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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>#vasesco | Gwen Denieul, Le lieu qui m'a vu na&#238;tre</title>
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		<dc:date>2013-10-31T18:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>vases communicants</dc:subject>
		<dc:subject>Denieul, Gwen</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;vases communicants de novembre : &#233;change avec Gwen Denieul (Embrasure)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot304" rel="tag"&gt;vases communicants&lt;/a&gt;, 
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je n'ai d&#233;couvert que r&#233;cemment l'&#233;criture de Gwen Denieul mais depuis c'est un &#233;change r&#233;gulier, blog et travail &#224; suivre. Heureux d'accueillir ici ce texte sur l'enfance, et je r&#233;ponds chez lui sur le m&#234;me th&#232;me (depuis Chicago, avec &lt;a href=&#034;http://embrasure.wordpress.com/2013/10/31/la-lettre-dans-la-ville/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la lettre dans la ville&lt;/a&gt;)...
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; son blog : &lt;a href=&#034;http://embrasure.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Embrasure&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sur nerval.fr : &lt;a href=&#034;http://nerval.fr/spip.php?article10&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment les hommes rampent&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#169; photo : &lt;a href=&#034;http://embrasure.wordpress.com/about/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Girfs&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et bien s&#251;r &lt;a href=&#034;http://rendezvousdesvases.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au rendez-vous des vases&lt;/a&gt; pour les visiter tous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Gwen denieul | Enfance&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lus locaux avaient repouss&#233; la mer d'un kilom&#232;tre pour installer un majestueux d&#233;p&#244;t d'ordures. La gr&#232;ve mutil&#233;e d&#233;gageait des odeurs de femmes. Au loin l'arm&#233;e des bouchots se dressait telle une l&#233;gion romaine. L&#233;o fermait les yeux et &#233;coutait durant de longues minutes la rumeur continue du monstre aveugle. Chaque jour il vivait avec la mer. Il lui semblait qu'elle lui avait tout appris et qu'elle le pr&#233;servait de la m&#233;diocrit&#233; du r&#233;el. Pour le gamin qu'il &#233;tait, ce fond de baie &#233;tait aussi vaste que le monde. Maintenant encore, il aime se rappeler qu'il a grandi l&#224;, tout pr&#232;s des falaises sauvages de granit, chez les cannibales. &lt;i&gt;Mon caract&#232;re rugueux vient du lieu qui m'a vu na&#238;tre&lt;/i&gt;, se r&#233;p&#232;te-t-il, &lt;i&gt;mon go&#251;t de l'infini aussi&lt;/i&gt;. Il conna&#238;t la rudesse du vent qui se charge de pluie, les &#233;claircies soudaines et la lumi&#232;re bleue qui glisse sur les rochers. De la fen&#234;tre de sa chambre, l'enfant peut embrasser des centaines d'hectares de landes hagardes. Comme tout petit provincial, il r&#234;ve d'&#233;vasion. L&#233;o n'aime pas &#234;tre d&#233;rang&#233;. Il n'aime pas qu'on p&#233;n&#232;tre dans sa chambre alors qu'il laisse ses pens&#233;es vagabonder sur la lande. &#199;a peut durer des heures. &lt;i&gt;Faudrait qu'il sorte, qu'il prenne un peu l'air&lt;/i&gt;. Il les entend parler &#224; travers la porte et il se tait. L&#233;o est un enfant ombrageux qui sort peu, et lorsqu'il sort, il reste jouer la plupart du temps dans les strictes limites du jardin familial. Dans sa chambre d'enfant lambriss&#233;e, il passe les plus riches heures de son enfance et de son