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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Lagrasse, Banquet du livre</title>
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		<dc:date>2010-08-08T11:33:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Verdier (&#233;ditions)</dc:subject>
		<dc:subject>Quignard, Pascal </dc:subject>
		<dc:subject>Rolin, Olivier </dc:subject>
		<dc:subject>Mac&#233;, G&#233;rard </dc:subject>
		<dc:subject>Bobillier G&#233;rard (&#233;diteur, Verdier)</dc:subject>
		<dc:subject>Pierrot, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Pennac, Daniel </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;cette ann&#233;e bien s&#251;r en hommage &#224; G&#233;rard Bobillier, plus Bartleby par Pennac, et une petite goutte de num&#233;rique avec Alain Pierrot&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Verdier (&#233;ditions)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Quignard, Pascal &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot103" rel="tag"&gt;Rolin, Olivier &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Mac&#233;, G&#233;rard &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot372" rel="tag"&gt;Bobillier G&#233;rard (&#233;diteur, Verdier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot410" rel="tag"&gt;Pierrot, Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot545" rel="tag"&gt;Pennac, Daniel &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2215.jpg?1352733089' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Le Banquet du Livre de Lagrasse a choisi comme th&#232;me cette ann&#233;e &lt;i&gt;Chaque Un&lt;/i&gt;, voir ici le &lt;a href=&#034;http://www.lamaisondubanquet.moonfruit.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;programme complet&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, apr&#232;s la disparition en octobre dernier, de G&#233;rard Bobillier, fondateur des &#233;ditions Verdier et du Banquet de Lagrasse, un hommage lui est consacr&#233;. Je mets en ligne ci-dessous, en compl&#233;ment de &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article1900' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bob ne grincera plus&lt;/a&gt;, ce texte lu en d&#233;cembre 2009 &#224; Paris, lors de l'hommage coordonn&#233; par Gilles Jouanard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi leurs invit&#233;s de cette ann&#233;e : Olivier Rolin, Pascal Quignard, G&#233;rard Mac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter : une lecture de &lt;i&gt;Bartleby&lt;/i&gt; par Daniel Pennac, et vendredi 13 ao&#251;t une conf&#233;rence d'Alain Pierrot sur le th&#232;me : &lt;i&gt;La singuli&#232;re posture des internautes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir ici les archives (surtout programmes, mais quelques textes) des premiers &lt;a href=&#034;http://www.editions-verdier.fr/banquet/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Banquets, depuis 1995.&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En profiter aussi pour les &lt;a href=&#034;http://www.editions-verdier.fr/v3/nouveautes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nouveaut&#233;s rentr&#233;e&lt;/a&gt; de Verdier, dont surtout Vincent Eggericx, &lt;a href=&#034;http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-artducontresens.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Art du contresens&lt;/a&gt; et un nouveau Lutz Bassman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image : lecture de Pierre Michon au Banquet de Lagrasse, 2009, par &lt;a href=&#034;http://www.twitter.com/yogen_&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;yogen_&lt;/a&gt;, sur &lt;a href=&#034;http://www.flickr.com/photos/16973624@N05/2813055335#/photos/16973624@N05/2813055335/in/set-72157607021523608/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;FlickR&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;mort d'un apiculteur &lt;br&gt;
