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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>autobiographie des objets | 52, le don d'&#233;crire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos d'un d&#233;pliant trouv&#233; dans un vieux livre de poche re&#231;u par la poste&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2692.jpg?1352733681' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est comme si le mince papier m'avait saut&#233; &#224; la figure. Je voulais relire &lt;i&gt;La vie des abeilles&lt;/i&gt; de Maeterlinck, et aussi le num&#233;riser. Je l'ai trouv&#233; d'occasion pour quelques euros sur Amazon, il me parvenait le surlendemain : un poche de 1965, le papier un peu jauni mais pas de d&#233;gradation. Et dedans, depuis 46 ans, le d&#233;pliant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'&#224; l'&#233;poque on le trouvait un peu partout. Pour moi, il est surtout associ&#233; &#224; ces &lt;i&gt;S&#233;lection du Reader's Digest&lt;/i&gt; dont on avait forc&#233;ment quelques exemplaires d&#233;pareill&#233;s dans toutes les maisons, fragments sans d&#233;but ni fin de romans inconnus que de toute fa&#231;on on n'aurait pas lus, ou l'&#233;tranget&#233; de la cl&#244;ture de nouvelles br&#232;ves, plus des blagues, des &lt;i&gt;Savez-vous que&lt;/i&gt;, ou des encarts sur des aventuriers.Le livre (l'id&#233;e m&#234;me &#8211; et g&#233;n&#233;rale &#8211; du livre) &#233;tait une aventure compl&#232;te, aux contenus h&#233;t&#233;rog&#232;nes, c'&#233;tait avant que la t&#233;l&#233;vision ait tout &#233;vacu&#233;. Quelquefois, moi qui n'ai pas m&#233;moire des visages, il me revient des fragments tr&#232;s clairs de r&#233;cits et d'histoires, et cherchant plus au fond dans cette r&#233;miniscence, ce sont ces &lt;i&gt;Reader's Digest&lt;/i&gt; que je retrouve, parfois sans couverture, ou d&#233;chir&#233;s, ou pris et laiss&#233;s sur la table de la salle d'attente d'un m&#233;decin. Mais le petit encart toujours identique, on le trouvait aussi dans cette possession neuve et pr&#233;cieuse qu'&#233;tait le &lt;i&gt;T&#233;l&#233; 7 Jours&lt;/i&gt; qui venait de faire son apparition, non pas ins&#233;r&#233; mais imprim&#233; pleine page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance a &#233;t&#233; instinctive, et li&#233;e d'abord &#224; un d&#233;tail. Je le reconnaissais, c'est tout, comme j'ai toujours reconnu un texte : non pas ce qu'il y a &#224; l'int&#233;rieur, ce qu'il dit, mais l'image m&#234;me &#8211; et c'est probablement une part du d&#233;fi pos&#233; au num&#233;rique, o&#249; ne se cr&#233;e pas cette m&#233;diation visuelle fixe pour la m&#233;moire. Mais &#224; peine j'entrais dans cette image, qu'elle se r&#233;partissait selon le texte m&#234;me. Ce dont je suis s&#251;r, d'abord, c'est que je n'aurais pas &#233;t&#233; capable de reconstituer de m&#233;moire le d&#233;pliant. Je n'aurais probablement pas pu retrouver m&#234;me la disposition en triptyque : apprendre &#224; &#233;crire, apprendre &#224; dessiner, parler 35 langues. Des r&#234;ves sp&#233;cifiques aux trois volets, probablement c'est &#233;crire qui m'int&#233;ressait le moins. &#199;a ne menait pas &#224; ce que je savais d&#233;j&#224;, chez Jules Verne, Poe, Verlaine et les autres. Mais parler 35 langues, et de votre fond de campagne c'est l'assurance de s'approprier le monde, d'aller en Chine ou en Patagonie, et on vous comprend, vous passez pour un des leurs. Quant au dessin, je ne comprenait pas la m&#233;thode : elle devait avoir quelque chose de magique. Tr&#232;s longtemps, je n'ai jamais pu m'emp&#234;cher de feuilleter les manuels qui enseignent &#224; croquer les visages. Il suffirait donc ensuite de s'entra&#238;ner. J'aurais un calepin sur moi, je croquerai les visages du m&#233;tro, de la ville, de partout &#8211; et m&#234;me ceux qui hantent les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, le d&#233;pliant ne proposait que deux visages am&#233;ricains, de ceux qu'on voit comme second r&#244;le dans les films. Je ne me serais pas rem&#233;mor&#233; que c'&#233;tait en deux &#233;tages : on pouvait &lt;i&gt;commander la brochure gratuite&lt;/i&gt;. Je n'ai pas de certitude, mais il me semble bien que vers 1964 ou 1965 je les avais demand&#233;es, les &lt;i&gt;brochures gratuites&lt;/i&gt;. Je me revois poster une lettre avec les timbres n&#233;cessaires pour l'exp&#233;dition &#224; l'int&#233;rieur. On leur communiquait ainsi une adresse, pour les relances. Mais je me revois en possession de ces trois minces brochures, lesquelles incluaient, pour l'&#233;criture et le dessin, un exercice gratuit pour d&#233;monstration. Et je me souviens de comment m'impressionnait l'explication physiologique &#224; l'apprentissage multiple de langue, et la m&#233;thode qu'ils utilisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il me semble que j'aurais pu retrouver, en me concentrant, le nom : &#233;cole &lt;i&gt;A B C&lt;/i&gt;. C'&#233;tait la loi simple de l'alphabet. C'&#233;tait le livre d'Agatha Christie, &lt;i&gt;ABC contre Poirot&lt;/i&gt;, lu des dizaines de fois d&#232;s cet &#226;ge. Avec les trois lettres de l'alphabet, gr&#226;ce &#224; &lt;i&gt;A B C&lt;/i&gt;, vous pouviez tout entreprendre. Je crois que c'est ce que je dois au petit d&#233;pliant, des ann&#233;es ins&#233;r&#233; dans les magazines ou dans le &lt;i&gt;Reader's Digest&lt;/i&gt; : finalement, je n'avais pas besoin de rien payer (restait quand m&#234;me un fond de m&#233;fiance provinciale, on n'aime pas ce qui para&#238;t trop beau, on doute de ce qui peut &#234;tre acquis sans effort, ou bien sans hasard ni arbitraire). Mais voil&#224; : je savais que cela existait, je savais que la cl&#233; c'&#233;tait &lt;i&gt;les lettres de l'alphabet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, en sortant de l'enveloppe mon petit &lt;i&gt;La vie des abeilles&lt;/i&gt; de Maeterlinck (fameux livre, au passage, et bien utile pour penser nos socialit&#233;s d'aujourd'hui), ce qui m'a frapp&#233; du petit d&#233;pliant c'est l'id&#233;e de &lt;i&gt;tout reconna&#238;tre&lt;/i&gt;. Le moindre d&#233;tail, la disposition en triptyque, les deux visages am&#233;ricains, le nombre 35 concernant les langues r&#233;v&#233;l&#233;es, et puis le &lt;i&gt;A B C&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que le souvenir n'&#233;tait pas li&#233; au contenu, &#224; ce qui &#233;tait dit, mais bien &#224; l'image m&#234;me. Et si ce livre un jour est imprim&#233;, je voudrais qu'on l'y ins&#232;re en fac-simile, comme autrefois on l'y trouvait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/1965_ecrire_recto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/1965_ecrire_recto.jpg?1319137484' width='500' height='272' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/1965_ecrire_verso.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/1965_ecrire_verso.jpg?1319137525' width='500' height='272' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 47, bateaux &#224; voile</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#233;crit comme &#231;a, dans le fond du bateau retour d'Ouessant, avec voix de po&#232;tes &#224; l'arri&#232;re&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2647.jpg?1352733623' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mytiliculteurs et ostr&#233;iculteurs chez qui j'accompagnais mon p&#232;re et mon grand-p&#232;re, comme les Perrault &#224; l'Aiguillon, pour les interventions sur le gros monocylindre graisseux du bateau &#224; fond plat, ou le changement des treuils apr&#232;s r&#233;paration chez Fumoleau &#224; La Rochelle, n'&#233;taient pas des hommes &#224; consid&#233;rer l'eau autrement que comme &#233;l&#233;ment de travail. Henri, le p&#232;re d'Alain Perrault (g&#233;n&#233;rations qui se succ&#233;daient comme nous dans le m&#234;me m&#233;tier) avait plusieurs sauvetages &#224; son actif, y compris pendant la guerre, sans avoir jamais su nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; maternel, souvent dans l'album des photos de plage, au Veillon le plus souvent, la nappe tir&#233;e sur le sable pour le pique-nique puis le pantalon ou la jupe remont&#233;s &#224; mi-mollets pour t&#226;ter la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions une c&#244;te sans ports : et les deux ports, Les Sables au nord et la Rochelle au sud, &#233;taient des lieux comme tous les autres, vou&#233;s d'abord &#224; leur utilit&#233;. Je ne sais pas comment est venu le r&#234;ve du bateau &#224; voile. Probablement par ce livre sur les navigateurs solitaires, Gerbault, Le Toumelin, Kon Tiki et les autres, relay&#233;s par contre, dans cette premi&#232;re bascule des ann&#233;es soixante, par l'apparition du bateau de plaisance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Corsaire ne s'&#233;loignait pas des c&#244;tes, c'&#233;tait pour les Bretons du Morbihan et des Gl&#233;nans. Puis arrive le &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Muscadet_(voilier)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Muscadet&lt;/a&gt;, retour aux Charentes : taill&#233; en contreplaqu&#233; &#224; coups de serpe, il ne co&#251;tait presque rien. Mais d'une solidit&#233; v&#233;rifiable. Et ceux qui se l'appropriaient, montraient en d&#233;tail les magazines de voile, am&#233;nageaient les r&#233;serves de nourriture et d'eau douce, lestaient la quille (ne pas oublier, si tu veux traverser l'oc&#233;an, de pr&#233;alablement lester ta quille), renfor&#231;aient les bordures, les winches et les drisses. Et le Muscadet roulait autour du monde, quand bien m&#234;me &#224; peine cinq m&#232;tres de proue &#224; poupe. Au-dessus vinrent &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Arp%C3%A8ge_(voilier)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Arp&#232;ge&lt;/a&gt; et les autres mod&#232;les qui peu &#224; peu encombr&#232;rent tous les ports d&#233;laiss&#233;s par la p&#234;che, et la fin du r&#234;ve sous la prolif&#233;ration du plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi qui n'ai jamais su dessiner, je dessinais toutes sortes de coques et gr&#233;ements, mais en revenant toujours &#224; l'id&#233;al du Muscadet. Il y avait la m&#234;me chose en d&#233;riveur : le &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Europe_(bateau)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Moth Europe&lt;/a&gt;, une voile sans foc, qu'on barrait seul et qui d'occasion se n&#233;gociait pour le prix d'un &#233;t&#233; de station-service. Un peu plus tard arriv&#232;rent les planches &#224; voiles : trop tard pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre temps, j'aurai &#233;t&#233; un qui regarde la mer, sans y &#233;tarquer de voile claquante. &#192; La Tranche-sur-Mer, deux &#233;t&#233;s, je fais un stage d&#233;riveur : Caravelle puis &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/420_(bateau)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;420&lt;/a&gt;. On ajoute le go&#251;t du sel sur les l&#232;vres, l'&#233;puisement physique &#224; maintenir le bateau au pr&#232;s, corps sorti de coque, fesses au rappel qui trempent sur la vague qui file.