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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>#r&#233;cit | 1979, Les Indes noires</title>
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		<dc:date>2019-01-23T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>histoire compl&#232;te</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;journal de s&#233;jour en Inde, 1979-1980, au Bhabha Atomic Research Center&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot763" rel="tag"&gt;histoire compl&#232;te&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3480.jpg?1365538491' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Durant mes quatre ans de vie salari&#233;e, int&#233;rimaire puis employ&#233; comme technicien par l'entreprise de machines &#224; souder Sciaky de Vitry-sur-Seine j'ai effectu&#233; deux d&#233;placements professionnels au Bhabha Atomic Research Center de Bombay, de janvier &#224; mai 1979 et en f&#233;vrier 1980.
&lt;p&gt;Ayant commenc&#233; &#224; tenir une suite num&#233;rot&#233;e et continue de cahiers lors d'un d&#233;placement de m&#234;me type &#224; Moscou (de juillet &#224; octobre 1978), ces deux s&#233;jours &#224; Bombay ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement importants dans mon chemin vers l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, cependant, &#224; Marseille, peinant &#224; d&#233;finir ce qui serait mon deuxi&#232;me livre, je d&#233;truis l'int&#233;gralit&#233; de ces cahiers, geste que je regrette aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte ci-apr&#232;s est dactylographi&#233; sur une machine &#224; &#233;crire &#233;lectrique sans justification de fin de ligne, ce qui ne suffit pas &#224; le dater avec pr&#233;cision, mais probablement au d&#233;but de mon s&#233;jour &#224; Berlin, donc fin 1987. Il ne participe pas d'une commande ni d'un projet, et est toujours rest&#233; dans mes archives personnelles. Il ne comporte pas de version manuscrite, mais de nombreuses corrections au stylo ou au Tippex.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeu tr&#232;s simple : point pr&#233;cis des souvenirs autobiographiques avant qu'il y ait trop de distance, et j'aurais pu les inclure dans les incises sur le travail industriel et l'usine rassembl&#233;es en 1992 chez Verdier dans &lt;i&gt;Temps Machine&lt;/i&gt;. L'imbrication des figures de la ville et du travail &#233;tait sans doute, avant que je bascule dans l'&#233;criture de mon premier livre, la derni&#232;re &#233;tape n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | Les Indes noires&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Indes noires&lt;/i&gt;, c'est le titre d'un Jules Verne. J'avais emport&#233; &#231;a, pour les quinze heures d'avion, mais &#231;a se passe sous terre, vers l'&#201;cosse, dans des mines de charbon abandonn&#233;es. Quelque chose comme, mais sous une coupole sombre, ce qu'on traverse un dimanche de f&#233;vrier, en allant en taxi vers Roissy : enfilades d'usines cass&#233;es entre les empilements de chair vivante, et des halls ultramodernes o&#249; tout se fait sans l'homme. Et puis Roissy, machine froide : d&#232;s Duba&#239;, l'escale, on est surpris du peu de mal qu'on a &#224; oublier tout &#231;a, le froid, le gris, m&#234;me si aller d'une usine &#224; une autre n'importe o&#249;, c'est toujours la m&#234;me machine qui nous attendait au bout ; le travail partout se ressemble, c'est nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stupeur d'une nuit d'&#233;t&#233; dans l'hiver juste quitt&#233; : ces gens en short dans les lumi&#232;res de l'a&#233;roport qu'on ne conna&#238;tra pas, et la figure un peu triste des gar&#231;ons maigres qui traversent l'avion et tra&#238;nent un balai paresseux sous les si&#232;ges : le travail partout se ressemble, et tous on vous pose un nouveau repas sur les genoux ; d'autres avaient beau continuer sur Bangkok et le Japon, n'avaient plus que moi le nez en avant des touristes. Et puis, parce qu'on ne peut pas faire que dormir, on d&#233;couvre la mer, et un trait brillant, &#233;pais, du jaune satur&#233; en relief dans la nuit et c'est le centre d'une spirale o&#249; l'avion s'affaisse, cela se s&#233;pare et on ne comprend pas cette densit&#233;, ce grouillement. Pourquoi repouss&#233; l&#224;, sur cette c&#244;te aride sans estuaire que le soleil levant, &#224; ras, laisse mauve sous la marche gigantesque de la montagne qui s'arr&#234;te. La porte du 747 ouverte, c'est de suite l'Inde. L'Inde partout, cette odeur comme de peau, cet &#233;touffement sur fond humide de br&#251;l&#233; ; et presque tout de suite le bruit, l'&#233;cho jusque-l&#224; de leurs transistors ou haut-parleurs et ce gouffre d&#233;vers&#233; de vari&#233;t&#233; au son aigre de l'Asie. Cinq heures du matin, Bombay, le sol et l'aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valise et taxi, et voil&#224;, l'Inde se donne. Pour aller au Bhabha Atomic Research Center, on ne traverse pas Bombay, on reste dans la racine de la presqu'&#238;le ; et douze kilom&#232;tres, dix millions d'hommes vous s&#233;parent de la porte de la mer, le triomphe colonial de la tr&#232;s louche Gateway of India (beaucoup de petits trafics &#224; cet endroit, je fr&#233;quentais peu). Prendre en travers, au lieu de gagner le bout de la presqu'&#238;le, &#231;a veut dire que ces enclos de mis&#232;re, au lieu d'&#234;tre faubourgs ou quartiers, ou poche, recouvrent toute la surface qu'on d&#233;finit comme ville (ce qu'ils nomment maintenant &#233;talement urbain). J'avais l'habitude de quitter Paris par la banlieue, pour d&#233;couvrir un autre pays par sa banlieue aussi : le travail partout d&#233;teint sur l'humanit&#233; de mani&#232;re identique, en g&#233;n&#233;ral par des blocs d'immeubles, c'est nul. Prague, Moscou, G&#246;teborg ou Bordeaux, le plus important, la douane ou l'a&#233;roport pass&#233;s, c'&#233;tait la machine : la machine &#233;tait la m&#234;me, presque m&#234;me le b&#226;timent qui l'abritait, presque m&#234;mes les quartiers o&#249; on installait les usines, et l'h&#244;tel qui nous h&#233;bergeait le temps de l'intervention ou du montage. Mais l&#224;, non, &#231;a va trop vite -&#8211; en paquebot autrefois, &#224; l'approche de la Gateway of India accueillant les familles de militaires et d'industriels anglais, j'aurais peut-&#234;tre eu le temps de voir venir : ces baraques de ciment entass&#233;es aux carrefours et butant sur une rang&#233;e de boutiques en ciment pareil et aux fa&#231;ades ouvertes, o&#249; jusque sur les trottoirs ils formaient encore, frise continue de corps allong&#233;s, les riches isol&#233;s du sol par une sorte de liti&#232;re, on est d&#233;bord&#233;, soi, son corps, tout de suite. Et derri&#232;re, dans la poussi&#232;re, de ces terrains que nous on dit vagues, mais l&#224;, les vagues, partout, sur des poteaux de bois &#224; hauteur d'une table de chez nous, c'&#233;taient leurs nattes de cocotiers tendues, cela m&#234;l&#233; de planches, parfois une t&#244;le ondul&#233;e, &#224; touche-touche et une famille sous chaque. Et d&#233;bordant sur les foss&#233;s, des femmes en marche, des enfants dans le dos, d'autres accroch&#233;s au sari, parmi les cochons et les chiens qui constituent le service de nettoyage. Voil&#224;, les gens, comme ils vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ils sont, ceux-l&#224; : m&#234;me pas ouvriers. Les plus d&#233;sh&#233;rit&#233;s de ceux de nos banlieues vivent entre quatre murs, m&#234;me si pas plus. Mais l&#224;-bas, pas de limite &#224; ce de quoi on peut vivre. Les chantiers, par exemple, et comment on laisse les femmes porter les paniers de ciment sur leur t&#234;te tout en haut des &#233;chafaudages, pour cinq roupies le jour, un plat de riz et deux bananes, th&#233; fourni. Pour multiplier les cages &#224; lapin qui feront modernes, et o&#249; ceux-l&#224; ne viendront pas vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que l'Inde c'est cela encore, et quoi qu'ils en disent : un cloisonnement &#233;tanche. Le progr&#232;s, c'est que les ma&#231;ons, en revenant aux bidonvilles, portent sous leur bras un transistor allum&#233; plein pot. On n'invente pas le treuil, parce qu'on ne peut priver les femmes au panier, les hommes &#224; la truelle, de leurs cinq roupies quotidiennes. Et moi on me faisait venir pour souder le c&#339;ur d'un r&#233;acteur nucl&#233;aire, achet&#233; sous licence au Canada, le mat&#233;riau fissile en Russie, et le savoir faire en France, pour tourner les lois de non-prolif&#233;ration, avec regard bienveillant des m&#234;mes puissants qui les avaient &#233;dict&#233;es. Dans le taxi jaune, licence Fiat &#224; conduite anglaise, les premiers visages : le gosse estropi&#233; qui au feu rouge vient tenter de fourguer ses bricoles, le l&#233;preux qui s'applique contre la vitre et cherche &#224; vous prendre votre regard. Je verrai aussi les culs-de-jatte qui, sous les terrasses des bo&#238;tes &#224; touristes, ramant des deux bras, vont comme un homme qui court. Je verrai les singes attach&#233;s &#224; un chien, qui vous agrippent le mollet et ne le rel&#226;chent qu'en &#233;change d'une pi&#232;ce blanche, et que sinon on garde en remorque, sous les abois du propri&#233;taire. Et puis les mutil&#233;s, aux portes des temples, qui vieillissent. Une cour des miracles faite ville, et atypique comme Venise ou New York, Sao Paulo ailleurs peuvent l'&#234;tre. Il y a deux gares &#224; Bombay : Victoria pour les grandes lignes, et Reay Road qui dessert le noeud de la presqu'&#238;le comme si, sur un seul pont de Paris, on avait r&#233;uni tout le trafic de m&#233;tro de la ville. Il y a une passerelle au-dessus de l'encombrement des bus, avec des camions, des taxis, des vaches prises l&#224;-dedans. Dans cette trav&#233;e recouverte d'un toit translucide, avec des publicit&#233;s, entre les jambes, par terre, je vois ce qui d'abord ne me semble qu'un gros bout de bois : un tronc d'arbre coup&#233;, noueux. Et quand on approche, il y a un corps, au bout. Comme si cette jambe avait tout tir&#233; &#224; elle, tout ass&#233;ch&#233;. Plus que le possible. Un mendiant, non, pire : c'&#233;tait gris, minuscule sauf la jambe hypertrophi&#233;e et dure, c'&#233;tait la mort. Un an plus tard, de retour, je me trouve &#224; passer par cette m&#234;me passerelle. En montant, soudain, je me souviens avec pr&#233;cision : j'avais occult&#233;, entre temps. Puis un pressentiment, accept&#233; comme une fatalit&#233; : il fallait qu'il soit l&#224;, encore. Il y &#233;tait. Comme si la survie, &#224; Bombay, n'avait pas plus de limite que la mis&#232;re ; depuis je sens autrement la jambe amput&#233;e de Rimbaud : Reay Road.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la ville n'a pas fini de combler ses marais. Elle est marais. En Vend&#233;e, mon pays, ils avancent en &#171; prises &#187; sur la mer. Ici, c'est la ville qui sur eux ou en eux patauge pour se retenir &#224; la terre. Bombay est une fausse &#238;le. Alors des remblais, des comblements &#224; force d'ordures repouss&#233;es au bulldozer. Comme partout. Mais ici, c'est les tropiques, et la fum&#233;e sous l'humidit&#233; reste l&#224;, bloqu&#233;e entre mer et montagne, &#231;a stagne. Et dans de gros tuyaux rouill&#233;s, sur ces ordures m&#234;me, encore des gens qui vivent. Bombay, un lundi matin de janvier, &#224; vingt heures de chez nous, de banlieue &#224; banlieue. &#192; force des d&#233;chets de la ville, quand on approche Dadar, des champs artificiels, carr&#233;s, nets, &#233;mergent des marais. Et ces cases &#224; hauteur de nombril les colonisent d&#233;j&#224;, tourbe brune sur la poussi&#232;re d'un marron plus clair. Et un carr&#233; pareil, curieusement vide ; sur le bord de la route, ils se suivent par dizaines, &#224; la file, une m&#234;me bo&#238;te de conserve &#224; anse en fil de fer tenue &#224; la main, avec quoi ils puisent au foss&#233; entre la route et le champ. L'usage, j'ai vite compris ; seulement, je n'&#233;tais pas pr&#233;par&#233;. Plus loin c'&#233;tait le champ des femmes, accroupies le dos &#224; la route pour quand m&#234;me un peu de discr&#233;tion, sari relev&#233; et bo&#238;te de conserve &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard. Apr&#232;s une nuit de bus, r&#233;veil sur un parking de station-service apr&#232;s Poona, sur la piste de terre qui m&#232;ne, pour Ajanta et Ellora, &#224; Aurangabad. J'avais &#224; c&#244;t&#233; de moi, nous &#233;tions les deux seuls blancs du bus, un Anglais bronz&#233; lavabo et dipl&#244;m&#233; d'Oxford : il venait de passer quatre mois &#224; l'extr&#234;me sud, ravitaill&#233; par buffle une fois par semaine, dans ces jungles o&#249; le soleil, c'est ce qu'il avait le plus &#233;tonn&#233;, ne p&#233;n&#232;tre pas. Il &#233;tudiait : les serpents. &#171; Au d&#233;but j'avais peur, apr&#232;s non &#8211; on se respectait. &#187; Un Anglais, quoi. On a le m&#234;me &#226;ge &#224; peu pr&#232;s, je lui raconte mes t&#226;ches &#233;lectroniques. C'&#233;tait l'aube, dans cette terre trop riche, o&#249; tout vient. De l'autre c&#244;t&#233; de la piste, une case en planches et en t&#244;le ; des femmes en sortent, pour r&#233;activer le feu, y suspendre une bouilloire. Les hommes eux dorment encore, dehors, enroul&#233;s dans des nattes. Et puis, lev&#233;s, apr&#232;s un &#339;il sur notre car, ils partent dans les bambous, avec la bo&#238;te de conserve &#224; anse. La ville avait gard&#233;, en l'amplifiant, l'usage des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taxi apr&#232;s Dadar longe un genre d'&#233;tang, en contrebas des voies ferr&#233;es, dont l'image la plus favorable est celle d'un camping au mois d'ao&#251;t : l&#224; aussi, on vit, sur le remblai m&#234;me, au ras de ces trains qui foncent toutes portes ouvertes, sous vitre, et dans la plus basse classe, pas m&#234;me de si&#232;ge, et ceux qui se pendent aux portes. L'&#233;t&#233; d'avant, Marielle, un ami de Nantes, y &#233;tait rest&#233; : venu en Inde pour d&#233;couvrir, et dans un train quelque part un coup de couteau pour une poign&#233;e de traveller-ch&#232;ques. Lui non plus n'avait rien d'aventurier &#8211; curieux, oui. Cet &#233;tang : pas la mer, ni un lac, juste de l'eau brune, qui stagne d'une mousson l'autre. Sur le bord, &#224; m&#234;me