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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Octave Mirbeau | madame Balzac </title>
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		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>publie.net</dc:subject>
		<dc:subject>Balzac, Honor&#233; de</dc:subject>
		<dc:subject>Mirbeau, Octave</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mirbeau fait tout &#224; l'envers, m&#234;me pour aborder Balzac&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2700.jpg?1352733689' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Un dimanche sous le signe de Mirbeau, et ce texte fou de 1905, &lt;i&gt;La 628-E8&lt;/i&gt;, s'acheter une &lt;a href=&#034;http://exhumoir.kazeo.com/les-exhumations/automobiles-charron-girardot-voigt-france,a233103.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charron-Girardot-Voigt&lt;/a&gt; et partir visiter l'Europe, conduit par Brossette, son chauffeur.
&lt;p&gt;Il y a longtemps que j'ai ce rapport &#224; Mirbeau &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Octave_Mirbeau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'insaisissable&lt;/a&gt;, et peut-&#234;tre qu'Internet nous permet de mieux comprendre, r&#233;trospectivement, ces auteurs qui touchent &#224; tout un ensemble de domaine, y compris porter tout seul un journal. Les blogs ce n'est pas une novation, c'est juste en finir avec l'id&#233;e que l'&#233;crivain &#231;a ressemble &#224; un genre d'endive cultiv&#233;e sur fond de sable dans la cave, bien prot&#233;g&#233; du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard qui fait que j'avais comme prof de fran&#231;ais, en 71-72, l'ann&#233;e avant les Arts et M&#233;tiers, le tr&#232;s singulier Pierre Michel, qui a port&#233; &#8211; sur Internet y compris &#8211; &lt;a href=&#034;http://mirbeau.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'asso Mirbeau&lt;/a&gt; (voir sa &lt;a href=&#034;http://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/PM-preface%20628-E8.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sentation de La 608-E8&lt;/a&gt;. A l'&#233;poque on pensait plus &#224; nos guitares et &#224; nos tracts qu'&#224; ce qu'on gribouillait en vers libres dans nos carnets, mais il nous tannait juste ce qu'il fallait pour nous imposer nos lectures, et maintenant je pense souvent &#224; lui quand j'attaque un cours. Sorte de fa&#231;on de rester en arri&#232;re : prenez ou ne prenez pas, &#231;a ne me regarde pas &#8211; mais si vous voulez y aller &#231;a passe par l&#224;... Et avec lui &#231;a passait &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; par Mirbeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc de la &lt;i&gt;628&lt;/i&gt;, ce soir o&#249; en Allemagne Mirbeau se recolle &#224; Balzac, et commence la r&#233;daction de ce triptyque, &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505469/la-mort-de-balzac&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avec Balzac / La femme de Balzac / Mort de Balzac&lt;/a&gt;. Du coup, scanner et la suite, ce sera en ligne ce soir sur publie.net et &#231;a le m&#233;rite. Et ici, l'irruption dans son r&#233;cit de madame &#200;ve Hanska...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre l'&#233;tranget&#233;, &#224; relire ces 90 pages tr&#232;s physiques et crues de Mirbeau, tient-elle d'abord &#224; ce qu'il serait le dernier &#224; avoir crois&#233; des gens qui avaient r&#233;ellement connu Balzac ? &#8211; alors que, par son go&#251;t des voitures et par Pierre Michel, j'aurais presque connu Mirbeau...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : chambre de Balzac &#224; Sach&#233; (reflet partag&#233; avec &lt;a href=&#034;http://debalzac.