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;m&#233;nage, la mer est plus loin, et de vacances il n'en est plus question. La mer se replie o&#249; elle &#233;tait, dans la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le grenier de Civray que je construis ce bateau de bois. De la nature des bois je ne me pr&#233;occupe pas : celui que j'ai en quantit&#233;, c'est du sapin d'emballage, qui rigidifie les caisses de carton dans lesquelles on re&#231;oit les pare-brises de rechange. Ce que j'ai en quantit&#233; aussi, c'est les restes de pots de peinture &#8211; avant l'&#232;re des m&#233;langeurs &#8211; qui servent &#224; repeindre les &#233;l&#233;ments de carrosserie re&#231;us noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je construis un trimaran : pas loin de soixante-dix centim&#232;tres de long. J'ai perceuse et vis, le poids ne compte pas. J'affine au couteau, puis peint couleur voiture de course. Un m&#226;t proportionn&#233;, et pour les voiles et focs du tissu que je coudrai moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pr&#234;t, je l'emporte &#224; la rivi&#232;re, heureusement seul et en secret, je le pose sur l'eau : il coule. Je comprends imm&#233;diatement et d&#233;finitivement le principe d'Archim&#232;de. Dans les semaines suivantes, j'ai sci&#233; la coque (et les flotteurs) en deux parties sym&#233;triques &#233;vid&#233;es puis recoll&#233;es : s&#233;parer le poids du volume d'eau d&#233;plac&#233;. J'arrive &#224; un nouvel &#233;quilibre. Je retente la rivi&#232;re, &#231;a flotte juste, mais &#231;a flotte. Seulement, &#224; la premi&#232;re eau qui touche les voiles en vieux tissu, elles se mouillent et voil&#224;, deuxi&#232;me naufrage. Je n'avais seulement pas pens&#233; &#224; les imperm&#233;abiliser, ou utiliser plut&#244;t des chutes de nylon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du deuxi&#232;me naufrage, probablement en classe de cinqui&#232;me, date ma s&#233;paration d&#233;finitive d'avec le monde des choses, et pr&#233;f&#233;rer celui des livres. J'en garderai une culpabilit&#233;, un sentiment d'impuissance quant &#224; la r&#233;alisation concr&#232;te. L'usine m'en gu&#233;rira plus ou moins, mais comme si je cachais un d&#233;faut r&#233;dhibitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nouveau, cette vie id&#233;ale qui &#233;tait partir de l'autre c&#244;t&#233; des mers, la m&#234;me que nous voyions des arbres du jardin, ou tout l'&#233;t&#233; sur la plage, mais sans y entrer plus que nos grands-p&#232;res, se lovait dans la t&#234;te et l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus tard, &#224; Bordeaux, il y eut Ravitsky, qui partait du m&#234;me pr&#233;dicat int&#233;rieur, mais s'&#233;tait tenu &#224; le r&#233;aliser. Deux ou trois fois par an, je continue d'avoir de ses nouvelles, et o&#249; est son bateau d'aujourd'hui. Je l'ai vu jet&#233; violemment sur un quai d'Halifax par une temp&#234;te, je l'ai suivi en Guyane ou &#224; Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Ravitsky avait d&#233;cid&#233; de construire son premier bateau en t&#244;le soud&#233;e. On revenait &#224; l'id&#233;al du Muscadet, avec les r&#233;serves de nourriture pour l'autre bout du monde, et la quille soigneusement lest&#233;e. Il y avait dans la p&#233;riph&#233;rie de Bordeaux un marchand de m&#233;tal au poids. La nuit pr&#233;c&#233;dente on visitait un chantier, on lestait la deux-chevaux de parpaings et tout ce qu'on trouvait. La voiture &#233;tait pes&#233;e &#224; l'entr&#233;e et &#224; la sortie, les parpaings qu'on &#233;jectait dans le d&#233;sordre de la casse repr&#233;sentaient quelques kilos de t&#244;le en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers Pessac, dans une sorte de terrain vague, il s'&#233;tait joint &#224; d'autres constructeurs solitaires. Les autres utilisaient le b&#233;ton. Je me souviens d'un grand huit m&#232;tres ou douze m&#232;tres, tout sculpt&#233; de double grillage, et que tout un week-end, parce qu'il fallait aller vite, on s'&#233;tait rassembl&#233; &#224; une grosse dizaine pour couler la coque. On en &#233;tait revenus les mains rong&#233;es &#224; vif. Ce bateau-l&#224; aussi, avec sa coque de ciment, a d&#251; rejoindre ensuite les temp&#234;tes et les soleils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ports, les rivages, gardent pour moi la m&#234;me force d'&#233;vocation et de requ&#234;te int&#233;rieure. Je ne regarde plus que rarement les bateaux dans les ports de plaisance, mais les vieilles coques &#224; l'abandon je m'y arr&#234;te. Le r&#234;ve du Muscadet n'a pas terni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toujours en moi le double naufrage du trimaran : je sais d&#233;finitivement que les mots et les r&#234;ves sont sup&#233;rieurs aux gestes et aux actes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 12, quoi faire d'une h&#233;lice d'avion</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2446</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;il n'y a plus de greniers que dans nos t&#234;tes&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2446.jpg?1352733383' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parce qu'en gros on avait achet&#233; le garage avec tout ce qu'il y avait dedans. Je me souviens m&#234;me d'une sorte non pas de terreur, mais comme d'un examen grave, &#224; notre arriv&#233;e avec le camion de d&#233;m&#233;nagement, de ces trois jours qu'il avait fallu pour l'inventaire, meubles de bureau, stocks de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es et cartons d'huile, machines et outils (le tour on l'avait apport&#233; de Vend&#233;e, il n'y en avait pas sur place, je revois la douzaine d'hommes requis pour le d&#233;placer). L'appartement o&#249; on s'installait, juste au-dessus du porche d'entr&#233;e, &#233;tait lui parfaitement vide, mais le grenier au deuxi&#232;me parfaitement encombr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois fen&#234;tres empoussi&#233;r&#233;es qu'on n'aurait pu ouvrir. Un plancher in&#233;gal, avec des lattes manquantes. Au milieu, les &#233;l&#233;ments de carrosserie, ailes de deux-chevaux, capots de DS, pare-brises et porti&#232;res. On y d&#233;filait sans toucher, comme parmi une arm&#233;e morte. Mais le p&#232;re Chagnaud avait laiss&#233;, par paresse, un tas de cro&#251;tes diverses auxquelles mon p&#232;re avait interdit qu'on touche, mais le temps passant il fallut bien se faire &#224; l'id&#233;e que ce n'est pas leur propri&#233;taire qui nous en d&#233;barrasserait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une large h&#233;lice d'avion que je vois en bois noir, une h&#233;lice &#224; deux pales h&#233;lico&#239;dales, lourde, pos&#233;e l&#224; au fond par terre. Ainsi, une suite de cuves pour d&#233;veloppement photographique, et des restes de produit dans des bocaux ferm&#233;s, je ferai quelques exp&#233;riences avec, et puis nos livres, sur des &#233;tag&#232;res : les livres n'avaient pas vraiment droit de cit&#233; dans l'appartement, de toute fa&#231;on c'&#233;tait trop petit, ici ils se d&#233;ployaient mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bizarre comme je peux refaire &#224; distance le d&#233;tail de ce d&#233;sordre : en Vend&#233;e nous n'avions pas de grenier, le mot lui-m&#234;me d&#233;j&#224; presque une survivance. Les poutres de bois de la vieille maison sentaient la poussi&#232;re. Dans un recoin ferm&#233; par une porte, d'autres &#233;tag&#232;res gardaient des pi&#232;ces de voitures elles-m&#234;mes disparues, bougies, roulements &#224; billes, moyeux ou engrenages dans leur cire brune durcie. Ailleurs, un ensemble disparate de verreries dont je me suis toujours demand&#233; la provenance. Deux masques &#224; gaz dans leur &#233;tui d'aluminium. De vieilles revues d'ameublement. Des dipl&#244;mes et troph&#233;es, chasse ou rallye automobile, &#224; la gloire de celui qui les avait abandonn&#233;s l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un carton, les registres toil&#233;s noirs avec les archives de la comptabilit&#233; du garage avant nous. Au bout, il restait souvent des pages blanches, j'y ai eu mes premi&#232;res exp&#233;riences d'&#233;criture &#8211; des d&#233;buts de roman. &#199;a n'allait pas loin, mais comme il y avait autant de registres que je voulais, je les repla&#231;ais avec le r&#233;cit en panne, j'en commen&#231;ais un autre dans le suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant que je me souvienne, un si&#232;ge arri&#232;re de deux-chevaux avait &#233;chou&#233; l&#224;. La rumeur de la petite ville nous parvenait faiblement (j'associe encore mon fr&#232;re &#224; ces heures de grenier), la temp&#233;rature sous le vieux toit d'ardoise amplifiait soit le froid, soit le chaud du dehors. J'&#233;tais assis sur ce si&#232;ge arri&#232;re de deux-chevaux, il y avait &#224; proximit&#233; ce carton avec les registres toil&#233;s noirs d&#233;positaires de mes romans futurs (vague souvenir aussi de r&#233;cits crypt&#233;s, suite &#224; la d&#233;couverte du &lt;i&gt;Scarab&#233;e d'or&lt;/i&gt; d'Edgar Poe), les apr&#232;s-midis duraient comme une ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les livres, ma m&#232;re avait os&#233; installer sur une des &#233;tag&#232;res ceux qui lui appartenaient : avec cachet encreur de l'&#201;cole normale d'instituteurs de Lu&#231;on, c'&#233;taient ses prix obtenus juste apr&#232;s la guerre (son premier poste au Mazeau, dans le Marais poitevin, doit dater de 1951, son mariage lui vaudrait un prochain poste &#224; l'Aiguillon-sur-Mer, et apr&#232;s ma naissance enfin sur place Saint-Michel en l'Herm). De ces livres grand format &#224; reliure cartonn&#233;e rouge illustr&#233;e, je me souviens de titres comme &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;David Copperfield&lt;/i&gt;, l'&#233;tranget&#233; aussi d'un Dosto&#239;evski. Lire Anna Kar&#233;nine est d&#233;finitivement li&#233; pour moi &#224; ce si&#232;ge de deux-chevaux accot&#233; &#224; un des poteaux de la charpente, dans le silence de ce grenier encombr&#233; par les &#233;l&#233;ments de carrosserie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objet qui demeure le plus vif, c'est cette h&#233;lice de bois noir &#224; deux pales. Dans mon souvenir, je la vois tr&#232;s grande, pas s&#251;r qu'elle soit aussi large. Je l'associe au mot &lt;i&gt;Br&#233;guet&lt;/i&gt;, mais sans preuve. De sa provenance, de sa raison d'&#234;tre ici, aucun renseignement. On est rest&#233;s l&#224; cinq ans : ce qu'elle est devenue quand tout cela a &#233;t&#233; vid&#233;, en 1969, tandis qu'une sup&#233;rette investissait le garage, aucune id&#233;e non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je d&#233;place la main en fermant les yeux, je reconnais la forme h&#233;lico&#239;dale des pales et leur bord d'attaque. Plus tard, en &#233;cole d'ing&#233;nieurs, on aurait de m&#233;chants exercices d'a&#233;rodynamique avec int&#233;grales sur des objets similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appartiens &#224; un monde disparu &#8211; et je vis et me conduis au-del&#224; de cette appartenance. C'est probablement le cas pour tout un chacun. La question, c'est l'importance et la r&#233;manence mat&#233;rielle d'un tel objet, parfaitement incongru, parfaitement inutile, dans le parcours personnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 59, pieds nus et carr&#233; blanc</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2784</link>