la terre, du linge &#224; s&#233;cher, les longues bandes aux couleurs p&#226;les des saris pauvres. En face, le m&#234;me tissu serr&#233; des nattes &#224; hauteur de nombril, o&#249; vivre. Le mois suivant, &#224; cet endroit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, j'ai vu la trace d'un camion qui avait loup&#233; son virage et boul&#233; l&#224;, dans une suite de tonneaux. Sa trace jusqu'&#224; l'&#233;tang, o&#249; il restait les roues en l'air, &#233;tait une route droite et large, sur pas loin de trente m&#232;tres, d'un tapis de choses m&#226;ch&#233;es. &#199;a s'&#233;tait pass&#233; dans la nuit. Il suffisait de regarder la surface serr&#233;e des nattes, et de rapporter &#224; la surface &#233;cras&#233;e, pour faire le compte. J'ai v&#233;rifi&#233; attentivement, les jours suivants : &#231;a n'a jamais figur&#233; dans aucun des trois principaux journaux locaux. Pas assez d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moyenne, huit morts par jour, &#224; Bombay, officiellement, sur les voies de chemin de fer : corps happ&#233;s, jet&#233;s, pouss&#233;s. Par semaine, en moyenne, officiellement toujours et pour la ville seulement, trois femmes br&#251;l&#233;es vives parce qu'on cuisine sur un r&#233;chaud par terre et que les saris des jours ordinaires sont en synth&#233;tique, on l'apprend dans un article tel que : &#171; cette semaine, crue singuli&#232;re&#8230; &#187;, comme on fait nous pour les for&#234;ts, &#224; Bombay on &#233;value un incendie urbain en m&#232;tres carr&#233;s, pas en nombre de victime. La mort Bombay. Je n'&#233;tais pas pr&#233;par&#233;. J'ai encore une collection de choses ainsi d&#233;coup&#233;es au jour le jour, dans le langage rassis des faits divers : un toit qui s'&#233;croule sur un mariage, trente-cinq morts ; bateau qui sombre, parce que trois fois le maximum de passagers autoris&#233;s, dans la travers&#233;e d'un bras de fleuve. J'ai vu comme &#231;a br&#251;ler, dans ces quatre mois, par hasard, comme au temps du Londres de bois, un quartier entier : foules qui fuient, rues cern&#233;es, et le craquement fou des flammes, le taxi qui vous emm&#232;ne en expliquant qu'on va prendre une autre route, que cela vaut mieux. Et les journaux : &#171; Derri&#232;re Crawford market, dix mille m&#232;tres carr&#233;s&#8230; &#187; Aucune victime, donc ? Cela, &#224; comprendre, pour tout. Pour le plus quotidien, pour la fatalit&#233; : leur peau nue, la terre et le temps. Ce n'est pas la m&#234;me chose que pour nous, l&#224;-bas, la mort. C'est absent. Comprendre comment nous l'&#233;vacuons, nous, du quotidien et du corps, et comment l&#224;-bas &#231;a les rejoint de partout, justement parce que &#231;a ne compte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce proc&#233;d&#233; de soudage par faisceau d'&#233;lectrons, le m&#233;tal en fusion &#233;met des rayons X. Les pi&#232;ces &#224; souder, ce sont deux grands disques d'acier, de six m&#232;tres de diam&#232;tre, o&#249; viennent se fixer sur chaque face les embo&#238;tements des cent quarante tubes int&#233;rieurs du r&#233;acteur atomique. Le mois pr&#233;c&#233;dent, dans la ville enneig&#233;e o&#249; le jour levait &#224; midi pour finir trois heures plus tard, j'installais un mat&#233;riel semblable dans un chantier naval sur la Baltique, &#224; G&#246;teborg, et j'ai encore l'odeur de cette cantine, apr&#232;s les halls d&#233;serts, o&#249; ils mangeaient des pommes vapeur en buvant du lait, et d'o&#249; on voyait de grands cargos russes ou danois d&#233;filer au ralenti, les superstructures couvertes de givre. L&#224;-bas on avait install&#233; des protections contre les rayons, on mesurait les fuites. Ici&#8230; Les chefs, les ing&#233;nieurs restaient dans la zone prot&#233;g&#233;e, derri&#232;re les blindages de plomb. Mais qu'ils interviennent aupr&#232;s de l'&#233;quipe d'ouvriers qui, pour chaque soudure, installaient et centraient le canon &#224; &#233;lectrons et les installations de pompage sous vide&#8230; Alors je refusais de souder. Les gars redescendaient, s'&#233;loignaient, et je d&#233;clenchais. Et le coup suivant, voil&#224; qu'&#224; nouveau ils s'allongeaient directement sur ce qui serait bient&#244;t le c&#339;ur o&#249; fusionnent les barres d'uranium, en pleine zone d'&#233;mission de rayons X pendant la soudure. Je r&#233;expliquais, faisais traduire en maharathi par les contrema&#238;tres, je dessinais de grosses pancartes, avec des serpents dessin&#233;s. Mais &#231;a finissait toujours pareil : les rayons X ils avaient compris, m'expliquaient-ils, compris avec l'intelligence. M&#234;me un m'a montr&#233; une cicatrice de bras cass&#233; : ils savaient ce que je voulais leur signifier. Mais, en valeur d'&#233;change, redescendre d'une &#233;chelle o&#249; il faudrait remonter : non, il ne n'agissait pas de paresse, et bien d'un &#233;change avec la mort, comme s&#233;cularis&#233;e. R&#233;guli&#232;rement, je continuais d'interdire le soudage, expliquais qu'en France on avait des badges individuels (sans leur dire qu'en fait les badges on les laissait au vestiaire, on n'a jamais &#233;t&#233; emb&#234;t&#233; lors du contr&#244;le annuel). &#199;a durait trois jours, et il fallait recommencer. Dans ce voyage en bus avec l'Anglais, quand pour gagner Poona on escaladait cette falaise de mille m&#232;tres de montagnes qui d&#233;gringolent sur Bombay, en contrebas c'&#233;taient des pr&#233;cipices et on apercevait au fond des carcasses de car pareils exactement au n&#244;tre, des amoncellement de taxis jaunes sous la pleine lune, &#233;cras&#233;s. Il fallait accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taxi retombe sur la mer, et les premiers jours, dans cette presqu'&#238;le biscornue, on n'y comprend rien. On arrive sur Chembur et Trombay. De l'a&#233;roport, ceux qui vont vers Bombay Center suivent l'autre front de c&#244;te, o&#249; se rassemblent les h&#244;tels chics : Centaur, Holliday Inn, jusqu'au prestigieux Taj Mahal du centre-ville. Cette racine de la presqu'&#238;le n'est pas &#233;voqu&#233;e dans les guides, et ne figure pas sur les plans pour touristes. Ils disent, &#224; la rubrique Elephanta Caves : &#171; On aper&#231;oit, derri&#232;re les raffineries de Trombay et la centrale &#233;lectrique Tata, le Bombay industriel, qui concentre le sixi&#232;me de l'industrie indienne, la moiti&#233; de son textile. &#187; Il leur faut s'en s&#233;parer d'un bras d'eau et se donner un pr&#233;texte touristique, pour sugg&#233;rer d'y jeter quand m&#234;me un coup d'&#339;il. Il est vrai que les guides parisiens &#233;voquent peu Argenteuil ou Bezons. Chembur, avec ses barres, cubes sur cubes, de logements genre Sarcelles sans peinture, avec cette impression que cela donne d'&#234;tre simplement trou&#233;s puisque fen&#234;tre et porte ici &#224; quoi bon, enserrant les premiers temps aper&#231;us, avec leur Ganesh sous maquillages, fleurs et poudres, la trompe &#224; se caresser le gros ventre sous les offrandes de toutes les couleurs, p&#233;tales, riz&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bombay, quatorze kilom&#232;tres de long sur au mieux deux de large, et autant de millions d'habitants que de kilom&#232;tres de long. Chembur le prolonge, comme un d&#233;versoir, et comme la ceinture de Paris stratifie tout un si&#232;cle. Puis Anushaktinagar : je retiendrai vite le nom, par n&#233;cessit&#233;. Le Centre atomique ressemble aux autres que je fr&#233;quente ces ann&#233;es-l&#224; : en tout cas &#224; celui de Cadarache, dans les montagnes de Provence. Comme un fr&#232;re, juste les singes en plus, et la mer et les &#238;les comme un fond de carte postale, plus muezzin au soleil couchant. Alors, apr&#232;s cette mis&#232;re sur vous comme une enclume, vous impr&#233;gnant comme forc&#233; de boire quelque chose de liquoreux et qu'on n'aime pas, parce qu'une vitre de taxi ne prot&#232;ge pas du l&#233;preux qui se penche et que cette odeur de br&#251;l&#233; s'impr&#232;gne &#224; vos v&#234;tements tremp&#233;s de sueur, on ne comprend pas cela : une simple barri&#232;re pass&#233;e, et c'est d&#233;barquer dans les tropiques comme les libres nous ont appris, depuis Robinson Crusoe et l'&lt;i&gt;&#206;le au Tr&#233;sor&lt;/i&gt;, &#224; les r&#234;ver. La luxuriance, le vert et les fleurs, comme, juste &#224; c&#244;t&#233; de nous, l'usine &#224; cin&#233;ma bien prot&#233;g&#233;e aussi. Enfin, ici, &#171; les parfums, les couleurs et les sons se r&#233;pondent &#187;, et on approche mieux que dix ans de lecture de son Baudelaire, qui n'a fait de voyage qu'une fois dans sa vie, embarqu&#233; vers les &#171; ports retentissants &#187; et &#171; la gloire du ciel sur la mer violette &#187;. Mais ici les vapeurs blanches sur la pile nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours apr&#232;s, &#231;a y &#233;tait, le rythme. L&#224;-bas, le matin se vit plus facilement : il y a un plaisir, une s&#232;ve, au r&#233;veil de tant de forces. M&#234;me si c'est pour retrouver la m&#234;me machine qu'on a fait grandir &#224; Vitry-sur-Seine, maintenant &#224; l'&#339;uvre. Je me rappelle, dans ce bus militaire qui nous emmenait &#224; l'atelier : les arbres gorg&#233;s d'oiseaux, ce jacassement immense, comme g&#233;n&#233;ralis&#233;. Et dans les bougainvill&#233;es, ces gros corbeaux noirs, universels nettoyeurs des zones pauvres. Avec ces chiens jaunes qui n'engraissent jamais, et quelques cochons noirs pour la m&#234;me fonction d'hygi&#232;ne des rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Central Workshop, l'atelier central, c'est huit cents ouvriers. J'arrivais &#224; sept heures, les gars &#233;taient d&#233;j&#224; l&#224;, accroupis avec une tasse de th&#233;. Accroupis comme &#224; la maison, ou en ville au bord des trottoirs. Les balayeurs aussi travaillent accroupis, &#224; la main leur balai sans manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis venu deux ann&#233;es successives, la premi&#232;re fois pour quatre pleins mois, boucler le soudage. La seconde fois parce que les avocats de notre client, qui n'avait pas fini de payer la machine, avaient trouv&#233; une belle mani&#232;re de tourner le contrat : le cahier des charges sp&#233;cifiait la capacit&#233; de souder des pi&#232;ces tr&#232;s &#233;paisses, un faisceau d'&#233;lectrons, gros comme un cheveu, traverse quinze centim&#232;tres d'acier ou de titane, comme la possibilit&#233; parfois de souder &#224; vitesses lin&#233;aires de d&#233;placement &#233;lev&#233;es. Notre raison occidentale sous-entendait : pour ne pas d&#233;former les pi&#232;ces minces. On va lentement sur les pi&#232;ces profondes, rapidement sur les pi&#232;ces fines. Mais l'Orient nous demandait de traverser &#224; soixante-dix centim&#232;tres secondes des t&#244;les &#233;paisses de cent millim&#232;tres, les deux &#233;taient &#233;crits, faute de quoi ils retiendraient un tiers du prix de la machine. J'&#233;tais donc en mission quasi impossible, mais muni par les juristes de ma propre entreprise d'un viatique &#224; dire tr&#232;s naturellement : les &#233;chantillons &#233;talonn&#233;s qui devaient servir &#224; prouver les capacit&#233;s de la machine &#233;taient &#224; fournir par le client. Il me fallait donc venir, dire que j'&#233;tais pr&#234;t &#224; prouver le fonctionnement (aberrant) de la machine, pourvu qu'on me fournisse en m&#233;tal rare. &#199;a a &#233;t&#233; la course : r&#233;union interrompue, presque en me saluant comme un ma&#238;tre d'&#233;chec, et puis le lendemain on m'informe que les &#233;chantillons &#233;taient bien partis de Calcutta. Un codicille au contrat sp&#233;cifiait je ne sais pourquoi ni comment, en cas de contestation, que le client avait vingt-huit jours pour fournir ces &#233;chantillons. Alors, chaque matin de ce second voyage, j'arrivais &#224; l'usine &#224; 7 heures, et m'enqu&#233;rait d'o&#249; &#233;taient mes &#233;chantillons : on a suivi ensemble leur lente progression &#224; travers l'Inde des chemins de fer. Quand ils sont enfin parvenus au Centre, c'&#233;tait le 27&#232;me jour, mon contrat &#233;tait termin&#233;, je repartais le lendemain. L'Orient s'&#233;tait pris &#224; son propre pi&#232;ge, et de tout un mois je n'avais fait que parler &#224; mes amis de l'atelier, puis, au bout d'une heure ou deux, partir explorer la ville. Aubaine rare dans la vie d'usine, qui ne s'&#233;tait produite pour moi qu'une fois, d&#233;j&#224;, &#224; Prague, entre ces deux voyages : un t&#233;lex re&#231;u parlait d'explosion, on m'avait mis dans le premier avion. Mais derri&#232;re le &#171; rideau de fer &#187; de ce qui &#233;tait encore le bloc socialiste, encore une question de terminologie de contrat : Motorlet, notre client, fabricant de moteurs d'avion sous licence russe, avait pu importer la machine, mais n'avait pas de contrat pour importer les pi&#232;ces de rechange n&#233;cessaires, au bout de cinq ans de service. Par contre, un accident permettait de d&#233;clencher imm&#233;diatement cette commande : ils l'avaient donc simul&#233;, et moi je n'avais strictement rien &#224; faire, tout fonctionnait tr&#232;s bien. Si ce n'est qu'Air France avait &#233;gar&#233; les pi&#232;ces, les retrouvait deux jours plus tard mais rendues &#224; Sao Paulo. L'usine &#233;tait dans les bois, et cinq cents m&#232;tres de for&#234;t on d&#233;couvrait une maison ocre et tranquille : Mozart avait &#233;crit l&#224; son Don Giovanni. Mon interpr&#232;te tch&#232;que &#233;tait un brave homme bedonnant, fraiseur qui avait appris le fran&#231;ais dans les camps, prisonnier des nazis. Log&#233; dans le foyer de jeunes travailleurs associ&#233; &#224; l'usine, on nous servait le matin, pour tous deux, dans une cantine d&#233;serte, une goulash et des cochonnailles dont je ne pouvais rien avaler, me contentant de caf&#233;, tandis que le bonhomme s'enfilait les deux rations, &#224; l'&#233;merveillement de fi&#232;res cuisini&#232;res qui lui apportaient m&#234;me du rab. Apr&#232;s quatre mois de r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien &#224; Bombay, cela changeait. Mais aussi, apr&#232;s le retour via Roissy, quand on red&#233;couvre Paris avec encore un peu plus de casquettes et de mitraillettes, et que la langue qui s'&#233;tait retranch&#233;e dans les r&#234;ves doit &#224; nouveau s'user &#224; la vie ordinaire, le Hradschin (celui du Golem de Meyrink), les briques et d&#233;dales, les antres &#224; bi&#232;re de Prague, ville forte comme Sienne ou Rome, me r&#233;conciliaient avec l'Europe. Et la maison ocre de Mozart, les brouillards du soir avec des chapeaux &#224; la Kafka m'offraient une magie &#224; laquelle, par l'Orient seul, j'&#233;tais d&#233;sormais pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde c'est trop fort, &#231;a so&#251;le. Et pourquoi cet &#233;cart : pour dire comment, &#224; un an de distance, rien n'avait chang&#233; de Bombay, ni aux odeurs ni aux musiques, &#224; la mis&#232;re et l'entassement grouillant de Chembur Patak, aux paniers d&#233;bordant de t&#234;tes coup&#233;es de volailles dans un nuage compact de mouches &#224; Crawford Market, ni m&#234;me &#224; l'in&#233;puisable r&#233;serve de d&#233;bris coloniaux fleurant la vieille Angleterre sous les toiles du Chor Bazar, le &#171; march&#233; aux voleurs &#187;, et encore moins au trajet sempiternel du reconnaissable camion de ramassage des morts, le matin dans les slums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon retour, ce second voyage, les gars &#233;taient en gr&#232;ve. Une histoire de chaussures. Dans l'atelier de soudage, seuls les contrema&#238;tres, qui ne soudent pas, avaient droit &#224; ce qu'on nomme ici &#171; chaussures de s&#233;curit&#233; &#187;. &#192; cinq cents roupies par mois, salaire d'un soudeur, huit cents roupies pour les meilleurs, on ne peut s'en permettre l'achat. Rien que ces sandales, pour tout le monde : celles que je portais moi aussi (et que j'ai gard&#233;es toutes ces ann&#233;es), que vous taille d'apr&#232;s le contour de votre pied nu copi&#233; &#224; la craie, sur un trottoir, &#224; m&#234;me un pneu de camion, un cordonnier couleur poussi&#232;re, lui pieds nus parce que c'est l&#224; son &#233;tau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas tant les questions d'argent, malgr&#233; l'&#233;norme disproportion &#224; notre regard : le franc valait un peu moins que deux roupies, le salaire quotidien d'un ouvrier de base s'&#233;tablissait &#224; cinq roupies. Rajkumar Nayagam, que j'avais imm&#233;diatement retrouv&#233;, tabla professionnel &#224; la radio de Bombay et pas sp&#233;cialement d&#233;favoris&#233;, gagnait trois cent cinquante francs par mois : mais une voiture, une t&#233;l&#233;, valent le prix d'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde du petit travail : il faudrait recenser ces industries du trottoir, le trottoir usine. Le folklore les cite : arracheurs de dents, rue enti&#232;re de devins &#8211; par oiseaux, cartes ou jet de cailloux &#8211;, r&#233;tameurs de casseroles et marchands de cigarettes &#224; l'unit&#233;, horlogers tr&#232;s s&#233;rieux et m&#233;decins d'habits. Mais conna&#238;t-on le nettoyeur d'oreille ? J'en ai vu. Et le mort ? Un m&#233;tier comme les autres : on s'&#233;tend sur le trottoir, un drap blanc sur le corps et le visage, tabou viol&#233; d'un rituel immuable, puis on ne bouge plus, tandis qu'un comparse ramasse la monnaie. &#192; Juhu, la grande plage, pr&#232;s de l'a&#233;roport, deux gosses, huit ou neuf ans, alternent : s'enterrant dans le sable jusqu'aux narines, un jour l'un, un jour l'autre, par journ&#233;es de douze heures, pendant que le copain fait la manche. Plage, l&#224;-bas, &#231;a ne veut pas dire Pornic : mais l'&#233;norme Bombay d&#233;bordant jusqu'&#224; la mer, d&#233;finitif camp de r&#233;fugi&#233;s sur le sable, entre les pieds de chameaux et l'odeur grasse des lampes &#224; carbure, troupes d'enfants en bandes et sans toit, qui viennent vous proposer leur s&#339;ur comme on vous montre dans la paume un morceau brut de haschich ou une gourmette vol&#233;e &#224; des Am&#233;ricains : &lt;i&gt;&#171; Do you better get a boy ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour souder &#224; l'arc, avec les projections de m&#233;tal en fusion, ils gardaient les pieds nus, mes soudeurs. L&#224;-bas o&#249; on ne conna&#238;t pas l'&#233;tabli, o&#249; l'usine garde en elle les habitudes de la rue : les ajusteurs assis par terre et se servant de leurs pieds pour tenir la pi&#232;ce &#224; limer, comme le cordonnier des trottoirs, et travaillant ainsi au centi&#232;me aussi bien que nos as parigots. Comme Laurent Yvetot, dit Dodo, le meilleur que j'aie jamais connu : son surnom parce que, m&#234;me du m&#233;tro Marcadet, o&#249; il est n&#233; et habite, &#224; gare du Nord, puis de Gare du Nord &#224; Austerlitz, et d'Austerlitz &#224; Vitry quai des Anglais, il s'endormait &#224; chaque &#233;tape. Ensemble on a fait deux mois le trajet quotidien Paris-Vernon, &#224; l'&#233;poque pour souder des clapets sur le troisi&#232;me &#233;tage du moteur de la fus&#233;e Ariane : il se rendormait au premier pont apr&#232;s Saint-Lazare, se rendormait encore dans la deux-chevaux camionnette qu'on laissait le soir &#224; la gare. Sa passion, c'&#233;tait les armes &#224; feu : cach&#233;es sous son &#233;tabli. Commerce licite &#224; condition d'&#234;tre vendues percuteur et barillet soud&#233;s aux collectionneurs, soi-disant inutilisables. Lui il ne revendait pas directement, mais les remettait en &#233;tat pour eux, rectifi&#233;es, al&#233;s&#233;es, pr&#234;tes &#224; l'emploi. D'ailleurs, c'&#233;tait la sp&#233;cialit&#233; tout &#224; l'honneur de ma bo&#238;te, pendant la derni&#232;re guerre : on fabriquait les armes pour la R&#233;sistance, des gars comme Dodo. On &#233;tait ensemble aussi &#224; Moscou, le premier mois, en juillet 1978 : le soir, dans les longueurs du resto, il racontait sa maison dans la Sarthe, o&#249; il partait avec sa femme en side-car, chaque &#233;t&#233;. Dodo, il a fait la Chine et la Sib&#233;rie, Chicago et Isra&#235;l. &#192; Moscou, dans le minibus qui nous prenait &#224; l'h&#244;tel pour nous emmener dans cette zone toute blanche sur le plan de la ville, o&#249; &#233;tait cette filiale Tupolev o&#249; on installait nos &#233;quipements, il dormait. Je n'ai jamais su ce que &#231;a pouvait bien pouvoir dire, pour lui, l'expression &#171; du monde entier &#187; : sauf, peut-&#234;tre, sa collection d'&#233;tiquettes de marques de bi&#232;re (&#171; T'y penseras, &#224; me n'en ramener ? &#187;, outre s'appeler Yvetot, c'est la seule personne que j'aie jamais connue qui utilisait ces normandismes d&#233;crits par Flaubert&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est important, les gars comme Dodo. C'est eux, l'&#233;cluse par o&#249; s'offre l'&#233;change. C'est en eux que vit ce savoir des mains, qui ne s'invente pas. &#192; Bombay, quand j'avais besoin d'un tournevis, j'appelais Bailea Todankar, dit Bill. Je lui racontais ce que je voulais, il penchait la t&#234;te un peu de c&#244;t&#233;, et on prenait la matin&#233;e, ensemble, pour aller le fabriquer. Une fois, on n'y arrivait pas, &#224; l'usine. Il m'a dit de l'attendre &#224; l'entr&#233;e du Centre atomique, le soir six heures, et on est parti dans les fonds de Trombay, chez un type qui bricolait des moteurs de taxi : un garage en plein air (d'ailleurs, ils dormaient sur place), et l&#224; on a bricol&#233; notre cl&#233; ou je ne sais plus, pour les besoins du r&#233;acteur nucl&#233;aire. &#192; la fin des quatre mois, j'avais demand&#233; au Centre un prime pour Bailea : on me l'avait promise. L'ann&#233;e suivante, revenu, je lui avais demand&#233; : il a secou&#233; la t&#234;te avec un sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soudure &#224; l'arc d&#233;gage des ultra-violets : je n'ai jamais vu un soudeur se servir du masque obligatoire. Tendant la main &#224; hauteur des yeux, regardant par l'interstice entre les doigts, d'ailleurs on a tous fait &#231;a. Et les plus vieux restaient dans l'atelier, mais ne faisaient plus rien, que rester accroupis, et la conversation. Aveugles : pas au point de ne pas pouvoir se d&#233;placer, mais pas beaucoup plus. &lt;i&gt;&#171; Et si t'avais pris un masque ? &#8211; Don't bother of that, dont botter of dat&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'ai mieux compris un peu de ce qui m'&#233;chappait de Moscou, &#224; d&#233;couvrir ainsi les vieux aveugles de l'atelier des Indes : l'orient &#224; Moscou plus fort que l'occident. Et la force torve et sauvage de Tolsto&#239;, que jamais nous n'atteindrons, quand on nous fabriquait, le lundi matin &#224; 9 heures (c'&#233;tait pour nous les Fran&#231;ais, on disait non, alors ils buvaient eux), de la pure &#171; vodka &#187; - en tout cas ils appelaient &#231;a comme &#231;a -&#8211; avec l'alcool d&#233;natur&#233; qui nous servait &#224; d&#233;graisser le titane, et qu'ils coloraient au Nescaf&#233; pour l'apparence, et accompagner, &#224; la pause, les &#233;cureuils tu&#233;s le dimanche, et fum&#233;s &#224; l'ancienne mode, presque crus : &#171; Go&#251;te, tu verras&#8230; &#187; J'&#233;tais d&#233;sorient&#233;, &#224; Moscou, d'expliquer &#224; Ivan et Volodia, pay&#233;s cent roubles par mois, bien plus forts et bien plus dou&#233;s en &#233;lectronique que moi, l'usage et l'entretien de la machine : eux, ils avaient d&#233;j&#224; tout compris. Et au-dessus de notre t&#234;te, dans cette apoth&#233;ose de l'&#232;re Brejnev, les slogans accroch&#233;s aux charpentes, et le titulaire en chef de la machine, quadruplement m&#233;daill&#233;, rondouillard, luisant de ses quatre cents roubles mensuels et de son titre de &#171; meilleur ouvrier de l'usine &#187;, qui s'&#233;tait vu attribuer donc d'office le nouveau mat&#233;riel, et nous r&#233;pondait chaque fois &lt;i&gt;&#171; Korocho &#187;&lt;/i&gt;, on se d&#233;brouillerait bien, mais pr&#233;f&#233;rant apr&#232;s appeler Ivan et Volodia et les laisser faire, les contemplant &#224; distance d'un air mena&#231;ant et autoritaire, eux les sans grades. Une fois, &#224; Moscou, on avait demand&#233; la mise &#224; disposition du pont roulant qu'on voyait accroch&#233; lui aussi aux charpentes, pour d&#233;cuver notre transformateur haute tension &#224; bain d'huile, o&#249; un thyristor avait rendu l'&#226;me. &#171; Le pont roulant sera l&#224; demain&#8230; &#187; &#199;a avait dur&#233; la moiti&#233; de la semaine, jusqu'&#224; ce qu'on s'&#233;nerve pour de bon : &#171; Mais le pont roulant est arriv&#233;&#8230; &#187; Et nous montre quatre gars, des montagnes aux yeux brid&#233;s, qui ont soulev&#233; notre transfo. Prague c'est l'Europe, et Moscou c'est l'Orient : la vraie s&#233;paration ne co&#239;ncidait pas avec les fronti&#232;res politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Moscou comme &#224; Bombay l'eau courante ce n'est pas tous les jours. Souvent, &#224; Bombay, pas assez de pression pour le refroidissement de nos pompes &#224; vide. Alors on attendait, eux accroupis, moi cul par terre, on parlait. J'imaginais, en France, arr&#234;ter les ateliers du Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique de Saclay, o&#249; on avait r&#233;guli&#232;rement des d&#233;pannages, pour un probl&#232;me de robinets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, la gr&#232;ve : le travail avait repris assez vite, apr&#232;s quelques paires de chaussures attribu&#233;es au seuls ouvriers qualifi&#233;s. Lesquels, trois semaines plus tard, revenaient travailler en sandales. Et &#224; mes questions : &#171; Too much hot&#8230; &#187; Ils les avaient revendues, et tant pis pour le m&#233;tal chauff&#233; bleu sur la peau nue, partout marqu&#233;e d&#233;j&#224; jusqu'aux genoux et jusqu'aux coudes, de lunules p&#226;les. Mais il y avait aussi sous leur gr&#232;ve d'autres choses, qu'on n'a pas voulu m'expliquer, ni les chefs ni les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde c'est violent, parfois violent pour rien, mais toujours violent sans retenue. Tous les jours, aux abords des gares qui sont les points principaux de concentration, ces batailles entre flics arm&#233;s de simples b&#226;tons et le peuple par ethnies solidaires. Tous les jours, dans les journaux, avec seulement l'indication du quartier : trois morts, sept morts&#8230; On &#233;voque aussi chaque fois, &#224; c&#244;t&#233; du nombre de morts, le nombre, en g&#233;n&#233;ral double, des &lt;i&gt;&#171; disparus &#187;&lt;/i&gt;&#8230; &lt;i&gt;&#171; Riot at Nasik Central Station&#8230; &#187;&lt;/i&gt; pour une histoire de resquille, et la proximit&#233; de ces innombrables chantiers de construction jamais finis, dont les &#233;chafaudages en quelques minutes deviennent des lances, des matraques, des armes. Les &#171; disparus &#187; : un policier mort se paye cher, si on retrouve la famille, alors il vaut mieux emporter les cadavres. Trois morts c&#244;t&#233; &#233;meutiers, quatre disparus c&#244;t&#233; uniformes. Gr&#232;ves ; une fois, en ville, j'ai vu d&#233;filer un cort&#232;ge d'ouvriers du textile. Combien de camions : quatre-vingts ? Et tous charg&#233;s &#224; d&#233;border de ces grappes de minuscules hommes maigres, habill&#233;s tout de blanc, avec sous le calot le m&#234;me regard obstin&#233; et des banderoles que je ne comprenais pas, bloquant longtemps l'infernal d&#233;sordre du centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se racontait des histoires, en attendant l'eau. &lt;i&gt;&#171; Mister Camel &#187;&lt;/i&gt;, surtout. Un bonhomme sans &#226;ge, de ceux-l&#224; des soudeurs qui n'y voyaient plus bien, et pleuraient blanc, suppuration permanente. Il ne parlait pas l'anglais, on me traduisait. Heureux et rare possesseur de deux chameaux : &lt;i&gt;&#171; Dua&#239; Hunt ! &#187;&lt;/i&gt;, il me r&#233;p&#233;tait, chaque matin, quand je le saluais, des fois que j'aie oubli&#233;. La journ&#233;e finie, il se louait avec eux pour les travaux agricoles des faubourgs. Surtout, c'&#233;tait lui l'infirmerie. Ce Centre atomique, avec deux mille personnes, des centaines de chercheurs, avait sans doute son poste de secours. Mais pour les ouvriers, c'&#233;tait lui : dans les recoins, derri&#232;re les vestiaires, o&#249; il gardait des herbes. Rebouteux aussi, le soir et le dimanche, pour les animaux, et tueur. Une fois, pour me montrer, il m'a tripot&#233; la colonne vert&#233;brale. J'ai compris, apr&#232;s, la l&#233;vitation &#8211; myst&#232;re pr&#233;serv&#233; de l'Asie dangereuse. Et deux jours apr&#232;s, je vois mon Mister Camel (je lui