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nathana&#235;l G.&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Octave Mirbeau | La femme de Balzac (extrait)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et me voici au drame le plus et aussi le moins connu de la vie de Balzac : son mariage. Bien que nous soient encore obscurs certains &#233;pisodes de cet extraordinaire roman d'amour qui fut, en m&#234;me temps que la m&#233;prise de deux c&#339;urs trop litt&#233;raires, la chute finale de deux ambitions pareillement d&#233;&#231;ues, j'y ajouterai, peut-&#234;tre, quelques &#233;claircissements. Je m'empresse de dire &#224; qui je les dois : au peintre Jean Gigoux, qui fut m&#234;l&#233; tr&#232;s intimement, aussi intimement que Balzac, &#224; la vie de Mme Hanska. Pour authentifier certains faits graves dont un, au moins, de la plus grande horreur tragique, je n'ai, il est vrai, que des confidences parl&#233;es. Mais pourquoi voulez-vous que les confidences parl&#233;es soient moins v&#233;ridiques que les confidences &#233;crites ? Elles ont, au contraire, toutes chances de l'&#234;tre davantage. Jean Gigoux &#233;tait tr&#232;s vieux quand il me les fit, tr&#232;s d&#233;sillusionn&#233;. Il n'avait plus d'orgueil. J'ai toujours pens&#233; qu'il lui avait fallu un grand courage, ou un grand cynisme &#8211; ce qui est souvent la m&#234;me chose &#8211; pour aller jusqu'au bout de sa confidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde sait comment Balzac connut Mme Hanska. En somme l'histoire la plus banale : une lettre d'admiration enthousiaste, trouv&#233;e par lui chez L&#233;on Gosselin, son &#233;diteur, le 28 f&#233;vrier 1832. Elle venait du fond de la Russie, &#233;tait sign&#233;e : &lt;i&gt;L'&#201;trang&#232;re&lt;/i&gt;. &#233;tait tr&#232;s vaniteux, il avait tous les grands c&#244;t&#233;s, si l'on peut dire, de la vanit&#233; ; il en avait aussi tous les petits. Cette lettre le ravit, exalta immens&#233;ment son amour-propre d'homme et d'&#233;crivain. Malheureusement, nous n'avons pas cette lettre&#8230; On suppose que Balzac la br&#251;la, avec beaucoup d'autres, de m&#234;me origine, &#224; la suite d'un drame violent survenu en 1847, croit-on, entre Mme Hanska et lui. Ce que nous savons de cette lettre, c'est par Balzac lui-m&#234;me, qui a dit, &#224; Mme Surville, &#224; quelques amis, qu'elle &#233;tait admirable, qu'elle r&#233;v&#233;lait &#171; une femme extraordinaire &#187;. Ce fut en vain qu'il s'ing&#233;nia &#224; en d&#233;couvrir l'auteur. Sept mois apr&#232;s, il en recevait une autre&#8230; Celle-l&#224;, nous l'avons. Elle est bien romantique, bien emphatique et bien sotte, et, d&#233;j&#224;, elle glisse f&#226;cheusement de la litt&#233;rature dans l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y est &#233;crit, textuellement, ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous devez aimer et l'&#234;tre : l'union des anges doit &#234;tre votre partage ; vos &#226;mes doivent avoir des f&#233;licit&#233;s inconnues ; l'&#201;trang&#232;re vous aime tous les deux et veut &#234;tre votre amie&#8230; Elle aussi sait aimer ; mais c'est tout&#8230; Ah ! vous me comprendrez ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Votre carri&#232;re est brillante, sem&#233;e de fleurs suaves et embaum&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui offrait, cette fois, un moyen, un peu myst&#233;rieux, de correspondre. Beaucoup eussent jet&#233; ces lettres au panier, car je suppose qu'en ce temps-l&#224; les correspondantes litt&#233;raires, semblables &#224; celles d'aujourd'hui, n'&#233;taient, le plus souvent, que de tr&#232;s vieilles