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		<dc:date>2013-02-09T15:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;les objets n'ont qu'une existence subjective&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2784.jpg?1352733778' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les objets auraient eu une p&#233;rennit&#233;, dans leur projet m&#234;me, ou ce qu'ils accumulaient de travail social, ou bien la socialisation de leur usage, que nous aurions perdue en nous abandonnant &#224; leurs versions nouvelles, dont la propri&#233;t&#233; et la fabrication sont lourdement concentr&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste avant 1968, et peut-&#234;tre m&#234;me l'&#233;t&#233; qui suit mai 68, nous passons encore le mois de juillet dans la maison que mes grands-parents ont fait construire &#224; proximit&#233; de la plage, fin des ann&#233;es 50, pr&#232;s de la Tranche-sur-Mer. Il se trouve que la maison est inhabit&#233;e depuis plus de vingt ans, dans ce recoin de c&#244;te lamin&#233; par l'exploitation du tourisme de masse, dans son recoin de terrain trop petit. Elle revient pourtant r&#233;guli&#232;rement dans mes r&#234;ves, ainsi que cette petite rue sous les pins qui s'en allait tout droit buter sur la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne travaille pas seul, ici : depuis le d&#233;but, chaque trappe lev&#233;e suscite pour mes deux fr&#232;res les m&#234;mes r&#233;flexes int&#233;rieurs de toucher et palpation, de secrets d'enfance, de noms et de visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour Jacques, de &lt;a href=&#034;http://cafcom.free.fr/spip.php?article316&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dater de 1968&lt;/a&gt; (il a cinq ans et moi quinze, et l'&#233;t&#233; suivant je serai sur la Nationale 10 en permanence pare-brises et station-service, donc probablement les derni&#232;res vacances partag&#233;es) de revoir ce &#171; gros poste de t&#233;l&#233;vision, de marque Gramont en noir et blanc, haut-perch&#233; sur une table &#224; roulettes dans la salle carrel&#233;e, entre la porte d'entr&#233;e et la porte fen&#234;tre. Tr&#232;s probablement le premier poste de t&#233;l&#233;vision des grands parents, qui sans doute avaient dans leur maison principale, d&#233;j&#224; la t&#233;l&#233;vision en couleur (sensation encore de l'enfoncement des boutons cylindriques dor&#233;s et cannel&#233;s de celui-ci, alors que ceux du Gramont devaient &#234;tre plut&#244;t des petites touches rectangulaires). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens plus facilement de la fin de l'ann&#233;e 1968, dont les deux grands &#233;v&#233;nements furent le &lt;i&gt;Beggars Banquet&lt;/i&gt; des Stones et bien s&#251;r l'&#233;blouissant &lt;i&gt;double blanc&lt;/i&gt; des Beatles. Je me souviens plus facilement aussi de &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503779/mai-69&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;t&#233; 1969&lt;/a&gt;, la mort de Brian Jones et marcher sur la lune &#224; la t&#233;l&#233; couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais pas &#224; ma disposition, int&#233;rieurement, le mot &lt;i&gt;Gramont&lt;/i&gt;. Il me revient avec imm&#233;diatet&#233;. Et de l'autre poste de t&#233;l&#233;vision des grands-parents, j'ai moi aussi imm&#233;diatement, &#224; lecture, cet enfoncement mou &#8211; avec d&#233;clic au bout &#8211; des boutons cylindriques &lt;i&gt;dor&#233;s et cannel&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux mobiliser par d&#233;duction certains &#233;l&#233;ments pr&#233;cis de cet &#233;t&#233; 1968. Principalement ce dessin de &lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=semp%C3%A9+paris-match+kafka%C3%AFen&amp;gs_upl=&amp;bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_cp.,cf.osb&amp;biw=1657&amp;bih=1236&amp;ix=seb&amp;ion=1&amp;um=1&amp;ie=UTF-8&amp;tbm=isch&amp;source=og&amp;sa=N&amp;tab=wi&amp;ei=hyA6T7aPFYOm0QWa5ZHACw#um=1&amp;hl=fr&amp;tbm=isch&amp;sa=1&amp;q=semp%C3%A9+&amp;oq=semp%C3%A9+&amp;aq=f&amp;aqi=&amp;aql=&amp;gs_sm=3&amp;gs_upl=29835l29835l0l29987l1l1l0l0l0l0l0l0ll0l0&amp;bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_cp.,cf.osb&amp;fp=611e74a802decc21&amp;biw=1657&amp;bih=1236&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Semp&#233;&lt;/a&gt; dans un &lt;i&gt;Paris-Match&lt;/i&gt; (mais pas possible de retrouver s'il s'agissait d'un vieux num&#233;ro, ou d'un r&#233;cent qui r&#233;agissait aux &#233;v&#233;nements de mai) o&#249; l'un des deux personnages, dans de profonds fauteuils, d'une pi&#232;ce &#224; haut plafond et murs tapiss&#233;s de livres (c'est surtout cela, que je n'aurais jamais imagin&#233; et qui me fut une r&#233;v&#233;lation) disait dans la petite bulle de la l&#233;gende : &#8211; Nous vivons vraiment dans un monde &lt;i&gt;kafka&#239;en&lt;/i&gt;. C'est l'occurrence de ce mot bizarre qui me fit acheter, &#224; la maison de la presse de la Tranche-sur-Mer, le &lt;i&gt;Proc&#232;s&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La colonie p&#233;nitentiaire&lt;/i&gt; en livre de poche, et je n'ai plus jamais cess&#233; de lire Franz Kafka, il grandit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet &#233;t&#233;, aussi, alors que les 45 et 33 tours nous avaient d&#233;j&#224; rejoints, que pour le brevet des coll&#232;ges, l'&#233;t&#233; pr&#233;c&#233;dent, j'avais obtenu mon premier tourne-disque, un Teppaz &#224; minuscule haut-parleur ovale viss&#233; dans le couvercle de plastique, l'id&#233;e que jamais il ne m'aurait &#233;t&#233; licite de d&#233;penser mon argent de poche dans une de ces paires de lunettes de soleil &#224; r&#233;flexion int&#233;grale, qui vous couvraient le visage d'un miroir d'argent ovale, qu'exhibaient sur leurs trottoirs les magasins d'articles de plage. J'en volai une paire, et pr&#233;tendit l'avoir trouv&#233;e dans le sable, l&#224; o&#249; les gens garaient leurs voitures. Je ne sais pas si la grand-m&#232;re crut &#224; mon mensonge, en tout cas, m&#234;me si je n'avais pas menti elle ne l'aurait pas cru. Le probl&#232;me &#233;tait pour moi : comment porter ces lunettes par-dessus mes lunettes de myope ? Tout le monde s'apercevrait de la superposition, assez ridicule. Et sans mes lunettes de vue, &#224; quoi bon des lunettes de soleil, pour buter sur tous les murs et voitures ? Je serais tr&#232;s touch&#233; de d&#233;couvrir, mais tellement plus tard, que la mode lanc&#233;e par Bob Dylan en 1965, ces &#233;normes lunettes &#224; verre fum&#233;, tenaient pr&#233;cis&#233;ment &#224; sa myopie mais qu'il avait, lui, les moyens de se faire fabriquer des verres correcteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il continue ainsi, mon petit fr&#232;re : &#171; Peut-&#234;tre les fr&#232;res plus &#226;g&#233;s que moi avaient-ils le droit de regarder, je n'en sais rien. Moi non : trop tard, m&#234;me en vacances, et surtout : &lt;i&gt;carr&#233; blanc&lt;/i&gt;. Interdit aux enfants. On n'a pas trop id&#233;e aujourd'hui, de ce que pouvait repr&#233;senter ce carr&#233; blanc, qui d'ailleurs &#233;tait un rectangle m&#234;me pas carr&#233;, &#224; l'&#233;poque. Enfin, pour les adultes, je ne sais pas. Pour moi : le signe confus d'une myst&#233;rieuse violence ou pornographie dont je ne pouvais m&#234;me pas, &#224; cinq ans, soup&#231;onner qu'elle puisse exister &#224; la t&#233;l&#233;. Plut&#244;t, je pense, que &#231;a faisait peur. En tous cas, un domaine strictement interdit, et donc, forc&#233;ment, attirant. L'image qui me revient, donc, est celle d'un gamin en pyjama (moi), qui pr&#233;texte d'aller faire pipi, pour se relever en entendant la musique du film, traverser la salle pieds nus, et voler quelques images &#224; l'&#233;cran noir et blanc. Mais ne me revient aucune image, juste l'id&#233;e, d'une image noir et blanc. Idem au retour. Puis rester cach&#233; en embuscade derri&#232;re la porte de la chambre entreb&#226;ill&#233;e. La voix du p&#232;re qui intime d'aller se coucher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance autorise cette permanence du myst&#232;re : nous n'avions pas les pav&#233;s de la cour de Guermantes, mais il suffit de relire pour sentir, sous ses pieds &#224; soi, la taille m&#234;me des asp&#233;rit&#233;s du carrelage, la forme du bouton de porte, et l&#224; bien d'autres d&#233;tails, les immortelles de la dune &#8211; elles aussi restent encore un vecteur du passage &#8211; ou l'&lt;i&gt;horaire des mar&#233;es&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; et qui nous &#233;tait indispensable, le serre-livres m&#234;me si les livres &#233;taient dans le placard des chambres, et comme ils n'&#233;taient gu&#232;re renouvel&#233;s ils doivent continuer d'y noircir : les aventures du Saint (des policiers am&#233;ricains), des livres li&#233;s &#224; la mer comme Henri de Monfreid, des Agatha Christie aussi. Reviennent m&#234;me l'anneau et le porte-cl&#233; de la porte d'entr&#233;e, le volet de la cuisine, les bosses qu'on a pris l&#224;, le nom des voisins d'en face, ou la floraison des tulipes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi je n'ai aucun souvenir de t&#233;l&#233;vision, en tout cas aucun qui soit li&#233; &#224; cette &#233;mission interdite dont il vient de parler, le frangin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continue en pens&#233;e le tour de la maison et du petit terrain qui l'entoure, le sous-sol et ce qu'on y gardait, la cache du crapaud plus gros chaque ann&#233;e, nos v&#233;los rafistol&#233;s. Probablement tout cela moins fort que ce bonheur de lumi&#232;re qu'&#233;tait la mer au bout de la rue, celle qui revient dans les r&#234;ves avec un nombre illimit&#233; de variantes. Il m'est arriv&#233; de retrouver ces sensations, dans la duret&#233; de maintenant, mais c'est &#224; condition d'aller &#224; l'&#238;le d'Yeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup de photos de cette maison, son terrain, et m&#234;me nous les m&#244;mes sur la plage, ou ceux qui nous y rendaient visite, parents ou amis des grands-parents. On ne photographiait pas la vie ordinaire, celle de tous les jours &#8211; photographies qui m'int&#233;resseraient bien plus. On a num&#233;ris&#233; les diapositives de mon p&#232;re, chacun a un dossier class&#233; par ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revois les lits superpos&#233;s, l'alternance avec l'autre fr&#232;re pour celui du haut qui &#233;videmment &#233;tait un privil&#232;ge, et lui le plus jeune devait avoir droit au matelas par terre. C'est comme &#231;a chez tout le monde. Il y a des grains de sable dans les glissi&#232;res &#224; roulette du grand placard, et c'est l'odeur de nylon d'un v&#234;tement de pluie transparent dont on ne devait pas se servir souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'expression &lt;i&gt;pieds nus&lt;/i&gt;, il y a aussi les tongs qu'on portait pour l'&#233;t&#233; : une semelle souple et &#233;paisse dont la mati&#232;re &#233;tait une nouveaut&#233; aussi, avec la bride en plastique plus dur qui passait entre les orteils. Et ces sandales transparentes en nylon souple, pour marcher sur les rochers, et qu'on perdait r&#233;guli&#232;rement. Souvenir aussi de comment les premiers jours de ce mois d'&#233;t&#233; les gravillons de la rue faisaient mal aux pieds nus mais qu'on se for&#231;ait, et qu'ensuite la corne les rendait insensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite ? Ensuite il y a les morts, ils sont l&#224;, assis sur la terrasse autour de la table de fer hexagonale. N'avoir &#233;crit tout ce bazar dont il ne reste rien que pour s'asseoir un instant avec eux. Et m&#234;me pas besoin pour cela des photographies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pieds nus surgit le r&#234;ve : les morts sont dans le r&#234;ve, et si par hasard une nuit on ne les voit pas, c'est de ne pas lui avoir port&#233; assez d'attention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets, 61 : fournisseurs et ronds de serviettes</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2789</link>
