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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>78 | manger &#224; Cergy 5, kebab en sous-sol</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Maillet, &#201;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Rollet, Patrice</dc:subject>
		<dc:subject>2015</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Cergy, EnsaPC, 2015, Charlie Hebdo, Eric Maillet, Patrice Rollet&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot921" rel="tag"&gt;Maillet, &#201;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1032" rel="tag"&gt;Rollet, Patrice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1031" rel="tag"&gt;2015&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
manger &#224; Cergy : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1, soirs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5058' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2, petits-dejs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3, brasseries&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5060' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4, cantine&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5039' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5, kebab&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;78 | manger &#224; Cergy 5, kebab en sous-sol&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et puis, dans cette typologie des cinq ans &#224; Cergy, deux jours par semaine, trente-quatre semaines par an, plus une sixi&#232;me ann&#233;e d&#233;cousue mais quasi compl&#232;te et en ajoutant jurys ou r&#233;unions, et en retranchant quelques missions en service command&#233; (colloque &#224; Montr&#233;al, interventions ponctuelles dans quelques autres &#233;coles d'art comme Rennes, Valence, Marseille, ou ce d&#233;placement Erasmus &#224; Tel Aviv, ou les rares fois, moins rares la derni&#232;re ann&#233;e, que je reprenais au soir le RER pour quelque g&#233;n&#233;reux h&#233;bergement de fortune &#224; Paris, le frangin, les petits-enfants) une estimation &#224; quatre cents jours et donc l&#224; sur la dalle cent quatre-vingt-dix nuits, la persistance un peu obs&#233;dante, comme hors de dur&#233;e et fr&#233;quence, de deux autres lieux : le premier tout voisin de l'&#233;cole, sur l'esplanade c&#244;t&#233; piscine et patinoire, la suite d'au moins quatre &#233;tablissements de type kebab, mais le tout premier, &#224; l'angle m&#234;me de l'esplanade, le seul &#224; disposer d'une salle rectangulaire tr&#232;s vaste mais en sous-sol, avec des ch&#226;ssis l'&#233;clairant depuis le haut du mur de gauche, je ne sais pas bien comment j'y &#233;tais descendu la toute premi&#232;re fois mais dans mon souvenir j'y &#233;tais seul, on commandait &#224; l'&#233;tage des assiettes &#233;bly salade avec si on voulait une brochette viandes mixtes et je prenais aussi un Coca, bien s&#251;r la di&#233;t&#233;tique n'a pas trop son mot l&#224;-dedans mais c'&#233;tait une fois par semaine et vraiment un temps limit&#233; entre les cours du matin et l'atelier de l'apr&#232;s-midi, la t&#234;te farcie d'un boulot o&#249; ce que confiaient &#224; vos mains &#233;tudiantes et &#233;tudiants ne pouvait se traiter sans charge &#233;motionnelle &#224; compenser, d'o&#249; ce quasi besoin d'un temps absolument vide et d'absolu silence, si on peut parler de vide et de silence puisqu'&#224; peine j'&#233;tais assis dans cette immense salle en sous-sol, qu'on m'avait promis en bas que mon assiette &#233;bly salade brochette mixte m'arriverait au plus vite, je me d&#233;couvrais dans le brouhaha de dizaines et dizaines de lyc&#233;ens et &#233;tudiants, pas vraiment les profils des employ&#233;s de la dalle qu'on croisait dans les brasseries, et puis en face de moi, mais sur lequel se d&#233;coupaient les silhouettes habill&#233;es toutes de fa&#231;on traditionnelle &#224; l'Afrique, le monde arabe, les pays asiatiques, un &#233;cran g&#233;ant non pas vou&#233; aux &#233;ternels matches de foot comme ailleurs mais &#224; des clips et de la danse d'un m&#234;me &#233;clatement de toute g&#233;ographie et ce bain bruyant, agit&#233; et mouvant, le ballet incessant des silhouettes cherchant une table ou remontant vers la lumi&#232;re c'&#233;tait finalement l'obscurcissement int&#233;rieur qui vous soignait le mieux, mes coll&#232;gues enseignants fr&#233;quentaient peu ce lieu, sinon la terrasse mais le jour des attentats &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; on y &#233;tait, dans le sous-sol, j'&#233;tais avec &#201;ric Maillet et on &#233;tait l&#224; tous deux riv&#233;s &#224; nos t&#233;l&#233;phones et &#231;a venait de se passer mais qui pouvait savoir quoi, des d&#233;p&#234;ches qui parvenaient chaque minute et semblaient une invention &#224; la fois terrifique et fantastique sans rien de r&#233;el qu'on puisse assimiler ou concevoir et finalement &#224; peine on avait touch&#233; &#224; nos assiettes &#224; peine on avait &#233;chang&#233; sinon des phrases mais si banales parce que quoi dire quoi et m&#234;me &#224; 14 heures au moment de refermer la porte de l'amphi on pouvait toujours r&#234;ver contre les certitudes &#8212; ce jour-l) je devais faire travailler sur Charles Juliet mais dedans et m&#234;me les mains je tremblais, les &#233;tudiants ne seraient inform&#233;s que le soir ou le lendemain donc on &#233;tait l&#224; mais dissym&#233;triques j'avais dit pourquoi mon &#233;tat, l&#224; du blanc dedans et m'&#233;tais embarqu&#233; dans la trag&#233;die grecque, &#231;a tombe bien il faut bien qu'un jour on leur parle de la trag&#233;die grecque et puis je n'avais fait que parler de la trag&#233;die grecque et puis de Beckett et surtout pas demander pourquoi, on avait m&#234;me &#233;t&#233; jusqu'au bout du temps pr&#233;vu c'est seulement plus tard le soir et le lendemain qu'on commencerait &#224; r&#233;aliser, et puis la famille kurde qui tenait la grande salle, la terrasse et le comptoir kebab brochettes salades &#224; l'entr&#233;e avait clos la porte pour un mois, c'&#233;tait la guerre en Irak, on avait m&#234;me un &#233;tudiant dont la famille &#233;tait rest&#233;e &#224; Mossul, ils devaient rouvrir le mois suivant et &#231;a n'a jamais rouvert, le deuxi&#232;me lieu qui viendra donc seulement ici &#224; la fin (encore je n'ai pas &#233;t&#233; exhaustif) je crois que c'est un midi o&#249;, besoin d'un raccord ou d'un c&#226;ble ou chargeur pour le Mac, ou autre bricole du genre, j'&#233;tais entr&#233; dans le centre commercial, avais pris l'escalator pour le premier niveau (encore un autre niveau il aurait fallu pour ce toit terrasse v&#233;g&#233;talis&#233;), pris la galerie perpendiculaire, pass&#233; la zone magasin de chaussures et tenue de sports, puis &#224; l'angle suivant, sur la droite, la zone sandwicheries, enfin l'angle &#224; gauche pour le magasin de valises et sacs brad&#233;s (j'ai encore deux valises et un sac qui viennent de chez eux), avant que le vigile &#224; l'entr&#233;e de la Fnac vous fasse ouvrir votre sac &#224; dos lest&#233; de tout votre mat&#233;riel photo ou informatique, moins justement ce c&#226;ble ou chargeur qui manque et donc en sortant, retraversant la zone sandwicherie, sorte de haut le c&#339;ur qui te prend mais quand m&#234;me, trois heures non stop avec les &#233;tudiants ensuite, avais rep&#233;r&#233; ce stand asiatique, barquettes nouilles frites ou riz curry l&#233;gumes, quatre tables serr&#233;es l&#224; en bord de galerie j'avais descendu la barquette en vitesse, c'&#233;tait m&#234;me pas cinq euros avec le Coca, la dame qui servait ne parlait que chinois sauf le prix que vous aviez &#224; payer mais on se comprenait tr&#232;s bien quand m&#234;me, une autre fois o&#249; ce que je voulais surtout c'est &#234;tre seul mais tout seul j'&#233;tais revenu et comme les tables &#233;taient toutes prises, j'avais vu le minuscule escalier derri&#232;re la caisse et en haut c'&#233;tait une salle moins grande qu'ici ma cuisine mais la surprise : vitr&#233;e sur les deux parois &#224; angle droit et c'&#233;tait comme l'immense tableau brutaliste du centre commercial, avec cette tranch&#233;e qui le coupait &#224; la verticale pour que les bus de toute la banlieue nord-ouest acc&#232;dent &#224; la gare routi&#232;re, la ville de Cergy, autrefois voulue nouvelle, devenue le grand pan vertical d'une ville fantastique et toute en hauteur sur son socle gris, toi-m&#234;me devenu jouet dans la totalit&#233; sculpt&#233;e d'une ville sans aucune silhouette perceptible, sinon les imbriquement d'immeubles, bureaux, logements, entrep&#244;ts et m&#234;me l&#224;-bas, pr&#232;s du silo abstrait des th&#233;&#226;tres, l'&#233;cole o&#249; tu officiais, tout cela soudain en surplomb, et m&#234;me les lettres AUCHAN vues &#224; l'envers et g&#233;antes sur le toit d'en face devenaient, parce qu'&#224; l'envers, une action lettriste au plus subversif, contre les vitres quelques plantes vertes maladives tu avais fait des photos, et &#233;tais m&#234;me d'autres fois revenu, au moins deux fois par an ensuite tu revenais uniquement pour, l&#224; en haut, dans la petite salle minuscule et quasi clandestine au point d'&#234;tre le havre un peu trouble des rencontres de bureau cherchant l'anonymat, refaisant les m&#234;mes photos exactement, et m&#234;me, discr&#232;tement, apr&#232;s avoir ostensiblement fait ces photos du dehors, laissant l'appareil sur la table pr&#232;s de ta barquette et de ton Coca pour la photographier dans son enfilade, avec ces quelques clients aussi clandestins qu'elle, la petite salle qui te semblait &#224; elle-m&#234;me une chambre photographique et, comme par hasard, le seul que j'ai vu ici me rejoindre, tout aussi surpris que moi qu'on ait m&#234;mes go&#251;ts et id&#233;es, &#233;videmment Patrice Rollet le prof de cin&#233;, l'ami de Jonas Mekas, des Straub et de bien d'autres, et que j'avais vu pleurer, quittant l'&#233;cole au soir de l'attentat Charlie Hebdo, pour aller reprendre son m&#233;tro.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>77 | manger &#224; Cergy, 4, brasseries</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5061</link>
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		<dc:date>2022-01-10T11:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>2015</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Ardouvin, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Cuzin, Christophe</dc:subject>
		<dc:subject>Rohmer, &#201;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Lang, Luc</dc:subject>
		<dc:subject>Souchon, Patrick </dc:subject>
		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Cergy, EnsaPC, Pierre Ardouvin, Christophe Cuzin, Patrick Souchon, Franck Senaud, Eric Rohmer, 2013-2019&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1031" rel="tag"&gt;2015&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot920" rel="tag"&gt;Ardouvin, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1062" rel="tag"&gt;Cuzin, Christophe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1063" rel="tag"&gt;Rohmer, &#201;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot840" rel="tag"&gt;Lang, Luc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Souchon, Patrick &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
manger &#224; Cergy : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1, soirs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5058' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2, petits-dejs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3, brasseries&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5060' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4, cantine&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5039' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5, kebab&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;77 | manger &#224; Cergy, 4, brasseries&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Donc une fois cette autorisation d'acc&#232;s accord&#233;e aux enseignants &#233;cole d'arts pour la cantine souterraine de la pr&#233;fecture, beaucoup moins de cette errance deux jours par semaine, trente-quatre semaines par an, parmi les points ravitaillement de la ville anciennement nouvelle, mais comment tu aurais support&#233; l'id&#233;e d'aller deux jours de suite &#224; la cantine souterraine ou d'y descendre seul, forc&#233;ment on s'est mis &#224; faire des &#233;conomies mais on n'a pas l&#226;ch&#233; pour autant la suite de nos haltes du midi, soit : par exemple, au plus pr&#232;s de l'&#233;cole, quasi sous ses vitres arri&#232;re, avec une petite salle repas en contrebas de quatre marches qui permettaient, depuis la rue, de voir si des coll&#232;gues y &#233;taient d&#233;j&#224; auquel cas tu les rejoignais (enfin, selon, puisque &#231;a pouvait aussi &#234;tre un motif de fuite), tu entrais par le c&#244;t&#233; tabac, devant la porte sur la dalle quatre ou cinq tables et leurs cendriers, souvent la pr&#233;sence de l'aveugle, celui qui venait le soir s'asseoir &#224; la r&#233;ception du Kyriad : &#171; &#231;a va, monsieur Mourad, &#231;a va aujourd'hui &#187;, je ne sais plus s'ils faisaient aussi PMU mais en tout cas cette surcharge sous les cigarettes de jeux &#224; gratter, publicit&#233;s de Loto, avant l'enfoncement noir, &#224; gauche les banquettes dont la moleskine &#224; l'inauguration de la ville avait &#233;t&#233; fra&#238;che et color&#233;e, puis au fond &#224; droite la petite salle et l'immuable serveur mutique et lent, comme un air de conspirateur pour vous annoncer le bourguignon pur&#233;e ou bien pour en appeler &#224; votre complaisance t&#233;moignant de ce qu'il n'&#233;tait ici pas du tout &#224; sa place non, mais jamais il ne se trompait dans les commandes, savait assez son monde pour nous laisser monopoliser notre coin de table, les plats &#233;taient &#224; l'heure et on payait ensuite &#224; tour de r&#244;le &#224; la patronne (&#171; sans contact ? &#8212; sans contact &#187;), mais c'&#233;tait si pr&#232;s de l'&#233;cole (moi je l'appelais la brasserie des sculpteurs parce que j'y venais plut&#244;t avec les trois profs sculpteurs, Ardouvin, Cuzin, Cousinard et les affinit&#233;s qu'on a dans le peu de paroles et le go&#251;t des choses solides, et parce que c'est plus facile aussi dans un lieu o&#249; on vous reconna&#238;t comme client du mardi, ou du mercredi ou du jeudi selon les ans mais quand m&#234;me r&#233;guli&#232;rement &#224; r&#233;p&#233;tition &#8212; ici les v&#233;g&#233;s avaient omelette salade ou d&#233;brouille-toi, trop pr&#232;s de l'&#233;cole pour une vraie pose ou &#233;chapper aux regards des &#233;tudiants rapportant de la boulangerie leur sandwich (ce que tu ferais souvent aussi, &#171; la formule ? &#8212; oui, la formule, avec le jambon formage ou saucisson beurre plus un Coca mais tu rapportais &#231;a dans l'amphi pour finir tel dossier ou mail avant l'heure de reprise, gardant le flan ou la p&#226;tisserie incluse dans la formule pour le train au retour, &#224; moins que tu ne la retrouves &#233;cras&#233;e dans le fond de ton sac la semaine suivante), soit par exemple et en les prenant dans l'ordre la brasserie qui sur la dalle, mais plus &#224; droite en sortant de l'escalator du RER, bien s&#251;r le Columbia et m&#234;me d&#232;s le premier jour du recrutement puisqu'on avait &#233;t&#233; cinq convoqu&#233;s de la short list et qu'on se connaissait tous forc&#233;ment (l'amie d'ailleurs qui reprendrait ton poste &#224; ton d&#233;part, et puis ce copain auteur qui, vingt ans de moins que toi, avait fait la villa M&#233;dicis &#224; vingt ans d'&#233;cart, mais assumait un poste de prof en lyc&#233;e et pas facile d'&#233;chapper &#224; cette orbite &#8212; un jour bizarre puisque, sans jamais avoir &#233;t&#233; f&#233;ru de num&#233;rologie cette fois dans le TGV la SNCF t'avait attribu&#233; la voiture 19 place 53 et qu'en vingt-cinq ans de TGV ce serait la seule, seule fois o&#249; &#231;a tomberait sur ton ann&#233;e de naissance bien s&#251;r que sinon tu le remarques &#8212;, le copain m'avait attendu et on &#233;tait all&#233; au Columbia et on avait pris deux andouillettes frites, on en avait bien s&#251;r plaisant&#233; c'&#233;tait expr&#232;s, celui qui aurait le poste on reprendrait ailleurs une andouillette frites et celui qui aurait le poste offrirait une bouteille &#224; l'autre, la bouteille je l'avais achet&#233;e mais je ne crois pas que depuis lors on se soit revu, le Columbia avec ses grandes baies vitr&#233;es et sa fa&#231;on de jouer les brasseries traditionnelles, aux beaux jours les tables d&#233;ploy&#233;es sur la terrasse c'est l&#224; que Rohmer avait tourn&#233;e L'amie de mon amie donc c'&#233;tait comme de s'inviter dans un film, Cergy &#233;tait un r&#234;ve middle class tout neuf &#224; l'&#233;poque, dans le prolongement direct de la D&#233;fense et toi en cinq ans &#224; la d&#233;gringolade du Columbia tu verrais bien aussi la transformation en ghetto, ghetto tertiaire le midi et ghetto tout court le soir (le Columbia d'ailleurs ferm&#233;, lors d'un &#233;ni&#232;me changement de propri&#233;taire ils avaient retent&#233; le soir et j'&#233;tais venu deux fois mais certainement pas trois), en tout cas les premi&#232;res ann&#233;es en s'y glissant sur le tard avec les coll&#232;gues (les &#233;tudiants pr&#233;venus que, compte tenu de ce retard, on ne r&#233;attaquerait qu'&#224; 14 heures pass&#233;es), ce que tu appr&#233;ciais c'&#233;tait le soleil sur les vitres, le hors temps que t'offre en hiver ou demi saison le soleil tapant ferme sur les vitres, ce qu'on mangeait &#233;tait sinon plut&#244;t ordinaire mais le caf&#233; tr&#232;s correct, reste qu'au bout de trois ans tu as un peu plus de mal en t'asseyant pour le plat du jour (foie de veau &#231;a vous va, ou d'autres fois langue en sauce &#231;a vous va, ou bien plus simplement parmentier maison &#231;a vous va) &#224; t'imaginer que tu t'embarques pour le dedans d'un d&#233;cor de film, ou par exemple en continuant la rue, &#224; la bifurcation qui va vers la Poste ce vietnamien ou tu passais vingt minutes de queue debout, et quand bien m&#234;me il y avait cinq personnes &#224; attendre c'&#233;tait vingt minutes de queue, un vieux couple avec le monsieur &#224; lunettes qui venait faire un sourire depuis son recoin embu&#233;, avec une courbette mais amicale, fa&#231;on de l&#224;-bas, m&#234;me s'il y avait &#224; ce moment-l&#224; des gens qui passeraient vingt minutes debout &#224; attendre et rituellement c'&#233;tait bobun, jamais Luc Lang (on a perdu contact, vies qui vont droit et ne se d&#233;tournent pas) ne serait all&#233; ailleurs, donc quand avec Luc charg&#233; du cours d'esth&#233;tique mais on se connaissait bien avant que je le rejoigne ici (il doit y continuer certainement) c'est au bobun du vieux couple vietnamien qu'on venait attendre, vingt minutes debout puis dix minutes sur un coin de table pour le bol aux nems flottants et la soupe claire &#231;a faisait quand m&#234;me une demi-heure pour ce qu'on avait &#224; se dire quand on avait &#224; se dire, le caf&#233; on reviendrait ensuite le prendre sur la place ronde, plus loin dans le renfoncement c'&#233;tait un indien qui devait au moins s'intituler le Maharajah et qui &#233;tait toujours aux trois quarts vides, l&#224; aussi tu testes une fois mais tu ne reviens pas, et par contre juste apr&#232;s la bifurcation vers la Poste si on traversait une pizzeria ouverte le soir mais sans alcool, et si par hasard le soir tu venais qui s'arrangeait toujours pour te mettre en vitrine des fois que &#231;a attire d'autre monde, n'y venaient des gens, plut&#244;t en groupe, que pour leur salle o&#249; un &#233;cran diffusait les matches de foot d'une cha&#238;ne arabe, un ensemble de trois bistrots donc mais il n'y a que le vietnamien qu'on ait fr&#233;quent&#233; vraiment, parfois avec Luc Lang parfois avec d'autres, d'ailleurs on l'appelait &#171; le bobun &#187; le resto aux vingt minutes debout et qui devait avoir sa fa&#231;on authentique puisque souvent on y croisait, mais qui rapportaient une barquette &#224; l'&#233;cole dans un pochon plastique, nos si chouettes &#233;tudiants et &#233;tudiantes de Cor&#233;e, Chine ou Japon, ou comme par exemple, mais en suivant alors deux cents m&#232;tres plus loin cette rue qui longeait la biblioth&#232;que universitaire, l'entr&#233;e du Auchan sur une esplanade en travaux, ou pendant une heure derri&#232;re la vitre tu te r&#233;galais des visages de passage, tout un monde lointain (puisque derri&#232;re la vitre) et si proche (le grand d&#233;ferlement du monde tout entier aval&#233; et rejet&#233; par le Auchan deux &#233;tages au-dessus), les Cerclades on n'y venait pas aussi souvent mais le patron offrait le caf&#233;, le service &#233;tait rapide, les plats classiques mais g&#233;n&#233;reux et c'&#233;tait un public diff&#233;rent, plus ouvrier (&#233;lectriciens, gens des eaux, du t&#233;l&#233;phone, agents de service de la ville) c&#244;t&#233; comptoir, plus &#233;quipes du m&#234;me bureau pomponn&#233;es pour le repas de f&#234;te c&#244;t&#233; vitrine sur la place et moi j'aimais bien les Cerclades quand l'occasion d'un rendez-vous qui compte m&#234;me si c'est juste une fois l'an mais qu'on y tient, deux fois avec Patrick Souchon au moins, une fois par an rituellement avec C&#233;sar, &#233;tudiant si atypique, une autre fois avec Franck Senaud, une avec Xavier Georgin et &#231;a peut &#234;tre bien de se forcer &#224; prolonger une telle liste jusqu'&#224; l'exhaustivit&#233;, une autre fois avec cette coll&#232;gue am&#233;ricaine de Los Angeles (on avait un partenariat d'&#233;change d'&#233;tudiants et d'&#233;change d'enseignants) dont j'avais d&#233;couvert sur son site que moyennant inscription en ligne et deux cent cinquante dollars elle se d&#233;pla&#231;ait &#224; votre domicile et photographiait votre chien ou chat, &#231;a m'avait donn&#233; des id&#233;es pour en faire autant : un livre sur votre chien &#224; prix forfaitaire, ma page est toujours en ligne sur mon propre site mais &#231;a n'a pas march&#233; comme pour elle d'&#233;vidence &#231;a marchait, on pouvait revenir &#224; l'&#233;cole soit par cette rue directement vers le RER soit en reprenant par l'entr&#233;e du Auchan, passant alors sous cet escalier qui menait &#224; ce toit terrasse extr&#234;mement curieux, l'id&#233;e des concepteurs ayant &#233;t&#233; d'y positionner, autour d'un vaste espace arboris&#233; comme &#231;a en plein ciel, des associations &#224; vocation sociale, dommage qu'ils n'y aient pas plut&#244;t install&#233; un bistrot terrasse puisque personne ne savait comment s'y rendre, depuis l'int&#233;rieur du centre commercial g&#233;ant, &#224; ce toit terrasse qui devait lui redonner vocation humanitaire plus g&#233;n&#233;reuse que les cinquante ou quatre-vingts boutiques &#224; fringues, t&#233;l&#233;phones, &#233;lectro-m&#233;nager et m&#234;me une Fnac (et m&#234;me quelques livres, mais peu) mais en architecture les bonnes intentions suffisent rarement en tout cas j'aimais y faire parfois une ballade ou bien sous n'importe quel pr&#233;texte le faire d&#233;couvrir &#224; d'&#233;ventuels h&#244;tes de passage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>76 |	manger &#224; Cergy, 3, la cantine administrative</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>2015</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Rollet, Patrice</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Cergy, EnsaPC, 2013-2019&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1031" rel="tag"&gt;2015&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1032" rel="tag"&gt;Rollet, Patrice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
