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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Ambrose Bierce | Seul avec le mort</title>
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		<dc:date>2022-02-17T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>traduire, traductions</dc:subject>
		<dc:subject>Bierce, Ambrose</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;une &#233;trange mise en sc&#232;ne macabre, et tout l'art d'Ambrose Bierce pour cette nouvelle noire, bien noire, tr&#232;s noire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique149" rel="directory"&gt;autour de Lovecraft : Bierce, Dunsany &amp; Co&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;fantastique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot349" rel="tag"&gt;traduire, traductions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot885" rel="tag"&gt;Bierce, Ambrose&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4244.jpg?1446721042' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note d'ao&#251;t 2018&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Pour celles&amp;ceux qui ont regard&#233; ma vid&#233;o sur &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=9JaH6h0j9Xo&amp;t=358s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la rue Ambrose Bierce &#224; San Francisco&lt;/a&gt;, je remets en Une cette nouvelle li&#233;e &#224; une rue toujours embl&#233;matique de la ville...
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note de novembre 2015&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Apr&#232;s les &lt;i&gt;Histoires de fant&#244;mes&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Club des parenticides&lt;/i&gt;, une deuxi&#232;me histoire prise aux &#171; histoires myst&#233;rieuses &#187; d'Ambrose Bierce, et ce que j'y d&#233;couvre est tellement fascinant qu'il y en aura d'autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours ce parfait sens de la mise en sc&#232;ne narrative, toujours ce jeu permanent avec les nuances rh&#233;toriques, et toujours le minimum de distance possible avant la farce, celle qui fait mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est devenu une sorte de rituel, dans les heures floues des avions, difficile de se concentrer sur Lovecraft ou le boulot perso, mais la m&#233;canique de Pierce convient bien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image ci-dessus : North Beach, San Francisco, vers 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;sommaire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#1&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;1&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#2&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;2&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#3&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;3&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#4&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;4&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Ambrose Bierce | Seul avec le mort (1889)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une pi&#232;ce &#224; l'&#233;tage d'un immeuble vide dans le quartier de San Francisco appel&#233; North Beach, le corps d'un homme reposait sous une couverture. Il &#233;tait pr&#232;s de 9 heures du soir ; une simple bougie &#233;clairait faiblement la pi&#232;ce. M&#234;me si temps &#233;tait chaud, contrairement &#224; la coutume qui veut qu'on laisse beaucoup d'air aux morts, les deux fen&#234;tres &#233;taient ferm&#233;es et les stores tir&#233;s. Le mobilier de la pi&#232;ce se r&#233;duisait &#224; trois choses &#8211;- un fauteuil, une table de chevet o&#249; &#233;tait pos&#233;e la bougie, et une longue table de cuisine, celle o&#249; &#233;tait allong&#233; le corps de l'homme. Tout cela, et m&#234;me le corps, semblant avoir &#233;t&#233; tout r&#233;cemment apport&#233; ici et un observateur, s'il s'en &#233;tait trouv&#233; un, n'aurait pas manqu&#233; de remarquer qu'il n'y avait sur eux aucune poussi&#232;re, alors que tout le reste de la pi&#232;ce en &#233;tait lourdement sali, avec des toiles d'araign&#233;es dans les coins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reconnaissait le contour du corps sous le drap, et m&#234;me ces particularit&#233;s, &#224; quelque chose de plus tranch&#233; que nature, qui semblaient caract&#233;riser la mort, mais disaient surtout que ceux qui les affichaient avaient &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;s par la mort. Du silence de la pi&#232;ce, on aurait d&#233;duit avec raison qu'il ne s'agissait pas d'une chambre sur rue. Elle ne donnait sur rien de particulier, sinon un haut &#233;peron rocheux, l'arri&#232;re d'un b&#226;timent construit sur une colline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la cloche d'une &#233;glise voisine sonna les 9 heures, avec une indolence qui semblait indiquer une telle indolence &#224; l'&#233;gard du cours du temps, qu'on pouvait se demander pourquoi elle se donnait tout simplement la peine de sonner, l'unique porte de la pi&#232;ce s'ouvrit et un homme entra, s'avan&#231;a jusqu'au corps. Et, comme il entrait, la porte se referma, on aurait dit mue de sa propre volont&#233; ; on entendit le grattement d'une cl&#233; tourn&#233;e avec difficult&#233;, et le claquement du verrou comme il retombait dans la clenche. S'ensuivit le bruit de pas qui s'&#233;loignaient dans le couloir au-dehors, l'homme selon toute apparence demeurant prisonnier. Avan&#231;ant jusqu'&#224; la table, il se tint un moment &#224; regarder le corps qu'il surplombait ; puis, avec un l&#233;ger haussement d'&#233;paules, il alla &#224; une des fen&#234;tres et souleva le store. L'obscurit&#233; dehors &#233;tait parfaite, les volets &#233;taient couverts de poussi&#232;re, mais en la balayant du coude il put d&#233;couvrir que la fen&#234;tre &#233;tait renforc&#233;e de gros barreaux de fer &#224; quelques centim&#232;tres de la vitre, et solidement ancr&#233;s dans la ma&#231;onnerie de chaque c&#244;t&#233;. Il examina l'autre fen&#234;tre. C'&#233;tait la m&#234;me chose. Il n'en sembla m&#234;me pas &#233;tonn&#233;, ne fit rien d'autre que rel&#226;cher sa ceinture. S'il &#233;tait prisonnier, il &#233;tait pour le moins docile. Ayant fini son examen de la pi&#232;ce, il s'assit dans le fauteuil, sortit un livre de sa poche, rapprocha la table de chevet et la bougie puis commen&#231;a de lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un homme jeune &#8211;- pas plus de trente ans &#8211;- de teint brun, ras&#233; de pr&#232;s, aux cheveux noirs. Un visage fin, au nez aquilin, le front haut et une fermet&#233; du menton et de la m&#226;choire qu'on dit r&#233;serv&#233;e aux hommes de r&#233;solution. Ses yeux &#233;taient gris et son regard appuy&#233;. Ils &#233;taient principalement fix&#233;s sur son livre maintenant, mais il les d&#233;tournait r&#233;guli&#232;rement pour un coup d'oeil au corps sur la table, et cela non, apparemment, par quelque fascination lugubre qu'on pourrait supposer s'exercer, en pareilles circonstances, m&#234;me sur une personne courageuse, ni par r&#233;bellion consciente contre l'influence contraire qui pourrait s'exercer sur quelqu'un de timide. Il le regardait comme si, du fond de sa lecture, quelque chose l'avait rappel&#233; au sens de ce qui l'environnait. Clairement, ce gardien de la mort lib&#233;rait sa confiance quant &#224; ce qui lui arrivait avec intelligence et sang-froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir lu pendant environ une demi-heure, il sembla &#234;tre arriv&#233; &#224; la fin d'un chapitre et reposa calmement son livre. Il se leva ensuite, et tira la table de chevet sur le plancher &#224; un angle pr&#232;s d'une des fen&#234;tres, prit la chandelle et revint &#224; la chemin&#233;e vide devant laquelle auparavant il &#233;tait assis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un instant plus tard, il marcha vers le corps sur la table, souleva le drap et le retira de la t&#234;te, r&#233;v&#233;lant une masse de cheveux sombres et un fin visage, dont les traits apparurent avec une d&#233;coupe plus aigu&#235; qu'avant. Se prot&#233;geant les yeux en interposant sa main libre entre eux et la chandelle, il se mit &#224; regarder son compagnon impassible d'un regard s&#233;rieux et tranquille. Satisfait de son inspection, le repla&#231;a le drap sur le visage et revint &#224; la chaise, prit quelques allumettes sur le rebord du chandelier, et les mit dans sa poche de c&#244;t&#233;, puis s'assit. Il retira ensuite la bougie du chandelier et la regarda avec suspicion, comme de calculer combien de temps elle durerait. Elle faisait &#224; peine cinq centim&#232;tres de long ; dans moins d'une heure, il serait dans l'obscurit&#233;. Il la repla&#231;a dans le chandelier et la souffla.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans un cabinet de m&#233;decin de Kearny Street, trois hommes &#233;taient assis &#224; une table, buvant du punch et fumant. Il &#233;tait tard le soir, presque minuit, et bien s&#251;r ils n'avaient pas manqu&#233; de punch. L'h&#244;te &#233;tait le plus grave des trois, le Dr Helberson &#8211;- ils &#233;taient assis chez lui. Il &#233;tait &#226;g&#233; de trente ans environ, les autres &#233;taient plus jeunes, tous &#233;taient m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La crainte superstitieuse avec laquelle le vivant contemple le mort, disait le Dr Helberson, est h&#233;r&#233;ditaire et incurable. On ne doit pas plus en avoir honte que des autres qualit&#233;s dont nous h&#233;ritons, comme par exemple une incapacit&#233; aux math&#233;matiques ou une tendance &#224; mentir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fit rire les autres : &#171; La tendance &#224; mentir, un homme ne devrait pas en avoir honte ? &#187; demanda le plus jeune des trois, encore &#233;tudiant &#224; la facult&#233; de m&#233;decine et qui n'avait pas encore son dipl&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon cher Harper, je n'ai rien dit de tel. La propension &#224; mentir est une chose, mentir en est une autre.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais pensez-vous, demanda le troisi&#232;me, que ce sentiment superstitieux, cette peur de la mort, aussi irraisonn&#233;e qu'elle puisse &#234;tre, est universelle ? Moi-m&#234;me je n'en suis pas conscient.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais c'est tout votre syst&#232;me qui est comme &#231;a, r&#233;pondit Helberson. Il n'y faut que les bonnes conditions &#8211;- ce que Shakespeare appelle &#8220; la saison complice &#8221; &#8211;- pour surgir d'une fa&#231;on assez d&#233;sagr&#233;able et vous ouvrir les yeux. Les m&#233;decins et les soldats y sont certainement moins perm&#233;ables que les autres.
&lt;br /&gt;&#8212; Les m&#233;decins et les soldats ! Pourquoi ne pas y ajouter les croque-morts et les bourreaux ? Nous voil&#224; tous dans la classe des assassins.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais non, mon cher Mancher, les jur&#233;s ne laisseraient pas les ex&#233;cuteurs publics acqu&#233;rir une familiarit&#233; suffisante avec la mort pour ne pas en &#234;tre &#233;mus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Harper, qui s'&#233;tait redonn&#233; de l'&#233;lan en allumant un nouveau cigare sur la terrasse, reprit son si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'appelez-vous conditions dans lesquelles tout homme ou toute femme deviendrait conscient jusqu'&#224; l'insupportable de notre faiblesse commune en ces circonstances, demanda-t-il de fa&#231;on plut&#244;t verbeuse.
&lt;br /&gt;&#8212; Bien, je dirais que si un homme &#233;tait enferm&#233; tout une nuit avec un corps -&#8211; seul, dans une pi&#232;ce obscure, dans une maison d&#233;serte -&#8211; et sans couverture pour se mettre sur la t&#234;te, et y parviendrait sans devenir fou, pourrait en bonne justice se dire non pas n&#233; d'une femme, ni, comme MacDuff, de la lign&#233;e des C&#233;sar.
&lt;br /&gt;&#8212; Je crois que vous n'en finiriez pas d'&#233;noncer ces conditions, dit Harper, mais je connais un gar&#231;on qui n'est ni un m&#233;decin ni un soldat, et qui les accepterait toutes, pour tout l'int&#233;r&#234;t que vous venez de dire.
&lt;br /&gt;&#8212; Quel est-il ?
&lt;br /&gt;&#8212; Son nom c'est Jarette &#8211;- il est &#233;tranger ici ; il vient de New York, comme moi. Je n'ai pas d'argent pour l'y inciter, mais il est largement muni par lui-m&#234;me.
&lt;br /&gt;&#8212; Comment savez-vous tout &#231;a ?
&lt;br /&gt;&#8212; Il pr&#233;f&#232;re parier que manger. Comme pour la peur &#8211;- je crois pouvoir dire qu'il pense qu'elle est une sorte de d&#233;sordre cutan&#233;, sinon une sorte particuli&#232;re d'h&#233;r&#233;sie religieuse.
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; quoi ressemble-t-il ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#233;vidence, Helberson devenait plus qu'int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Mancher ici pr&#233;sent &#8211; il pourrait &#234;tre son fr&#232;re jumeau.
&lt;br /&gt;&#8212; Je rel&#232;ve le d&#233;fi, dit Helberson avec rapidit&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Merci beaucoup du compliment, je vous assure, grogna Mancher, qui s'endormait. Puis-je participer ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pas contre moi, dit Helberson, je ne veux pas de votre argent.
&lt;br /&gt;&#8212; Tr&#232;s bien, dit Mancher, je serai le cadavre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela les fit tous rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette conversation idiote, on les a vues.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En &#233;teignant ce qui lui restait maigrement de chandelle, le but de M. Jarrette &#233;tait d'en pr&#233;server la fin pour quelque &#233;ventuel besoin. Il avait d&#251; avoir aussi la pens&#233;e, ou la semi-pens&#233;e, que l'obscurit&#233; ne serait pas pire tout de suite que plus tard, et que si la situation devenait insupportable cela serait mieux d'avoir des moyens d'agir, voire de s'enfuir. De toute fa&#231;on, il &#233;tait sage d'avoir de la lumi&#232;re en r&#233;serve, m&#234;me si elle ne lui servirait qu'&#224; regarder ce qu'il veillait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine eut-il souffl&#233; la chandelle et qu'il l'eut pos&#233;e sur le plancher &#224; ses pieds, qu'il s'installa confortablement dans le fauteuil, s'allongea comme il put et ferma les yeux, esp&#233;rant et s'attendant &#224; dormir. En cela il fut tromp&#233; ; il ne s'&#233;tait jamais senti moins endormi de sa vie, et en quelques minutes il renon&#231;a &#224; y r&#233;ussir. Mais que pourrait-il faire ? Il ne pouvait se mouvoir dans la nuit absolue, au risque de se cogner -&#8211; et au risque, aussi, de tomber sur la table et d&#233;ranger brutalement le mort. Tous nous leur reconnaissons le droit de reposer en paix, et prot&#233;g&#233;s de tout ce qui serait rude ou violent. Jarette r&#233;ussit &#224; peu pr&#232;s &#224; se faire croire que des consid&#233;rations de cette sorte le conduisaient &#224; &#233;viter tout risque de collision et &#224; se tenir dans sa chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'il pensait &#224; toutes ces choses, il s'imagina entendre un faible bruit en provenance de la table &#8211;- quelle sorte de son cela pouvait difficilement s'expliquer. Il ne retourna pas la t&#234;te. Pourquoi l'aurait-il fait -&#8211; dans le noir ? Mais il &#233;coutait &#8211; pourquoi ne le ferait-il pas ? Et tout en &#233;coutant, il ressentit un l&#233;ger vertige et s'accrocha aux bras du fauteuil. Il se produisit un &#233;trange sifflement dans ses oreilles ; sa t&#234;te lui semblait exploser ; ses v&#234;tements lui semblaient comprimer encore plus sa poitrine. Il s'&#233;tonna de pourquoi il en &#233;tait ainsi, et si c'&#233;taient des sympt&#244;mes de la peur. Alors, dans une forte et longue expiration, sa poitrine lui sembla s'effondrer, et dans un grand sanglot qui remplit de nouveau ses poumons &#224; bout de souffle, et il comprit qu'il avait &#233;cout&#233; si intens&#233;ment qu'il en avait retenu sa respiration jusqu'&#224; la suffocation. Cette r&#233;v&#233;lation le vexa ; il se leva, repoussa la chaise de son pied et vint jusqu'au centre de la pi&#232;ce. Mais on ne fait pas un grand voyage dans une telle obscurit&#233; ; il commen&#231;a &#224; t&#226;tonner, et, trouvant le mur, le suivit jusqu'&#224; un angle, continua au long des deux fen&#234;tres, puis, dans l'autre angle, buta violemment contre la table de chevet, et la contourna. Cela fit un fracas qui l'effraya. Il en fut d&#233;&#231;u : &#171; Comment diable j'ai pu oublier o&#249; elle &#233;tait ? &#187; bredouilla-t-il, et il reprit son chemin &#224; t&#226;tons le long du troisi&#232;me mur jusqu'&#224; la chemin&#233;e. &#171; Je dois me faire une raison sur tout cela &#187;, dit-il, sondant le sol pour retrouver la bougie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ayant reprise, il l'alluma et instantan&#233;ment tourna ses yeux vers la table o&#249;, naturellement, rien ne s'&#233;tait d&#233;plac&#233; ni n'avait chang&#233;. La table de chevet &#233;tait renvers&#233;e sur le plancher : il avait oubli&#233; de la remettre sur pieds. Il regarda tout autour de lui dans la pi&#232;ce, dispersant l'&#233;paisseur de l'ombre en &#233;levant la bougie de sa main, et il revint &#224; la porte pour tester le verrou, en poussant et tournant de toute sa force. Qu'il n'y parvienne pas sembla lui donner certaine satisfaction ; et, ce faisant, il ne fit que le renforcer en le poussant plus fermement qu'il ne l'&#233;tait. Revenant &#224; la chaise, il regarda sa montre -&#8211; il &#233;tait 9h30. Avec un geste de surprise, il mit la montre contre son oreille. Elle ne s'&#233;tait pas arr&#234;t&#233;e. La bougie &#233;tait maintenant visiblement plus coure. Il l'&#233;teignit de nouveau, la pla&#231;ant sur le plancher pr&#232;s de lui comme auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M Jarette n'&#233;tait pas &#224; son aise ; il &#233;tait nettement insatisfait de son environnement, et s'en voulait d'&#234;tre ainsi. &#171; Qu'est-ce que j'ai &#224; craindre ? &#187; pensa-t-il. &#171; C'est ridicule et honteux ; je ne devrais pas &#234;tre imb&#233;cile comme &#231;a. &#187; Mais le courage ne vient pas en disant &#171; je serai courageux &#187;, m&#234;me en se convainquant qu'il le faudrait. Plus Jarette se condamnait lui-m&#234;me, plus il donnait de raison &#224; ce qu'il condamnait ; plus il &#233;bauchait de variations sur le simple th&#232;me de ce qu'il y avait d'inoffensif dans la mort, plus le d&#233;saccord avec ses &#233;motions devenait insupportable. &#171; Eh quoi, s'&#233;cria-t-il tout fort dans l'angoisse de son cr&#226;ne, quoi ! moi, qui n'ai pas une once de superstition dans ma nature &#8211;- moi, qui n'ai aucune croyance en l'immortalit&#233; &#8211;- moi, qui sais (et je ne l'ai jamais su plus clairement que maintenant) que la vie apr&#232;s la mort est un r&#234;ve ou un d&#233;sir &#8211;- est-ce que je vais perdre comme &#231;a mon pari, mon honneur, et tout respect de moi-m&#234;me, peut-&#234;tre ma raison, parce que certains de nos sauvages anc&#234;tres ont con&#231;u la monstrueuse notion que les morts marchent la nuit ? &#8211;- et que... &#187; Distinctement, immanquablement, M Jarette avait entendu derri&#232;re lui, souple et l&#233;ger, mais d&#233;lib&#233;r&#233;, r&#233;gulier, et s'approchant de plus en plus pr&#232;s, un bruit de pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peu avant l'aube, le lendemain matin, le Dr Helberson et son jeune ami Harper remontaient lentement les rues de North Beach dans le coup&#233; du docteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sentez-vous encore la confiance de la jeunesse dans le courage ou la solidit&#233; de votre ami ? demanda le vieux docteur. Croyez-vous que j'ai perdu ma mise ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je sais qu'il en est ainsi, r&#233;pondit-l'autre, avec un soup&#231;on d'emphase.
&lt;br /&gt;&#8212; Bon, sur mon &#226;me, je l'esp&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait dit avec s&#233;rieux, presque solennit&#233;. Un silence suivit pour quelques instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Harper, reprit le docteur, qui apparut de plus en plus s&#233;rieux &#224; chaque fois qu'une demi-lumi&#232;re entrait dans la voiture, quand ils passaient les r&#233;verb&#232;res, je ne me sens vraiment pas &#224; l'aise qu'on ait entrepris cette histoire. Si votre ami ne m'avait pas &#233;nerv&#233; de la mani&#232;re pr&#233;tentieuse par laquelle il avait ripost&#233; &#224; mon doute sur son endurance -&#8211; une qualit&#233; purement physique -&#8211; et par cette semi-incivilit&#233; par laquelle il avait consid&#233;r&#233; la profession des m&#233;decins, je ne me serais pas engag&#233; de cette fa&#231;on. S'il est arriv&#233; quoi que ce soit nous en sommes coupables, et j'ai bien peur qu'il en soit ainsi.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce qui aurait pu arriver ? M&#234;me si tout cela a pris un tour s&#233;rieux, ce qui ne m'effraierait pas plus, Mancher n'a qu'&#224; ressusciter lui-m&#234;me et expliquer comment. Avec un patient issu de la salle de dissection, ou un de vos derniers malades, cela pourrait &#234;tre diff&#233;rent... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Mancher avait &#233;t&#233; assez bon pour accomplir sa promesse &#8211;- le &#171; corps &#187;, c'&#233;tait lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Helberson resta silencieux pendant un long moment, pendant que la voiture, &#224; vitesse d'escargot, remontait la rue qu'ils avaient d&#233;j&#224; parcourue deux ou trois fois. Puis il reprit la parole :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bon, esp&#233;rons que Mancher, s'il est revenu de la mort, l'a fait discr&#232;tement. Une faute qui pourrait rendre les choses pires plut&#244;t que meilleures.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, dit Harper, Jarette serait de taille &#224; l'avoir tu&#233;. Mais, docteur &#8211;- et il regarda sa montre lorsque la voiture passa sous un r&#233;verb&#232;re &#8211;- il est enfin 4 heures, maintenant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un instant plus tard, il &#233;taient tous deux descendu du coup&#233; et marchaient avec vivacit&#233; vers cette maison abandonn&#233;e depuis longtemps, appartenant au docteur, et dans laquelle ils avaient emmur&#233; Jarette, selon les termes de leur pari insens&#233;. Alors qu'ils approchaient, ils crois&#232;rent un homme qui courait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous pouvez me dire, cria-t-il soudain, en ralentissant &#224; peine, o&#249; je peux trouver un m&#233;decin ? &lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi donc ? r&#233;torqua Henderson, impassible.
&lt;br /&gt;&#8212; Allez-y voir par vous-m&#234;mes &#187;, reprit l'homme, qui repartit en courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se h&#226;t&#232;rent d'autant. Arriv&#233;s &#224; la maison, ils virent plusieurs personnes y entrer, dans une agitation perceptible. Dans un des appartements de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, les fen&#234;tres &#233;taient ouvertes, et une profusion de t&#234;tes en d&#233;passait. Et tout ce monde posait des questions, aucun n'ayant de r&#233;ponse pour quiconque. Quelques-unes des fen&#234;tres aux volets clos &#233;taient &#233;clair&#233;es ; leurs occupants se pr&#233;paraient &#224; descendre. En face exactement de l'entr&#233;e de la maison o&#249; ils se rendaient, un r&#233;verb&#232;re &#233;clairait d'une lumi&#232;re mi&#232;vre et jaune le d&#233;cor, comme pour dire qu'il y avait bien plus &#224; voir si on le voulait. Harper s'arr&#234;ta &#224; la porte et posa la main sur le bras de son compagnon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas &#224; nous d'entrer, docteur, dit-il dans une agitation extr&#234;me, qui contrastait &#233;trangement avec sa mani&#232;re libre et facile de parler ; je jeu s'est retourn&#233; contre nous. N'y allons pas, restons en bas.
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis m&#233;decin, dit Helberson avec calme, il se peut qu'on ait besoin d'un m&#233;decin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils franchirent le seuil et se pr&#233;par&#232;rent &#224; entrer. La porte &#233;tait ouverte ; le r&#233;verb&#232;re d'en face &#233;clairait le couloir sur laquelle elle donnait. C'&#233;tait rempli d'hommes. Quelques-uns &#233;taient sur les premi&#232;res marches de l'escalier, et, h&#233;sitant &#224; s'engager plus, s'en remettaient au destin. Tous parlaient, personne n'&#233;coutait. Soudain, &#224; l'&#233;tage sup&#233;rieur, se produisit un grand bruit ; un homme s'en prenait &#224; la porte et tentait d'&#233;chapper &#224; ceux qui le retenaient. Se pr&#233;cipitant en bas au travers de la masse des spectateurs effray&#233;s, il les repoussa de c&#244;t&#233;, les &#233;crasant contre le mur d'un c&#244;t&#233;, les for&#231;ant &#224; passer la rampe de l'autre, les attrapant par la gorge, les frappant sauvagement, puis descendant jusqu'au rez-de-chauss&#233;e parmi leurs corps. Ses v&#234;tements &#233;taient en d&#233;sordre, il n'avait pas de chapeau. Ses yeux, hagards et sans repos, portaient quelque chose de plus terrifiant que son apparente force surhumaine. Son visage, ras&#233; de pr&#232;s, semblait vid&#233; de son sang, et ses cheveux blanchis comme la glace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la foule du rez-de-chauss&#233;e, moins contrainte par la place, s'&#233;cartait pour le laisser passer, Harper se jeta en avant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jarette ! Jarette ! &#187; cria-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Helberson attrapa Harper par le col et le tira en arri&#232;re. L'homme les d&#233;visagea sans sembler les voir et sauta dans la rue, descendant les marches d'une traite pour s'enfuir. Un volumineux policeman, qui s'&#233;tait avec peine fray&#233; son chemin vers le bas de l'escalier, le suivit un instant plus tard, tentant de le poursuivre, et toutes les t&#234;tes aux fen&#234;tres &#8211;- celles de femmes et d'enfants maintenant &#8211;- criant &#224; l'unisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escalier &#233;tant maintenant partiellement d&#233;gag&#233;, la plus grande partie de la foule s'&#233;tait pr&#233;cipit&#233;e dans la rue pour suivre la poursuite. Le Dr Helberson monta vers l'appartement, suivi par Harper. Sur le palier de l'&#233;tage, un agent leur bloqua le passage. &#171; Nous sommes m&#233;decins &#187;, dit le docteur, et ils pass&#232;rent. La pi&#232;ce &#233;tait remplie de gens qu'on distinguait &#224; peine, regroup&#233;s autour d'une table. Les nouveaux arrivants se fray&#232;rent chemin parmi eux et regard&#232;rent par-dessus les &#233;paules de ceux du premier rang. Sur la table, les membres inf&#233;rieurs couverts d'un drap, reposait le corps d'un homme, violemment &#233;clair&#233; par le hublot d'une lampe-temp&#234;te tenue par un policeman qui se tenait aux pieds. Les autres, hors ceux qui entouraient la t&#234;te &#8211;- et le commissaire lui-m&#234;me -&#8211; &#233;taient tous dans le noir. Le visage en haut du corps paraissait jaune, r&#233;pulsif, horrible. Les yeux &#233;taient partiellement ouverts et r&#233;vuls&#233;s, la m&#226;choire rel&#226;ch&#233;e ; des restes d'&#233;cume parsemaient les l&#232;vres, le menton, les joues. Un individu de haute taille, &#224; l'&#233;vidence un m&#233;decin, &#233;tait pench&#233; sur le corps, ses mains enfonc&#233;es sous la chemise. Il les retira et enfon&#231;a deux doigts dans la bouche ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cet homme est mort depuis au moins six heures, d&#233;clara-t-il, c'est une affaire pour la justice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sortit une carte de sa poche, la tendit au commissaire, et se dirigea vers la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;gagez-moi cette chambre. Dehors, tout le monde dehors ! &#187; cria le commissaire, et tout le monde disparut comme s'ils avaient &#233;t&#233; renvers&#233;s d'un geste, &#224; mesure que le faisceau de la lampe-temp&#234;te les balayait tous &#224; la suite les uns des autres. L'effet &#233;tait incroyable ! Les gens, aveugl&#233;s, ind&#233;cis, et surtout terrifi&#233;s, se pr&#233;cipit&#232;rent en d&#233;sordre vers la porte, se bousculant les uns les autres, passant l'un devant ou par-dessus l'autre dans leur fuite, comme les astres de la Nuit quand paraissent les rayons d'Apollon. Et sur cette masse en reflux, l'agent braquait sa lampe sans piti&#233; et sans arr&#234;t. Pris dans le flux, Helberson et Harper furent jet&#233;s hors de la pi&#232;ce et durent eux aussi d&#233;valer les escaliers jusqu'&#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nom de dieu, docteur, est-ce que je ne vous avais pas dit que Jarette le tuerait ? dit Harper, d&#232;s qu'ils se retrouv&#232;rent hors de la foule.
&lt;br /&gt;&#8212; Je sais que vous l'avez dit &#187;, r&#233;pondit l'autre, sans &#233;motion apparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils march&#232;rent en silence, rue apr&#232;s rue. L&#224;-bas, &#224; l'est maintenant gris, on devinait la silhouette des collines. La voiture du laitier, si famili&#232;re, avait commenc&#233; sa tourn&#233;e ; le boulanger ferait bient&#244;t partie du d&#233;cor, la voiture avec les journaux devait d&#233;j&#224; &#234;tre sur les routes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui me frappe, mon jeune ami, dit le docteur, c'est que vous et lui semblez avoir un peu trop pris l'air du matin derni&#232;rement. C'est malsain ; nous avons besoin de changement. Que diriez-vous d'un voyage en Europe ?
&lt;br /&gt;&#8212; Quand ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne sais pas vraiment. Je suppose que 4 heures cet apr&#232;s-midi conviendrait parfaitement.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vous retrouve &#224; l'embarcad&#232;re &#187;, r&#233;pondit Harper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ans apr&#232;s cela, les deux hommes &#233;taient assis sur un banc &#224; Madison Square, New York, continuant une conversation famili&#232;re. Un autre homme, qui les observait depuis un moment, sans se faire remarquer, les approcha puis, enlevant courtoisement son chapeau d'un cr&#226;ne aux cheveux blanchis comme la glace, leur demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous demande pardon, messieurs, mais quand vous avez tu&#233; un homme en revenant &#224; la vie, c'est mieux de changer d'habits avec lui, et, &#224; la premi&#232;re opportunit&#233;, de reprendre sa libert&#233;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Helberson et Harper &#233;chang&#232;rent un regard significatif. D'&#233;vidence, cela les amusait. Le premier regarda amicalement l'&#233;tranger dans les yeux, et r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela a toujours &#233;t&#233; mon plan. J'acquiesce enti&#232;rement &#224; votre point de vue et ses cons&#233;quences... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;ta soudain, se leva, bl&#234;mit. Il regardait l'homme, la bouche ouverte ; visiblement, il tremblait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah ! dit l'&#233;tranger, je crois que vous souffrez d'un malaise, docteur. Si vous ne pouvez pas le soigner vous-m&#234;me, le Dr Harper pourra vous y aider, j'en suis s&#251;r...
&lt;br /&gt;&#8212; Qui &#234;tes-vous, de par le diable ? &#187; demanda Harper, avec brusquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tranger se rapprocha et, se penchant sur eux, dit dans un chuchotement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'appelle parfois Jarette, mais, au nom de notre vieille amiti&#233;, je n'ai nulle crainte &#224; m'avouer comme le Dr William Mancher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;v&#233;lation remit Harper sur ses pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mancher ! s'&#233;cria-t-il, et Helberson d'ajouter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait donc vrai, mon dieu...
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, dit l'&#233;tranger en souriant vaguement, c'est vrai, pour le moins vrai, aucun doute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il h&#233;sita, semblant se souvenir de quelque chose, puis commen&#231;a &#224; chantonner air populaire. Apparemment, il avait oubli&#233; leur pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regardez-moi, Mancher, dit le plus vieux des deux, et dites-nous juste ce qui c'est pass&#233; cette nuit -&#8211; pour Jarette, vous savez...