avais offert, et il me l'exhibait chaque fois qu'on se croisait, un paquet de cigarettes &#224; l'effigie du chameau) aux prises avec un type plus jeune, les deux au bord de se battre. J'essaye de me faire expliquer (zat's noting, don't bozer : &#171; bother, don't bother &#187;, mot central). Je chope mes deux gars par les &#233;paules et leur dit en fran&#231;ais : &#171; Alors les mecs, quoi qui va pas ? &#187; Parce que l'argot, souvent, &#231;a se comprend internationalement bien mieux que l'anglais, question de conviction. Apr&#232;s on m'a expliqu&#233;, comme en secret : le jeune &#233;tait le chef de son ethnie, et ce qu'il lui reprochait c'&#233;tait justement notre familiarit&#233;, et nos palabres. Et que je lui ai attrap&#233; les &#233;paules, au type, &#231;a lui avait encore moins plu. La tribu veillant dans l'usine &#224; reconduction de l'ordre social : cela fait relent zouave, colonies, et Tintin dans les Soviet. Mais &#224; Simca-Poissy, ces ann&#233;es-l&#224;, c'&#233;tait encore un peu comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait une &#233;quipe du matin et une &#233;quipe du soir en alternance, l'une dirig&#233;e par Deshmuk, et l'autre par Shimpy (Mister Deshmuk et Mister Shimpy : acc&#233;dant au grade de contrema&#238;tre, il n'y avait plus de pr&#233;nom). Deshmuk, un gars timide, qui ne parlait qu'en mettant sa main &#224; plat devant sa bouche, chuchotant en dodelinant de la t&#234;te. Shimpy, l'oppos&#233; : un gars qui ne faisait pas comme lui voulait, il tapait, et vraiment. Une fois, je me suis interpos&#233;, &#231;a a failli mal finir. Shimpy ne parlant pas anglais, il nous fallait un interm&#233;diaire. Ce jour-l&#224;, j'ai arr&#234;t&#233; la machine, dit que je n'accepterais pas qu'on traite un type de cette fa&#231;on devant moi, et je suis rentr&#233; &#224; mon logement, &#233;videmment &#231;a a fait du bruit, et pas arrang&#233; nos relations. Pour souder par faisceau d'&#233;lectrons il faut une qualit&#233; suffisante de vide, et sur une pi&#232;ce complexe comme ce soubassement de r&#233;acteur avec cent soixante douze orifices, un syst&#232;me d'&#233;tanch&#233;it&#233; qui &#233;tait un combat de chaque jour. Mais, les premi&#232;res semaines, je ne comprenais pas pourquoi des pannes &#233;lectroniques si fr&#233;quentes, et toujours dans l'&#233;quipe Shimpy, toujours avec Shimpy. Je me suis d&#233;brouill&#233; pour arriver &#224; six heures, comme eux : en fait, quand la machine mettait du temps &#224; pomper, au lieu d'aller v&#233;rifier les &#233;tanch&#233;it&#233;s, Shimpy tapait la machine comme il tapait les ouvriers. Alors je lui ai dit : &lt;i&gt;&#171; Shimpy, tu tapes la machine, moi je tape Shimpy &#187;&lt;/i&gt; (Hey, Shimpy, U hit the machine, I hit Shimpy&#8230; et &#231;a se comprenait internationalement, par construction). De ce jour-l&#224; on a &#233;t&#233; super copains : on tenait m&#234;me langage. Et il me disait fi&#232;rement, chaque matin, n'avoir battu personne. &#192; mi-chemin de mon s&#233;jour, ayant droit &#224; une semaine de cong&#233;s et le chantier en bonne voie, je me suis offert le N&#233;pal : il m'a demand&#233; tr&#232;s secr&#232;tement si je pouvais lui rapporter du whisky, une vraie bouteille de whisky interdite &#224; Bombay, on a fini carr&#233;ment dans l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alcool c'&#233;tait hors de l'usine. C'est partout. Distilleries clandestines, j'ai go&#251;t&#233;. Pas mieux que la vodka au Nescaf&#233; : le &#171; killer drink &#187; &#224; base de sucre de canne et d'&#233;corce de cocotier, distill&#233; en faisant cramer de vieux pneus. Il s'en fabriquait dans le Centre lui-m&#234;me, apparemment en bonne complicit&#233; de Deshmuk et Shimpy : pareil que les ateliers normands o&#249; se monte la fus&#233;e Ariane est avant tout la plus grande fabrique nationale d'alambics individuels, o&#249; l'inox spatial sur fonds public s'&#233;coule en calva priv&#233;. Et &#231;a tue vraiment, le &lt;i&gt;&#171; killer drink &#187;&lt;/i&gt;, et raide : je les ai vus, en fin de f&#234;te, le samedi soir, dans les slums, les yeux aiguis&#233;s et le regard resserr&#233;. J'ai vu Bailea, d'un an l'autre : &#171; Killer drink not good &#187;, oui mais. Mais eux, dans leurs poches, ils ont des herbes. On sort un pr&#233;cieux petit tortillon de papier aluminium, on avait fait sentir. Ou priser une poudre insupportable, qui vous fait garder jusqu'au soir un &#233;ternuement convulsif, eux &#231;a les faisait rire. Les herbes et les poudres, ou cette bouch&#233;e rouge qu'on mastique apr&#232;s repas, et on va en paix : le &lt;i&gt;&#171; killer drink &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;fonce des pauvres, est plus destructeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deshmuk et Shimpy commandent chacun &#224; une vingtaine de gars. Une poign&#233;e de qualifi&#233;s, comme Bailea Todankar, et la bonne douzaine qui r&#233;pondent au m&#234;me patronyme de Patil. Et comme ici on divise les grades ouvriers en OS1, OS2, OS3, OP et la suite, ici un kal&#233;idoscope de m&#234;mes visages mais pris en strates &#224; mesure de les d&#233;qualifier, comme si &#224; chaque strate correspondait un corps, plus maigre, aux yeux plus grands et fixes, comme ceux de notre balayeur, celui qui allait chercher ces tasses de th&#233; douce&#226;tre au lait, et sinon accroupit l&#224; derri&#232;re. Ou ceux qui, comme le Barnab&#233; de Kafka, n'ont d'autre fonction que courir : cet immense service &#224; &#233;chelle de la ville qui, &#224; partir d'un train sp&#233;cial, am&#232;ne en deux heures de temps, chaque midi, en v&#233;lo ou port&#233; &#224; bras, leur gamelle personnelle &#224; deux millions de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chapeauter Deshmuk et Shimpy Ambadas Teraikar, qui chaque jour, pour me montrer que son embonpoint de chef n'&#233;tait pas un handicap, me montrait ses exercices de yoga poirier inclus, au point que je me souviens surtout de lui la t&#234;te &#224; l'envers et le nombril &#224; l'air. Et puis autant d'&#233;tages que la tour Montparnasse jusqu'au &#171; superintendant &#187;, un homme par juste loi de circularit&#233; lui aussi tr&#232;s petit et tout maigre, qui ne me parlait pas, m'a dit son adjoint, &#171; pour ne pas s'incliner devant les blancs &#187;, et donc lui disait &#224; lui, l'adjoint, ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; moi le blanc, et je me souviens de son regard, cette troisi&#232;me semaine, quand j'&#233;tais venu &#224; l'usine habill&#233; simplement comme eux tous, pantalon nou&#233; large et vague tunique plus sandales, tout achet&#233; sur place. On vous explique que les castes c'est fini, mais chaque &#233;tage se venge sur celui d'en dessous de ce qu'il subit d'au-dessus. Et se m&#233;fier toujours de clich&#233;s qui pourraient resurgir, et non pas pour nier les efforts, mais rep&#233;rer la nouvelle gangr&#232;ne comme ici du Progr&#232;s : l'Inde moyenne gonfle et tant mieux pour ce que ce pays va devenir, l'Inde moyenne avale tout, mais jamais Teraikar n'est all&#233; chez Bailea, comme jamais Deshmuk n'irait chez Madu Koli &#224; qui Teraikar n'a m&#234;me jamais adress&#233; la parole, et qu'&#224; Das Teraikar pas plus qu'&#224; moi le superintendant n'adresse la parole, mais aura fait savoir &#224; Teraikar, par son adjoint, de me faire dire qu'&#234;tre all&#233; visiter chez lui Madu Koli est une erreur de ma part. Et que tout cela, lorsque cela co&#239;ncide dans l'espace exigu d'une machine, fait se superposer autant de langues, l'indhi des ing&#233;nieurs, l'anglais de service, le maharathi des ouvriers et les dialectes des sous-qualifi&#233;s, Madu Koli n'ayant certes pas la m&#234;me langue que Mister Camel. Et qu'&#224; Bombay les Tamouls sont ing&#233;nieurs et ceux de Calcutta man&#339;uvres, que les premiers sont v&#233;g&#233;tariens stricts et que les seconds ont une cantine r&#233;serv&#233;e o&#249; on sert du poisson s&#233;ch&#233;, que les Sikhs sont comptables et le dimanche matin il est beau de les voir marcher lentement au soleil pour faire s&#233;cher des cheveux qui tombent plus bas que la taille, et que m&#234;me les Patil, soign&#233;s par le vieux rebouteux, ne le salueront pas le lendemain et que chacun de ceux-l&#224; a ses jours f&#233;ri&#233;s, ses f&#234;tes et ses observances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prenais des le&#231;ons de sitar : c'est Ambadas Teraikar qui m'avait procur&#233; l'adresse et m'avait accompagn&#233; la premi&#232;re fois, de moi-m&#234;me je n'aurais jamais os&#233; et cela a &#233;t&#233; le compl&#233;ment ou le sym&#233;trique de l'exp&#233;rience d'usine. Chandrashekar Naringrekar m'a donn&#233; cette premi&#232;re grammaire qui, depuis lors, me sert au moins &#224; &#233;couter leur musique. Il habitait Chembur, au rez-de-chauss&#233;e de la maison de son propre ma&#238;tre parti enseigner en Am&#233;rique, l'ustad Mohiaduddin Dagar, et pour lors occup&#233;e par son fr&#232;re, lui chanteur, l'ustad Fariduddin Dagar. Et fier de m'asseoir sur le m&#234;me tapis, chez Chandu, que Don Cherry on John McLaughlin. C'est au souffle, &#224; la respiration qu'on m'entrouvrait, et la deuxi&#232;me ann&#233;e, lisant Proust (c'est une autre histoire, mais qui traverse aussi Bombay) j'ai pu mesurer ce que l'art, par ce rai que Chandu ou l'ustad semblaient conduire jusque l&#224; dans cet air devant moi, &#233;tait absolue transgression par rapport &#224; ce couvercle de la vie d'usine. Et que ma rondelle de r&#233;acteur, o&#249; nous soudions les structures tubulaires, &#233;tait cependant peut-&#234;tre un arbitraire esth&#233;tique du m&#234;me ordre. Je rejoignais Chandrashekar chaque fois qu'il jouait : ce soir-l&#224;, &#224; un concert priv&#233;. Son ma&#238;tre jouait la rudra veena, cet instrument tr&#232;s grave, et Chandrashekar le surbahar, qui est au sitar comme l'alto au violon, reprenant le sitar pour le mouvement rapide qui cl&#244;t le raga. Une barri&#232;re en travers de la rue, des gardiens avec des b&#226;tons, des palmiers, des bruits d'oiseaux, et, dans les all&#233;es r&#233;serv&#233;es, une suite de villas, une autre Inde, celle d'en haut. Le hasard a fait que le commanditaire du concert, qui recevait Chandu, et son porteur d'&#233;tui par la m&#234;me occasion (plus Rajkumar Nayagam, le percussionniste sans cesse mobile avec qui bient&#244;t je traverserai sans cesse la ville, et l'&#233;pouse de Chandu, s&#339;ur des deux ustads, qui jouerait la tampura d'accompagnement), &#233;tait un des principaux responsables du Centre atomique et apr&#232;s le concert, quand je l'ai remerci&#233; de son accueil, on a un peu parl&#233; (mon superintendant l'a appris, et du coup m'a enfin consid&#233;r&#233;). Ce n'&#233;tait pas le V&#233;sinet, malgr&#233; la luxuriance des tropiques reprenant droit dans la ville mis&#232;re : un pavillon genre Drancy. Mais il faut comprendre autour le grouillement, savoir le &lt;i&gt;&#171; killer drink &#187;&lt;/i&gt; au son des transistors, se rappeler le b&#226;ton des gardiens, pour imaginer l'oasis et la beaut&#233; de la nuit, la musique respect&#233;e et dans ce que nous ne savons plus faire, le musicien qu'on invite chez soi et qu'on &#233;coute deux heures, le raga qui va avec l'heure et la saison, la passerelle soudain faite &#224; la tradition mill&#233;naire et la plus haute culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis le lendemain c'est dimanche, j'attends le car, il vient, il est plein. Le suivant, vingt minutes plus tard, d&#233;borde aussi, alors au troisi&#232;me je fais comme les autres, je m'accroche au dehors, en courant parce que, pour limiter les grappes, le chauffeur n'arr&#234;te pas. On est l&#224;, accroch&#233; aux montants des fen&#234;tres sans vitres, au-dessus des roues. Et le contr&#244;leur fait le tour comme &#231;a lui aussi, pendu dehors, nous passant dans le dos, tendant le bras &#224; l'int&#233;rieur pour piocher les billets et soudain on est au-dessus de la mer, c'est un pont comme celui de l'&#238;le d'Ol&#233;ron, qui enjambe les p&#233;troliers, on les surplombe en tout petit l&#224;-dessous, pas de vertige tandis que le car gronde sur le parapet sans trottoir : le frisson vaut, et &#224; moins cher, nos f&#234;tes foraines. &#171; New Bombay &#187;, de l'autre c&#244;t&#233;, ce n'est pas d'abord &#224; cause de l'&#226;ge des b&#226;timents, mais bien parce que c'est la ville de cette nouvelle Inde des classes moyennes : une greffe de l'Inde en complet veston sur un bout de marais s&#233;par&#233; des sans-logis par le bus &#224; ticket payant. Et de longues lignes de maisons &#224; r&#233;p&#233;tition, dans la terre encore nue et sans voirie. On a donn&#233; des facilit&#233;s &#224; Ambadas pour devenir propri&#233;taire. Dedans, il a la t&#233;l&#233;, mais la voiture leur serait inaccessible. C'est un privil&#233;gi&#233; : ayant responsabilit&#233; de ce chantier du r&#233;acteur, on l'a envoy&#233; au Canada, puis &#224; Paris. Et pour son voyage de noces, quinze ans de cela, ils &#233;taient all&#233;s jusque dans le sud. Sa femme est quelqu'un de rare : traductrice de th&#233;&#226;tre, de l'indhi au maharathi. La maison : une pi&#232;ce et une cuisine au rez-de-chauss&#233;e, deux chambres minuscules en mezzanine. Ils ont deux fils, mais logent aussi un fr&#232;re &#224; elle, sans travail. Pour &lt;i&gt;&#171; Holi &#187;&lt;/i&gt;, le carnaval de f&#233;vrier, o&#249; toute l'Inde s'arrose dans la rue de riz et de p&#233;tales, mais surtout de peinture et de seaux d'eau, ils m'avaient invit&#233;. On est assis par terre, les quatre hommes, t&#233;l&#233; en marche et porte grande ouverte, avec chacun devant soi sur le ciment une feuille fra&#238;che de bananier. Et dix-huit fois, j'avais compt&#233;, madame Teraikar s'&#233;tait baiss&#233;e devant chacun de nous quatre pour d&#233;poser les ingr&#233;dients compliqu&#233;s d'un repas traditionnel, un repas de f&#234;te. J'ai dit &#224; Das que cela me g&#234;nait un peu. Juste avant mon d&#233;part, ils m'ont r&#233;invit&#233; &#224; un biryani, plat o&#249; se m&#233;langeaient, de toutes les couleurs, y compris le bleu profond, trente-six composants diff&#233;rents, qu'ils m'ont &#233;num&#233;r&#233;. Elle a mang&#233; assise avec