manger &#224; Cergy : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1, soirs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5058' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2, petits-dejs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3, brasseries&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5060' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4, cantine&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5039' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5, kebab&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;76 |	Cergy, 3, la cantine administrative&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Non pas les trois premi&#232;res ann&#233;es mais les deux suivantes, la jeune administratrice de l'&#233;cole (l'&#226;ge de mon fils a&#238;n&#233;, soudain l'impression d'un renversement de monde) nous obtient, pour les profs et le personnel, l'autorisation d'acc&#232;s &#224; la cantine administrative &#8212; &#231;a s'appelle comme &#231;a, je d&#233;couvre &#8212;, juste en face de la porte d'entr&#233;e principale de la pr&#233;fecture, zut, on n'y entrera pas : et m&#234;me plus, notre employeur prend une petite quote-part de la note, alors que d'une d&#233;pense de treize euros en moyenne dans les brasseries alentour le plateau tombe soudainement &#224; cinq ou six euros m&#234;me avec entr&#233;e plat salade ou dessert, et donc la premi&#232;re surprise c'est la porte d'entr&#233;e : sur cette dalle de b&#233;ton qui surplombe l'&#233;tendue plane de l'&#238;le de France, le cin&#233;ma, en mimant dans sa forme ext&#233;rieure le grand trap&#232;ze des fauteuils devant l'&#233;cran, signifiait que le paysage m&#234;me &#233;tait devenu pour la dalle une image, il &#233;tait, sur le rebord m&#234;me de la dalle, un objet transitionnel &#8212; Patrice Rollet, l'enseignant de cin&#233; lecteur de Lib&#233; (je l'ai vu pleurer, le jour des attentats &#224; Charlie Hebdo) y avait re&#231;u, lui qui &#233;tait un ancien de l'&#233;cole, les Straub et Huillet ou Rohmer parmi d'autres, mais depuis longtemps d&#233;saffect&#233; : j'avais install&#233; sur mon site, photos &#224; l'appui, une mini fiction disant comment, dans ce gaspillage d'un b&#226;timent embl&#233;matique, nos &#233;tudiants s'y glissaient la nuit, avec une combine de rallonges &#233;lectriques, pour des projections clandestines de leurs &#339;uvres mais dans ce contexte quasi historique (on voit tr&#232;s bien le cin&#233;ma, la dalle, la tour EDF qui surplombe de tr&#232;s haut, d&#233;saffect&#233;e elle aussi, et le toit terrasse en pyramide invers&#233;e de la pr&#233;fecture dans le film &lt;i&gt;Terroriste&lt;/i&gt; avec Yves Montand) et aujourd'hui encore je re&#231;ois des messages me demandant des tuyaux pour p&#233;n&#233;trer clandestinement dans la salle morte, d'ailleurs plusieurs fois j'y r&#233;ponds par des indications fictives elles aussi, faisant l'&#233;tonn&#233; ensuite mais l&#224; tu poussais une double porte transparente pas flambante, un peu hors de ses gonds et grin&#231;antes, avec des panneaux vitr&#233;s d'indications de services ou d'informations remontant &#224; plus de quinze ans et seulement fl&#233;ch&#233;e comme acc&#232;s parking, d'ailleurs au premier niveau souterrain on arrive face &#224; une &#233;choppe de coordonnerie doubles de cl&#233;s &#224; l'abandon au moins d&#233;cennial elle aussi, puis un long couloir carrel&#233; sous trois n&#233;ons glauques et au moins le double hors service, l&#224; on a la surprise d'un jardin min&#233;ral (il n'y a pas de lumi&#232;re, donc ce sont de faux arbres dess&#233;ch&#233;s sur rocaille et sol de ces &#233;clats de bois achet&#233;s au kilo, puis un nouvel escalier, ce qu'on nomme en architecture &#171; puits de lumi&#232;re &#187; cens&#233; &#233;clairer avec ce qui reste de gris tombant du ciel l&#224; o&#249; le parking est &#224; gauche et une galerie plus &#233;troite menant cette fois &#224; la cantine, tellement &#233;troite qu'&#224; peine dix personnes attendent leur plat, la queue s'allonge jusqu'ici mais chaque grappe reste dans sa bulle, arriv&#233; &#224; l'angle la double pile des plateaux et comme au Japon les plats du jour en d&#233;mo sur une assiette refroidie et mise sous cloche dans cette ombre on pr&#233;f&#232;re &#233;viter de regarder, encore deux m&#232;tres en bifurquant sur la gauche et elle est l&#224;, la dame qui sert, tu vois bien ce qui est du jour ou ce qui reste de la veille ou de l'avant-veille, facile de choisir et comme nous de l'&#233;cole d'arts on dit bonjour et m&#234;me des fois avec elle on plaisante on a une ration choisie et m&#234;me, je dirais, ce c&#244;t&#233; cuisine des familles et le luxe du jeudi c'est des fois paella, des fois couscous ou choucroute enfin comme un petit extra pour te redonner le moral au bureau, le petit commentaire acerbe de l'autre fille, celle &#224; la caisse qui te sermonne si tu n'as pas assez cr&#233;dit&#233; ta carte, voire l'a oubli&#233;, ou si tu as l'air un peu triste et fatigu&#233; aujourd'hui, tu remplis le plus haut possible la petite assiette &#224; salade o&#249; champignons carottes r&#226;p&#233;es, ou c&#233;l&#233;ri r&#233;moulade ou haricots rouge c'est forfaitaire selon le diam&#232;tre, avant les couverts dans trois pani&#232;res &#224; osier, puis deux morceaux de pain un peu mou et il faudra aussi qu'un de votre groupe se d&#233;voue pour aller remplir la carafe, les premi&#232;res fois tellement surpris de ces tabl&#233;es regroup&#233;es par services ou administrations puisqu'il y avait aussi des policiers en uniforme, et m&#234;me des marins : des marins &#224; Cergy-Pontoise ? apparemment des stations d'&#233;coute radar, et puis &#224; la pr&#233;fecture ils g&#233;raient les conscriptions en tout cas oui, marins et m&#234;me une fois sous-mariniers &#224; Cergy-Pontoise, nous on &#233;tait entre profs de l'&#233;cole d'arts et les conversations peinaient &#224; &#233;chapper aux questions r&#233;currentes du boulot c'est comme partout et partout et puis voil&#224;, un jour fini, il te reste cinq ou six euros sur ta carte tu te dis que tu la feras passer &#224; un ancien coll&#232;gue et puis cinq ou huit mois plus tard tu retombes dessus et tu la jettes, d'autres fois c'est des ab&#238;mes de pens&#233;e &#224; l'image de cette salle souterraine (de la bu&#233;e par manque d'a&#233;ration, d'ailleurs ils avaient d&#251; une fois fermer parce que l'hygi&#232;ne de leur chambre froide &#233;tait en d&#233;faut) et que les gens des services passeport ou cartes grises et les marins ou m&#234;me tes copains continuent d'y faire la queue en attendant le couscous ou la paella ou la saucisse haricots verts de la semaine (aux coll&#232;gues v&#233;g&#233;s on pr&#233;parait sans barguigner une assiette frites ou riz et potlatch de l&#233;gumes) continuent apr&#232;s l'immersion de retrouver comme en titubant un peu le jour gris de la dalle pour aller se serrer devant un des comptoirs &#224; caf&#233; de la petite place ronde.&lt;/p&gt;
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		<title>75 | manger &#224; Cergy, 2, petits-d&#233;j'</title>
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		<dc:subject>Kaplan, Leslie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Cergy, EnsaPC, Patrice Rollet, Leslie Kaplan&lt;/p&gt;

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manger &#224; Cergy : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1, soirs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5058' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2, petits-dejs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3, brasseries&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5060' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4, cantine&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5039' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5, kebab&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;75 | manger &#224; Cergy, 2, petits-d&#233;j'&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, Kyriad du centre ou Kyriad d'en haut, le petit-d&#233;j' ce n'est pas &#231;a : une vague cafet' o&#249; tu donnes ton num&#233;ro de chambre, en &#233;change d'un caf&#233; machine, jus d'orange machine et petit pain mal d&#233;congel&#233; avec carr&#233; de beurre qui ne l'est pas du tout, tout cela &#224; volont&#233; ne compense pas les cinq balles qu'ils te prennent &#8212; ou alors tu descends &#224; sept heure pour un gobelet double, et retour &#224; la chambre pour une heure de boulot mais en tous les cas l'&#233;cole d'arts tu n'y entrais pas avant 9 heures et donc tu passais au Show Gourmand, l&#224; aussi pas besoin de dire ce que tu souhaitais, et c'est comme s'il te fallait prendre ton &#233;lan pour changer de viennoiserie avec ton grand cr&#232;me et la bouteille d'eau que tu emporterais dans ta poche pour tout &#224; l'heure le cours : la fille toutes ces ann&#233;es c'&#233;tait la m&#234;me et avenante, plus que sa coll&#232;gue qui souvent se r&#233;fugiait &#224; l'&#233;tage o&#249; &#233;taient les gogues interdites provisoirement aux clients, laissant l'autre se d&#233;brouiller seule, et tu avais d&#233;couvert que celle qui se faisait ces pauses au moindre pr&#233;texte, viss&#233;e &#224; son t&#233;l&#233;phone, &#233;tait malentendante (&#231;a n'emp&#234;che pas le t&#233;l&#233;phone) et un mois par an en fin d'hiver celle qui te pr&#233;parait ta commande sans savoir ce que tu voulais, &#171; comme d'habitude hein &#187;, partait un mois dans sa famille au Maroc et comme j'aime bien parler du Maroc on a toujours &#233;t&#233; copains, une fois &#224; sa demande je lui ai fait une photo derri&#232;re son comptoir mais quand il s'est agi de lui envoyer par mail elle n'a jamais voulu me le donner, je pensais faire un tirage et puis &#231;a tra&#238;n&#233; et je ne l'ai pas fait, en tout cas au Show Gourmand une fois servi sur le plateau, pay&#233; &#224; la petite machine qui rendait automatiquement la monnaie tu descends &#224; la petite salle d'en bas, bien &#233;clair&#233;e parce que donnant de plain pied sur la grande esplanade (combien de fois j'y ai fait des time-lapse &#224; l'arriv&#233;e m&#234;me irr&#233;guli&#232;re des trains), et d&#233;cor&#233;e, &#231;a m'avais souffl&#233; la premi&#232;re fois et toujours r&#233;confort&#233; ensuite, de panneaux vitr&#233;s avec de tr&#232;s grandes photos de New York, pour un peu Cergy sur Manhattan tu y aurais cru, parfois des types qui t&#233;l&#233;phonaient forts pour des histoires de petites annonces de voitures d'occasion, ou un &#233;lectricien plombier qui g&#233;rait d'ici son agenda et les heures de ses gars, plus g&#234;nant d'autres fois les filles de la CAF ou je ne sais quel autre service social commentant les cas de leurs patients donc souvent je mettais mon casque, les deux premi&#232;res ann&#233;es dans la petite table rencoign&#233;e au bas des marches le prof de cin&#233;, Patrice Rollet, en train de lire son Lib&#233; alors soit un petit signe et je me collais face &#224; lui, soit pas de signe et j'allais plus loin comme de ne pas l'avoir vu moi non plus, super copains et confiance (ami en plus de Leslie Kaplan) mais on avait ce m&#234;me go&#251;t tous deux pour ces r&#233;pits provisoires et le silence sur tout ce monde de phrases banales qui suivent ensuite parce qu'elles sont celles de la codification du travail, ensuite Patrice est parti &#224; la retraite, avouant enfin qu'il avait un e-mail comme les autres (mais &#231;a avait bien servi &#224; sa tranquillit&#233;, dans les codes de l'&#233;cole, l'intranquillit&#233; il la gardait pour cette petite salle sans fen&#234;tre o&#249; ses &#233;tudiantes et &#233;tudiants projetaient leurs travaux en cours) alors moi les deux ans &#224; suivre je m'asseyais &#224; sa place, la petite table rencoign&#233;e en bas des marches, bien s&#251;r je ne lisais pas Lib&#233; (des ann&#233;es et des ann&#233;es que j'ai oubli&#233; l'encombrement que c'est un journal papier) mais comme un fraternel salut &#224; distance avant le taf, il m'est r&#233;guli&#232;rement arriv&#233; aussi de payer le caf&#233;-croissant &#224; tel ou telle des &#233;l&#232;ves pour un petit temps tranquille et hors territoire sur leurs m&#233;moires ou leurs textes, donc apr&#232;s l'&#233;cole et les deux h&#244;tels c'est au Show Gourmand, dans ce petit passage que les &#233;diles avaient trouv&#233; intellectuel et cultiv&#233; de nommer Grandgousier, probablement pas &#224; cause de Rabelais mais parce que dans leur id&#233;e cette place ronde (sur un plan jumeau de Louvain-la-Neuve ce qui au d&#233;but m'avait troubl&#233;) &#233;tait vou&#233;e aux bistrots et restos, un jour je retournerai au Show Gourmand.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>95 | Roissy, apr&#232;s nuit, avant train</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5053</link>
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		<dc:date>2022-01-10T08:46:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Roissy Charles-de-Gaulle</dc:subject>
		<dc:subject>2014</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Tel Aviv (Isra&#235;l)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Roissy, Cergy, Isra&#235;l, 2014&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1050" rel="tag"&gt;Roissy Charles-de-Gaulle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1051" rel="tag"&gt;2014&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1052" rel="tag"&gt;Tel Aviv (Isra&#235;l)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;95 | Roissy, apr&#232;s nuit, avant train&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et cette &#233;tudiante isra&#233;lienne, bien avant que je me rende moi-m&#234;me pour la premi&#232;re fois l&#224;-bas, et qui me soumettait des textes &#233;crits en anglais, c'&#233;tait &#224; l'&#233;cole d'arts Cergy et pour son dipl&#244;me elle &#233;rigerait dans la cour une cabane fortin (avant que ce soit la routine de voir chaque ann&#233;e s'&#233;riger au temps des dipl&#244;mes de telles cabanes) et la sienne si &#233;labor&#233;e que deux ans apr&#232;s son d&#233;part elle survivait encore, je ne sais pas comment ils s'y sont pris pour finalement la raser mais &#233;videmment que dans les discussion on fait un peu connaissance (moins que je n'aurais su le faire plus tard, justement ayant s&#233;journ&#233; une fois dans son pays), par exemple je savais les jeunes l&#224;-bas astreints ) deux ans de service militaire : oui, elle avait fait ses deux ans de service, d'o&#249; l'&#233;cart d'&#226;ge avec ses camarades de promo, et m&#234;me son fr&#232;re y &#233;tait en ce moment, dans l'arm&#233;e, mais lui pr&#232;s de la fronti&#232;re libanaise o&#249; c'&#233;tait le moins confortable et elle, parce que fille, dans le d&#233;sert, tout au bout du d&#233;sert dans le Negev une station d'&#233;coute de t&#233;l&#233;communications, rien &#224; faire, si peu &#224; faire pendant deux ans mais le maniement d'armes, les exercices, l'uniforme et le temps qui ne passe pas bien s&#251;r elle avait connu puis une fois, lors d'un de ces rendez-vous : &lt;i&gt;I've to get my plane&lt;/i&gt; puisqu'elle comprenait mon fran&#231;ais et moi son anglais, voire &lt;i&gt;I'm gonna get my plane&lt;/i&gt; et c'est la semaine suivante que je lui demandais poliment mais comme on faisait l&#224;-bas, sans rien empi&#233;ter sur la vie de l'autre (on pouvait avoir des discussions tr&#232;s intenses sur un texte tout un mois d'affil&#233;e et ensuite pendant quatre mois c'est &#224; peine si elle ou lui vous saluait) moi je lui demande si &#231;a s'&#233;tait bien pass&#233; son voyage et elle tout &#233;tonn&#233;e, quelque chose comme &lt;i&gt;but where did I went&lt;/i&gt; et moi d&#233;couvrant que son job d'&#233;tudiante c'&#233;tait d'arriver le jeudi soir ou le vendredi au bureau El Al de Roissy et l&#224; on lui disait : &#8211;- Tu t'en vas &#224; Cologne, &#224; Francfort, &#224; Rome, &#224; Londres, &#224; Madrid dans un grand dispatching permanent de personnel et de troc entre compagnies qui faisait qu'effectivement deux jours d'affil&#233;e ensuite elle faisait le m&#234;me travail, parlant h&#233;breu ou anglais puisqu'ayant principalement comme vis-&#224;-vis des voyageurs repartant dans leur pays commun, revenait le dimanche soir ou le lundi n'ayant vu qu'une chambre d'h&#244;tel pareille, qu'un guichet de compagnie d'aviation pareil et trait&#233; sur &#233;cran des dossiers similaires et moi j'y repense &#224; cause de ces retours &#224; Roissy, tu es parti, que tu sois parti de loin &#224; l'est ou loin &#224; l'ouest, de telle fa&#231;on que ton avion s'&#233;tait pos&#233; l&#224; le matin vers 7 h, qu'une fois de plus tu avais attendu devant le tapis roulant cahotant, au moteur grin&#231;ant dans l'&#233;branlement, que sorte enfin de l'&#339;il noir ta valise comme tant d'autres mais avec un petit scotch rouge sur la poign&#233;e pour la reconna&#238;tre, puis avais remis ton t&#233;l&#233;phone en service, &#233;tais descendu &#224; la salle TGV en sous-sol (ou non, c'&#233;tait les trains qui &#233;taient en sous-sol, mais c'&#233;tait quand m&#234;me un &#233;tage plus bas que les longs couloirs permettant l'&#233;change entre les terminaux), avais pris ton billet mais tellement de courants d'airs l&#224; en bas que remont&#233; &#224; cette &#233;tage des couloirs et pris un double caf&#233; une viennoiserie dans une de ces officines o&#249; on &#233;tait cinq, dix ou quinze &#224; se tenir &#224; distance, renfonc&#233;s dans le froid qui vous prenait aux &#233;paules si vous veniez de conna&#238;tre m&#233;t&#233;o plus cl&#233;mente, dans les courbatures de la nuit sans sommeil et avec une heure ou comme &#231;a &#224; attendre, tout vide et sans rien &#224; faire, sans qu'il soit rien possible de la t&#234;te &#224; faire n'importe quoi sinon attendre, voil&#224; pour les caf&#232;ts de Roissy Charles-de-Gaulle au matin apr&#232;s la nuit d'avion et avant le retour train.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cergy, arts &amp; pratiques urbaines | 33 fois ce qu'ils inventent et d&#233;placent</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4325</link>
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		<dc:date>2020-03-15T22:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>architectures, urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;notes pr&#233;paratoires &#224; mon intervention au colloque &#171; arts &amp; pratiques urbaines &#187;, &#233;cole nationale sup&#233;rieure d'arts de Paris-Cergy, le 4 mai 2016&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot689" rel="tag"&gt;architectures, urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4325.jpg?1462309876' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4325.jpg?1462309884&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Depuis presque mon arriv&#233;e ici, le r&#234;ve d'une sorte de banque de donn&#233;es g&#233;n&#233;rale concernant tout ce que les &#233;l&#232;ves font de et avec la ville.
