, dont le suicide, curieusement, advint en 1926. Et la figure de Justin Geoffrey &#233;tait elle-m&#234;me l'invention de Robert E Howard, dans &lt;em&gt;The black stone&lt;/em&gt; (1931) et la date de sa mort co&#239;ncide avec celle fournie par Howard (quand il pr&#233;cise que Geoffrey meurt cinq ans plus t&#244;t), faisant appara&#238;tre cette nouvelle co&#239;ncidence que Geoffrey et Sterling d&#233;c&#232;dent la m&#234;me ann&#233;e. Derby est donc pour le moins un curieux amalgame de Lovecraft, Galpin et Smith, ainsi que peut-&#234;tre Samuel Loveman ou Frank Belknap Long, dont l'extr&#234;me sensibilit&#233; et timidit&#233; est un point commun avec Derby. Si on peut dire que la base de la personnalit&#233; de Derby est celle de Lovecraft, il emprunte certains de ses traits et d&#233;tails plus superficiels aux relations de Lovecraft.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous revenons &#224; &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt;, nous y trouvons &#233;galement de curieuses descriptions de Randolph Carter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors il se remit &#224; &#233;crire des livres, ce qu'il avait cess&#233; en cessant de r&#234;ver. Mais, l&#224; non plus, pas de plaisir ni exaucement, parce que le poids de la Terre &#233;tait en lui, et plus possible d'imaginer de belles choses comme il le faisait dans le pass&#233;. Un humour ironique mettait &#224; bas tous les minarets qu'il apercevait au cr&#233;puscule, et la peur d'une impossibilit&#233; terrestre balayait toutes les fleurs si d&#233;licates et surprenantes de ses jardins f&#233;&#233;riques. La convention d'une piti&#233; assum&#233;e chargeait de mi&#232;vrerie ses personnages, tandis que le mythe d'une r&#233;alit&#233; pr&#233;gnante, la signification des &#233;v&#233;nements humains et leurs &#233;motions ravalaient toute l'ampleur de son imagination &#224; une all&#233;gorie mesquinement doubl&#233;e d'une satire sociale &#224; bas prix. Ses nouveaux romans eurent autant de succ&#232;s qu'en avaient eu les anciens : et comme il avait appris combien ils devaient se faire vide pour complaire aux foules vides, il les br&#251;la et cessa d'&#233;crire. C'&#233;taient de tr&#232;s jolis romans, dans lesquels il riait avec urbanit&#233; des r&#234;ves qu'il dessinait gracieusement, mais il sentait combien leur sophistication avait enlev&#233; d'eux toute vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne sonne vraiment pas comme une description de l'oeuvre de Lovecraft, tant il s'est toujours revendiqu&#233; d'&#233;crire seulement pour son &#171; expression personnelle &#187;, malgr&#233; l'influence inconsciente et corruptrice qui le cernait, &#233;crivant en permanence pour le march&#233; des magazines. Il est vraiment rare que Lovecraft use d'un &#171; humour ironique &#187; dans ses fictions ; cela se produit dans &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt; elle-m&#234;me, ou &lt;em&gt;L'&#233;trange maison haute dans la brume&lt;/em&gt; (avec une m&#234;me aigreur juv&#233;nile), et dans quelques autres r&#233;cits. Mais si cette description ne s'applique pas &#224; Lovecraft, qui donc elle vise, si elle n'est pas seulement un &#233;l&#233;ment organique du r&#233;cit ? Qu'on relise alors ce commentaire sur l'oeuvre de Dunsany, &#233;crit en 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r Dunsany est in&#233;gal, mais son dernier travail&#8230; ne peut &#234;tre compar&#233; &#224; ses premi&#232;res oeuvres. Alors qu'il gagne en &#226;ge et en sophistication, il perd en fra&#238;cheur et en simplicit&#233;. Il a pris honte d'&#234;tre aussi na&#239;f hors toute critique, et commen&#231;a &#224; marcher &#224; c&#244;t&#233; de ses r&#233;cits, se moquant visiblement