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, bien s&#251;r, pour Jarette, dit l'autre. C'est bizarre que j'aie n&#233;glig&#233; de vous le raconter. Je l'ai racont&#233; si souvent. Vous voyez, j'ai vite compris, &#224; l'entendre se parler &#224; lui-m&#234;me, qu'il &#233;tait au bout de sa peur. Alors je n'ai pas r&#233;sist&#233; &#224; la tentation de jouer au revenant et de me moquer un peu de lui -&#8211; et c'est ce &#224; quoi je n'ai pu r&#233;ussir. Tout se passait bien, sauf que certainement je n'aurais jamais pens&#233; qu'il prendrait &#231;a avec un tel s&#233;rieux ; vraiment, je ne le pensais pas. Et apr&#232;s coup &#8211;- parce que &#231;a a &#233;t&#233; un rude boulot de changer de place avec lui, et en plus -&#8211; fichu vous ! pour un peu vous m'emp&#234;chiez de partir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne pourrait exprimer la f&#233;rocit&#233; avec laquelle il dit ces derniers mots. Les deux hommes recul&#232;rent, effray&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ? Pourquoi, pourquoi, b&#233;gaya Helberson, perdant tout contr&#244;le de lui-m&#234;me, on n'avait rien &#224; voir avec...
&lt;br /&gt;&#8212; N'avais-je pas dit que vous &#233;tiez le Dr Fils de l'enfer, et Harper plut&#244;t Sharper le fut&#233; ? demanda l'homme en riant.
&lt;br /&gt;&#8212; Mon nom c'est Helberson, oui ; et ce monsieur est bien M Harper, reprit le premier, rassur&#233; par le rire. Mais nous ne sommes plus m&#233;decins, maintenant &#8211;- c'est comme &#231;a, l'ami, nous vivons du jeu... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'&#233;tait la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une excellente profession -&#8211; excellente, bien s&#251;r ; et j'esp&#232;re que Harper le fut&#233; a &#233;t&#233; pay&#233; sur l'argent de Jarette comme un honn&#234;te parieur. Une tr&#232;s belle et honorable profession, r&#233;p&#233;ta-t-il, s'&#233;loignant par pr&#233;caution. Moi, je m'en tiens &#224; l'ancien. Je suis le m&#233;decin principal de l'asile de Bloomingdale. C'est moi qui soigne le superintendant. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>Ambrose Bierce | Huile de chien</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4064</link>
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		<dc:date>2022-02-07T13:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Bierce, Ambrose</dc:subject>
		<dc:subject>Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;avec &#171; Le club des parenticides &#187;, le fait d'armes d'Ambrose Bierce dans la litt&#233;rature de l'absurde&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique149" rel="directory"&gt;autour de Lovecraft : Bierce, Dunsany &amp; Co&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot885" rel="tag"&gt;Bierce, Ambrose&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot964" rel="tag"&gt;Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4064.jpg?1417466376' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/w5HkK1I49uM?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;couvrir Ambrose Bierce ? Ses &lt;i&gt;Histoires de fant&#244;mes&lt;/i&gt; plus les 4 nouvelles du &lt;i&gt;Club des parenticides&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/les-grands-singuliers/ambrose-bierce-histoires-de-fantmes-suivi-du-club-des-parenticides&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une exclusivit&#233; Tiers Livre Editeur&lt;/a&gt;.&lt;h2&gt;Ambrose Bierce, le fantastique jusqu'&#224; l'absurde&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Traduire est une activit&#233; formidable : tout le travail a &#233;t&#233; fait par l'autre, du moins le plus excessif, le plus irr&#233;ductible &#8211; l'&#233;criture. On peut &#234;tre contraint &#224; un processus similaire pour &#233;tablir le m&#234;me texte dans sa nouvelle langue : je ne me vois pas en traducteur de Pynchon. Traduire Lovecraft est pour moi un rendez-vous qui se pr&#233;pare longtemps &#224; l'avance, et demande qu'on ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Ambrose Bierce, que r&#233;v&#233;raient Lovecraft et es pairs, la langue est parfaitement tendue, emprunte au vocabulaire du droit, de la m&#233;decine, aux techniques du journalisme aussi, et ici, dans &lt;i&gt;Le club des parenticides&lt;/i&gt; &#224; la langue juridique pour rendre encore plus imparable la fiction. Traduire alors est une sorte de repli mental, qui vous redonne des forces, un temps auquel on peut revenir &#224; l'envi chaque fois pendant une ou quelques heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que ce dernier mois j'ai traduit ces merveilleuses histoires de maisons hant&#233;es, revenants et apparitions, de soldats morts et pas morts, de ses &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4054' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Histoires de fant&#244;mes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir d&#233;couvert un homme, mais juste le d&#233;but de ses secrets. Une oeuvre &#233;norme et tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est un ma&#238;tre de la fiction, qu'il faut rendre disponible (y compris son autobiographie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai choisi, pour ne pas me priver de ce temps de bonheur &#224; le traduire &#8211; respecter cette phrase abstraite et juridique, mais qui donne avec une pr&#233;cision incroyable les ambiances de cette Am&#233;rique toute jeune et provinciale &#8211; un autre de ses recueils les plus fameux : voici &lt;em&gt;Le club des parricides&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre histoires, &#233;crites entre 1909 et 1912 &#8211; deux longues, deux br&#232;ves, de quoi b&#226;tir un beau livre num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'inqui&#233;tude, avec les ma&#238;tres on peut aller en confiance, m&#234;me si le d&#233;but des histoires peut faire fr&#233;mir de d&#233;go&#251;t : &#231;a fait partie du job, et &#231;a rebondit vite. Le rire aussi fait partie de l'arsenal des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la r&#233;compense du traducteur c'est de d&#233;couvrir combien cela peut tenir &#224; un seul mot. Prouesses virtuoses, on n'a qu'&#224; suivre, c'est comme d'assister &#224; un concert backstage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste, sous le fantastique, un myst&#232;re : &#224; quelques minces ann&#233;es de l&#224;, mais de l'autre c&#244;t&#233; de la Terre, quelques Russes li&#233;s au mouvement qu'on a nomm&#233; le &#171; futurisme &#187; feront entrer l'absurde en litt&#233;rature. Ils ne connaissaient pas Bierce, il ne les conna&#238;tra pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;a id=&#034;sommaire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais celui qui a invent&#233; l'absurde comme ressort de la fiction, c'est bien &#224; lui l'ant&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon voyage dans &lt;i&gt;Huile de chien&lt;/i&gt;, la plus br&#232;ve et la plus &lt;i&gt;weird&lt;/i&gt; &#8211; les trois autres nouvelles, &lt;i&gt;L'incendie imparfait&lt;/a&gt;, les deux autres nouvelles&lt;/i&gt; dans le livre num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; lire aussi sur Tiers Livre : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4202' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La fen&#234;tre clou&#233;e&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4244' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seul avec le mort&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Ambrose Bierce | Huile de chien&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Mon nom est Boffer Bings. Je suis n&#233; de parents honn&#234;tes, dans une des plus humbles positions de la vie sociale, mon p&#232;re &#233;tant fabricant d'huile de chien, et ma m&#232;re ayant un cabinet dans un petit appartement &#224; l'ombre de l'&#233;glise du village, o&#249; elle &#233;liminait les enfants non souhait&#233;s. D&#232;s l'enfance j'appris les techniques de leurs deux industries ; non seulement j'aidais mon p&#232;re &#224; se procurer des chiens pour ses cuves, mais ma m&#232;re requ&#233;rait fr&#233;quemment mes services pour &#233;vacuer les vestiges de l'activit&#233; de son cabinet. En accomplissant mon devoir, j'avais parfois besoin de toutes mes ressources, tant les hommes de loi du voisinage &#233;taient oppos&#233;s au m&#233;tier de ma m&#232;re. Ils n'avaient pas &#233;t&#233; &#233;lus pour y mettre un terme, et ce n'avait jamais &#233;t&#233; une question politique, mais il en &#233;tait ainsi. L'activit&#233; de mon p&#232;re, fabriquer de l'huile de chien, &#233;tait bien s&#251;r moins impopulaire, m&#234;me si les propri&#233;taires de chiens disparus le regardaient avec une suspicion qui, parfois, d&#233;bordait sur moi. Mon p&#232;re avait pour soutien silencieux tous les m&#233;decins de la ville, lesquels &#233;tablissaient rarement une ordonnance qui ne prescrivait pas ce qu'ils avaient l'habitude de d&#233;signer par Ol. Can. C'est vraiment le meilleur des m&#233;dicaments jamais d&#233;couverts. Mais la plupart des gens rechignent &#224; effectuer un sacrifice personnel pour les afflig&#233;s et il &#233;tait de notori&#233;t&#233; publique qu'on interdisait aux chiens les plus gras de la ville de jouer avec moi &#8211; une mesure qui peinait ma jeune sensibilit&#233; et qui pendant certaine p&#233;riode me poussa &#224; des actes relevant presque de la piraterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; consid&#233;rer ce lointain pass&#233;, je ne peux que regretter, par moments, qu'en contribuant indirectement &#224; la mort de mes chers parents je fusse l'auteur de d&#233;sagr&#233;ments qui affect&#232;rent profond&#233;ment mon avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, en traversant l'huilerie de mon p&#232;re avec le corps d'un enfant non souhait&#233;, dont j'avais &#224; d&#233;barrasser le cabinet de ma m&#232;re, je d&#233;couvris un sergent de la police qui semblait surveiller mes faits et gestes de pr&#232;s. Si jeune que je fusse, j'avais appris combien les comportements r&#233;pr&#233;hensibles conditionnent la mise en alerte d'un sergent de la police, m&#234;me sous une apparence banale, et je me d&#233;robai &#224; ses regards en me r&#233;fugiant dans l'huilerie par une porte d&#233;rob&#233;e dont je savais l'existence et que je verrouillai soigneusement derri&#232;re moi, me retrouvant seul avec mon petit cadavre. Mon p&#232;re avait ferm&#233; pour la nuit. La seule lumi&#232;re dans l'atelier venait du four, qui &#233;clairait d'une lueur cramoisie, riche et profonde, le dessous d'une des cuves, projetant ses reflets rougeoyants sur les murs. L'int&#233;rieur du chaudron bouillait tranquillement, laissant occasionnellement remonter &#224; la surface un morceau de chien. M'asseyant pour attendre que l'agent ait disparu, je tenais le corps nu de l'enfant non souhait&#233; sur mes genoux et caressai tendrement ses courts et lisses cheveux. Oh, comme il &#233;tait beau ! M&#234;me dans ce tout jeune &#226;ge les enfants m'&#233;mouvaient particuli&#232;rement, et regardant ce ch&#233;rubin je pouvais presque sentir mon c&#339;ur esp&#233;rer que la minuscule blessure rouge de sa poitrine &#8211; le travail de ma m&#232;re ch&#233;rie &#8211; n'ait pas &#233;t&#233; mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon habitude d'ordinaire &#233;tait d'aller jeter les b&#233;b&#233;s &#224; la rivi&#232;re dont la nature nous avait judicieusement pourvus &#224; cet effet, mais cette nuit je n'osai pas quitter l'huilerie, par peur du sergent. &#171; Apr&#232;s tout, je me dis &#224; moi-m&#234;me, &#231;a ne peut pas changer grand-chose si je le d&#233;pose dans cette cuve. Mon p&#232;re ne reconna&#238;tra jamais les os comme &#233;tant ceux d'un b&#233;b&#233;, et les quelques d&#233;c&#232;s qui pourraient r&#233;sulter de l'administration d'une huile d'une esp&#232;ce l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente de l'incomparable Ol. Can sera chose parfaitement secondaire dans une population qui cro&#238;t si rapidement. &#187; En bref, je commis le premier pas dans le crime et me condamnai moi-m&#234;me &#224; un chagrin sans fin en d&#233;posant le b&#233;b&#233; dans le chaudron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, &#224; ma grande surprise, mon p&#232;re se frottait les mains de satisfaction, et m'informa &#8211; ainsi que ma m&#232;re &#8211; qu'il venait d'obtenir la plus parfaite qualit&#233; d'huile qui se pouvait imaginer ; que les m&#233;decins &#224; qui il en avait remis des &#233;chantillons l'avaient confirm&#233;. Il ajouta qu'il n'avait aucune connaissance de comment ce r&#233;sultat s'&#233;tait produit ; les chiens avaient &#233;t&#233; trait&#233;s selon la proc&#233;dure habituelle, et &#233;taient d'esp&#232;ce ordinaire. Je consid&#233;rai de mon devoir de le lui expliquer &#8211; quoique j'eusse pr&#233;f&#233;r&#233; que ma langue en reste paralys&#233;e si j'avais pu en entrevoir les cons&#233;quences. D&#233;plorant leur ignorance jusqu'alors des avantages de r&#233;unir leurs industries, mes parents prirent de suite les mesures pour r&#233;parer leur erreur. Ma m&#232;re d&#233;m&#233;nagea son cabinet dans une aile du b&#226;timent de l'huilerie et, pour ce qui concernait son activit&#233;, ma t&#226;che s'arr&#234;ta : on n'avait plus besoin de moi pour &#233;liminer les corps des jeunes superflus, et il n'y avait plus besoin d'attirer les chiens &#224; leur perte, puisque mon p&#232;re se passait d'eux d&#233;sormais, m&#234;me s'ils continuaient de tenir la place officielle dans l'appellation de notre huile. Jet&#233; si soudain dans la paresse, on aurait pu s'attendre &#224; ce que je devienne vicieux ou dissolu, mais non. La sainte influence de ma m&#232;re ch&#233;rie &#233;tait sur moi pour me prot&#233;ger des tentations qui assaillent la jeunesse, et mon p&#232;re &#233;tait diacre dans une &#233;glise. H&#233;las, ce fut de ma faute que de si estimables personnes connussent une fin si triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouvant double profit &#224; leurs affaires, ma m&#232;re se d&#233;voua &#224; sa t&#226;che avec une assiduit&#233; neuve. Elle ne se consacrait pas seulement &#224; traiter des enfants superflus ou non voulus, mais prit d'autres chemins, acceptant des enfants bien plus grands et m&#234;me presque adultes, pourvu qu'ils entrent dans l'huilerie. Mon p&#232;re, enthousiasm&#233; par la qualit&#233; sup&#233;rieure de l'huile d&#233;sormais, pourvoyait ses cuves avec z&#232;le et diligence. La conversion de leurs cong&#233;n&#232;res et voisins en huile de chien devint, en gros, la passion de leurs vies &#8211; une cupidit&#233; absorbante et submergeante prit possession de leurs esprits et rempla&#231;a leur confiance dans le Ciel &#8211; qui jusqu'ici les inspirait tout aussi bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entreprenants comme ils l'&#233;taient devenus, on convoqua une r&#233;union publique o&#249; des r&#233;solutions s&#233;v&#232;res furent prises &#224; leur encontre. Le meneur intima que tout nouveau raid sur la population serait accueilli avec hostilit&#233;. Mes pauvres parents quitt&#232;rent la r&#233;union d&#233;sesp&#233;r&#233;s et le c&#339;ur bris&#233; plus, je crois, bien affect&#233;s mentalement. En cons&#233;quence de quoi je trouvais prudent de ne pas rentrer &#224; l'huilerie avec eux, mais de passer cette nuit dans une &#233;table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers minuit, une intuition myst&#233;rieuse me fit me lever et venir observer par une fen&#234;tre la salle du fourneau, o&#249; dormait d&#233;sormais mon p&#232;re. Les feux avaient &#233;t&#233; pouss&#233;s comme si on s'attendait pour le lendemain &#224; une moisson abondante. Un des larges chaudrons grondait sourdement, avec l'impression myst&#233;rieuse de se contenir, comme s'il se r&#233;servait pour d&#233;ployer sa pleine &#233;nergie. Mon p&#232;re n'&#233;tait pas couch&#233; ; il s'&#233;tait lev&#233; en chemise de nuit, et pr&#233;parait un n&#339;ud dans une forte corde. Aux regards qu'il lan&#231;ait &#224; la porte de la chambre de ma m&#232;re, je sus aussit&#244;t le projet qu'il avait en t&#234;te. Sans voix et paralys&#233; de terreur, je ne pus rien faire pour l'emp&#234;cher ou le pr&#233;venir. Et soudain la porte du cabinet de ma m&#232;re s'ouvrit sans bruit, et les deux se retrouv&#232;rent face &#224; face, avec apparemment la m&#234;me surprise. Elle aussi &#233;tait en chemise de nuit et dans la main droite elle tenait son instrument de travail, son poignard &#224; la lame longue et effil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aussi avait &#233;t&#233; incapable de se refuser un tout dernier profit, l&#224; o&#249; l'inamicale action des citoyens et mon absence l'avaient pouss&#233;e. Pendant un instant ils se regard&#232;rent droit dans leurs yeux &#233;carquill&#233;s, puis se jet&#232;rent l'un sur l'autre dans une indescriptible furie. Tout autour de la pi&#232;ce, l'homme maudissant, la femme criant, tous deux luttant comme des d&#233;mons &#8211; elle pour le frapper de sa lame, lui pour l'&#233;trangler de ses grosses mains nues. Je ne sais combien dura le malheur que j'eus d'&#234;tre spectateur d'une d&#233;composition aussi affligeante de leur bonheur domestique mais, &#224; la fin, apr&#232;s un affrontement encore plus vigoureux, les combattants se s&#233;par&#232;rent brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arme de ma m&#232;re, plant&#233;e dans la poitrine de mon p&#232;re, prouvait &#224; l'&#233;vidence leur mise en contact. Pendant un instant ils se regard&#232;rent &#224; nouveau de la fa&#231;on la plus inamicale ; et puis mon pauvre p&#232;re, bless&#233; et sentant sur lui la main de la mort, se pr&#233;cipita en avant et, surmontant sa r&#233;sistance, il agrippa ma m&#232;re dans ses bras, la tira jusqu'au bord du chaudron bouillant, puis rassemblant ce qui lui restait d'&#233;nergie s'y jeta avec elle. En un instant les deux y eurent disparu, ajoutant leur huile &#224; celle qui avait provoqu&#233; la veille cette r&#233;union du comit&#233; des citoyens et la r&#233;union publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convaincu que ces &#233;l&#233;ments malheureux mettraient un terme &#224; toutes mes tentatives d'une carri&#232;re honorable dans cette cit&#233;, je d&#233;m&#233;nageai dans la fameuse ville d'Ottumwee, o&#249; j'&#233;cris ce m&#233;moire le c&#339;ur plein de remords pour un geste &#233;tourdi ayant entra&#238;n&#233; un aussi lugubre d&#233;sastre commercial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ambrose Bierce | le&#231;ons pour faire dispara&#238;tre les gens</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4054</link>
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		<dc:date>2020-12-19T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>
		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon, traducteur</dc:subject>
		<dc:subject>Bierce, Ambrose</dc:subject>
		<dc:subject>Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Histoires de fant&#244;mes &#187; : un grand auteur am&#233;ricain que la langue fran&#231;aise a trop peu accueilli...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique149" rel="directory"&gt;autour de Lovecraft : Bierce, Dunsany &amp; Co&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot757" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon, traducteur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot885" rel="tag"&gt;Bierce, Ambrose&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot964" rel="tag"&gt;Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications&lt;/a&gt;

		</description>


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&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Comment un auteur comme Ambrose Bierce a pu passer &#224; ce point entre les mailles de la traduction en langue fran&#231;aise, hors son &lt;i&gt;Dictionnaire du diable&lt;/i&gt; et 2 ensembles traduits par Jacques Papy, le premier traducteur de Lovecraft (comme par hasard), bien difficiles &#224; trouver maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il ne s'agit pas seulement d'un des ma&#238;tres de ce fantastique am&#233;ricain sans lequel il n'y aurait rien eu de la science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui donne &#224; Ambrose Bierce sa dimension, c'est sa phrase. Tendue, abstraite. Presque rien de paysage ni de mat&#233;riel, psychologie encore moins. Mais comme un tr&#232;s sec compte rendu d'autopsie ou rapport policier &#8211; il construit d&#233;lib&#233;r&#233;ment ainsi les images fulgurantes et puissantes qui &#233;mergent l'une apr&#232;s l'autre de sa phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce d&#251; &#224; l'&#233;tranget&#233; de sa vie, jusqu'&#224; sa disparition en 1914, &#224; 71 ans, en exp&#233;dition chez les rebelles du Mexique ? Mais la r&#233;ticence fran&#231;aise qui le qualifie d'&lt;i&gt;&#233;crivain &#034;et&#034; journaliste&lt;/i&gt; comme si c'&#233;tait un crime, n'est-ce pas pr&#233;cis&#233;ment cette force particuli&#232;re de ces r&#233;cits pr&#233;sent&#233;s comme des enqu&#234;tes r&#233;elles, et qui vous projettent dans le surnaturel sans qu'on puisse rien remettre en cause ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Explication compl&#233;mentaire : lui-m&#234;me t&#233;moin impliqu&#233; de la guerre civile, l'ouest am&#233;ricain, ses hameaux et villes perdues, ses errants et ses solitaires, est le mat&#233;riau m&#234;me de sa fiction. Ce qui pouvait d&#233;ranger ou effrayer les traducteurs d'il y a 50 ans, est-ce que ce n'est pas justement ce qui nous le rend si troublant et fascinant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 18 r&#233;cits de ses &lt;i&gt;Histoires de fant&#244;mes&lt;/i&gt; (1899), chacun tenu dans l'espace serr&#233; de 5 ou 7 pages, nous les reconnaissons comme n&#244;tres : apparition des mourants et revenants vengeurs, sinistres maisons dans le coeur ordinaire de la ville et autres terreurs populaires, ce sont presque les m&#234;mes que les n&#244;tres, ou que l'Ankou breton des &lt;i&gt;L&#233;gendes de la mort&lt;/i&gt; d'Anatole Le Braz. Pas d'exotisme chez les fant&#244;mes, rien que la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fant&#244;mes qui surgissent sur les routes de campagne ou en pleine ville, puis explorations de maisons hant&#233;es, ou &#233;pisodes singuliers et occultes de la guerre civile, enfin une incursion dans les disparitions non &#233;lucid&#233;es, chaque r&#233;cit d'Ambrose Bierce est un monde &#224; lui seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;br class='autobr' /&gt; - &#224; lire aussi sur Tiers Livre : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4202' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La fen&#234;tre clou&#233;e&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4244' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seul avec le mort&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;sommaire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Ambrose Bierce | Histoires de fant&#244;mes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#intro&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Avertissement de l'auteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; la rencontre des fant&#244;mes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#1&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Une pendaison&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#2&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Un salut glacial&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#3&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Message sans fil&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#4&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Une arrestation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoires de soldats&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#5&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;L'homme aux deux vies&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#6&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Trois et un font un&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#7&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Une embuscade d&#233;jou&#233;e&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#8&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ex&#233;cution de deux militaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques maisons hant&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#9&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;L'&#238;le aux pins&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#10&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Une mission pour rien&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#11&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La maison &#224; la vigne vierge&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#12&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Veille chez le vieil Eckert&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#13&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La maison aux apparitions&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#14&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Les autres locataires&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#15&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ce qui s'est pass&#233; &#224; Nolan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Disparitions non &#233;lucid&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#16&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La difficult&#233; de traverser un champ&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#17&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La course interrompue&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#18&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La trace de Charles Ashmore&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#19&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La science devant les faits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&#192; la rencontre des fant&#244;mes (avertissement de l'auteur)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ma relation particuli&#232;re &#224; l'auteur des r&#233;cits qui vont suivre est telle que je dois demander au lecteur de passer outre &#224; l'absence d'explication quant &#224; comment ils sont venus en ma possession. En outre, j'en sais si peu sur lui que je ne puis m&#234;me pas pas pr&#233;tendre qu'il soit lui-m&#234;me persuad&#233; de la v&#233;rit&#233; de ce dont il nous fait part ; de telles enqu&#234;tes, dont j'ai pens&#233; qu'elles m&#233;ritaient d'&#234;tre imprim&#233;es, ne semblent pas avoir &#233;t&#233; corrobor&#233;es pour obtenir confirmation de ce dont il est fait &#233;tat. Aussi bien son style, pour l'essentiel d&#233;pourvu d'art et d'artifice, s'en tenant au plus simple et direct, semble difficilement compatible avec la distinction qui r&#233;sulterait d'une intention litt&#233;raire plus marqu&#233;e, et t&#233;moignerait alors des mani&#232;res de quelqu'un nettement plus concern&#233; par l'objet de sa recherche que d'en fleurir l'expression. En transcrivant ses notes et renfor&#231;ant ce qu'elles r&#233;clament d'attention en leur donnant un semblant d'ordre, je me suis consciencieusement retenu d'y ajouter ces petits ornements de la diction qui l'embellissent, comme je me serais senti capable d'y proc&#233;der &#8211; ce qui non seulement aurait &#233;t&#233; impertinent, m&#234;me si plaisant, mais m'aurait demand&#233; une implication plus forte dans ce travail, ce que je n'oserais pr&#233;tendre ni dont j'ai dispos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.B.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Une pendaison&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ses voisins suspectaient un vieil homme nomm&#233; Daniel Baker, qui vivait pr&#232;s de Lebanon, dans l'Iowa, d'avoir assassin&#233; un colporteur, auquel il avait donn&#233; la permission de passer la nuit chez lui. C'&#233;tait en 1853, quand il y avait dans l'Ouest beaucoup plus de colporteurs que maintenant, et que le m&#233;tier comportait de consid&#233;rables dangers. Le colporteur traversait le pays avec son baluchon par toutes sortes de routes solitaires, et &#233;tait contraint de se fier aux paysans pour l'hospitalit&#233;. Cela le mettait en contact avec d'&#233;tranges personnages, dont certains peu scrupuleux quant aux m&#233;thodes pour gagner leur vie, le meurtre &#233;tant un des moyens consid&#233;r&#233;s acceptables &#224; cette fin. Il arrivait parfois qu'on puisse reconstituer la trace d'un colporteur au baluchon devenu l&#233;ger mais la bourse &#224; peu pr&#232;s remplie jusqu'au puits solitaire de quelque personnage mal d&#233;grossi, et plus rien au-del&#224;. Il en fut ainsi dans l'affaire du &#171; vieux Baker &#187;, comme on l'appelait en g&#233;n&#233;ral. (On nommait seulement ainsi dans les colonies de l'Ouest les paysans &#226;g&#233;s pour lesquels on avait peu d'estime ; le d&#233;dain social et le discr&#233;dit qu'on y attache &#233;tant commod&#233;ment masqu&#233;s par l'assignation de l'&#226;ge.) Un colporteur &#233;tait arriv&#233; &#224; sa maison et n'en &#233;tait jamais reparti, c'est tout ce qu'on en savait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ans plus tard, le r&#233;v&#233;rend Cummings, un pasteur baptiste bien connu dans cette part du pays, s'arr&#234;ta un soir &#224; la ferme de Baker. Il ne faisait pas vraiment noir : il y avait un peu de lune sur le l&#233;ger voile de brume qui recouvrait la terre. Le pasteur Cummings, qui de tout temps fut un joyeux personnage, sifflait une chanson, s'interrompant seulement pour lancer quelques mots d'encouragement amical &#224; son cheval. Alors qu'il arrivait &#224; un petit pont sur un ravin &#224; sec, il aper&#231;ut la silhouette d'un homme arr&#234;t&#233; l&#224;, qui se d&#233;tachait clairement sur l'arri&#232;re-fond gris de la for&#234;t brumeuse. L'homme avait quelque chose d'harnach&#233; sur son dos et tenait un lourd b&#226;ton &#8211; &#224; l'&#233;vidence un colporteur itin&#233;rant. Sa posture &#233;voquait quelque chose d'abstrait, comme celle d'un somnambule. Quand il arriva devant lui, le pasteur Cummings retint ses r&#234;nes, lui adressa un salut cordial et lui proposa de s'asseoir dans son v&#233;hicule &#8211; &#171; si vous allez dans ma direction &#187;, ajouta-t-il. L'homme releva le visage, le regarda dans les yeux, mais ni ne r&#233;pondit ni ne fit d'autre mouvement. Le pasteur, avec l'obstination de son bon naturel, r&#233;p&#233;ta son invitation. &#192; cela, l'homme pointa sa main droite en avant de son de c&#244;t&#233; et montra quelque chose vers le bas, alors qu'il se tenait sur l'extr&#234;me rebord du pont. Le pasteur Cummings regarda derri&#232;re lui, scruta le ravin, ne vit rien d'inhabituel et se retourna vers l'homme de nouveau. Il avait disparu. Le cheval, qui pendant tout ce temps s'&#233;tait montr&#233; inhabituellement agit&#233;, &#233;mit un hennissement de terreur et commen&#231;a de galoper. Avant qu'il ait repris le contr&#244;le de l'animal, le pasteur &#233;tait au sommet de la colline, &#224; trois cents m&#232;tres de l&#224;. Il se retourna et vit de nouveau la silhouette, &#224; la m&#234;me place et dans la m&#234;me posture qu'il l'avait d'abord observ&#233;e. Alors pour la premi&#232;re fois il fut conscient d'une impression de surnaturel et rentra chez lui aussi vite que son cheval le voulut bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois chez lui, il raconta son aventure &#224; sa famille, et t&#244;t le lendemain, accompagn&#233; par deux voisins, John White Corwell et Abner Raiser, il revient sur les lieux. Ils trouv&#232;rent le corps du vieux Baker pendu par le cou &#224; une des vo&#251;tes du pont, exactement sous l'endroit o&#249; se tenait l'apparition. Une &#233;paisse couche de poussi&#232;re, rendue l&#233;g&#232;rement humide par le brouillard, recouvrait le parapet du pont, mais les seules traces de pas &#233;taient celles du cheval du pasteur Cummings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;tachant le corps, les trois hommes dispers&#232;rent la terre molle et friable du talus, mettant &#224; jour des os humains d&#233;j&#224; presque &#224; d&#233;couvert par l'action de l'eau et du gel. On les reconnut pour &#234;tre ceux du colporteur disparu. &#192; la double enqu&#234;te du coroner, le jury d&#233;clara que Daniel Baker &#233;tait mort de sa propre main, souffrant d'incapacit&#233; mentale temporaire, et que Samuel Moritz avait &#233;t&#233; tu&#233; par une ou plusieurs personnes inconnues du jury.