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que c'est l'avantage de Cergy : petite communaut&#233; (230 &#233;tudiants, de 21 nationalit&#233;s), immerg&#233;e dans l'oc&#233;an de la ville nouvelle, avec sas de 40' de RER pour y atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors une grande minorit&#233; ou petite majorit&#233; des &#233;tudiants croise le th&#232;me de l'urbain dans ses pratiques, et surtout &lt;i&gt;l'invention&lt;/i&gt; de ses pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette banque g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'art en contexte urbain, je n'ai pas renonc&#233; &#224; la constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma galaxie de notes et d'aide-m&#233;moire, en voici une s&#233;lection de 35, exactement 35. Il y aurait sans doute &#224; faire un exercice &#233;quivalent pour les pratiques num&#233;riques, les pratiques performatives ou les pratiques d'&#233;criture. L&#224;, le point focal, c'est la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le programme de ce mercredi 4 mai 2016, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4320' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;. Les vid&#233;os de chaque intervention seront mises en ligne dans les meilleurs d&#233;lais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De la tentative de faire d&#233;coller un cerf-volant, de nuit, d'un parking urbain enclav&#233; et comme d&#233;coup&#233; entre les fa&#231;ades. De comment la vid&#233;o de tout &#231;a devient &#224; son tour comme un cerf-volant &#224; elle seule. Qu'est-ce que raconte le film qui en est issu : le geste, le contexte, ce que le geste change du contexte ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec une traceuse de foot, il &#171; ferme &#187; par une bande blanche certaines places d'un parking et les redessine : c'est un parking banal, sous une r&#233;sidence. Sagement, les gens alors &#233;vitent de se garer sur les places ferm&#233;es &#224; la peinture. Encore plus sagement, ils n'osent pas se garer sur les places prolongeant le parking sur la bande de pelouse mit&#233;e. Pourtant, il ne s'agit pas de travailler sur les r&#232;gles sociales implicites de l'ob&#233;issance &#8211; plut&#244;t jouer de ces g&#233;om&#233;tries en ar&#234;tes de poisson, aller au bout de leur capacit&#233; d'abstraction in situ.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'encre thermique d'un rouleau de ticket de caisse de supermarch&#233; s'efface peu &#224; peu. Sur chacun de ces tickets, une question sur la ville, son rapport &#224; vous-m&#234;me. Mais c'est provisoire : dans quelques jours elle aura disparu, la question. N'emp&#234;che qu'il vous a &#233;t&#233; donn&#233;, le ticket, l&#224;, en pleine galerie commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 4 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou celle qui photographie la ville d'Orl&#233;ans uniquement depuis ce qui d&#233;passe des toits de pavillons par dessus les thuyas et grillages. La m&#234;me, en Erasmus en Norv&#232;ge, arrivant &#224; l'aube dans une ville o&#249; elle est perdue, sans Internet et presque plus de batterie sur son t&#233;l&#233;phone, demandant &#224; son copain de la guider par Street View depuis Orl&#233;ans, et reconstituant plus tard ce qu'elle lui disait &#224; voix haute, de ce fragment de ville &#233;mergeant de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas loin de chez elle, depuis cette &#233;l&#233;vation de Montreuil, on d&#233;couvre tout un pan de l'int&#233;rieur du p&#233;riph&#233;rique, logements qui au t&#233;l&#233;objectif semble comme &#224; la verticale. Le soir, elle vient pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; les lumi&#232;res s'allument. Chaque soir un ordre diff&#233;rent, comme si dans le film la m&#234;me image n'en finissait pas de se refaire. La m&#234;me doit son exclusion de l'&#233;cole &#224; la proposition suivante : dans grand comme notre plus grande salle, &#224; terre, une immense carte abstraite. Sur cette carte, pos&#233;s mat&#233;riellement, ou comme autant de codes d'acc&#232;s, des carnets de croquis, des appareils &#224; diffuser de vid&#233;os, des tirages photographiques, des pr&#233;l&#232;vements mat&#233;riels d'objets trouv&#233;s, des &#233;ditions texte ou texte et photo, partant de formats minuscules &#224; tr&#232;s grands. La ville est ainsi, dit-elle : et donc elle ne la recompose pas, propose seulement, pour chaque point que chacun va s'inventer dans son trajet sur la carte, la rencontre avec ces &#233;l&#233;ments composites, dont aucun ne pr&#233;tend repr&#233;senter la ville en entier. Ainsi du site Internet qu'ils constituent, dont cette carte est la page &#8211; ou l'exp&#233;rience interactive &#8211; d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il avait fait le voyage de Paris &#224; Tokyo : la distance est de 9 723 kilom&#232;tres. Il a d&#233;cid&#233; d'intervenir 9 723 fois sur sa toile, elle sera alors non pas comme ce voyage, puisqu'elle ne le repr&#233;sente pas, mais l'inscription de la distance mentale qui s&#233;pare une ville de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t &#224; Cergy cet escalier qui permet d'acc&#233;der au grand toit en terrasse du centre commercial : parce que des associations d'entraide ont leur si&#232;ge l&#224;, c'&#233;tait une id&#233;e des concepteurs. Il vient chaque matin &#224; l'heure du lever du jour photographier le lever du soleil sur le b&#233;ton blafard et immuable. Qu'est-ce que &#231;a nous dit ? Ou plut&#244;t : qu'est-ce que &#231;a nous dit &#171; en plus &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chaque matin de cette p&#233;riode, pendant trois mois, il venait avec un caddie dans le sous-sol du centre commercial choisir des cartons, et ce qui meuble les bennes d'&#233;vacuation et recyclage. Rapidement, ceux qu'il croise consid&#232;rent qu'il est un employ&#233; comme eux &#8211; mais qui l'emploie, et pour quelle t&#226;che, &#231;a ne les tracasse pas ? Plusieurs fois, c'est de pr&#233;f&#233;rence &#224; lui que s'adressent les &#233;gar&#233;s. Avec ce qu'il accumule, il construit un jardin de carton : il pousse quoi, dans un tel jardin, sinon encore les signes de la ville ? Et que nous dit alors de nous-m&#234;mes la ville non pas que nous construisons et &#233;touffons de notre consommation, mais qui na&#238;t ainsi comme de son propre terreau ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il a soigneusement identifi&#233; dans une portion de quartier toutes les signal&#233;tiques de danger. Il les a refaites le plus exactement possible, puis a recouvertes les anciennes par les nouvelles. Simplement, l'ic&#244;ne repr&#233;sentant le danger signal&#233; n'est plus exactement la m&#234;me. Et certains des dangers : soit bien banals, soit imaginaires. Qu'est-ce qui bascule de la ville, et de l'image qu'elle souhaite nous donner d'elle ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ils viennent d'arriver ici, depuis des r&#233;gions diff&#233;rentes, l'une vient d'un pays de mer, les autres non. Alors elle leur a propos&#233; d'aller voir la mer &#8211; non pas la sienne, donc &#8211; et ils se sont demand&#233; quel &#233;tait, depuis ici dans la ville, le bord de mer le plus proche, sont partis vers ce point, &#224; pied, de suite et sans pr&#233;paration, comme &#231;a dans le milieu de la nuit, en allant droit, tout droit, le plus droit possible. Chemin d'ici &#224; la plage, disent-ils, en t&#234;te du film maladroit, sautant et obscur qu'ils ont montr&#233; des premi&#232;res vingt-quatre heures de ce voyage : une travers&#233;e de toutes les franges arbitraires de la ville, une &#233;chappatoire de la ville qui voudrait s'extraire d'elle-m&#234;me et respirer. Et si la ville est la somme de tous les films qu'on en a fait, pourquoi cela n'en serait-il pas l'embl&#232;me parmi tous les autres, pi&#232;ce n&#233;cessaire et irr&#233;ductible ?&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#199;a a failli mal tourner : leur id&#233;e, &#224; elles quatre, c'&#233;tait de prendre la totalit&#233; de ces minuscules crayons mis &#224; la disposition des clients du grand IKEA pour cocher leurs achats. Avec tous ces crayons, et toujours &#224; elles quatre, sur un tr&#232;s grand papier elles dessineraient jusqu'&#224; usure compl&#232;te de tous les crayons, et qu'il n'y ait plus que les doigts et ongles pour transformer le graphite d&#233;pos&#233;. Elles ont en leur possession plus de quatre cents crayons quand les vigiles les interpellent. Leur histoire est bizarre, elles ont l'air plus allum&#233;es que dangereuses, les vigiles finissent par les expulser sans appeler la police. Alors il aurait ressembl&#233; &#224; quoi, le grand dessin o&#249; se serait &#233;puis&#233; l'IKEA plut&#244;t que de tout cocher pour acheter ?&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Histoire d'IKEA &#224; la fois rat&#233;e et plus r&#233;ussie : elle demande l'autorisation de tourner son film dans le grand magasin. Elle serait dans telle ou telle fausse chambre sans cloison, telle ou telle fausse cuisine sans cloison, telle ou telle douche pour de faux. Toutes les grandes sc&#232;nes de cin&#233;phile qu'elle porte, avec des col&#232;res, des jalousies, des violences, des douceurs, des inventions, elle les diffusera en off et sera un personnage qui s'en rejoue la sc&#232;ne, ici, dans le lieu de plus obsc&#232;ne d&#233;ballage de l'intimit&#233; normalis&#233;e. Elle n'obtient pas l'autorisation. Elle ach&#232;te tout. Elle a quinze jours pour se faire rembourser son achat si pas satisfait. C'est install&#233; dans un studio neutre. Nous, on ne verra que l'appartement o&#249; tout, la table, les chaises, la douche, la cuisine et le salon sont normalis&#233;es. IKEA n'a pas voulu lui donner l'autorisation de tournage : elle a fauch&#233; toutes les &#233;tiquettes et les laisse visibles &#224; l'image. Les verres, couverts, napperons et accessoires sont aussi IKEA et &#231;a se voit. Pour une des rares fois &#224; ma connaissance en trois ans, sur un d&#233;fi aussi radicalement urbain, elle obtient les f&#233;licitations du jury. Et si vous voulez &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Kel13MpeR2U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir le film c'est l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;C'est un garage sur la nationale 20, au sud de Paris. Il s'est construit par l'aventure m&#234;me de la vieille nationale, au temps de la splendeur automobile, et puis progressivement s'est endormi &#8211; la nationale est devenue quatre voies et l'ignore. Ses grands-parents y ont toujours habit&#233; : enfant, c'&#233;tait un terrain de jeu, d'exploration et d'imagination. Depuis quelques ann&#233;es, le garage a ferm&#233;, mais les grands-parents l'habitent encore. Sous les verri&#232;res en ondul&#233; translucide, la poussi&#232;re a recouvert l'&#233;tabli, le compresseur, les bo&#238;tes de bougies et le mur avec les cl&#233;s &#224; pipe class&#233;es par ordre. En septembre dernier, le garage a &#233;t&#233; d&#233;moli. Du mois d'octobre qui pr&#233;c&#232;de, au mois de juin suivant, elle apporte &#224; l'&#233;cole presque la totalit&#233; de ces objets, du plus minuscule au plus massif (le pont &#233;l&#233;vateur), et les moule en r&#233;sine blanche. Manom&#232;tres, jantes, nous sommes nombreux &#224; lui demander l'autorisation de r&#233;cup&#233;rer &#8211; voire de racheter &#8211; une bricole : pour moi aussi cette &lt;em&gt;autobiographie des objets&lt;/em&gt; est lourdement charg&#233;e d'enfance, de sons et de gestes. Elle nous le refuse syst&#233;matiquement. Les 360 et quelques objets moul&#233;s sont rapport&#233;s dans le lieu pour y &#234;tre aval&#233;s par les d&#233;molisseurs. Au dipl&#244;me, rien qu'un garage blanc, garage fant&#244;me, et les quelques archives, livres de comptabilit&#233;, factures, carnets, photos ou cartes postales &#233;pingl&#233;es, ont &#233;t&#233; moul&#233;s dans du verre. J'oublie : de chaque liquide (huile de vidange compris), chaque mati&#232;re, chaque trace, elle a fait par cryog&#233;nie ou autre technique une r&#233;duction en poussi&#232;re. Si l'ensemble des minuscules tubes accueillant ces couleurs, &#224; l'entr&#233;e du monde blanc, reconstitue tout le spectre d'un arc-en-ciel d&#233;multipli&#233;, est-ce que ce n'est pas une all&#233;gorie de notre histoire commune ? Dipl&#244;me &#171; sec &#187; comme on dit en jargon d'&#233;cole, ni mention ni f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Il passe une journ&#233;e dans son quartier avec un pot de peinture trou&#233;. Puis photographie du plus haut possible la carte que repr&#233;sente sa d&#233;ambulation : aux lieux d'attente, de plus grosses taches.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Margot passe par cette rue chaque jour, pour aller prendre le m&#233;tro. Les 80 pages de ce livre : 80 fois s'imposer, sur le m&#234;me trajet du quotidien, &#224; peine deux cents m&#232;tres, une action diff&#233;rente. Compter (les pas, les gens, tels signes). Relever les plaques d'immatriculation (bref hommage au &lt;em&gt;Tentative d'&#233;puisement&lt;/em&gt; de Perec). Ou perdre un objet, v&#233;rifier le lendemain s'il est parti ou rest&#233;. Ou ramasser un objet. Ou inscrire quelque chose et le cacher. Ou marcher trois pas en marche arri&#232;re et voir ce que &#231;a d&#233;range. Ou saluer de la t&#234;te quiconque on croise. &#192; vous la suite, 80 fois.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Il a perdu son p&#232;re a onze ans. Les images s'effacent : souvenir de la fois o&#249; le p&#232;re l'avait emmen&#233; sur la tombe de Jim Morrison. L'adolescence est instable. Il y a les nuits, il y a les produits. Et puis, un jour, il y a construire la fausse tombe, en pl&#226;tre, ferraille et carton, un objet brutal qui n'est m&#234;me pas une bo&#238;te. Rien qu'une tombe, comme aux concours d'entr&#233;e on voit tellement de t&#234;tes de morts. Quand il comprend que la tombe renoue, par dessus toutes ces ann&#233;es, avec le p&#232;re disparu, il d&#233;cide de devenir sculpteur, plaque tout et rentre &#224; l'&#233;cole. Ainsi va se refaire sa biographie, en allant pr&#233;lever &#224; m&#234;me la peau de la ville, l&#224; o&#249; &#231;a s'est pass&#233;, loin banlieue sud, ce qui n'en est m&#234;me pas le t&#233;moin. Un mus&#233;e h&#233;t&#233;roclite de ciment, plastique et ferraille s'accumule. Ici il est &#224; nouveau tordu, amplifi&#233;, remodel&#233;. Les personnages resteront invisibles : lui seul les sait. La carte refabriqu&#233;e qu'il pr&#233;sente, et qui n'est pas une carte de la ville (une de ces cartes h&#233;rit&#233;es de la France coloniale, mais qu'il a pr&#233;lev&#233;e dans la benne de l'&#233;cole primaire o&#249; il allait) ne pr&#233;cise aucune g&#233;ographie, sinon que la ville ainsi reconstitu&#233;e, et quand bien m&#234;me ind&#233;chiffrable, est une carte. Ainsi un dipl&#244;me d'&#201;tat dans une &#233;cole sup&#233;rieure va-t-il valider un protocole selon lequel tout ce qui est pr&#233;sent&#233; a d'abord &#233;t&#233; vol&#233;. &#199;a aurait chang&#233; quoi, pour les m&#234;mes objets, qu'ils ne le soient pas ? Juste dans le mot &#171; st&#232;le &#187;, puisqu'il appelle ainsi ses sculptures.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Dans le parking public, sous l'&#233;cole, qui ressemble &#224; tous les parkings, il projette des vid&#233;os faites au m&#234;me endroit le jour pr&#233;c&#233;dent. Seulement, projet&#233;es au m&#234;me endroit, sur le lieu m&#234;me qu'elles repr&#233;sentent, il y a deux vid&#233;os faites dans les m&#234;mes conditions, &#224; quelques m&#232;tres de distance. C'est d'autant plus indiscernable que, projet&#233;es sur ce qu'elles filment, c'est seulement votre ombre lorsque vous passez qui d&#233;range la repr&#233;sentation. Seulement voil&#224;, quand vous passez, toute la r&#233;alit&#233; de b&#233;ton imperceptiblement tremble. L'architecture la plus normalis&#233;e (et encore, Vinci y passe des chants d'oiseaux enregistr&#233;s en boucle, pour tranquilliser le passant) devient construction fantasmagorique, comme dans les toiles de Saenredam. Les &#233;clairagistes et sc&#233;nographes en connaissent les techniques, c'est bien pour les sons et lumi&#232;res ou les d&#233;fil&#233;s de mode, mais n'interroge pour autant notre relation directe &#224; ce que nous traversons. Et pourtant, il fout la trouille, maintenant, le parking. D'autant plus qu'on ne sait pas pourquoi : devenu &#339;uvre lui-m&#234;me, et vous dedans.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Il y a cette dalle comme une &#238;le, dont certains pans, para&#238;t-il, seront bient&#244;t &#233;clat&#233;s pour la rendre &#224; nouveau perm&#233;able &#224; la ville. Il y a tout autour la sp&#233;cialisation des quartiers de la ville, o&#249; les commerces et transports sont l'&#233;chelle de leur nature sociale attribu&#233;e. Il y a cette ville &#224; l'horizontale, construite pour attirer une population jeune et qui ne l'est plus. De nombreux &#233;tudiants y ont leurs &#171; coloc &#187;. Dans un de ces appartements, au scotch rougea exactement &#233;t&#233; refait ce qu'on apercevait de l'immeuble d'en face : bougez dans la pi&#232;ce, et l'immeuble d'en face semble &#234;tre devenu fragile, ou transparent, ou juste sculpture vivante &#8211; ici des fois les profs (Christophe Cuzin) s'amusent autant que les &#233;l&#232;ves, et avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 19 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour passer de la dalle &#224; la zone r&#233;sidentielle o&#249; sont les colocs, il y a cette travers&#233;e urbaine de cinquante m&#232;tres &#224; peine. Pelouse mit&#233;e, quelques haies, le mur de ciment, un massif entretenu par la municipalit&#233;, et dans ce lieu de pur transit urbain, deux bancs toujours vides. Qui viendrait s'asseoir l&#224; et pour voir quoi, attendre quoi ? Lui, il d&#233;cide d'y passer une pleine journ&#233;e, et &#224; midi des camarades complices lui apporteront de l'eau et un sandwich. Avec son appareil argentique, il y effectue un inventaire de plus de deux cents vues, qu'ensuite il tire et expose. Qu'est-ce que cela change &#224; la photographie, qu'est-ce que cela change &#224; notre perception de la ville, qu'est-ce que cela change &#224; l'interrogation sur notre statut, immobile ou en d&#233;placement, dans notre territoire quotidien ? Ce jour-l&#224;, du matin au lever du soleil, jusqu'au soir &#224; son coucher, personne n'est venu s'asseoir pr&#232;s de lui sur son banc, ni sur le banc voisin : mais, pr&#233;cis&#233;ment, n'&#233;tait-ce pas &#224; cause de lui-m&#234;me immobile, et sans raison d'&#234;tre assis l&#224; ? Le titre, et sa question : &#171; ceci est-il un jardin ? &#187; Je d&#233;couvre que sinon je n'aurais m&#234;me pas pens&#233; &#224; ce mot.