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		<dc:date>2013-02-09T15:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la fin de l'histoire des objets est celle de la fin de ceux qui nous les fournirent&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2789.jpg?1352733784' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'objet n'est pas forc&#233;ment associ&#233; &#224; la personne qui vous le fournit. Aujourd'hui, c'est d'&#233;vidence. C'est l'histoire de cette s&#233;paration qu'on pourrait suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la communaut&#233; restreinte du village, tout &#233;tait lisible. On se fournissait de pain chez tel des deux boulangers, mais on veillait &#224; maintenir une partie de ses achats chez l'autre, pour lorsqu'on avait plus besoin de lui. Les boutons et fermetures-&#233;clair s'achetaient dans cette petite mercerie sombre dont j'entrevois bien la porte, et la longue table de bois comptoir sur la droite, les deux vieilles soeurs qui la tenaient, mais plus grand-chose d'autre, sinon le d&#233;ploiement chatoyant, malgr&#233; l'obscurit&#233; partielle, des coupons de tissu et ces &#233;normes ciseaux qu'on ne voyait que chez elles. Quand on proc&#233;dait aux essayages chez la couturi&#232;re, c'est ce coupon qu'on apportait, et &#224; livraison nous les enfants avions droit d'emporter les chutes, elles int&#233;graient nos jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce sch&#233;ma qu'on emportait &#224; la ville quand on s'y rendait. On n'aurait pas march&#233; au hasard. Si Lu&#231;on permettait telles fournitures, c'est &#224; Lu&#231;on qu'on les prenait. Si telles autres fournitures n&#233;cessitaient d'aller jusqu'&#224; Fontenay-le-Comte ou La Rochelle, nous savions aussi d'avance la boutique tranquille, pas forc&#233;ment sombre mais tout de cette &#233;poque me para&#238;t d'une autre lumi&#232;re : l'habitude monochrome des v&#234;tements, des murs, l'&#233;conomie des lampes, la publicit&#233; et les enseignes qui n'&#233;taient pas encore venues &#224; nous ? &#192; Lu&#231;on chez Van Eeno pour les lunettes, &#224; La Rochelle deux fois par an pour le Monoprix comme une r&#233;compense accord&#233;e &#224; ma m&#232;re, qui n'en demandait pourtant pas beaucoup, et plus r&#233;guli&#232;rement pour ce surplus militaire &#224; la Pallice o&#249; on achetait treuils, &#233;lingues, &#233;l&#233;ments de bo&#238;tes de vitesse pour les Jeep et Dodge laiss&#233;s par l'arm&#233;e am&#233;ricaine et qu'il fallait bien entretenir et r&#233;parer. Je n'ai que peu de souvenir visuel de ce surplus, mais le sentiment d'&#233;merveillement, associ&#233; aux grandes vagues de l'histoire, et aux &#233;tranges silhouettes de ce parmi quoi on s'y promenait, en fait un lieu important. Pourquoi entrait-on chez Dandurand &#224; Fontenay : je crois bien que c'&#233;tait uniquement pour les livres scolaires &#224; emporter &#224; mon grand-p&#232;re de Damvix, pour nous la librairie c'&#233;tait Messe &#224; Lu&#231;on. Curiosit&#233; en soi-m&#234;me que ce qui m'&#233;merveillait dans les librairies les fusionne indiff&#233;remment, Messe &#224; Lu&#231;on, Dandurand &#224; Fontenay, Baylet &#224; Civray et ajouter Jabalot &#224; La Rochelle, avec le m&#234;me miroitement incluant globes terrestres, stylos-plumes lourdement au repos, et empilements des livres. Et je crois bien que c'est ce m&#234;me miroitement ind&#233;pendant du lieu qui me fait m'arr&#234;ter n'importe o&#249; que sur ma route encore il se produise, quand bien m&#234;me je n'utilise plus de stylo-plume ni de globe terrestre, et que j'aie besoin de lieux plus sp&#233;cialis&#233;s pour mes livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation &#224; double sens, on l'a maintenue dans le passage &#224; la petite ville : si la librairie &#233;tait donc Baylet, les tissus &#233;taient Gard&#232;s, le pharmacien Guinot, l'horloger Logeais. Ils &#233;taient ou n'&#233;taient pas nos clients, tout le monde n'allait pas se mettre &#224; rouler Citro&#235;n (Gard&#232;s roulait Lancia : c'&#233;tait l'opulence, son magasin avec &#224; la fois les coupons et le pr&#234;t &#224; porter, plus le camion qui faisait les foires et march&#233;s, et tout &#231;a s'est enfonc&#233; dans la ruine, apr&#232;s qu'ils s'en soient &#233;cart&#233;s comme les Logeais &#8211; qui aurait encore achet&#233; une montre &#224; Civray : maintenant c'est un masseur-kin&#233;sith&#233;rapeute qui s'y est install&#233; &#8211; ou bien assistant vieux et amaigris, bras ballants, &#224; cette ruine qui prenait et la ville et eux-m&#234;mes, c'est la derni&#232;re image que je garde de Roger Gard&#232;s). D'ailleurs il y avait quatre garages dans la toute petite ville de Civray, Bourdin pour Renault (nous &#233;tions amis), Tabarin pour Peugeot et Laffont pour Simca (&#8211; Mon mari est le meilleur r&#233;parateur de la ville, disait Mme Laffont, sachant que mon p&#232;re se consacrait &#224; la vente et ne r&#233;parait pas, &#8211; Le meilleur r&#233;parateur, c'est le sommeil, lui r&#233;torquait-il rituellement, tandis qu'elle faisait demi-tour et se renfon&#231;ait dans les profondeurs du garage noir, &#224; l'angle entre le lyc&#233;e et la poste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/6507_Marche_a.jpg?1329682160' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela valait pour ce qui venait de loin : les &#171; catalogues &#187; avaient cette fonction avant tout psychologique : &#234;tre le fournisseur personnalis&#233; d'une chose identifi&#233;e, qu'ils garantissaient en somme. On ne gardait pas le catalogue de l'ann&#233;e pass&#233;e, on ne l'aurait pas jet&#233; non plus, on en faisait cadeau, je me souviens parfaitement des destinataires &#8211; qui pourtant, eux, n'ayant que celui de l'ann&#233;e pass&#233;e, n'en seraient que lecteurs, et pas acheteurs. Les Trois Suisses pour ce qui concernait le tricot et les tissus, la Manufacture de Saint-&#201;tienne pour les outils et (&#231;a ne nous concernait pas) chasse ou p&#234;che, la Camif parce que ma m&#232;re y avait droit, qu'ils avaient leur magasin &#224; Niort, et qu'apr&#232;s qu'elle serait pass&#233; de l'&#233;cole au garage, on se servirait du compte de mes grands-parents maternels. La Redoute aussi devant venir jusque dans le d&#233;partement, mais c'&#233;tait quand m&#234;me associ&#233; au nord, il me semble qu'on se m&#233;fiait moins des Trois Suisses. Le catalogue, n'importe lequel, &#233;tait une lecture respectueuse et s&#233;rieuse &#8211; il en existe toujours, et peut-&#234;tre gardent-ils pour d'aucuns cette valeur de prescription. Une transition vers la marchandise anonyme des grandes villes ? Probablement pas, si le catalogue de Saint-&#201;tienne &#233;tait celui d'un fabricant, et que la cha&#238;ne qui vous apportait la commande via le facteur &#233;tait identifi&#233;e jusqu'&#224; vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principe qui valait &#224; l'inverse : qu'on aille &#224; Laval chercher un camion-b&#233;taill&#232;re, ou &#224; l'usine Citro&#235;n quai de Javel rapporter une voiture neuve, il fallait pour mon p&#232;re et mon grand-p&#232;re &#234;tre &#171; connu &#187;. &#199;a semblait valoir y compris pour le restaurant routier dans lequel on s'arr&#234;terait pour le casse-cro&#251;te, ou le gourbi qui &#224; Niort &#233;tait sp&#233;cialis&#233; dans les baguettes de soudure etc. Si on avait &#224; faire &#224; un nouveau fournisseur, ce qui pouvait arriver, il fallait que la relation &#233;tablie soit d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela tournait &#224; la farce : cette histoire d'un paysan et sa fianc&#233;e, montant &#224; la ville pour choisir le chapeau qui serait celui de la noce, et puis, vingt-cinq ans plus tard, pour les noces de leur fils, reviennent &#224; la m&#234;me boutique et entrent en disant : &#171; Ben c'est encore nous... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#232;s qu'ils sortaient, de Lu&#231;on &#224; La Rochelle ou Laval ou quai de Javel, mon grand-p&#232;re serait &lt;i&gt;Bon Saint-Michel&lt;/i&gt; en un seul mot comme mon p&#232;re serait plus tard &lt;i&gt;Bon Civray&lt;/i&gt;. On a peut-&#234;tre r&#233;invent&#233; quelque chose du m&#234;me ordre avec nos identifiants Internet qui souvent remplacent nos patronymes ou au moins s'y associent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut prendre &#231;a &#224; l'envers, depuis la table de cuisine et les ronds de serviette. Les ronds de serviette n'avaient pas forc&#233;ment de fournisseur, on pouvait les garder toute sa vie depuis un cadeau de bapt&#234;me, le pr&#233;nom calligraphi&#233; sur la surface argent&#233;e et le laiton apparaissant poli aux zones d'usure par seul frottement du tissu, et pour ma m&#232;re, qui n'&#233;tait pas baptis&#233;e (ou du moins, dut faire une s&#233;ance de rattrapage adulte juste avant son mariage), un hexagone de fer blanc sous l'inox, avec aussi ses initiales, offert (mais obligatoire) pour son entr&#233;e &#224; l'&#233;cole normale d'institutrice de Lu&#231;on. Je pourrais ainsi d&#233;crire la totalit&#233; des ronds de serviette de l'univers familial : tout avait dur&#233;e et permanence, mais aussi origine. Les nappes, la toile cir&#233;e, la corbeille &#224; pain, les couteaux, les couverts du dimanche, la suite des tire-bouchons puisque c'&#233;taient aussi des cadeaux ou des souvenirs, les torchons avec eux aussi une initiale brod&#233;e, des coquetiers jusqu'aux vitres &#224; la fen&#234;tre m&#234;me si on les achetait, les taillait, les mastiquait nous-m&#234;mes quand bris&#233;es, la pendule au mur, et tout ce qu'on mangeait bien s&#251;r, dont rien n'aurait eu le m&#234;me fournisseur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/6506_HY_Boucherie_b-2.jpg?1329682172' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces communaut&#233;s de village gardaient la structuration de plus ancien partage : les murs de l'abbaye ma&#238;tre et sa ch&#226;telaine nous le rappelaient, mais les terres gagn&#233;es sur la mer, &#224; mesure des digues &#233;lev&#233;es par bagnards ou d&#233;port&#233;s juifs ou prisonniers de guerre selon les &#233;poques (qui faisaient souche, et ce qu'on en porte en soi-m&#234;me), valaient &#224; chaque habitant un revenu en beurre et en pain. Les m&#233;tiers &#233;voluaient, puisque le tailleur de pierre travaillerait avec un de ses fils, pousserait l'autre &#224; devenir menuisier, mais c'est dans un appentis de l'atelier de taille que celui-ci, mon grand-p&#232;re, &#233;tablirait son premier atelier de motoriste. Si Jubien &#233;tait toujours mar&#233;chal-ferrant, dans un d&#233;cor et une fonction qui n'avait pas chang&#233; par rapport &#224; la forge du Meaulnes, Alain Gerbault &#233;tait &#233;lectricien et Louis Ardouin laissait sa quincaillerie s'ouvrir &#224; l'&#233;lectro-m&#233;nager, les deux ensemble vogueraient sur la t&#233;l&#233;vision naissante. Les m&#233;tiers continuaient de se transmettre de p&#232;re en fils, mais &#233;taient forc&#233;ment li&#233;s aux objets diffus&#233;s, puis r&#233;par&#233;s ou renouvel&#233;s. Qui consid&#233;raient de leur charge le lien direct au lieu de production, que signait la marque, bien avant qu'elles se m&#234;lent chacune dans la m&#234;me marmite, et cela vaut pour les marques de bi&#232;re comme pour les t&#233;l&#233;visions et tant d'autres choses &#8211; quant aux couturi&#232;res et coupons, longtemps que les imports asiatiques leur ont fait leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu la fin de ce monde : mon p&#232;re refusait d'acheter de l'essence sur les pistes de supermarch&#233;, et protestait contre leur &#233;tablissement, tenait &#224; prouver que sa pompe Antar proposait une meilleure essence, les distilleries r&#233;servant leurs fonds de cuves aux grandes surfaces. Ma m&#232;re a d&#251; continuer de m'acheter une fois par an un pantalon chez Gard&#232;s m&#234;me sachant qu'une fois par an je m'achetais un blue-jean &#224; Poitiers et le portait jusqu'&#224; usure et salissure inavouables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville moyenne o&#249; j'habite, j'en trouve r&#233;guli&#232;rement des instances fossiles, mais plus en r&#233;gion parisienne. Et encore bien moins au Qu&#233;bec, o&#249; souvent je m'en trouvais d&#233;stabilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la fin des objets est pour chacun d'entre eux l'histoire de la fin d'une certaine relation &#224; nos fournisseurs. La notion m&#234;me en serait finie : avec quelques survivances provisoires dans l'&#233;troit domaine du livre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Stones, 27 | Godard l'employ&#233; de banque</title>