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Un salut glacial&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est une histoire que racontait le d&#233;funt Benson Foley de San Francisco :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors de l'&#233;t&#233; 1881, je rencontrai un homme nomm&#233; James H. Conway, domicili&#233; &#224; Franklin, Tennesse. Il s&#233;journait &#224; San Francisco pour sa sant&#233;, o&#249; on le lui avait fait croire, et m'apporta une lettre d'introduction de Lawrence Barting. J'avais connu Barting alors qu'il &#233;tait capitaine de l'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale pendant la guerre civile. Quand ce fut termin&#233;, il s'installa &#224; Franklin et devint avec le temps, j'avais raison de le penser, un &#233;minent avocat. Barting m'avait toujours sembl&#233; un homme franc et honorable, et la chaude amiti&#233; qu'il &#233;voquait dans sa lettre pour M. Conway &#233;tait pour moi une preuve suffisante que ce dernier &#233;tait tout &#224; fait digne de mon estime et confiance. En d&#238;nant, un soir, Conway me dit qu'il avait &#233;t&#233; solennellement convenu entre lui et Barting que le premier qui mourrait devrait, si possible, communiquer avec le survivant depuis l'autre c&#244;t&#233; de la tombe, de la fa&#231;on la plus reconnaissable &#8211; ainsi qu'il en serait d&#233;cid&#233;, avaient-ils sp&#233;cifi&#233; (sagement, me semblait-il) par le d&#233;funt, selon les opportunit&#233;s que ces circonstances involontaires pouvaient lui offrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelques semaines apr&#232;s la conversation o&#249; Conway m'avait parl&#233; de cet arrangement, je le rencontrai marchant lentement le long de Montgomery Street, et plong&#233; apparemment, j'en jugeais &#224; son air, dans des pens&#233;es profondes. Il m'accueillit froidement, avec &#224; peine un salut de la t&#234;te et s'en fut son chemin, me laissant debout sur le trottoir, la main demi tendue, surpris et naturellement quelque peu vex&#233;. Je le revis le lendemain, et le jugeant capable de r&#233;p&#233;ter la d&#233;sagr&#233;able prouesse de la veille, le coin&#231;ai dans un porche avec un salut amical, et requis sans m&#233;nagements une explication quant &#224; ce nouveau comportement. Il h&#233;sita un moment ; puis me regardant franchement dans les yeux, me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Je ne pense pas, M. Foley, que j'aie droit plus longtemps &#224; votre amiti&#233;, puisqu'il semble que M. Barting m'ait retir&#233; la sienne &#8211; pour quelle raison, voil&#224; ce que je vous jure ne pas savoir. Et s'il ne l'a pas d&#233;j&#224; fait, il vous en informera probablement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211; Mais, r&#233;pliquai-je, je n'ai eu aucune nouvelle de Barting...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211; Vous en aurez, r&#233;p&#233;ta-t-il, apparemment surpris. Pourquoi ? Parce qu'il est l&#224;, je l'ai crois&#233; hier, dix minutes avant de vous rencontrer vous. Et je vous ai rendu exactement le m&#234;me salut que celui dont il m'avait gratifi&#233;. Et je l'ai de nouveau crois&#233; il n'y a pas un quart d'heure, et ses fa&#231;ons se sont r&#233;v&#233;l&#233;es les m&#234;mes. &#192; peine un signe de t&#234;te et il a disparu. Je n'oublierai pas de sit&#244;t votre civilit&#233; &#224; mon &#233;gard. Je vous souhaite le bonjour ou bien, comme vous le pr&#233;f&#233;rerez, mes adieux.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ceci me sembla consid&#233;rations singuli&#232;res, et une honn&#234;te pr&#233;venance de la part de M. Conway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme les effets dramatiques et les situations litt&#233;raires sont &#233;trang&#232;res &#224; mon propos, je vous dirai tout trac que Barting venait de mourir. Il &#233;tait mort &#224; Nashville, quatre jours avant cette conversation. Appelant M. Conway, je l'informai de la mort de notre ami, et lui montrai la lettre qui m'en faisait part. Il fut si visiblement affect&#233; que cela m'interdit d'entretenir le moindre doute sur sa sinc&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Cela semble incroyable, dit-il, apr&#232;s un instant de r&#233;flexion. Je suppose que je me suis tromp&#233;, que j'ai pris un autre homme pour Barting, et que la froideur de son salut c'est ce qu'il devait civilement &#224; un inconnu de ma sorte. Je me souviens, bien s&#251;r, qu'il n'avait pas la moustache de Barting...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211; C'&#233;tait certainement quelqu'un d'autre&#8221;, approuvai-je ; et aucun de nous n'aborda plus jamais le sujet. Mais j'avais dans ma poche une photographie de Barting, que sa veuve avait jointe &#224; la lettre de faire-part. Elle avait &#233;t&#233; prise une semaine avant sa mort, et Barting n'y avait pas de moustache.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Message sans fil&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1896, M. William Holt, un prosp&#232;re industriel de Chicago, s'&#233;tait temporairement &#233;tabli dans une petite ville du centre de l'&#201;tat de New York, dont l'auteur de l'histoire n'a pas retenu le nom. M. Holt &#171; avait eu des ennuis avec sa femme &#187;, dont il s'&#233;tait s&#233;par&#233; un an plus t&#244;t. Quant &#224; savoir si le probl&#232;me &#233;tait plus grave qu'une simple &#171; incompatibilit&#233; d'humeur &#187;, il est probablement la seule personne vivante qui le sait ; mais il n'&#233;tait pas enclin aux confidences. M&#234;me s'il a racont&#233; l'incident ci-dessous &#233;tabli &#224; au moins une personne, sans exiger aucun gage de confidentialit&#233;. Il vit d&#233;sormais en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait quitt&#233; un soir la maison d'un fr&#232;re &#224; qui il rendait visite, et se promenait dans la campagne. On peut pr&#233;sumer &#8211; quelle que soit la teneur des hypoth&#232;ses en lien avec qu'on dit s'&#234;tre produit &#8211; qu'il avait l'esprit plein de ses r&#233;flexions sur l'infid&#233;lit&#233; conjugale et du douloureux changement dans lequel sa vie s'&#233;tait effondr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles qu'aient pu &#234;tre ces pens&#233;es, elles l'accaparaient tant qu'il ne se pr&#233;occupa ni du temps &#233;coul&#233; ni d'o&#249; ses pas l'avaient men&#233; ; il se souvint seulement qu'il avait d&#233;pass&#233; depuis longtemps les limites de la ville et traversait un lieu d&#233;sol&#233; par une route qui n'avait aucune ressemblance avec celle par laquelle il avait quitt&#233; le village. En bref, il s'&#233;tait perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant conscience de sa situation, il sourit ; le centre de l'&#201;tat de New York n'est pas une r&#233;gion de p&#233;rils, et on n'avait jamais entendu dire que quelqu'un s'y soit d&#233;finitivement perdu. Il fit demi-tour et revint par le chemin qu'il avait pris. &#192; peine e&#251;t-il repris sa marche qu'il remarqua que le paysage devenait plus distinct &#8211; ou comme brillant. Une douce lueur rouge baignait tout ce qu'il voyait, incluant sa propre ombre projet&#233;e sur la route devant lui. &#171; La lune se l&#232;ve &#187;, pensa-t-il. Puis il se souvint qu'on &#233;tait juste dans la nouvelle lune, et que son orbite devait &#234;tre bien bizarre, puisqu'il l'avait vue briller depuis bien longtemps d&#233;j&#224;. Il s'arr&#234;ta et se retourn&#233;, cherchant la source de cette lumi&#232;re devenant rapidement plus intense. Et, ce faisant, son ombre tourna et revint devant lui sur la route comme auparavant. La lumi&#232;re continuait d'&#234;tre derri&#232;re lui. Ce qui le surprit, ne pouvant le comprendre. Encore il se retourna, et encore, faisant face successivement &#224; tous les points de l'horizon. Et toujours son ombre &#233;tait face &#224; lui &#8211; et toujours la lumi&#232;re derri&#232;re lui, &#171; un rouge calme et affreux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Holt s'&#233;tonna &#8211; &#171; abasourdi &#187; c'est le mot qu'il employa en le racontant &#8211; et continua d'y porter un reste de curiosit&#233; lucide. Pour tester l'intensit&#233; de cette lumi&#232;re, dont il ne pouvait d&#233;terminer ni la nature ni la cause, il sortit sa montre pour savoir s'il pouvait encore distinguer les aiguilles sur le cadran. Elles &#233;taient pleinement visibles, et indiquaient qu'il &#233;tait onze heures et vingt-cinq minutes. &#192; ce moment pr&#233;cis, l'illumination myst&#233;rieuse explosa soudain dans une splendeur presque aveuglante, recouvrant tout le ciel, occultant les &#233;toiles et projetant monstrueusement sa propre ombre en travers du paysage. Du sein de cette surnaturelle illumination, tout pr&#232;s de lui mais apparemment &#224; une altitude consid&#233;rable dans l'air, il d&#233;couvrit la figure de sa femme, v&#234;tue de sa chemise de nuit et serrant la forme de leur enfant contre sa poitrine. Elle le fixait des yeux avec une expression qu'apr&#232;s-coup il avouait n'&#234;tre pas capable de d&#233;crire ou de nommer, sinon qu'elle n'&#233;tait &#171; pas de cette vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fulguration fut bient&#244;t suivie d'une obscurit&#233; opaque dans laquelle, cependant, blanche et immobile, se prolongea l'apparition ; puis, par degr&#233;s insensibles, elle s'affaiblit et disparut, comme un &#233;blouissement sur la r&#233;tine apr&#232;s qu'on a ferm&#233; les yeux. Une des singularit&#233;s de cette apparition, qu'on avait &#224; peine comment&#233;e sur le moment, mais dont on se souvint ensuite, c'est qu'elle ne montrait que la moiti&#233; sup&#233;rieure de la silhouette de la femme : rien de visible sous la taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette obscurit&#233; compacte n'&#233;tait que relative et pas absolue, puisque tous les d&#233;tails de l'environnement se firent graduellement de nouveau visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube qui suivit, Holt se d&#233;couvrit entrer dans le village par la route oppos&#233;e &#224; celle par laquelle il l'avait quitt&#233;. Il atteignit bient&#244;t la maison de son fr&#232;re, qui le reconnut &#224; peine. Les yeux effray&#233;s, hagard, gris comme un rat. Avec beaucoup d'incoh&#233;rence il fit part de son exp&#233;rience de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au lit, au lit mon pauvre ami, dit son fr&#232;re &#8211; et demain, demain on reprendra tout cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure plus tard survenait le t&#233;l&#233;gramme pr&#233;destin&#233;. La maison de Holt, dans un des quartiers p&#233;riph&#233;riques de Chicago, avait &#233;t&#233; d&#233;truite par le feu. Cern&#233;e par les flammes, son &#233;pouse n'avait pu r&#233;chapper &#8211; elle &#233;tait apparue &#224; une des fen&#234;tres du haut, son enfant dans les bras. Elle s'y &#233;tait tenue toute droite, sans bouger, apparemment terroris&#233;e. Juste alors que les pompiers arrivaient et dressaient leurs &#233;chelles, le plancher s'&#233;tait effondr&#233; et on ne l'avait plus revue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pire instant de cette horreur, il &#233;tait onze heures et vingt-cinq minutes, heure continentale.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Une arrestation&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ayant assassin&#233; son beau-fr&#232;re, Orrin Brower, du Kentucky, avait fui la justice. De la prison rurale o&#249; on l'avait enferm&#233; en l'attente du proc&#232;s, il s'&#233;tait &#233;vad&#233; en assommant son gardien avec un barreau de fer, lui d&#233;robant les cl&#233;s et, ouvrant la porte, s'&#233;vanouissant dans la nuit. Le gardien n'&#233;tant pas arm&#233;, Brower n'avait rien sur lui pour d&#233;fendre sa libert&#233; retrouv&#233;e. &#192; peine eut-il quitt&#233; la ville qu'il fit la folie d'entrer dans les for&#234;ts ; c'&#233;tait il y a bien longtemps, et la r&#233;gion &#233;tait bien plus sauvage qu'elle l'est maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit &#233;tait plut&#244;t sombre, on ne voyait ni lune ni &#233;toiles, et comme Brower ne s'&#233;tait jamais trouv&#233; en telle situation, ni ne savait rien du pays, il fut naturellement perdu en peu de temps. Il n'aurait pu dire si m&#234;me il s'&#233;loignait de la ville ou s'il revenait vers elle &#8211; chose d'importance pour Orrin Brower. Il savait qu'en ce cas une &#233;quipe de citoyens avec quelques chiens serait bient&#244;t sur ses traces et que ses chances d'en r&#233;chapper seraient minces ; mais il ne voulait pas favoriser sa propre poursuite. M&#234;me une heure de libert&#233; en plus c'&#233;tait cela de pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;mergea soudain de la for&#234;t sur une vieille route, et l&#224; juste devant lui, peu distincte, il vit la silhouette d'un homme, immobile dans la brume. Trop tard pour faire demi-tour : le fugitif pensait qu'&#224; son premier mouvement de retraite vers les vois il serait, comme il l'expliqua par la suite, &#171; trou&#233; de balles &#187;. Aussi ils rest&#232;rent tous les deux face &#224; face comme des arbres, Bower presque &#233;touff&#233; par les battements de son propre coeur &#8211; et l'autre &#8211; les &#233;motions de l'autre ne nous sont pas parvenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment plus tard &#8211; peut-&#234;tre une pleine heure &#8211; la lune se fraya son chemin dans un ciel sans nuage, et l'homme pourchass&#233; vit cette visible incarnation de la Loi lever son bras et montrer significativement un point derri&#232;re lui. Il comprit. Tournant le dos &#224; son ravisseur, il s'engagea avec r&#233;signation dans la direction indiqu&#233;e, ne regardant ni &#224; droite ni &#224; gauche ; n'osant respirer qu'&#224; peine, et sa t&#234;te et son dos souffrant par avance de la proph&#233;tie des balles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brower &#233;tait aussi courageux qu'un criminel qui vit pour &#234;tre pendu ; c'&#233;tait clairement exprim&#233; par les conditions d'affreux p&#233;ril personnel dans lesquels il avait froidement tu&#233; son beau-fr&#232;re. Nul besoin de les rapporter ici, tout a &#233;t&#233; dit lors du proc&#232;s, et la r&#233;v&#233;lation de son calme froid lorsqu'il y fut confront&#233; faillit lui sauver sa peau. Mais qu'auriez-vous fait ? &#8211; quand un homme honn&#234;te est battu, il avoue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi qu'ils poursuivirent leur voyage, l'un prisonnier de l'autre, sur la vieille route &#224; travers les bois. Une seule fois Brower osa retourner la t&#234;te ; juste une fois, alors qu'il entrait dans une ombre profonde et qu'il savait que l'autre &#233;tait dans la clart&#233; de la lune. Son ravisseur &#233;tait Burton Duff, le gardien, blanc comme la mort et portant sur son front la marque livide du barreau d'acier. Ce qui suffit &#224; la curiosit&#233; d'Orrin Brower.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'ils entr&#232;rent dans la ville, qui &#233;tait tout &#233;clair&#233;e, mais d&#233;serte ; il ne restait que les femmes et les enfants, mais ils se tenaient &#224; l'&#233;cart des rues. Le criminel fut men&#233; tout droit jusqu'&#224; la prison. Tout droit vers l'entr&#233;e principale, posant sa main sur la poign&#233;e de la lourde porte de fer il la poussa pour l'ouvrir sans m&#234;me y r&#233;fl&#233;chir, entra et se trouva en la pr&#233;sence de six hommes arm&#233;s. Alors il se retourna. Personne d'autre n'&#233;tait entr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tendu sur la table, dans la salle, reposait le cadavre de Burton Duff.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;L'homme aux deux vies&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et voici l'&#233;trange histoire de David William Duck, telle que racont&#233;e par lui-m&#234;me. Duck est aujourd'hui un vieil homme habitant Aurora, dans l'Illinois, o&#249; il est unanimement respect&#233;. Et o&#249; on le surnomme g&#233;n&#233;ralement Dead Duck, Canard-le-Mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'automne de 1866 je servais comme mercenaire dans le XVIIIe d'infanterie. Ma compagnie &#233;tait une de celles qui gardait le fort Phil Kearney, sous les ordres du colonel Carrington. Le pays &#233;tait plus ou moins au courant de l'histoire de cette garnison, notamment du massacre par les Sioux d'un d&#233;tachement de quatre-vingt-et-un hommes e officiers &#8211; dont par un ne r&#233;chappa &#8211; leur commandant, le l'intr&#233;pide mais imprudent capitaine Fetterman, s'&#233;tant rendu coupable de d&#233;sob&#233;issance aux ordres. Quand cela se produisit, j'&#233;tais en chemin avec d'importantes d&#233;p&#234;ches pour le fort C-F. Smith, dans les Big Horn. Comme le pays grouillait d'Indiens hostiles, je voyageais de nuit et me cachais du mieux que je pouvais avant le lever du jour. Le mieux pour cela &#233;tant de voyager &#224; pied, arm&#233; d'un fusil Henry et emportant trois jours de ration dans mon sac &#224; dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour mon deuxi&#232;me bivouac, j'avais choisi ce qui m'avait sembl&#233; dans l'obscurit&#233; un &#233;troit ca&#241;yon conduisant &#224; une falaise rocheuse. Beaucoup d'&#233;normes grosses pierres s'&#233;taient d&#233;tach&#233;es des rebords des parois. Derri&#232;re l'une d'elles, dans un fourr&#233; &#233;pineux, j'installai ma couche pour le jour et m'endormis tr&#232;s vite. Et j'eus l'impression que je n'avais qu'&#224; peine ferm&#233; les yeux, alors qu'en fait il &#233;tait pr&#232;s de midi, quand je fus r&#233;veill&#233; par un coup de fusil, les balles fouettant les buissons juste au-dessus de ma t&#234;te. Une bande d'Indiens avait remont&#233; ma piste et maintenant ils m'entouraient ; le tir &#233;tait l'oeuvre d'un type qui m'avait aper&#231;u depuis la falaise au-dessus, ex&#233;crable cible. La fum&#233;e de son canon de fusil r&#233;v&#233;lait sa position, et je n'&#233;tais pas sur mes pieds qu'il d&#233;gringolait en s'&#233;croulant dans la pente. Alors je courus, tout courb&#233;, me sauvant parmi les buissons d'&#233;pines pour esquiver la temp&#234;te des balles de l'ennemi invisible. Ces racailles ne semblaient pas vouloir se d&#233;cider &#224; la poursuite, ce que je trouvai plut&#244;t bizarre, puisque sachant &#224; mes traces qu'ils avaient affaire &#224; un homme seul. Mais je d&#233;couvris bient&#244;t la raison de leur inaction quand, &#224; peine j'avais fait trois cents m&#232;tres, j'atteignis le bout de ma course &#8211; l'extr&#233;mit&#233; du ravin que j'avais pris pour un canyon. Cela se terminait par une poche concave de roche, presque verticale et sans prise ni v&#233;g&#233;tation. Dans ce cul-de-sac je n'&#233;tais plus qu'un ours pris au pi&#232;ge. Ils n'avaient pas besoin de me poursuivre, seulement d'attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils attendirent pendant deux jours et deux nuits, moi &#224; l'abri d'un rocher recouvert de quelques arbustes, la falaise dans mon dos, dans les souffrances et l'agonie de la soif, absolument sans espoir de d&#233;livrance. On &#233;changea quelques tirs &#224; distance, rep&#233;rant &#224; l'occasion la fum&#233;e de leurs fusils, comme ils le faisaient du mien. Et bien s&#251;r sans jamais oser fermer les yeux des deux nuits, l'absence de sommeil devenant torture rongeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du matin du troisi&#232;me jour, je m'en souviens, je savais qu'il serait le dernier. Je me souviens, mais de fa&#231;on indistincte, que dans mon d&#233;sespoir et mon d&#233;lire je surgis en plein terrain d&#233;couvert et commen&#231;ai &#224; tirer des coups r&#233;p&#233;t&#233;s sans jamais apercevoir sur qui je tirais. Et je ne me souviens pas non plus de cette empoignade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule chose dont je me souvienne c'est de m'extirper d'une rivi&#232;re au cr&#233;puscule. Je n'avais plus un seul v&#234;tement et ne savais plus rien de mes affaires, mais toute la nuit j'avan&#231;ai, pieds nus et gel&#233;, en direction du nord. Au lever du jour j'&#233;tais en vue de Fort Smith, ma destination, mais sans mes d&#233;p&#234;ches. Le premier homme que je rencontrai fut un sergent nomm&#233; William Briscoe, que je connaissais depuis longtemps. Vous pouvez juger de sa stup&#233;faction quand il me vit dans cet &#233;tat, et de la mienne quand il me demanda qui diable j'&#233;tais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Dave Duck, r&#233;pondis-je, qui veux-tu que je sois ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il me regardait comme un hibou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;&#199;a y ressemble&#8221;, dit-il, et je remarquai qu'il s'&#233;cartait et se tenait &#224; distance. &#8220;Il se passe quoi ?&#8221;, demanda-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je lui expliquai ce qui s'&#233;tait pass&#233; le jour pr&#233;c&#233;dent. Il m'&#233;couta tout du long, tout en me d&#233;visageant, puis ajouta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Mon pauvre ami, si tu es Dave Duck, je dois te pr&#233;venir que je t'ai enterr&#233; il y a deux mois. J'&#233;tais en reconnaissance avec une escouade l&#233;g&#232;re et on a trouv&#233; ton corps, trou&#233; de balles et scalp&#233; de frais &#8211; et horriblement mutil&#233; de partout, aussi, quelle horreur de te le dire &#8211; exactement &#224; l'endroit o&#249; tu dis que tu t'&#233;tais fourr&#233;. Entre ici, je vais te montrer tes habits, et des lettres qu'on avait trouv&#233;es sur toi ; le commandant a eu tes d&#233;p&#234;ches.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il tint sa promesse. Il me montra les habits que je rev&#234;tus, et les lettres que je mis dans ma poche. Il n'y fit pas d'objection, puis me mena au commandant, qui &#233;couta mon histoire et ordonna froidement &#224; Briscoe de me mettre aux arr&#234;ts. En chemin je lui dis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Bill Briscoe, as-tu vraiment et v&#233;ritablement enterr&#233; le cadavre que tu avais trouv&#233; dans ces nippes ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;S&#251;r et certain &#8211; exactement comme je te l'ai dit. C'&#233;tait Dave Duck, sans h&#233;sitation, et la plupart d'entre nous le connaissions. Et maintenant, esp&#232;ce de satan&#233; imposteur, tu vas me dire qui tu es ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8221;Je t'ai dit ce qu'il y avait &#224; savoir&#8221;, je r&#233;pondis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une semaine plus tard, je m'&#233;vadai de la cellule et rejoignis les montagnes aussi vite que je pus. Je suis revenu deux fois, cherchant ce ravin fatidique dans les falaises, et jamais je ne l'ai retrouv&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Trois et un font un&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En l'an 1861, Barr Lassiter, jeune homme de vingt-deux ans, vivait avec ses parents et sa soeur a&#238;n&#233;e pr&#232;s de Carthage, Tennessee. Leurs conditions de vie familiale &#233;taient ce que l'on peut dire humbles, tirant leur subsistance d'une parcelle pas tr&#232;s grande et pas non plus tr&#232;s fertile. N'ayant pas d'esclaves, on les consid&#233;rait peu alentour, ils n'&#233;taient pas parmi les &#171; gens bien &#187; de leur voisinage &#8211; mais &#233;taient des personnes honn&#234;tes et de bonne &#233;ducation, aux mani&#232;res bien &#233;lev&#233;es et aussi respectables que n'importe quelle famille peut l'&#234;tre quand on n'est pas vraiment alourdi de possessions personnelles parmi les fils et filles du seigneur. Le fondateur de la lign&#233;e des Lassiter avait eu cette s&#233;v&#233;rit&#233; de mani&#232;res qui r&#233;v&#233;lait fr&#233;quemment une d&#233;votion sans compromis &#224; son devoir, et dissimulait toute propension &#224; la chaleur ou l'affection. Il &#233;tait du fer dont on fait les martyrs, mais au coeur de la matrice avait cach&#233; un m&#233;tal plus noble, susceptible de fondre &#224; moindre chaleur, m&#234;me si n'adoucissant ni n'influant jamais sur le dur ext&#233;rieur. &#192; la fois par l'h&#233;r&#233;dit&#233; et le contexte, quelque chose du caract&#232;re inflexible de cet homme s'&#233;tait transmis aux autres membres de la famille ; la maison des Lassiter, m&#234;me non exempte d'affection domestique, &#233;tait une v&#233;ritable citadelle du devoir, et le devoir &#8211; ah, le devoir est aussi cruel que la mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vint la guerre, comme bien d'autres familles de cet &#201;tat la famille &#233;tait d'un sentiment divis&#233; ; le fils &#233;tait loyal &#224; l'Union, les autres sourdement hostiles. Cette malheureuse division avait conduit &#224; une insupportable aigreur domestique, et quand le fils et fr&#232;re r&#233;volt&#233; quitta la maison dans le but avou&#233; de rejoindre l'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale, on ne lui tendit pas une seule main, on ne pronon&#231;a pas un seul mot d'adieu amical, pas un souhait de bonne chance ne l'accompagna et ainsi s'engagea-t-il dans le vaste monde, l'esprit aussi r&#233;solu qu'il le pouvait, quel que f&#251;t le destin qui l'attendrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remontant jusqu'&#224; Nashville, d&#233;j&#224; occup&#233;e par l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Buell, il s'engagea dans la premi&#232;re troupe qu'il rencontra, un r&#233;giment de cavalerie du Kentucky, et en temps requis passa toutes les &#233;tapes de la formation militaire, de la recrue toute crue jusqu'au soldat exp&#233;riment&#233;. Et il &#233;tait un soldat exp&#233;riment&#233;, m&#234;me si sa fa&#231;on de raconter oralement l'histoire qui va suivre ne le mentionne pas ; ceci on le sut de ses camarades survivants. Parce que Barr Lassiter avait r&#233;pondu &#171; Pr&#233;sent ! &#187; au sergent dont le nom &#233;tait La Mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait deux ans qu'il avait rejoint son r&#233;giment, quand il se trouva &#224; passer dans le pays dont il provenait. Et ce pays avait durement souffert des ravages de la guerre, ayant &#233;t&#233; successivement ou simultan&#233;ment occup&#233; par les forces bellig&#233;rantes, et une bataille sanguinaire s'&#233;tait produite dans le voisinage imm&#233;diat de la maison des Lassiter. Mais, de cela, le jeune soldat n'&#233;tait pas pr&#233;venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se retrouvant dans un camp tout pr&#232;s de sa maison, il &#233;prouva le besoin naturel de saluer ses parents et sa soeur, esp&#233;rant que pour eux comme pour lui l'animosit&#233; artificielle de l'&#233;poque se serait adoucie par le temps et la s&#233;paration. D&#232;s qu'il eut son autorisation de cong&#233;, il s'&#233;loigna dans le dernier soleil d'une apr&#232;s-midi d'&#233;t&#233;, et marchant ensuite &#224; la pleine lune qui levait, les chemins de terre et de pierre le men&#232;rent au puits qui l'avait vu na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En temps de guerre les soldats vieillissent rapidement, et deux ans c'est beaucoup de temps dans la jeunesse. Barr Lassiter se sentait d&#233;sormais un homme m&#251;r, et s'attendait presque &#224; trouver le lieu dans la ruine et la d&#233;solation. Mais rien ne semblait avoir chang&#233;. &#192; la vue de chaque objet familier et aim&#233; il fut profond&#233;ment affect&#233;. Son coeur battait audiblement, et l'&#233;motion le suffoquait presque ; il sentait une boule dans sa gorge. Il acc&#233;l&#233;ra inconsciemment le pas, presque jusqu'&#224; courir, au point que son ombre faisait de grotesques efforts pour le suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison &#233;tait noire, la porte ouverte. Alors qu'il approchait, s'arr&#234;tant pour reprendre contr&#244;le de lui-m&#234;me, son p&#232;re sortit et se tint t&#234;te nue sous la lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; P&#232;re ! cria le jeune homme, avec un grand geste du bras &#8211; P&#232;re ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme le d&#233;visagea fermement, demeura un instant immobile et sans un mot se retira dans la maison. Am&#232;rement surpris, humili&#233;, inexprimablement bless&#233; et en m&#234;me temps &#233;nerv&#233;, le soldat s'assit &#224; m&#234;me le fumier, se prenant la t&#234;te de ses mains tremblantes. Mais il ne devait pas s'en tenir l&#224; : il &#233;tait un trop bon soldat pour accepter le rejet comme la d&#233;faite. Il se releva et entra dans la maison, entrant directement dans la salle commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait faiblement &#233;clair&#233;e par la fen&#234;tre c&#244;t&#233; est, sans rideau. Sur un tabouret bas devant le foyer, le seul meuble de la pi&#232;ce, sa m&#232;re &#233;tait assise, regardant l'&#226;tre o&#249; restait un peu de bois noirci parmi les cendres froides. Il lui parla &#8211; tendrement, interrogativement, et avec timidit&#233;, mais elle ne r&#233;pondit pas, ni ne bougea, ni m&#234;me ne sembla surprise d'aucune sorte. Bien s&#251;r, puisque son mari avait eu le temps de la pr&#233;venir du retour du fils fautif. Il s'approcha plus pr&#232;s et allait lui mettre la main sur le bras, lorsque sa soeur entra depuis la pi&#232;ce voisine, le regarda bien dans les yeux, mais passa devant lui sans un signe de reconnaissance, et quitta la salle par une porte qui &#233;tait derri&#232;re lui. Il avait tourn&#233; la t&#234;te pour la suivre, mais quand une fois partie ses yeux revinrent vers sa m&#232;re, elle aussi avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barr Lassiter revint &#224; la porte par laquelle il &#233;tait entr&#233;. La pleine lune sur le champ semblait vacillante, comme si l'herbe e&#251;t &#233;t&#233; une mer agit&#233;e. Les arbres et leurs ombres d&#233;chiquet&#233;es s'agitaient comme dans le vent. Se fondant confus&#233;ment &#224; leurs bords, l'all&#233;e de gravier semblait instable, et qu'il e&#251;t &#233;t&#233; dangereux d'y marcher. Le jeune soldat savait quelles illusions d'optique procuraient les larmes. Il les sentait sur ses joues, les voyait s'&#233;couler sur la vareuse de son uniforme. Il quitta la maison et revint au camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, sans intention vraiment d&#233;finie, et sans impression dominante qu'il aurait pu d&#233;terminer avec pr&#233;cision, il repartit par le m&#234;me chemin. &#192; un petit kilom&#232;tre de chez lui il croisa Bushrod Albro, un ancien compagnon d'&#233;cole et de jeu, qui l'accueillit avec chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je m'en vais rendre visite chez moi &#187;, dit le soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre le regarda avec attention, mais ne dit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais, reprit Lassiter, que rien n'a chang&#233; dans la famille, mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si, &#231;a a chang&#233;, l'interrompit Albro. Tout a chang&#233;. Je vais aller avec toi si tu veux bien. On pourra parler en chemin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Albro ne dit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de la maison, ils ne trouv&#232;rent que des fondations de pierre noircies par l'incendie, entourant un sol de cendres que la pluie avait durcies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tonnement de Lassiter fut extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'arrivais pas &#224; te le dire, je ne savais pas comment, dit Albro. Dans les combats d'il y a un an, ta maison a &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e par l'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et ma famille, o&#249; sont-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au ciel, j'esp&#232;re. Ils ont &#233;t&#233; tu&#233;s tous trois par l'obus. &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Une embuscade d&#233;jou&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Entre Readyville et Woodbury il y avait une bonne et solide barri&#232;re naturelle de douze ou quinze kilom&#232;tres de long. Readyville &#233;tait un poste avanc&#233; de l'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale &#224; Murfreesboro ; Woodbury avait la m&#234;me relation avec l'arm&#233;e conf&#233;d&#233;rale &#224; Tullahoma. Pendant des mois apr&#232;s la grande bataille de Stone River, ces postes avanc&#233;s furent en constantes escarmouches, la plupart des incidents se produisant naturellement sur la barri&#232;re ci-dessus &#233;voqu&#233;e, entre les d&#233;tachements de cavalerie. Parfois l'infanterie et l'artillerie y prenaient part, comme une fa&#231;on de montrer leur bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, un escadron de la cavalerie f&#233;d&#233;rale, command&#233; par le major Seidel, un officier galant et intelligent, fit une sortie de Readyville dans une entreprise hasardeuse et singuli&#232;re, qui demandait pr&#233;caution, secret et silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant les piquets de l'infanterie, le d&#233;tachement approcha bient&#244;t apr&#232;s les deux vedettes de cavalerie post&#233;es loin dans l'obscurit&#233;. Elles auraient d&#251; &#234;tre trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; est le troisi&#232;me homme ? demanda le major. J'avais donn&#233; ordre &#224; Dunning d'&#234;tre ici cette nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il a fait une reconnaissance en avant, monsieur, r&#233;pondit l'un des hommes. Il y a eu quelques coups de feu ensuite, mais encore bien loin du front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est contre mes ordres et insens&#233; que Dunning se soit permis de faire &#231;a, dit l'officier, manifestement vex&#233;. Pourquoi est-il parti en avant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aucune id&#233;e monsieur, il semblait nerveux. Je crois qu'il n'&#233;tait pas dans son assiette &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ce remarquable raisonneur et son compagnon eurent r&#233;int&#233;gr&#233; le d&#233;tachement, on reprit la marche. Toute conversation &#233;tait interdite ; tout bruit et choc des armes et du harnachement &#233;tait proscrit. Il n'y avait que le pas des chevaux qu'on puisse entendre, encore allait-on lentement pour qu'on le distingue le moins possible. C'&#233;tait apr&#232;s minuit et la nuit &#233;tait tr&#232;s noire, m&#234;me s'il y avait un peu de lune quelque part derri&#232;re les masses de nuages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quatre ou cinq kilom&#232;tres, la t&#234;te de la colonne arriva &#224; une dense for&#234;t de c&#232;dres bordant la route des deux c&#244;t&#233;s. Le major commanda qu'on f&#238;t halte juste en s'arr&#234;tant lui-m&#234;me, mais, &#224; l'&#233;vidence pas &#171; dans son assiette &#187; lui-m&#234;me, partit en avant seul pour une reconnaissance. Il &#233;tait suivi, cependant, par son adjudant et trois soldats, qui rest&#232;rent &#224; une courte distance derri&#232;re lui, non remarqu&#233;s par lui, et qui virent tout ce qui se pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre avanc&#233;s d'une centaine de m&#232;tres dans la for&#234;t, le major retint soudainement les r&#234;nes de son cheval et s'arr&#234;ta, restant dress&#233; immobile sur sa selle. Pr&#232;s du bord de la route, dans un endroit d&#233;couvert, &#224; peine dix pas plus loin, on apercevait un homme, &#224; peine visible et aussi immobile qu'il l'&#233;tait lui-m&#234;me. La premi&#232;re impression du major fut la satisfaction d'avoir laiss&#233; son d&#233;tachement en arri&#232;re ; si c'&#233;tait un ennemi s'il en r&#233;chappait il n'y aurait pas grand-chose dans son rapport. L'exp&#233;dition pour l'instant n'avait pas &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux pieds de l'homme, &#224; peine distinct, on apercevait une sorte de forme sombre ; l'officier n'aurait rien su en dire. Avec l'instinct d'un vrai homme de cavalerie et n'osant pas tirer un coup de feu, il tira son sabre. L'homme debout ne fit aucun mouvement en r&#233;ponse &#224; la menace. La situation &#233;tait tendue, avec quelque chose de dramatique. Soudain, la lune parut en plein dans une fissure des nuages, et lui-m&#234;me &#224; l'ombre d'un bouquet des grands c&#232;dres, le cavalier aper&#231;ut le pi&#233;ton en plein, dans un &#233;clat de lumi&#232;re blanche. La forme sombre &#224; ses pieds se r&#233;v&#233;la &#234;tre un cheval mort, et &#224; angle droit, pos&#233; en travers du cou de l'animal il y avait le corps d'un homme, le visage &#233;clair&#233; par la lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dunning a eu le combat de sa vie &#187;, pensa le major, et &#233;tait pr&#234;t &#224; repartir de l'avant. Dunning leva la main se retirant vers l'arri&#232;re avec un geste d'avertissement ; puis, baissant le bras, il indiqua l'endroit o&#249; la route se perdait dans l'obscurit&#233; compacte de la for&#234;t de c&#232;dres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le major compris, et faisant faire demi-tour &#224; son cheval il revint vers le petit groupe qui l'avait suivi et s'&#233;tait d&#233;j&#224; recul&#233;, par peur de son agacement, et il reprit la t&#234;te du d&#233;tachement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dunning est juste l&#224;-devant, dit-il au capitaine de l'escadron. Il a tu&#233; son homme et nous en fera rapport. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils attendirent patiemment, sabres au clair, mais Dunning ne les rejoignit pas. Bient&#244;t le jour se leva et le d&#233;tachement s'&#233;branla pr&#233;cautionneusement en avant, son commandant pas vraiment satisfait de la confiance qu'il avait port&#233;e en Private Dunning. L'exp&#233;dition avait manqu&#233;, mais il restait quelque chose &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la petite clairi&#232;re pr&#232;s de la route, ils trouv&#232;rent le cheval mort. &#192; angle droit, sur le cou de l'animal, le visage tourn&#233; vers le haut, une balle en plein front, reposait le corps du soldat Dunning, raide comme une statue, mort depuis des heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen r&#233;v&#233;la les preuves &#224; foison que, jusqu'il y avait une demi-heure de cela, la for&#234;t de c&#232;dres avait &#233;t&#233; occup&#233;e par une force consid&#233;rable de l'infanterie conf&#233;d&#233;rale &#8211; une embuscade.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Deux ex&#233;cutions militaires&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de l'ann&#233;e 1862, la grande arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Buell restait dans son camp, se pr&#233;parant et fourbissant pour la campagne qui r&#233;sulta de la victoire de Shiloh. C'&#233;tait une arm&#233;e inexp&#233;riment&#233;e, qui n'avait pas &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e, m&#234;me si pour quelques-uns de ses d&#233;tachements le service avait &#233;t&#233; plut&#244;t dur, avec une bonne dose de combats dans les montagnes de la Virgine de l'Ouest et du Kentucky. La guerre commen&#231;ait et faire le soldat &#233;tait une industrie d&#233;butante, mal comprise par les jeunes Am&#233;ricains de l'&#233;poque, qui en trouvaient certaines contraintes pas vraiment comme ils l'auraient souhait&#233;. Devenir chef parmi eux &#233;tait la cl&#233; essentielle de la discipline et de la subordination. Pour quelqu'un imbu depuis l'enfance avec l'id&#233;e fascinante et fausse que tous les hommes naissent &#233;gaux, la soumission sans question &#224; l'autorit&#233; n'&#233;tait pas chose facile &#224; surmonter, et pour les jeunes Am&#233;ricains enr&#244;l&#233;s volontaires, dans leur p&#233;riode &#171; salade verte &#187;, c'&#233;tait le pire &#224; apprendre. C'est ce qui se produisit pour un des hommes de Buel, Private Bennett Story Greene, qui commit l'indiscr&#233;tion de frapper son officier. Plus tard dans la guerre il ne l'aurait pas fait ; comme Sir Andrew Aguecheck, il l'aurait d'abord envoy&#233; balader au diable. Mais on ne lui conc&#233;da pas le temps de r&#233;former ses mani&#232;res militaires ; il fut arr&#234;t&#233; sit&#244;t la plainte de l'officier, jug&#233; en cour martiale et condamn&#233; &#224; &#234;tre fusill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous auriez d&#251; m'en mettre un autre et on en serait rest&#233; l&#224;, dit le condamn&#233; &#224; l'officier plaignant et t&#233;moin. C'est ce que vous auriez fait &#224; l'&#233;cole, quand vous &#233;tiez simplement Will Dudley et que j'&#233;tais votre &#233;gal. Personne ne m'a vu vous frapper ; la discipline n'en aurait pas souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ben Greene, je sais que tu as raison l&#224;-dessus, dit le lieutenant. Me pardonneras-tu ? C'est ce que je voulais savoir de toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y eut pas de r&#233;ponse, et un officier passa sa t&#234;te &#224; la porte de la tente-cellule, o&#249; avait eu lieu la conversation, expliqua que le temps allou&#233; pour l'entretien &#233;tait pass&#233;. Le matin suivant, en pr&#233;sence de toute la brigade, Private Greene fut fusill&#233; par un peloton de ses camarades. Le lieutenant Dudley tourna le dos &#224; la sc&#232;ne atroce et murmura une pri&#232;re de piti&#233;, dans laquelle il s'&#233;tait inclus lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus tard, alors qu'on avait convoy&#233; l'avant-garde de l'arm&#233;e de Buell sur la rivi&#232;re Tennessee en secours &#224; l'arm&#233;e de Grant battue, la nuit tomba, noire, temp&#233;tueuse. Dans la d&#233;bandade de la bataille la division avan&#231;ait, pouce par pouce, dans la direction de l'ennemi, qui avait recul&#233; l&#233;g&#232;rement pour refaire ses lignes. Mais entre les &#233;clairs la nuit &#233;tait totale. Jamais cela ne cessa un instant, et m&#234;me quand la temp&#234;te ne produisait pas grondements et fureurs, on entendait les g&#233;missements des bless&#233;s parmi lesquels les hommes se frayaient chemin en t&#226;tant du pied, et sur lesquels ils tr&#233;buchaient dans les t&#233;n&#232;bres. Il y avait des morts, aussi &#8211; des morts il y en avait plein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res faibles lueurs du jour, quand cette avance grouillante se f&#251;t arr&#234;t&#233;e pour recomposer quelque chose comme une ligne de bataille, et qu'on e&#251;t envoy&#233; les tirailleurs en avant, on passa le mot qu'il fallait faire l'appel. Le premier sergent de la compagnie du lieutenant Dudley se pla&#231;a devant eux et commen&#231;a d'appeler les hommes par ordre alphab&#233;tique. Il n'avait pas de liste &#233;crite, rien que sa m&#233;moire. Les hommes r&#233;pondaient &#224; leur nom et on descendit l'alphabet jusqu'au G.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Gorham !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pr&#233;sent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Grayrock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pr&#233;sent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'excellente m&#233;moire du sergent fut tromp&#233;e par son habitude :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Greene.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pr&#233;sent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#233;tait claire, distincte, sans erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un mouvement subit, qui agita tous les rangs de la compagnie, comme un choc &#233;lectrique, &#233;tant donn&#233; la bizarrerie de l'incident. Le sergent devint p&#226;le et s'arr&#234;ta. Le capitaine se porta rapidement &#224; ses c&#244;t&#233;s et lui intima l'ordre brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Appelle encore ce nom. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, la Soci&#233;t&#233; de Recherche Psychologique n'est pas la premi&#232;re pour la curiosit&#233; port&#233;e &#224; l'Inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bennett Greene.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pr&#233;sent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les visages se tourn&#232;rent dans la direction de la voix famili&#232;re : les deux hommes entre lesquels, par ordre rang, Greene se tenait habituellement se tourn&#232;rent et se regard&#232;rent l'un l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Recommence &#187;, commanda l'inexorable commandant, et une fois de plus on r&#233;p&#233;ta &#8211; avec une crainte l&#233;g&#232;re et perceptible &#8211; le nom du mort :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bennett Story Greene.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pr&#233;sent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me instant, un coup de feu fut tir&#233;, loin du front, depuis au-del&#224; la ligne des tirailleurs, suivi comme ils s'y attendaient, du sifflement sauvage d'une balle qui approchait, passa &#224; travers leurs lignes, puis un choc mat comme si on avait mis un point d'exclamation &#224; ce que venait de lancer le capitaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que diable &#231;a veut dire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant Dudley traversa les rangs depuis sa place &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela veut dire ceci &#187;, dit-il, ouvrant son manteau et montrant une tache &#233;carlate s'agrandissant visiblement sur sa poitrine. Ses genoux s'affaiss&#232;rent, il tomba lourdement, il &#233;tait mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, on donna un ordre de retraite au r&#233;giment pour all&#233;ger le front congestionn&#233;, et le hasard des jeux de la guerre voulut que plus jamais le r&#233;giment ne connaisse le feu. Et jamais plus Bennett Greene, expert en ex&#233;cutions militaires, ne signifia sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;L'&#238;le aux pins&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de la ville de Gallipolis, Ohio, avait v&#233;cu pendant de nombreuses ann&#233;es un vieil homme du nom de Herman Deluse. On n'a su que tr&#232;s peu de son histoire, parce qu'il n'acceptait jamais d'en parler lui-m&#234;me, ni ne le souffrait des autres. C'&#233;tait une croyance accept&#233;e parmi ses voisins qu'il avait &#233;t&#233; pirate dans une autre vie &#8211; s'il y en avait d'autres preuves que sa collection de pics d'abordage, sabres et anciens pistolets &#224; pierre, personne pour le savoir. Il vivait tout &#224; fait seul dans une petite maison de quatre pi&#232;ces, qui avait rapidement tourn&#233; &#224; la ruine, et dans laquelle il ne faisait d'autre r&#233;paration que celles rendues n&#233;cessaires par pluies et vents. Elle &#233;tait construite sur un petit monticule au milieu d'un vaste champ pierreux envahi de ronces, et cultiv&#233; par lopins, de la fa&#231;on la plus ancestrale. C'&#233;tait sa seule propri&#233;t&#233; connue, mais elle ne lui aurait permis d'en vivre, si simple et minimes &#233;taient ses souhaits. Il semblait avoir toujours de l'argent pr&#234;t, et payait comptant tous ses achats dans les magasins du village, s'approvisionnant rarement plus de deux ou trois fois au m&#234;me endroit, et encore, &#224; de larges intervalles de temps. Il ne b&#233;n&#233;ficiait d'aucune remise, cependant, pour une distribution aussi &#233;quitable de sa client&#232;le ; les gens la consid&#233;raient plut&#244;t comme une tentative de camoufler sa possession d'autant d'argent. Qu'il disposait de quelques bonnes r&#233;serves d'or bien ou mal acquises enterr&#233;es dans sa demeure branlante, aucun esprit honn&#234;te au courant des faits de la tradition locale, et dou&#233; du sens de l'&#233;paisseur des choses, ne pouvait raisonnablement en douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme mourut le 9 novembre 1867 ; du moins on d&#233;couvrit son corps le 10, et les m&#233;decins certifi&#232;rent que la mort remontait environ &#224; vingt-quatre heures &#8211; de fa&#231;on plus pr&#233;cise, ils n'auraient pu le dire ; l'examen post-mortem r&#233;v&#233;la que tous les organes &#233;taient parfaitement sains, sans aucune indication de d&#233;sordre ou violence. Selon eux, la mort s'&#233;tait produite vers midi, m&#234;me si on avait retrouv&#233; le corps dans son lit. Le verdict du jury rassembl&#233; par le coroner fut de le d&#233;clarer &#171; mort &#224; la gr&#226;ce de Dieu &#187;. On l'enterra, et l'administrateur public recueillit ses biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une recherche rigoureuse ne r&#233;v&#233;la rien qu'on ne connaisse d&#233;j&#224;, et des fouilles plus patientes men&#233;e ici et &#224; l&#224; par des voisins imaginatifs ou rapaces les laiss&#232;rent bredouilles. L'administrateur mit les scell&#233;s sur la maison jusqu'&#224; ce que la propri&#233;t&#233; r&#233;elle et personnelle soit juridiquement mise en vente, sans autre objectif que compenser les frais de la vente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 20 novembre fut tumultueuse. De violentes rafales souffl&#232;rent en temp&#234;te sur le pays, le ch&#226;tiant de d&#233;solants blizzards de neige fondue. De grands arbres furent d&#233;racin&#233;s de la terre projet&#233;s sur les routes. On n'avait jamais connu de nuit aussi sauvage dans toute la contr&#233;e, mais vers le matin la temp&#234;te s'&#233;tait calm&#233;e d'elle-m&#234;me et le jour s'annon&#231;ait limpide et radieux. Vers 8 heures, ce matin-l), le r&#233;v&#233;rend Henry Galbraith, un pasteur luth&#233;rien bien connu et hautement estim&#233;, arriva &#224; pied chez lui, &#224; deux kilom&#232;tres de chez Deluse. Le pasteur Galbraith s'&#233;tait rendu pendant un mois &#224; Cincinnati. Il &#233;tait revenu par le bateau &#224; vapeur de la rivi&#232;re, &#233;tait descendu &#224; Gallipolis le soir pr&#233;c&#233;dent et avait imm&#233;diatement lou&#233; un cheval et un buggy pour revenir chez lui. La violence de la temp&#234;te l'avait retard&#233; d'une nuit, et les arbres arrach&#233;s l'avaient convaincu le matin d'abandonner ce mode de locomotion et de revenir &#224; pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais o&#249; as-tu pass&#233; la nuit ? &#187;, s'enquit sa femme, &#224; laquelle il venait de raconter bri&#232;vement son aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec le vieux Deluse, &#224; l'&#238;le des Pins, r&#233;pondit-il en riant (l'&#238;le des Pins &#233;tait un c&#233;l&#232;bre rendez-vous des pirates), &#171; et c'&#233;tait bien assez de temps pour un coin lugubre comme &#231;a. Il n'a pas fait d'objection &#224; m'accueillir, mais je n'ai pas pu lui extirper un seul mot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par chance, pour l'int&#233;r&#234;t et la v&#233;rit&#233; de cette histoire, un avocat et litt&#233;rateur de Colombus &#8211; celui qui a &#233;crit le d&#233;licieux &lt;em&gt;Les papiers Mellowcraft&lt;/em&gt; &#8211;, M. Robert Mosely Maren, assistait &#224; la conversation. Remarquant, mais apparemment sans le partager, l'&#233;tonnement produit par la r&#233;ponse du pasteur Galbraith, ce monsieur &#224; l'esprit prompt &#233;touffa par un geste les exclamations qui n'auraient pas manqu&#233; de se manifester, et demanda du ton le plus impassible : &#171; Mais qu'est-ce donc qui vous a amen&#233; l&#224;-bas ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici la version &#233;tablie par M. Maren lui-m&#234;me du r&#233;cit du r&#233;v&#233;rend Galbraith :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avais vu de la lumi&#232;re bouger dans la maison, et &#233;tant presque aveugl&#233; par les rafales de neige, et compl&#232;tement gel&#233;, j'ai pouss&#233; le portail et abrit&#233; mon cheval dans la vieille &#233;table, o&#249; il est rest&#233;. Puis j'ai frapp&#233; &#224; la porte et comme je ne recevais pas de r&#233;ponse je suis entr&#233; sans demander &#224; personne. La pi&#232;ce &#233;tait dans le noir, mais ayant des allumettes, je trouvai une chandelle et l'allumai. J'essayai d'entrer dans la pi&#232;ce adjacente, mais la porte &#233;tait bloqu&#233;e, et bien que j'y entendis les lourds pas du vieil homme, il ne r&#233;pondit pas &#224; mes appels. Il n'y avait pas de feu dans la chemin&#233;e, aussi j'en allumai un, et m'allongeant l&#224; (sic) avec mon manteau sous ma t&#234;te, me pr&#233;parai &#224; dormi. Presque aussit&#244;t, la porte que j'avais tent&#233; de d&#233;bloquer s'ouvrit silencieusement et le vieil homme entra, portant une chandelle. Je lui parlai sur le ton de la plaisanterie, m'excusant de mon intrusion, mais il ne fit aucunement attention &#224; moi. Il semblait chercher quelque chose, avec les yeux bizarrement fixes dans leurs orbites. Il fit lentement tout le tour de la pi&#232;ce, et repartit par o&#249; il &#233;tait venu. Deux fois encore avant que je m'endorme il revint dans la pi&#232;ce, proc&#233;dant de la m&#234;me fa&#231;on exactement, et repartant comme la premi&#232;re. Dans les intervalles je l'entendais arpenter partout dans la maison, ses pas parfaitement audibles dans les pauses de la temp&#234;te. Quand je m'&#233;veillai le matin il &#233;tait d&#233;j&#224; sorti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M Maren aurait aim&#233; poser plus de questions, mais ne put retenir plus longtemps les langues de toute la famille ; l'histoire de la mort et de l'enterrement du vieux Deluse fut cont&#233;e au r&#233;v&#233;rend, &#224; son grand &#233;tonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Votre aventure a une explication bien simple, dit M. Marne. Je ne crois pas que le vieux Deluse ait march&#233; dans son sommeil &#8211; en tout cas celui de maintenant ; mais &#224; l'&#233;vidence vous avez r&#234;v&#233; dans le v&#244;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; cette supposition quant aux faits, le r&#233;v&#233;rend Galbraith dut donner consentement &#224; contre-coeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, quand le soir tomba, la nuit suivante trouva les deux gentlemen, accompagn&#233;s par un fils du pasteur, sur la route devant la maison du vieux Deluse. Il y avait de la lumi&#232;re &#224; l'int&#233;rieur ; elle apparaissait tant&#244;t &#224; une fen&#234;tre, tant&#244;t &#224; une autre. Les trois hommes approch&#232;rent de la porte. Juste comme ils l'atteignaient, leur parvint de l'int&#233;rieur une confusion de bruits &#233;pouvantables &#8211; le fracas de lames acier contre acier, le bruit aigu de coups d'armes &#224; feu, des cris de femmes, des grognements et injures d'hommes en combat ! Les trois investigateurs s'arr&#234;t&#232;rent un instant, irr&#233;solus, effray&#233;s. Alors le pasteur Galbraith essaya de pousser la porte, elle &#233;tait bloqu&#233;e. Mais le r&#233;v&#233;rend &#233;tait un homme de courage, et surtout un homme d'une force plus ou moins hercul&#233;enne. Il recula d'un pas ou deux et se pr&#233;cipita sur la porte, l'enfon&#231;ant de son &#233;paule droite et l'arrachant de son huisserie dans un sourd fracas. L'instant suivant ils &#233;taient tous trois &#224; l'int&#233;rieur. Obscurit&#233;, silence ! Le seul son perceptible &#233;tait le battement de leurs coeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maren avait apport&#233; avec lui des allumettes et des bougies. Avec quelque difficult&#233;, due &#224; sa nervosit&#233;, il fit de la lumi&#232;re et ils commenc&#232;rent &#224; explorer l'int&#233;rieur, pi&#232;ce apr&#232;s pi&#232;ce. Tout y &#233;tait en bon ordre, comme laiss&#233; tel par le sh&#233;rif, rien n'y avait &#233;t&#233; d&#233;rang&#233;. Une fine couche de poussi&#232;re recouvrait tout. La porte de derri&#232;re &#233;tait entreb&#226;ill&#233;e comme par n&#233;gligence, et ils pens&#232;rent tout d'abord que les auteurs de ces affreuses festivit&#233;s avaient pu s'&#233;chapper par l&#224;. Ils l'ouvrirent compl&#232;tement, et la lumi&#232;re de leurs chandelles se refl&#233;ta sur le sol. Les ultimes efforts de la temp&#234;te, la nuit pr&#233;c&#233;dente, avaient laiss&#233; une fine couche de neige ; elle ne comportait aucune empreinte de pas ; la surface blanche en &#233;tait immacul&#233;e. Ils referm&#232;rent la porte et entr&#232;rent dans la derni&#232;re des quatre pi&#232;ces de la maison &#8211; la plus &#233;loign&#233;e de la route, dans l'angle arri&#232;re du b&#226;timent. Alors la chandelle que tenait M Maren s'&#233;teignit soudainement, comme par un courant d'air. Survint aussit&#244;t le bruit d'une lourde chute. Quand la chandelle e&#251;t &#233;t&#233; h&#226;tivement rallum&#233;e, on d&#233;couvrit le jeune Galbraith prostr&#233; sur le sol &#224; quelque distance des deux autres. Il &#233;tait mort. Dans une de ses mains, le corps agrippait un lourd sac de pi&#232;ces, qui se r&#233;v&#233;l&#232;rent apr&#232;s examen d'anciens ducats espagnols. Juste au-dessus d'o&#249; gisait le corps, une planche avait &#233;t&#233; arrach&#233;e de son embo&#238;tement dans le mur, et il &#233;tait &#233;vident que le sac avait &#233;t&#233; pris dans la cavit&#233; ainsi r&#233;v&#233;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mena &#224; nouveau l'enqu&#234;te : un nouvel examen post-mortem se r&#233;v&#233;la inapte &#224; r&#233;v&#233;ler une cause probable de la mort. &#192; nouveau on pronon&#231;a le verdict &#171; mort &#224; la gr&#226;ce de Dieu &#187;, quitte &#224; chacun d'en tirer ses conclusions. M Maren &#233;mettait l'hypoth&#232;se que le jeune homme &#233;tait mort de sa propre excitation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;10&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Une mission pour rien&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Henry Saylor, qui a &#233;t&#233; tu&#233; &#224; Covington lors d'une querelle avec Antonio Finch, &#233;tait reporter au &lt;em&gt;Cincinnati Commercial&lt;/em&gt;. Dans l'ann&#233;e 1859, une maison vide dans Vine Street, &#224; Cincinnati, devient le centre de l'int&#233;r&#234;t local, &#224; cause des &#233;tranges sons et apparitions qu'on disait y observer la nuit. Selon le t&#233;moignage de plusieurs habitants de bonne r&#233;putation du voisinage, c'&#233;tait incompatible avec toute hypoth&#232;se autre que celle d'une maison hant&#233;e. Des silhouettes avec quelque chose de singuli&#232;rement inhabituel parmi eux furent aper&#231;ues par les passants de la rue. Personne n'aurait pu dire comment elles traversaient cette &#233;tendue herbeuse devant la maison lorsqu'elles en rejoignaient la porte d'entr&#233;e, ni exactement &#224; quel point elles s'&#233;vanouissaient ou repartaient : et tandis que la plupart des spectateurs confirmaient ces faits, jamais deux pour s'accorder. Ils &#233;taient tr&#232;s similaires dans les variantes de leurs descriptions des apparitions elles-m&#234;mes. Quelques-uns des plus intr&#233;pides parmi la multitude curieuse firent le projet de rester sur le seuil de la maison plusieurs soirs pour les intercepter ou, s'ils n'y parvenaient pas, au moins les examiner de plus pr&#232;s. Ces hommes courageux, dit-on, furent incapables de forcer la porter m&#234;me avec leurs forces r&#233;unies, et chaque fois furent repouss&#233;s du perron par une sorte de puissance invisible, et quelques-uns s&#233;v&#232;rement bless&#233;s ; imm&#233;diatement apr&#232;s cela la porte s'ouvrit, apparemment de son seul vouloir, pour laisser entrer ou sortir quelques invit&#233;s fant&#244;mes. On connaissait l'habitation sous le nom de maison Roscoe, une famille de ce nom qui y avait v&#233;cu plusieurs ann&#233;es puis ensuite avaient disparu un par un, la derni&#232;re &#224; partir ayant &#233;t&#233; une vieille femme. Des rumeurs remplies d'histoires idiotes et de meurtres successifs avaient toujours s&#233;vi, mais aucune n'avait pu &#234;tre authentifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, dans la p&#233;riode culminante de l'excitation, Saylor arriva au bureau du &lt;em&gt;Commercial&lt;/em&gt; pour prendre ses ordres. Il trouva une note de son chef, &#233;diteur de la rubrique de la ville, o&#249; il lut ceci : &#171; Va passer la nuit seul dans la maison hant&#233;e de Vine Street et si quoi que ce soit se passe pendant ce temps fais deux colonnes &#187;. Saylor ob&#233;it &#224; son sup&#233;rieur ; il ne pouvait risquer de perdre son poste au journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant pr&#233;venu la police de ses intentions, il r&#233;ussit &#224; entrer par une fen&#234;tre de l'arri&#232;re avant que la nuit soit tomb&#233;e, explora les pi&#232;ces d&#233;sertes, sans plus aucun meuble, poussi&#233;reuses et d&#233;sol&#233;es, puis vint s'asseoir dans le vestibule sur un vieux canap&#233; qu'il avait tir&#233; lui-m&#234;me depuis une autre pi&#232;ce, contempla l'obscurit&#233; grandissante tandis que la nuit venait. Avant qu'il fasse totalement nuit, la foule des curieux s'&#233;tait amass&#233;e dans la rue, impatiente, avec pour r&#232;gle d'&#234;tre silencieuse, malgr&#233; quelques railleurs braillant leur incr&#233;dulit&#233; et leur courage avec des remarques m&#233;prisantes et des sarcasmes d&#233;daigneux. Personne n'avait eu connaissance de l'anxieux veilleur &#224; l'int&#233;rieur. Il craignait d'allumer la lumi&#232;re ; les fen&#234;tres sans rideaux eurent r&#233;v&#233;l&#233; sa pr&#233;sence, le rendant sujet aux insultes, ou m&#234;me qu'ils s'en prennent &#224; lui. D'autre part, il &#233;tait trop consciencieux pour entreprendre quoi que ce soit qui affaiblirait ses impressions, et souhaitant ne rien alt&#233;rer des conditions ordinaires dans lesquelles on disait que se produisaient ces manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faisait maintenant nuit dehors, mais la lumi&#232;re de la rue illuminait faiblement une partie de la pi&#232;ce o&#249; il &#233;tait. Il avait laiss&#233; ouvertes les portes &#224; l'int&#233;rieur de toute la maison, &#224; l'&#233;tage comme au rez-de-chauss&#233;e, mais celles donnant sur l'ext&#233;rieur &#233;taient ferm&#233;es et verrouill&#233;es. De soudaines exclamations de la foule le firent se pr&#233;cipiter vers la fen&#234;tre et regarder au-dehors. Il vit la silhouette d'un homme se d&#233;placer rapidement &#224; travers la bande herbeuse qui &#233;tait devant la maison &#8211; il le vit monter les marches ; et puis un renfoncement du mur le lui dissimula. Il entendit qu'on ouvrait puis refermait la porte du vestibule ; il entendit un pas lourd et rapide dans le couloir &#8211; l'entendit monter l'escalier &#8211; l'entendit &#224; nouveau sur le plancher nu de la chambre imm&#233;diatement au-dessus de sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saylor sortit promptement son pistolet, et montant lui aussi l'escalier, entra dans la chambre, toujours gr&#226;ce &#224; cette faible lumi&#232;re de la rue. Il n'y avait personne. C'&#233;tait obscur et silencieux. Il se cogna le pied contre quelque chose qui reposait sur le sol, s'agenouilla aupr&#232;s, passa sa main dessus. C'&#233;tait une t&#234;te humaine, celle d'une femme. La soulevant par les cheveux, cet homme aux nerfs d'acier revint &#224; la pi&#232;ce du bas, mieux &#233;clair&#233;e, l'approcha de la fen&#234;tre et la scruta attentivement. Tandis qu'il proc&#233;dait &#224; cet examen, &#224; peine s'il fut conscient de l'ouverture et de la fermeture rapide de la porte ext&#233;rieure, de bruits de pas qui r&#233;sonnaient autour de lui. Il releva les yeux de leur d&#233;go&#251;tant examen, et se vit entour&#233; par un groupe d'hommes et de femmes qu'il distinguait &#224; peine ; ils encombraient maintenant toute la pi&#232;ce. Il pensa que ceux de dehors &#233;taient entr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mesdames et messieurs, s'&#233;cria-t-il gentiment, vous me d&#233;couvrez en de bien suspectes circonstances, mais ... &#187; Sa voix se noya dans des &#233;clats de rire &#8211; comme les rires qu'on entend dans les asiles de fous. Ces gens tout autour de lui montraient la t&#234;te du doigt, et leur hilarit&#233; grandit encore quand il la l&#226;cha et qu'elle vint leur rouler dans les pieds. Ils se mirent &#224; danser autour, avec des gestes grotesques, des attitudes obsc&#232;nes et indescriptibles. Ils lui donnaient des coups de pied, l'envoyant d'un bout &#224; l'autre de la pi&#232;ce ou contre les murs, se la passaient et renvoyaient l'un &#224; l'autre dans leur lutte pour la relancer ; et ils juraient et criaient et chantaient des refrains obsc&#232;nes tandis que la t&#234;te battue rebondissait d'un coin &#224; l'autre de la pi&#232;ce comme emplie de terreur et cherchant &#224; leur &#233;chapper. &#192; la fin on la lan&#231;a par la porte et elle se retrouva dans le vestibule, o&#249; tous la suivirent dans une h&#226;te tumultueuse.