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 20 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet autre, qui n'est plus l&#224; cette ann&#233;e mais &#233;tait le copain du pr&#233;c&#233;dent l'an dernier. Les photos sont comme maladroites, lest&#233;es de bruit. Parce qu'il les fait &#224; main lev&#233;e, avec un appareil qui tient dans la paume. Comme c'est en pleine nuit et en mouvement, il pousse les ISO &#224; fond. Dans le labo num&#233;rique, il ne prend pas la peine de lisser ou compenser le bruit des pixels, ou plut&#244;t : il ne confie pas &#224; un algorithme d'Adobe d'interpr&#233;ter ce qu'il veut savoir de la nuit de la ville. Il dit que ce qu'il photographie c'est aussi la strat&#233;gie qui l'immerge dans la sc&#232;ne : l'approche des sujets, le type qu'on aper&#231;oit quand on s'est pench&#233; sur la vitre de la voiture. Le reflet sur la table brillante du bar. La d&#233;formation du visage dans cette bagarre o&#249; on s'est gliss&#233;. Parfois il part en autostop dans une ville &#224; l'autre bout de l'Europe, peu importe laquelle : il y aura toute cette pr&#233;paration du voyage en autostop, les &#233;tapes et attentes improvis&#233;es parce qu'on s'est donn&#233; la r&#232;gle de ne rien avoir &#224; payer, puis la nuit au hasard d'une ville inconnue, enfin se jeter dans un train et revenir. Et nous, qui regardons ces nuits lest&#233;es de visages, reflets et bruits, ne savons m&#234;me pas de quel pays il s'agit.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Ce que disent les gilets r&#233;fl&#233;chissants des hommes de chantiers, syst&#233;matiquement photographi&#233;s au hasard des d&#233;ambulations et trajets, puis peints, agrandis, recadr&#233;s. Cette peinture brute qui surgit, avec quoi dans l'histoire de la peinture dialogue-t-elle ? C'est quoi ce travail : non, &#224; peine si parfois on suppose. L'objet normalis&#233; qui prend toute la vue et toute la place, rassemble pourtant sans m&#233;diation le geste de qui agit, transforme, construit &#8211; donc : travaille.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Il y a &#224; Paris quatorze lignes de m&#233;tro. Il monte au terminus, appuie son appareil photo contre la vitre, et d&#233;clenche en mode pause. Au terminus oppos&#233;, il r&#233;-appuie sur le d&#233;clencheur. Il obtient dont quatorze photographies, dont le temps de pause est li&#233; au temps du voyage, et l'exposition le jeu des lumi&#232;res entre stations et tunnels. Vous entrez dans une pi&#232;ce, et elles sont l&#224;, les quatorze photographies : pas une pareille &#224; l'autre, sinon dans le jeu des bandes transversales, dans la pr&#233;cise disharmonie des teintes. Ainsi la ville est somme de temps et dur&#233;e. Mais ce graphe, qui n'est assimilable &#224; aucun syst&#232;me d'information autre que ses propres r&#232;gles, que nous dit-il de notre temps dans la ville ?&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Une auteur renomm&#233;e publie un petit livre qui renforce sa gloire : pensez, elle d&#233;crit l'hypermarch&#233; Auchan de Cergy, o&#249; elle habite. Nous r&#233;cup&#233;rons vingt-cinq exemplaires du livre : dans l'atelier d'&#233;criture, chacun conna&#238;t le Auchan de la dalle. Je propose l'exercice suivant : biffer tout ce qu'on veut dans une page qu'on arrache, faire &#233;merger le Auchan qui ne soit pas le Auchan vu par l'&#233;crivain. Mais, &#224; l'extr&#234;me, l'&#233;tudiant qui arrive l&#224; &#224; 9 heures parce que d&#232;s 4 heures il &#233;tait &#224; ranger les surgel&#233;s dans les bacs, que porte-t-il de couleurs, de g&#233;om&#233;tries, de perceptions sensibles, de paroles et de visages ? Qu'en passera-t-il dans ce qu'il est en cet instant pr&#233;cis occup&#233; &#224; &#233;tablir dans l'atelier collectif ?&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Elle, elle n'a rien demand&#233; &#224; personne, et surtout pas &#224; moi. Elle a d&#233;cid&#233; de marcher dix kilom&#232;tres, dans le Auchan. Elle a calcul&#233; que &#231;a correspondait &#224; trois heures de marche avec la contrainte de ne jamais s'arr&#234;ter. Elle n'a pas fait de photographies. Dans ses textes, il y a par exemple une rubrique &#171; danses non faites &#187;, elle pr&#233;cise : moments dans la vie r&#233;elle o&#249; j'ai eu le d&#233;sir de danser et ne l'ai pas fait, et elle d&#233;crit cette danse. Pour le Auchan, c'est un texte. &#192; quoi pense. Comment on organise le d&#233;placement. Quelle strat&#233;gie quand on d&#233;couvre que certains se sont aper&#231;us de votre man&#232;ge. Comment on regarde, ce qu'on d&#233;couvre &#224; repasser dans les m&#234;mes endroits. Qu'est-ce qu'on affronte pour &#234;tre s&#251;r d'aller jusqu'au bout. Moi j'ajouterais, par rapport au livre de la &#171; grand &#233;crivain &#187; parlant du Auchan : en quoi la mise en exp&#233;rience de soi-m&#234;me, et le r&#233;cit de cette exp&#233;rience, d&#233;cale la r&#233;alit&#233; m&#234;me dont on fait r&#233;cit, lui permet de devenir r&#233;cit ailleurs qu'en tant que r&#233;cit re&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 24 bis |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et c'est la m&#234;me qui, toute l'ann&#233;e scolaire de l'an pass&#233;, d&#233;cide de louer une chambre sans lumi&#232;re et sans eau. Ce n'est pas tr&#232;s emb&#234;tant &#224; l'automne. &#199;a le devient plus en hiver. Lire &#224; la bougie et sans bouger parce qu'on a froid : la po&#233;sie devient r&#233;ellement po&#233;sie, livre n&#233;cessaire. Aussi le rapport aux bruits de la ville, aux perceptions du corps dans la ville, voire son statut dans la ville. Le rapport aux heures, qu'on se rapporte &#224; ce que Marcel Proust d&#233;crit de l'irruption de l'&#233;lectricit&#233; dans le jardin d'hiver des Swann. Elle mange &#224; l'&#233;cole, parfois descend dans un bistrot parce qu'elle ne tient pas. Est-ce qu'&#234;tre inquiet, de notre c&#244;t&#233;, est une faute ? Il en r&#233;sulte un texte : inventaire de tous les lieux o&#249; il est possible de se laver, &#224; Paris. L'eau qui revient dans une description neuve.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 25 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas possible de tout relever : ceux qui explorent ce r&#233;seau des conduites &#233;lectriques abandonn&#233;es depuis les ann&#233;es 70, ouvrant sur les abris de 39-45. C'est juste &#224; la taille du corps. Mais quand on r&#233;agrandit les photos GoPro &#224; taille des murs de l'&#233;cole, pendant 2 heures elle devient un palais fantastique, un enfoncement &#224; la Lovecraft. Un petit livre en a r&#233;sult&#233;, avec pour titre &#171; speuder &#187; &#8211; comme &#231;a que disent ceux qui savent. La diff&#233;rence avec les catacombes : dans les catacombes on a des cartes. Ici, il faut quitter la ville pour trouver, &#224; Auber ou Pantin, les acc&#232;s qui y m&#232;nent. Quand on sort huit ou dix heures plus tard, rien qui permette de savoir quoi de la ville red&#233;couverte vous regarde.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 26 / 27 / 28 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a celui qui refait les tags en beau, et en change le r&#233;cit &#8211; peintre invisible des non-peintres de la ville. Il y a celui qui r&#233;cup&#232;re toute une masse de mat&#233;riaux isolants chez les &#171; compagnons b&#226;tisseurs &#187; lors d'une d&#233;molition, mat&#233;riau pauvre &#233;clat&#233; et dont chaque fragment va &#234;tre fait &#233;criture. &#201;criture elle-m&#234;me infiniment recomposable et secr&#232;te : que garde-t-elle de la d&#233;molition ? Le m&#234;me, dans sa ville de la banlieue imm&#233;diate de Paris, cache depuis longtemps des objets dans l'espace public. Il compose des cartes qui en sont la trace et l'acc&#232;s. Le code de repr&#233;sentation utilis&#233; pour les cartes change &#224; chaque fois. Probl&#232;me : lui-m&#234;me parfois ne sait plus les lire. La ville est &#224; la fois archive des objets cach&#233;s, et biblioth&#232;que ind&#233;chiffrable de ce qui lui permettrait d'acc&#233;der &#224; sa propre richesse cach&#233;e : all&#233;gorie ? Il y a celui qui a accumul&#233; dans son disque dur plus de 4000 rushes tr&#232;s brefs de sc&#232;nes prises &#224; la ville. Il r&#233;pond &#224; contexte ou sollicitation par des vid&#233;os de 10 minutes qui piochent dans cette biblioth&#232;que par formes abstriates, couleurs, ou vitesses, ou th&#232;me. Le langage de la vid&#233;o, en devenant m&#233;ta-langage, bouleversant la prise &#224; main-lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 29 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seongjiu est cor&#233;enne. Avoir un visa pour &#233;tudier en France suppose tout un ensemble de formalit&#233;s absurdes, lourdes, dans un contexte de m&#233;pris affirm&#233;. Nos &#233;tudiants asiatiques mettent souvent pr&#232;s d'un an pour obtenir leur titre de s&#233;jour. Alors elle raconte &#231;a, l'imprime, le met dans un petit panier avec aussi des bonbons, et tous les matins depuis septembre dernier elle revient dans la file, &#224; 6 heures du matin, distribue son petit imprim&#233; et demande aux gens leur propre histoire avec l'administration. Chaque matin le petit imprim&#233; a grossi. Plusieurs fois son identit&#233; est contr&#244;l&#233;e, alors elle &#233;crit &#224; la Pr&#233;fecture que sa pr&#233;sence est justifi&#233; parce que voil&#224; : nous construisons &#224; l'&#233;cole une chaise de 200 places, parce que nous estimons injuste que chaque matin 200 personnes attendent de 6h &#224; 9h du matin en plein vent. La lettre r&#233;ponse de la Pr&#233;fecture, exposant que la chaise de 200 places n'est pas une bonne id&#233;e en terme de s&#233;curit&#233;, est un morceau d'anthologie, vous en disposerez ce soir. Et si le changement de paradigme &#233;tait ce texte en permanent agrandissement, dans le contexte m&#234;me de ce qu'il narre ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 30 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une des plus belles choses que j'ai vues dans cette &#233;cole (mais j'ai tant vu de choses belles) : celle qui, r&#233;fugi&#233;e politique elle-m&#234;me, continue depuis 5 ans d'&#339;uvrer comme b&#233;n&#233;vole dans les foyers de migrants ou de r&#233;tention de migrants. Dans celui-ci, un foyer pour personnes &#226;g&#233;es sans papiers (ni perspective de jamais repartir nulle part), elle photographie l'int&#233;rieur des chambres. C'est &#233;mouvant, mais d'autres l'ont fait. Par contre elle photographie une par une les 120 portes, avec juste le num&#233;ro, quelques taches, de l'usure, parfois un nom ou une image ou un graffiti. Et ces 120 portes, mises ensemble dans la salle blanche, en font une cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 31 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; celle qui explore de la capitale jusqu'&#224; un bled de fond de campagne, o&#249; les maisons de retraite sont moins ch&#232;res, une anabase o&#249; la ville elle-m&#234;me se reconfigure en villes de plus en plus petites. Tout au bout, la vieille personne qu'on ne visitera m&#234;me pas, puisque ce dont on se souvient, c'est comment cette grand-m&#232;re vous excluait. &#192; chaque panneau d'agglom&#233;ration, villes connues m&#234;me si on n'y est pas all&#233;, puis villes qui ne vous disent rien du tout, enfin village et hameau, elle fait arr&#234;ter la voiture emprunt&#233;e &#224; sa m&#232;re et que conduit son copain, et fait exactement la m&#234;me photo, du panneau, le mot sur le panneau, et le fragment de monde entraper&#231;u depuis la route. Elle ne connaissait ni &lt;em&gt;La mort du jeune aviateur anglais&lt;/em&gt; de Duras ni &lt;em&gt;Angoisse&lt;/em&gt; d'&#201;douard Lev&#233; &#8211; on en parle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 32 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle entre chez les m&#233;decins de quartier, et photographie les &#339;uvres ornant la salle d'attente. Quand elle est en face du m&#233;decin, elle annonce : &#171; Je ne suis pas malade, mais je souhaite savoir comment vous choisissez les &#339;uvres ornant votre salle d'attente. &#187; Leurs r&#233;ponses accompagneront les photographies. Elle paye la consultation au prix normal, tr&#232;s peu ont d&#233;clin&#233;. La m&#234;me s'adresse &#224; l'Unesco, et demande l'acc&#232;s &#224; la liste des sites auxquels, ces derni&#232;res ann&#233;es, l'Unesco a refus&#233; d'&#234;tre class&#233;s &#171; patrimoine mondial de l'humanit&#233; &#187;. L'Unesco lui refuse cette liste. Depuis, elle enregistre des t&#233;moignages audio, de proches, d'artistes, de rencontre, o&#249; chacun expose quel site il choisirait et pourquoi. La m&#234;me constate que la photographie du ciel vu de sa fen&#234;tre, tel matin, lui rappelle la couleur du paquet de Gauloises bleues qui est un souvenir familial d'enfance. Elle fait d&#233;velopper la photographie de ce ciel bleu, un simple rectangle bleu uni, dans 20 officines d'impression et reproduction de son quartier : aucun des 20 rectangles bleus imprim&#233;s, qu'elle expose, n'a la m&#234;me nuance, la nuance pr&#233;cise de son souvenir. Elle en a fait bien d'autres : acheter syst&#233;matiquement sur eBay les objets d'usage inconnu. Ramasser dans la rue un vieux pull d&#233;labr&#233;, le porter au pressing, le rapporter au m&#234;me endroit le lendemain tout propre dans sa belle housse de plastique. Dans son quartier encore, entrer partout l&#224; o&#249; elle n'a rien &#224; faire, dire aux gens : je rentre ici parce que je n'ai rien &#224; y faire, puis-je prendre une photographie, et la ville soudain qui semble retourn&#233;e comme un gant. Dans son ordinateur, dans son carnet, plus de 25 protocoles du m&#234;me type : elle ne s'&#233;tait jamais donn&#233; la peine de la rassembl&#233;e. &#171; Mon &#233;criture est toute simple &#187;, dit-elle, pour se justifier. Elle passe son dipl&#244;me dans quelques semaines : ce qu'elle va montrer en quoi cela rendra &#233;non&#231;able son rapport &#224; un apprentissage d'art ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 33 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai pas perdu. R&#233;guli&#232;rement, un petit signe sur Facebook. Mais de lui, plus rien. &#199;a a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a, pendant toute une ann&#233;e qu'on s'est crois&#233; quand m&#234;me. La premi&#232;re fois, en atelier d'&#233;criture, intenable : comme si c'&#233;tait toujours &#224; moi d'avoir &#224; balayer ce &#171; je ne sais pas &#233;crire &#187;. Parce que de toute fa&#231;on il avait &#224; dire. Il n'est pas venu syst&#233;matiquement, je lui mettais les cr&#233;dits quand m&#234;me, tout simplement pour eux, les textes. Je les ai l&#224; dans un dossier de l'ordinateur. Celui o&#249; il revient dans la galerie commerciale, et passe vite &#224; cause d'un copain amput&#233;, et qui tra&#238;ne. Des instants sur un de ces terrains de foot improvis&#233;s, sous les immeubles. Des &#233;l&#233;ments biographiques, la m&#232;re qui d&#233;c&#232;de alors qu'il est au lyc&#233;e, les deux petites soeurs qu'il continue d'emmener r&#233;guli&#232;rement au cimeti&#232;re, du lyc&#233;e pro et de la crise qui s'ensuivit, &#224; lui de le raconter un jour. Il doit gagner des sous pour lui et les petites soeurs, se fait embaucher dans un caf&#233; Internet, pas dans le 9-3, mais vers gare de l'Est. Il pr&#233;sente bien, Jean-Joseph. Et en informatique il devient vite d&#233;brouillard. Sa copine de l'&#233;poque lui dit qu'il dessine bien. C'est son repli int&#233;rieur, sa paix, son invention. Pourquoi tu ne te pr&#233;sentes pas en &#233;cole d'art ? En jury de recrutement c'est notre boulot, de rep&#233;rer les &#233;toiles filantes. Il a tenu jusqu'&#224; ce d&#233;but de 4&#232;me ann&#233;e, a arrach&#233; bellement son dipl&#244;me de licence. L'art de Jean-Joseph ? Comment repr&#233;sentez-vous un immeuble d&#233;moli ? Lui, il photographie le terrain vide. Un terrain vague de banlieue, mais vous c'est quinze ans de votre vie et toute l'enfance plus la m&#232;re qu'on emm&#232;ne, avec vous et les deux soeurs qui suivez. Pour son dipl&#244;me je les revois, les images, une toute petite poign&#233;e d'images sur le mur blanc. Le d&#233;fi de proclamer qu'on n'affichera rien d'autre. Avec l'&#233;cole, on a la possibilit&#233; d'un voyage en Chine. Il part les mains vides, avec cette seule photo du terrain ras&#233;. L&#224;-bas, &#224; P&#233;kin, c'est ce qu'il proposera dans l'expo, la photo pos&#233;e par terre et rien d'autre. Dans un centre-commercial il ach&#232;te un de ces sacs de supermarch&#233;, et le remplit de cadeaux pour les deux soeurs et le p&#232;re, peut-&#234;tre des amis. En tout cas un plein sac. Je le sais parce que c'est l'autre &#233;l&#233;ment du dipl&#244;me : un tissu carr&#233; pos&#233; par terre, et l&#224;-dessus ce qu'il avait emport&#233; en Chine : le passeport, une brosse &#224; dents, un slip et deux paires de chaussettes, un tee-shirt de rechange, un livre pour l'avion &lt;i&gt;(L'art contextuel&lt;/i&gt;, de Paul Ardenne), et la photographie du m&#234;me tissu, mais avec tout ce qu'il y avait dans le sac de supermarch&#233;, les cadeaux rapport&#233;s. C'est ce qu'il voulait : s'il allait &#224; l'autre bout du monde, que ce qui signifie l&#224;-bas soit le terrain vide. Cette ann&#233;e &#224; peine si on l'a revu, &#224; l'&#233;cole. Il m'a montr&#233; une autre pi&#232;ce de ce qu'il consid&#233;rait comme sa d&#233;marche d'art : dans le RER A, qui emm&#232;ne de Nanterre &#224; Cergy, souvent un vieil homme et une jeune femme, sourds ou pr&#233;tendants l'&#234;tre, d&#233;posent sur les si&#232;ges un petit carton qu'ils reprennent deux minutes d'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale plus tard. Tout le temps de sa scolarit&#233; &#224; l'&#233;cole nationale sup&#233;rieure d'arts de Cergy, Jean-Joseph V. a syst&#233;matiquement rachet&#233; ces bouts de carton, un par un, 2 euros. Ils sont de toutes les couleurs, en plusieurs langues, dans tous les &#233;tats d'usure, et posent toujours une seule question, mais c'est celle de la survie. Ce matin-l&#224;, Jean-Joseph m'a dit qu'il avait pris un petit boulot, et qu'il &#171; n'avait plus besoin de l'&#233;cole &#187;. Je lui ai r&#233;pondu : &#171; C'est nous et l'&#233;cole qui avons besoin de toi &#187;. Notre derni&#232;re conversation donc &#8211; mais y a-t-il une journ&#233;e o&#249; je n'ai pas une pens&#233;e pour lui, une attente ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| CODA |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relev&#233; bien s&#251;r non exhaustif. Notre boulot de prof : pour chaque exp&#233;rience, lors de la mise en contact, &#233;tablir la gen&#232;se, les enjeux, faire le lien avec celles et ceux qui ont fray&#233; cette voie ou s'y sont engag&#233;s pour eux-m&#234;mes. Notre boulot de prof : tout ce qu'il faut d&#233;faire en soi pour accueillir une exp&#233;rience dont on n'aurait pas soi-m&#234;me eu l'id&#233;e. C'est difficile, parfois. Quand on y parvient, on s'y agrandit ensemble : est-ce que c'est aussi une d&#233;finition de la ville ? Qu'est-ce qui change de la litt&#233;rature, &#224; lui faire d&#233;crire non son obet, mais son action ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cergy | profession recruteur artistique</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4134</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4134</guid>
		<dc:date>2019-05-05T15:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;apr&#232;s 3 jours de jury pour les premi&#232;re ann&#233;e de l'an prochain &#8211; retour &#224; chaud&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4134.jpg?1428852098' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Cette semaine, du 6 au 10 mai 2019, je serai pour la sixi&#232;me fois, avec mes coll&#232;gues, dans les jurys de concours d'entr&#233;e, avec une coloration particuli&#232;re puisque ce sera ma derni&#232;re fois dans cette &#233;cole, qui ne pr&#233;sentera pas d'enseignement &#233;criture &#224; la rentr&#233;e prochaine &#8212; pincement.