femmes hyst&#233;riques ou r&#233;clami&#232;res&#8230; Balzac conserva pieusement ces lettres, y r&#233;pondit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette correspondance, il apprit, non sans une joie enivr&#233;e, que l'&#201;trang&#232;re &#233;tait une grande dame&#8230; Naturellement, elle &#233;tait jeune, belle, comtesse, &#171; colossalement riche &#187;, mari&#233;e &#224; un homme qu'elle n'aimait pas, sup&#233;rieure par l'intelligence et par le c&#339;ur &#224; toutes les autres femmes. Cet esprit si averti, si aigu, si profond&#233;ment humain, croyait, avec une ferveur th&#233;ologale, aux grandes dames. Comme M. Paul Bourget, &#224; qui ce trait commun suffit pour vouer &#224; Balzac une admiration passionn&#233;e, et pour se croire lui-m&#234;me un Balzac, il raffolait de titres et de blasons. Tout de suite, il se mit &#224; aimer, &#233;perdument, la grande dame inconnue. Tout de suite, pour conqu&#233;rir son estime, pour &#233;mouvoir sa sensibilit&#233;, il &#233;tala devant elle sa vie difficile, lui confia ses projets, ses r&#234;ves, ses ranc&#339;urs, ses luttes incessantes, le long martyre de son g&#233;nie. Son imagination aidant, il b&#226;tit, sur la fragilit&#233; distante de cet amour, le plus merveilleux de ses romans, et peut-&#234;tre, d&#233;j&#224;, la plus solide de ses affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbey d'Aurevilly, qui aimait toujours &#224; parler de Balzac et de ce qui avait rapport &#224; Balzac, m'a fait de la comtesse Hanska ce portrait. Elle &#233;tait d'une beaut&#233; imposante et noble, un peu massive, un peu emp&#226;t&#233;e. Mais elle savait conserver dans l'embonpoint un charme tr&#232;s vif, que pimentaient un accent &#233;tranger d&#233;licieux et des allures sensuelles &#171; fort impressionnantes &#187;. Elle avait d'admirables &#233;paules, les plus beaux bras du monde, un teint d'un &#233;clat irradiant. Ses yeux tr&#232;s noirs, l&#233;g&#232;rement troubles, inqui&#233;tants ; sa bouche &#233;paisse et tr&#232;s rouge, sa lourde chevelure, encadrant de boucles &#224; l'anglaise un front d'un dessin infiniment pur, la mollesse serpentine de ses mouvements, lui donnaient &#224; la fois un air d'abandon et de dignit&#233;, une expression hautaine et lascive, dont la saveur &#233;tait rare et prenante. Tr&#232;s intelligente, d'une culture &#233;tendue mais souvent brouill&#233;e, trop &#171; litt&#233;raire &#187; pour &#234;tre &#233;mouvante, trop mystique pour &#234;tre sinc&#232;re, elle aimait, dans la conversation, s'int&#233;resser aux plus hautes questions, o&#249; se r&#233;v&#233;lait l'abondance de ses lectures bien plus que l'originalit&#233; de ses id&#233;es. Elle n'&#233;tait ni spirituelle ni gaie et manifestait, en toutes choses, une grande exaltation de sentiments. Au vrai, un peu d&#233;s&#233;quilibr&#233;e et ne sachant pas tr&#232;s bien ce qu'elle voulait&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; En somme, me disait d'Aurevilly, telle quelle, elle valait la peine de toutes les folies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l'avait connue qu'apr&#232;s la mort de Balzac, et pas longtemps. Il m'avoua que la continuelle pr&#233;sence de Jean Gigoux dans la maison de la rue Fortun&#233;e, sa vulgarit&#233; conqu&#233;rante d'homme &#224; femmes, son cynisme &#224; se vautrer dans les meubles de Balzac, son affectation de rapin &#224; &#171; cracher sur ses tapis &#187;, lui furent vite une chose intol&#233;rable, odieuse&#8230; &#192; peine pr&#233;sent&#233; chez Mme de Balzac, il ne reparut plus chez elle. Mais, jusqu'&#224; la fin de sa vie, il avait conserv&#233;, de cette figure entrevue, un souvenir