&#192; ce moment la porte se referma dans un sourd fracas. Saylor &#233;tait seul, dans un silence mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rangeant pr&#233;cautionneusement son pistolet, que tout ce temps il avait tenu &#224; la main, il s'approcha de la fen&#234;tre et regarda au-dehors. La rue &#233;tait silencieuse et d&#233;serte ; les r&#233;verb&#232;res &#233;taient &#233;teints ; les toits et les chemin&#233;es des maisons voisines se dessinaient nettement dans la lumi&#232;re de l'aurore qui levait &#224; l'est. Il quitta la maison, la porte s'ouvrant souplement sous sa main, et rejoignit les bureaux du &lt;em&gt;Commercial&lt;/em&gt;. Le chef de la rubrique de la ville &#233;tait encore &#224; sa table &#8211; endormi. Saylor le r&#233;veilla et lui annon&#231;a : &#171; Je suis all&#233;e &#224; la maison hant&#233;e... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef le regardait &#233;bahi, comme pas encore r&#233;veill&#233;. &#171; Nom de dieu, s'&#233;cria-t-il, c'est toi, Saylor ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai pass&#233; la nuit l&#224;-bas, semble-t-il, dit Saylor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On m'a dit que la nuit avait &#233;t&#233; inhabituellement calme, l&#224;-bas &#187;, dit le chef, jouant sans y penser avec le p&#232;se-lettres qu'il avait sous les yeux. Est-ce qu'il s'est pass&#233; quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien de rien. &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;11&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;La maison &#224; la vigne vierge&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#192; cinq kilom&#232;tres environ de la petite ville de Norton, dans le Missouri, sur la route qui m&#232;ne &#224; Maysville, se trouve cette vieille maison dont les derniers occupants furent une famille nomm&#233;e Harding. Depuis 1886 il n'y vit personne, et personne n'aimerait &#224; s'y installer. Le temps et le d&#233;dain des hommes se sont conjugu&#233;s ici pour en faire une ruine plut&#244;t pittoresque. Un observateur non pr&#233;venu de son histoire la classerait difficilement dans la cat&#233;gorie des &#171; maisons hant&#233;es &#187;, m&#234;me si telle est sa diabolique r&#233;putation dans toute la r&#233;gion. Elle n'a plus de vitres &#224; ses fen&#234;tres, plus de portes &#224; ses ouvertures b&#233;antes ; il y a des br&#232;ches dans son toit de bardeaux, et faute d'avoir &#233;t&#233; repeints les murs de planches sont d'un brun gris&#226;tre. Mais ces signes irr&#233;vocables du surnaturel sont en partie dissimul&#233;s et grandement adoucis par l'abondant feuillage d'une grande vigne vierge recouvrant tout l'ensemble. Cette vigne vierge &#8211; d'une esp&#232;ce qu'aucun botaniste n'a &#233;t&#233; capable de nommer &#8211; tient une part importante dans l'histoire de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Harding se composait de Robert Harding, son &#233;pouse Matilda, mademoiselle Julia Went qui &#233;tait sa soeur, et deux jeunes enfants. Robert Harding &#233;tait un homme silencieux, aux mani&#232;res froides, qui ne comptait pas d'amis dans le voisinage, et ne se souciait pas de s'en faire. Il avait quarante ans &#224; peu pr&#232;s, frugal et industrieux, et il avait transform&#233; en maison d'habitation la petite ferme maintenant recouverte de pampres et rameaux. Lui et sa belle-soeur &#233;taient tenus &#224; l'&#233;cart par leurs voisins, qui semblaient penser qu'on les voyait trop souvent ensemble &#8211; ce n'&#233;tait pas compl&#232;tement de leur fait, parce qu'&#224; l'&#233;poque &#233;videmment ils ne firent rien &#224; l'encontre de cette observation. Le code moral du Missouri paysan est exact et s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Harding &#233;tait une femme discr&#232;te aux yeux tristes, et il lui manquait le pied gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un certain moment, en 1844, on apprit qu'elle &#233;tait partie soigner sa m&#232;re dans l'Iowa. C'est ce que r&#233;pondait son mari quand on lui posait la question, et sa mani&#232;re de r&#233;pondre n'incitait gu&#232;re &#224; en demander plus. Elle ne revint jamais, et deux ans plus tard, sans revendre la ferme ni aucune de ses possessions, ni prendre un interm&#233;diaire pour veiller &#224; ses int&#233;r&#234;ts, ni m&#234;me d&#233;m&#233;nager leurs affaires, Harding et le reste de la famille quitt&#232;rent le pays. Personne pour savoir o&#249; ils &#233;taient all&#233;s, et personne &#224; cette &#233;poque pour s'en soucier. Naturellement, tout ce qui put &#234;tre enlev&#233; de la maison eut bient&#244;t disparu, et la maison vide devint &#171; hant&#233;e &#187; &#224; la fa&#231;on de celles de son esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir d'&#233;t&#233;, quatre ou cinq ans plus tard, le r&#233;v&#233;rend J. Gruber, de Norton, et un attorney de Maysville nomm&#233; Hyatt se crois&#232;rent &#224; cheval juste devant la maison des Harding. Comme ils avaient quelques affaires &#224; d&#233;battre, ils attach&#232;rent leurs b&#234;tes, et all&#232;rent s'asseoir dans la v&#233;randa de la maison pour en parler. Ils firent bien un peu d'humour sur la sombre r&#233;putation du lieu, mais l'oubli&#232;rent aussit&#244;t que dit, et ils parl&#232;rent de leurs affaires jusqu'&#224; ce qu'il f&#238;t presque sombre. Le soir &#233;tait chaud, oppressant, l'air stagnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, de surprise, les deux hommes se lev&#232;rent de leur banc : la vaste vigne vierge qui couvrait la moiti&#233; de la fa&#231;ade et dont le feuillage retombait du haut de la v&#233;randa au-dessus d'eux s'agitait visiblement et audiblement, chaque branche et chaque feuille violemment secou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On va avoir de l'orage &#187;, s'exclama Hyatt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gruber ne dit rien, mais montra silencieusement &#224; son compagnon les feuillages des arbres voisins, qui eux ne montraient aucun mouvement ; m&#234;me les d&#233;licates extr&#233;mit&#233;s des fines branches se d&#233;coupaient contre le ciel clair, totalement immobiles. Ils descendirent en h&#226;te les marches du perron donnant sur ce qui avait &#233;t&#233; une pelouse et se retourn&#232;rent vers la vigne vierge, d'ici visible dans toute sa hauteur. Elle continuait &#224; s'agiter violemment, sans qu'ils puissent en distinguer aucune cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Partons d'ici &#187;, dit le r&#233;v&#233;rend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour partir, ils partirent. Oubliant m&#234;me qu'ils &#233;taient arriv&#233;s de deux directions oppos&#233;es, ils repartirent ensemble jusqu'&#224; Norton, o&#249; ils racont&#232;rent leur &#233;trange exp&#233;rience &#224; quelques amis discrets. Le soir suivant, &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me heure, accompagn&#233;s de deux autres dont on n'a pas retenu les noms, ils &#233;taient de nouveau dans la v&#233;randa de la maison Harding, et de nouveau l'&#233;trange ph&#233;nom&#232;ne se produisit : la vigne vierge s'agita violemment alors qu'ils l'examinaient scrupuleusement, et leurs forces r&#233;unies ne purent retenir le tremblement du tronc. Apr&#232;s une heure d'observation ils repartirent, pas mieux renseign&#233;s que lorsqu'ils &#233;taient venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que ces faits singuliers provoquent la curiosit&#233; du voisinage tout entier. De jour ou de nuit, des foules de gens se rassemblaient devant la maison Harding, &#171; cherchant un signe &#187;. Il n'est pas av&#233;r&#233; que quiconque le d&#233;couvrit, aussi cr&#233;dibles que soient les t&#233;moins que nous avons mentionn&#233;s et que personne n'ai dout&#233; de la r&#233;alit&#233; des &#171; manifestations &#187; dont ils faisaient foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit par inspiration heureuse, soit par quelque pulsion de d&#233;truire, on proposa un jour &#8211; personne apparemment pour se souvenir de qui vint la suggestion &#8211; d'arracher la vigne vierge, et apr&#232;s un d&#233;bat bien argument&#233; on le fit. On ne trouva rien que la racine, m&#234;me si pourtant rien n'aurait pu &#234;tre plus &#233;trange...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cinq ou six pieds du tronc, qui avait &#224; la surface du sol un diam&#232;tre de plusieurs pouces, il s'enfon&#231;ait droit et unique, dans une terre meuble et friable ; puis il se divisait et sous-divisait en racines, fibres, filaments, bien curieusement entrelac&#233;s. Quand on les eut extraits du sol ils r&#233;v&#233;l&#232;rent une formation singuli&#232;re. Dans leurs ramifications et d&#233;doublements des uns sur les autres ils formaient un filet compact, ayant en taille et forme une curieuse ressemblance &#224; une silhouette humaine. On reconnaissait la t&#234;te, le tronc et les membres ; m&#234;me les doigts et les orteils &#233;taient parfaitement distincts ; et beaucoup pr&#233;tendaient que dans la distribution et l'arrangement des fibres dans la masse globuleuse, on reconnaissait la suggestion grotesque d'un visage. La figure s'&#233;tait constitu&#233;e horizontalement ; les plus petites racines avaient commenc&#233; de se r&#233;unir &#224; la poitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la ressemblance &#224; une forme humaine, l'image restait imparfaite. &#192; environ dix pouces d'un des genoux, les brins formant cette jambe s'&#233;taient abruptement d&#233;doubl&#233;s vers l'int&#233;rieur et &#233;taient repartis vers l'arri&#232;re en pleine croissance. &#192; la figure il manquait le pied gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait qu'une seule d&#233;duction &#224; en tirer &#8211; la plus &#233;vidente ; mais de l'excitation qui suivit, il r&#233;sulta autant de pistes d'action qu'on disposait d'incapables donneurs de conseils. La question fut r&#233;gl&#233;e par le sh&#233;rif du district, qui avait la charge officielle du domaine abandonn&#233;, et qui ordonna qu'on r&#233;-enterre les racines et que l'excavation soit rebouch&#233;e avec les d&#233;blais qu'on en avait tir&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te qui fut men&#233;e ne prouva qu'un seul fait pertinent et signifiant : madame Harding n'avait jamais rendu visite &#224; sa famille dans l'Iowa, ils ne savaient m&#234;me pas qu'elle en e&#251;t eu l'intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Robert Harding et du reste de sa famille on ne sait rien. La maison garde sa r&#233;putation maudite, mais la vigne vierge replant&#233;e est si saine et parfaitement v&#233;g&#233;tale que m&#234;me une personne sensiblement nerveuse peut aimer s'y asseoir une nuit agr&#233;able, quand les grillons r&#226;pent leur r&#233;v&#233;lation imm&#233;moriale et qu'au loin l'engoulevent rajoute son commentaire quant &#224; ce qu'on doit en penser.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;12&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Veille chez le vieil Eckert&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Philip Eckert a v&#233;cu de nombreuses ann&#233;es dans une vieille maison de bois aux fondations de pierre, &#224; environ cinq kilom&#232;tres de la petite ville de Marion, dans le Vermont. Il doit y avoir un bon paquet de gens encore vivants &#224; se rappeler de lui, et pas d&#233;sagr&#233;ablement, je crois, et &#224; savoir quelque chose de l'histoire que je vais vous conter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bonhomme Eckert &#187;, comme on l'avait toujours appel&#233;, ne manifestait gu&#232;re de disposition sociale et vivait seul. Comme on ne l'avait jamais connu parler de ses affaires, personne ne savait rien de son pass&#233; ni de ses parents, s'il en avait eu. Sans &#234;tre particuli&#232;rement disgracieux ou repoussant dans sa mani&#232;re de parler, il dissuadait par avance toute curiosit&#233; impertinente, sans m&#234;me parler de cette sale r&#233;putation qu'il avait habituellement de se venger si on le trompait ; d'aussi loin que je sache, la renomm&#233;e de M. Eckert comme assassin repenti ou pirate retir&#233; des &#238;les espagnoles n'&#233;tait jamais parvenue aux oreilles de quiconque &#224; Marion. Il gagnait sa vie en cultivant un lopin &#233;troit et pas tr&#232;s fertile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il disparut un beau jour, et les recherches approfondies de ses voisins &#233;chou&#232;rent &#224; le faire r&#233;appara&#238;tre ou &#224; jeter quelque lumi&#232;re sur ses raisons ou ses traces. Rien qui indiqu&#226;t une d&#233;cision de fuir : tout &#233;tait demeur&#233; comme s'il avait juste &#233;t&#233; chercher un seau d'eau &#224; sa source. Pendant quelques semaines, on ne parla pas de beaucoup d'autre chose dans la r&#233;gion ; puis le &#171; bonhomme Eckert &#187; devient une l&#233;gende de village pour les &#233;trangers de passage. Je ne sais pas ce qu'on fit de sa propri&#233;t&#233; &#8211; ce qu'il est convenu l&#233;galement de faire, sans aucun doute. La maison &#233;tait toujours debout, parfaitement vide et ostensiblement d&#233;labr&#233;e, la derni&#232;re fois que j'en entendis parler, quelque vingt ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r on la consid&#233;ra comme &#171; hant&#233;e &#187;, et on vit appara&#238;tre les habituels racontars de lumi&#232;res se d&#233;pla&#231;ant, g&#233;missements sourds et apparitions qui vous faisaient tressaillir. Une fois, cinq apr&#232;s sa disparition &#224; peu pr&#232;s, ces histoires surnaturelles se firent si insistances, ou prirent une telle importance au regard de quelque circonstance av&#233;r&#233;e, que les plus honorables des habitants de Marion consid&#233;r&#232;rent de leur devoir d'enqu&#234;ter, et pour cela se dispos&#232;rent &#224; passer une nuit sur les lieux. L'&#233;quipe qui l'entreprit fut constitu&#233;e de John Holcomb, pharmacien, Wilson Merle, avocat, et Andrus C. Palmer, l'instituteur de l'&#233;cole publique, tous hommes de r&#233;solution et r&#233;putation. Il &#233;tait convenu qu'ils se retrouveraient chez Holcomb &#224; huit heures du soir le jour pr&#233;vu, et se rendraient ensemble sur le th&#233;&#226;tre de leur veille, avec certaines facilit&#233;s pour leur confort, et ils avaient d&#233;j&#224; constitu&#233; une provision de bois puisqu'on &#233;tait en hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palmer ne respecta pas son engagement, et apr&#232;s l'avoir attendu une demi-heure les deux autres partirent pour la ferme d'Eckert sans lui. Ils s'y install&#232;rent dans la pi&#232;ce principale devant un bon feu, et sans autre lumi&#232;re que ce qu'il leur en fournissait, attendirent les &#233;v&#233;nements. Il &#233;taient convenus de ne parler que le moins possible : ils ne comment&#232;rent m&#234;me pas de nouveau leurs points de vue concernant la d&#233;fection de Palmer, qui leur avait occup&#233; l'esprit tout le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure ou &#224; peu pr&#232;s avait pass&#233; sans incident quand ils entendirent (et non sans &#233;motion, aucun doute l&#224;-dessus) le bruit d'une porte qui s'ouvrait &#224; l'arri&#232;re de la maison, suivie par des pas dans la pi&#232;ce adjoignant celle o&#249; ils &#233;taient assis. Les veilleurs se remirent sur leurs pieds mais se tinrent fermes, pr&#234;ts &#224; quoi que ce soit qui se manifesterait. Un long silence s'ensuivit &#8211; long de combien, aucun d'eux n'oserait le dire par la suite. Alors la porte entre les deux pi&#232;ces s'ouvrit et un homme entra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait Palmer, il &#233;tait p&#226;le, comme d'une grande excitation &#8211; aussi p&#226;le que les deux autres se sentaient eux-m&#234;mes. Ses mani&#232;res aussi &#233;taient singuli&#232;rement distraites : il ne r&#233;pondit m&#234;me pas &#224; leurs salutations, ni m&#234;me ne les regarda, mais marcha lentement &#224; travers la pi&#232;ce, dans la lumi&#232;re du feu faiblissant, ouvrit la porte de devant et disparut dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui semble avoir &#233;t&#233; la premi&#232;re pens&#233;e des deux hommes, c'est que Palmer &#233;tait au comble de l'effroi &#8211; qu'il avait vu, entendu ou imagin&#233; quelque chose dans la pi&#232;ce de derri&#232;re qui l'avait priv&#233; de ses sens. Agissant d'un m&#234;me &#233;lan amical, les deux hommes se pr&#233;cipit&#232;rent apr&#232;s lui par la porte ouverte. Mais ni eux ni personne ne revit jamais ni n'entendit parler d'Andrus Palmer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se confirma et v&#233;rifia le lendemain matin. Pendant la veille de messieurs Holcomb et Merle dans la &#171; maison hant&#233;e &#187;, plusieurs pieds de neige fra&#238;che &#233;tait tomb&#233;e sur l'ancienne. Dans cette neige, la trace de Palmer depuis chez lui jusqu'&#224; la porte arri&#232;re de la ferme d'Eckert &#233;tait d'&#233;vidence. Mais elle finissait l&#224; : rien ne sortait depuis la porte de devant, sinon les traces des deux hommes &#224; la poursuite du premier. La disparition de Palmer &#233;tait aussi radicale que celle du &#171; bonhomme Eckert &#187; lui-m&#234;me &#8211; lequel, bien s&#251;r, fut accus&#233;e noir sur blanc par le r&#233;dacteur du journal local de l'avoir &#171; attrap&#233; et enlev&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;13&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;La maison aux apparitions&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Sur la route qui part de Manchester vers Booneville, &#224; 30 kilom&#232;tres au nord, dans l'est du Kentucky, on trouvait vers 1862 sur une plantation une maison de bois d'une apparence bien sup&#233;rieure &#224; la plupart des autres &#233;tablissements de la r&#233;gion. La maison fut d&#233;truite par le feu l'ann&#233;e suivante &#8211; probablement par quelques tra&#238;nards de la colonne en retraite du g&#233;n&#233;ral George W. Morton, quand il fut d&#233;plac&#233; de Cumberland Gap jusqu'&#224; la rivi&#232;re Ohio par le g&#233;n&#233;ral Kirby Smith. Au moment de sa destruction, elle &#233;tait abandonn&#233;e depuis quatre ou cinq ans. Les champs tout autour &#233;taient mang&#233;s de ronces, les haies tomb&#233;es, m&#234;me les baraques des n&#232;gres, et les autres b&#226;timents, tombaient partiellement en ruines &#224; force de n&#233;gligence et pillage ; parce que les n&#232;gres et les pauvres blancs du voisinage avaient trouv&#233; dans les b&#226;timents et les champs cl&#244;tur&#233;s du combustible &#224; foison, et ils y puisaient sans h&#233;sitation, de jour et ouvertement. Mais &#224; la lumi&#232;re du jour seulement ; la nuit tomb&#233;e, aucun &#234;tre humain, hors quelque &#233;tranger de passage, ne se serait approch&#233; du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la nommait &#171; la maison aux apparitions &#187;. Qu'elle &#233;tait occup&#233;e par des esprits diaboliques, visibles, audibles et actifs, personne n'en doutait dans toute la r&#233;gion, pas plus qu'on ne doutait de ce que vous apprenait le pr&#234;cheur itin&#233;rant des dimanches. De l'opinion de ses propri&#233;taires sur l'affaire, on ne savait rien ; lui et sa famille avaient disparu une nuit et on n'en avait jamais retrouv&#233; aucune trace. Ils avaient tout laiss&#233; &#8211; les r&#233;serves et conserves, les habits et provisions, les chevaux dans l'&#233;table, les vaches dans les champs, les n&#232;gres dans leurs baraques &#8211; tout comme c'&#233;tait ; rien ne manquait &#8211; sinon un homme, une femme, trois filles, un adolescent et un b&#233;b&#233;. Il n'&#233;tait donc pas surprenant qu'une plantation o&#249; on avait pu effacer simultan&#233;ment sept &#234;tres humains et personne pour rien comprendre soit plut&#244;t suspecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit de juin 1859, deux citoyens de Frankfort, le colonel J.C. McArdle, un avocat, et le juge Myron Veigh, de la Milice d'&#201;tat, arrivaient de Booneville &#224; Manchester. Leur affaire &#233;tait si importante qu'ils d&#233;cid&#232;rent de foncer, malgr&#233; l'obscurit&#233; et les grondements d'une temp&#234;te approchante, qui fondit sur eux juste comme ils arrivaient au niveau de &#171; la maison des revenants &#187;. Il y avait tant d'&#233;clairs qu'il leur fut facile de se frayer chemin vers l'all&#233;e puis vers une remise, o&#249; ils attach&#232;rent et d&#233;sharnach&#232;rent leur carriole. Puis sous la pluie battante ils coururent jusqu'&#224; la maison et frapp&#232;rent &#224; la porte sans obtenir nulle r&#233;ponse. Pensant que c'&#233;tait &#224; cause du grondement continu de l'orage, ils pouss&#232;rent une des portes, qui s'entrouvrit. Ils entr&#232;rent sans autre c&#233;r&#233;monie et referm&#232;rent la porte. &#192; cet instant il n'y eut plus qu'obscurit&#233; et silence. Pas un rai de lumi&#232;re qui provienne des &#233;clairs incessants ne p&#233;n&#233;trait les fen&#234;tres, fissures ou l&#233;zardes ; pas un murmure de l'affreux tumulte qui les avait pouss&#233;s jusqu'ici. Ce fut comme s'ils &#233;taient soudain devenus aveugles et sourds, et McArdle dit apr&#232;s-coup que pendant un instant il avait cru avoir &#233;t&#233; frapp&#233; lui-m&#234;me par la foudre alors qu'il avait franchi le seuil. Et c'est lui qui relatera le reste de l'aventure, avec ses mots, tels qu'il le fit dans le &lt;em&gt;Frankfort Advocate&lt;/em&gt; du 6 ao&#251;t 1876 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'eus &#224; peu pr&#232;s repris mes esprits depuis l'effet surprenant de cette transition du vacarme au silence, mon premier r&#233;flexe fut de r&#233;ouvrir la porte que j'avais referm&#233;e, et de la poign&#233;e de laquelle je n'avais pas conscience d'avoir enlev&#233; ma main ; je la sentais distinctement, serr&#233;e dans les phalanges de mes doigts. Mon id&#233;e &#233;tait m&#234;me de retourner de la temp&#234;te dont nous &#233;tions d&#233;sormais priv&#233;s de la vue et du bruit. Je tournai la poign&#233;e et tirai la porte &#224; moi. Elle conduisait &#224; une autre pi&#232;ce !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une lumi&#232;re faible et verd&#226;tre diffusait depuis cet appartement, sans que je puisse en d&#233;terminer la source, rendant chaque chose distinctement visible, m&#234;me si rien n'y &#233;tait vraiment d&#233;fini. Tout, j'ai dit, mais &#224; la v&#233;rit&#233; les seuls objets &#224; l'int&#233;rieur des murs de pierre nue de cette pi&#232;ce &#233;taient des corps humains. Leur nombre &#233;tait peut-&#234;tre de huit ou dix &#8211; on doit bien comprendre que je ne les ai pas vraiment compt&#233;s. Ils &#233;taient de diff&#233;rents &#226;ges, ou plut&#244;t de tailles, y compris des enfants, et des deux sexes. Tous &#233;taient prostr&#233;s sur le sol, l'un except&#233;, apparemment une jeune femme qui elle &#233;tait assise, le dos appuy&#233; contre l'angle d'un mur. Un b&#233;b&#233; s'agrippait aux bras d'une autre femme, plus &#226;g&#233;e. Un gamin pas encore grandi reposait visage contre terre en travers des jambes d'un homme avec une longue barbe. Un ou deux &#233;taient presque nus, et la main d'une jeune femme tenait encore le fragment d'une chemise qu'elle avait d&#233;chir&#233;e sur sa poitrine. Les corps &#233;taient dans diff&#233;rents &#233;tats de d&#233;composition, les visages et expressions avaient le plus souffert. Certains n'&#233;taient presque plus que des squelettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tandis que je restais paralys&#233; d'horreur par ce spectacle d&#233;go&#251;tant, tenant encore la porte ouverte, mon attention fut divertie de la sc&#232;ne choquante comme par quelque perversit&#233; inavouable, comme de ne s'occuper que des v&#233;tilles et d&#233;tails. Peut-&#234;tre seulement par un instinct de pr&#233;servation de l'esprit, cherchant &#224; reprendre confiance dans des &#233;l&#233;ments qui le d&#233;chargeraient de sa dangereuse tension. Parmi diff&#233;rentes choses, j'observais ainsi que la porte que je retenais ouverte &#233;tait faite de lourdes plaques d'acier rivet&#233;es. &#192; &#233;gale distance l'une de l'autre, et du haut et du bas, trois fortes traverses protub&#233;rantes sur les pennes en biseau. Quand je tournai la poign&#233;e, ils se r&#233;tractaient &#224; ras du bord ; si je la rel&#226;chais, ils ressortaient. C'&#233;tait une serrure &#224; ressort. &#192; l'int&#233;rieur il n'y avait ni poign&#233;e ni aucune sorte de prise &#8211; rien qu'une surface d'acier lisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tandis que je remarquai ces d&#233;tails avec un int&#233;r&#234;t et une attention qui maintenant m'&#233;tonnent quand je m'en souviens, je fus soudain projet&#233; de c&#244;t&#233;, et le juge Veigh, que dans l'intensit&#233; et les vicissitudes de mes sensations j'avais compl&#232;tement oubli&#233;, me poussa et entra dans la pi&#232;ce. &#8220;Pour l'amour de Dieu, je criai, n'entrez pas ! Sortons de cet enfer tout de suite !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne tint aucunement compte de mon avertissement, mais (aussi d&#233;pourvu de crainte que tout gentleman du Sud), se pr&#233;cipita d'un coup jusqu'au centre de la pi&#232;ce, s'agenouilla pr&#232;s d'un des corps pour un examen plus d&#233;taill&#233;, et en souleva avec une tendre d&#233;licatesse la t&#234;te noire et fl&#233;trie dans ses mains. Une forte et d&#233;sagr&#233;able odeur souffla jusqu'&#224; la porte, me mettant dans un &#233;tat de quasi &#233;vanouissement. Mes sens m'abandonn&#232;rent ; je me sentis tomber, et, m'accrochant au bord de la porte, la refermai avec un claquement aigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne me souviens de rien d'autre : six semaines plus tard, je recouvris la raison dans un h&#244;tel &#224; Manchester, o&#249; j'avais &#233;t&#233; transport&#233; par des voyageurs le jour suivant. Pendant toutes ces semaines j'avais &#233;t&#233; pris d'une fi&#232;vre nerveuse se traduisant par un d&#233;lire permanent. On m'avait trouv&#233; &#233;tendu sur la route &#224; plusieurs kilom&#232;tres de la maison ; mais comment je m'en &#233;tais &#233;chapp&#233; jamais je ne le sus. D&#232;s ma gu&#233;rison, et aussit&#244;t que les m&#233;decins me permirent de parler, je m'enquis de ce qui &#233;tait arriv&#233; au juge Veigh, et ils me r&#233;pondirent (pour me rassurer, je le sais maintenant) qu'il &#233;tait chez lui sain et sauf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne pour croire un mot de mon histoire, et pourrait en &#234;tre surpris ? Et qui pour imaginer ma peine quand, revenant enfin chez moi &#224; Frankfort deux mois plus tard, j'appris qu'on n'avait jamais plus entendu parler du juge Veigh depuis cette nuit ? Je regrettai alors am&#232;rement l'orgueil qui, pass&#233;s les tout premiers jours de ma gu&#233;rison, m'avait interdit de r&#233;p&#233;ter une histoire qui me discr&#233;ditait, et d'insister sur sa v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Quand tout cela se fit apr&#232;s-coup, l'enqu&#234;te sur la maison, l'impossibilit&#233; d'y trouver une quelconque pi&#232;ce correspondant &#224; celle que j'avais d&#233;crite, les tentatives de me faire interner pour folie, et mon triomphe sur mes accus&#233;s &#8211; les lecteurs de l'&lt;em&gt;Advocate&lt;/em&gt; sont au courant. Apr&#232;s toutes ces ann&#233;es, j'ai encore confiance dans l'id&#233;e que les fouilles dont je n'ai jamais obtenu permission l&#233;gale, ni la sant&#233; de les entreprendre, parviendrait &#224; mettre la jour le secret de la disparition de mon malheureux ami, et peut-&#234;tre des pr&#233;c&#233;dents occupants et propri&#233;taires de la maison d&#233;serte, maintenant d&#233;truite. Je ne d&#233;sesp&#232;re pas d'entreprendre un jour une telle recherche, et c'est une source de peine immense qu'elle ait &#233;t&#233; autant retard&#233;e par une hostilit&#233; imm&#233;rit&#233;e, une incr&#233;dulit&#233; irresponsable de la famille et des amis du d&#233;funt juge Veigh. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel McArdle est mort &#224; Frankfort le 13 d&#233;cembre de l'ann&#233;e 1879.