nous, derri&#232;re sa propre feuille de bananier, chacun se servant de la main droite exclusivement comme de juste. J'ai dit &#224; Das que sa pr&#233;sence compl&#233;tait le plaisir : &#171; Je l'ai oblig&#233;e&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Das est le seul ath&#233;e que j'ai rencontr&#233; l&#224;-bas. Une &#233;clipse, vers la fin de mon s&#233;jour, a trac&#233; sa route de totale nuit depuis le Japon pour aller mourir en Afrique. Etonnant spectacle, autant dans le ciel que dans la ville, et les perceptions du silence soudain, animal et humain, aussi vives que ce qui reste d&#233;finitivement de cet instant o&#249; s'exacerbent toutes les couleurs. Toute l'Inde s'y &#233;tait pr&#233;par&#233;e. Journ&#233;e f&#233;ri&#233;e, une de plus. Trois heures avant l'apparition de l'ombre noire dans le ciel, plus de bus, et les taxis s'alignaient, vides, le long des rues. Le chauffeur musulman qui a accept&#233; de me ramener en a profit&#233; pour quadrupler le tarif. Les trottoirs avaient tout raval&#233; de leur d&#233;sordre, c'&#233;tait une ville morte, comme apr&#232;s une contagion. Au quatorzi&#232;me &#233;tage d'une tour, dans le Centre de recherche, les scientifiques avaient install&#233; des lunettes, on avait des verres fum&#233;s, je les ai rejoints. Cette impression, suspendu au-dessus de la terre lorsque soudain le ciel d&#233;voile en entier son creux et que la pesanteur myst&#233;rieusement, mais perceptiblement s'all&#232;ge, qu'on se sent tomber d&#233;sormais dans ce vide o&#249; paraissent une &#224; une, p&#226;les et qu'on n'aurait jamais cru si proches, ni m&#234;me pr&#233;sentes, les grosses plan&#232;tes nos voisines. Tout a vir&#233; au violet sombre, et la terre muette semblait une &#233;trange et provisoire nuit de fin du monde : les tropiques accentuent tout, m&#234;me les &#233;clipses. Et puis, dans le retentissement neuf des muezzins qui signait le retour du jour, un dr&#244;le de cr&#233;puscule, un cr&#233;puscule comme lav&#233;, s'&#233;tait install&#233; tandis que la gigantesque Inde, comme une mar&#233;e monte (d'ailleurs la mer cette nuit-l&#224; s'est offert sa seule temp&#234;te en quatre mois) retrouvait lentement son bruit g&#233;n&#233;ral. Ce jour-l&#224;, mon ami Ambadas Teraikar, seul des habitants de New Bombay, obligea ses deux fils &#224; traverser leur cit&#233; pavillonnaire toute r&#233;cente pour oser, verres fum&#233;s en main, contempler publiquement l'&#233;clipse : les voisins n'osaient pas, et on leur avait fait savoir. &lt;i&gt;&#171; But afterwards you've got your shower ? &#187;&lt;/i&gt; je plaisante : toute l'Inde s'&#233;tait douch&#233;e, sur les trottoirs... &lt;i&gt;&#171; Sure we did. &#187;&lt;/i&gt; L'&#233;preuve des puissances au-del&#224; de l'homme appelait le bain sacr&#233; et purificateur, ath&#233;e ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bailea &#224; son tour vient me chercher. Il est venu en v&#233;lo et &#8211; pour cinq roupies, me pr&#233;cise-t-il, qu'il refuse que je lui rende &#8211; , a emprunt&#233; pour moi le v&#233;lo d'un copain. Voir l'Inde en v&#233;lo c'est encore un nouveau monde. Derri&#232;re la pile atomique, une barre HLM r&#233;serv&#233;e aux ouvriers du Centre. Du ciment nu, des trous carr&#233;s. Le privil&#232;ge de Bailea, qui lui a valu son logement : il sait lire et &#233;crire. Des ouvriers soudeurs des deux &#233;quipes, un tiers environ savent. Bailea est un ph&#233;nom&#232;ne : bien avant ing&#233;nieurs, &#233;lectroniciens ou chimistes, et quelquefois sur des pannes inconnues (interf&#233;rences haute tension, on a mis longtemps &#224; trouver), il a tout pig&#233; de la machine moderne. Et le soir il trime au noir, dans ce garage, aire de terre nue sur laquelle, de trois taxis en miettes, on en improvise un neuf, o&#249; on &#233;tait venu une fois inventer un genre de pince &#224; rallonge. Bailea est trop riche int&#233;rieurement pour ce qu'on lui demande : le &#171; killer drink &#187; &#233;rode le surplus. Un grand gars bien balanc&#233;, avec une petite moustache pointue, et qui rigole tout le temps. Trois enfants, dont sa petite fille si belle, et lui aussi h&#233;berge un beau-fr&#232;re, et encore un neveu &#224; lui : une pi&#232;ce commune, une chambre, et la cuisine sans meuble, r&#233;chaud par terre au centre. Mon deuxi&#232;me s&#233;jour, d&#232;s mon arriv&#233;e, j'ai demand&#233; que Bailea ait statut d'assistant d&#233;tach&#233;. Explications embarrass&#233;es, allusions au &#171; killer drink &#187;. J'ai insist&#233;, refusant de bosser sans lui, et on me l'a ramen&#233; d'un autre atelier. Apr&#232;s les quatre mois de l'an dernier, la hi&#233;rarchie s'&#233;tait veng&#233;e du garage sauvage des slums : je ne sais pas s'ils ont une expression pour mise au placard, en pays sans placard. Mais la jalousie l'exigeait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Bailea qui m'a pr&#233;sent&#233; Madu Koli. Le boulot de Madu, un silencieux, qui passait le matin dans l'atelier et n'avait pas affaire &#224; moi directement : pointeau, on aurait dit dans notre usine, encore une fonction &#233;vanouie. Il inscrivait la pr&#233;sence ou non des gars au travail, sur une &#233;critoire en bois. Madu avait eu la polyo du bras droit, qui restait fixe, atrophi&#233;. &lt;i&gt;&#171; Madu Koli is a fisherman &#187;&lt;/i&gt;, m'avait dit Bailea, dans son dr&#244;le d'anglais comme si chaque syllabe s'&#233;non&#231;ait ind&#233;pendamment de toutes les autres. J'ai dit que moi aussi je venais d'un pays de p&#234;cheurs. Et j'ai dit aussi que &#231;a me ferait plaisir, un dimanche, un tour en mer. D'accord, et m&#234;me joie. Puis, le lendemain, non. Bateau en panne, dit Bailea, puis mauvaise lune et je ne sais quoi. Je dis que la p&#234;che ce n'est pas grave, mais que le tour en bateau vraiment je voudrais, et que j'assume les frais. Embarras. J'avais fait l'erreur de me r&#233;jouir moi aussi, devant Ambadas, du projet de balade, les menaces &#233;taient vite revenues &#224; Madu Koli. Alors j'ai dit bien fort que dommage, tant pis, et on a combin&#233; en douce notre tour &#224; Elephanta, avec Bailea et ses trois gosses, qui n'y &#233;taient jamais all&#233;s, plus Madu et ses quatre gosses &#224; lui, &#231;a faisait toute une &#233;cole. Une longue barcasse pointue des deux bouts, avec monocylindre diesel au milieu. &#192; l'embarcad&#232;re, des hommes nus, dans l'eau jusqu'aux &#233;paules, car&#233;nant. J'avais d&#233;j&#224; v&#233;cu &#231;a, mais dans les livres, lisant Henri de Monfreid, quinze ans avant. On a pass&#233; la journ&#233;e dans les grottes sculpt&#233;es de la vieille &#238;le, ils avaient emport&#233; le riz et le pique-nique, avec les copains de Madu on &#233;tait exactement dix-huit sur le bateau, dix-sept hommes et la petite fille de Bailea. Troupe d&#233;braill&#233;e, et ce jour-l&#224; j'&#233;tais tomb&#233; sur Didier Lockwood, venu jouer &#224; Bombay, il avait fait l'excursion officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au retour que je suis entr&#233; chez Madu. Trombay Village, les cabanes de p&#234;cheurs coinc&#233;es entre les raffineries et le m&#244;le des tankers, face &#224; l'&#233;norme pile nucl&#233;aire sous son panache blanc, avant que notre futur r&#233;acteur la rejoigne. Une pi&#232;ce unique de ciment nu, sans fen&#234;tre, et un appentis sous un toit de t&#244;le perc&#233; au milieu pour cuisine. Dans la pi&#232;ce, d'abord, une grosse pendule, tr&#232;s belle. Et comme ailleurs le coin des idoles : peut-&#234;tre un peu plus fourni qu'ailleurs, puisque, dans le village, il est un des rares &#224; avoir un travail, et de bureau en plus &#8211; la polyo a eu ses compensations. Roul&#233;es contre le mur, les nattes tress&#233;es qui servent la nuit pour dormir, &#224; toute la famille. Il para&#238;t qu'un voisin a une chaise : on va chez lui la lui emprunter, et il a bien fallu que je m'en serve. On a pris le th&#233; : en trente-quatre ans de la vie de Madu, c'&#233;tait la premi&#232;re fois, ainsi aux portes de Bombay, qu'un blanc entrait au village. Et des t&#234;tes passaient &#224; la porte, se d&#233;coupant &#224; contre-jour : &lt;i&gt;&#171; My friend Bonn, of America&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &#192; la troisi&#232;me ou quatri&#232;me fois, je lui ai demand&#233; pourquoi l'Am&#233;rique. Que moi c'&#233;tait la France, en Europe : &lt;i&gt;&#171; Because, for us in India, atcha : America and Latin America, same thing&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Et parce qu'on &#233;tait dans la confidence, une dizaine de bonshommes par terre et la chaise vide au milieu, il m'a demand&#233; comment je priais J&#233;sus. J'ai dit ne pas prier. &lt;i&gt;&#171; Atcha. I know that. I pray at morning, before my wash. Ad you, that's Sunday, only at Sunday&#8230; &#187;&lt;/i&gt; J'ai dit encore que non. &lt;i&gt;&#171; So, you're a jew ? &#187;&lt;/i&gt; Que non encore. Alors sa voix : &lt;i&gt;&#171; Listen : but who brings you happiness ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madu, Madu le polyo. Longtemps apr&#232;s, j'ai re&#231;u une lettre, qu'il avait fait &#233;crire. Que, si je lui trouvais du travail, m&#234;me dur, il viendrait. Parce que son fr&#232;re le p&#234;cheur avait d&#251; arr&#234;ter, il n'y avait plus la barque, et que son salaire de pointeau ne suffisait pas. Je n'ai pas r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine &#233;tait aliment&#233;e par une armoire de puissance qui comprenait deux sectionneurs. Le premier,en haut, relie la machine aux 440 volts de l'alimentation g&#233;n&#233;rale, et commande aux pompes, aux mouvements. Puis un second, &#224; hauteur de taille, dispose d'une serrure de s&#233;curit&#233; : deux cl&#233;s remises &#224; deux personnes diff&#233;rentes, le chef d'&#233;quipe plus le responsable entretien et s&#233;curit&#233;, et qui seul permet d'envoyer les 440 volts sur les thyristors qui la transforment en 60 000 volts. Quand j'arrive, ce matin &#224; 7 heures, Shimpy donne un grand coup de pied dans l'armoire &#233;lectrique, mais juste pour rire, pour me dire que c'est en panne. Plus moyen d'envoyer la haute tension. Simplement, &#224; cause des vibrations, de la chaleur, la serrure s'est desserr&#233;e, rien du tout. Je coupe le courant au sectionneur d'en haut et, devant toute l'&#233;quipe r&#233;unie, m'accroupis pour me glisser dans l'armoire, derri&#232;re les quatre barres de cuivre plat du triphas&#233;, &#224; cause du manque de place le cou et la poitrine en sueur coll&#233;s aux barres conductrices. Par chance, les trente seconde que doit durer mon tour de cl&#233; &#224; pipe sur le support serrure et le souquer une fois pour toutes, je dois garder la t&#234;te tir&#233;e en arri&#232;re, regard vers le haut, il n'y a vraiment aucune place ici. Juste assez pour apercevoir le sectionneur du haut se renclencher. Juste le temps de gicler, me projeter &#224; plat dos sur le ciment. Une ch&#226;taigne au 400 volts, par faux contact, &#231;a m'&#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233; : dans ce m&#233;tier on y passait tous. Le bras paralys&#233; trois heures durant. Mais l&#224;, 440 volts &#224; plein corps, tremp&#233; de sueur, le triphas&#233; sur la poitrine, au fond d'une armoire de fer, avec un rebouteux possesseur de deux chameaux pour tout recours&#8230; Le pauvre gar&#231;on n'y a rien compris. C'est la premi&#232;re et seule fois de ma vie o&#249; j'ai allong&#233; un type, et r&#233;pondu d'un poing colonial &#224; la gentillesse incroyable qui est le premier, fondamental drapeau de toute l'Inde. C'&#233;tait un petit homme tr&#232;s brun, originaire du sud et qui ne regardait jamais en face, d'une timidit&#233; extr&#234;me et qui &#233;tait l'&#233;lectricien responsable du hall. Il avait en charge les ampoules, les fusibles. Pendant que je r&#233;parais le sectionneur haute tension, il lui &#233;tait venu &#224; l'id&#233;e de v&#233;rifier si le sectionneur principal, celui que j'avais soigneusement relev&#233; pour me glisser contre les barres, n'&#233;tais coinc&#233; comme celui d'en bas. Alors moi aussi je me suis excus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, il n'&#233;tait plus question pour moi de travailler. Les jambes en coton ne me portaient plus, et un tremblement dans les doigts qui m'a rendu difficile, pour toute l'ann&#233;e que j'aurais encore &#224; demeurer salari&#233;, n'importe quelle manipulation haute tension. Et m&#234;me maintenant, dans les moments de tension, d'&#233;nervement ou d'angoisse, c'est le tremblement de ce jour-l&#224; qui remonte. Je suis descendu en ville, par le 91, les vieux bus rouges sans vitres, &#224; semi-remorque et imp&#233;riale. Et c'est ce jour-l&#224; pr&#233;cis&#233;ment, downtown &#224; une heure inhabituelle, que j'ai crois&#233; puis suivi ce cort&#232;ge fun&#233;raire parsi. Le cadavre devant, embaum&#233;, maquill&#233; et color&#233; le visage de cire et presque translucide, le corps v&#234;tu de blanc et recouvert de belle fleurs, port&#233; &#224; bras d'homme avec clarinettes et tambours, jusqu'&#224; l'enceinte haut mur&#233;e des &lt;i&gt;Towers of Silence&lt;/i&gt;. J'ai pu v&#233;rifier, apr&#232;s, que j'avais bien vu, ce jour-l&#224;, le portail ouvert des Tours du silence : quand bien m&#234;me on ne voyait qu'un autre mur, des arbres, du vert, une paix. Les cadavres y sont d&#233;shabill&#233;s, mis nus sur un brancard de bois, les oiseaux font le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a comme &#231;a dans la vie, dont on ne s'aper&#231;oit qu'ensuite, &#224; l'usage, mais dont l'arbitraire m&#234;me, ensuite, compte plus que tout le reste. La mort y a chaque fois sa marque, pour nous interdire la r&#233;compense et la prise. Je dois beaucoup aux deux &#233;v&#233;nements de cette journ&#233;e-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas retourn&#233; encore &#224; Bombay.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1982, Minuit, Sortie d'usine</title>
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		<dc:date>2016-02-09T06:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Sortie d'usine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour sur l'histoire de mon premier livre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;1982 | Sortie d'usine&lt;/a&gt;