(hommage &#224; G&#233;rard Bobillier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que la litt&#233;rature est &#224; elle-m&#234;me sa propre finalit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement que c'est le seul point sur lequel on ait jamais &#233;t&#233; d'accord, avec Bobillier : non, la litt&#233;rature n'est pas &#224; elle-m&#234;me sa propre finalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On l'exerce parce qu'on est mal, on l'exerce parce que le langage est un risque, on l'exerce pour s'expliquer avec le monde, on l'exerce pour l'ab&#238;me &#8211; et qu'on ne sait pas se d&#233;fendre de comment l'ab&#238;me en vous travaille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors oui, on se retrouve &#224; partager une action, et cette action &#8211; dans le temps que mat&#233;riellement on l'accomplit, et c'est affaire de ce qu'il aimait tant, Bobillier, comme un r&#234;ve de gosse qui &#233;tait peut-&#234;tre une r&#233;compense, la fabrication des livres, les arrangements avec le marchand de papier, les cartons et des stocks, et jusqu'aux couvertures des retours nettoy&#233;es &#224; l'alcool, ou le break Citro&#235;n, seul luxe que je lui aie connu (le break &#171; de Verdier &#187;, attention, il disait) d'un bout du pays &#224; l'autre, tout seul toujours &#224; pleines nuits et les cartons de livres jusqu'au toit, mais aussi bien pour livrer, dans telle rue populeuse du 9&#232;me ou du 3&#232;me, l'&#233;troite vitrine d'une librairie sp&#233;cialis&#233;e, cette action rel&#232;ve de la litt&#233;rature, parce qu'affaire de mots qui agissent, qui frottent, qui d&#233;rangent. Qui n'aiment pas que le monde &#224; sa place reste tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qu'on en avait &#224; foutre. Est-ce que seulement &#231;a compte au regard du reste, et de ce qu'on ne commande pas de l'ab&#238;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'en dix ans j'ai parl&#233; une fois litt&#233;rature avec Bobillier ? Sans doute qu'au d&#233;but on a essay&#233;. C'&#233;tait sa le&#231;on, &#224; Bobillier, il vous massacrait le discours tout de suite. &#199;a ne comptait pas. Vous &#233;tiez un petit gar&#231;on, de vous occuper de ces trucs. Ce qui comptait, oui, et dont on parlait, c'&#233;tait le bouquin, et comment on s'y prendrait pour qu'il rejoigne le bon endroit. &lt;br class='autobr' /&gt;
De toute fa&#231;on, en politique non plus on &#233;tait pas d'accord. Il jouait les protecteurs. Et c'&#233;tait &#231;a, son ricanement, a priori le point de vue inverse du v&#244;tre, quel qu'il soit. Je crois que sa seule politique c'&#233;tait le clan. Les amis. Les coups de t&#233;l&#233;phones aux amis. Les coups qu'on fait ou qu'on partage avec les amis. Et c'est bien pour &#231;a qu'on s'entendait sur la litt&#233;rature, avec Bobillier, si la litt&#233;rature n'est rien d'autre, alors, que cette amiti&#233; en acte, que cette amiti&#233; en coup port&#233;, en coup partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;puisable, le ricanement de Bobillier. L'avant-derni&#232;re fois que je l'ai vu, c'&#233;tait cette histoire de vert&#232;bre : lui, Bobillier, l'homme &#224; la nuque raide, comme il est dit dans Ysa&#239;e, on lui retire une cervicale, on la scanne en trois dimensions &#8211; ah tout d'un coup l'informatique ce n'&#233;tait plus un gadget de rigolade, on lui fabrique la m&#234;me &#224; Singapour et avion depuis l'autre c&#244;t&#233; du monde, la belle vert&#232;bre en titane qu'on lui remet en quarante-huit heures dans les cervicales &#224; Bobillier : il se r&#233;veille, il a un peu mal au cr&#226;ne, et repart comme avant. Tout content de montrer la cicatrice, qui n'&#233;tait pas sur l'arri&#232;re, mais sur le c&#244;t&#233;, et toute petite. Ah oui, qu'on en ricane, de la maladie &#8211; est-ce que &#231;a compte, au regard de ce qu'on a fait avec les amis, des cigarettes fum&#233;es, des coups de vin partag&#233;s, des nuits sans dormir et tout ce que je ne savais pas, moi, de lui ? On a bien rigol&#233;, de tout le monde moderne convoqu&#233; pour offrir au vieux Mao d&#233;glingue sa vert&#232;bre de secours, et qu'il les emmerde un an de plus : dans l'h&#244;pital, il s'occupait de ses manuscrits. &#171; Ses &#187;, ceux de Verdier, les manuscrits des autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