impressionn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne connaissons gu&#232;re Mme Hanska que par les lettres de Balzac, car je veux n&#233;gliger ici les indications qui me viennent de Jean Gigoux (elles pourraient para&#238;tre suspectes et d'une psychologie bien courte). Et encore, nous ne pouvons pas toujours nous fier &#224; Balzac, qui ment souvent, comme tous les amoureux. Sa folle vanit&#233; le porte, &#224; son insu, aux exag&#233;rations les moins acceptables. Il a la manie de ne nous montrer jamais Mme Hanska qu'&#224; travers lui-m&#234;me. Et puis, n'a-t-on pas pr&#233;tendu que les &lt;i&gt;Lettres &#224; l'&#201;trang&#232;re&lt;/i&gt; &#233;taient un document, par endroits, fort discutable ? N'a-t-on pas affirm&#233; que Mme Hanska, apr&#232;s la mort de Balzac, en avait fait ou refait les parties d'amour ? Je ne sais pas ce qu'il y a de vrai dans cette accusation. Elle me para&#238;t, &#224; moi, bien risqu&#233;e. Les raisons qu'on en donne ne m'ont point convaincu, car tout se tient dans ces lettres. Elles sont d'une si belle et forte coul&#233;e, elles marquent une telle empreinte personnelle, qu'on ne saurait admettre la possibilit&#233; d'une r&#233;vision ult&#233;rieure. Quoi qu'il en soit, nous sommes r&#233;duits, quant &#224; cette figure et &#224; son caract&#232;re vrai, &#224; des r&#233;f&#233;rences mal contr&#244;l&#233;es, et, pire, &#224; de simples hypoth&#232;ses. Si proche de nous, pourtant, un voile nous la cache qui ne sera pas lev&#233; de sit&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut reconstituer l'&#233;tat d'esprit de Mme Hanska, lorsqu'elle r&#233;solut d'&#233;crire sa premi&#232;re lettre &#224; Balzac. Rel&#233;gu&#233;e au fond de l'Ukraine, avec un mari plus &#226;g&#233; qu'elle, peu sociable et pr&#233;occup&#233; seulement d'int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, elle s'ennuyait. Seule, ou &#224; peu pr&#232;s, dans cette sorte d'exil, au milieu d'un pays pu&#233;ril et barbare, elle ne trouvait pas &#224; occuper son imagination ardente et son c&#339;ur passionn&#233;. C'&#233;tait la femme incomprise et sacrifi&#233;e. &#192; d&#233;faut d'action sentimentale, elle lisait beaucoup et r&#234;vait plus encore. Et, de lectures en r&#234;veries, elle se sentait tr&#232;s malheureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crivains fran&#231;ais, qui sont ceux qui savent le plus et le mieux parler d'amour, l'attiraient particuli&#232;rement, et par-dessus tous les autres ce Balzac, dont elle avait compris tout de suite le g&#233;nie, et dont la c&#233;l&#233;brit&#233;, avec tout ce qu'elle comportait alors d'un peu scandaleux, l'enflamma. Tr&#232;s vivement, elle s'&#233;prit de cette existence parisienne, voluptueuse, aventureuse et surmen&#233;e, qu'il peignait avec de si &#233;clatantes couleurs ; elle s'extasia devant ces figures de femmes, c&#339;urs de feu, c&#339;urs de larmes, c&#339;urs de poison, o&#249; elle retrouvait, en pleine action, dans des d&#233;cors d'une fi&#232;vre si chaude, tous ses r&#234;ves, et ce furieux &#233;lan de vie, de toute vie, qui se brisait sans cesse aux murs de ce vieux ch&#226;teau silencieux et froid, aux faces et aux surfaces mortes de ses moujiks et de ses &#233;tangs. Donc, ce qui la poussa d'abord vers Balzac, ce fut son d&#233;s&#339;uvrement sentimental, ce fut sa reconnaissance &#233;tonn&#233;e pour un homme qui pr&#233;cisait, qui r&#233;sumait si bien tous les intimes enivrements, tous les secrets d&#233;sirs de la femme ; ce fut aussi quelque chose de plus vulgaire &#8211; il est permis de le supposer &#8211;, un instinct de bas bleu esp&#232;re profiter de l'illustration d'un grand po&#232;te, en engageant