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		</description>


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&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;http://www.amazon.fr/gp/product/2707321850/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2707321850&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=2707321850&amp;Format=_SL250_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2707321850&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;
&lt;br/&gt;Sortie d'usine, poche, 7&#8364;50 chez Amazon.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Sortie d'usine, 1982, histoire du livre&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait mon premier travail en r&#233;gion parisienne. Je ne savais m&#234;me pas o&#249; &#233;tait la gare d'Austerlitz. J'avais fait les bo&#238;tes d'int&#233;rim rue de Provence. La premi&#232;re, on me proposait d'aller dessiner des tuyaux &#224; &#201;vry-Ville nouvelle, j'ai dit que j'&#233;tais pas venu de ma province pour dessiner des tuyaux. La deuxi&#232;me, on m'a parl&#233; de machines &#224; souder, et qu'il fallait se pr&#233;senter &#224; Vitry-sur-Seine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens, dans les quelques minutes o&#249; j'attendais le chef du service &lt;i&gt;essais&lt;/i&gt;, que j'avais pris un fascicule sur la table pour savoir ce que c'&#233;tait, la &lt;i&gt;soudure par faisceau d'&#233;lectrons&lt;/i&gt;, parce que je n'avais jamais entendu parler de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que les premiers mois je n'y comprenais rien &#224; rien, et qu'une fois, ayant pos&#233; le fer &#224; souder sur ma blouse de technicien, les types s'&#233;taient rudement moqu&#233;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de Roland Barbier, l'ing&#233;nieur aupr&#232;s de qui je devais travailler : son probl&#232;me, c'&#233;tait d'avoir un assistant susceptible de l'accompagner monter l'&#233;norme b&#233;cane chez Tupolev &#224; Moscou, et d'y rester 3 mois sans brouille : &#8211; Tu aimes Bach ?, question 1, &#8211; Tu sais jouer aux &#233;checs, question 2. Pour le reste, il m'expliquerait, on avait le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'apr&#232;s Bombay et l'&#233;lectrocution qui avait failli &#234;tre d&#233;finitive j'avais les jetons de tripoter le 440 volts, et c'est probablement &#231;a qui m'a &#233;ject&#233; de l'usine plus que tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque on trouvait du travail comme on voulait, il suffisait d'entrer dans les bo&#238;tes d'int&#233;rim. Aujourd'hui ce serait diff&#233;rent. On &#233;tait 1200 quand je suis entr&#233; dans cette bo&#238;te, 900 quand je l'ai quitt&#233;e en 1980, et ils doivent &#234;tre 250 maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord j'ai fait 3 semaines d'int&#233;rim dans une autre bo&#238;te, &#231;a annulait ma d&#233;mission et me donnait le droit au ch&#244;mage. Ensuite, je me suis inscrit &#224; Paris VIII en philosophie, &#231;a a &#233;t&#233; l'ann&#233;e Adorno et Hegel. Je n'aimais pas le cirque autour de Deleuze, mais Lyotard nous faisait vraiment lire et travailler. Puis je prenais des cours de musique. Je n'avais pas id&#233;e que &#231;a durerait. Je reviendrais dans les bo&#238;tes d'int&#233;rim apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images de peur nue et crue sont venues dans les r&#234;ves. Blessures vues. Ou cette paire de lunettes &#233;cras&#233;e sur mon visage : le sang dans les yeux, l'aveuglement. Puis les mains aux doigts coup&#233;s, quand on les serrait le matin. C'&#233;tait une bonne ann&#233;e plus tard. J'aurais d&#251; &#233;crire un m&#233;moire pour Paris VIII, et au lieu de &#231;a j'ai &#233;crit ce qui me venait dans les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas &#233;crit les voyages. Je n'ai m&#234;me pas &#233;crit cette usine. J'ai &#233;crit les morts. La place vide &#224; la cantine face &#224; vous quand on revenait d'un chantier, apr&#232;s 2 mois &#224; l'&#233;tranger. Ou le type bouff&#233; d'alcool et une fois un copain lui avait rempli sa canette de pisse et il avait tout bu sans se rendre compte, mais &#233;tait mort 3 semaines plus tard. Tout &#231;a remontait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, je reviendrais sur toutes ces usines, une par une. Ce serait publi&#233; en 1992 chez Verdier sous le titre &lt;i&gt;Temps machine&lt;/i&gt;, maintenant &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505308/m%C3%A9moire-usines&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;moire usines&lt;/a&gt; (version r&#233;vis&#233;e et augment&#233;e) en num&#233;rique sur publie.net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait &lt;i&gt;L'&#233;tabli&lt;/i&gt; de Robert Linhart, alors j'ai envoy&#233; aux &#233;ditions de Minuit. J'ai re&#231;u une lettre de refus. Le livre de Leslie Kaplan, &lt;i&gt;L'Exc&#232;s l'usine&lt;/i&gt;, venait de para&#238;tre chez POL et j'ai envoy&#233; &#224; POL, qui m'a r&#233;pondu par une vraie lettre, et puis une autre. M&#234;me topo avec Christian Bourgois, grand bonhomme. Enfin Denis Roche, qui m'avait re&#231;u au Seuil, pris une page de mon manus et montr&#233; ce qui restait &#224; faire. Apr&#232;s quoi il m'avait dit : partez 3 semaines &#224; la campagne, retapez votre truc en entier et renvoyez-le &#224; Lindon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois semaines plus tard j'&#233;tais devant &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article495' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lindon&lt;/a&gt;, et il me signait un contrat &#8211; avec les premiers droits d'auteur, 3500 francs, j'ach&#232;terais un frigo (mon premier) et les oeuvres compl&#232;tes de Flaubert en 16 tomes du Club de l'Honn&#234;te Homme, les seules &#224; l'&#233;poque avec la Correspondance int&#233;grale, et que j'ai toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai plus jamais fait de soudure, ni de philosophie. Les r&#234;ves de blessure continuent, et l'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; traduit en allemand et en chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233; bien des fois, et vendu avec une stabilit&#233; exemplaire toutes ces ann&#233;es. Merci &#224; Ir&#232;ne Lindon de me permettre de rejoindre &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=2687&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa collection Double&lt;/a&gt; &#8211; j'y suis parmi des amis et quelques ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tr&#232;s fier aussi d'inaugurer la venue de Minuit dans l'&#233;dition num&#233;rique. L'epub a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par ePagine, il est nickel, et sans DRM. Petit cadeau suppl&#233;mentaire, la photo de couv est de mon fr&#232;re &lt;a href=&#034;http://www.cafcom.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jacques Bon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous un passage de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt; (n'ai rien r&#233;crit ni corrig&#233; pour la reparution, je pr&#233;f&#233;rais le brut d'usinage). Et deux documents qui ont &#233;t&#233; importants dans la gen&#232;se du livre : une note de service, et la n&#233;crologie ordinaire du bulletin trimestriel remis aux employ&#233;s. Plus, en ouverture, trois photos de nos machines &#224; souder par faisceau d'&#233;lectrons, avec leurs enceintes &#224; vide. Voir aussi &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2655' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Arts et m&#233;tiers la honte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ebw.jpg?1315578341' width='500' height='181' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sortie d'usine | le cri (extrait)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le cri. D'o&#249;, plus loin, de l'autre c&#244;t&#233; de l'all&#233;e. Derri&#232;re, contre le mur, l&#224;-bas. Le tour, oui, le tour. Tous d&#233;j&#224; avaient arr&#234;t&#233; leurs mains. Le regard comme celui de tous qui ne portait plus que sur ce m&#234;me point, d&#233;j&#224; savait voyait, voyait. Pas m&#234;me d'interrogation. Un cri encore, plus long feulant. Un cri ne trompe pas, malgr&#233; l'ivresse ici des bruits. Feulant comme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il traversa. Un d&#233;tour qu'il avait &#224; faire par l'all&#233;e transverse, mais par-dessus les &#233;tablis, &#224; pas m&#234;me dix m&#232;tres, il voyait. Le type couch&#233; presque sur le tour, une blouse bleue et des cheveux noirs. Il voyait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type couch&#233; presque sur le mandrin. Aucun cri plus, et d&#233;j&#224; autour un groupe, des gars l'avaient rejoint, le touchaient. Le courant, il pensa le courant, arr&#234;ter le courant, mais &#231;a y &#233;tait. Ils avaient, puisque rien ne tournait plus. Cette impression de silence soudain, au r&#244;t veule des compresseurs coup&#233;s, le d&#233;cro&#238;t brusque des moteurs, les lumi&#232;res l&#224;-haut &#233;teintes, au lieu du jaune maintenant ces quelques veilleuses tr&#232;s p&#226;les dans le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sir&#232;ne, brutale. Deux d&#233;j&#224; ont pris le type sous les &#233;paules et le rel&#232;vent, la t&#234;te lui tombe sur le c&#244;t&#233;. La bouche ouverte mais le visage, le visage intact. Comme tr&#232;s blanc, oui, ce jeune, un int&#233;rim. Quatre mois qu'il est l&#224;, justement ils en avait parl&#233; la semaine pass&#233;e, puisque les int&#233;rims ne peuvent rester plus de trois mois, mais au bout du temps le chef du personnel les change d'office de patron, rien qu'un papier &#224; signer et pour le gars un jour de cong&#233; pay&#233; sous table, puisqu'il faut trois jours d'interruption l&#233;gale entre les contrats, dimanche compris, pratique courante. Un jeune aux cheveux noirs, pas lisses, bouffants plut&#244;t, la limite du fris&#233;. Jeune vraiment, et les cheveux mi-longs. Bo&#238;te d'int&#233;rim d'ailleurs dirig&#233;e par le beau-fr&#232;re de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui le reconnaissait bien, le jeune, encore qu'en quatre mois ils n'aient pas fait connaissance, en quatre mois on ne peut pas conna&#238;tre grand monde. Ils l'avaient d&#233;gag&#233;, mais si lentement. Activit&#233;, mais comme ralentie. La sir&#232;ne toujours, pr&#233;sence hurlante du cri par-del&#224; son &#233;touffement dans sa voix. Eux rapproch&#233;s &#224; diff&#233;rentes distances, immobiles &#224; tendre vers le groupe l&#224;-bas. La t&#234;te du type gliss&#233;e sur le c&#244;t&#233;, bouche entrouverte, semblant ne rien voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pommes, sans doute. Temps vid&#233;, lui n'approchait pas plus. Pas la peine de se marcher sur les pieds, se g&#234;ner. Un gars l&#224;-bas soutenait par le coude le bras, le type aux yeux ferm&#233;s, les paupi&#232;res tr&#232;s marqu&#233;es ou gonfl&#233;es, un ovale large plus mauve sur le visage bl&#234;me, et tr&#232;s grandes. Tenaient le coude &#224; l'horizontale, reculant lentement, s'&#233;loignant maintenant de la machine, retrouvant des gestes plus vifs, la course &#224; nouveau bouscul&#233;e du temps. La t&#234;te roulant vers l'arri&#232;re, cou et menton rempla&#231;ant les yeux, la bouche &#224; b&#226;iller aux verri&#232;res l&#224;-haut, aspirant. Le bras qu'il voyait maintenant, ouvert comme. Comme si ni sang ni plaie. Comme, mais l'os et du rouge et. Puis la main &#224; pendre, raide et blanche, comme &#224; l'envers. Voir, seulement voir. Bouscul&#233; par les types de l'entretien, amenant le brancard. Il recula, s'appuyant contre un poteau derri&#232;re. La sir&#232;ne d&#233;croissait, finissait de vomir en miaulant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/SDUnotpers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/SDUnotpers.jpg?1315578104' width='500' height='700' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/SDUnecr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/SDUnecr.jpg?1315578165' width='500' height='712' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fos-sur-Mer | la locomotive cuite</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3574</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3574</guid>