&lt;p&gt;C'est toujours un marathon extr&#234;mement dense et &#233;prouvant, que l'afflux de (tr&#232;s) jeunes candidat.e.s via le dispositif Parcours Sup, pas du tout pr&#233;par&#233;s &#224; ce qui les attend en &#233;cole d'arts, d&#233;nature un peu. On les recevra bien s&#251;r avec m&#234;me exigence et neutralit&#233; bienveillante, c'est toujours un rendez-vous fort pour l'orientation, quitte &#224; souligner une fois de plus l'excellence des pr&#233;pas publiques (Gennevilliers, Evry, Issy-les-Moulineaux, Fontenay-sous-Bois et d'autres) qui sont un sas pr&#233;liminaire important pour la certitude int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je repasse donc ce texte en Une, bizarre ce lundi matin de savoir que je ne me retrouverai moi-m&#234;me que vendredi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[1]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle responsabilit&#233; : il y a un an exactement, je planchais dans ces m&#234;mes salles pour le poste mis &#224; concours, sous l'appellation &#171; sciences humaines &#187; parce que quand m&#234;me il ne faut pas exag&#233;rer, mais puisque l'&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'arts de Paris-Cergy (&lt;a href=&#034;http://www.ensapc.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;EnsaPC&lt;/a&gt;) avait d&#233;cid&#233; qu'il y ait dans son &#233;quipe quelqu'un qui s'occupe d'&#233;criture et litt&#233;rature (&lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt;, hors Lyon et Le Havre, les &#201;coles d'art en France sont largement &#224; la tra&#238;ne sur cette question, alors que tous leurs &#233;tudiants cr&#233;ent et manipulent du texte). Et l&#224;, pendant 3 jours, je dois participer comme &lt;a href=&#034;http://www.ensapc.fr/administration&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les autres profs&lt;/a&gt; aux jurys de recrutement des 1&#232;re ann&#233;e de l'an prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[2]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'est pas extensible : il y a 45 places d'offertes pour la prochaine promo, et nous devons recevoir 480 candidats, cela veut dire qu'un sur dix sera accept&#233;. Parmi ceux qui se pr&#233;sentent, beaucoup ont candidat&#233; &#224; plusieurs &#233;coles, certains sont d&#233;j&#224; re&#231;us &#224; l'ENSBA (Beaux-Arts Paris, tant pis pour eux, &#233;couteront Bergou mais z&#233;ro atelier d'&#233;criture) ou &#224; Lyon ou &#224; la Villa Arson de Nice, ou aux Beaux-Arts de Nantes ou ceux de Bourges, pour prendre les noms qui reviennent le plus souvent. Ou continueront leur tour de France par Rennes, Brest ou Strasbourg ou Toulouse. On doit donc accepter de nombreux candidats sachant qu'ils choisiront peut-&#234;tre, au terme du parcours, une autre de leurs admissions. Inversement, bien soulag&#233;s parfois de savoir que tel ou tel candidat vient d'&#234;tre accept&#233; dans une de ces &#233;coles, la n&#244;tre &#233;tant bien sp&#233;cifique dans le fonctionnement et les media. Et je me prendrai un fard une fois au troisi&#232;me &#224; nous sortir qu'il veut Cergy pour ne pas s'&#233;loigner de Paris &#8212; mais va donc un peu &#224; Bruxelles, &#224; Berlin ou Dunkerque : l&#224;-bas aussi, on y enseigne...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[3]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Donc, pendant six jours, cinq jurys de trois enseignants fonctionneront simultan&#233;ment, chaque enseignant &#233;tant pr&#233;sent trois jours, et chaque jour la composition des jurys tourne, grand avantage pour la rigueur, et grand avantage aussi pour d&#233;couvrir sous un autre jour les coll&#232;gues qu'on croise souvent ou &#8211; au contraire &#8211; rarement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[4]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si on fait le compte, &#231;a fait donc exactement 15 minutes par candidat pour nous proposer son travail, que nous puissions entamer la conversation sur l'itin&#233;raire, les attentes, les r&#233;alisations, apr&#232;s quoi nous avons 5 minutes pour confronter nos 3 points de vue et donner une note accompagn&#233;e d'une br&#232;ve &#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[5]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de comment mes propres &#233;tapes de p&#232;re de famille incluent ces moments tr&#232;s denses o&#249; vos enfants se pr&#233;sentent &#224; ces concours qui d&#233;cident d'une vie. Avoir toujours en t&#234;te vos propres moments d'attente, et ce que cela repr&#233;sentait pour les v&#244;tres, d'ailleurs ils ont le m&#234;me &#226;ge (paradoxe de la maturit&#233; dont t&#233;moignent ces jeunes adultes, se confrontant seuls &#224; cette exp&#233;rience). Et si certains arrivent en rollers ou dans la tenue de tous les jours, d'autres sont accompagn&#233;s par les parents qui attendent dans le hall, vous regardent anxieusement quand vous traversez pour aller au Turc d'en face ravitailler en canettes de Coca pour une br&#232;ve pause.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[6]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment toujours int&#233;grer dans les param&#232;tres la construction de sa propre disponibilit&#233;. Se refaire l'oeil et l'attention neuve m&#234;me si c'est la dixi&#232;me fois de la demi-journ&#233;e. Chaque jury dispose de deux salles (avec les moyens du bord : aujourd'hui la belle salle de pr&#233;sentation des travaux photos, et le petit bocal sans fen&#234;tre de stockage du mat&#233;riel) : pendant qu'on re&#231;oit un &#233;tudiant le suivant s'installe dans l'autre salle. Lorsque nous poussons la porte, il n'y a aucune pr&#233;visibilit&#233; possible de ce qui nous attend de l'autre c&#244;t&#233;. Et sur six demi-journ&#233;es, &#224; huit ou dix candidats par demi-journ&#233;e, ce qui nous attend de l'autre c&#244;t&#233; c'est tout, litt&#233;ralement tout.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[7]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le hall, &#224; heures fixes, ils arrivent : certains juste un gros sac ou une valise. Pour &#233;norm&#233;ment d'entre eux, le rituel carton &#224; dessin. D'autres poussent des chariots lest&#233;s d'&#233;normes rouleaux, ou ont sur le dos un bagage en grandes planches. Quelques-uns auront tout sur l'iPad Air ou sur une cl&#233; USB.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[8]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Passage &#224; l'amphi : 45 minutes de br&#232;ve dissert' obligatoire au format recto-verso. Il y a quelques semaines, on avait &#233;t&#233; pri&#233; de transmettre &#224; la direction quelques citations &#224; cet usage. Pour ma part, une phrase de Henri Maldiney : &#171; La peinture n'est pas faite pour &#234;tre vue, mais pour voir. &#187; Ces trois jours, on a vu passer Duchamp, Dubuffet, Deleuze, Stelarc. Ce n'est pas un exercice en soi tr&#232;s utile : peu de surprises. Parfois de tr&#232;s belles choses : aussi bien dans la finesse et la pr&#233;cision, ou la culture, que tout le contraire &#8211; &#233;criture secou&#233;e, restes de dyslexie. Quelques perles (&#171; le peintre Deleuze &#187;) mais pas tant, et ce n'est pas r&#233;dhibitoire. Ce matin, un texte sur &lt;a href=&#034;http://stelarc.org/?catID=20247&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stelarc&lt;/a&gt; commen&#231;ait par &#171; Je ne connais ce Stelarc ni d'Eve ni d'Adam &#187; et ensuite s'embarquait sur Artaud et c'&#233;tait vraiment original. On d&#233;couvre juste avant d'ouvrir la porte, &#231;a compte. Plus int&#233;ressante est la lettre de motivation r&#233;dig&#233;e par le candidat : parfois des merveilles de pr&#233;sentation, au culot ou &#224; la provoc, ou toutes simples.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[9]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la fiche de candidature, ce qu'on regarde d'abord c'est le parcours scolaire. Bac o&#249; et quand (et on est tr&#232;s loin de n'avoir que des bacs L option arts plastiques) et quoi fait apr&#232;s. L&#224; commencent les divergences : souvent des ann&#233;es sabbatiques, des voyages, une ann&#233;e pass&#233;e en petits boulots. Parfois c'est carr&#233;ment trois ou quatre ans, ou plus. Que signifie alors l'entr&#233;e en &#233;cole d'arts ? Plus rarement, des tentatives directement depuis la terminale. Encore plus rarement : les sans-bac, puisqu'on a encore cette pr&#233;rogative, de plus en plus difficile &#224; d&#233;fendre, et pourtant (au moins un enseignant ici qui participe de cette cat&#233;gorie)...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[10]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la fiche de candidature, la profession des parents. Bien s&#251;r que &#231;a compte. Mais on a cette libert&#233; justement de tenir cela &#224; distance &#8211; en tant que d&#233;termination &#8211; parce qu'on a le droit d'en parler. Noms connus, et parfois de notre &#171; tribu &#187; artistique. Ou gardien d'immeuble dans une zone dure de la p&#233;riph&#233;rie. Que ce n'est peut-&#234;tre pas plus facile pour aucun des deux jeunes, qui ont le m&#234;me &#226;ge &#224; quinze jours pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[11]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on triche avec la r&#232;gle ? Oui. Une &#233;tudiante nous demande un feedback sur ce dont elle se doute &#234;tre un refus. D'abord nous disons non, il y a r&#232;gle commune et notre pr&#233;rogative de jury. Et puis on la recevra quand m&#234;me, sans se concerter, mais &#224; trois, et nous lui dirons pourquoi notre r&#233;serve. Dans ce cas, infiniment compliqu&#233;, grande et belle culture, grande et belle sensibilit&#233;, la sauvagerie d'hypokh&#226;gne kh&#226;gne et des admissibilit&#233;s ENS &#8211; c'est aussi le syst&#232;me qui va de travers. On se reverra l'an prochain ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[12]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on triche avec la r&#232;gle ? Non. Candidat qu'on re&#231;oit, mais qu'on retrouve deux heures apr&#232;s en conversation avec nos propres &#233;tudiants dans la cour et qui cherche &#224; vous refaire une petite remarque gentille, ben tu vois mon gars non. Ou telle qu'on avait vu dans l'ann&#233;e, venue plusieurs fois dans l'atelier d'&#233;criture, accompagnant ses copains de l'&#233;cole, et quand elle m'avait inform&#233; qu'elle se pr&#233;senterait on avait pris un moment pour faire s&#233;rieux le point et pr&#233;parer, c'est mon job : un peu soulag&#233; qu'elle passe dans un autre jury, &#224; elle de &lt;i&gt;jouer sa game&lt;/i&gt;, mais je sais aussi que &#231;a n'aurait rien chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[13]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi c'est facile. Les enjeux esth&#233;tiques de ce qui est pr&#233;sent&#233; et s'en tenir l&#224;. Oui mais. C'est la relation de travail. Artistique ou pas, &#224; la limite tant mieux si on a une bonne surprise (on en a eu, et de violentes), mais on a aussi beaucoup de path&#233;tique. Princesses ou petits oiseaux. Ou vingt palanqu&#233;es de cr&#226;nes sous-gothique d'un seul coup (piti&#233;, arr&#234;tez les cr&#226;nes !). Path&#233;tique d'exhibition, sans se douter que de &#231;a aussi on est vaccin&#233;. Choses parfois cocasses, mais de tout &#231;a pas le droit de citer des exemples. De quel droit on juge ? On ne juge pas, justement. Si c'est facile, au fond, c'est parce qu'on fait &#231;a tout le temps, ici, entrer dans l'atelier d'un &#233;tudiant et bosser avec lui sur ce qu'il est en train de faire, &#224; t&#226;tons. Donc on est tout de suite comme avec nos &#233;tudiants et voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[14]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tutoyer, vouvoyer. Mes coll&#232;gues pour la plupart vouvoient, certains d'entre nous tutoient. Jamais pu vouvoyer. Ai d&#251; en vouvoyer deux ou quatre sur l'ensemble des trois jours.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[15]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toujours se dire, &#224; chacun qu'on re&#231;oit : et toi, t'&#233;tais comment &#224; leur &#226;ge, tu proposais quoi, tu avais fait quoi, qu'est-ce que tu savais de ce que tu cherchais ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[16]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui arrivent des pr&#233;pas art. Parfois, la signature de ces pr&#233;pas, ou des &#233;coles municipales : Gennevilliers, Ivry, haute tradition de cette couronne parisienne o&#249; culture et d&#233;mocratie ont toujours &#233;t&#233; prononc&#233;es ensemble, contre vents et mar&#233;es. Pas mal de candidats du &#171; 9-3 &#187;, et que &#231;a ne m&#232;ne pas forc&#233;ment &#224; une dimension &#171; urbaine &#187; du travail. &#192; Paris, trois pr&#233;pas priv&#233;es nous envoient les plus gros contingents. Pour une des trois, au bout du 4&#232;me &#233;tudiant, on commence &#224; tiquer. C'est nous qui devons aller farfouiller dans les dossiers et carnets pour d&#233;couvrir ce qui nous int&#233;resse, et briser la glace. On finit par comprendre : un &#171; professeur de dossier &#187; les aide &#224; constituer ce qu'ils montrent, annihilant tout le plus personnel. On en vient, pour ceux de cette pr&#233;pa, &#224; demander tout de suite les travaux faits hors pr&#233;pa. Et pourtant, dans mes heures Cergy, c'est quoi le pourcentage o&#249; moi aussi je suis &#171; professeur de dossier &#187;, &#224; pr&#233;parer les CV et notes d'intention, &#224; examiner ce qu'on met en avant et comment on le formule.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[17]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Juger n'est pas juger. En atelier d'&#233;criture je suis form&#233; : on travaille sur les textes juste &#233;crits, on les met en commun, et tant mieux si parfois l'&#233;blouissement vient, de la litt&#233;rature traverse, mais alors on a l'impression que le cadeau n'est pas r&#233;serv&#233; &#224; l'auteur, mais au groupe. Pour les travaux artistiques, comment avoir comp&#233;tence hors de son propre champ ? En un an, j'ai &#233;norm&#233;ment appris &#224; me glisser dans les salles des coll&#232;gues. La transversalit&#233; des travaux des &#233;tudiants nous confronte de toute fa&#231;on &#224; la n&#233;cessit&#233; du boulot ensemble, c'est m&#234;me &#231;a le principe Cergy. Les candidats &#224; une &#233;cole d'art n'arrivent pas avec des travaux litt&#233;raires : mais pourtant, &lt;em&gt;de facto&lt;/em&gt;, ce serait tout aussi l&#233;gitime. D&#233;sormais, dans cette &#233;cole, ils sont au moins cinq ou six pour lesquels le texte litt&#233;raire repr&#233;sente le centre du travail. Parfois je m'&#233;tonne d'une r&#233;alisation plastique, et le coll&#232;gue de jury me la restituera dans un contexte o&#249; elle para&#238;t plus modeste. Une autre fois je trouve ce qui est propos&#233; tr&#232;s l&#233;ch&#233;, tr&#232;s clos, mais la coll&#232;gue plasticienne sera d'un autre avis, alors banco on se fait confiance. Ceux qui sont seulement dans une discipline peuvent y &#234;tre visc&#233;ralement accro et on les prendra, ceux qui cherchent une m&#234;me id&#233;e dans trois ou quatre disciplines on les prendra, mais les dossiers avec pas assez, ou tout rassembl&#233; dans un classeur transparent avec un petit chat sur la couverture, ou celui qui veut montrer que tout &#231;a il sait faire &#231;a bloquera &#8211; irrationnelle alchimie : on ne mesure pas ce qui est fait, on prend un pari fragile sur la capacit&#233; &#224; &#233;voluer pour faire, mais on est pr&#234;t &#224; le prendre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[18]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste une certaine normalit&#233; : peut-&#234;tre parce que c'est en cours de route, &#224; Cergy, qu'ils d&#233;couvriront ce risque du transversal, cette appropriation progressive du corps, du texte, de la performance. On guette (et on s'en dit les nouvelles), les jeunes qui candidatent avec des projets num&#233;riques. Il y en a trop peu qui arrivent en montrant leur d&#233;marche de danse, ou de voix. Il faut parfois leur extorquer qu'ils chantent, ou jouent de la basse. Dominante peinture, et souvent aussi la dominante d'une demande d'apprentissage acad&#233;mique, alors que Cergy fonctionne autrement, se basant sur r&#233;flexion et partage des enjeux. Ce qui n'emp&#234;che pas qu'on soit l&#224; pour la technique. Mais moi aussi j'ai chemin&#233;, et pas toujours facilement, cette ann&#233;e, pour comprendre comment ici &#231;a travaillait.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[19]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que je me suis &#233;nerv&#233; ? Globalement non &#8211; &lt;i&gt;under control&lt;/i&gt;. Des fois, quand pour soi c'est border line, on reste un peu en arri&#232;re, on laisse marcher avant les deux coll&#232;gues, pour le candidat suivant ce sera l'inverse. Deux fois j'ai craqu&#233;, et dans un tel contexte m&#234;me si on ne se veut ni m&#233;chant, ni cruel, c'est vite r&#233;dhibitoire. Ces moments pas facile quand le ou la candidat(e) comprend que &#231;a n'a pas pass&#233;, le &#171; de toute fa&#231;on &#187; r&#233;sign&#233;, l'envie qu'on a de les secouer sur &#231;a aussi, la piste qu'on donne en compensation mais qui ne sera pas forc&#233;ment re&#231;ue. Les coll&#232;gues qui racontent la r&#233;action tr&#232;s agressive &#224; laquelle ils viennent d'&#234;tre confront&#233;s (si je suis comme &#231;a, c'est que j'ai mal, syllogisme : si vous ne me prenez pas, vous &#234;tes complice de ce qui me fait mal). Premi&#232;re fois que j'ai craqu&#233; : cette m&#234;me pr&#233;pa au &#171; professeur de dossier &#187;, lorsqu'on en venait aux questions sur les lectures (oh, pas du tout dans un esprit de v&#233;rification culture, nos appr&#233;ciations le prouveront), reviennent toujours les trois m&#234;mes titres. On comprend que c'est une liste de cinq livres qui leur avait &#233;t&#233; remise au d&#233;but de l'ann&#233;e, et que pour ceux-l&#224; rien n'a &#233;t&#233; lu &#224; c&#244;t&#233;. La fois suivante, je demande carr&#233;ment quel livre &lt;i&gt;de la liste&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; lu : aucun, mais on a achet&#233; Daniel Arasse. Pourquoi pas lu ? &#171; Parce que je veux tout d&#233;couvrir moi-m&#234;me. &#187; Bon. Donc pas besoin d'&#233;cole ? &#171; C'est l'art contemporain qui m'int&#233;resse. &#187; Alors vive l'art sans livre, &lt;i&gt;here we go folks&lt;/i&gt;, d'un coup je comprends mieux ce qui m'&#233;tait arriv&#233; avec les &#233;tudiants du Havre il y a 2 ans... La deuxi&#232;me fois o&#249; j'ai craqu&#233;, sur ce petit travail d'illustration avec sur la couverture un &lt;i&gt;Louis Borges&lt;/i&gt; en tr&#232;s gros, ce n'est pas sur l'atteinte au nom : ce genre de coquilles, les plus grosses, sont parfois invisibles &#8211; mais quand on vous r&#233;pond comme seul justificatif : &#171; Mais mes profs l'ont tous vu, ils ne m'ont rien dit ? &#187; Mais qui c'&#233;tait ce Louis et ce qu'il avait &#233;crit, o&#249; il avait v&#233;cu, et comment le texte copi&#233;/coll&#233; sur le web sans aller rien voir d'autre, l&#224; j'aurais voulu le d&#233;clic. Clairement : ce n'est pas &lt;i&gt;Louis Borges&lt;/i&gt; qui a invalid&#233; le passage, on serait pass&#233; outre &#224; bien pire si on avait eu &#231;a, ce pitch, cette curiosit&#233;, ce flair &#224; fouiller dans ce qu'on s'approprie. Elle a pig&#233; ce qu'on a sugg&#233;r&#233; ? Je le souhaite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[20]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour trente fois &lt;i&gt;L'&#233;cume des jours&lt;/i&gt; ou vingt fois &lt;i&gt;Bilbo le Hobbit&lt;/i&gt;, on aura quand m&#234;me crois&#233; Perec, Calvino, Bukowski. Idem pour l'environnement artistique : il y a eu cet hiver une forte expo Huyghe, une forte expo Bill Viola, et puis, vous savez, &#171; ce photographe, au Grand Palais, qui fait des nus &#187;. Une lassitude vous prendra parfois. Ceux qui ont d&#233;pass&#233;, pioch&#233;, construit, c'est la d&#233;marche mentale de l'appropriation qui nous enchantera, qu'on recevra comme une bol&#233;e d'air. Similaire &#233;videmment pour le film, et en bonne partie pour la musique. Ce qui devient le crit&#232;re, ce n'est pas une question de r&#233;f&#233;rence, mais plut&#244;t de d&#233;marche : mise en r&#233;flexion de ce qu'on est &#224; faire, contextualisation, prolongations, sout&#232;nements. On aura tout le temps plus tard de travailler sur cette m&#233;thodologie de la curiosit&#233;, mais il faut un pitch initial. On pousse, on cherche, on tend les pistes &#8211; on a autant de bonheur &#224; s'apercevoir que c'est enclench&#233;, que de d&#233;tresse et d'abattement si avec deux candidats successifs on n'y parviendra pas. Dans les dossiers trop plats, les &lt;i&gt;en fait&lt;/i&gt; en s&#233;rie qui reviennent tous les trois mots, on s'en veut de nos questions qui se font trop m&#233;caniques, en attendant que l'iPhone sonne aux quinze minutes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[21]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Scie, mais d'&#233;poque : &#171; je suis int&#233;ress&#233; par l'art, je me suis int&#233;ress&#233; &#224; l'art &#187;. Ou les &#171; &#231;a j'adore, &#231;a me passionne &#187;. Centrage &lt;em&gt;je&lt;/em&gt; et l'art une enseigne parmi d'autres. Et l'art, il s'int&#233;resse &#224; toi ? On ne s'y arr&#234;te pas, on traverse par le dedans. Parfois on finit par trouver les rochers sous les pas, d'autres fois non. Avoir dit &#224; un : &#171; On garde tout ce que tu as apport&#233;, tu as juste le droit de reprendre un truc c'est lequel ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[22]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; trois reprises, avoir d&#251; d&#233;pister le tagueur ou le grapheur sous l'&#233;tudiant qui nous montre des dessins trop sages. C'est clandestin, alors ils n'en parlent pas. La semaine derni&#232;re, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article71' class=&#034;spip_in&#034;&gt;passionnante journ&#233;e&lt;/a&gt; sur les &#171; &#233;critures urbaines &#187; o&#249; j'ai d&#233;couvert quels &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole se consacraient au &lt;em&gt;street art&lt;/em&gt;. Faire passer le message au jeune candidat qu'une construction de projet aurait mieux pass&#233;, fond&#233;e sur leurs pratiques urbaines et non acad&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[23]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Idem on aurait tellement eu envie de plus de d&#233;marches avec danse ou avec texte. Ce n'est pas encore gagn&#233;. Beaucoup d'ordis, mais pourquoi si peu pour arriver avec un d&#233;tournement de Facebook (on en a vu un tr&#232;s fort), un bricolo sur t&#233;l&#233;phone (on en a vu deux ou trois tr&#232;s forts) ou une distorsion du monde (et plusieurs fois, &#231;a reste dans la t&#234;te, alors) : pourtant ils le savent, que les Beaux-Arts y a longtemps que ce n'est pas seulement dessin peinture ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[23 bis]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;marrer l'audition, l'exercice sur th&#232;me impos&#233; qu'ils doivent nous pr&#233;senter. On finira par conna&#238;tre celui de l'ENSAD (tr&#232;s belle id&#233;e : &lt;i&gt;les couleurs de la vie&lt;/i&gt;), nous c'est au choix : &lt;i&gt;Ici et maintenant, Un lieu r&#234;v&#233;, Illumination&lt;/i&gt;. Aucune injonction de medium, forme, amplitude. Le lieu r&#234;v&#233; revient souvent. Parfois avec vraie trouvaille. Et un qui nous dira, parlant de son traitement d'&lt;i&gt;Illumination&lt;/i&gt;, que celles de Rimbaud partent des &lt;i&gt;painted plates&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[23 ter]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les couloirs, ou le midi, ou parce qu'on entrera bri&#232;vement se requinquer dans un atelier ou dans la salle ordi, on recroise nos &#233;tudiants de 1&#232;re, 2&#232;me, 3&#232;me ann&#233;e : ils ont dit quoi et &#233;taient comment, lors de leur propre recrutement, on change donc tant que &#231;a ? &#8211; parfois, &#224; certains candidats, l'impression sym&#233;trique : qu'&#224; les voir l&#224; comme &#231;a, on les voit d&#233;j&#224; presque comme ils seront en 3&#232;me ann&#233;e, sans pourtant rien pr&#233;dire de rien...