De toute fa&#231;on, Bob, l&#224;-dessus on &#233;tait d'accord : t'aurais &#233;crit comme tu parlais, &#231;'aurait &#233;t&#233; la cata, c'&#233;tait pas &#231;a ton boulot. Ton boulot c'est ce qu'on faisait ensemble, bricoler ces machins comme des armes, les glisser sous les portes, t&#233;l&#233;phoner au libraire. Promener un faux Volodine dans un sac en plastique et le montrer sous le coude en te marrant comme d'une bonne farce, Lutz Bassman &#231;a y est, t'as compris ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bobillier vivait sans adresse. Ou plut&#244;t une piaule dont lui seul savait l'adresse. Michon y a dormi une fois, il para&#238;t, mais comme il ne se souvenait pas comment ils y &#233;taient arriv&#233;s et repartis, risquait pas l'indiscr&#233;tion. Bobillier non pas pr&#234;t pour la clandestinit&#233;, mais qui n'aurait jamais quitt&#233; la clandestinit&#233; : nos livres, son visage. C'&#233;tait &#231;a notre fraternit&#233;, Bob Arcimboldo, pacte de sang, sa grimace et le ricanement &#224; la face du monde, c'est nous qui fournissions les dents, l'oeil, la peau ou le ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bobillier &#233;tait apiculteur. C'&#233;tait &#231;a son &#233;tat civil. Je n'ai aucune id&#233;e s'il a jamais touch&#233; un salaire de Verdier, et comme &#231;a ne me regarde pas, je n'irai pas demander. Depuis l'histoire des manifestations de viticulteurs, en 76, de toute fa&#231;on l&#224;-bas &#224; Verdier on leur fichait la paix, je n'imagine pas qu'on soit all&#233; v&#233;rifier leurs activit&#233;s agricoles, aux Verdier. Peut-&#234;tre que le coup de l'huile de vidange, &#224; distance, c'&#233;tait une vengeance de Montredon : ils ont la m&#233;moire longue, chez les flics d'un c&#244;t&#233;, dans les montagnes cathares de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de toute fa&#231;on elles existaient bien, les activit&#233;s agricoles, le vieux lien &#224; cette terre et ce ciel, l'arbre dans la cour devant Verdier. On y a mang&#233;, sur le vieux carrelage de la ferme, un hiver, du sanglier, Colette, si tu es l&#224;, tu t'en souviens forc&#233;ment, cette m&#233;moire-l&#224; c'est la tienne. J'y ai cueilli des fruits, &#224; Verdier : des p&#234;ches, parfaitement m&#251;res, et Bobillier &#224; c&#244;t&#233;, lui aussi avec un sac plastique, et peut-&#234;tre m&#234;me un sac de librairie. Et Bobillier qui donnait tout &#231;a &#224; mes m&#244;mes. C'&#233;tait son d&#233;faut, &#224; Bobillier, il craquait sur les m&#244;mes. Tous les m&#244;mes de ses potes, ils se souviendront de Bobillier, ils ont pris des le&#231;ons de Bobillier. Demandez aux miens, ils diront : l'anarchie, c'est Bobillier qui m'a appris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il a jamais touch&#233; une ruche et des abeilles, Bobillier ? Peut-&#234;tre bien, apr&#232;s tout. C'est comme la piaule, je n'ai pas visit&#233;, je n'ai pas ouvert les tiroirs. Je doute qu'il ait mis beaucoup de photos sur les murs, c'&#233;tait pas son genre. Je doute qu'il y ait eu des livres, c'&#233;tait pas son genre : le petit cartable &#233;tait assez plein, avec les machins de Verdier &#224; lire ou travailler dans la nuit, pouvoir t&#233;l&#233;phoner au matin. Fran&#231;ois, c'est Bob... La r&#233;ponse tardait jamais. Verdier, Verdier, Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre la politique, les ann&#233;es Toulouse, la manif de Montredon avec ses deux morts, et le lancement de Verdier, il y a eu Verdier la ferme. Repli je ne sais pas, mais ils en sont sortis arm&#233;s, les quatre de Verdier, et leur cercle des tout proches, dont jamais, nous autres qui viendrons apr&#232;s, ne ferons vraiment partie. Bobillier disait &#171; nous &#187; quand il voulait dire quelque chose qui ne plairait pas. Peut-&#234;tre qu'il y a eu, pour de vrai, une p&#233;riode o&#249; ils y ont cru, &#224; l'&#233;cart, aux p&#234;ches, aux abeilles. Le r&#234;ve de Lagrasse, &#171; notre &#187; Banquet (et l&#224; je dis &#171; nous &#187;, sans leur demander leur avis) vient peut-&#234;tre de ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport il y a, Bob, entre le fait d'&#234;tre d&#233;clar&#233; apiculteur aupr&#232;s de la s&#233;curit&#233; sociale agricole, et de publier nos livres ? Je lui avais pos&#233; la question, il avait rican&#233; bien s&#251;r. C'est pour &#231;a qu'on s'entendait bien, au fond, la capacit&#233; r&#233;ciproque de ne jamais r&#233;pondre aux questions de l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Salut &#224; toi, l'apiculteur &#224; la vert&#232;bre inalt&#233;rable. On leur a fait quelques bons coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a s'appelait litt&#233;rature justement pour &#231;a : de n'avoir jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme sa propre finalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(FB, d&#233;cembre 2009)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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