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		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3040</guid>
		<dc:date>2012-10-18T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rolling Stones</dc:subject>
		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Luc Godard</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;50 histoires vraies concernant les Rolling Stones &#8211; un l&#233;gendaire moderne&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;s&#233;rie | 50 histoires vraies pour les 50 ans des Rolling Stones&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;Rolling Stones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot625" rel="tag"&gt;Jean-Luc Godard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qui se lassera de voir et revoir &lt;i&gt;One + One&lt;/i&gt; ? &#192; cause des Stones, &#224; cause de Godard, ou bien parce que &#231;a ne se m&#233;lange pas plus que l'huile et le vinaigre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle mayonnaise complexe, prenons en vrac : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Godard conna&#238;t tr&#232;s peu le pop, donc ceux qu'il veut ce sont les Beatles. Les Beatles demandent trop cher, donc il se rabat sur les Stones et les Who, ce sera les Stones, mais &#231;a veut dire qu'il ne sait pas &#224; qui il a affaire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les Stones sont en pleine transition : le disque &lt;i&gt;Beggars Banquet&lt;/i&gt; est termin&#233; et mix&#233;, leur prochain projet ce sera le &lt;i&gt;Rock'n Roll Circus&lt;/i&gt; en d&#233;cembre, ils ont du temps alors pourquoi pas. 6000 livres ? 6000 livres (ils ne savent pas pour les Beatles, sinon ils auraient fait monter). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Brian est en pleine d&#233;confiture, son &#233;viction ne se fera que dix mois plus tard, mais elle est d&#233;j&#224; r&#233;solue, la preuve : on fait signer &#224; Godard, dans le contrat, une clause comme quoi la pr&#233;sence de Brian Jones n'est pas une condition pour le tournage. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et les voil&#224; ensemble : magnifique, dans &lt;i&gt;Life&lt;/i&gt;, comment Keith, qui pr&#233;cise &lt;i&gt;the great French cinematic innovator&lt;/i&gt; (il conna&#238;t bien la Suisse, mais seulement la Suisse al&#233;manique), dit qu'a priori c'&#233;tait parti pour un loup&#233; : &lt;i&gt;he looked like a French bank clerk&lt;/i&gt;, c'est quasi l'injure supr&#234;me. S'il y en a parmi vous qui ont &lt;i&gt;Life&lt;/i&gt; en fran&#231;ais, vous pouvez me dire si le traducteur a corrig&#233; ? Moi je n'aurais pas corrig&#233;. Et Keith : &lt;i&gt;the film was a total load of crap&lt;/i&gt;. Un vrai gros tas de merde. Scusez m'sieur Richards : personne ne vous a compris et film&#233; &#8211; corps, regards, objets, lenteurs, art &#8211; comme le petit employ&#233; de banque m&#234;me pas fran&#231;ais. Ce film est une totale merveille.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il veut filmer les Stones au boulot, le monsieur ? Y a plus trop de jus dans la lance ? Mick vient de lire Boulgakov, et Marianne Faithful, qui l'y a introduit, l'a aussi mis dans Baudelaire. Il a dans la t&#234;te un rythme de samba, une samba lente et dansante. On va juste jouer avec &#231;a &#8211; et le diable (&lt;i&gt;le d&#233;mon, dans ma chambre haute&lt;/i&gt; &#233;crivait Baudelaire).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premi&#232;re question : si Godard n'&#233;tait pas l&#224; avec ses cam&#233;ras, est-ce que les Stones seraient all&#233;s aussi loin dans le travail ? Est-ce qu'ils se seraient invent&#233;s eux-m&#234;mes, franchissant avant m&#234;me la sortie de &lt;i&gt;Beggars Banquet&lt;/i&gt; (o&#249; finalement on inclura &lt;i&gt;Sympathy for the devil&lt;/i&gt;) une &#233;tape suppl&#233;mentaire et d&#233;cisive ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Godard filme tout : derri&#232;re les paravents du studio, &#224; quelques m&#232;tres des Stones qui bossent, ceux qui glandent, fument, bavardent. La cravate et la veste Saville Row de Charlie Watts savamment repli&#233;es sur la cloison de son box. Le regard de Bill Wyman pendant que Richards fait la basse, et que pour assumer ses heures de service il secoue des maracas. Brian Jones enferm&#233; dans son box, qui s'acharne sur la Gibson acoustique, mais qu'on ne prend m&#234;me pas la peine d'enregistrer et qui n'est pas dans le mixage, mendie ses clopes entre les prises. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Godard et Keith, deux fauves : Keith s'arroge le tabouret central. Il d&#233;piaute sa chemise jusqu'aux poils du ventre. Avant chaque prise, il v&#233;rifie d'un clin d'oeil tr&#232;s bref mais parfaitement froid que la cam&#233;ra le filme. Y compris quand il fait refaire trois fois &#224; Charlie Watts le rythme initial. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;One plus one&lt;/i&gt;, prise apr&#232;s prise : la chanson se transforme, l'orgue de Nicky Hopkins devient ce lancinement abstrait. Richards fait cette basse grognante. Puis revient &#224; sa lourde Gibson Les Paul noire de 1959 (je crois que ce sera la derni&#232;re fois qu'il s'en servira). Sans Godard, est-ce qu'on aurait fait tout ce d&#233;pli du temps, jusqu'&#224; racler l'os de cette musique purement r&#233;p&#233;titive, en faire une obsession ? Tout &#224; la fin, avec Faithfull et Pallenberg, se tenant en cercle par les &#233;paules, ils ajoutent les choeurs.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et ce remplissage, ou qu'on consid&#232;re trop vite comme. Godard alterne une prise Stones et une prise ambiance d'&#233;poque. Le manifeste des Black Panthers lu dans une casse automobile. Ou Anne Wiazemski taguant les murs de Londres. Ou Anne Wiazemski poursuivie par une horde de reporters, r&#233;pondant soit oui, soit non. Avouant des ann&#233;es plus tard qu'elle ne savait pas ce qu'elle devait r&#233;pondre &#8211; si Godard derri&#232;re la cam&#233;ra levait la main droite c'&#233;tait oui, et non la main gauche, que son regard perdu vers la cam&#233;ra c'est &#231;a. Que &#231;a aurait vieilli ? Oui, probablement, dans &lt;i&gt;Blow Up&lt;/i&gt; aussi des choses ont vieilli (et quand on voit les photos d'actualit&#233;, la fuite de De Gaulle, m&#234;me impression d'un monde tr&#232;s lointain : Godard nous montrait d'avance ce lointain, en son pr&#233;sent m&#234;me). Mais pensez &#224; Paris en train de faire mai 68, pendant les jours m&#234;me o&#249; tourne Godard. Pas s&#251;r que les questions soient si mortes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'o&#249; le clash entre Godard et son producteur am&#233;ricain. Qui vire toutes les prises non Stones, reprend les rushes Stones en quasi int&#233;gral, et appelle le film &lt;i&gt;Sympathy For The Devil&lt;/i&gt;. Premi&#232;res projections, proc&#232;s. Godard gagne. Jamais connu personne qui ait vu cette version-l&#224; du film. Godard dit qu'alors il d&#233;truit tous les rushes des dizaines d'heures de r&#233;p&#233;tition des Stones. Croyons qu'il ne l'a pas fait. Croyons qu'il garde &#231;a dans le sous-sol de sa maison (suisse, pas fran&#231;aise). L'autre jour mon copain Vincent Segal enregistrait dans ce &lt;i&gt;basement&lt;/i&gt; de Jean-Luc Godard, je lui ai dit vas-y, fouille, fouille... Il n'a pas os&#233;, le Vincent. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Telles quelles, je les aime presque, maintenant, ces coupes. Comme entrer et sortir de la nuit perp&#233;tuelle du studio, et d&#233;couvrir que &#231;a a avanc&#233;, que c'est diff&#233;rent, un tout petit peu diff&#233;rent. Et Richards en chef d'orchestre : on ne s'en rendait pas compte, du boulot de Richards. Et Mick Jagger en patron : lui qui d&#233;cide&#8211; ob&#233;ir au doigt et &#224; l'oeil, vous savez l'expression ? Alors Godard filme l'oeil. Ou Stu, le bon Stu, quand passe Stu avec tout son bazar dans les poches arri&#232;re du futal. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dernier jour, ils sont presque copains, avec le petit homme chauve que Richards prend pour un employ&#233; de banque &#8211; &#231;a ce n'est pas grave, mais un employ&#233; de banque &lt;i&gt;fran&#231;ais&lt;/i&gt;, voil&#224; qui est terriblement plus grave. Godard a mont&#233; ses projecteurs pr&#232;s du faux plafond technique, et tendu de grands papiers clairs pour &#233;galiser la lumi&#232;re, le studio prend feu. &#201;vacuation. Bill Wyman seul fait demi-tour, et dans le studio qui flambe entre dans la r&#233;gie et prend les bandes, personne d'autre n'y a pens&#233;. Heureusement, il n'y aura pas trop de d&#233;g&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; en tout cas ce &#224; quoi Jean-Luc Godard s'est occup&#233; dans le moment le plus fort de mai 1968, loin de Paris, et &#224; quoi nous devons la plus haute et fine et lucide et animale compr&#233;hension de ce que sont les Rolling Stones : probablement, peut-&#234;tre, parce qu'il ne savait rien d'eux. Les grands ex&#233;g&#232;tes de JLG n'ayant que m&#233;pris pour le rock'n roll, personne ne l'a jamais fait s'exprimer sur ce film immense (en zappant, comme tout le monde fait, tout ce qui n'est pas Stones).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L420xH283/godardsympathydevil-f7cc5.jpg?1749132291' width='420' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | Etienne Arlot, invit&#233; d'honneur</title>
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		<dc:date>2012-09-05T21:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre invite... </dc:creator>


		<dc:subject>Poitiers, Civray, Charente</dc:subject>
		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;routes crois&#233;es, chemins fr&#232;res&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot252" rel="tag"&gt;Poitiers, Civray, Charente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2850.jpg?1352733836' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
L&#224; je termine la reprise de cette &lt;i&gt;Autobiographie des objets&lt;/i&gt; pour publication au Seuil en septembre. C'est difficile, je r&#233;cris beaucoup. J'ai du mal &#224; m'y mettre. Sur le blog, c'&#233;tait comme garder &#231;a chez moi.