avec lui une correspondance que la post&#233;rit&#233; recueillera peut-&#234;tre. Le cas n'est point rare, et il est presque toujours f&#226;cheux. Que pouvons-nous attendre d'&#233;mouvant, d'&#233;l&#233;gant, de naturel, de quelqu'un qui pose devant un tel objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il n'est point douteux que Mme Hanska et Balzac se sont passionn&#233;ment aim&#233;s et que leur amour a d&#233;pass&#233;, du moins au d&#233;but, l'attrait piquant d'une correspondance myst&#233;rieuse, les calculs de l'int&#233;r&#234;t, les combinaisons d'une mutuelle ambition. Tout cela ne viendra qu'apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ne se seraient-ils pas aim&#233;s ? Pour entretenir, pour exalter leur amour, ils avaient deux toniques puissants, deux excitants admirables : l'imagination et la distance. Depuis 1833, date de leur premi&#232;re rencontre &#224; Neuch&#226;tel, qui fut d'une m&#233;lancolie si comique, jusqu'en 1848, date du dernier voyage en Russie de Balzac, ils ne se sont vus que quatre fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre fois en quinze ans ! Trois fois &#224; Wierzchownia, une fois &#224; Paris o&#249;, apr&#232;s la mort de son mari, Mme Hanska est venue, avec sa fille, faire un court s&#233;jour, sous un nom d'emprunt&#8230; Pour des &#234;tres qui vivaient surtout par le cerveau, quel meilleur moyen que l'absence, d'&#233;terniser un sentiment qui ne r&#233;siste pas, d'ordinaire, aux d&#233;senchantements quotidiens de la pr&#233;sence, aux brutalit&#233;s du contact ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces visites, la d&#233;sillusion ne vient pas, ne peut pas venir. Balzac ne veut rien compromettre et il est sous les armes. Il se surveille, il se ma&#238;trise. Il met un frein aux d&#233;bordements de sa personnalit&#233; ; il adoucit la rugosit&#233; de son caract&#232;re, ses manies. Il se fait c&#226;lin, f&#233;lin, tr&#232;s tendre, enfant. Il est charmant et soumis. Et il est malheureux aussi, car, en plus de l'admiration et de la tendresse, il demande de la piti&#233;. On le m&#233;conna&#238;t, on le calomnie, on le pers&#233;cute, lui qui n'est que grandeur, sublimit&#233;, g&#233;nie ! Il sait &#234;tre gai &#224; l'occasion, m&#233;lancolique quand il faut l'&#234;tre, &#224; l'heure de ces cr&#233;puscules russes, si p&#233;n&#233;trants et si profonds !&#8230; Avec son habilet&#233; coutumi&#232;re, par de beaux cris, il sait exploiter tous les attendrissements d'une &#226;me &#233;prise et conquise. M&#234;me dans leurs moments d'exaltation, ils ne se livrent jamais, et toujours ils se mentent. N'est-ce donc point l&#224; le parfait amour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Balzac part, lorsqu'ils se quittent &#8211; pour combien de temps, h&#233;las ! &#8211;, ils n'ont pas connu une seule minute de lassitude, de d&#233;ception. Au contraire. L'absence va redonner plus de jeunesse, plus de force &#224; la passion. Tous les deux, dans l'attente h&#233;ro&#239;que de se retrouver, ils vont faire une provision nouvelle de joies, de chim&#232;res, d'esp&#233;rances. Et les lettres recommencent, plus press&#233;es, plus ardentes, avec, &#231;&#224; et l&#224;, des brouilles l&#233;g&#232;res, de petites coquetteries, pas s&#233;rieuses, pas douloureuses, et qui ne font que suralimenter leur adoration. Apr&#232;s ce repos, cette halte, Balzac reprend plus intr&#233;pidement que jamais son collier de mis&#232;re, sa vie haletante, son terrible labeur de for&#231;at&#8230; et ses ma&#238;tresses. N'est-il pas merveilleux de penser que ce grand amour n'ait nui en rien &#224; ses autres amours ? De m&#234;me qu'il &#233;crivait quatre livres &#224; la fois, de m&#234;me il pouvait aimer quatre femmes en m&#234;me temps. Il &#233;tait assez riche d'imagination pour les aimer toutes !