adolescence. Maintenant il s'en rend compte, les angles vivants de cette chambre l'ont tenu &#224; l'&#233;cart du monde, comme s'ils lui dictaient comment il fallait vivre. Pendant de longues ann&#233;es, il s'est complu dans cet univers chtonien qui le fascinait et impr&#233;gnait puissamment ses r&#234;ves. Ce monde fantastique de cit&#233;es englouties et de contr&#233;es hostiles, o&#249; l'&#234;tre humain est ramen&#233; &#224; sa nature accessoire et &#233;ph&#233;m&#232;re, lui &#233;vitait de se confronter au quotidien et &#233;teignait pour un temps l'angoisse permanente qui cache le vrai visage du monstre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;o &#8211; &#192; la pointe extr&#234;me de mon adolescence, je prise les visions abandonn&#233;es sur la gr&#232;ve. Paysage de toute &#233;ternit&#233;. Ce que voyaient les premiers hommes, je le vois &#224; mon tour. Je voudrais me replacer devant la B&#234;te, celle qui, je crois, se trouve aux origines de ma vie. Je dois parcourir le territoire de l'enfance pour la retrouver. Je cherche le long de la gr&#232;ve les pi&#232;ces perdues du puzzle primitif. Maintenant je m'en rends compte : j'ai eu beaucoup de chance de grandir en Bretagne. Cette r&#233;gion est l'arri&#232;re-pays tenace de mon existence. Un go&#233;land argent&#233; plane au dessus de moi. L'oiseau devait &#234;tre un habitu&#233; de la d&#233;charge municipale. Elle a depuis peu &#233;t&#233; enfouie sous des tonnes de gravier. C'est dr&#244;le ce d&#233;sir fou de s'envoler qui s'estompe in&#233;luctablement avec l'&#226;ge. Tr&#232;s difficile ensuite de r&#233;activer les anciennes connexions neuronales. Je m'&#233;loigne des algues toxiques et m'accroupis sur le sable, rien que pour le plaisir de le toucher. Le petit L&#233;o est de retour au nid maritime. Insoup&#231;onnable en ce lieu o&#249; ciel, terre et mer s'interp&#233;n&#232;trent. Le go&#233;land crie au loin. Une partie de mon enfance est dans le cri de ce go&#233;land, me dis-je, et aussi dans l'odeur et la consistance de ces algues gluantes. L'enfant que j'&#233;tais adorait dessiner. Sur la plage il passait son temps &#224; gratter le sable. En touchant du doigt la plage armoricaine, je reprends contact avec le monde f&#233;&#233;rique des premi&#232;res ann&#233;es. Je mets ma raison en sommeil et la &lt;i&gt;fantasy&lt;/i&gt; enfantine r&#233;appara&#238;t. Je dessine tant bien que mal sur le sable humide les traits du monstre de mon enfance. Je tente de faire r&#233;appara&#238;tre celui qui m'avertissait du danger. Mes yeux se plissent. Je r&#233;duis les grains en trop de la gueule, j'augmente la largeur des &#233;paules. Finalement je trouve le r&#233;sultat assez satisfaisant : la chose a un corps de lion couvert d'algues japonaises et une &#233;norme t&#234;te de crapaud, une t&#234;te molle bien-s&#251;r, et pleine de poussi&#232;re. Pas de souffle, et des yeux gigantesques. Sa t&#234;te et son sexe sont d&#233;mesur&#233;s comme ceux d'un nourrisson. Je peux l'observer &#224; loisir. Quand j'&#233;tais gosse je n'en menais pas large face &#224; lui. Pourtant je savais qu'il &#233;tait l&#224; pour me prot&#233;ger. Maintenant je regarde le visage du monstre aplati sous le soleil ; il para&#238;t presque inoffensif. Presque parce que quelque chose en lui reste ind&#233;tectable. Il a gard&#233; la face &#233;trange de mon enfance. Cette chose que je vois et qui me regarde porte la marque de sa diff&#233;rence sur le front. Sa gueule est ouverte mais on n'entend pas son cri. Je voudrais serrer sa longue patte jaune mais je m'en sens incapable. On ne se d&#233;fait pas de ses traumatismes si facilement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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