&lt;p&gt;J'avais mal compris le message d'&#201;tienne Arlot il y a quelque sjours, j'avais compris qu'il allait m'envoyer un texte. En fait il &#233;tait l&#224;, sur mon site, PDF en pi&#232;ce-joint li&#233;e &#224; commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tienne &#233;tait un peu notre chef de bande, si on avait &#233;t&#233; une bande. Privil&#232;ge de l'a&#238;n&#233;, du grand fr&#232;re, pas seulement par sa grande taille. Celui qui conduit. Cela a dur&#233; tout l'&#226;ge du lyc&#233;e et m&#234;me au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours pour lui ce rapport m&#234;l&#233; de respect et de gratitude, celui qui en fait un peu plus que les autres, et va droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grande responsabilit&#233; aussi il a eu dans les chemins du rock, sa chambre en sous-sol &#233;tait un peu notre capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux, pour l'adolescence, comme une diff&#233;rence d'&#226;ge tr&#232;s minime, les 2 ans 1/2 qui nous s&#233;parent, peuvent &#234;tre, en p&#233;riode de transition, un d&#233;calage de monde tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais tous les noms qu'il &#233;voque, les noms de lieux, les noms de personne. J'ai mes morts comme il a les siens, ceux qu'il nomme ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand sentiment de fraternit&#233;, &#224; ces morts m&#234;me. Autres noms qui reviennent. Et le pacte d'amiti&#233; qui se prolonge &#224; 40 ans de distance...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange par exemple de penser, aujourd'hui, que je n'ai strictement aucune photo de cette p&#233;riode, et donc aucun de nos visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photographies : accidents de la route, Civray, 1964-1965. Et ci-dessous, hommage &#224; Andr&#233; A.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH360/AE-b5a25.jpg?1750806873' width='360' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Etienne Arlot | entre Romansac et la Blanchisserie&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de la pr&#233;sentation de la DS au Salon de l'Auto 1955.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de mon p&#232;re me montrant la premi&#232;re DS &#224; Civray en 1956, orange &#224; toit noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'il finit par garder pour lui-m&#234;me la Traction 11 l&#233;g&#232;re dont le propri&#233;taire, monsieur Chauvineau, lui avait confi&#233; la vente en 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que mon oncle Jean m'a conduit chez le m&#233;decin &#224; Sommi&#232;res avec sa 4 CV quand je me suis fendu le front chez p&#233;p&#233; Baptiste en 1957.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de la mort d'Albert Camus en 1959, de la photo dans Paris Match de la FacelVega &#233;cras&#233;e contre un arbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de ma grand-m&#232;re Elise alit&#233;e apr&#232;s un accident de voiture en 1959, mon p&#232;re montrant sa jambe bleuie et lui caressant le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens du journal relatant l'accident mortel entre la 403 de monsieur Jouvanneau et la Dauphine du couple Foucher, pr&#232;s de Sommi&#232;res en 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que mon oncle Paul, fr&#232;re et beau fr&#232;re des &#233;poux Foucher, conduisait vite sa Dauphine et que ma m&#232;re n'&#233;tait pas rassur&#233;e quand parfois il nous emmenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que d&#233;j&#224; en 1960 Johnny Hallyday chantait &#171; souvenirs, souvenirs, je vous retiens dans mon c&#339;ur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de la 2 CV camionnette de mon p&#232;re, nous les trois fr&#232;res assis &#224; l'arri&#232;re sur un petit banc en bois qui glissait dans les virages. L'hiver elle nous tirait dans la neige sur une luge entre Romensac et la Blanchisserie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que L&#233;opold Paradot avait l'habitude de garer son corbillard noir &#224; pompons &#224; l'emplacement de la future maison Dupr&#233; quand il y avait deux enterrements le m&#234;me jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de l'effroi que m'inspirait la vision de ce fr&#234;le corbillard hippomobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens du ma&#231;on Fran&#231;ois, construisant la maison Dupr&#233;, invectivant rigolard L&#233;opold : &#171; i' s'ra rendu avant toi l'mort ! &#187;. Le croque mort avait pris du retard, le glas de l'&#233;glise sonnait et la jument Margot arrachait le corbillard noir &#224; pompons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que le jour de ma communion en 1963 fut endeuill&#233; par la mort de plusieurs membres de la famille Gallot dans l'accident de leur DS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de la mort de John F. Kennedy le 22 novembre 1963, abattu dans sa Ford Lincoln d&#233;capotable &#224; Dallas par Lee H. Oswald.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que mon oncle Jean nous avait pr&#234;t&#233; sa 403 pour aller &#224; Villefranche-surSa&#244;ne, ville natale de grand-m&#232;re Elise, &#224; l'&#233;t&#233; 1964. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e suivante, la m&#234;me Peugeot nous conduisait dans les Pyr&#233;n&#233;es et nous chantions &#224; tue-t&#234;te &#171; que la montagne est belle &#187;. e me souviens que mon prof de maths, Marcel Rogeon, disait en 1966 que &#171; m&#234;me les 2 CV roulent maintenant &#224; plus de 100 &#224; l'heure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'&#224; cette &#233;poque des premiers &#233;mois adolescents, je n'ai pas os&#233; inviter sa fille Michelle &#224; danser un slow &#224; la boum du foyer des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que mon cousin Jean-Pierre Dupr&#233; commenta laconiquement, par un apr&#232;s midi pluvieux dans la salle des Ondines, assis sur un tapis de gym, la mort du jeune Daniel Dardillac &#233;cras&#233; par une 203 juste devant chez lui en 1966 : &#171; ce pauvre Doudouille est mort&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 juillet 1967. Je me souviens que ce matin l&#224; avec Jean Pierre, dans l'atelier o&#249; il peint des placards m&#233;talliques, il est question de la premi&#232;re compilation des Rolling Stones, du tube de Procol Harum, du programme spacial Apollo, de son d&#233;part le soir en vacances &#224; La Palmyre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Assis sur la selle biplace de la mobylette d'un des ouvriers, je ne sais pas que c'est notre dernier t&#234;te &#224; t&#234;te. Le 10 juillet 1967 le corbillard noir &#224; pompons l'emm&#232;ne sous le soleil d'&#233;t&#233; au cimeti&#232;re. Deux jours plus t&#244;t la Simca 1500 de ses parents a &#233;t&#233; percut&#233;e par une autre voiture &#224; la sortie de Civray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'Odile Berton, allong&#233;e dans l'herbe pr&#232;s du plongeoir au bord de la Charente, me d&#233;crivant avec d&#233;tachement son passage sur les lieux juste apr&#232;s l'accident, son &#233;motion sans doute contenue par le fait que sa propre s&#339;ur, Mireille, venait de p&#233;rir &#233;cras&#233;e contre un mur par une voiture folle, quinze jours plus t&#244;t &#224; Ruffec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'en cette ann&#233;e 1967 la route fut fatale aux actrices Fran&#231;oise Dorl&#233;ac et Jane Mansfield, que les astronautes am&#233;ricains White, Grissom et Shafee p&#233;rirent carbonis&#233;s lors d'un essai au sol de leur capsule Apollo, qu'en novembre le chanteur Otis Redding disparut dans un accident d'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; suivant, juste apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de mai 1968, Michel Fran&#231;ois, fils du ma&#231;on, sortait de la route avec sa Simca 1000 et mourait avec son copain Jean Marie Faugeroux. Je me souviens avoir vu ce dernier quelques jours avant, assis &#224; une terrasse de bar &#224; Sauz&#233;-Vaussais alors m&#234;me que nous accompagnions Guy et Mauricette Dupr&#233;, encore convalescents, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'habituel s&#233;jour d'&#233;t&#233; &#224; La Palmyre. Guy, conduisait, sous les conseils de mon p&#232;re, sa nouvelle voiture : une DS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA 18 mars 2012&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2593 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/6504_PaysBasque_f.jpg?1333574981' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 15, transistor</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2451</link>
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		<dc:date>2012-02-09T08:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;apparition de la bo&#238;te &#224; son de nuit, et &#233;thique commerciale de village&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2451.jpg?1352733389' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On est fin 1964. C'est l'apparition du break Ami 6 : un interm&#233;diaire entre le besoin massif d'&#233;quipement en voiture moyenne et la diffusion d&#233;j&#224; si forte des utilitaires &#224; bas co&#251;t, la deux-chevaux camionnette &#224; tout faire dans la vie rurale &#8211; il restait sept ans avant les rocades, les autoroutes, la fin. Le garage r&#233;cemment acquis par mon p&#232;re va multiplier brusquement son activit&#233;, et sym&#233;triquement le garage Tabarin qui propose la 204 Peugeot. On a embauch&#233; plusieurs jeunes m&#233;caniciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place qui s'appelle Leclerc mais qu'on appelle encore place d'Armes, il y a l'&#233;glise, un des deux caf&#233;s, l'autre est sur la place des Halles (il y a beaucoup d'autres caf&#233;s minuscules, mais ils ne comptent pas), et puis la pharmacie, la librairie-pap&#232;terie Baylet, les v&#234;tements Gard&#232;s, le bijoutier Logeais et l'&#233;lectrom&#233;nager Chauveau. Il n'y a plus grand-chose de tout &#231;a aujourd'hui, et le param&#233;dical, la maison de retraite, sont devenus ce qu'on voit en premier, &#224; Civray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Chauveau, la r&#233;volution est encore plus brutale que pour nous : les t&#233;l&#233;viseurs ont la place noble dans la vitrine, m&#234;me bien avant la couleur, mais je suppose que l'&#233;quipement &#8211; qui, en une poign&#233;e d'ann&#233;es, deviendra global &#8211; des familles en lave-linge doit plus contribuer &#224; leur essor. Quand Civray sera d&#233;senclav&#233;, on ira acheter &#231;a dans les grandes surfaces &#224; Poitiers, pour l'instant &#231;a ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, dans cette longue caverne des merveilles qu'&#233;tait d&#233;j&#224; devenue leur boutique rallong&#233;e, agrandie, sous les lustres &#224; trois branches pour les salle &#224; manger, les cocotte-minutes brillantes et les rayons d'ampoules, il y avait part pour le r&#234;ve : ils &#233;taient les seuls &#224; Civray &#224; vendre des disques, et la normalisation marchande serait telle que je crois bien que c'est chez eux, parmi les machines &#224; laver, que j'ach&#232;terai cinq ans plus tard mon &lt;i&gt;Double Blanc&lt;/i&gt; des Beatles. Et ce r&#234;ve, cette fin d'ann&#233;e 1964, c'est l'apparition des transistors qui l'incarne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la complexification et la fabrication mondialis&#233;e des circuits &#233;lectroniques, on