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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>autobiographie des objets | 14, machines &#224; &#233;crire</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2450</link>
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		<dc:date>2012-02-09T15:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1980-1982</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;rubans, marteaux, sonnette&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot620" rel="tag"&gt;1980-1982&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2450.jpg?1352733387' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai poss&#233;d&#233; en propre &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/arch/00_Azerty.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;six machines &#224; &#233;crire&lt;/a&gt; m&#233;caniques puis &#233;lectriques, enfin &#224; sph&#232;re et marguerite, avant de disposer d'un premier ordinateur &#224; traitement de texte, l'Atari 1040 en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re que je me sois achet&#233;e : je suis &#224; Paris, encore en Int&#233;rim, mais de la chambre en partage rue Lafayette j'ai migr&#233; vers une autre o&#249; cette fois, rue de Tr&#233;vise, je suis seul et c'est aux galeries Lafayette, qui incluait une section bureau et pap&#232;terie, que j'ach&#232;te cette portative Olympia rouge, dans les 800 francs si je me souviens bien, mais mon salaire doit &#234;tre d&#233;sormais dans les 4000. Je m'en sers de 1977 au d&#233;but de 1981, lorsque la r&#233;daction de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt; change brutalement la quantit&#233; de pages dactylographi&#233;es. J'habite alors rue Rochechouart, pr&#232;s du square d'Anvers, et il y a une sombre et &#233;troite boutique qui vend des machines &#233;lectriques, elles sont deux en vitrine : des Smith-Corona. J'en aurai deux successives, la premi&#232;re faisant un raffut &#233;pouvantable, rien qui les distingue m&#233;caniquement de la pr&#233;c&#233;dente, c'est un &#233;lectro-aimant qu'on d&#233;clenche par le clavier et qui appelle la percussion du bras. La seconde est un peu plus agr&#233;able, elles valent respectivement 1100 et 1400 francs, et apparemment je n'ai pas eu de mal &#224; les revendre d'occasion (&#224; qui ? &#8211; pas souvenir, peut-&#234;tre la boutique les reprenait-elle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'ann&#233;e o&#249;, entre le premier refus des &#233;ditions de Minuit et leur acceptation un an plus tard, je n'ai plus de ressource, la p&#233;riode ch&#244;mage (j'avais d&#233;missionn&#233; de mon emploi en mai 1980, mais m'&#233;tais embauch&#233; en juillet pour trois semaines d'int&#233;rim qui m'avaient permis de profiter un an d'une allocation minime mais suffisante) &#233;tant termin&#233;e, je me procure des th&#232;ses &#224; dactylographier et corriger &#8211; souvenir de cette th&#232;se sur Proust d'une Br&#233;silienne, je rajoute des pages et quand je les lui signale, elle me dit qu'on peut les laisser. Je suis donc pass&#233; &#224; une IBM &#224; sph&#232;re, la possibilit&#233; d'avoir une police pour les titres, et des formats variables, mais elle se d&#233;r&#232;gle tout le temps, je l'ai achet&#233;e d'occasion, et quand mon livre para&#238;t je fais cette folie de basculer &#224; une Adler &#224; marguerite &#8211; le prix passera &#224; 2500 francs pour ma premi&#232;re, &#224; 3200 pour la derni&#232;re, cette fois je peux dater avec pr&#233;cision : printemps 1986. Au lieu de la sph&#232;re fragile, des rosaces de plastique, une frappe tr&#232;s silencieuse, et une innovation technique consid&#233;rable : on dactylographie &#224; son rythme, et tous les soixante caract&#232;res la machine reprend l'ensemble de ce qu'on a &#233;crit, aligne les fins de phrase. La deuxi&#232;me des Adler permettra m&#234;me, pour la premi&#232;re fois, de corriger sur un minuscule &#233;cran une faute de frappe parmi les quinze ou vingt derniers caract&#232;res. Sinon, ce sont les ann&#233;es Tipp-Ex, on refrappe en intercalant le petit papier rectangulaire ce qu'on veut effacer, et on r&#233;crit par dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il me suffit d'&#233;crire &#231;a, l&#224; tout de suite, sur mon minuscule ordinateur portable d'aujourd'hui (elles &#233;taient &#233;normes et lourdes, ces machines, mais elles avaient un couvercle rigide et une poign&#233;e qui permettaient qu'on s'en accompagne comme d'une valise, de Rome &#224; Berlin), pour que revienne tout neuf ce myst&#232;re de la d&#233;couverte des pages, la pile des pages reprises devenues six ou dix fois plus grosses que le manuscrit lui-m&#234;me, et les pr&#233;cautions qu'on en avait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais taper &#224; la machine, je l'ai toujours su : d&#232;s Saint-Michel en l'Herm, servant pour la comptabilit&#233; et les factures, une machine Olivetti de couleur verte, &#224; laquelle nous n'avions pas le droit de toucher, mais &#224; l'autre bout du petit bureau donnant sur les pompes &#224; essence, la hi&#233;ratique Remington noire qui la pr&#233;c&#233;dait. Et le droit de prendre dans la corbeille une feuille jet&#233;e, l'y ins&#233;rer et essayer. Je revois plut&#244;t la Remington dans sa triste fin, pass&#233;e d&#233;finitivement dans le territoire des enfants, y pratiquant des clusters, touches appuy&#233;es simultan&#233;ment de plusieurs doigts, et les longues tiges brillantes s'emm&#234;laient en &#233;tranges figures. Nous h&#233;ritions aussi des rubans bicolores noir et rouge (une touche sur ces anciennes machines sur&#233;levait l&#233;g&#232;rement la bobine et permettait de changer de couleur). La toile nylon fine, qui laissait des traces aux doigts, enroul&#233;s sur une bobine de m&#233;tal noire, nous on d&#233;roulait &#231;a, les applications &#233;taient multiples. Et on n'aurait pas jet&#233; une bobine m&#233;tal vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous d&#233;m&#233;nageons en 1964, c'est une Japy &#233;lectrique qu'il y a sur le bureau de ma m&#232;re, et son tour de prendre les factures. L&#224; je viens le dimanche, quand tout le garage est &#224; nous, d'ailleurs parfois j'aide, mets &#224; jour le fichier clients ou celui des immatriculations. Mais sur la Japy j'improvise des &#233;critures, et saurai d&#232;s &#224; pr&#233;sent dactylographier &#224; vitesse courante : chose bien incongrue dans notre &#226;ge des claviers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas s'il aurait fallu conserver ces masses complexes de m&#233;tal manufactur&#233; &#8211; au d&#233;c&#232;s de mes grands-parents il y a encore chez eux une petite Olivetti verte avec couvercle. Les machines ont cette capacit&#233; de produire elles-m&#234;mes leur propre annulation : ce sont les feuilles dactylographi&#233;es, avec les pelures et carbones, qu'on archive. &#192; telle distance de temps, que ce soit pour les machines dont j'ai dispos&#233; en propre, ou celles qui ont &#233;t&#233; la premi&#232;re d&#233;couverte, pas d'attachement particulier. L'enfoncement brut des doigts, le rythme attach&#233; &#224; la lettre et non &#224; la phrase, le retour chariot et tous ces emb&#234;tements de rouleaux, de bras coinc&#233;s, non, oubli : bien curieux de voir si souvent utilis&#233;es, m&#234;me sur le web, ces vieilles Remington comme symbole de l'&#233;criture litt&#233;raire moderne, de pr&#233;f&#233;rence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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