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons pr&#233;ciser le jour et m&#234;me l'instant o&#249; l'id&#233;e d'&#233;pouser Mme Hanska s'empara r&#233;solument de l'esprit de Balzac. Tel que vous le connaissez, vous ne serez pas &#233;tonn&#233;s que cette id&#233;e lui vienne d&#232;s qu'il aura &#233;t&#233; mis, tr&#232;s vaguement d'ailleurs, au courant de la situation de l'&#201;trang&#232;re, et de ce qu'il peut en tirer. Il y a bien un mari. Mais le mari ne l'embarrasse pas&#8230; Il le supprime d'un trait, tout de suite. Il met sur le mari un deleatur, sur une faute typographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre, o&#249; il a cont&#233; &#224; sa s&#339;ur, Mme Surville, avec un enthousiasme de tout jeune gamin, l'entrevue de Neuch&#226;tel, il &#233;crit : &#171; Et je ne parle pas des richesses colossales&#8230; Qu'est-ce que c'est que cela devant un tel chef-d'&#339;uvre de beaut&#233; ? &#187; Il y revient, pourtant, quelques lignes plus bas, &#233;bloui&#8230; Et plus loin encore : &#171; Pour notre mari, comme il s'achemine vers la soixantaine, j'ai jur&#233; d'attendre, et elle me r&#233;server sa main, son c&#339;ur&#8230; &#187; Deux mois plus tard, &#224; Gen&#232;ve, o&#249; il a suivi le couple, et o&#249; il est rest&#233; cinq semaines, le mariage est tout &#224; fait d&#233;cid&#233;&#8230; Depuis, ils en parlent souvent, dans leurs lettres. Ce sont, &#224; chaque page, des allusions &#224; cette &#233;ch&#233;ance sans cesse recul&#233;e ; ce sont les plans d&#233;taill&#233;s d'une union qui semble, d'ailleurs, avoir &#233;t&#233; beaucoup plus d&#233;sir&#233;e de Balzac que de Mme Hanska.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il faut bien attendre que ce bon M. Hanski disparaisse. Son &#233;tat de sant&#233; permet, du reste, de supposer qu'on n'attendra pas longtemps. M. Hanski, averti, ne met point d'opposition &#224; ces projets posthumes. On pr&#233;tend m&#234;me qu'il les approuve, sinon qu'il les encourage. En d&#233;pit de son caract&#232;re difficile et de ses aspirations peu litt&#233;raires, ce Cosaque accommodant est au mieux avec Balzac et s'honore d'&#234;tre son ami. Balzac l'a conquis, lui aussi, peut-&#234;tre par sa science agronomique&#8230; M. de Spoelberch de Lovenjoul poss&#232;de et a publi&#233; une lettre, o&#249; ce gentilhomme exprime &#224; l'auteur de La Com&#233;die humaine estime et son admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique Balzac soit de bien courte noblesse, l'autre est assez flatt&#233; de savoir qu'un tel personnage le remplacera un jour, sinon dans le c&#339;ur de sa femme, qu'il n'a jamais eu, du moins dans son lit. Il y a dans toute cette histoire des dessous comiques que, malheureusement, l'on conna&#238;t mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi qu'&#224; Neuch&#226;tel, le jour de la rencontre, Mme Hanska est assise, comme il est convenu, sur un banc de la promenade avec son mari et ses enfants. Pour se faire reconna&#238;tre, elle doit tenir, sur ses genoux, un roman de Balzac, bien en vue. Le livre y est, mais l'&#233;motion de la pauvre femme est telle qu'elle ne s'aper&#231;oit pas qu'elle l'a enti&#232;rement cach&#233; sous une &#233;charpe. Un homme petit, gros, tr&#232;s laid, passe et repasse. &#171; Oh ! mon Dieu, se dit Mme Hanska, pourvu que ce ne soit pas lui ! &#187; Elle a vu enfin sa maladresse&#8230; Elle d&#233;couvre le livre&#8230; L'homme aussit&#244;t l'aborde&#8230; Elle dit, toute p&#226;le, dans un cri de d&#233;sespoir : &#171; C'est lui !