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[24]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Question rituelle de fin d'audition : pourquoi Cergy ? R&#233;ponse qui au bout de 3 fois nous fait un peu sourire : &#171; &#224; cause du mat&#233;riel &#187;. Et invariablement ils citent la salle de danse, le studio son, les installations photo. Et invariablement ajoutent : &#171; le contact avec les autres &#233;l&#232;ves, aussi &#187;. Moi je leur dis : et les profs, jamais ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[25]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;mes d'&#233;valuation : pour 45 places, on aura probablement une grosse centaine de 20 sur les 480 candidats. Si on met 16 ou 18 on sait que c'est d&#233;j&#224; le barrage. Alors on est en binaire, 20 ou rien pour ceux qu'on veut. Et comme chaque jury devra renoncer &#224; tel ou tel de ses choix, on met un ordre de classement (les 6 jurys, les 6 journ&#233;es) avec &#233;ventuellement un &#171; + + &#187; derri&#232;re. Mais comment faire autrement ? Se surprendre &#224; se dire que tel ou tel des candidats, s'il est pris, on aura plaisir &#224; le revoir en septembre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[26]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que justement, un des crit&#232;res serait : quel &#233;l&#232;ve sera-t-il (ou elle), pour lequel on fait ce pari, et pourtant le niveau scolaire est tr&#232;s chaotique, et quel &#233;l&#232;ve sera-t-il (ou elle) cette personnalit&#233; tr&#232;s tranch&#233;e dont le travail est d&#233;j&#224; remarquable mais tellement d&#233;fini ? Et cette candidate-ci, dont on a bien mesur&#233; combien son travail, m&#234;me timide, valait le coup, et combien elle serait positive dans la dynamique des groupes et travaux en collaboration, et combien &#231;a aurait aussi socialement du sens qu'elle puisse b&#233;n&#233;ficier de ces 5 ans pour se r&#233;aliser : quelle chance a-t-elle d'&#234;tre dans les 45 ? Cruel pour nous, difficile et troublant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[27]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'an pass&#233;, &#224; Cergy, les &#233;tudiants &#233;taient repr&#233;sent&#233;s dans les jurys. Cette ann&#233;e, interdit par le minist&#232;re. Motif, para&#238;t-il : d&#233;rive de certaines &#233;coles qui confiaient aux &#233;l&#232;ves de derni&#232;re ann&#233;e la pr&#233;-s&#233;lection. Pour moi comme pour mes coll&#232;gues, grand manque. Sur tel chemin, telle proposition, tel comportement avec nous aussi, on sait bien ce qu'on gagnerait au regard g&#233;n&#233;rationnel. Probl&#232;me adjacent : selon chaque candidat, je sais parfaitement de quel &#233;tudiant j'aimerais l'avis, mais comment on les ferait tourner ainsi. En tout cas, je trouve &#231;a une vraie absurdit&#233; administrative.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[28]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Corollaire : ces tout jeunes bacheliers qui viennent nous montrer, en 15 minutes, telle performance dans un cube de plexiglass, tel jeu algorithmique, tel ensemble de photos, combien on aimerait leur dire : tiens, passe en 105 ou 303, demande Untel, et qu'il prenne 10 minutes pour voir ce que tu nous as montr&#233;&#8230; Mais c'est sans doute plut&#244;t un effet miroir : pour interpr&#233;ter ce qu'on m'a montr&#233;, j'ai int&#233;rieurement convoqu&#233; ce que je sais du boulot des &#233;tudiants, leur fa&#231;on d'&#234;tre l&#224; o&#249; je ne suis pas et jamais ne serai.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[29]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que je nomme int&#233;rieurement les path&#233;tiques : &#224; peine on pousse la porte, qu'on sait que ce travail non, on ne pourra pas le prendre. Je ne crois pas qu'on ait, en 3 jours et 6 jurys, refus&#233; de donner sa chance &#224; n'importe lequel des candidats. Quelquefois c'est vraiment une surprise : un entretien qui commence mal, ou difficile, et petit &#224; petit &#231;a se d&#233;coince. Faire en sorte qu'on supprime le stress, mettre &#224; l'aise, laisser respirer. Pourtant, chez certains ou certaines le stress demeure, physiquement palpable, voire contagieux. D'autres au contraire qui ne l'ont pas assez, ou qui se la jouent un peu trop repr&#233;sentant de commerce, et avec eux savoir aussi trouer le discours.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[30]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceux au contraire, &#224; mesure qu'on avance, on d&#233;couvre le terrain. On farfouille dans ce qu'ils ont apport&#233;. La plupart ont leurs carnets, dessins, &#233;bauches. Parfois, un tout petit paquet de photos dans un &#233;lastique, et l'&#233;tudiant m&#234;me pas envie qu'on en parle, et pourtant c'est mille fois plus fort que le reste. Faire comprendre pourquoi nous on pense &#231;a. Alors, ceux dont implicitement on sait qu'ils peuvent &#234;tre dans la bonne fourn&#233;e, ceux-l&#224; on les emb&#234;te. On pique, on chausse-trappe. Ceux-l&#224;, le plus souvent, ils comprennent le jeu, parfois avec un r&#233;pondant qui nous d&#233;sar&#231;onne. Alors le flash. L&#224; on a doubl&#233; le temps d'audition mais tant pis. Parce que chaque fois c'est &#231;a qui est au bout : on va devoir vivre 5 ans ensemble, m&#234;me cafet', m&#234;mes couloirs. Cette relation infiniment compliqu&#233;e &#224; g&#233;rer en &#233;cole d'arts, par rapport aux autres dispositifs &#233;tudiants, parce que l'essentiel du boulot se fait en rendez-vous individuels, et que chaque &#233;tudiant a m&#234;me genre de rapport avec plusieurs enseignants, ou bien qu'on va avoir &#233;change tr&#232;s dense pendant quelques semaines et puis plus rien &#224; se dire, mais quand m&#234;me se croiser et se recroiser sans cesse, pendant les 2 mois &#224; suivre, et qu'au bout il y aura quand m&#234;me ce qui est une r&#233;gulation indispensable : le dipl&#244;me, la note, les cr&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[31]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que dans ma t&#234;te je nommais &#171; syndrome du premier tiers &#187; : voil&#224; des jeunes qui arrivent tout vifs, tout curieux et inventifs, avec une vraie passion et encore plus celle de se retrouver dans une &#233;cole capable d'accompagner, former, laisser m&#251;rir, et cependant nous tr&#232;s vite on sait que ce n'est pas exactement au bon endroit &#8211; et rien de forc&#233;ment rationnel. C'est l'esprit d'&#233;cole et l'autonomie, c'est le chemin transversal dans les media et les outils, c'est l'ambition qu'ils formulent ou pas. Comment faire pour que le refus qui viendra, non pas de nous trois du jury, mais parce qu'une liste sera faite o&#249; seuls 45 seront admis, ne soit pas ressenti comme &#233;chec (&#231;a le sera quand m&#234;me, mais est-ce qu'on n'en a pas encaiss&#233; toute notre vie, nous autres, et de plus invalidants, de ces non-recevoir), mais que l'audition m&#234;me soit per&#231;ue comme une &#233;tape ou une petite mise au clair. On n'est pas des pros de l'orientation, aucun de nous. Mais on sait par coeur les chemins de nos &#233;tudiants, et, &#224; force d'&#234;tre l&#224;, on conna&#238;t les lieux, les sp&#233;cialit&#233;s. Les fronti&#232;res ne sont pas toutes trac&#233;es, entre design et arts d&#233;co, entre audio-visuel et arts vid&#233;o, sans compter toutes les belles pistes d'&#233;coles plus sp&#233;cialis&#233;es comme Louis-Lumi&#232;re, Boulle, Estienne. Ou les diff&#233;rentes facettes de ces pr&#233;pas aux &#233;coles d'art, ou tout simplement, entre diff&#233;rentes &#233;coles d'art, la sp&#233;cificit&#233; de chacune. Alors faire en sorte que l'entretien soit aussi un rodage, un bref bilan ou coaching, dire ce qu'on a per&#231;u et aim&#233;. Et quelquefois pas dupe : &#171; Mais pourquoi vous ne voulez pas me prendre alors ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[32]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, ce qui tient moins aux questions d'orientation, la mise en perspective de l'audition elle-m&#234;me, depuis les formulations m&#234;mes du candidat, les probl&#233;matiques qu'il ou elle met en avant, la fa&#231;on de muscler son dossier et comment le faire avancer. Apprendre &#224; dire calmement et pos&#233;ment pourquoi &#231;a ne nous convient pas : apr&#232;s tout, ici on peut se pr&#233;senter deux fois.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[33]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas fait de photo (j'allais ajouter : bien s&#251;r), l'appareil rest&#233; dans le fond de la musette, et pourtant aujourd'hui mon jury toute la journ&#233;e dans le saint des saints du couloir photo, avec les placards aux tr&#233;sors. J'aurais pu photographier ces accumulations de cartons et rouleaux et valises, ou cet instant de surprise quand on ouvre la salle, parfois au sol enti&#232;rement recouvert, ou comment les pauvres attendaient dans le couloir comme &#224; la S&#233;cu ou chez le dentiste, et &#231;a ne devait pas &#234;tre facile pour celle ou celui qui passait &#224; midi et demi, arriv&#233; pourtant &#224; 8h30&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[34]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Copains profs pratiquant le m&#234;me exercice depuis 5, 8 ou 15 ans : blas&#233;s ? Non, aucun. Plus professionnels ? Peut-&#234;tre moins &#224; l'&#233;motion que je l'ai &#233;t&#233;. On a un protocole, on s'y tient. Mais &#224; la moindre &#233;chapp&#233;e, on l'oublie, rod&#233; ou pas rod&#233;. Peut-&#234;tre d'abord une gourmandise, mais elle intacte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Regroupant dans Tiers Livre, sous forme de chronique, ce qui tient &#224; mon studio d'&#233;criture &#224; l'&lt;a href=&#034;http://ensapc.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt; et publi&#233; au d&#233;part dans site sp&#233;cifique &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cergyland.fr&lt;/a&gt; dont je souhaite renouveler la formule je commence ce transfert par billet paru il y a 1 an, au sortir de mon 1er jury de recrutement pour la 1&#232;re ann&#233;e. T&#226;che qui reprend ces lundi, mardi et mercredi 13/14/15 avril... &lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[35]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici je n'avais jamais lu de texte sur le recrutement en &#233;cole d'arts. Je peux aussi dire, m&#234;me sachant que &#231;a faisait partie des obligations du poste, que j'avais la trouille de ces 3 jours, de la responsabilit&#233; qu'ils induisent, m&#234;me sachant bien s&#251;r &#8211; justement &#8211; que ce serait en &#233;quipe...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;[NOTA]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aux amis profs qui m'ont dit : mais t'en passes un temps sur Internet, la r&#233;ponse : ben oui mais moi j'ai mon TGV du retour... Et &#231;a fait un bien, apr&#232;s trois jours comme &#231;a, de r&#233;diger pour faire le point.. Sp&#233;ciale d&#233;dicace BM, qui a fait son dernier quand je faisais mon premier !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cergy, 20 remarques sur &#233;crire en &#233;cole d'arts</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4359</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4359</guid>
		<dc:date>2016-08-26T12:50:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Belgique, Hollande, Luxembourg</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#231;a veut dire quoi, d'&#234;tre prof d'&#233;criture dans une &#233;cole toutes disciplines&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot330" rel="tag"&gt;Belgique, Hollande, Luxembourg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4359.jpg?1472215645' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4359.jpg?1472215811&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole d'art bruxelloise &lt;a href=&#034;http://www.lacambre.be/index.php?nodeid=11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Cambre&lt;/a&gt;, sous l'impulsion de Gilles Collard, lance cette ann&#233;e un &#171; atelier des &#233;critures contemporaines &#187;, moins bas&#233; cependant sur la pratique que sur des rencontres avec des auteurs et &#233;diteurs (Camille de Toledo et Mathias &#201;nard par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous pr&#233;voyons, dans ce cadre, deux &#233;changes d'&#233;tudiants &#8211; &#224; l'automne chez eux, et au printemps c'est nous qui recevrons &#8211;, de mon c&#244;t&#233; la proposition, avec nos invit&#233;s, sera une approche transmedia de ville et &#233;criture &#8211; donc workshop et pas bla bla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en prolongement de ces &#233;changes que la revue belge &lt;a href=&#034;http://www2.cfwb.be/lartmeme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'art m&#234;me&lt;/a&gt;, &#224; l'invitation de Christine Jamart, m'a demand&#233; un point sur mes propres pratiques &#224; l'&#233;cole de Cergy, o&#249; il ne s'agit pas &#8211; comme au Havre, &#224; Paris VIII &#8211; d'un &#171; master de cr&#233;ation litt&#233;raire &#187;, mais d'explorer et pousser l'&#233;criture dans l'ensemble des disciplines pratiques, et donc bien s&#251;r aussi toute l&#233;gitimit&#233; &#224; nos &#233;tudiants de mettre en avant l'&#233;criture dans leur projet artistique, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; n'est pas si simple, je l'ai mesur&#233; en juin. Et, de notre c&#244;t&#233;, ferme collaboration aussi avec le jeune master cr&#233;ation litt&#233;raire de l'universit&#233; de Cergy (dir Violaine Houdart-M&#233;rot), denses &#233;changes d'&#233;tudiants et le plus possible d'initiatives communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le cas en novembre dernier lors du colloque organis&#233; en commun, &#171; Recherche et cr&#233;ation litt&#233;raire &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/channel/UC0ZUJnLO5XWCmfMOpvyrYZQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'ensemble des vid&#233;os est en ligne&lt;/a&gt;). Et plaisir d'en retrouver dans &lt;i&gt;L'art m&#234;me&lt;/i&gt; des traces cons&#233;quentes, notamment un tr&#232;s fort texte de Lionel Ruffel sur le concept de publication (&#224; nouveau via le travail d'Emmanuelle Pireyre), et un dialogue entre Gilles Collard (La Cambre) et Marcelline Delbecq (&#233;cole du paysage Versailles), ainsi qu'une page consacr&#233;e &#224; l'immense et iconoclaste &lt;a href=&#034;http://antoineboute.blogspot.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antoine Boute&lt;/a&gt;, qui lui aussi &#233;tait &#224; Cergy avec nous en novembre, accompagn&#233; de ses &#233;tudiants de l'ERG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit sourire aussi &#224; voir appara&#238;tre dans ce dossier des photos de Kenneth Goldsmith, avec lequel contact &#233;troit en ce moment et bient&#244;t quelques annonces (teaser !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprends ici cet article, illustr&#233; dans la revue par une photo d'Arthur Lefever (ainsi que photo ci-dessus, merci).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour les Bruxellois, je serai le jeudi 21 novembre &#224; La Cambre pour une br&#232;ve intervention reprenant ces th&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On peut lire en ligne ou t&#233;l&#233;charger ici &lt;a href=&#034;http://www2.cfwb.be/lartmeme/no070/documents/AM70.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'int&#233;gralit&#233; du n&#176; 70&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;L'art m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;20 remarques sur &#233;crire en &#233;cole d'arts &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;2016 en France : sur 42 &#233;coles d'art, on est 3 profs d'&#233;criture. Un peu honte pour ton pays. Pourquoi et comment de telles &#233;coles peuvent se dispenser de consid&#233;rer l'&#233;criture comme travail, et disposer de l'enseignant qui s'y consacre ? La litt&#233;rature voudrait plus de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole, tu as l'&#233;tiquette &#171; &#233;criture &#187;. Accepter d'&#234;tre l'&#233;crivain public de la communaut&#233; artistique qu'est l'&#233;cole : combien de fois requis de t'asseoir pour corriger un CV, une suite de cartouches, une lettre priv&#233;e &#8211; et d'avoir entam&#233; comme &#231;a le travail de fond, qui nous a men&#233; plus tard avec certains aux extr&#233;mit&#233;s de la langue. C'est l'enjeu le plus lourd et permanent ici : ne viennent &#224; toi spontan&#233;ment que celles et ceux qui s'imaginent &#233;crire d&#233;j&#224;. Se battre main apr&#232;s main pour attraper les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celles ou ceux qui disent qu'ils ne trouvent rien &#224; &#233;crire, et que pourtant qu'est-ce qu'ils ou elles aiment &#231;a, l'&#233;criture. Et qu'on se met &#224; ouvrir les carnets, et qu'ils en sont remplis d'&#233;criture. Simplement qu'ils ne la cherchaient pas o&#249; elle &#233;tait, dans ce d&#233;j&#224; &#233;crit. Ou simplement exporter les notes de leur t&#233;l&#233;phone. T&#226;che permanente : attraper dans ta propre biblioth&#232;que ce qui va leur prouver que leur &#233;cart est aussi forme litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 14 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Accepter le contraire : celles et ceux qui &#233;crivent mais le font seuls. Avoir cette modestie de la t&#226;che : ce que tu enseignes, c'est pr&#233;cis&#233;ment de savoir marcher seul en &#233;criture. Avoir ouvert ce temps d'amphi ou quiconque peut venir raconter, lire, pr&#233;senter son travail avec texte. Qu'une fraction seulement de ces travaux vise le livre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui viennent avec un po&#232;me de dix lignes, tout contents parce qu'il s'agit d'&#233;criture : &#171; vous en pensez quoi, monsieur &#187;. Ben rien. Apr&#232;s c'est bon, on commence &#224; discuter.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celles ou ceux qu'on re&#231;oit en individuel et c'est tr&#232;s bien leur projet, ou les textes qu'ils montrent mais voil&#224;, il faut les mettre sur des pistes comme Michaux et Sarraute. Avoir combien de fois racont&#233; Don Quichotte comme un secret personnel. Fatigue, parfois, &#224; leur faire croire que &#231;a vaut pour eux seuls. En plus, c'est ce que tu essayes r&#233;ellement de trouver avec chacun : ce qui vaut pour eux seuls. Pris &#224; ton propre pi&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si tu penses que le livre est une m&#233;diation obligatoire pour l'&#233;criture, va te pendre. C'est fini. C'est juste qu'on participe d'une tradition d'enseignement qui le posait comme tel. Refonder en permanence ta r&#233;flexion sur le surgissement du langage. S'ouvrir aux recherches de comment, avant m&#234;me la constitution de la parole comme &#233;crit, le langage s'est constitu&#233; comme parole. Savoir et faire savoir qu'il y a dans le contemporain des d&#233;marches qui partent d&#233;j&#224; de cet ancrage. En cours, tu projettes une page de Proust et de Balzac, et tu d&#233;cryptes. On est reparti de leur propre rapport langue : qu'elle est image, intense, br&#232;ve, totale en chacun de ses points. D&#233;couvrir que Proust, Balzac, Michaux ou les autres n'y perdent pas, bien au contraire m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du mal &#224; supporter l'&#233;tat de bienveillance que tu dois construire en permanence pour l'accueil de leurs textes. S'en laver en partant. Revenir &#224; la rage et aux poings ou tu dois &#234;tre pour toi. Dissimuler &#231;a aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux jours pleins chaque semaine. Je ne suis pas professeur de litt&#233;rature, je suis &#233;crivain charg&#233; de la cr&#233;ation textuelle, fictionnelle, narrative ou ce qu'on veut (en fait, on n'a pas vraiment le mot). Parfois, j'aimerais avoir l'&#233;cole vide, et m'installer dans le studio photo ou le labo son. Mais je ne connais aucun des coll&#232;gues qui y parviennent. Qu'est-ce qui nous appartient encore, de nous, quand on entre ici ? C'est peut-&#234;tre aussi notre chance, que cela contraigne &#224; la s&#233;paration des r&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec quoi on travaille ? Tu as &#224; charge de t'armer en permanence, lire la th&#233;orie, v&#233;rifier tes corpus. Cette ann&#233;e j'ai d&#233;couvert Flusser, je relis beaucoup Simondon (le cours sur imagination et invention). Mais le vrai corpus c'est toi, et les &#233;tapes franchies, seul et empiriquement &#8211; sans &#233;cole &#8211;, des d&#233;cennies avant. Ne jamais oublier pourtant qu'on n'a pas leur &#226;ge, quand l'&#233;galit&#233; dans le travail pourrait te le faire croire. Savoir qu'ils auront &#224; marcher sur leur apprentissage, le fouler aux pieds et toi avec. Donc bien le distinguer de toi-m&#234;me, rester si possible &#224; ricaner un peu plus loin &#8211; une part de toi-m&#234;me du moins. Ne pas y arriver.