		<dc:date>2015-01-23T18:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Montpellier, Marseille, sud-est</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;objets singuliers du temps fer&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;2013 | ArcelorMittal Fos-sur-Mer&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot315" rel="tag"&gt;m&#233;canique, usines, chantiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot327" rel="tag"&gt;Montpellier, Marseille, sud-est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3574.jpg?1371402787' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je l'avais remarqu&#233;e d&#232;s la premi&#232;re visite, en juin dernier (un an d&#233;j&#224;), solitaire, hi&#233;ratique, singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immobile, comme l&#224; depuis tous les temps. Ou comme, dans la ville bande-dessin&#233;e de &lt;a href=&#034;&#034;&gt;Belval&lt;/a&gt; au Luxembourg, on vous aurait install&#233;e un objet d'art moderne, ou une statue en hommage &#224; l'&#233;pop&#233;e du fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en janvier, quand on avait visit&#233; de nuit, elle tirait lentement la cuve oblongue de ce qu'ici ils appellent un &#171; cigare &#187;. Je n'arrive pas &#224; me faire &#224; leur manie, aux gars de Fos, &#224; donner aux choses gigantesques des noms communs ordinaires &#8211; ce n'est pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cigare, c'est un wagon portant citerne &#224; forme oblongue, renfl&#233;e au centre, pour se d&#233;verser sans reste dans les fonds. Dedans, quelque chose comme 600 tonnes de fonte, remplies au cul du haut-fourneau juste derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonte est en fusion, dans la cuve r&#233;fractaire du cigare elle peut attendre 48 ou 72 heures sans devenir p&#226;teuse. Alors la locomotive avance, se saisit du cigare et le pousse ou le tire &#224; six cents m&#232;tres de l&#224; (l'espace est grand, &#224; ArcelorMittal Fos, ne serait-ce qu'au cas o&#249; il leur ait fallu doubler les installations, et maintenant on sait que &#231;a ne se produira pas), vers la grande gueule du convertisseur, o&#249; elle deviendra acier, une des cent cinquante nuances d'acier selon dosage des constituants, qui partira ensuite dans les poches de 200 tonnes de la coul&#233;e continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais m&#234;me pas la fr&#233;quence des voyages de la locomotive, toujours sur ce m&#234;me tron&#231;on de rail entre les deux hauts-fourneaux et le convertisseur danstesque. Probablement sont-elles deux locomotives, pas possible de prendre le risque d'un arr&#234;t ou d'une panne. Elles poussent ou tirent lentement le cigare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit qu'il s'agit d'une locomotive russe. Seuls les Russes ayant propos&#233; un mat&#233;riel capable de pousser ou tirer les 600 tonnes en fusion, lentement, puis de ramener la poche vide pour le prochain remplissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des ateliers, un magnifique texte avait surgi sur le &#171; bleu &#187;, m&#234;me si elle est grise et orange, la combinaison obligatoire pour marcher ici. Ce texte &#233;voquait les diff&#233;rents noms successifs au dos de la combinaison, puisque la combinaison porte forc&#233;ment le nom de votre patron : Solmer, Sollac, Usinor, Arcelor, puis d&#233;sormais ArcelorMittal, comme &#233;crit sur la mienne. Il semble que la locomotive soit la seule &#224; avoir gard&#233; le nom Sollac, oubli&#233;, pass&#233; au travers des mailles administratives, ou parce que depuis l'ouverture de l'usine il y a 40 ans elle accomplit invariablement, in&#233;luctablement, et sans jamais se lasser (une locomotive civile accomplit certainement beaucoup plus de kilom&#232;tres) le m&#234;me trajet en aller-retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens, &#224; Longwy, l'&#233;t&#233; 1976, que j'allais souvent parler &#224; un vieil homme italien (il me paraissait un vieil homme, j'avais 23 ans). Il &#233;tait communiste, de ces communistes historiques, et il avait perdu une jambe. Une jambe partie dans l'acier. Il y avait tant d'accidents alors. L'usine lui avait donn&#233; ce poste : entre les minerais et les hauts-fourneaux, toutes les 20 minutes &#224; peu pr&#232;s une locomotive apparaissait, tirant ses wagons, il actionnait un aiguillage qui l'envoyait sur le haut-fourneau 1, le 2, ou le 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces t&#226;ches aujourd'hui s'effectuent depuis des salles de commande et leurs &#233;crans. Pendant 20 minutes nous parlions. Je n'ai pas retenu son nom, et m'en suis souvent voulu. Je me souviens de ses histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me fascine dans la locomotive russe, m&#234;me &#224; distance, c'est cette surdimension des mati&#232;res. Elle remorque, &#224; quelques m&#232;tres, une masse de plusieurs centaines de tonnes port&#233;es &#224; plus de 2400 degr&#233;s. C'est une locomotive cuite. &#199;a se voit &#224; la couleur, aux &#233;paisseurs, &#224; cette sensation de masse m&#233;tallique hors du temps. Coul&#233;e brute d'un coup dans la mati&#232;re m&#234;me qu'elle a pour charge de transporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est fr&#233;quent, dans les grandes usines. Ici, les tr&#233;mies, les trains &#224; bandes, les godets sous les grues, comme le moderne pivoteur ou les crochets sous les ponts-roulants m'&#233;voquent le m&#234;me sentiment d'une puissance &#224; nous indiff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je faisais ces photos (pas brillant, mon petit Canon G12, au retour, mang&#233; de poussi&#232;re et de chaleur, une logique d'objet tout &#224; l'inverse), une Renault Kangoo toute banale est venue, avec deux gars dedans, lest&#233;s comme nous l'&#233;tions de la combinaison grise orange au nom ArcelorMittal, avec casque et lunettes. Le conducteur a adress&#233; un signe de la main &#224; Serge Geairain qui nous accompagnait, le gars de la place passager est descendu comme on descend tout banalement d'un Kangoo, a grimp&#233; sur la loco, son accompagnant est reparti. Le gars sur la loco a long&#233; la rambarde ext&#233;rieure pour se placer tout &#224; l'avant, en figure de proue, une console de commande tenu par un harnais sur le ventre et c'est comme &#231;a qu'il l'a conduite, la loco pachyderme, la loco cuite, lentement, vers le haut-fourneau derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire durera longtemps. Aussi longtemps qu'il y aura de l'acier dans les Kangoo, et des rails sous les TGV, et des TGV sur les rails. Pas plus, non plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-locomotive-03.jpg?1371402859' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-locomotive-04.jpg?1371402859' width='500' height='334' alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-locomotive-05.jpg?1371402860' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-locomotive-06.jpg?1371402860' width='500' height='334' alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/loco-last.jpg?1371406566' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>018 | 47&#176;21'28.44 N &#8211; 0&#176;38'49.97 E</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4080</link>
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		<dc:date>2014-12-28T18:05:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Cortazar, Julio </dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Jou&#233;-les-Tours</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;aller saluer l'usine morte, puisque Michelin est parti (mais que son rond-point reste)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique151" rel="directory"&gt;2015 | le tour de Tours en 80 ronds-points&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot211" rel="tag"&gt;Cortazar, Julio &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot315" rel="tag"&gt;m&#233;canique, usines, chantiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot881" rel="tag"&gt;Jou&#233;-les-Tours&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4080.jpg?1419789902' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4080.jpg?1419789915&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/PNBytrZ69pk&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ceci est le &lt;strong&gt;18&#232;me&lt;/strong&gt; rond-point visit&#233;, voir &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4023#rp' class=&#034;spip_in&#034;&gt;liste des pr&#233;c&#233;dents&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; premi&#232;re visite ? voir la &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4023' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale du projet&lt;/a&gt;, qui inclut aussi des &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique159' class=&#034;spip_in&#034;&gt;invitations&lt;/a&gt; et un &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique158' class=&#034;spip_in&#034;&gt;journal&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;tat actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre &#224; photographier la ville (&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt; photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; photos) ; vue de l'int&#233;rieur du rond-point (&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; photos) ; vue a&#233;rienne &#169; mappy.com avec le rond-point dans son contexte (&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; copie &#233;cran) ; vid&#233;o lecture (&lt;strong&gt;2'49&lt;/strong&gt;), vid&#233;o captation arriv&#233;e usine par la rocade (&lt;strong&gt;1'45&lt;/strong&gt;), vid&#233;o contournement par l'arri&#232;re (&lt;strong&gt;3'49&lt;/strong&gt;) ; un livre enterr&#233; (voir &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4021' class=&#034;spip_in&#034;&gt;protocole livres enterr&#233;s&lt;/a&gt;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; performances YouTube &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/playlist?list=PL0b9F8mHoFK4banFue28J_dMBjEZlCmN4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la litt&#233;rature se crie dans les ronds-points&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en partenariat &lt;a href=&#034;http://polau.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P&#244;le des arts urbains&lt;/a&gt; Saint-Pierre des Corps (pOlau) &amp; &lt;a href=&#034;http://www.ciclic.fr/livre-lecture/les-actualites-du-pole-livre&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;Livre&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ciclic&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;journal de voyage&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, il y a 5 jours exactement, on a fabriqu&#233; ici &lt;a href=&#034;http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Dossiers-actualite/n/Contenus/Dossiers/Actualite/Michelin-a-Joue-les-Tours/Le-dernier-pneu-Michelin-sera-fabrique-le-19-decembre-2139545&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un dernier pneu&lt;/a&gt; : une cinquantaine de personnes apparemment continuaient d'entrer dans les 46 hectares du site &#8211; ou bien, comme ces soldats japonais retrouv&#233;s sur des &#238;les apr&#232;s la derni&#232;re guerre mondiale, ne s'&#233;taient-ils pas aper&#231;us que &#231;a avait ferm&#233;, que tous les autres &#233;taient partis ? Il y a deux ans, on fabriquait ici encore 3000 pneus par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce n'est pas une usine en ruine, ni une d&#233;faite industrielle. C'est juste un immense g&#226;chis, cyniquement effectu&#233; au nom de l'argent ma&#238;tre. Pour se rendre compte de la dimension spatiale du g&#226;chis, d'abord la longueur de l'usine (et son parfait &#233;tat, sa parfaite int&#233;gration au tissu urbain o&#249; elle n'est plus d&#233;sormais qu'un cancer), en longeant la rocade, quand on arrive :&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/spsKnyLewpI&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour des &#233;l&#233;ments concrets, voir le dossier tr&#232;s pro pr&#233;sent&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Dossiers-actualite/n/Contenus/Dossiers/Actualite/Michelin-a-Joue-les-Tours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Nouvelle R&#233;publique du Centre-Ouest&lt;/a&gt;. On y apprend que l'usine a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1961, elle aura donc &#233;t&#233; active un demi-si&#232;cle : le temps m&#234;me de la structuration de la ville moderne. Qu'elle a compt&#233; jusqu'&#224; 4200 employ&#233;s. On devinera aussi, rien qu'aux titres, la suite des promesses, les &#233;tapes de l'abandon. Les carottes employ&#233;es : par exemple, les ouvriers de Michelin pourraient aller travailler &#224; la Centrale nucl&#233;aire de Chinon, et puis le constat &#8211; 2 embauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; la fin, il en reste encore 1200 &#224; caser. On les laissera partir avec 2 ans de salaire. C'est la m&#234;me chose, de toucher son salaire en restant chez soi le matin ? On am&#233;nagera l'ancienne imprimerie Mame (beau destin pour Mame morte, d'accueillir les reclass&#233;s de la prochaine morte) pour les aider dans cette reconversion. Las, le b&#226;timent &#233;tait plein d'amiante, projet &#224; l'eau &#8211; je crois qu'on a mis &#224; leur disposition quelque chose dans la zone de Tours Nord. Marrant, il y a 1 an 1/2, je recevais un message de la bo&#238;te qui avait reclass&#233; les Florange : elle avait remport&#233; le march&#233; de l'accompagnement en proposant un plus culturel, &#231;a les int&#233;ressait de savoir si je pourrais faire des ateliers d'&#233;criture. Sept mois et 2 rendez-vous avort&#233;s plus tard, je comprenais que ces e-mails avaient seulement d&#251; &#234;tre une sorte de pr&#233;caution pour faire figurer quelques noms dans le projet, classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je ne sais pas o&#249; &#231;a en est, le reclassement, et &#231;a d&#233;passe mon propos. Moi, c'est le rond-point qui m'int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce g&#233;ant qui couvre des hectares, inclut des parkings et des rues, et tout en parfait &#233;tat, on va en faire quoi ? Comment la ville contourne la zone morte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont d'autres questions. Tout autour, ces maisons ann&#233;es 70, dont beaucoup ont les volets clos : ce que l'usine faisait vivre de la communaut&#233;, &#231;a allait bien au-del&#224;. Est-ce qu'on peut mesurer les cons&#233;quences pour les &#233;coles, pour le commerce de proximit&#233;, pour les sous-traitants et int&#233;rims ? Non, tout est mort &#224; l'enqu&#234;te. L'usine c'est priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, qu'on dise qu'on revient de faire des photos de l'usine Michelin close (je n'ose pas dire abandonn&#233;e &#8211; il faudrait dire &lt;i&gt;&#233;vacu&#233;e&lt;/i&gt; ?) et voil&#224; d&#233;j&#224; qu'on sait que &#171; le p&#232;re de &#187; y a travaill&#233; et puis &#171; le grand-p&#232;re de &#187; y a fait sa carri&#232;re &#8211; pour ces jeunes qui ne sont pas chez Michelin, mais dont le p&#232;re ou le grand-p&#232;re a v&#233;cu l'usine, qu'est-ce qui s'est transmis, qu'est-ce qui simplement a &#233;t&#233; possible, par stabilit&#233; sociale, par confiance dans la raison qu'on a de pousser les jours, par la fiert&#233; du travail fait, qui ne se reproduira pas pour les suivants ? C'est cela que je voudrais &#233;valuer, en photographiant, ce froid dimanche de d&#233;cembre, le parking vide, l'entr&#233;e verrouill&#233;e, les murs opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelin a r&#233;alis&#233; l'an dernier un chiffre d'affaires de 20 milliards d'euros, et vise pour 2015 2,3 milliards de b&#233;n&#233;fice, r&#233;partis entre investissement et redistribution aux actionnaires du CAC 40. La holding qui dirige le groupe s'est r&#233;fugi&#233;e en Suisse (&#224; Grange-Paccot, canton de Fribourg, au 36 rue Jo Siffert, coureur automobile mort en 1971 sur pneus Michelin) : l'indication Clermont-Ferrand 315 km sur la borne du rond-point c'est du pipeau, sinon une insulte. Les pneus sont fabriqu&#233;s