&#8230; C'est lui !&#8230; &#187; Et quelques instants apr&#232;s, &#171; &#224; l'ombre d'un grand ch&#234;ne &#187;, pendant que M. Hanski s'en est all&#233; on ne sait o&#249;, ils &#233;changent le premier baiser et le serment de fian&#231;ailles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement aussi, on attendra que Balzac ait pay&#233; ses dettes, r&#233;tabli ses affaires&#8230; Le temps de quelques mois, parbleu ! Mais que d'accrocs, que de d&#233;sillusions successives !&#8230; Elles vont de mal en pis, ses affaires&#8230; Malgr&#233; les calculs optimistes, les chiffres mirobolants, o&#249; Balzac essaie de se leurrer, de la leurrer, les dettes s'ajoutent aux dettes ; les difficult&#233;s s'accumulent sur les difficult&#233;s : chaque jour, un obstacle nouveau. Mais il ne d&#233;mord point de ses esp&#233;rances ; pas une seconde la confiance ne l'abandonne. En vue du mariage, toujours prochain, pour orner sa maison qu'il veut fastueuse et royale, il a achet&#233;, &#224; cr&#233;dit le plus souvent, de merveilleux meubles, des tableaux de vieux ma&#238;tres italiens, des tapis pr&#233;cieux, qu'il revend ensuite &#224; perte, press&#233; qu'il est toujours par d'imm&#233;diats besoins d'argent. De son cabinet de Paris, il surveille et dirige les int&#233;r&#234;ts de Mme Hanska, s'inqui&#232;te du rendement de sa fortune, comme si elle &#233;tait d&#233;j&#224; sienne. Quels r&#234;ves de splendeur ! quelles g&#233;niales combinaisons ! quelles affaires n'a-t-il pas d&#251; b&#226;tir, sur cette richesse et sur l'&#233;clat de ce nom &#233;tranger qu'il va bient&#244;t imposer &#224; l'admiration de Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mme Hanska r&#234;ve d'une vie nouvelle, &#233;largie. Elle a toujours les yeux tourn&#233;s vers ce Paris o&#249; son ami vit et travaille, se d&#233;bat, souffre et attend, vers ce Paris o&#249; sa beaut&#233;, sa sup&#233;riorit&#233; intellectuelle, son aventure romanesque et le grand nom de Balzac lui assurent une place exceptionnelle, privil&#233;gi&#233;e, retentissante&#8230; L'existence morne qu'elle m&#232;ne l&#224;-bas lui p&#232;se de plus en plus. Elle a besoin d'action, d'expansion, gris&#233;e par la promesse de cette royaut&#233; f&#233;minine que Balzac agite sans cesse devant elle&#8230; Et son miroir lui dit, chaque jour, qu'elle vieillit un peu plus, que sa beaut&#233; ici se fl&#233;trit, l&#224; qu'elle s'alourdit dans la graisse. Il n'est que temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si intelligente qu'elle soit, Paris, du fond de ses terres lointaines, lui appara&#238;t, comme &#224; ces petits ambitieux de province, la ville unique, la ville f&#233;erique, o&#249; l'on peut puiser de tout, &#224; pleines mains : plaisirs, triomphes, domination. Car c'&#233;tait le temps romantique o&#249; tous les d&#233;sirs gravissaient la butte Montmartre et, en voyant la ville &#233;tendue au-dessous d'eux, s'&#233;criaient : &#171; Et maintenant, Paris, &#224; nous deux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour h&#226;ter ce moment de la d&#233;livrance et de la conqu&#234;te, elle aide Balzac de sa bourse. Mais que peut cette aide qui vient, comme toutes les autres, tomber vainement dans un gouffre sans fond ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble pourtant, sans qu'on en d&#233;m&#234;le bien la cause profonde, qu'il y ait eu souvent et de tout temps, m&#234;me au temps des premiers bonheurs, comme des arr&#234;ts subits &#224; la pouss&#233;e de ses &#233;lans, et que des h&#233;sitations, sinon des pleurs, traversent parfois, d'un vol inquiet, les si beaux r&#234;ves de la vie promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu avant f&#233;vrier 1848, Balzac, trompant ses cr&#233;anciers, a pu mettre une somme importante &#224; l'abri de leurs revendications, toujours en vue de son mariage. Cette somme, sur les conseils du baron de Rothschild, il l'a convertie en actions du Chemin de fer du Nord. Mais la fatalit&#233; le poursuit. Survient la R&#233;volution, qui emporte tout. Les valeurs de Bourse sont tomb&#233;es &#224; rien. Il est ruin&#233;. Ce fut un moment terrible et qui faillit l'abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ramassant les d&#233;bris de cette fortune, prenant ci, prenant l&#224;, engageant davantage un avenir engag&#233; de tous les c&#244;t&#233;s, il n'h&#233;site plus, il part pour la Russie. Il comprend nettement, cette fois, que tout est fini, qu'il est perdu, qu'il ne lui reste plus qu'une ressource : se marier. Co&#251;te que co&#251;te, il faut qu'il revienne &#224; Paris avec une femme, c'est-&#224;-dire avec une fortune. On peut chiffrer l'illusion vers laquelle il marchait. Rencontrant Victor Hugo, la veille m&#234;me de son d&#233;part, il lui dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, je vais en Russie&#8230; une affaire&#8230; J'en rapporterai dix millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les vingt mois que dura cette absence, que se passa-t-il entre Mme Hanska et lui ? On ne le sait pas bien, ou plut&#244;t on l'ignore totalement. Je crois que M. de Spoelberch de Lovenjoul ne poss&#232;de, sur cette p&#233;riode, aucun document. Jean Gigoux lui-m&#234;me ne m'en a parl&#233; qu'en termes vagues. Ses souvenirs &#233;taient tr&#232;s confus, disait-il. Il semble d'ailleurs que, dans son intimit&#233; avec Mme Hanska, Gigoux ne se soit jamais beaucoup pr&#233;occup&#233; des choses du pass&#233;, et qu'il ait born&#233; ses curiosit&#233;s, presque uniquement pittoresques ou galantes, aux &#233;v&#233;nements du pr&#233;sent, et encore &#224; ceux seulement o&#249; il eut sa part d'action. Il croyait pourtant avoir entendu dire &#224; Mme Hanska que Balzac avait eu beaucoup de peine &#224; la d&#233;cider. Elle avait r&#233;fl&#233;chi, voulait renoncer &#224; une union qui avait subi tant d'entraves et ne la tentait plus. Il para&#238;t aussi que Balzac avait &#233;norm&#233;ment chang&#233;. Il perdait de sa s&#233;duction, de sa gentillesse, montrait une autorit&#233; despotique, de bizarres manies qui l'effrayaient. Son masque tomb&#233;, il devenait rude et violent. Et puis, il &#233;tait tr&#232;s malade. Il avait eu, l&#224;-bas, des crises au foie, au c&#339;ur. La d&#233;ch&#233;ance morale, la destruction physiologique commen&#231;aient&#8230; Enfin l'entourage de Mme Hanska la d&#233;tournait de ce mariage. On pr&#233;tend m&#234;me que l'Empereur y avait mis son veto&#8230; Ah ! la pauvre femme &#233;tait bien revenue de tous ses r&#234;ves !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut croire que la tenace &#233;loquence de Balzac, ou peut-&#234;tre la piti&#233; de Mme Hanska, avait &#233;t&#233; plus forte que tout. Je me souviens, comme j'&#233;mettais cette hypoth&#232;se de la piti&#233;, que Gigoux leva les bras au plafond et qu'il dit avec un dur sourire ironique :
&lt;br /&gt;&#8212; La piti&#233; de Mme Hanska ?&#8230; Ah ! mon cher !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je n'en sais rien&#8230; Mais je sais qu'il y avait des choses que Jean Gigoux ne pouvait pas comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de certain, c'est que, un soir du mois de mai 1850, Balzac rentrait &#224; Paris, mari&#233;. Mari&#233; et presque mourant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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