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 11 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais les priver que ce qu'ils franchissent ils le fassent seul &#8211; jamais faire &#224; la place. Garder en permanence une place pour le non-interventionnisme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 12 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;criture &#231;a s'apprend : mon job, travailler sur chacun de ces param&#232;tres, pris isol&#233;ment, et qui travaillent simultan&#233;ment quand on &#233;crit. Pour chacun de ces param&#232;tres qu'on mettra seul en tremble, trouver un auteur chez qui ce param&#232;tre, un moment, est devenu la forme autonome ou le territoire de l'&#233;criture. Faire en sorte que sur le semestre on ait travaill&#233; l'ensemble de ces param&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 13 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Param&#232;tres : prisme de la relation au r&#233;el, cadrages, cin&#233;tiques, temporalit&#233;s, nom des choses. Param&#232;tres : prisme des formes de syntaxe, de l'appropriation des &#233;l&#233;ments de syntaxe, prisme des formes narratives, et renouveler ton stock d'exercices sur le dialogue, sur l'image. Avoir en t&#234;te les livres qui utilisent sp&#233;cifiquement la notation de perceptions auditives ou vocales comme &#233;l&#233;ment structurant. Comment un exercice se construit progressivement, n&#233;cessite du rodage.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 14 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe de la technicit&#233; o&#249; cela te met en permanence : devant leur ordi, sur une phrase, sur un r&#233;cit, dans la compr&#233;hension d'une langue. Affiner, durcir, pousser. Se faire r&#233;cepteur mais actif, et souvent si loin de ton propre campement de langue. Qu'est-ce que &#231;a change &#224; toi dans ton travail, la capacit&#233; &#224; reconstruire en permanence d'un aveuglement &#8211; et qu'il y a &#231;a aussi &#224; leur transmettre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 15 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tudiante qui a mont&#233; un algorithme d'affichage de mots al&#233;atoires sur un flux d'images noir et blanc, l'&#233;tudiante qui apporte des notes &#233;crites allong&#233;e sur le sol lors d'un exercice de danse. Pratiquer l'&#233;criture, ce n'est pas contraindre &#224; la litt&#233;rature. C'est savoir o&#249; elle prend sens dans sa dissolution m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 16 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enseigner l'&#233;criture en &#233;cole d'arts : moment de travail tr&#232;s dense avec un &#233;tudiant sur trois semaines, et puis pendant deux mois le croiser dans le couloir et &#224; peine il te salue. Lui laisser le temps que le projet m&#251;risse, lui donner le droit de ne pas le poursuivre, ou savoir (mais &#224; quoi, comment) qu'il a besoin du coup de pouce ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 17 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudiants connect&#233;s. On garde les ordis ouverts m&#234;me dans le face &#224; face. L'&#233;criture se contextualise par les ressources et la documentation web autant que par le livre. La voie m&#234;me d'acc&#232;s aux livres est num&#233;rique (hiatus qu'on ne puisse avoir acc&#232;s &#224; des Gracq, Artaud, Michaux cause s&#233;questre pour droits d'auteur). Ce qui se d&#233;place par l'acc&#232;s &#224; des ressources film&#233;es : la voix d'Apollinaire et celle de Tzara, les Super 8 de Julio Cort&#225;zar dans la nuit de Paris. Ma&#238;trise qu'ils ont de logiciels hyper sp&#233;cialis&#233;s, mais combien n'ont pas de traitement de texte. Ce qui s'en induit pour la mise en avant de la publication comme concept. Celle qui &#233;crit ses textes en atelier sur son t&#233;l&#233;phone, parce que c'est son t&#233;l&#233;phone le lieu de son intimit&#233; d'&#233;criture. Ce que &#231;a ouvre au r&#233;cit, quand on fait soi-m&#234;me le chemin d'une acceptation radicale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 18 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux cent trente &#233;l&#232;ves : vingt-et-une nationalit&#233;s, presque autant de langues. Celle qui vient d'un pays dont la langue n'a ni article, ni genre, ni temps. Celle qui fera invention de langue de son incompr&#233;hension m&#234;me, et du dictionnaire de son ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 19 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'aurais le plus appris ici en trois ans : ce qui soude les disciplines, c'est comment l'enqu&#234;te pr&#233;alable devient la mati&#232;re m&#234;me du travail. L'&#233;crivain n'est plus l'observateur distant de l'exp&#233;rience, mais en participe. C'est d&#233;j&#224; dans Michaux et d'autres. Ici &#231;a devient premier : &#231;a change quoi, &#231;a aussi, aux formes du r&#233;cit ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 20 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Savoir construire un site web. Savoir structurer un fichier d'impression livre. Avoir les outils pour comprendre l'architecture d'un r&#233;cit. Savoir qu'&#233;crire et filmer c'est pareil. Savoir articuler sa diction. Savoir crier ou se taire. Savoir o&#249; sont les morts &#224; appeler sur son &#233;paule (ce qu'on appelle lire). Savoir casser les savoirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cergy | colloque recherche &amp; cr&#233;ation litt&#233;raire</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4237</link>
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		<dc:date>2015-11-07T10:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;les 16 et 17 novembre, vous &#234;tes les bienvenus &#224; Cergy pour parler enseignement de l'&#233;criture&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4237.jpg?1444471147' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
AVERTISSEMENT&lt;br/&gt;
On est ici sur mon site personnel, vous trouverez (tr&#232;s vite, j'esp&#232;re !) toutes infos et formulaire d'inscription sur le colloque &lt;i&gt;Recherche &amp; cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; sur le site de l'&lt;a href=&#034;http://ensapc.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;EnsaPC (&#233;cole nationale sup&#233;rieure d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt; ainsi sur sur le site du tout nouveau &lt;a href=&#034;http://www.u-cergy.fr/fr/formations/schema-des-formations/master-lmd-XB/arts-lettres-langues-ALL/master-lettres-parcours-metiers-de-l-ecriture-et-de-la-creation-litteraire-program-mecl.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;master cr&#233;ation litt&#233;raire de l'universit&#233; de Cergy&lt;/a&gt;. Toutes les informations n&#233;cessaires sont sur le document t&#233;l&#233;chargeable ci-dessous.
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et donc, maintenant, notre invitation &#224; venir nous voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce colloque est accueilli par l'EnsaPC, et organis&#233; par nos deux institutions, avec pour chevilles ouvri&#232;res (quel boulot....) Antoine Idier pour l'EnsaPC et Violaine Houdart-M&#233;rot pour l'universit&#233; de Cergy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon c&#244;t&#233;, c'est une rencontre que je souhaitais depuis la cr&#233;ation il y a 2 ans de ce studio d'&#233;criture, et de sa fonction dans une &#233;cole d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en France 3 enseignants titulaires sur 40 &#233;coles, c'est quasiment inavouable d&#232;s lors qu'on passe les fronti&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un luxe tr&#232;s relatif d'ailleurs, mon propre salaire de professeur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La langue compterait-elle si peu dans les disciplines artistiques ? D'autres &#233;coles bien s&#251;r convient des intervenants ponctuels, mais la question c'est la reconnaissance de l'&#233;criture comme pratique, et, maintenant que l'intervention active d'auteurs est admise, celle du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;quoi&lt;/i&gt;, ce qu'on enseigne, comment on s'y prend, les enjeux, ce qui s'y d&#233;place de la litt&#233;rature, comment &lt;i&gt;on en appelle&lt;/i&gt; &#224; la litt&#233;rature et qu'on y puise (et quoi, parce que ce n'est pas notre biblioth&#232;que de lecteur qui nous sert), enfin la nature m&#234;me des textes, les questions qu'ils nous posent, leur fa&#231;on de se dire, de rejoindre l'espace public, de s&#233;dimenter et se propager sur le web, bien plus largement que la question rituelle des tutelles &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3811' class=&#034;spip_in&#034;&gt;et pour les faire lire vous faites comment&lt;/a&gt; (nous-m&#234;mes, lisons-nous de la m&#234;me fa&#231;on ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d&#233;j&#224; intervenu souvent sur ces questions. Par exemple, sur le &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3976' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;risoire contournement&lt;/a&gt; de l'Ensba (Beaux-arts Paris), o&#249; le poste occup&#233; par Pierre Alferi s'intitule &lt;i&gt;histoire de la cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt; alors que l'&#233;criture n'y est pas reconnue comme pratique. Alors m&#234;me que les &#233;coles d'art ont toujours eu un r&#244;le essentiel dans la formation des auteurs (4 de mes anciens &#233;l&#232;ves Ensba de 2006-2007 publient aujourd'hui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien s&#251;r aussi sur le volet qui me concerne au plus pr&#232;s : dans cette bascule o&#249;, num&#233;rique d'une part mais pas que, et saut en avant consid&#233;rable de la notion m&#234;me de lecture et de ses supports, normalisation et reconfiguration interne de l'&#233;dition de l'autre, ce qui se travaille dans les &#233;coles d'art c&#244;t&#233; corps et performance, c&#244;t&#233; int&#233;gration transmedia, c&#244;t&#233; recherche vivante sur et par l'image fixe ou anim&#233;e, nous induisent &#224; remettre en chantier la question m&#234;me de l'&#233;criture hors du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est, &#224; titre personnel, ce que je dois &#224; mon immersion dans l'&#233;cole, le travail collectif et transdisciplinaire entre coll&#232;gues, la suivie longue dur&#233;e (et non intrusive) des parcours &#233;tudiants &#8211; qu'ils placent l'&#233;criture comme rouage central et autonome de leur production, ou bien qu'on interroge la place de l'&#233;criture dans leur production, de quelque discipline qu'elle rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc moi-m&#234;me souhait&#233; cette rencontre, et notamment qu'on y accueille Enzo Cormann, le premier &#224; avoir, &#224; l'ENSATT de Lyon, int&#233;gr&#233; la formation &#224; l'&#233;criture dans le parcours des &#233;tudiants &#8211; ce qui n'est le cas, c'est &#224; en pleurer, ni du CNSAD ni du TNS... Et apparemment, notre tutelle s'en satisfait. Par exemple aussi, pour la 2&#232;me fois en novembre je conduirai un workshop &#224; l'&#233;cole d'architecture de Nantes : o&#249; y aurait-il en France un enseignant &lt;i&gt;&#233;criture&lt;/i&gt; dans les &#233;coles d'archi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc rassembler ceux qui agissent soit de longue date en &#233;cole d'art (J&#233;r&#244;me Mauche &#224; Lyon), soit plus r&#233;cemment (Laure Limongi au Havre). Et inviter nos alter ego de Suisse et de Belgique (notamment l'ami Antoine Boute).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion que la fac Cergy d'une part, et moi-m&#234;me depuis mon s&#233;jour au Qu&#233;bec en 2009-2010 comme prof invit&#233; &#224; l'Udem/Montr&#233;al et &#224; Laval/Qu&#233;bec, et les stages &#224; la NYU, tenons pour indissociable de ce qui se passe, de fa&#231;on tout aussi &#233;volutive &lt;i&gt;et contradictoire&lt;/i&gt;, aux US et au Qu&#233;bec. On recevra donc Jean-Simon DesRochers (UdeM) et Alain Beaulieu (Laval), et nous venons de tourner un entretien de fond avec Cole Swensen (Brown, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3632' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir d&#233;j&#224; ici&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il nous a sembl&#233; d&#233;cisif d'inviter aussi l'&#233;quipe du master cr&#233;ation litt&#233;raire de Paris VIII (initi&#233; par Lionel Ruffel, Olivia Rosenthal et Vincent Message), qui entre en sa 3&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la &lt;i&gt;recherche&lt;/i&gt; nous semble d&#233;cisive : les m&#233;moires que proposent les &#233;tudiants de 5&#232;me ann&#233;e pour leur DNSEP sont consid&#233;r&#233;es comme des oeuvres en tant que telles, int&#233;grant des formes comme site web, enregistrement audio ou film, ou r&#233;cit litt&#233;raire. Elle peut mener depuis les &#233;coles d'art &#224; des &lt;i&gt;doctorats de pratique&lt;/i&gt; : comment cela prend sens, lorsque les facs de Lettres continuent massivement leur position de boycott de l'&#233;criture comme pratique ? Elle a son versant dans comment les &#233;tudiants des 4 masters cr&#233;ation litt&#233;raire r&#233;pertori&#233;s en France les accompagnent de propositions r&#233;flexives ou th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la n&#233;cessit&#233; pour nous tous d'apprendre &#224; mieux travailler ensemble, et tout d'abord faire place &#224; celles et ceux qui nous poussent dans le dos, donc les voix &#233;tudiantes en travail... Les soirs des 16 et 17 novembre, performances et lectures....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je compl&#232;te ci-dessous par un texte &#233;crit pour la revue &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt; du Minist&#232;re de la culture, au terme de ma premi&#232;re ann&#233;e &#224; Cergy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciements personnels &#224; Sylvain Lizon pour la confiance et l'appui, &#224; J&#233;r&#244;me Dupin, Bruno Tackels et C&#233;cile Portier pour les r&#233;cents &#233;changes &#8211; sp&#233;cial merci aussi &#224; Antoine Idier pour l'invention et le portage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; t&#233;l&#233;charger ci-dessous, le programme complet du colloque, et &#224; titre personnel invitation pour le lundi 16 novembre apr&#232;s-midi, libre confrontation avec Enzo Cormann, Laure Limongi, J&#233;r&#244;me Mauche et Lionel Ruffel sur le th&#232;me : &lt;i&gt;&#233;crire en &#233;cole d'art&lt;/i&gt;, mod&#233;ration et conclusion Bruno Tackels.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6624 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/pdf/colloque.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 3.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772396308' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Colloque Recherche &amp; Cr&#233;ation litt&#233;raire, le programme.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;20 remarques sur &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte &#233;crit pour la revue Recherches du minist&#232;re de la culture, mai 2015.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait partir du principe inverse : pourquoi et comment des &#233;coles d'art peuvent se dispenser de consid&#233;rer l'&#233;criture comme travail, et disposer de l'enseignant qui s'y consacre ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la limite, l'auteur en charge de l'&#233;criture comme &#233;crivain public de la communaut&#233; artistique qu'est l'&#233;cole : combien de fois il m'arrive de m'asseoir avec un &#233;l&#232;ve plasticien et de corriger le CV ou le dossier, et d'avoir entam&#233; comme &#231;a le travail de fond, qui nous a men&#233; aux extr&#233;mit&#233;s de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fi pour moi : ceux qu'on croise dans les couloirs mais qu'on n'a jamais vus en atelier ou en rendez-vous. L'&#233;criture c'est pour qui ? Pour ceux qui savent faire. Pas facile de casser &#231;a, simplement qu'on s'autorise l'&#233;criture (ou qu'on l'autorise, pour &#234;tre plus pr&#232;s du &lt;i&gt;auctor&lt;/i&gt; qui a pr&#233;c&#233;d&#233; cette invention tardive du XVIIe si&#232;cle, le mot &#233;crivain). App&#226;ter, accueillir, puis dire simplement le vrai : pourquoi tel texte nous int&#233;resse, qu'est-ce qu'il nous donne d'inou&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Atelier d'&#233;criture, au bout du semestre : celles et ceux qui disent qu'hors atelier ils n'ont pas &#233;crit, parce que l'atelier leur donne un sujet et une forme, &#224; quoi ils n'acc&#232;dent pas par eux-m&#234;mes. T&#226;che pour moi : l'inertie, l'accumulation, faire que ce qu'on accumule puisse se mettre en mouvement de lui-m&#234;me, et l'&#233;l&#232;ve &#224; sa remorque, ce sera gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui viennent avec un po&#232;me de dix lignes, tout contents parce qu'il s'agit d'&#233;criture et donc appelle du prof d'&#233;criture correction ou ajustement ou le &#171; qu'est-ce que vous en pensez, monsieur &#187;. Ben rien. Apr&#232;s c'est bon, on commence &#224; discuter.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celles ou ceux qui disent qu'ils ne trouvent rien &#224; &#233;crire, et que pourtant qu'est-ce qu'ils ou elles aiment &#231;a, l'&#233;criture. Et qu'on se met &#224; ouvrir les carnets et qu'ils en sont remplis d'&#233;criture. Simplement qu'ils ne la cherchaient pas o&#249; elle &#233;tait, dans le d&#233;j&#224; &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celles ou ceux qu'on re&#231;oit en individuel et c'est tr&#232;s bien leur projet, ou les textes qu'ils montrent mais voil&#224;, il faut les mettre sur des pistes comme Michaux et Sarraute. Toi, tu as fait &#231;a hier en atelier avec une vingtaine d'&#233;l&#232;ves, mais pour celle-ci ou celui-ci il faut refaire la s&#233;ance en cours particulier ? Que l'&#233;criture &#231;a s'apprend, c'est aussi les &#233;l&#232;ves qu'il faut convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'avais appel&#233; &#231;a &#171; la litt&#233;rature en marchant &#187;, l'id&#233;e c'&#233;tait, un mercredi sur deux, une ballade chez un auteur, de Rabelais &#224; Proust, via Balzac ou Rimbaud, ou quelques monstres d'aujourd'hui, comme Ponge ou Gracq et Simon. Jamais eu l'impression d'un luxe, ou d'un truc inutile. Mais j'avais quoi, quatre ou cinq clients r&#233;guliers ? Dans une autre grande &#233;cole d'arts o&#249; j'ai pass&#233; deux ans, l'amphi &#233;tait obligatoire, alors physiquement, pour l'impro, on se bagarre. Mais dans cette m&#234;me &#233;cole, si on m'autorisait &#224; tenir un atelier d'&#233;criture, il n'&#233;tait ni &#233;valu&#233; ni moi r&#233;mun&#233;r&#233;. C'est quoi, un paradoxe, un &#233;tau, on s'en tirer comment ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;criture &#231;a s'apprend. Ici, en &#233;cole d'arts on n'a pas pour fonction de leur apprendre. &#199;a simplifie les choses. Autre alchimie. On ne fait pas &#224; leur place. On amplifie ce qu'ils dessinent, et on essaye de dessiner &#224; notre tour l'environnement en creux o&#249; cela pourrait s'inscrire &#8211; si des pistes comme Collobert ou Tarkos sont viables, ce n'est pas parce qu'ils sont un mod&#232;le, c'est parce qu'ils &#233;chapperont &#224; ce pr&#233;-acquis de formes dont on h&#233;rite qu'on le sache ou pas. L'&#233;criture donc pas diff&#233;rente de ce qui se donne dans les autres cours (et j'adore me glisser voir comment les coll&#232;gues s'y prennent).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;criture &#231;a s'apprend : mon job, travailler sur chacun de ces param&#232;tres, pris isol&#233;ment, et qui travaillent simultan&#233;ment quand on &#233;crit. Pour chacun de ces param&#232;tres qu'on mettra seul en tremble, trouver un auteur chez qui ce param&#232;tre, un moment, est devenu la forme autonome ou le territoire de l'&#233;criture. Faire en sorte que sur le semestre on ait travaill&#233; l'ensemble de ces param&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enseigner l'&#233;criture en &#233;cole d'arts : et se retrouver hier &#224; louer 2 Mobil Home &#224; Illiers-Combray pour y emmener au printemps 8 &#224; 10 &#233;tudiants avec le coll&#232;gue d'esth&#233;tique (romancier aussi) tout en s'assurant que la maison de Marcel Proust nous sera accessible la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enseigner l'&#233;criture en &#233;cole d'arts : celui qui, en studio d'&#233;dition, accompagne ses photos de textes manuscrits &#224; pleine dyslexie, et indique qu'&#224; la fin il a transcrit le m&#234;me texte en fran&#231;ais standard. Se saisir de son corrig&#233;, le d&#233;monter, et lui dire que maintenant c'est fini, on travaille ensemble, et que la dyslexie c'est fini. Montrer des manuscrits de Flaubert. Mais le surinvestissement en dessin, volume, image &#224; l'adolescence, pour combien c'est li&#233; &#224; ce heurt dans la langue ? L'assumer comme chance.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Se retrouver dans la salle de projection cin&#233;ma, et nous voil&#224; quatre, les deux coll&#232;gues film, l'&#233;l&#232;ve et moi, &#224; parler narration non-lin&#233;aire et dialogue. Prolonger avec une &#233;tudiante qui apporte des notes &#233;crites allong&#233;es sur le sol lors d'un exercice de danse. Pratiquer l'&#233;criture, ce n'est pas contraindre &#224; la litt&#233;rature. C'est savoir o&#249; elle prend sens dans sa dissolution m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enseigner l'&#233;criture en &#233;cole d'arts : moment de travail extr&#234;mement dense avec un &#233;tudiant sur une ou trois semaines, et puis pendant deux mois le croiser dans le couloir et chacun garde sa libert&#233; r&#233;ciproque. Et savoir aussi que s'il vous croise dans les couloirs sans rien vous dire c'est peut-&#234;tre &#224; vous de casser le truc &#8211; mais &#231;a ce n'est pas sp&#233;cifique &#224; l'&#233;criture (plus simple &#224; SciencesPo, o&#249; on ne se croise pas dans les couloirs).