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;14&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Les autres locataires&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous voulez prendre ce train, dit le colonel Levering, assis dans le salon du Waldorf Astoria, vous aurez &#224; passer la nuit pr&#233;c&#233;dente &#224; Atlanta. C'est une ville agr&#233;able, mais je vous recommande pas de vous installer &#224; la Breathitt House, un de leurs principaux h&#244;tels. C'est une vieille b&#226;tisse en bois qui aurait bien besoin de r&#233;parations. Il y a des br&#232;ches dans les murs &#224; y faire passer un chat. Les chambres n'ont pas de verrous aux portes, pas de meuble sinon une chaise chacune, et des lits avec une couverture sans draps, rien que le matelas. Et m&#234;me une si mesquine accommodation, vous ne serez pas s&#251;r d'en avoir le monopole ; vous courez le risque d'avoir &#224; le partager avec quelques autres. Monsieur, c'est vraiment un h&#244;tel abominable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nuit que j'y ai pass&#233;e fut une d&#233;testable nuit. J'&#233;tais arriv&#233; tard, et un gardien de nuit obs&#233;quieux, &#233;quip&#233; d'une mince chandelle qu'il m'abandonna avec commis&#233;ration, me d&#233;signa ma chambre depuis son guichet du rez-de-chauss&#233;e. J'&#233;tais ext&#233;nu&#233; par deux jours et une nuit de chemin de fer, et &#233;tais encore convalescent d'une blessure &#224; la t&#234;te, coup de feu re&#231;u dans une &#233;chauffour&#233;e. Plut&#244;t que d'aller chercher mieux, je m'allongeai sur le matelas sans me d&#233;shabiller et m'endormit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me r&#233;veillai vers le matin. La lune s'&#233;tait lev&#233;e et brillait par la fen&#234;tre sans rideaux, illuminant la pi&#232;ce d'une lumi&#232;re faible et bleut&#233;e avec quelque chose d'un peu sinistre, m&#234;me si je n'oserais pas dire qu'elle f&#251;t pourtant singuli&#232;re ; tout para&#238;t ainsi &#224; la lumi&#232;re de la lune, si vous y pensez. Imaginez ma surprise et mon indignation quand je d&#233;couvris le plancher occup&#233; par au moins une douzaine d'autres locataires ! Je m'assis, insultant copieusement la direction de cet h&#244;tel incroyable, et &#233;tais sur le point de sauter du lit pour aller faire du grabuge aupr&#232;s du gardien de nuit &#8211; celui aux mani&#232;res obs&#233;quieuses et &#224; la chandelle trop mince &#8211; quand quelque chose de la situation provoqua chez moi une &#233;trange impossibilit&#233; &#224; bouger. Je suppose que c'est ce qu'un auteur de bas-&#233;tage appellerait &#171; glac&#233; de terreur &#187;. Parce qu'&#224; l'&#233;vidence ces hommes &#233;taient tous morts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils reposaient sur leur dos, plac&#233;s en ordre le long des trois c&#244;t&#233;s de la pi&#232;ce, leurs pieds contre le mur &#8211; et contre l'autre mur, le plus &#233;loign&#233; de la porte, il y avait mon lit et ma chaise. Tous leurs visages &#233;taient recouverts, mais sous le tissu blanc qui les recouvrait, les deux corps qui &#233;taient dans le carr&#233; que dessinait le reflet de la lune sous la fen&#234;tre montraient le profil aigu du nez et du menton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pensais que c'&#233;tait un mauvais r&#234;ve et tentai de crier, comme on fait dans un cauchemar, mais ne pus &#233;mettre aucun son. Enfin, d'un effort d&#233;sesp&#233;r&#233;, je posai mes pieds sur le plancher, et passant entre les deux rang&#233;es de visages invisibles et les deux corps les plus pr&#232;s de la porte, je m'&#233;chappai de ce lieu d'enfer et d&#233;gringolai jusqu'&#224; l'entr&#233;e. Le gardien &#233;tait l&#224;, assis derri&#232;re son guichet, dans la lueur mesquine d'une chandelle identique &#8211; juste assis &#224; regarder. Il ne se leva pas, et mon entr&#233;e abrupte n'eut aucun effet sur lui, m&#234;me si je devais ressembler moi-m&#234;me &#224; un de ces cadavres. Il m'apparut soudain que je n'avais pas vraiment observ&#233; qui il &#233;tait &#224; mon arriv&#233;e. C'&#233;tait un type plut&#244;t petit, avec un visage sans couleur et les yeux les plus blancs et mornes que j'aie jamais vu. Et pas plus d'expression que le dos de ma main. Il &#233;tait habill&#233; d'un costume gris sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Esp&#232;ce d'imb&#233;cile, je criai, vous jouez &#224; quoi ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et en disant &#231;a, je tremblai comme une feuille d'arbre dans le vent et ne reconnus pas ma propre voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gardien de nuit s'&#233;tait lev&#233;, s'&#233;tait inclin&#233; (obs&#233;quieusement) et &#8211; non, il avait disparu, et au m&#234;me moment je sentis une main se poser sur mon &#233;paule derri&#232;re moi. Imaginez &#231;a si vous pouvez ! Effray&#233; comme on ne saurait le dire, je me retournai et vis un homme avenant, corpulent, qui me demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Il se passe quoi, camarade ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne fis pas long &#224; le lui raconter, mais avant m&#234;me que j'en termine lui-m&#234;me &#233;tait devenu bl&#234;me. &#8220;Dites donc, me dit-il, c'est vraiment ce que vous avez vu ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je m'&#233;tais repris en main, et la terreur avait fait place &#224; l'indignation. &#8220;Si vous osez en douter, je dis, je vous cr&#232;ve &#224; l'instant !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Non, r&#233;pliqua-t-il, pas besoin d'en venir l&#224; : mais asseyez-vous, et je vous raconte. Ici ce n'est pas un h&#244;tel ; &#231;a l'a &#233;t&#233;, et puis apr&#232;s c'est devenu un h&#244;pital. Maintenant c'est inoccup&#233;, en l'attente de propri&#233;taire. La pi&#232;ce dont vous parlez servait de morgue &#8211; elle &#233;tait toujours remplie de morts. Le personnage que vous appelez le gardien de nuit l'&#233;tait effectivement, et c'est lui qui r&#233;partissait les patients qu'on lui amenait. Je ne comprends pas comment il pouvait &#234;tre l&#224;. Il est mort il y a quelques semaines.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Et vous, qui &#234;tes-vous, &#233;ructai-je ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien, rien, je surveille les lieux, et je passais juste &#224; l'instant, quand j'ai vu de la lumi&#232;re je suis entr&#233; pour voir. Montons jusqu'&#224; cette pi&#232;ce&#8221;, dit-il, attrapant la chandelle mourante sur le guichet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Je vous reverrai plut&#244;t aux enfers&#8221;, dis-je ! Et je m'&#233;chappai dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Je vous le dis, monsieur, cette Breathitt House, &#224; Atlanta, est un lieu infect, ne vous y arr&#234;tez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211; Dieu me pardonne ! Votre r&#233;cit ne sugg&#232;re certainement pas le confort... Mais juste comme cela, mon colonel, quand donc cela se produisit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211; Septembre 1864, &#8211; peu apr&#232;s le si&#232;ge. &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;15&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Ce qui s'est pass&#233; &#224; Nolan&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Juste au sud d'o&#249; la route qui va de Leesville &#224; Hardy, dans l'&#201;tat du Missouri, croise la rive est de May Creek, il y a une maison abandonn&#233;e. Personne n'a v&#233;cu l&#224; depuis l'&#233;t&#233; 1879, et elle se d&#233;grade tr&#232;s vite. Jusqu'il y a trois ans avant la date mentionn&#233;e ci-dessus, elle &#233;tait occup&#233;e par la famille de Charles May, dont un des anc&#234;tres a donn&#233; son nom &#224; la crique voisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille dudit May consistait en sa femme, un fils adulte et deux filles plus jeunes. Le nom de son fils &#233;tait John &#8211; l'auteur de ce r&#233;cit n'a pas eu connaissance du pr&#233;nom des deux filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John May &#233;tait d'un temp&#233;rament morose et rev&#234;che, ne se mettait pas facilement en col&#232;re, mais &#233;tait dou&#233; d'une capacit&#233; inhabituelle pour des haines mena&#231;antes et implacables. Son p&#232;re &#233;tait de toute autre sorte : de disposition enjou&#233;e et joviale, mais avec un caract&#232;re aussi rapide &#224; changer qu'une flamme qui prend soudainement dans une botte de foin, qui se consume en un instant et dispara&#238;t sans trace. Il ne connaissait pas le ressentiment, et, une fois sa col&#232;re partie, &#233;tait prompt &#224; proposer des ouvertures pour la r&#233;conciliation. Il avait un fr&#232;re vivant aupr&#232;s, qui lui diff&#233;rait en ces aspects, et c'&#233;tait un bon mot courant dans le voisinage de dire que John tenait tout de son oncle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dispute s'amor&#231;a un jour entre le p&#232;re et son fils, et le p&#232;re frappa le fils d'un coup de poing en pleine figure. John essuya impassible le sang qui lui coulait sur le visage, regarda lourdement l'offenseur d&#233;j&#224; dans le regret, et dit d'un ton froid : &#171; Tu mourras d'avoir fait &#231;a &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots furent entendus de deux fr&#232;res du nom de Jackson, qui s'approchaient des deux hommes &#224; ce moment, mais qui, voyant qu'ils &#233;taient pleine querelle, s'&#233;taient tenus &#224; l'&#233;cart, et ils ne se surent pas observ&#233;s. Charles May raconta ensuite la malheureuse histoire &#224; sa femme et expliqua qu'il s'&#233;tait excus&#233; aupr&#232;s de son fils pour son coup de poing intempestif, mais en vain ; le jeune homme avait non seulement rejet&#233; la r&#233;conciliation, mais avait refus&#233; de retirer sa terrible menace. Pour autant, ils n'avaient pas rompu leurs relations : John continuait de vivre en famille, et les choses recommenc&#232;rent comme devant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dimanche matin, en juin 1879, deux semaines environ apr&#232;s ce que nous venons de dire, May le p&#232;re quitta la maison d&#232;s le petit-d&#233;jeuner, emportant une b&#234;che. Il dit qu'il devait creuser autour de certaine source dans un bois &#224; un kilom&#232;tre de l&#224;, pour que le b&#233;tail puisse y boire. John resta &#224; la maison pendant quelques heures, occup&#233; &#224; se raser, puis &#233;crire des lettres et lire le journal. Ses fa&#231;ons &#233;taient exactement ce qu'il &#233;tait d'habitude ; peut-&#234;tre &#233;tait-il l&#233;g&#232;rement plus morose et rev&#234;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 2 heures l'apr&#232;s-midi il quitta la maison. Il revint &#224; 5 heures. Pour des raisons qui n'ont rien &#224; voir avec celles de cette histoire, et dont on n'a pas fait trace, l'heure de son d&#233;part et celle de son retour furent confirm&#233;es par la m&#232;re et les s&#339;urs, ce qui fut attest&#233; &#224; son proc&#232;s pour meurtre. Il fut observ&#233; que ses v&#234;tements &#233;taient humides par endroits comme si (ce que le procureur ne manqua pas de pointer apr&#232;s coup) il avait tent&#233; d'en faire dispara&#238;tre des taches de sang. Ses fa&#231;ons &#233;taient &#233;tranges, son air sauvage. Il se plaignit d'&#234;tre malade, monta dans sa chambre et se mit au lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;May le p&#232;re ne revient jamais. Plus tard ce soir-l&#224; on pr&#233;vint les voisins les plus proches, et durant toute la nuit et le jour suivant on mena des recherches dans les bois autour de la source. Il n'en r&#233;sulta rien, sinon les empreintes de pas des deux hommes dans l'argile autour de la source. L'&#233;tat de John May avait empir&#233; pendant ce temps, de ce que le m&#233;decin du lieu nomma une fi&#232;vre c&#233;r&#233;brale, et dans son d&#233;lire parla de meurtre, mais sans dire qui il imaginait en avoir &#233;t&#233; la victime, ni qui il supposait avoir commis le crime. Mais les fr&#232;res Jackson se souvinrent de sa menace et il fut arr&#234;t&#233; comme suspect, tandis qu'un assistant du sh&#233;rif le confina chez lui. L'opinion publique ne fut pas longue &#224; s'&#233;chauffer contre lui, et si ce n'avait &#233;t&#233; de sa maladie il aurait probablement &#233;t&#233; pendu par leur meute. En tout &#233;tat de cause, les voisins se r&#233;unirent le mardi, et &#233;lurent un comit&#233; pour surveiller l'affaire et prendre toute d&#233;cision en toutes circonstances qui leur semblerait l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi tout changea. De la ville de Nolan, &#224; dix kilom&#232;tres de l&#224;, survint une histoire qui jeta une lumi&#232;re toute diff&#233;rente sur l'affaire. Nolan consistait en une &#233;cole, un mar&#233;chal-ferrant, une &#233;picerie-quincaillerie et une demi-douzaine d'habitations. Le magasin &#233;tait tenu par un certain Henry Odell, un cousin de l'ancienne branche des May. L'apr&#232;s-midi du dimanche o&#249; disparut May, M Odell et quatre de ses voisins, tous hommes cr&#233;dibles, &#233;taient assis dans l'&#233;picerie &#224; fumer et parler. C'&#233;tait un jour chaud : et les deux portes de devant et derri&#232;re &#233;taient ouvertes. Vers 3 heures de l'apr&#232;s-midi, Charles May, bien connu d'au moins trois d'entre eux, entra par la porte de devant et sortit par celle de derri&#232;re. Il n'avait ni chapeau ni manteau. Il ne les regarda pas, ni ne les salua en retour, circonstance qui ne les surprit pas, parce qu'&#224; l'&#233;vidence il &#233;tait s&#233;rieusement bless&#233;. Au-dessus du sourcil gauche il y avait une plaie profonde &#8211; une entaille dont le sang coulait, couvrant toute la moiti&#233; gauche de son visage, son cou, et tachant sa chemise gris clair. Tr&#232;s bizarrement, ce qui vint &#224; l'esprit de tous ceux qui &#233;taient pr&#233;sents c'est qu'il s'&#233;tait battu et allait au ruisseau qui coulait &#224; l'arri&#232;re de la cour de la boutique pour se laver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que c'&#233;tait seulement par d&#233;licatesse &#8211; une politesse des gens des bois, qui les retint de le suivre et de lui proposer assistance ; les d&#233;positions &#224; la cour, qui forment la base principale de ce r&#233;cit, se taisent sur tout ce qui n'est pas le fait m&#234;me. Ils attendaient qu'il revienne, il n'est jamais revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordant ce ruisseau derri&#232;re la cour de la boutique, la for&#234;t s'&#233;tend jusqu'&#224; huit kilom&#232;tres &#224; l'arri&#232;re de Medicine Ldge Hill. Sit&#244;t qu'on sur dans le voisinage de celui qui avait disparu de chez lui, qu'on l'avait vu &#224; Nola, il y eut un changement marqu&#233; dans le sentiment et l'&#233;motion g&#233;n&#233;rale. Le comit&#233; de vigilance disparut de l'existence sans m&#234;me prendre la formalit&#233; d'une r&#233;solution. On cessa de chercher dans environs bois&#233;s de May Creek, et presque toute la population m&#226;le joignit ses efforts pour battre les fourr&#233;s entre Nolan et les Medicine Hills. Mais de l'homme disparu on ne trouva nulle trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des plus &#233;tranges circonstances de ce cas &#233;trange, c'est l'inculpation formelle et le proc&#232;s pour meurtre d'un homme dont nul &#234;tre humain ne pouvait pr&#233;tendre avoir vu le corps &#8211; et qu'on ne savait pas &#234;tre mort. Nous sommes tous plus ou moins familiers des caprices et excentricit&#233;s de la loi quand on approche les fronti&#232;res, mais ce cas particulier, pense-t-on, est unique. Tout est cependant possible, et il est av&#233;r&#233; qu'&#224; peine gu&#233;ri de sa maladie, John May fut inculp&#233; pour le meurtre de son p&#232;re disparu. L'avocat de la d&#233;fense ne semble pas avoir fait d'objection, et on trait l'affaire &#224; son avantage. L'accusation &#233;tait stupide et superficielle ; la d&#233;fense &#233;tablit ais&#233;ment &#8211; en respect du d&#233;funt &#8211; un alibi. Si, pendant le temps o&#249; John May avait tu&#233; son p&#232;re, s'il l'avait effectivement tu&#233;, Charles May &#233;tait &#224; des kilom&#232;tres d'o&#249; il aurait d&#251; &#234;tre, et &#224; l'&#233;vidence il &#233;tait mort des mains de quelqu'un d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John May fut acquitt&#233; et quitta imm&#233;diatement le pays, on n'entendit plus jamais parler de lui depuis ce jour. Peu de temps apr&#232;s, la m&#232;re et les s&#339;urs d&#233;m&#233;nag&#232;rent &#224; Saint-Louis. La ferme &#233;tait maintenant la possession d'un homme qui poss&#233;dait d&#233;j&#224; les terrains adjacents, et comme il disposait de sa propre maison, celle des May est rest&#233;e vide depuis lors, avec la sombre r&#233;putation d'&#234;tre hant&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, apr&#232;s que la famille May ait quitt&#233; le pays, des enfants, qui jouaient dans les bois le long de May Creek trouv&#232;rent, cach&#233;e sous une masse de feuilles mortes, et revenue partiellement &#224; la surface par le grattement des sangliers, un couteau presque neuf et brillant, sauf la zone &#224; son extr&#233;mit&#233;, rouill&#233;e et tach&#233;e de sang. Et sur sa poign&#233;e, grav&#233;es, les initiales C.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte renouvela, mais sans commune mesure, l'excitation des gens les mois pr&#233;c&#233;dents. On fouilla et examina soigneusement le terrain tout autour d'o&#249; avait &#233;t&#233; trouv&#233; le couteau, et le r&#233;sultat fut l'exhumation du corps d'un homme. Il avait &#233;t&#233; enterr&#233; &#224; deux ou trois pieds dans le sol, et l'endroit recouvert de feuilles mortes et brindilles. La d&#233;composition n'avait eu que peu d'effet, un fait attribu&#233; aux propri&#233;t&#233;s de pr&#233;servation d'un sol tr&#232;s min&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus du sourcil gauche, une blessure &#8211; une profonde entaille dont le sang avait coul&#233;, couvrant toute la moiti&#233; gauche du visage et le cou, et impr&#233;gnant la chemise gris clair. Le cr&#226;ne avait &#233;t&#233; fendu sous le choc. Le corps &#233;tait celui de Charles May.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, qui avait travers&#233; le magasin du vieil Odell &#224; Nolan ?&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;16&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;La difficult&#233; de traverser un champ&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Un matin de juillet 1854, un planteur nomm&#233; Williamson, qui vivait &#224; huit kilom&#232;tres de Selma, Alabama, &#233;tait assis avec sa femme et un de ses enfants sous la v&#233;randa de leur habitation. Juste devant la maison il y avait une pelouse, peur-&#234;tre cinquante m&#232;tres de largeur entre la maison et la grand'route, ou, comme on l'appelait, la &#171; dure &#187;. AU-del&#224; de la route rien qu'une p&#226;ture &#224; l'herbe rase, d'un hectare environ, plane et sans un arbre, ni rocher ni aucun obstacle artificiel &#224; sa surface. &#192; ce moment pr&#233;cis, il n'y avait m&#234;me pas un animal domestique dans le champ. Dans un autre champ, par del&#224; la p&#226;ture, travaillaient une douzaine d'esclaves et leur contrema&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetant le m&#233;got de son cigare, le planteur se leva, disant : &#171; J'ai oubli&#233; de dire un truc &#224; Andrew, concernant les chevaux &#187;. Andrew &#233;tait le contrema&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Williamson suivit paresseusement l'all&#233;e de gravier, cueillant une fleur au passage, traversa la route pour s'engager dans la p&#226;ture, s'arr&#234;tant un moment, quand il lui fallut fermer la barri&#232;re, pour saluer un voisin qui passait, Armour Wren, qui vivait dans la plantation apr&#232;s la leur. M Wren &#233;tait dans un cabriolet d&#233;couvert avec son fils James, un adolescent de treize ans. Quand ils se furent &#233;loign&#233;s de deux cents m&#232;res du point de leur rencontre, M. Wren dit &#224; son fils : &#171; J'ai oubli&#233; de dire un truc &#224; Williamson, concernant les chevaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wren avait vendu des chevaux &#224; Williamson, lesquels auraient d&#251; leur &#234;tre men&#233;s ce jour-l&#224;, mais qui, pour quelque raison qui n'a pas &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;e, ne leur seraient livr&#233;s que le lendemain. Il enjoignit au cocher de faire demi-tour, et comme le cabriolet manoeuvrait, tous trois aper&#231;urent Williamson traverser tout aussi paresseusement la p&#226;ture. &#192; ce moment, un des chevaux du cabriolet tr&#233;bucha et fut pr&#232;s. Il s'&#233;tait &#224; peine repris que le jeune James Wren criait : &#171; C'est quoi, p&#232;re, qu'est-ce qui est arriv&#233; &#224; M Williamson ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le but de ce r&#233;cit que r&#233;pondre &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;trange r&#233;cit que tint M Wren quant aux faits, tenu sous serment dans la suite des proc&#233;dures juridiques relatives &#224; l'h&#233;ritage de Williamson, s'&#233;tablit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exclamation de mon fils me fit me retourner vers l'endroit o&#249; je l'avais vu s'engager un instant plus t&#244;t, mais il n'y &#233;tait plus, et n'&#233;tait plus visible nulle part. J'en fus &#233;videmment alarm&#233;, sans toutefois r&#233;aliser la gravit&#233; de ce qui se passait, m&#234;me si je le trouvai singulier. Mon fils, cependant, restait stup&#233;fait et continuait de r&#233;p&#233;ter sa question sous toutes les formes jusqu'&#224; ce que nous soyons revenus &#224; la barri&#232;re. Mon domestique noir, Sam, &#233;tait pareillement troubl&#233;, et m&#234;me &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, mais je crois que c'&#233;tait plus d&#251; &#224; l'effroi de mon fils qu'&#224; ce qu'il avait lui-m&#234;me observ&#233;. &lt;a href=&#034;&#034;&gt;Ici une phrase ray&#233;e dans le t&#233;moignage.&lt;/a&gt; Comme nous descendions du cabriolet &#224; l'entr&#233;e du champ, et que Sam attachait les chevaux &#224; la barri&#232;re, madame Williamson, son b&#233;b&#233; dans les bras et suivie par plusieurs domestiques, arrivait en courant, et en grande nervosit&#233;, criant : &#171; Il a disparu, il a disparu ! Dieu, quelle affreuse histoire... &#187; et bien d'autres exclamations similaires, dont je ne saurais me souvenir distinctement. Mais j'en tirai l'impression qu'elles parlaient de plus grave &#8211; plus que la simple disparition de son mari, m&#234;me si c'&#233;tait arriv&#233; devant ses yeux. Ses mani&#232;res &#233;taient &#233;tranges, mais pas plus, et j'ai pens&#233; que c'&#233;tait compr&#233;hensible en de telles circonstances. Je n'avais pas de raison de croire &#224; ce moment-l&#224; qu'elle avait perdu l'esprit. Je n'ai jamais entendu parler depuis lors de M Williamson. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce t&#233;moignage, comme on pouvait s'y attendre, fut corrobor&#233; en chaque point par le seul autre t&#233;moin oculaire (si le terme convient) &#8211; le cocher James. Mme Williamson avait perdu la raison et ses domestiques bien s&#251;r n'avaient pas comp&#233;tence pour t&#233;moigner. L'adolescent, James Wren, avait d'abord d&#233;clar&#233; avoir vu la disparition, mais il n'y a rien de tel dans son t&#233;moignage tel que rapport&#233; &#224; la cour. Aucun des travailleurs du champ dans lequel se rendait Williamson n'avait rien vu du tout, et la plus rigoureuse recherche sur la plantation tout enti&#232;re, et dans le pays environnant, ne put fournir aucune piste. Les fictions les plus monstrueuses et grotesques, amplifi&#233;es par les Noirs, coururent dans cette partie de l'&#201;tat pendant bien des ann&#233;es, peut-&#234;tre m&#234;me jusqu'&#224; nos jours ; mais ce qu'on en a dit ici est v&#233;ritablement tout ce qu'on en sait. La cour d&#233;cida que Williamson &#233;tait mort, et distribua son h&#233;ritage selon la loi.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;17&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;La course interrompue&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;James Burne Worson &#233;tait un cordonnier qui vivait &#224; Leamington, Warwickshire, Angleterre. Sa petite boutique &#233;tait situ&#233;e sur une des rues conduisant &#224; la route de Warwick. Il &#233;tait estim&#233; dans son humble sph&#232;re, passait pour honn&#234;te homme, bien qu'il f&#251;t quelque peu adonn&#233; &#224; la boisson, comme beaucoup de son esp&#232;ce dans les villes d'Angleterre. Quand il avait bu, il prenait des paris d&#233;raisonnables. Lors d'une de ces trop fr&#233;quentes occasions, il se vanta de ses prouesses comme coureur et athl&#232;te, et il en r&#233;sulta un d&#233;fi contre nature. Pour un enjeu d'un souverain, il entreprit de courir jusqu'&#224; Coventru et retour, soir une distance d'un peu plus de soixante kilom&#232;tres. C'&#233;tait le troisi&#232;me jour de septembre, en 1873. Au d&#233;part se retrouv&#232;rent l'homme avec qui il avait pris le pari &#8211; dont on n'a pas su le nom &#8211; et pour accompagnants un drapier, Barham Wise, ainsi que le photographe Hamerson Burns, probablement le suivant en cabriolet ou charrette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers kilom&#232;tres tout se passa au mieux, sur un rythme facile et sans effort apparent, tant il avait une r&#233;elle capacit&#233; d'endurance et n'&#233;tait pas suffisamment intoxiqu&#233; pour que cela l'affaiblisse. Les trois hommes dans leur carriole le suivaient &#224; quelque distance &#224; l'arri&#232;re, lui lan&#231;ant &#224; l'occasion des &#171; vas-y &#187; d'encouragement, quand l'enthousiasme les prenait. Mais soudain &#8211; au plein milieu de la route, &#224; m&#234;me pas douze m&#232;tres d'eux, et leurs trois paires d'yeux sur lui &#8211; l'homme sembla se paralyser, tomber en avant t&#234;te la premi&#232;re, et poussant un terrible cri il disparut ! Il n'&#233;tait pas tomb&#233; par terre, il s'&#233;tait &#233;vanoui avant de la toucher. Et jamais on ne retrouva aucune trace de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#234;tre rest&#233; sur les lieux pendant un bon moment, sans savoir quoi faire, les trois hommes repartirent pour Leamington, racontant leur &#233;tonnante histoire, avant de reprendre peu &#224; peu leurs occupations habituelles. Mais ils &#233;taient des citoyens prosp&#232;res, avaient toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s de bonne r&#233;putation, &#233;taient &#224; jeun lorsque cela se produisit, et rien ne vint contredire &#224; leur discr&#233;dit la version de cette aventure dont ils juraient qu'elle &#233;tait fid&#232;le et &#224; la v&#233;rit&#233; de laquelle jamais l'opinion publique ne se divisa dans tout le Royaume Uni. Et s'ils avaient quelque chose &#224; dissimuler, le choix des moyens employ&#233;s serait certainement un des plus surprenants jamais faits par des &#234;tres humains raisonnables.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;18&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;La trace de Charles Ashmore&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La famille de Christian Ashmore se composait de sa femme, sa m&#232;re, deux filles d&#233;j&#224; grandes, et un fils de seize ans. Ils vivaient &#224; Troy, dans l'&#201;tat de New York, &#233;taient confortablement nantis, consid&#233;r&#233;s comme respectables et dot&#233;s de nombreux amis dont quelques-uns, sans aucun doute, en lisant ces lignes apprendront pour la premi&#232;re fois le destin extraordinaire de ce jeune homme. Quittant Troy, les Ashmore d&#233;m&#233;nag&#232;rent en 1871 ou 1872 pour Richmond, Indiana, et un an ou deux plus tard s'&#233;tablirent dans le voisinage de Quincy, Illinois, o&#249; Ashmore le p&#232;re se porta acqu&#233;reur d'une ferme pour vivre de son revenu. &#192; quelque distance de l'habitation jaillissait avec abondance et permanence une source d'eau froide et claire, o&#249; la famille puisait pour ses besoins domestiques en toute saison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 9 novembre 1878, vers 9 heures du soir, le jeune Charles Ashmore quitta le cercle familial rassembl&#233; autour de l'&#226;tre, prit le plus petit des seaux et partit &#224; la source. Comme il ne revenait pas, la famille devint inqui&#232;te, et, ouvrant la porte par laquelle il avait quitt&#233; la maison, son p&#232;re l'appela, sans recevoir de r&#233;ponse. Il alluma ensuite une lanterne et, avec la fille a&#238;n&#233;e, Martha, qui insista pour l'accompagner, partit &#224; sa recherche. Il &#233;tait tomb&#233; une neige l&#233;g&#232;re, cachant le chemin mais d&#233;voilant ais&#233;ment la piste du jeune homme. Apr&#232;s &#234;tre arriv&#233; un peu plus qu'&#224; mi-chemin &#8211; peut-&#234;tre quatre-vingts m&#232;tres &#8211; le p&#232;re, qui marchait devant, s'arr&#234;ta et leva sa lanterne, scrutant avec intensit&#233; les t&#233;n&#232;bres devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi faire cela, p&#232;re ? &#187;, demanda sa fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait cela, la raison : la piste du jeune homme finissait brusquement, et au-del&#224; il n'y avait que la neige vierge et lisse. Les derni&#232;res empreintes &#233;taient aussi visibles que toutes celles de ses pas jusqu'ici ; les derni&#232;res marques de talon &#233;taient distinctement perceptibles. M Ashmore regardait vers l'avant, tenant son chapeau entre ses yeux et sa lanterne pour mieux distinguer. Les &#233;toiles brillaient ; il n'y avait pas un nuage dans le ciel ; lui-m&#234;me maintenant r&#233;futait l'explication qu'il s'&#233;tait un temps imagin&#233;, aussi douteuse qu'elle ait pu &#234;tre &#8211; une nouvelle chute de neige dont la limite aurait &#233;t&#233; ici. Faisant un grand cercle autour de la derni&#232;re trace de pas, pour ne pas la perturber lors d'un examen plus approfondi, l'homme marcha jusqu'&#224; la source, sa fille le suivant, terroris&#233;e et tremblante. Aucun des deux n'avait os&#233; se dire un mot de ce qu'ils avaient observ&#233; tous deux. La source &#233;tait couverte de glace, vieille de plusieurs heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenant vers la maison, ils scrut&#232;rent l'apparence de la neige des deux c&#244;t&#233;s des traces de pas, sur toute sa longueur. Aucune empreinte ne s'en &#233;loignait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour revenu, le matin suivant, ne r&#233;v&#233;la rien de plus. Lisse, vierge, continue, la mince couche de neige recouvrait tout &#224; &#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours plus tard, la mer elle-m&#234;me accabl&#233;e se rendit &#224; la source pour chercher de l'eau. Elle revint et racont&#233; qu'en passant pr&#232;s de l'endroit o&#249; avaient fini les empreintes, elle avait entendu la voix de son fils et l'avait &#233;nergiquement appel&#233;, se demandant d'o&#249; venait la voix, qu'elle avait per&#231;u tant&#244;t depuis une direction, tant&#244;t depuis une autre, jusqu'&#224; ce qu'elle soit &#224; bout de fatigue et d'&#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Questionn&#233;e sur ce que disait la voix, elle &#233;tait incapable de le dire, pr&#233;tendant cependant que les mots &#233;taient parfaitement distincts. En un instant la famille enti&#232;re &#233;tait sur place, mais on n'entendit plus rien, et on supposa que la voix &#233;tait une hallucination due &#224; l'anxi&#233;t&#233; immense de la m&#232;re et de son trouble nerveux. Mais pendant des mois apr&#232;s cela, &#224; intervalles irr&#233;guliers, certains jours, plusieurs membres de la famille et d'autres gens entendirent la voix. Tous d&#233;clar&#232;rent que c'&#233;tait immanquablement la voix de Charles Ashmore ; tous s'accordaient &#224; dire qu'elle semblait provenir d'une grande distance, tr&#232;s faible, mais avec une parfaite clart&#233; d'&#233;nonciation ; et aucun pour ne pouvoir d&#233;terminer la direction d'o&#249; elle provenait, ni en r&#233;p&#233;ter les mots. Les intervalles muets devinrent de plus en plus longs, la voix de plus en plus faible et lointaine, et une fois l'&#233;t&#233; arriv&#233; on ne l'entendit plus jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu'un sait le destin de Charles Ashmore, c'est probablement sa m&#232;re. Elle est morte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;19&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;La science devant les faits&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En lien avec ce sujet des &#171; disparitions myst&#233;rieuses &#187; &#8211; dont la m&#233;moire de chacun comporte de nombreux exemples &#8211; il vaut la peine de rappeler l'avis du Dr. Hem, de Leipzig ; non sur le mode de l'explication, &#224; moins que le lecteur choisisse de le consid&#233;rer ainsi, mais pour int&#233;r&#234;t intrins&#232;que, en tant que sp&#233;culation singuli&#232;re. Ce scientifique distingu&#233; a expos&#233; ses vues dans un livre ayant pour titre : &#171; La disparition et sa th&#233;orie &#187; (&lt;em&gt;Verschwinden und seine Theorie&lt;/em&gt;), qui a attir&#233; l'attention, dit un lecteur, &#171; particuli&#232;rement parmi les familiers de Hegel, et les math&#233;maticiens qui pensent que notre existence pr&#233;sente participe de ce qu'on nomme un espace non-euclidien &#8211; ce qui signifie un espace qui a plus de dimension que longueur, largeur et passeur &#8211; un espace dans lequel il devient possible de faire un noeud &#224; une corde infinie, et d'envoyer une balle de caoutchouc dans d'autres mondes sans solution de continuit&#233;, et sans la briser ni la d&#233;truire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Hem pense que dans le monde visible il y a des places vides &#8211; ce qui est plus que simplement vacantes &#8211;, qui seraient une sorte de trous &#224; travers lesquels des objets anim&#233;s ou inanim&#233;s peuvent tomber dans un monde invisible, o&#249; ils ne sont plus ni vus ni entendus. Cette th&#233;orie peut s'exprimer ainsi : l'&#233;ther lumineux qui occupe tout l'espace est une chose mat&#233;rielle &#8211; une substance comme l'air et l'eau, quoique infiniment att&#233;nu&#233;e. Toute force, toute forme d'&#233;nergie peut s'y propager ; tout processus peut y prendre place partout, s'il prend place quelque part. Mais supposez que des cavit&#233;s existent dans ce m&#233;dium universel, comme il y a des cavernes dans la Terre, et des trous dans le gruy&#232;re. Dans de telles cavit&#233;s, il n'y a absolument rien. Ce serait un tel vide qu'on ne saurait artificiellement le produire ; parce que si nous aspirons tout l'air, nous ne saurions aspirer l'&#233;ther. Dans de telles cavit&#233;s, la lumi&#232;re ne se propagerait pas, parce qu'il ne resterait rien de cet &#233;ther. Aucun son n'en parviendrait ; on ne pourrait rien y ressentir. Aucune des conditions n&#233;cessaires &#224; l'action d'aucun de nos sens n'y serait possible. Pour reprendre les mots que l'auteur vient d'utiliser, nulle part le savant docteur le l'exprime aussi pr&#233;cis&#233;ment qu'ici : &#171; Un homme enferm&#233; dans un tel cabinet ne pourrait plus ni voir ni &#234;tre vu ; ni vivre ni mourir, parce que la vie et la mort sont des processus qui ne peuvent &#234;tre que l&#224; o&#249; il y a force, et dans ces espaces vides aucune force n'existe &#187;. Est-ce que de telles affreuses conditions, demanderont certains, sont celles dans lesquelles les amis des disparus s'imaginent qu'ils vivent encore, et sont condamn&#233;s pour toujours &#224; vivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi mal d&#233;grossie et imparfaite qu'elle soit, la th&#233;orie du Dr Hem, dans la mesure o&#249; elle affirme une explication pertinente pour les &#171; disparitions myst&#233;rieuses &#187;, laisse place &#224; de nombreuses objections ; pour certains, la fa&#231;on dont son livre se compla&#238;t dans sa phrase volubile. Mais m&#234;me tel qu'expos&#233; par son auteur, cela n'explique pas les t&#233;moignages relev&#233;s dans certains de ces incidents, et reste incompatible avec certains faits, notamment dans les occurrences relev&#233;es ci-dessus : ainsi, par exemple, les appels de la voix de Charles Ashmore. Et ce n'est pas mon r&#244;le d'adapter les faits &#224; des th&#233;ories qui leur soient compatibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.B.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lovecraft, le carnet de 1933, 1/4 | compressions Poe</title>