n'emploie plus le mot &lt;i&gt;transistor&lt;/i&gt;. D&#232;s cette &#233;poque, et ces talkie walkie &#224; monter soi-m&#234;me qu'on recevait &#224; No&#235;l, jusqu'&#224; mes d&#233;buts industriels, je sais bien qu'un transistor c'est une b&#234;te &#224; trois pattes et haute t&#234;te ronde, et si la diode c'est un mince clapet, le transistor joue le r&#244;le du robinet m&#233;langeur eau chaude eau froide, ou de l'&#233;cluse, comme on veut. Il y en a des milliers et milliers dans un millim&#232;tre carr&#233; de nos modernes processeurs, dans le moindre t&#233;l&#233;phone, mais en revenant &#224; l'&#233;chelle quasi bact&#233;rienne ils ont disparu du vocabulaire. Nous apprenions &#224; parler l'&#233;lectronique courante, le mot en lui-m&#234;me nous &#233;merveillait, nous savions la valeur d'une r&#233;sistance rien qu'aux traits marron rouges verts qu'elle portait sur le ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On appelait &lt;i&gt;transistor&lt;/i&gt;, par extension, les r&#233;cepteurs radiophoniques qui, en abandonnant la lampe, s'&#233;taient d'un coup miniaturis&#233;s. Chez Chauveau, ils &#233;taient sur un pr&#233;sentoir devant la porte, &#224; l'ext&#233;rieur, petits rectangles de plastique dans un &#233;tui de plastique souple, et reli&#233;s par une cha&#238;nette au pr&#233;sentoir, de telle fa&#231;on que le pr&#233;sentoir restait dehors quand le magasin fermait, entre midi et deux heures. Nous avions d&#233;sormais &#224; la maison un poste de radio portable, mais bien plus gros &#8211; et quand on d&#233;jeunait, dans la cuisine, il &#233;tait allum&#233;, la bascule avait commenc&#233;. Mais j'&#233;tais venu plusieurs fois les voir, devant le pr&#233;sentoir de chez Chauveau, les tout nouveaux &lt;i&gt;transistors&lt;/i&gt; &#8211; ce que ce mot emportait alors du mot &lt;i&gt;tr&#233;sor&lt;/i&gt;, sans parler de la promesse de la petite antenne t&#233;lescopique et orientable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond du garage il y avait un bout de terrain, comme dans tous les garages on y stockait les vieux pneus, la vieille t&#244;le (mode d'emploi les ann&#233;es &#224; neige : on prend un capot de deux-chevaux accident&#233;, on le monte en haut du tas de pneus, on glisse), un cabanon pour l'huile de vidange et un autre pour l'acide &#224; batterie Il y avait aussi les v&#233;hicules &#233;paves, et un mur du dessus duquel, en circulant, on observait tous les voisins par l'arri&#232;re. C'est dans un de ces v&#233;hicules &#224; l'abandon que je l'ai trouv&#233;, le m&#234;me transistor que chez Chauveau, tout brillant, tout neuf. En territoire neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais d&#233;brouill&#233; pour mettre une pile : j'avais mon propre appareil radio et c'&#233;tait magnifique. Il n'&#233;tait &#224; personne, c'est bien ce que j'ai tent&#233; d'expliquer &#224; mon p&#232;re, quand il a d&#233;busqu&#233; l'objet deux jours plus tard. &#199;a devait bien valoir dans les 300 francs, c'&#233;tait un luxe. Confisqu&#233;, bien s&#251;r, &#233;tape 1. Retour chez Chauveau, bien s&#251;r, &#233;tape 2 : oui, on avait bien fauch&#233; au bonhomme, trois ou quatre jours plus t&#244;t, un appareil. Ce n'est pas une cha&#238;nette comme il employait qui pouvait dissuader nos bonshommes, dont les mains m&#234;mes d&#233;faisaient toute m&#233;canique. Seulement lequel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, ce n'est plus mes affaires. Et je n'osais m&#234;me m&#234;me traverser l'atelier, crainte que celui qui avait planqu&#233; le transistor dans la vieille Vedette coinc&#233;e dans l'arri&#232;re-cour, mais ne se doutait pas qu'une des premi&#232;res qualit&#233;s naturelles des gosses c'est cet inventaire permanent et mobile de leur territoire, et principalement de ce qu'il peut &#233;ventuellement comporter de cachettes, m'en veuille de ce g&#226;chis &#8211; pour lui et pour moi, non pour Chauveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois bien que mon p&#232;re, pour arranger l'affaire et ne pas exposer un de ses gars &#224; la vindicte publique, avait pay&#233; le transistor &#224; Chauveau, on n'en avait pas besoin mais &#231;a permettait de calmer la r&#233;putation : il n'employait pas des &lt;i&gt;voleurs&lt;/i&gt;. Et donc, tout cela oubli&#233;, quelques semaines plus tard, la nuit dans le noir, sous l'oreiller, une oreille sur le minuscule haut-parleur, je commen&#231;ais comme des milliers d'autres de mon &#226;ge d'&#233;couter le &lt;i&gt;Pop Club&lt;/i&gt; et les concerts en direct la nuit &#8211; l'ann&#233;e 1965 venait de commencer, allez donc voir ce qui se passait, dans la musique en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Photo : Civray, place Leclerc, 1964, le magasin Chauveau au fond entre Logeais et le coiffeur.
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 18, au microscope</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;fa&#231;on d'appr&#233;hender de plus pr&#232;s les choses qui ne le demandent pas&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2458.jpg?1352733395' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On m'avait offert pour No&#235;l un microscope. Je le revois avec une extr&#234;me pr&#233;cision, dans sa bo&#238;te rectangulaire de carton bleu rigide : j'ai pass&#233; assez d'heures avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volume complexe soulev&#233; des deux mains, incluant des mondes, je l'associe &#224; mon petit globe terrestre de m&#233;tal peint, avec son cadran gradu&#233; pour les latitudes, et chaque pays un nom une couleur, les oc&#233;ans et villes leurs noms, la grandeur des mers &#8211; les couleurs et les fronti&#232;res, les noms depuis ont chang&#233;, mais pas les mers (on montre maintenant leur relief). Le globe terrestre avait &#233;t&#233; choisi &#224; Civray chez Baylet, il y en avait de plus grands, en plastique, mais moins pr&#233;cis et plus cher (et m&#234;me un merveilleux qui s'allumait, ampoule &#224; l'int&#233;rieur), le microscope a donc d&#251; arriver apr&#232;s, en cinqui&#232;me, d&#233;cembre 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'&#233;tonnait, c'est sa lourdeur. Un pied de m&#233;tal en fourche plane et pesante, qui s'arrondissait dans la partie verticale pour permettre le glissement du tube. Le grain du m&#233;tal tenait &#224; sa fabrication fonderie, mais je ne m'y connaissais pas dans tout &#231;a &#224; l'&#233;poque. Deux gros boutons lisses d'alu chrom&#233; pour les r&#233;glages, un pour l'angle par rapport &#224; la verticale, et un pour ajuster la hauteur du tube, et la possibilit&#233; avec les deux mains d'un mouvement combin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tube lui-m&#234;me et ses optiques sur un anneau pivotant d oblique avec trois focales via trois nouveaux cylindres de taille croissante, je dirais grossissements 60, 150, 300 &#8211; la plus grande fr&#244;lant alors le verre. Mais il est loin, le temps du microscope : dans la nouvelle maison de Civray, celle achet&#233;e en 1969 et revenue &#224; la mort de mon p&#232;re, la bo&#238;te en carton bleu &#233;tait sur une poutres du faux grenier avec les autres tr&#233;sors de cette guerre humble qu'est la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mention pour le miroir convexe concave, les deux faces cercl&#233;es de m&#233;tal noir, qu'on orientait sous la lampe pour &#233;clairer la petite ouverture ronde par en-dessous. Et comme on s'y regardait soi-m&#234;me, agrandi ou d&#233;form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de minuscules bo&#238;tes plates il y avait la r&#233;serve de plaques de verre, des petits rectangles fragiles, et les lamelles &#224; intercaler entre la plaque de verre et l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la premi&#232;re ann&#233;e, je fais des exp&#233;riences : celles conseill&#233;es par le petit livret associ&#233; (la magie du livre, m&#234;me d'un simple manuel, toujours plus forte pour moi que celle de l'objet lui-m&#234;me). Bien s&#251;r les ailes de mouches, les pattes d'araign&#233;e, l'oeil de l'abeille et tout ce qu'on pouvait d&#233;cortiquer d'insectes. On se piquait d'un bout d'aiguille pour examiner l'int&#233;rieur d'une goutte de sang. Un cheveu devenait un monde, avec son tube large et ses parois d'animal h&#233;riss&#233;, mais ce serait tellement plus fort ensuite avec le pou de Lautr&#233;amont qui parlait, lui, au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a devenait plus int&#233;ressant lorsqu'on fabriquait soi-m&#234;me ces mondes qui ne se r&#233;v&#233;laient que par l'objectif : on commen&#231;ait par les moisissures, et dans la cour, dans de vieux bidons d'huiles d&#233;coup&#233;s, je laissais du pain, des morceaux de fruits ou de viande, pour examiner ces for&#234;ts qui leur poussaient. Plus complexe, parce qu'il fallait les lamelles, les cultures en milieu liquide : ce qui me permet de dater, puisque je vois &#224; distance bo&#238;tes vides de lait Guigoz, &#244; mon fr&#232;re Jacques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suivre bien s&#251;r son site, et les traverses toutes naturelles qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tout jeune. Il suffisait d'exposer un fond de liquide &#224; l'air libre, sur le rebord de la fen&#234;tre ou dans le fond du grenier. Cela vous prenait des verts profonds et des odeurs qui s'&#233;paississaient &#224; mesure de la soupe r&#233;sultante (je la per&#231;ois encore). Sous la lamelle, d'&#233;tranges vaisseaux ovales d&#233;filaient lentement, avec noyau plus g&#233;om&#233;trique : l&#224; c'est le contact de l'oeil sur l'objectif qui me revient, le temps anxieux &#224; retrouver ce qu'on observe en passant au grossissement sup&#233;rieur, via les deux boutons cylindriques lisses plus petits pour le d&#233;placement horizontal des lamelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais question finalement plus profonde mon d&#233;sint&#233;r&#234;t rapide et d&#233;finitif pour ce qu'on nomme d&#233;sormais sciences du vivant (et pourtant, comme j'aimerai lire, plus tard, et Buffon et Darwin ou Fabre, et bien s&#251;r &lt;i&gt;La logique du vivant&lt;/i&gt; de Fran&#231;ois Jacob). Ce qu'on ferait plus tard au lyc&#233;e avec les &lt;i&gt;loupes binoculaires&lt;/i&gt; me semblerait banal et plat, rasant. C'est plut&#244;t cette sensation de monde qui s'ouvre, et d'y d&#233;ambuler, avec architectures et labyrinthes, qui me retenait ici. Les livres me l'apporteraient, et Balzac et Jules Verne les premiers, sans besoin d'autre appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi pour avoir d&#233;couvert que le microscope il suffisait de le tenir &#224; l'envers pour le braquer sur la nuit, les &#233;toiles, les plafonds et fen&#234;tres, les arbres, la vie courante, et qu'alors on r&#234;vait bien plus. Le tenir comme un sextant de navire, un monocle d'aristocrate, plant&#233; au milieu de sa chambre m&#234;me. Et c'est bien l&#224; qu'&#233;tait le myst&#232;re, dans ce qui tout pr&#232;s pouvait se d&#233;multiplier, sans rien expliquer. Et que l'instrument m&#234;me importait peu. Je crois que plusieurs semaines je l'emportais partout avec moi, le lourd microscope tenu &#224; l'envers, pour revoir autrement ce qui m'entourait &#8211; et n'en pas revenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Image prise au &lt;a href=&#034;http://blog.bnf.fr/gallica/?p=1367&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog Gallica&lt;/a&gt;, fa&#231;on de r&#234;ver aujourd'hui.