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux jours pleins chaque semaine &#224; l'&#233;cole. Je ne suis pas professeur de litt&#233;rature, je suis &#233;crivain charg&#233; de la cr&#233;ation textuelle, fictionnelle, narrative ou ce qu'on veut (en fait, on n'a pas vraiment le mot, c'est qu'on n'est pas sp&#233;cialiste de la chose). Donc, le reste du temps, &#224; moi de rester &#224; jour dans mon m&#233;tier. Ce serait facile si dans la vie on pouvait couper en deux comme &#231;a. Parfois, j'aimerais avoir l'&#233;cole vide, et m'installer dans le studio photo ou le labo son. Mais je ne connais aucun des coll&#232;gues qui y parviennent. Qu'est-ce qui nous appartient, de nous, quand on entre ici ? Avec quoi on travaille ? Probablement, l&#224; j'ai la r&#233;ponse : avec les &#233;tapes qu'on a franchies, seul et empiriquement, des ann&#233;es avant. Ne jamais les priver que ce franchissement se fasse seul.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux jours pleins chaque semaine &#224; l'&#233;cole : le reste du temps alors je l'oublie ? Ce qui est pr&#233;sent de l'&#233;cole dans le retour &#224; mon travail, c'est pr&#233;cis&#233;ment d'avoir &#233;t&#233; s&#233;par&#233; de la cuisine du m&#233;tier. Des questions de proximit&#233; d'interlocuteur, d'artisanat de la forme, de risque int&#233;rieur, voire m&#234;me d'insolence ou ce terrible d&#233;faut qui les d&#233;finit, cette confiance en soi-m&#234;me qui fait qu'ils ont toujours raison contre le prof. C'est &#224; double tranchant : &#224; quoi bon le risque de travailler pour soi-m&#234;me, quand on est fonctionnaire de l'&#201;tat pour enseigner, et pourtant, &#234;tre mieux apte &#224; ce risque parce qu'on sait dans quelle agora de sens (ou de technique) il s'inscrit. Mon bureau a chang&#233; en un an.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tudiant est connect&#233;. Chance pour moi : s'il veut Lautr&#233;amont dans le RER, je sais le lui fournir. Ma&#238;trise souvent g&#233;niale d'outils logiciels hyper sp&#233;cialis&#233;s, montage film, d&#233;veloppement images, mixage son, et combien d'entre eux qui n'ont pas de traitement de texte. Passer de la technique &#224; la culture num&#233;rique ne devrait pas &#234;tre l'apanage que du cours de pratiques algorithmiques ou du studio d'&#233;criture. Connect&#233; : ce qu'on &#233;crit on le partage d&#232;s l'atelier, oralement. Ils pratiquent tous la micro-&#233;dition graphique. En publiant sur le web, on restaure que l'interrogation par le texte ait toute la force du vieux mot publication. Celle qui &#233;crit ses textes en atelier sur son t&#233;l&#233;phone, parce que c'est son t&#233;l&#233;phone le lieu de son intimit&#233; d'&#233;criture. Accepter, questionner cela aussi, le fragment. La voir revenir avec Jab&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enseigner en &#233;cole d'arts : celle qui vient d'un pays dont la langue n'a ni article, ni genre, ni temps. Celui qui vient d'un pays pas tr&#232;s &#233;loign&#233;, mais qui manipule la langue avec la pr&#233;cision et le niveau d'abstraction d'un Paul Celan. &#202;tre toujours pr&#234;t au grand &#233;cart. Et tout ce qu'on ne comprendra qu'avec retard, ou d&#233;calage.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont les pratiques d'art de ceux qu'on accueille ont int&#233;rioris&#233; tout ce qu'on nommait &#171; art du contexte &#187;. Exercer la litt&#233;rature, ce n'est pas plus aller vers le livre que peindre contraint &#224; marcher vers le tableau. Les notions d'espace et d'action, la transformation du r&#233;el que va induire votre geste, comment &#231;a n'appellerait pas des formes diff&#233;rentes pour le surgissement du texte, et le mode mat&#233;riel de circulation ou d'existence des textes ? La l&#233;gitimit&#233; que s'installent, en fac (Paris VIII) ou &#233;cole d'arts (ESADHAR) des &#171; masters de cr&#233;ation litt&#233;raire &#187;. Accepter que des &#233;tudiants, pour le DNAP ou le DNSEP, fassent de l'&#233;criture leur production principale, mais ne pas forc&#233;ment la qualifier. Et d'autres qui disent n'&#233;crire jamais un mot, et voil&#224; qu'on se met &#224; travailler avec un petit enregistreur portable sur la qualification langagi&#232;re de leur travail. Prisme, dispersion. Que le livre en tant que d&#233;p&#244;t d'histoire moderne (depuis 500 ans) ne se contourne pas, mais qu'on n'ait pas ici &#224; le prolonger. Savoir intimement que c'est aussi une chance, ce qu'ils donnent, pour la litt&#233;rature m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire ne s'apprend pas. Simplement voil&#224; : ils &#233;crivent. Et c'est cela, qui se travaille.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un luxe tr&#232;s relatif d'ailleurs, mon propre salaire de professeur titulaire en &#233;cole nationale sup&#233;rieure d'arts s'&#233;l&#232;ve &#224; 1670 &#8364; net par mois, le seul crit&#232;re de progression retenu &#233;tant l'anciennet&#233;, faudra un jour qu'on m'explique &#8211; en attendant, on boucle les fins de mois par d'autres t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte &#233;crit pour la revue &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt; du minist&#232;re de la culture, mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cergy | comment de 15 Annie Ernaux en faire 30</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4135</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4135</guid>
		<dc:date>2015-01-30T16:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Suel, Lucien </dc:subject>
		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Ernaux, Annie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;atelier sp&#233;cial cut-up ou comment &#224; d&#233;chirer des livres ill&#233;galement d&#233;tourn&#233;s du pilon on peut r&#233;inventer un hypermarch&#233; de litt&#233;rature&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot164" rel="tag"&gt;Suel, Lucien &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot919" rel="tag"&gt;Ernaux, Annie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4135.jpg?1428853708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4135.jpg?1428853717&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;
dans l'usine qui recycle le papier&lt;br/&gt;
non, qui d&#233;truit les livres&lt;br/&gt;
pour ensuite faire des livres exactement pareils&lt;br/&gt;
au d&#233;but j'ai pens&#233; que c'&#233;tait mal j'avais honte&lt;br/&gt;
apr&#232;s j'ai pens&#233; qu'on les avait sauv&#233;s&lt;br/&gt;
ils seraient tous morts sinon&lt;br/&gt;
sacrifi&#233;s pour en faire d'autres exactement pareils&lt;br/&gt;
Amina D.
&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les grandes histoires vraies, on ne sait jamais trop o&#249; elles commencent, c'est &#231;a qui est bien. Ensuite, &#231;a se complique, il faut suivre en amont et en aval, et ce sont des briques qui interagissent les unes avec les autres, chacune cr&#233;ant la possibilit&#233; de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, &#234;tre sur le quai du RER, je me mets avec les &#233;tudiants, ou pas ? Ils ont le droit de converser sans que le prof s'impose. &#171; Je me mets expr&#232;s en bout de ligne pour &#234;tre tranquille &#187;, me dira M.H. la semaine suivante, et manque de pot j'avais fait pareil et on a super discut&#233;. L&#224;, je me retrouve avec Amina et Angela, et ce ne sont pas les m&#234;mes r&#232;gles que lorsqu'on est en rendez-vous devant leur travail. Je me souviens qu'Amina avait commenc&#233; en me demandant combien j'avais d'enfants, ce que probablement elle ne m'aurait pas demand&#233; &#224; l'&#233;cole, et c'est un peu plus tard vers Conflans qu'elle a dit comme &#231;a avoir trouv&#233; un livre qui parlait du Auchan de Cergy, qu'elle avait lu &#231;a par curiosit&#233; mais bon...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et donc, toujours RER et apr&#232;s Conflans, Amina parle de ce livre qui raconte une suite de visites au Auchan Cergy, elle n'a retenu ni le titre ni l'auteur mais le Auchan au bout de la rue pi&#233;tonne pour nous c'est comme une aire de service et un objet urbain complexe dans la distribution de circulations et d'espaces. Moi je reconnais de suite et l'informe donc qu'il s'agit plus que probablement du livre d'Annie Ernaux sorti dans la &lt;a href=&#034;http://raconterlavie.fr/collection/regarde-les-lumieres-mon-amour/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collection Raconter la vie&lt;/a&gt; lanc&#233;e au Seuil au printemps dernier et l&#224; c'est moi qui tombe des nues&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8230; puisque donc j'apprends par complet hasard qu'elle dispose d'un nombre important d'exemplaires du livre et qu'elle les vend 20 cts l'exemplaire. Moi je sais d&#233;j&#224; depuis quelques semaines qu'Amina, dont la famille continue de vivre au Kazakhstan, vit banlieue sud avec une tante, et que leurs revenus c'est les livres revendus le dimanche sur les brocantes, avec ce d&#233;tail que sa tante ne lit et n'&#233;crit pas le fran&#231;ais mais sait reconna&#238;tre quand elle les ach&#232;te si un livre se vendra ou pas, sauf que l&#224; pour le Annie Ernaux elle s'&#233;tait tromp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L320xH523/poemexpress0569-2a713.jpg?1750428743' width='320' height='523' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Lucien Suel, po&#232;me express.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 4 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense de suite &#224; cette belle s&#233;rie sur le site de Lucien Suel, ses &lt;a href=&#034;http://academie23.blogspot.fr/search/label/Po%C3%A8me%20express&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;po&#232;mes express&lt;/a&gt; par noircissement de pages arrach&#233;es de livres banals. Surtout, le Auchan est souvent pr&#233;sent dans les textes et exp&#233;riences des &#233;l&#232;ves. Par exemple, quand &#233;tait paru le livre d'Annie Ernaux, la m&#234;me M.H. venait de faire une performance sous la forme d'une marche de 3 heures et 10 kilom&#232;tres dans le supermarch&#233;, et travaill&#233; ensuite sur les sensations per&#231;ues, d&#233;cisions d'itin&#233;raires, signes et mots. S&#251;r, &#231;a allait beaucoup plus loin (aucun crit&#232;re de hi&#233;rarchie ou jugement, suis s&#251;r que l'une et l'autre auraient une formidable conversation &#8211; c'est juste pour avancer dans le territoire que cela pose). Par contre, en mai apr&#232;s l'article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; j'&#233;tais all&#233; &#224; la FNAC juste voisine du Auchan, pensant trouver le livre sur un pr&#233;sentoir ou sur table avec grosse mise en valeur, et non, m&#234;me pas un seul. La FNAC c'est l'effondrement de pire en pire, mais quand m&#234;me &#224; Cergy ils auraient pu faire un effort ? Je fais donc imm&#233;diatement et officiellement la demande &#224; Amina : de lui racheter l'ensemble des 20 ou 25 exemplaires, et comme 20 cts &#231;a me semble trop peu je monte quand m&#234;me un peu le prix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me pose les questions &#224; moi mais pas &#224; elle. Comment un livre d'Annie Ernaux, imprim&#233; en mars, paru en mai, peut se retrouver au pilon en novembre ? Et puis 20 cts non, &#231;a ne colle pas : les livres envoy&#233;s par les &#233;diteurs au pilon ne peuvent pas &#234;tre revendus, sinon ce serait trop facile. Comment des livres envoy&#233;s au pilon peuvent se retrouver dans les circuits de brocante ? Mais je veux mes exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que nous faisons cette s&#233;ance, &#201;ric Maillet propose aux premi&#232;res ann&#233;es un exercice de cr&#233;ation sonore, dont voici l'intitul&#233; : &#171; les &#233;tudiants de 1&#232;re ann&#233;e ont pris en main Radio Derechef pour en faire un espace dans lequel ils t&#233;moignent, r&#233;agissent, po&#233;tisent... &#224; des expositions, spectacles, situations, &#233;v&#233;nements, oeuvres, personnes qu'ils ont rencontr&#233;s ; du simple bloc-notes audio &#224; la pi&#232;ce radiophonique &#233;labor&#233;e &#187;. Si vous allez &lt;a href=&#034;http://radio-derechef.url.ph/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le blog de Radio-Derechef&lt;/a&gt;, vous pourrez &#233;couter les travaux des &#233;tudiants. Et l&#224;, ce matin, je d&#233;couvre ce que dit Amina : &#171; Ils d&#233;truisent les livres, pour refaire des livres pareil &#187;. L'intrusion clandestine dans l'usine, les caches de livres qu'on se fait dans l'usine m&#234;me. Qu'est-ce qui est fascinant, le lieu industriel qu'on investit clandestinement, ou le fait qu'on se retrouve dans des montagnes de livres ? Et se souvenir, &#224; &#233;couter cette cr&#233;ation sonore, qu'il s'agit d'abord de cr&#233;ation, et donc avec libert&#233; de fiction...&lt;/p&gt;
&lt;object type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; data=&#034;http://cergyland.fr/audio/dewplayer.swf&#034; width=&#034;200&#034; height=&#034;80&#034; id=&#034;dewplayer&#034; name=&#034;dewplayer&#034;&gt;
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&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034; /&gt;&lt;/object&gt; &lt;p&gt;_ &lt;small&gt;ou &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr/audio/Ernaux_Amina.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;podcast iPad&lt;/a&gt;, 4'22&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;videmment plus que respect pour Annie Ernaux, que je lis depuis &lt;i&gt;La Place&lt;/i&gt;, sans compter les rencontres en colloques et lectures, les amis et traducteurs communs, et &lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=fran%C3%A7ois+bon+annie+ernaux&amp;biw=748&amp;bih=429&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ei=9vDLVPmNI4L_aNLOgsgF&amp;ved=0CAcQ_AUoAA&amp;dpr=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bien des croisements&lt;/a&gt; qui m'honorent. &lt;i&gt;La place&lt;/i&gt; a fait changer le territoire litt&#233;raire, non pas forc&#233;ment comme irruption de mat&#233;riau neuf (je pense par exemple au magnifique texte &lt;i&gt;L'heure o&#249; nous ne savions rien l'un de l'autre&lt;/i&gt; de Peter Handke &#224; partir de la dalle du centre commercial des Ulys), mais d'obtenir pour ce qui est &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; territoire une reconnaissance symbolique de l'&#233;dition et de la critique VIe arrondissement. Et, dans la vaste bibliographie d'Annie Ernaux, un livre quasi obligatoire c'est &lt;i&gt;Les ann&#233;es&lt;/i&gt;, pour le r&#244;le attribu&#233; &#224; la photographie et &#224; la description de photographie, d&#233;pla&#231;ant d'un cran le rapport de la litt&#233;rature au r&#233;el, quand il cr&#233;e sa propre documentation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH365/g_dt09cogne01-56d20.jpg?1750428743' width='480' height='365' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Philippe Cogn&#233;e, hypermarch&#233;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ne rien inf&#233;rer du pilon : l'&#233;dition en France fonctionne par des mises en place massives, une dur&#233;e de pr&#233;sence librairie qui est en moyenne de 5 semaines, un syst&#232;me aberrant et obsol&#232;te de &#171; retour &#187; &#224; 3 mois pour les &#171; offices &#187;, un stock minimum qui reste chez l'&#233;diteur et le reste on recycle, quitte &#224; r&#233;imprimer si red&#233;collage, ou passer en POD si sorties &#224; moins de 500/an. Mais l&#224;, quand j'ai distribu&#233; 15 exemplaires aux 25 participants (j'en ai gard&#233; quelques-uns pour une autre ann&#233;e), c'&#233;tait bien cette d&#233;-f&#233;tichisation du livre qui comptait : d&#233;chirer un livre en deux, et de 15 Annie Ernaux en faire 30, c'est entrer dans la m&#233;canique du livre, c'est apprendre aussi &#224; comment les faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc quelle &#233;tait la proposition et l'enjeu :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; partir du journal 2012 des visites d'Annie Ernaux au Auchan Cergy, se concentrer mentalement sur cette irr&#233;ductible distance qui est toujours notre d&#233;fi, se servir de ce que portent les mots pour approcher d'un peu plus pr&#232;s le r&#233;el et s'en charger ;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par le cut-up, qui a une histoire (Burroughs nomm&#233;, ou Rauschenberg), et parce que cela nous avons le droit de nous affranchir de la syntaxe, se servir de la tentative &#233;crite d'Annie Ernaux, en libert&#233; et respect, pour d&#233;signer de plus pr&#232;s, sur un fragment minimum, notre propre rapport au r&#233;el. Et remercier Annie Ernaux de ce qu'elle nous lib&#232;re aussi de la r&#233;pr&#233;sentation, de l'exp&#233;rience... On creuse dans l'int&#233;rieur m&#234;me de son texte, et son point d'&#233;quilibre pr&#233;cis, comme pour passer la main au travers et attraper diff&#233;remment, au plus pr&#232;s de nos propres modes de d&#233;construction figuration du r&#233;el et de la ville, un fragment de ce Auchan aussi concret qu'appara&#238;t le pied nu &#224; la fin du &lt;i&gt;Chef d'oeuvre inconnu&lt;/i&gt; de Balzac ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mais qu'on va faire cela compl&#232;tement diff&#233;remment puisque sur un &#171; vrai &#187; livre et non pas depuis un extrait ou une photocop etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une question de fond pos&#233;e &#224; la fois sur le plan litt&#233;raire et artistique : o&#249; et comment construisons-nous notre position et notre exp&#233;rience de narrateur dans le r&#233;el ? Celle d'Annie Ernaux est coh&#233;rente, observatrice depuis sa position arbitraire de cliente &#8211; si nous consid&#233;rons comme enjeu esth&#233;tique, pour l'&#233;criture aussi, de construire notre rapport au r&#233;el comme performatif, c'est la notion m&#234;me d'observation qui est fissur&#233;e ou d&#233;plac&#233;e, et c'est cela &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; qu'on doit &#233;crire ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin un enjeu politique : reprendre la &lt;a href=&#034;http://raconterlavie.fr/collection/regarde-les-lumieres-mon-amour/#.VMvGUHYSnRI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sentation du Seuil&lt;/a&gt; (c'est mon &#233;diteur, croyez bien que j'ai pas l'&#226;me &#224; les emb&#234;ter) : &#171; l'hypermarch&#233;, espace familier o&#249; tout le monde ou presque se c&#244;toie, atteint la dignit&#233; de sujet litt&#233;raire &#187;, admirons le &lt;i&gt;presque&lt;/i&gt;, mais r&#233;affirmons-le : &lt;i&gt;dignit&#233;&lt;/i&gt; ne nous concerne pas, puisqu'il s'agit de notre territoire &#8211; et &lt;i&gt;sujet litt&#233;raire&lt;/i&gt; est une infamie de ceux qui voient le monde d'en haut : la litt&#233;rature se moque des &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;, et ce qui est &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; ou pas, il n'y a que nous pour le d&#233;cr&#233;ter. Chaque novation dans la langue est une atteinte au &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; d&#233;cr&#233;t&#233; par les acad&#233;mies et institutions : se souvenir que Rimbaud, mort en 1891, n'a b&#233;n&#233;fici&#233; d'oeuvres compl&#232;tes qu'en 1925, gr&#226;ce &#224; Andr&#233; Breton, pour entrer dans les manuels scolaires en 1956. L'acte de violence qu'&#233;tait d&#233;chirer ce livre, pour que chaque &#233;l&#232;ve en ait une moiti&#233;, et y &#233;crire par creusement dans l'int&#233;rieur m&#234;me des phrases, hors son auteur voire contre son auteur, j'en assume le choix. Ce qu'on cherche est &#224; ce prix, et le paradoxe du prof en &#233;cole d'arts c'est humblement &#231;a : les &#233;l&#232;ves sont d&#233;j&#224; devant, et nous souvent on court derri&#232;re (mais on a du plus vieux cuir). Cette m&#234;me semaine, Annie Ernaux venait d'&#234;tre faite docteur &lt;i&gt;honoris causa&lt;/i&gt; de l'universit&#233; de Cergy, &#224; 300 m de chez nous. Je n'ai rien contre, j'aimerais bien l'&#234;tre aussi : faute de doctorat je suis prof 2&#232;me classe cat&#233;gorie 1 m&#234;me pas admis &#224; figurer dans les dipl&#244;mes. Mais la dichotomie des mondes n'a pas chang&#233;, jusqu'&#224; Cergy. Et c'est &#224; nous de faire bouger &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 11 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ma surprise : quel que soit le fragment-source choisi pour le cut-up, chaque &#233;l&#232;ve a constamment reproduit avec le mat&#233;riau arbitrairement impos&#233; sa maison particuli&#232;re de r&#233;cit, po&#233;sie, syntaxe. Y compris &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article91'&gt;celui qui&lt;/a&gt; a redessin&#233; sur les pages. Le montage sonore est directement repris du Zoom pos&#233; sur l'estrade &#8211; mais &#231;a laisse quand m&#234;me de belles surprises.&lt;/p&gt;
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&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034; /&gt;&lt;/object&gt; &lt;p&gt;_ &lt;small&gt;ou &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr/audio/Ernaux_lecture.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;podcast iPad&lt;/a&gt; _ 20', 20 lectures.&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-01.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-02.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-03.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-04.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-05.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-06.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-07.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-08.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6337 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-09.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6338 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-10.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6339 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-12.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-13.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-11.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/amina-1.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/amina-2.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/plb.jpg?1428853770' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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