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		<dc:date>2020-08-08T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Poe, Edgar Allan</dc:subject>
		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>
		<dc:subject>Bierce, Ambrose</dc:subject>
		<dc:subject>Dunsany, Edward John Moreton Drax Plunkett, baron de</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; suggestions pour &#233;crire de la fiction surnaturelle &#187; : de lire autrement un carnet trop laiss&#233; pour compte&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique162" rel="directory"&gt;un monument Lovecraft&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot309" rel="tag"&gt;Poe, Edgar Allan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot885" rel="tag"&gt;Bierce, Ambrose&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot932" rel="tag"&gt;Dunsany, Edward John Moreton Drax Plunkett, baron de&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4208.jpg?1439222169' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4208.jpg?1439222177&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8226; r&#233;vision, m&#224;j du texte et nouvelle vid&#233;o imminentes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4250' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire Lovecraft&lt;/a&gt; complet, ou vid&#233;os &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4370' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'Instant Lovecraft&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;small&gt;
1, pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale &amp; compressions Poe _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4209' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2, suggestions pour &#233;crire de la fiction&lt;/a&gt; &lt;br/&gt;_ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4210' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3, liste de certaines horreurs &#233;l&#233;mentaires&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4374' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4, 7 + 3 histoires comprim&#233;es&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'on ne se m&#233;prenne pas : les textes pr&#233;sents dans ce carnet ont tous &#233;t&#233; publi&#233;s (sauf la page de garde o&#249; Lovecraft note soigneusement son t&#233;l&#233;phone, son adresse, ses mensurations, qui est pourtant comme une autobiographie mode ultra-bref !), mais en ordre dispers&#233;, dispers&#233;s en annexe d'autres textes, ou dans les accumulations de textes dont on ne sait pas quoi faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se r&#233;f&#232;rera principalement, par exemple, &#224; leur reprise dans le tome 2 des &lt;i&gt;Selected Essays&lt;/i&gt; &#233;dit&#233;s par S.T. Joshi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma surprise est &#224; un autre niveau. Pour Lovecraft, le carnet de petit format a un r&#244;le signifiant dans la gen&#232;se de l'&#233;criture. Par exemple, le 10 ao&#251;t 1925 (il y a juste 90 ans aujourd'hui), apr&#232;s avoir march&#233; toute la nuit dans Brooklyn, quand il a l'id&#233;e impromptue de cette br&#232;ve fiction, &lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article130&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lui&lt;/a&gt;, il prend &#224; 5 heures du matin un ferry pour Staten Island, puis un bus pour traverser l'&#238;le, et un nouveau ferry pour arriver &#224; Elisabethville, dans le New Jersey. &#192; 7 heures, il ach&#232;te dans la premi&#232;re &#233;picerie ouverte un carnet &#224; 5 cts, va s'installer dans un parc et &#224; 11 heures l'histoire sera &#233;crite, le carnet est &#224; usage unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le carnet de 1925, avec ses notes quotidiennes, est aussi un objet tr&#232;s complexe, m&#234;lant rubriques utilitaires et notes personnelles (&lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article146&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travail en cours&lt;/a&gt;, on le sait). On sait aussi que certains de ces carnets ont &#233;t&#233; perdus (ou vol&#233;s, comme celui qui &#233;tait dans son sac noir, sur le bateau de retour d'Albany &#224; New York, au printemps 1934).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a la r&#233;flexion (version bilingue avec appareil critique, c'est une des choses que je rapporterai de ce mois &#224; Providence) sur le &lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article33&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commonplace Book&lt;/a&gt;, cahier que Lovecraft se fabrique lui-m&#234;me, dans lequel il note pendant 15 ans, de 1919 &#224; 1934, des id&#233;es de fiction, en fait ensuite cadeau &#224; Barlow en &#233;change d'une version dactylographi&#233;e sur un format l&#224; encore pas plus grand que nos iPhone, et sur lequel il continuera d'ajouter &#224; la main d'autres id&#233;es de r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ce carnet tenu au quotidien dans les premiers mois de 1937, si d&#233;chirant, tenu tout au long des quelques semaines de son cancer fulgurant (du moins, une fois d&#233;clar&#233;), connu sous le nom de &lt;i&gt;death notebook&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du &lt;i&gt;Remembrancer&lt;/i&gt; est diff&#233;rent : en 1927, Lovecraft est de retour &#224; Providence, la relation avec Sonia se distend (le divorce sera entam&#233; en 1928), pas besoin d'&#233;crire &#224; ses tantes puisqu'il habite de nouveau &#224; Providence. Que faire d'un &lt;i&gt;diary&lt;/i&gt;, ces carnets avec pages pour les comptes, mini atlas, recommandations aux conducteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui &#233;tonne, c'est le luxe de ce carnet : reliure cuir (celle de la John Hay Library commence &#224; se d&#233;sint&#233;grer, je l'ai signal&#233;, mais Lovecraft est bien folklorique pour eux, et qu'un Fran&#231;ais s'y int&#233;resse serait plut&#244;t un soup&#231;on de plus...), tranche dor&#233;e, et dans les pages pratiques on trouve aussi des recommandations... aux businessmen, ce qui n'est certes pas le cas de Lovecraft. Cela ne ressemble pas, lui qui est si exigeant et si soigneux dans ses choix de cartes postales et d'enveloppes, d'encre et de stylo-plumes, mais toujours si &#233;conome (sauf pour ses stylo-plumes et la masse de timbres qu'exige sa correspondance), &#233;crivant ses lettres sur du papier d'h&#244;tel r&#233;cup&#233;r&#233;, griffonnant des notes sur de vieilles enveloppes d&#233;coll&#233;es et d&#233;pli&#233;es, r&#233;cup&#233;rant l'ancien papier &#224; lettres de son ami Kirk quand il a chang&#233; d'adresse : ce carnet ne lui ressemble pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, avec quelque chance de tomber juste, &#233;mettre l'id&#233;e que lors d'une de ses derni&#232;res rencontres avec Sonia, &#224; la toute fin 1927, et dans une derni&#232;re tentative d'enrayer la s&#233;paration, sachant son go&#251;t pour les agendas, l'ayant vu tous les jours remplir celui de 1925, elle lui offre pour l'ann&#233;e suivante ce carnet luxueux, qu'il enferme aussit&#244;t dans une de ses bo&#238;tes pour ne surtout pas s'en servir, avant de l'exhumer en 1933, quand tout est consomm&#233; depuis longtemps et que l'usage qu'il en fait n'a rien &#224; voir avec l'usage initialement pr&#233;vu ? Il y aurait donc la main de Sonia comme celle de Lovecraft, &#224; avoir tenu avant vous le carnet qui vous est confi&#233; pour quelques heures...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est tr&#232;s clair : en 1927, il habite la maison de Barnes Street, ne d&#233;m&#233;nage qu'en 1930 au 66 College Street, l'emplacement vide avec la maison d&#233;sormais transf&#233;r&#233;e 500 m&#232;tres plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1933 que Lovecraft remplit la page de garde du &lt;i&gt;Remembrancer&lt;/i&gt;, l'agenda rest&#233; vierge depuis 1927, et probablement conserv&#233; depuis 6 ans dans une de ses bo&#238;tes &#224; biscuit m&#233;talliques de stockage des manuscrits, et fait de ce carnet un &lt;i&gt;carnet-atelier&lt;/i&gt;, un ensemble de r&#233;flexions sur l'&#233;criture, et le travail de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est curieusement utilis&#233; : la premi&#232;re moiti&#233; de l'&#233;ph&#233;m&#233;ride, remplie de janvier &#224; fin avril, est ainsi titr&#233;e &lt;i&gt;sujets de fictions surnaturelles&lt;/i&gt;, et Lovecraft, &#224; 51 reprises, sur une dur&#233;e qui n'est pas d&#233;terminable, pratique des &lt;i&gt;compressions&lt;/i&gt; d'histoires classiques de diff&#233;rents auteurs, en commen&#231;ant par le principal, Edgar Poe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, sur la deuxi&#232;me partie du carnet, apr&#232;s l'atlas (et les pages avec la population des grandes villes, et autres renseignements comme nous en trouvions dans nos agendas de la Poste), construit trois ensembles : une liste d'id&#233;es de th&#232;mes pour la fiction, une liste de sujets (120...) pour la fiction, ces sujets reprenant en partie les pistes d&#233;gag&#233;es par les &lt;i&gt;compressions&lt;/i&gt; d'histoires, devenues ainsi r&#233;appropriables, et enfin un texte canonique, que Barlow joindra en 1938 &#224; sa premi&#232;re &#233;dition amateur du &lt;i&gt;Commonplace Book&lt;/i&gt; dans sa &#171; maison &#187; d'&#233;dition Futile Press, ces &lt;i&gt;Suggestions pour &#233;crire une histoire&lt;/i&gt; qui pourraient alors devenir un des premiers textes canoniques du &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme il commence l'&#233;criture au milieu du carnet, elle s'effectue &#224; l'envers de l'&#233;ph&#233;m&#233;ride imprim&#233;, et donc du texte initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter aussi que ce qui s'est pass&#233; jusqu'ici, la prise en consid&#233;ration du seul texte &lt;i&gt;Suggestions...&lt;/i&gt; et la dispersion des 3 autres dans des annexes, a conduit &#224; saccager en grande partie la part graphique de l'&#233;criture (ajout de num&#233;rotation par exemple, suppression de la lettrine par laquelle HPL renforce les coupes paragraphes, r&#233;currences d'incipit...). En ce sens, c'est bien un vrai &lt;i&gt;premier&lt;/i&gt; travail d'&#233;dition qu'attend ce carnet plus que singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lovecraft a toujours &#233;crit sur l'&#233;criture (voir ses &lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article48&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes sur la composition litt&#233;raire&lt;/a&gt;, d&#232;s 1920, ou son grand essai de 1925, &lt;i&gt;De la fiction surnaturelle en litt&#233;ratur&lt;/i&gt;e), ce carnet de 1933 est l'ensemble le plus tardif de ses r&#233;flexions sur le comment &#233;crire, r&#233;dig&#233; dans une p&#233;riode o&#249; une bonne partie des plus grands r&#233;cits ont &#233;t&#233; &#233;crits, et restent soumis &#224; refus sur refus, m&#233;pris sur m&#233;pris. &#192; preuve qu'il le r&#233;vise et le recopie plusieurs fois pour certains de ses correspondants &#233;pistolaires, &#224; partir de 1934, mais avec pour titre &lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notes sur l'&#233;criture de la fiction surnaturelle&lt;/a&gt;, ce qui lui permet de pr&#233;ciser et d&#233;velopper cette division en cinq points, mais le contraint &#224; abandonner l'id&#233;e plus g&#233;n&#233;rale du titre initial : &lt;i&gt;Suggestions pour &#233;crire une histoire&lt;/i&gt;. C'est en partie l'importance de cette version de 1934 (qui sera une des premi&#232;res de ses publications posthumes, en mai 1937), o&#249; il parle &#224; la premi&#232;re personne et introduit le texte par ce qui l'a amen&#233;, lui, &#224; la fiction surnaturelle, qui a contribu&#233; &#224; rel&#233;guer ce premier texte pourtant achev&#233;, et &#224; rendre quasi inaccessibles la composition initiale du carnet. En cela aussi, ce serait une raison suffisante pour enfin le publier dans sa complexit&#233; d'objet, sa construction en tant que chantier ouvert, les quatre textes qui le composent s'&#233;crivant manifestement en parall&#232;le, et l'espace graphique du carnet organis&#233; pour cela par Lovecraft &#8211; ind&#233;pendamment de l'int&#233;r&#234;t qu'ont en eux-m&#234;mes la liste des 57 &#171; horreurs &#233;l&#233;mentaires sous-jacentes &#187; et les codicilles &#171; en certains cas &#187; au texte m&#233;thodologique en cinq points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avance l'hypoth&#232;se suivante : c'est comme un ensemble clos, construit comme tel, qu'il faut publier ce carnet, en gardant les 4 textes, &#233;crits en parall&#232;le, dans leur inter-relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on consid&#232;re cette hypoth&#232;se, le carnet &lt;i&gt;Remembrancer&lt;/i&gt;, un ensemble de notes sur l'&#233;criture aussi crucial que le &lt;i&gt;Commonplace Book&lt;/i&gt;, est in&#233;dit aussi bien aux USA qu'en France (et c'est bien ma d&#233;cision de publier ensemble le &lt;i&gt;Commonplace Book&lt;/i&gt;, les 2 carnets et leurs 3 couches d'&#233;criture &#8211; que j'ai pu &#224; peu pr&#232;s d&#233;m&#234;ler d&#233;sormais &#8211;, et le &lt;i&gt;Remembrancer&lt;/i&gt;, pour lui garder un titre diff&#233;rent du texte qui pour l'instant a &#233;t&#233; le seul &#224; en avoir &#233;t&#233; r&#233;ellement pris au s&#233;rieux, les &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4209' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Suggestions&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette premi&#232;re mise en ligne, voici ma traduction d'une trentaine (sur cinquante) de ces &lt;i&gt;compressions&lt;/i&gt; syst&#233;matiques qu'effectue Lovecraft &lt;i&gt;sur les histoires fantastiques qui lui sont les plus ch&#232;res&lt;/i&gt;, et l'int&#233;gralit&#233; des 3 autres textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, si aucune r&#233;v&#233;lation &#224; attendre des textes eux-m&#234;mes, l'id&#233;e que c'est seulement en respectant le chantier de Lovecraft, le statut mat&#233;riel du carnet qui les rassemble et tisse leurs relations, qu'il devient vivante mati&#232;re, o&#249; c'est bien de la gen&#232;se de l'&#233;criture fictionnelle, et de l'invention de r&#233;cit, qu'il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute, &#224; propos de ces &lt;i&gt;compressions&lt;/i&gt; (on y reviendra d'ailleurs d'ici quelques jours dans &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique161' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'atelier en ligne &#233;t&#233; 2015&lt;/a&gt;, que si je connaissais d&#233;j&#224; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot885' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bierce&lt;/a&gt;, Machen et &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3980' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dunsany&lt;/a&gt;, je leur dois la d&#233;couverte de Montague Rhode James, un autre auteur n&#233;glig&#233;, &#224; red&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota : photographies du carnet &lt;i&gt;Remembrancer&lt;/i&gt; propri&#233;t&#233; de la John Hay Library, non destin&#233;es &#224; publication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_6608 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/remembrancer-06b.jpg?1439222384' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;h2&gt;H. P. Lovecraft | 51 compressions (&#171; weird story plots &#187;)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote&gt;Sujets d'histoires surnaturelles. Structures &#233;l&#233;mentaires (&lt;em&gt;basic skeletons&lt;/em&gt;) apr&#232;s analyse de quelques r&#233;cits standards classiques, avec un aper&#231;u des &#233;l&#233;ments pr&#233;cis et des situations conduisant le plus universellement &#224; leur efficacit&#233;.&lt;/blockquote&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;h2&gt;EDGAR ALLAN POE&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;USHER&lt;/strong&gt;. Le d&#233;clin d'une famille et d'une maison reli&#233;es ensemble &#8211; finiront au m&#234;me moment. Une atmosph&#232;re de menace et de d&#233;clin &#8211; l'enterrement pr&#233;matur&#233; de la soeur &#8211; la peur et les hallucinations auditives du fr&#232;re &#8211; l'apparition dramatique de celle qu'on pensait morte &#8211; l'histoire sans cesse happ&#233;e par son double sens cauchemardesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LIGEIA&lt;/strong&gt;. La volont&#233; persistante de vivre. Une premi&#232;re femme (d'origine myst&#233;rieuse) prend possession du corps de la seconde apr&#232;s sa mort. Atmosph&#232;re &#8211; point culminant : la reconnaissance &#8211; le changement du corps &#8211; plus grand &#8211; le suaire qui tombe r&#233;v&#232;le des cheveux noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MANUSCRIT TROUV&#201; DANS UNE BOUTEILLE&lt;/strong&gt;. Navire en d&#233;tresse &#8211; naufrag&#233; par un &#233;norme et &#233;trange navire, qui surgit au-dessus de l'&#233;pave sur une vague titanesque, comme d'un pic. Le narrateur est jet&#233; dans le gr&#233;ement de l'&#233;trange navire &#8211; y trouve un &#233;quipage &#226;g&#233;, des cartes et instruments d&#233;labr&#233;s et archa&#239;ques, des bois pourris et poreux &#8211; comme du ch&#234;ne espagnol qui se serait naturellement distendu. L'&#233;quipage ne voit pas ni ne semble prendre garde au narrateur. Le nom du navire : &#171; &lt;i&gt;La d&#233;couverte&lt;/i&gt; &#187;. Le grand &#226;ge des hommes impressionne. Le bateau s'en va vers l'Antarctique comme aspir&#233; par une fatalit&#233; &#8211; une puissance infernale consid&#233;rable &#8211; pour &#234;tre aspir&#233; &#224; la fin dans un amphith&#233;&#226;tre monstrueux, un golfe, un tourbillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE PORTRAIT OVALE&lt;/strong&gt;. Dans un ch&#226;teau abandonn&#233;, une peinture qui appara&#238;t vivante. Le voyageur apprend plus tard qu'il s'agit de la femme de l'artiste &#8211; qui, n&#233;glig&#233;e, est morte &#224; son ach&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VALDEMAR&lt;/strong&gt;. Un homme mort, gard&#233; vivant par l'hypnose, tombe dans une ruine instantan&#233;e et compl&#232;te sept mois plus tard, quand on cesse l'hypnose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE CHAT NOIR&lt;/strong&gt;. Un animal tortur&#233; prouve les m&#233;faits de son bourreau en r&#233;v&#233;lant son crime. (Voir aussi &lt;i&gt;Le coeur r&#233;v&#233;lateur.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;WILLIAM WILSON&lt;/strong&gt;. Dans son &#233;cole, un enfant se d&#233;couvre un double &#8211; le nom, l'aspect, l'&#226;ge, la voix, etc. Lui donne de bons conseils (s'am&#233;liorer). Plus tard dans la vie contrecarre ses crimes. Wilson tue son double en duel, avant de devenir un monstre encore pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#201;R&#201;NICE&lt;/strong&gt;. Apr&#232;s une enfance maladive et morbide, le narrateur se fiance &#224; sa cousine. Se prend d'une fiert&#233; anormale pour ses dents. Apr&#232;s sa mort apparente, il viole sa tombe (dans une folie inconsciente) et arrache les dents du corps &#8211; qui vivait encore. On lui raconte son horreur plus tard &#8211; et on trouve les dents de son &#233;pouse dans une bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;METZENGERSTEIN&lt;/strong&gt;. Une atmosph&#232;re d'horreur. Suggestion de m&#233;tempsychose. Les maisons M et B sont ennemies. Une ancienne proph&#233;tie : &#171; Un grand nom tombera d'une chute terrible, quand, comme le cavalier sur son cheval, la mortalit&#233; de Metzengerstein triomphera de l'immortalit&#233; de Berlifitzing &#187;. Le compte B. &#8211; un vieil homme fou de chevaux. Le baron M. &#8211; jeune, farouche. Incendie les &#233;curies choy&#233;es de B. &#8211; le vieux B p&#233;rit en voulant sauver ses chevaux, mais on retrouve son nouveau cheval &#8211; g&#233;ant &#8211; parmi les flammes. Ne voulant le reconna&#238;tre comme celui de B., m&#234;me si marqu&#233; des armes de B., M. le chevauche avec violence. On d&#233;couvre que l'image d'un cheval des anc&#234;tres de B. a disparu d'une tapisserie de M. &#192; la fin, le ch&#226;teau de M. prend feu alors que M. dans sa folie chevauche le nouveau cheval dans la for&#234;t. Le cheval s'emballe et le l'emporte &#224; la mort en se jetant dans les flammes &#8211; la fum&#233;e prend alors la forme d'un gigantesque cheval. Pr&#233;sence d'une lumi&#232;re surnaturelle. L'id&#233;e que le cheval &#233;tait le vieux B. lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/remembrancer-07.jpg?1439222384' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;ARTHUR MACHEN&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE GRAND DIEU PAN&lt;/strong&gt;. De mani&#232;re occulte, une femme voit Pan et engendre une fille. L'enfant &#233;lev&#233; dans la r&#233;clusion &#8211; anecdotes cauchemardesques &#8211; grandit &#8211; conduit des hommes au suicide et &#224; la folie (&lt;i&gt;havock&lt;/i&gt;) &#8211; &#224; la fin exhib&#233;e et mise &#224; mort. Sombre (&lt;i&gt;brooding&lt;/i&gt;) atmosph&#232;re &#8211; entrelac&#233;e avec des allusions &#224; l'antiquit&#233; britannique romaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE PEUPLE BLANC&lt;/strong&gt;. Une petite fille introduite par sa gouvernante dans un culte de sorcellerie infernale. D&#233;couvre plus tard des choses sinistres dans le paysage et murmure des noms &#233;tranges. Devient &#224; la fin une statue dans les bois qui apporte horreur et suicide. Atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE SCEAU NOIR&lt;/strong&gt;. Les petites gens qui vivent dans les montagnes galloises racontent d'&#233;tranges horreurs commises sur les mortels. Le professeur Gregg engage un jeune idiot victime d'un tel sort. Assiste &#224; une horreur dans sa biblioth&#232;que &#8211; une crise d'&#233;pilepsie avec d'&#233;tranges odeurs et la preuve de pr&#233;sences surnaturelles. Laisse une note s'en va dans les montagnes &#224; la rencontre d'une terrible d&#233;couverte. On retrouve plus tard ses habits enroul&#233;s dans un parchemin portant l'inscription en caract&#232;res cryptiques du sceau. Les notes du professeur Gregg s'interrogent sur la similarit&#233; des symboles du sceau babylonien et de l'inscription galloise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA POUDRE BLANCHE&lt;/strong&gt;. Un jeune absorbe une drogue par erreur &#8211; Vinum Sabati &#8211; hideuse et secr&#232;te transformation qui s'en induit &#8211; de plus en plus souvent absent de chez lui &#8211; re&#231;oit de terribles r&#233;v&#233;lations &#8211; une tache noire sur sa main &#8211; qui grandit &#8211; devient reclus chez lui &#8211; horreur &#224; la fen&#234;tre &#8211; &#233;coulement sur le plafond d'en dessous &#8211; on tue l'horreur liqu&#233;fi&#233;e qu'on y trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TERREUR&lt;/strong&gt;. Des b&#234;tes se r&#233;voltent contre l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_6610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/remembrancer-08.jpg?1439222385' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;ALGERNON BLACKWOOD&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES SAULES&lt;/strong&gt;. Une &#238;le d&#233;serte du Danube hant&#233;e par des pr&#233;sences ext&#233;rieures. Elles veulent une victime &#8211; manifestations nocturnes &#8211; on trouve une nouvelle victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CELUI QUI &#201;COUTE&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;The listener&lt;/em&gt;). Un affreux r&#233;sidu psychique rampe autour d'une maison o&#249; est mort un l&#233;preux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANCIENNES SORCELLERIES&lt;/strong&gt;. Un voyageur s'arr&#234;te dans un &#233;trange village de France &#8211; bizarre atmosph&#232;re &#8211; les habitants y ont de secrets arrangements d'int&#233;r&#234;ts. Il dort tr&#232;s profond&#233;ment la nuit. &#201;trange atmosph&#232;re (&lt;em&gt;odd cat atmosphere&lt;/em&gt;) et chats partout. La ville semble se saisir de lui. La fille de l'auberge le fascine et le pousse &#224; son initiation au culte &#8211; &#171; la vieille, vieille vie &#187; &#224; laquelle tous, m&#234;me lui, appartiennent. Il refuse. Enfin, la nuit du Sabbat. Il est pouss&#233; &#224; les suivre tous. Tout le monde est parti pour le Sabbat, laissant la ville d&#233;serte. Il les retrouve dans une clairi&#232;re sur colline solitaire &#8211; ils sont rev&#234;tus des ornements consacr&#233;es &#8211; il les rejoint presque, mais tr&#233;buche et est retard&#233;. S'en va. D&#233;couvre que la silhouette de la ville ressemble &#224; celle d'un chat. Trouve que le temps va de travers. Est rest&#233; une semaine, et pourtant on est seulement deux jours plus tard. On d&#233;couvre plus tard qu'il a tout r&#234;v&#233;, en notant le d&#233;tail, mais que deux sorci&#232;res ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;es en 1700 exactement sur le site o&#249; est l'auberge dans laquelle le voyageur a dormi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_6605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/remembrancer-04.jpg?1439222384' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h2&gt;WALTER DE LA MARE&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA TANTE DE SEATON&lt;/strong&gt;. Tr&#232;s subtil. La tant d'un jeune homme a une influence sinistre. Il s'affaiblit &#8211; priv&#233; de ses fian&#231;ailles par la mort &#8211; voir le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;KEMPE&lt;/strong&gt;. Pr&#232;s d'une fabuleuse chapelle antique sur une dangereuse falaise au bord de la mer vit un &#233;trange ermite &#8211; un ancien th&#233;ologien en qu&#234;te des preuves de l'existence de l'&#226;me humaine. Il est revenu sinistre, d&#233;shabitu&#233; de l'humanit&#233;. Un homme explore la falaise &#8211; au grand p&#233;ril d'une chute &#8211; atmosph&#232;re surnaturelle &#8211; contourne la chapelle scell&#233;e &#8211; trouve l'ermite &#8211; lui parle &#8211; voit finalement de hideuses photographies d'hommes estropi&#233;s en tombant de la falaise &#8211; s'enfuit de terreur et entend l'ermite pleurer alors qu'il s'&#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA TOUSSAINT&lt;/strong&gt;. Une vieille cath&#233;drale au bord de la mer. Un voyageur arrive au cr&#233;puscule. &#201;trange atmosph&#232;re. Les arbres fruitiers ravag&#233;s. Curieuses pr&#233;sences vibratoires et des ombres dans la nuit. Le voyageur entreprend d'entrer dans l'&#233;difice malgr&#233; d'&#233;tranges conditions pour confirmer l'horreur. La ma&#231;onnerie devient de plus en plus raffermie &#8211; comme d'&#234;tre restaur&#233;e par un pouvoir miraculeux. Une atmosph&#232;re diabolique. Est-ce que des choses hideuses font le si&#232;ge de ce lieu solitaire et l'ont restaur&#233; pour leur propre usage ? Le pr&#234;tre a &#233;t&#233; soudainement frapp&#233; de folie quelque temps auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6607 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/remembrancer-06.jpg?1439222384' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;MONTAGUE RHODE. JAMES&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE CARNET DE NOTES DE CANON ALBERIC&lt;/strong&gt;. Un clerc du XVIIe si&#232;cle, &#224; cause de ses p&#233;ch&#233;s (probablement sacril&#232;ges), a un d&#233;mon hideux qui lui est attach&#233;. Il le dessine dans un groupe. Deux si&#232;cles plus tard, un collectionneur visite la cath&#233;drale de ce clerc et entend un faible rire diabolique. Plus tard, le sacristain lui vend un recueil de vieux psaumes, rassembl&#233;s par ce clerc d'autrefois et contenant le dessin. Une peur s'est subtilement empar&#233;e de tous ceux du groupe. La chose appara&#238;t &#224; l'acheteur dans sa chambre d'h&#244;tel. Il d&#233;truit le dessin et offre des messes pour le repos de l'ancien clerc. Ce qui est exceptionnel : que ce d&#233;mon soit rattach&#233; au vieux livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;COEURS PERDUS&lt;/strong&gt;. Un vieil homme &#233;tudie en profondeur de vieux rites des derniers pa&#239;ens &#8211; il a une collection d'&#233;tranges objets du paganisme et un petit temple dans sa r&#233;sidence de campagne. Deux fois, il a &#171; charitablement &#187; recueilli des orphelins sans parent&#232;le, mais ils semblent avoir disparu. Adopte un petit gar&#231;on de ses cousins. L'enfant r&#234;ve qu'il aper&#231;oit un visage dans une ancienne baignoire de zinc de l'autre c&#244;t&#233; de la porte condamn&#233;e d'une salle de bain hors d'usage. Retrouve plus tard sa chemise de nuit d&#233;chir&#233;e &#224; l'emplacement du coeur. Le ma&#238;tre d'h&#244;tel, lui, s'imagine entendre des voix dans la cave, o&#249; on garde le vin. Arrivent l'&#233;quinoxe de printemps et la pleine lune. Moment d&#233;cisif dans la tradition magique. Le vieil homme demande &#224; l'enfant de venir le retrouver pour un motif important avant minuit, disant que personne d'autre dans la maison ne doit le savoir. L'enfant aper&#231;oit d'&#233;trange pr&#233;paratifs, d'ordre magique. &#192; 10 heures du soir, au clair de lune, il aper&#231;oit par la fen&#234;tre les visages d'un gar&#231;on et d'une fille. Plus tard la silhouette du gar&#231;on dans la baignoire. Une derni&#232;re l'effraie encore plus. La main de la petite fille sur son coeur. Le gar&#231;on a une blessure b&#233;ante l&#224; o&#249; aurait d&#251; &#234;tre le coeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE FR&#202;NE&lt;/strong&gt;. Une sorci&#232;re, qui ramassait des branches de fr&#234;ne sous les fen&#234;tres d'un ch&#226;telain, est ex&#233;cut&#233;e sur ces preuves. Elle le maudit depuis son b&#251;cher : &#171; Les fant&#244;mes assailliront tes chambres. &#187; Plus tard on le retrouve mort &#8211; apr&#232;s avoir observ&#233; un petit animal montant et descendant le grand arbre. Cause du d&#233;c&#232;s ind&#233;termin&#233;e, mais de petites piq&#251;res sur la poitrine. Pendant toute une g&#233;n&#233;ration, personne n'utilise la chambre, et ne survient aucune mort. Mais on d&#233;note une &#233;trange mortalit&#233; parmi les animaux du lieu. Puis le petit-fils, qui s'est appropri&#233; la chambre pour y dormir, meurt &#224; son tour. Un chat, qui grimpe dans l'arbre pour y avoir vu quelque chose, s'enfuit en miaulant fr&#233;n&#233;tiquement. On y trouve ensuite quatre gigantesques araign&#233;es, et on br&#251;le l'arbre. Dans ses racines une cavit&#233;, o&#249; on trouve les ossements et la chevelure d'une vieille femme enterr&#233;e depuis tr&#232;s longtemps. Le corps de la sorci&#232;re, qui avait disparu de sa tombe quand on avait agrandi l'&#233;glise. La derni&#232;re victime avait fait br&#251;ler un cercueil vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TRACTATE MIDDOTH&lt;/strong&gt;. Un fant&#244;me attach&#233; &#224; un livre. Un &#233;rudit excentrique cache un testament dans un livre d'une biblioth&#232;que. Demande &#224; &#234;tre lui-m&#234;me enterr&#233; en habit, assis &#224; une table dans sa tombe. L'apparition (dans ce costume, et recouvert des toiles d'araign&#233;es de la tombe) surgit devant quiconque ouvre le livre avec l'intention de d&#233;truire le testament. (Plus efficace s'il existait une motivation moins prosa&#239;que.) &#192; la fin tue un homme qui allait d&#233;truire le testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VUE DEPUIS UNE COLLINE&lt;/strong&gt;. Un vieil horloger retrouve des secrets occultes. Exhume les ossements de cadavres sur la colline des Pendus, et fabrique des masques et un appareil &#224; lentilles optiques capables de r&#233;v&#233;ler des objets disparus. Fait bouillir les ossements et remplit l'appareil avec la solution. Devient c&#233;l&#232;bre pour les antiquit&#233;s qu'il met &#224; jour dans le pays. S'est fait pour les voir un masque taill&#233; dans le front d'un des vieux cr&#226;nes. Une nuit, finalement, il est emport&#233; par les fant&#244;mes invisibles de ceux dont il a viol&#233; les s&#233;pultures. On le voit se battre avec des choses invisibles &#8211; comme si elles l'entra&#238;naient au soin &#8211; et on retrouve plus tard son corps les vert&#232;bres bris&#233;es, parmi les vieilles tombes de la colline des Pendus. L'histoire commence plus tard, lorsque d'autres vont se servir de cet instrument optique infernal. Il leur r&#233;v&#232;le les tours disparues d'&#233;glises en ruines, un gibet dans une clairi&#232;re de la colline maintenant recouverte par la for&#234;t, et tout semble surgi du pass&#233;. L'appareil se d&#233;sint&#232;gre quand apport&#233; dans l'&#233;glise &#8211; r&#233;v&#233;lant le pacte infernal. Quand il &#233;clate, une liqueur &#224; l'odeur naus&#233;abonde d&#233;couverte entre les lentilles. Inf&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/remembrancer-056.jpg?1439222384' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;DUNSANY &amp; D'AUTRES&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DUNSANY, LA MAISON DU SPHINX&lt;/strong&gt;. Un homme entre dans la maison du Sphinx. Trouve ses occupants dans la terreur de quelque chose qui viendrait du bois environnant &#224; cause d'un cerf... qui repose sur le plancher, recouvert d'une couverture. Ils tentent de barrer les portes et les ouvertures. Le Sphinx est apathique et r&#233;sign&#233;. Des choses approchent de la for&#234;t, hurlant et riant. Le voyageur trouve une issue d&#233;labr&#233;e. S'&#233;chappe par une trappe qui donne sur les branches des arbres. On ne saura pas le destin du Sphinx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.W. CHAMBERS, LE SIGNE JAUNE&lt;/strong&gt;. Un artiste, occup&#233; &#224; peindre dans Washington Square, New Yorl, regarde par la fen&#234;tre qui donne sur le cimeti&#232;re. Voit un &#233;trange gardien &#224; l'air cadav&#233;rique. Frissonne. Est impressionn&#233;. Sa peinture s'en va de travers &#8211; les chairs ont l'air d'avoir la gangr&#232;ne ou la l&#232;pre. Son mod&#232;le aussi voit le gardien par la fen&#234;tre. il est l'image de quelqu'un dont elle a r&#234;v&#233; &#8211; et qui conduisait le convoi fun&#232;bre de l'artiste lui-m&#234;me, vu de cette m&#234;me fen&#234;tre. Le jour suivant, le peintre apprend que l'&#233;glise a &#233;t&#233; vendue. Le bedeau, qui a eu une rixe avec le gardien, raconte une horrible histoire &#8211; un des doigts de la main de cet homme lui est rest&#233; dans la main. Peu apr&#232;s, le peintre fait un r&#234;ve aussi horrible que celui de son mod&#232;le &#8211; il est dans le cercueil de ce convoi fun&#232;bre et entend la fen&#234;tre qui s'ouvre. Regardant au dehors, il voit le mod&#232;le &#224; la fen&#234;tre. Puis le convoi s'en va dans une all&#233;e sombre et s'arr&#234;te. Le conducteur &#8211; le sinistre gardien &#8211; regarde le peintre, qui se r&#233;veille. Plus tard, alors que l'artiste revient chez lui au cr&#233;puscule &#8211; le gardien l'accoste avec une voix rauque. Une voix cauchemardesque. &#171; Avez-vous trouv&#233; le signe jaune ? &#187; Le lendemain, le mod&#232;le remet au peintre un vieux fermoir, avec un symbole inconnu &#8211; qu'elle a trouv&#233; dans la rue le m&#234;me jour qu'elle avait fait ce r&#234;ve. Le peintre trouve alors dans sa biblioth&#232;que, de fa&#231;on inexplicable, un livre monstrueux, Le roi en jaune. En d&#233;pit des avertissements, le peintre et son mod&#232;le lisent tous deux le livre maudit et prennent connaissance de son secret. Ils veulent faire dispara&#238;tre le Signe jaune, mais n'y parviennent pas. Finalement, ils entendent le grincement des roues. Le convoi approche. Entre le gardien. Ils ne peuvent le repousser. Le gardien arrache le Signe jaune du manteau de l'artiste. Le mod&#232;le tombe mort. Affreux hurlement. Des gens entrent. Deux morts, le peintre &#224; l'agonie. L'un des morts &#8211; la gardien &#8211; est mort depuis des mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IRVING S COBB, LA T&#202;TE DE POISSON&lt;/strong&gt;. Un Noir m&#233;tisse (mongrel negro) dans une cabane sur la rive d'un lac devient l'ami de gigantesques et hideux poissons-chats, auxquels il ressemble. Deux fr&#232;res le tuent aupr&#232;s du lac, et ils tombent dans l'eau comme si quelque chose par dessous avait renvers&#233; leur canot. Attaque des poissons-chats. Le jour suivant, les trois corps retrouv&#233;s dans le lac. Celui du Noir intact, ceux de ses assassins atrocement mutil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;W. ELWYN BACKUS. LE BUS FANT&#212;ME&lt;/strong&gt;. La fianc&#233;e d'un jeune homme est tu&#233;e dans un accident d'autobus. Lui avait d&#233;clar&#233; qu'elle reviendrait jusqu'&#224; lui si elle &#233;tait la premi&#232;re &#224; mourir. Un an plus tard, il remarque un &#233;trange et sinistre autobus qui passe juste avant celui qu'il prend habituellement pour aller au bureau. En r&#234;ve. Une &#233;trange et persistante odeur quand il monte, et des passagers qui semblent dormir. Sa fianc&#233;e est parmi eux, et soudain elle hurle. M&#234;me si le bus ferraille comme pas possible, il semble glisser avec douceur. Se r&#233;veille en terreur. Le r&#234;ve revient &#8211; au d&#233;but, la sc&#232;ne n'allait pas si loin. Il essaye d'embarquer dans le bus pour de vrai, mais toujours se rendort. La fois o&#249; il tente de ne pas s'endormir, le bus n'appara&#238;t pas. Un nouveau r&#234;ve &#8211; l'action se r&#233;p&#232;te et cette fois va pls loin. S'&#233;crase contre un camion &#8211; il aper&#231;oit enfin vraiment le visage du chauffeur : il en manque une moiti&#233;... On retrouve le corps du jeune atrocement mutil&#233; dans son lit. Il a cri&#233; toute la nuit. On retrouve sur la route le lendemain matin un vieil autobus &#8211; mais pas en service &#8211; tout tordu et bris&#233;. Personne ne peut expliquer comment il est arriv&#233; l&#224;. Des indices de morts &#8211; mais aucun corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONRAD AIKEN, MR. ARCULARIS&lt;/strong&gt;. Apr&#232;s une p&#233;rilleuse op&#233;ration, un homme se retrouve sur un paquebot. On dit que son corps est dans la soute. L'homme a des r&#234;ves et est somnambule &#8211; se retrouve sans cesse allant vers un m&#234;me lieu &#8211; probablement l&#224; o&#249; est son corps. En fait, il est toujours &#224; l'h&#244;pital, endormi sous &#233;ther. Il r&#234;ve tout cela et meurt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PAUL SUTER, DE L'AUTRE C&#212;T&#201; DE LA PORTE.&lt;/strong&gt; Un scientifique repousse une jeune femme qui l'aime. Elle se suicide. Il craint qu'on l'accuse de meurtre et enterre le corps dans un vieux puits de sa cave. Des choses se produisent. Il sent des courants d'air chez lui. Des bruits de raclements. Des choses l'attrapent par les chevilles. De p&#226;les doigts sur le plancher. Quelque chose l'attire insensiblement vers le puits. Il s'imagine que quelqu'un est assis sur la trappe qui le ferme. L'ouvre finalement alors qu'il est seul &#224; la maison &#8211; mais la trappe de pierre se d&#233;tache, tombe sur lui et le paralyse. Il meurt. L'horreur r&#233;v&#233;l&#233;e dans son journal. La police retrouve le corps de sa victime dans son puits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LOT #249, PAR A. CONAN DOYLE&lt;/strong&gt;. Un &#233;tudiant en langues orientales, &#224; l'apparence peu engageante, dans la chambre d'une ancienne tour &#224; Oxford. Il a voyag&#233; en &#201;gypte, o&#249; les gens lui ont montr&#233; une d&#233;f&#233;rence singuli&#232;re. Sa chambre est pleine de curiosit&#233;s &#233;gyptiennes. Vindicatif, cruel, et quelquefois se vantant avec grandiloquence de vastes pouvoirs pour commander au bien et au mal. Ach&#232;te une momie &#233;gyptienne et murmure des incantations rituelles au-dessus d'elle. On le trouve deux fois &#233;vanoui de terreur. Les voisins racontent qu'on entend des bruits de pas dans sa chambre en son absence. Ses ennemis sont bizarrement attaqu&#233;s par une forme simiesque. Un voisin entend marcher alors qu'il lui rend visite &#8211; il s'excuse comme il peut. Le m&#234;me voisin, en rapportant un livre, d&#233;couvre que le sarcophage de la momie est vide, et sent quelque chose le fr&#244;ler dans la pi&#232;ce, puis plus tard, la porte s'ouvrant de nouveau, voit la momie de retour dans le sarcophage. Le voisin fait des remontrances &#224; l'&#233;tudiant et est poursuivi la nuit par une forme qui est sans nul doute celle de la momie. Oxford rempli de la rumeur d'un singe &#233;chapp&#233;. Le voisin prend l'affaire en main et force l'&#233;tudiant, sous la menace d'un pistolet, &#224; br&#251;ler la momie et d&#233;truire le papyrus avec les incantations &#233;tranges. L'&#233;tudiant quitte aussit&#244;t l'universit&#233;, on dit qu'il est parti au Soudan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LEONARD CLINE, LA CHAMBRE NOIRE&lt;/strong&gt;. Un homme con&#231;oit l'id&#233;e de recapturer chaque moment de sa vie &#8211; convaincu que l'enregistrement de sa m&#233;moire, et m&#234;me celle de sa m&#233;moire h&#233;r&#233;ditaire, est ind&#233;l&#233;bilement grav&#233;e dans son cerveau. &#201;labore des notes exhaustives sur son propre pass&#233; &#8211; garde des dossiers de donn&#233;es, et emploie des enqu&#234;teurs pour retrouver les objets et les dates, prendre des images des d&#233;cors reli&#233;s &#224; ses heures pass&#233;es. Se sert des odeurs, des drogues, de la musique pour atteindre des canaux obscurs de sa m&#233;moire et revivifier les heures pass&#233;es. Beaucoup de ces &#233;clats du pass&#233; lui parviennent par les r&#234;ves. Tout &#224; la fin, l'&#233;l&#233;ment de la m&#233;moire h&#233;r&#233;ditaire se laisse deviner. Il r&#234;ve de jours d'avant l'&#232;re humaine, se voit en reptile de l'&#226;ge carbonif&#232;re. Son chien maintenant a peur de lui, et une odeur animale primitive l'englobe peu &#224; peu. Il devient vide et abstrait, comme absent. Il utilise les drogues et la musique pour tenter de limiter ces r&#233;surgences choquantes de m&#233;moire h&#233;r&#233;ditaire si &#233;loign&#233;e. Il semble avoir un plan singuli&#232;rement grandiose pour arracher de l'infini des secrets profonds et ultimes. Pour finir, il devient sous-humain et marche d&#233;penaill&#233; et crasseux, enfin nu. Part dans les bois &#8211; son grand chien l'ayant fui de peur et s'&#233;tant r&#233;fugi&#233; dans une ruine voisine. Hurle sous ses fen&#234;tres la nuit. On le trouve finalement dans les fourr&#233;s, puant d'une odeur &#233;pouvantable et mutil&#233; &#224; mort. &#192; c&#244;t&#233; de lui son grand chien, lui aussi mort et mutil&#233;. Ils se sont tu&#233;s l'un l'autre. L'histoire a ajout&#233; des &#233;l&#233;ments sur la sinistre maison de cet homme. Tr&#232;s tr&#232;s forte atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ambrose Bierce | La fen&#234;tre clou&#233;e</title>
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		<dc:date>2015-07-24T15:16:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>
		<dc:subject>Bierce, Ambrose</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;dans l'&#233;paisseur de l'inconscient am&#233;ricain, quand le fantastique sert de porte &#224; l'invention de litt&#233;rature&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique149" rel="directory"&gt;autour de Lovecraft : Bierce, Dunsany &amp; Co&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot885" rel="tag"&gt;Bierce, Ambrose&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4202.jpg?1437750985' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je d&#233;couvre peu &#224; peu le continent de l'oeuvre d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ambrose_Bierce&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ambrose Bierce&lt;/a&gt;, un des ma&#238;tres de Lovecraft et ses amis (avec m&#234;me un &#233;change de correspondance entre Bierce et Loveman, publi&#233; par Kirk, pour ceux qui suivent le &lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article146&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;journal 1925&lt;/a&gt;).
&lt;p&gt;Apr&#232;s ses &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4054' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Histoires de fant&#244;mes&lt;/a&gt;, j'ai tent&#233; ma version de son fameux &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4064' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Club des parenticides&lt;/a&gt; (en ligne : &lt;i&gt;Huile de chien&lt;/i&gt;), o&#249; le fantastique se risque du c&#244;t&#233; de l'absurde, avec un &#233;trange humour (plus que) noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le gigantesque &lt;a href=&#034;http://www.gutenberg.org/ebooks/author/206&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;continent&lt;/a&gt; de nouvelles arpent&#233; par cet &#233;crivain majeur, les titres m&#234;me sont des r&#234;ves : &lt;i&gt;The damned thing&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Can such things be ?&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;A cynic looks on life&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Cobwebs from an empty skull&lt;/i&gt;, y compris un livre portant sur l'&#233;criture m&#234;me, &lt;i&gt;Write it right&lt;/i&gt;, une autobiographie : &lt;i&gt;Land beyond the blow&lt;/i&gt;, ou ses &lt;i&gt;Negligeable Tales&lt;/i&gt; qui m'enchante finalement plus que son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Devil's dictionary&lt;/i&gt;, cet ensmble &lt;i&gt;In the midst of life&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Brumes de la vie&lt;/i&gt; ?, et hier dans les 6 heures d'avion embarqu&#233; par ce titre &#224; cause du mot &lt;i&gt;fen&#234;tre&lt;/i&gt;, retrouvant dans ce r&#233;cit les grands bois sauvages du &lt;i&gt;Walden&lt;/i&gt; de Thoreau, o&#249; ces b&#226;tisses mi-maisons mi-cabanes dans la ruine de lieux solitaires, dont se servira aussi plusieurs fois Lovecraft, ce texte &#233;tonnant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas fini avec Bierce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Ambrose Bierce | la fen&#234;tre clou&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En 1830, juste &#224; quelques kilom&#232;tres de ce que nous connaissons maintenant comme la grande ville de Cincinnati, s'&#233;tendait une for&#234;t immense et quasiment inviol&#233;e. La r&#233;gion enti&#232;re n'&#233;tait qu'&#224; peine colonis&#233;e par les habitants de la fronti&#232;re &#8211; des esprits tourment&#233;s qui,, &#224; peine ils avaient dress&#233; des maisons plus ou moins habitables dans l'&#233;tendue sauvage et atteint ce degr&#233; de prosp&#233;rit&#233; que nous nommerions aujourd'hui indigence, pouss&#233;s par quelque myst&#233;rieuse impulsion de leur nature, abandonnaient tout et s'en allaient plus loin dans l'ouest, &#224; la rencontre de nouveaux dangers, d'autres privations, et l'effort de regagner ce maigre confort auquel ils avaient volontairement renonc&#233;. Bien d'entre eux avaient d&#233;j&#224; d&#233;laiss&#233; cette r&#233;gion pour s'&#233;tablir plus loin, mais parmi ceux qui &#233;taient rest&#233;s, celui-ci &#233;tait l'un des premiers arriv&#233;s. Il vivait seul, dans une maison de planches entour&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par la grande for&#234;t, dont il semblait lui-m&#234;me une part de l'&#233;clat et du silence, parce que personne ne l'avait jamais vu sourire, ni jamais entendu prononcer un mot pour rien. Il suppl&#233;ait &#224; ses besoins par la vente de quelques fourrures d'animaux sauvages &#224; la ville sur la rivi&#232;re, sans m&#234;me faire pousser quoi que ce soit sur le morceau de terre qu'il aurait pu sans contestation, ni n&#233;cessaire, revendiquer pour sien. Il y avait des preuves d'une &#171; am&#233;lioration &#187; &#8211; quelques ares du terrain bordant imm&#233;diatement la maison avaient &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;s de leurs arbres, dont les souches moisies &#233;taient d&#233;j&#224; recouvertes par les nouvelles pousses ayant r&#233;par&#233; les ravages de la hache. Le z&#232;le de l'homme pour l'agriculture avait apparemment fait long feu, et expir&#233; dans les cendres punitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite maison de planches, sa chemin&#233;e de branches, son toit de bardeaux gauchis, travers&#233; de perches, avec ses jointures d'argile, avait une seule porte et, juste en face, une fen&#234;tre. Sur cette derni&#232;re, cependant, des planches clou&#233;es. Et personne pour se souvenir d'une &#233;poque o&#249; elles n'y &#233;taient pas. Et personne pour savoir pourquoi on l'avait ainsi aveugl&#233;e ; certainement pas &#224; cause d'un d&#233;dain de son occupant pour l'air et la lumi&#232;re, puisque, dans les rares occasions o&#249; un chasseur &#233;tait pass&#233; dans ce lieu solitaire, il avait souvent trouv&#233; le reclus se chauffant lui-m&#234;me au soleil sur le pas de sa porte, et que le ciel avait fourni la chaleur du soleil pour ses besoins. J'imagine qu'il y a encore quelques personnes vivantes &#224; avoir connu le secret de cette fen&#234;tre &#8211; j'en suis un, comme vous allez voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que l'homme s'appelait Murlock. Il avait apparemment soixante-dix ans, en fait seulement cinquante. Quelque chose, &#224; mesure des ann&#233;es, l'avait fait vieillir plus vite. Ses cheveux et sa longue barbe fournie &#233;taient blancs, ses yeux gris et ternes semblaient engloutis, son visage singuli&#232;rement creus&#233; de rides qui semblaient se croiser comme &#224; l'intersection de deux syst&#232;mes. Une silhouette grande et mince, ses &#233;paules vo&#251;t&#233;es comme sous le poids d'une charge. Je ne l'ai jamais vu, je tiens ces d&#233;tails de mon grand-p&#232;re, de qui aussi je tiens l'histoire de cet homme, lorsque j'&#233;tais jeune. Il l'avait connu alors qu'il vivait &#224; proximit&#233;, dans ces jours anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, on retrouva Murlock dans sa cabane, mort. Ce n'&#233;tait pas un temps et un lieu pour les coroners, les enqu&#234;tes et les journaux, et je suppose qu'on le d&#233;clara mort de causes naturelles, sinon on me l'aurait dit, et je m'en souviendrais. Je sais seulement que c'&#233;tait dans l'ordre des choses qu'on l'enterre pr&#232;s de sa cabane, &#224; c&#244;t&#233; de la tombe de sa femme, qui l'avait pr&#233;c&#233;d&#233; depuis tant d'ann&#233;es que les traditions locales avaient &#224; peine retenu une trace de son existence. Ce qui cl&#244;t le chapitre final de cette histoire vraie &#8211; sauf, bien s&#251;r, les circonstances qui firent que bien apr&#232;s, accompagn&#233; d'une &#226;me &#233;galement intr&#233;pide, je visitai l'endroit et m'aventurai assez pr&#232;s de la cabane en ruine et jetai une pierre sur ce qui en restait, avant de m'enfuir &#224; toutes jambes pour &#233;viter le fant&#244;me dont tous les jeunes bien inform&#233;s savaient qu'il hantait le lieu. Mais d'abord le chapitre pr&#233;c&#233;dent &#8211; celui que me fournit mon grand-p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Murloch b&#226;tit sa cabane et commen&#231;a &#224; se servir d'une hache pour en faire une ferme &#8211; le fusil, cependant, &#233;tant son principal outil de travail &#8211; il &#233;tait jeune, fort et plein d'espoir. Dans cette r&#233;gion de l'Est d'o&#249; il venait, il s'&#233;tait mari&#233;, comme c'&#233;tait l'usage, avec une jeune femme en tous points fi&#232;re de son honn&#234;te d&#233;votion, pr&#234;te &#224; partager les dangers et privations qui seraient leur lot, avec bonne volont&#233; et le coeur grand. On ne sait plus comment elle s'appelait ; de ses charmes et de son esprit, silence, et celui qui en doute est libre d'entretenir son doute ; mais Dieu interdise que j'en parle ! De leur affection et de leur bonheur, t&#233;moigne l'assurance intacte de chaque jour que v&#233;cut ensuite le veuf ; quoi d'autre, sinon le magn&#233;tisme d'une sainte m&#233;moire pourrait sinon avoir encha&#238;n&#233; un tel esprit aventureux &#224; un lieu comme celui-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Murloch, s'en revenant de chasser dans un lieu &#233;loign&#233; de la for&#234;t, trouva sa femme prostr&#233;e, avec de la fi&#232;vre et du d&#233;lire. Il n'y avait pas de m&#233;decin &#224; des kilom&#232;tres, ni de voisin ; et elle n'&#233;tait pas en condition de partir pour aller chercher de l'aide. Alors il assuma la t&#226;che de la soigner, mais &#224; la fin du troisi&#232;me jour elle sombra dans l'inconscience et mourut sans avoir apparemment retrouv&#233; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que nous savons d'une nature comme la sienne, nous pouvons nous risquer &#224; imaginer quelques d&#233;tails de ce que mon grand-p&#232;re me dit dans les grandes lignes. Quand il fut convaincu qu'elle &#233;tait morte, Murloch eut assez de sens pour se souvenir qu'on devait pr&#233;parer le mort pour l'ensevelir. En accomplissant ce devoir sacr&#233;, il fit quelques b&#233;vues ici et l&#224;, fit certaines choses incorrectement, et d'autres qu'il fit correctement, il les fit et les refit. Ses erreurs occasionnelles pour accomplir un acte simple et ordinaire le remplirent d'&#233;tonnement, comme un homme saoul stup&#233;fait de l'interruption des r&#232;gles famili&#232;res et naturelles. Il fut surpris, aussi, de ne pas pleurer &#8211; surpris et un peu honteux ; s&#251;rement, ce n'est pas bien, de ne pas pleurer un mort. &#171; Demain, dit-il &#224; haute voix, je dois d'abord assembler le cercueil et creuser la tombe ; et elle me manquera alors terriblement, puisque je ne la verrai plus ; aujourd'hui elle est morte, bien s&#251;r, mais c'est comme &#231;a &#8211; &#231;a doit &#234;tre comme &#231;a. Les choses ne peuvent pas &#234;tre aussi mauvaises qu'elles le semblent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se tenait devant le corps dans la lumi&#232;re disparaissante du cr&#233;puscule, rajustant ses cheveux, donnant la derni&#232;re touche &#224; sa simple toilette, dans un soin inhumain. Et parvenait &#224; sa conscience un sentiment souterrain de faire ce qu'il fallait &#8211; qu'il la retrouverait comme auparavant, et que tout s'expliquerait. Il n'avait pas d'exp&#233;rience du chagrin ; sa capacit&#233; de chagrin n'avait pas &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;e par un pr&#233;c&#233;dent usage. Son coeur ne pouvait pas tout contenir, ni son imagination tout bien concevoir. Il ne savait pas que cela pouvait &#234;tre un choc si mordant ; que le savoir viendrait plus tard, et ne s'en irait plus jamais. Le chagrin est un artiste aux pouvoirs aussi vari&#233;s que les instruments dont il joue, et ses hymnes pour la morte passaient des notes les plus aigu&#235;s et taraudantes &#224; d'autres basses et graves qui r&#233;sonnaient comme le son distant d'un tambour. Cela en fait tressaillir certains, d'autres cela les stup&#233;fie. Pour l'un cela fait comme de bander un arc, cinglant toutes les cordes sensibles de la vie heureuse ; pour d'autres c'est comme l'&#233;crasement d'un coup de gourdin qui vous assomme. On peut supposer qu'il en fut ainsi pour Murlock (et on reste sur un terrain plus solide que la simple conjecture), et sit&#244;t qu'il en eut termin&#233; de son oeuvre pieuse, s'effondrant sur une chaise devant la table o&#249; reposait le corps de son &#233;pouse, remarquant la blancheur bl&#234;me du visage dans l'obscurit&#233; grandissante, il replia ses bras sur le bord de la table, y enfon&#231;a son visage, toujours sans larmes et las &#224; l'extr&#234;me. &#192; ce moment, par la fen&#234;tre ouverte, vint un son comme le bruit d'un enfant perdu dans les profondeurs lointaines de la t&#233;n&#233;breuse for&#234;t. Et de nouveau, et plus pr&#232;s qu'auparavant, se parvint &#224; ses sens d&#233;faillants ce cri hors de la terre. Peut-&#234;tre une b&#234;te sauvage, peut-&#234;tre un r&#234;ve. Parce que Murloch s'&#233;tait endormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures pus tard, comme cela fut r&#233;v&#233;l&#233; plus tard, ce veilleur m&#233;fiant se r&#233;veilla, et relevant le front de ses bras, &#233;couta intens&#233;ment &#8211; sans savoir pourquoi. Alors, dans la noire obscurit&#233; de derri&#232;re la morte, se souvenant de tout sans fr&#233;mir, il entra&#238;na ses yeux &#224; voir &#8211; il ne savait pas quoi. Ses sens &#233;taient en alerte, sa respiration suspendue, son sang m&#234;me &#233;touffait ses vagues pour ne pas troubler le silence. Qui &#8211; ou quoi &#8211; l'avait &#233;veill&#233;, et o&#249; donc c'&#233;tait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain la table trembla sous ses bras, et au m&#234;me moment il entendit, ou s'imagina entendre, un pas souple et l&#233;ger &#8211; et un autre &#8211; comme des pieds nus sur le plancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en fut terrifi&#233; au-del&#224; du pouvoir de crier, ou simplement bouger. R&#233;duit &#224; attendre &#8211; &#224; attendre ici dans le noir dans ce qui semblait des si&#232;cles d'une terreur que personne ne peut conna&#238;tre, ni vivre pour la dire. Il essaya en vain de prononcer le nom de la morte, vainement de tendre sa main &#224; travers la table pour savoir si elle &#233;tait l&#224;. Sa gorge &#233;tait s&#232;che, ses bras et ses mains du plomb. Alors advint quelque chose de plus effrayant encore. Une sorte de corps lourd sembla s'&#234;tre jet&#233; sur la table avec une force qui repoussa sa poitrine si violemment qu'elle faillit le renverser, et au m&#234;me instant il entendit la chute, quelque part sur le sol de planches, de quelque chose, un choc si violent que toute la maison fut secou&#233;e par l'impact. Une rixe s'ensuivit, une confusion de sons qui semble impossible &#224; d&#233;crire. Murloch s'&#233;tait remis debout sur ses pieds. L'exc&#232;s de peur l'avait priv&#233; de tout contr&#244;le de ses facult&#233;s. Il lan&#231;a ses mains sur la table. Il n'y avait plus rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un point o&#249; la terreur peut tourner en folie, et la folie pousse &#224; l'action. Sans intention pr&#233;cise, sans autre motif que l'impulsion d&#233;sordonn&#233;e d'un fou, Murloch se jeta sur le mur, en t&#226;tonnant &#224; peine se saisit de son fusil, et sans viser le d&#233;chargea. Quand l'&#233;clat de la poudre &#233;claira la pi&#232;ce d'une illumination vivante, il vit une &#233;norme panth&#232;re tirer le cadavre de sa femme &#224; travers la fen&#234;tre, ses dents referm&#233;es sur sa gorge. Alors l'obscurit&#233; se fit plus profonde encore qu'avant, et le silence aussi ; et quand il revint &#224; la conscience le soleil &#233;tait lev&#233; et la voix de la for&#234;t pleine de chants d'oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps reposait devant la fen&#234;tre, o&#249; la b&#234;te l'avait abandonn&#233;, quand effray&#233;e par l'&#233;clat du coup de feu et le tir du fusil. Les v&#234;tements &#233;taient retrouss&#233;s, les longs cheveux en d&#233;sordres, les membres &#233;parpill&#233;s. De la gorge, avec son effrayante lac&#233;ration, avait coul&#233; une flaque de sang pas encore compl&#232;tement coagul&#233;. Les rubans dont il avait li&#233; les poignets &#233;taient bris&#233;s, les mains &#233;taient fermement serr&#233;es. Entre ses dents il y avait un lambeau de l'oreille de la b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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