d'eux &#224; mesure qu'ils avancent. Au lieu de rester ce que doit &#234;tre le vrai imaginatif &#8211; un enfant dans le monde des r&#234;ves de l'enfance &#8211; il semble anxieux de monter qu'il est r&#233;ellement un adulte dont la g&#233;n&#233;reuse nature lui permet de pr&#233;tendre &#234;tre un enfant dans le monde de l'enfance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dunsany appara&#238;t alors comme mod&#232;le tr&#232;s pertinent pour cet aspect de la personnalit&#233; de Carter ; bien s&#251;r, ce choix est d'autant plus fond&#233; que l'oeuvre de Dunsany a inspir&#233; Lovecraft pour ses imitations, dont &lt;em&gt;Kaddath&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La cl&#233; d'argent&lt;/em&gt; peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme les meilleurs exemples. Ici, &#224; nouveau, nous trouvons en Carter un amalgame de Lovecraft et d'une figure dunsanienne, qui joue une part importante dans son d&#233;veloppement philosophique et litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple int&#233;ressant d'autobiographie : &lt;em&gt;Chuchotements dans la nuit&lt;/em&gt;. Les recherches de Donald R Burleson indiquent que le personnage de Henry Akeley est en partie bas&#233; sur Vrest Orton, l'associ&#233; de Lovecraft domicil&#233; dans le Vermont, bien qu'il ait exist&#233; un r&#233;el paysan du Vermont nomm&#233; Bert G Akley que Lovecraft a rencontr&#233; dans son voyage de 1928, et dont les traits semblent avoir contribu&#233; au portrait d'Akeley ; bien s&#251;r, toute la g&#233;ographie du r&#233;cit semble &#234;tre une compilation des impressions re&#231;ues dans le Vermont &#8211; lors des voyages avec Orton et le po&#232;te Arthur Goodenough &#8211; en 1927 et 1928. (Des passages descriptifs de l'essai &lt;em&gt;Vermont : premi&#232;res impressions&lt;/em&gt;, 1927) seront directement int&#233;gr&#233;es dans le r&#233;cit, m&#234;me si la sauvagerie du paysage a &#233;t&#233; amplifi&#233;e.) Mais Akeley comporte aussi des ressemblances avec Lovecraft. En plus de s'engager dans des &#233;tudes &#224; la fronti&#232;re du surnaturel, Akeley est aussi ancr&#233; dans son sol natal que l'&#233;tait Lovecraft : &#171; Ce n'est pas facile de renoncer au lieu o&#249; vous &#234;tes n&#233;, et o&#249; vit votre famille depuis six g&#233;n&#233;rations &#187;. Akeley &#233;crit &#224; Wilmarth ; et de nouveau : &#171; J'esp&#232;re &#234;tre pr&#234;t &#224; d&#233;m&#233;nager dans une semaine ou deux, m&#234;me si cela me tue presque d'y penser &#187;. Bien s&#251;r, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'impossibilit&#233; d'Akeley &#224; partir qui causera sa perte &#8211; m&#234;me si cela ne nous autorise pas &#224; en d&#233;duire que Lovecraft ait jamais regrett&#233; son &#171; sens du lieu &#187; ; plut&#244;t c'est cette facette du personnage d'Akeley qui explique qu'il n'ait pas fui l'horreur bien plus t&#244;t, et que nous puissions le comprendre comme motivation parfaitement justifi&#233;e. En revanche, que la personnalit&#233; d'Akeley ne soit pas compl&#232;tement centrale dans la marche du r&#233;cit (la principale emphase concerne l'&#233;tablissement et la machination des entit&#233;s de Yuggoth ] les &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187; que Lovecraft reconna&#238;t comme &#233;tant les vrais &#171; h&#233;ros &#187; d'un r&#233;cit fantastique), relativisent l'importance de l'&#233;l&#233;ment autobiographique, ce qu'il est pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier exemple ne concernera pas l'amalgame de plusieurs figures r&#233;elles dans la personnalit&#233; d'un personnage fictionnel, mais la relation entre un personnage de fiction et une figure r&#233;elle pass&#233;e inaper&#231;ue. Dans &lt;em&gt;L'ombre sur Innsmouth&lt;/em&gt; on nous fait d&#233;crit ainsi Barnabas Marsh (le &#171; vieil homme &#187;), dont le n&#233;goce dans les mers du Sud a entra&#238;n&#233; la d&#233;g&#233;n&#233;ration des habitants d'Innsmouth : &#171; Il avait &#233;t&#233; autrefois un dandy d'importance, et les gens disaient qu'il avait conserv&#233; sa redingote des temps edwardiens, qui s'adaptait curieusement &#224; sa difformit&#233; actuelle &#187;. &#192; comparer avec ce jugement concernant Oscar Wilde, dans une lettre de Lovecraft &#224; Derleth :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tant qu'homme cependant, aucune d&#233;fense possible d'Oscar Wilde. Son personnage, non incompatible avec une d&#233;licatesse de mani&#232;res qui imposait une coquille ext&#233;rieure de d&#233;cence d&#233;corative et de d&#233;corum, &#233;tait si profond&#233;ment pourrie et m&#233;prisable qu'il est possible &#224; un homme de l'&#234;tre&#8230; Ainsi son absence de go&#251;t moral que nommons le sens moral, et que ses d&#233;r&#233;lictions n'incluent pas seulement les petits et grandes injures, mais toutes ces petites malhonn&#234;tet&#233;s, sournoiseries, pusillanimit&#233;s et autres marques de m&#233;pris affect&#233;es qui sont autant l'apanage des butors et des goujats que celui des vauriens. C'est une circonstance amusante que lui, qui r&#233;ussi pendant un temps &#224; &#234;tre le &#8220;prince des Dandies&#8221;, n'a jamais &#233;t&#233; ce qu'on nomme un gentleman&#8230; Il est difficile d'&#233;prouver de la charit&#233; ou de de l'affection pour ce vieux viveur boursoufl&#233;, dissip&#233; et malade qui qui a virtuellement pourri sur place et explos&#233; comme le Valdemar de Poe ce jour gris de l'hiver 1900. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; dandy &#187; trouve ici un usage particulier. Lovecraft condamne certainement le vieux bonhomme Mars et Oscar Wilde pour leurs pratiques sexuelles non orthodoxes, m&#234;me si la nature de ces pratiques &#233;tait radicalement diff&#233;rente pour chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; notre conclusion que les personnages de Lovecraft &#8211; lors qu'ils ne sont pas absolument d&#233;pourvus de sp&#233;cificit&#233; &#8211; tendent &#224; partager certains de leurs traits non seulement avec leur cr&#233;ateur, mais avec des figures que leur cr&#233;ateur a rencontr&#233; soit dans la vie, soit dans la litt&#233;rature. Et noter cependant que dans l'&#233;norme majorit&#233; des cas, l'&#233;l&#233;ment autobiographique (rapport&#233; aux traits de personnalit&#233; des personnages fictifs) n'est pas central pour le th&#232;me du r&#233;cit, et parfois simplement absent. Il serait difficile de trouver un &#233;cho lovecraftien significatif &#224; n'importe quel des personnages pr&#233;sents dans un r&#233;cit comme &lt;em&gt;Les montagnes hallucin&#233;es&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Dans l'ab&#238;me du temps&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La couleur tomb&#233;e du ciel&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L'horreur de Dunwich&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L'appel de Cthulhu&lt;/em&gt; et bien d'autres r&#233;cits consid&#233;rables, autant que pour la plupart de ses r&#233;cits &#171; dunsaniens &#187;. Les personnages, dans la plupart de ces r&#233;cits ne n&#233;cessitent pas de caract&#233;ristiques significatives pour le d&#233;veloppement du r&#233;cit ; dans ces r&#233;cits, o&#249; le personnage semble disposer d'une importance intrins&#232;que Lovecraft leur conf&#232;re un semblant de r&#233;alisme en les basant sur ses propres attitudes ou celles de ses proches. Ainsi, ce qu'il &#233;crit &#224; E. Hoffmann Price :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun de nous est plus ou moins complexe, aussi nos personnalit&#233;s ont bien plus qu'un c&#244;t&#233;. Si nous sommes suffisamment intelligents, nous pouvons cr&#233;er &#224; partir de nous-m&#234;mes autant de personnages diff&#233;rents que nous avons de facettes &#224; notre personnalit&#233; &#8211; en prenant dans chaque cas l'essence singuli&#232;re et remplissant le reste du personnage avec du mat&#233;riel fictif aussi diff&#233;rent que possible de n'importe quoi dans nos vies ou dans les autres personnages que nous avons pr&#233;c&#233;demment cr&#233;&#233;s avec d'autres facettes&#8230; Une autre fa&#231;on de cr&#233;er de faire d&#233;river des personnages diff&#233;rents c'est juste l'observation directe et pr&#233;cise. Il n'y a souvent aucun besoin d'&#234;tre sp&#233;cialement fertile pour imaginer des motifs &#233;trangers et des mani&#232;res pas du tout aptes &#224; personnifier ces diff&#233;rentes faces de nous-m&#234;mes ; mais juste &#234;tre capables d'entregistrer diff&#233;rents caract&#232;res &#224; travers notre simple perception et m&#233;moire fid&#232;le de comment des personnes que nous avons r&#233;ellement connues ont agi et nous ont sembl&#233; percevoir et penser. Si nous proc&#233;dons ainsi, nous avons l'obligation de poss&#233;der un bassin de relations suffisamment vaste pour pr&#233;senter une grande vari&#233;t&#233; de gens de toutes classes, et construire un r&#233;servoir assez ample pour y puiser. Et nous sommes alors arables de peupler une histoire bon seulement avec des personnages tir&#233;s de nous-m&#234;mes (m&#234;me si cela sera naturellement le moyen le plus fort et le plus vivant, puisque jamais nous ne pourrons conna&#238;tre quiconque aussi bien que nous nous connaissons nous-m&#234;mes), mais de ces personnages dessin&#233;s d'apr&#232;s tous ceux que nous avons &#233;tudi&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;vident que cette caract&#233;risation compte peu pour Lovecraft, parce qu'elle ne peut alimenter son but narratif : la repr&#233;sentation de l'&#233;tendue du cosmos, et le peu qu'y repr&#233;sente l'humanit&#233;. Avec un tel principe de base pour son travail, il serait positivement inconcevable que que les personnages puissent entraver le r&#233;cit avec leurs propres caract&#233;ristiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les individus et leur destin &#224; l'int&#233;rieur des lois naturelles ne m'&#233;meuvent que tr&#232;s peu. Il s'agit toujours de bagatelles momentan&#233;es &#233;manant du n&#233;ant commun pour aller vers un autre n&#233;ant commun. Il n'y a que la trame cosmique en elle-m&#234;me &#8211; ou tels individus qui qui en symbolisent les principes (ou la m&#233;fiance de ces principes) &#8211; pour accrocher vraiment mon imagination et la mettre en &#233;tat de travail. En d'autres mots, les seuls &#171; h&#233;ros &#187; &#224; partir desquels je puisse &#233;crire sont des &lt;em&gt;ph&#233;nom&#232;nes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette caract&#233;risation, alors, est d'une importance secondaire pour Lovecraft ; et son seul soin est de rendre ses personnages suffisamment r&#233;alistes pour ne pas risquer qu'ils ne nous convainquent pas. Et la principale mine pour ces personnages est alors lui-m&#234;me : &#171; puisque nous ne pouvons jamais conna&#238;tre quiconque aussi bien que nous nous connaissons nous-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; S.T. Joshi, &#171; Autobiography in Lovecraft &#187;, extrait de &#171; Lovecraft and a world in transition &#187;, Hyppopocampus Press, 2014 &#8211; traduction FB.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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