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suivre bien s&#251;r son site, et les traverses toutes naturelles qui s'installent entre cette chronique et son &lt;a href=&#034;http://cafcom.free.fr/spip.php?article271&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cafcom.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 50, lettreuse Dymo et Letraset</title>
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		<dc:date>2011-09-29T14:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>1964-1968</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la souverainet&#233; de l'imprim&#233;, m&#234;me &#224; &#233;chelle individuelle&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;1964-1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2668.jpg?1352733659' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
J'avais &#233;crit &lt;i&gt;Lettraset&lt;/i&gt; et non &lt;i&gt;Letraset&lt;/i&gt;, une fois de plus ce sont mes lecteurs et visiteurs qui m'aident et rectifier et prolonger, merci &lt;a href=&#034;http://semenoir.typepad.fr/semenoir/2011/10/rotring-letraset-les-arts-et-les-techniques-rebond-%C3%A0-autobiographie-des-objets-fbon.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Maryse Hache / semenoir&lt;/a&gt; pour ces souvenirs et d&#233;rives en r&#233;pons... &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; de l'imprim&#233; commence &#224; la forme des lettres. La valeur symbolique que nous accordons encore au livre ne lui &#233;tait pas si r&#233;serv&#233;e que &#231;a &#8211; il y avait des passerelles interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois l'arriv&#233;e de la lettreuse Dymo d&#232;s 1965. Dans le magasin de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es du nouveau garage, les caisers de bois noirci recelant les g&#226;ches de vitre, serrures de porti&#232;re, jeux de vis platin&#233;es, &#233;l&#233;ments de carburateur et autres merveilles (joints de culasse, pignons de bo&#238;te de vitesse, lourds cardans dans leur graisse durcie) affichaient leur r&#233;f&#233;rence par une &#233;tiquette calligraphi&#233;e. La r&#233;f&#233;rence incluait une lettre et deux chiffres pour le type du v&#233;hicule, un autre chiffre pour la fonction associ&#233;e &#224; la pi&#232;ce (moteur, carrosserie, direction, allumage, optique et faisceaux...), enfin la r&#233;f&#233;rence elle-m&#234;me. Nous avions refait et agrandi &#8211; mon premier travail salari&#233; &#8211; ce magasin derri&#232;re une cloison neuve de briques, avec de modernes corni&#232;res viss&#233;es et des tiroirs de t&#244;le. Sur chaque case, la lettreuse Dymo, avec sa roue verte qui n'autorisait que les majuscules et les neufs chiffres, permettait de coller l'inscription sur plastique de la r&#233;f&#233;rence. On chargeait la Dymo d'un ruban en spirale comme la r&#233;glisse, il fallait une pression tr&#232;s forte de la main pour appuyer sur la roue et d&#233;former le ruban selon la lettre ou le chiffre, puis un claquement sec coupait la fraction de ruban, qu'on d&#233;collait de son papier support et appliquait. Ce n'&#233;tait pas un jouet, on avait probablement d&#251; la commander assez cher, &#231;'aurait &#233;t&#233; mal pris mal vu de s'en servir autrement que pour sa fonction officielle. Cependant, j'imprimai d'abord mon nom pr&#233;nom, pour l'appliquer dans l'int&#233;rieur de mon cartable, puis enhardi des mots isol&#233;s, et m&#234;me je crois quelques slogans et phrases &#8211; la m&#233;moire ne va pas jusqu'&#224; retrouver quels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L420xH280/dymo-e6fe9.jpg?1750807169' width='420' height='280' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'important c'&#233;tait &#231;a : on &#233;crivait dans l'officiel, on &#233;crivait un objet s&#233;par&#233; radicalement de qui l'avait g&#233;n&#233;r&#233;, et ne portant pas de marque physique de son &#233;metteur, au contraire de la lettre calligraphi&#233;e. Comme dans toutes les ann&#233;es &#224; suivre il y eut toujours une Dymo dans le garage, comme dans tous les bureaux et commerce du pays, je garde &#224; sa roue et son ruban une v&#233;n&#233;ration qui me d&#233;passe. Ce n'&#233;tait pas un objet qu'un particulier e&#251;t pu s'approprier, comme maintenant on peut se la procurer dans n'importe quel rayon pap&#232;terie de supermarch&#233; (mais je n'aurais pas l'id&#233;e d'en acheter une).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la relie &#224; deux autres vecteurs de cette objectivation des lettres : nos abaques de plastiques, et les feuilles de Letraset. J'ai &#233;t&#233; maladroit avec les deux : quoi que je fasse, l&#224; o&#249; abaques comme Lettraset devaient conduire &#224; cette majest&#233; inali&#233;nable du non calligraphi&#233;, j'avais des bavures, des travers. On posait l'abaque sur le calque, on passait bien droit le Rotring sur les bords ajour&#233;s de la lettre, majuscule ou minuscule. On tra&#231;ait diff&#233;remment, le Rotring toujours impeccablement &#224; la verticale, la partie droite de la lettre apr&#232;s avoir trac&#233; la partie gauche, les meilleurs changeaient de taille de Rotring (on vissait au bout des t&#234;tes aux opercules de diam&#232;tre diff&#233;rent, du 0,1 mm ou 0,8 pour le trait standard et au 1,2 ou 1,4 mm pour le gras des surfaces usin&#233;es ou surfaces d'appui), et en tiraient des effets de relief. La difficult&#233; c'&#233;tait d'&#233;valuer le d&#233;placement de l'abaque pour un espacement r&#233;gulier des lettres et l'horizontale parfaite de leur d&#233;ploiement, c'est ce qui m'a toujours manqu&#233;, et particuli&#232;rement dans ces mois de bureau d'&#233;tude par int&#233;rim, vers 1976, et le regard d&#233;sesp&#233;r&#233; de ce chef de bureau qui finit par me renvoyer &#224; mon obscurit&#233; de sans-dipl&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un copain qui avait ses entr&#233;es &#224; EDF en avait constitu&#233; un stock imposant, de vraies liasses : des feuilles de papier simili calque recouvertes d'une protection pelure. On enlevait la protection, on appliquait la lettre &#224; l'envers sur le support, et on frottait vigoureusement, d'un dos de stylo par exemple, ou carr&#233;ment de la bille, l'arri&#232;re du calque. Ce principe d'application par transfert avait des tonnes d'usages diff&#233;rents, on n'&#233;tait pas si loin des &lt;i&gt;d&#233;calcomanies&lt;/i&gt; de l'enfance, les Mickey &#224; mettre o&#249; on voulait, voire en tatouage provisoire. Les feuilles de Lettraset avaient toutes les tailles, toutes les polices. Rien n'&#233;tait triste cependant comme leur fin, quand on les gardait quand m&#234;me alors qu'elles n'autorisaient plus qu'un K, un Z et un W, dans la m&#234;me proportion d'inutilisables qu'au Scrabble. L&#224; aussi, la difficult&#233; c'&#233;tait l'espacement et l'horizontale, et la r&#233;gularit&#233; du grattement &#224; l'arri&#232;re du calque pour un transfert impeccable, et je ne m'y illustrais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par la Dymo, puis le Letraset, que j'ai &#233;t&#233; en contact t&#244;t et irr&#233;versiblement avec le c&#244;t&#233; implacable et symbolique de l'imprim&#233;, et que progressivement j'ai compris ma place : en amont. L'habilet&#233; des mains, j'ai toujours v&#233;cu comme un malheur de n'en pas disposer. Le traitement de texte fut imm&#233;diatement comme une vengeance, une lib&#233;ration, quand bien m&#234;me au d&#233;but je n'aie dispos&#233; que d'une imprimante &#224; seize aiguilles sur des feuilles qu'on chargeait en rouleau puis d&#233;tachait selon les pointill&#233;s, et qu'aujourd'hui qu'on sait mieux imprimer je n'utilise le petit cube laser que pour la comptabilit&#233; obligatoire &#8211; presque comme un retour &#224; la premi&#232;re Dymo, dans le magasin de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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