dans 18 pays, le march&#233; des pneumatiques cro&#238;t annuellement de 3% &#8211; tout cela est une logique qui n'a rien &#224; voir avec comment on vit dans une ville, comment on s'y &#233;duque, comment la communaut&#233; s'organise en fonction de ce qu'elle produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des travaux vont &#234;tre effectu&#233;s &#224; partir de janvier, et en octobre &#231;a &lt;a href=&#034;http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Dossiers-actualite/n/Contenus/Dossiers/Actualite/Michelin-a-Joue-les-Tours/Joue-les-Tours-Michelin-entame-une-nouvelle-ere-2160607&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;red&#233;marrera&lt;/a&gt; mais avec 200 personnes, juste sur la petite portion arri&#232;re de l'usine actuelle. Est-ce que c'est la m&#234;me chose ? Est-ce que la mutation est irr&#233;versible ? Est-ce que cela veut dire que la ville aussi, et sa population, devraient &#234;tre divis&#233;e par dix pour trouver un nouvel &#233;quilibre ? Le reste sera ras&#233; en 2016, &#231;a me promet de belles photos, profitez de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'on voit ici est vou&#233; &#224; dispara&#238;tre. La seule question qui reste, c'est : qu'est-ce qui, alors, dispara&#238;t aussi de &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'autres choses que j'ai photographi&#233;, tout autour du rond-point : les maisons ann&#233;es 70, qui semblent s'effacer par contamination r&#233;sign&#233;e ; l'interconnexion surdimensionn&#233;e, usine oblige, avec la rocade ; la tr&#233;mie g&#233;om&#233;trique du marchand de mat&#233;riaux et le cul des 3 camions citerne &#224; b&#233;ton au repos bien parall&#232;les ; la station service 24/24, et le parking du Lidl. Peut-&#234;tre je rajouterai dans un billet suppl&#233;mentaire, et certainement aussi que je reviendrai. Aujourd'hui je n'ai gard&#233; que l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le rond-point, les trois bornes Michelin, la jaune, la rouge, la blanche : Michelin n'est plus qu'un nain de jardin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&#233;l&#233;ments contingents et factuels&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Les acc&#232;s sont d&#233;sormais surdimensionn&#233;s. Les parkings vides sont de la place inutilement vol&#233;e &#224; la ville. Le chantier de d&#233;molition va s'&#233;taler sur des ann&#233;es. Mais, sur le rond-point, cette borne avec la distance &#224; Clermont-Ferrand centre du monde (le monde Michelin). Comme il s'agit de quelque chose d'important, et que Michelin &#231;a fait aussi partie un peu de ma famille (le garage Citro&#235;n du grand-p&#232;re Eug&#232;ne Bon &#233;tait &lt;i&gt;agent&lt;/i&gt; Michelin d&#232;s les ann&#233;es 1930), et que cette usine je l'ai long&#233;e depuis 15 ans comme quelque chose de positif pour la ville, j'ai apport&#233; un livre qui me tient &#224; coeur. Un Corti, pr&#233;cieux et solide, &#233;crit par un auteur ami, qui a de plus &#233;t&#233; chauffeur de bus (on trouvera facilement). Sous les buissons du rond-point, de grosses pierres plates, j'y ai gliss&#233; le livre dessous comme sous un abri pr&#233;historique, on le retrouvera dans 20 ans ou 200 ans s'il faut. Il ne s'agit pas de semer des livres, il s'agit que la ville devienne un d&#233;p&#244;t v&#233;ritable de voix qui nomment et accusent, depuis partout sur sa carte. Pour ma propre lecture, j'ai choisi un livre o&#249; il y ait de la route et des pneus : ce passage de Julio Cortazar expliquant qu'on r&#234;ve diff&#233;remment, sur les parkings. C'est d&#233;di&#233; &#224; Pascal Jourdana. Faire une vid&#233;o d'ambiance n'aurait servi &#224; rien : la zone est morte comme Tchernobyl. J'ai plant&#233; l'appareil sur le tableau de bord, et fait 2 vid&#233;os : le contournement par l'arri&#232;re de l'usine, et comment on l'approche par la rocade. Avoir conscience de l'importance de la tache d&#233;sormais terne ou en berne sur la carte de la ville.&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;ce que le rond-point voit de la ville&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5834 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-01.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5835 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-02.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5836 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-03.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-04.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-05.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-06.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-07.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-08.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-09.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-10.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-11.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-12.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-a-13.jpg?1419789497' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;le rond-point vu depuis ce qui l'entoure&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-b-01.jpg?1419789755' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-b-02.jpg?1419789755' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5849 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-b-03.jpg?1419789755' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;int&#233;rieur du rond-point, Google Earth et vid&#233;o&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-c-01.jpg?1419789755' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-c-02.jpg?1419789755' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin-joue-les-tours-c-03.jpg?1419789755' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/michelin_mappy.jpg?1419792305' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/WQs40FQPQFQ&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/gp/product/2070700216/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2070700216&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&amp;linkId=QPCTCFYWLXFMMSOL&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=2070700216&amp;Format=_SL250_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2070700216&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;small&gt;&lt;em&gt;recevoir le livre lu&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fos | un salut au laminoir</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3843</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3843</guid>
		<dc:date>2014-01-13T20:41:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Montpellier, Marseille, sud-est</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;2 jours de s&#233;minaire sur nouvelles narrations et &#233;criture du r&#233;el&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;2013 | ArcelorMittal Fos-sur-Mer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot315" rel="tag"&gt;m&#233;canique, usines, chantiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot327" rel="tag"&gt;Montpellier, Marseille, sud-est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3843.jpg?1389645659' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un b&#226;timent d'un kilom&#232;tre de long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les brames (quatorze m&#232;tres de long, une vingtaine de centim&#232;tres d'&#233;paisseur) sont probablement encore br&#251;lantes &#224; coeur, arrivant de la coul&#233;e continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont r&#233;chauff&#233;es par deux fours travaillant en alternance, et lanc&#233;es dans le chemin des cylindres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-haut, derri&#232;re les consoles, avec des batteries d'&#233;cran, pour cam&#233;ras ou chiffres, qui permettent la suivie individuelle de chaque brame (de quoi elle est compos&#233;e, parmi 150 combinaisons d'acier, pour quel usage, &#233;lectronique ou voiture, rails ou charpente), la temp&#233;rature c&#244;t&#233; gauche et celle c&#244;t&#233; droit, l'ondulation, des hommes qui se sont lev&#233;s &#224; 3 heures du matin pour commencer &#224; 6, ou sont arriv&#233;s hier soir &#224; 22h pour terminer &#224; l'aube : on surveille &#8211; &#224; la moindre alerte, il faudra suspendre, intervenir, garder la cha&#238;ne pr&#234;te. Dans les intervalles, ou quand change la qualit&#233; d'acier, remplacer la cage &#224; rouleaux, diriger par interphone et cam&#233;ra les hommes qui en bas y proc&#232;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que l'acier au rouge devient plus mince, la bande est plus longue, acc&#233;l&#232;re sans arr&#234;t. Dans la derni&#232;re batterie de sept cylindres on la dirait lanc&#233;e par un arc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout, elle s'enroule en bobine, commencera &#8211; mais tr&#232;s loin &#8211; sa vie de produit fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le vacarme m&#234;me est composition musicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Jezykowski a pass&#233; dans cette &#171; tribune &#187; suspendue devant le feu, seul, dix ans de sa vie. C'est un des textes majeurs de l'atelier d'&#233;criture, l'an dernier. Il y a dix ans, ils &#233;taient encore des centaines dans un tel b&#226;timent, pour une poign&#233;e maintenant, dans le roulement qui ne cesse jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui nous sommes pour deux jours en s&#233;minaire avec l'&#233;quipe &lt;a href=&#034;http://nouvelles-ecritures.francetv.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nouvelles &#233;critures&lt;/a&gt; de France T&#233;l&#233;vision. Explorer des formes complexes de narration, associant vid&#233;o et photo, textes &#233;crits par les protagonistes de l'usine eux-m&#234;mes, et les &#233;l&#233;ments qui en formeront le contexte. Faire que celle ou celui qui ouvrira l'interface puisse faire le lien avec son propre rapport au travail, au temps, voire &#224; la fatigue et au sommeil, &#224; la question des g&#233;n&#233;rations (le p&#232;re de Georges &#233;tait sid&#233;rurgiste en Lorraine, son fils travaille &#224; la coul&#233;e continue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;rique propose d'autres modes de partager une histoire, y associer l'exp&#233;rience utilisateur, jouer des lignes de temps, des spatialisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jean-Yves Yagound, moi-m&#234;me et l'&#233;quipe, apr&#232;s les ateliers de l'an dernier, deux fois deux jours o&#249; nous sommes entr&#233;s dans la cath&#233;drale de fer. D&#233;bord&#233;s par le changement d'&#233;chelle. Confront&#233;s &#224; une r&#233;alit&#233; humaine qui nous agrandit, parce qu'elle nous concerne, dans son exc&#232;s m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-01.jpg?1389644694' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-02.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-03.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-04.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-05.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-06.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-07.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-08.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-09.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-10.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-11.jpg?1389644695' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-12.jpg?1389644696' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-13.jpg?1389645336' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-14.jpg?1389645336' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-15.jpg?1389645336' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-16.jpg?1389645336' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-17.jpg?1389645336' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-18.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4748 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-19.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4749 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-20.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-21.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4751 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-22.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4752 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-23.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4753 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/laminoir-fos-sur-mer-arcelormittal-24.jpg?1389645337' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>architectures du fer &#224; Gardanne</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3544</link>
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		<dc:date>2013-07-02T18:25:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Montpellier, Marseille, sud-est</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; quelques kilom&#232;tres de Fos, le puits vers le minerai de toujours&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot327" rel="tag"&gt;Montpellier, Marseille, sud-est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3544.jpg?1372789128' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rien &#224; voir avec Fos. Mais on n'est qu'&#224; une poign&#233;e de kilom&#232;tres, et ici aussi l'homme se battait avec le sol, pour lui prendre ce minerai qui &#224; Fos arrive par bateau. Et les voiles et m&#226;ts de fer que l'usine tend au-dessus du sol, ce sont les aci&#233;ries qui les lui fournissaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me entrem&#234;lement arbitraire des formes et des g&#233;om&#233;tries mais, comme la premi&#232;re fois que j'ai d&#233;couvert ce paysage industriel, il y a bient&#244;t 30 ans (ou exactement 30 ans, et rien de chang&#233; &#8211; du moins dans ceci, l'entrem&#234;lement visible du fer), c'est cette couleur ocre qui le rend fascinant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mets cela aussi dans la page de Fos parce que, &#224; la chance qui nous a &#233;t&#233; donn&#233;e il y a quelques semaines de rester deux pleins apr&#232;s-midi dans le b&#226;timent de coul&#233;e continue, les images &#8211; ce qu'elles ont de Piran&#232;se et de Dante &#8211; travaillent dans la t&#234;te jusqu'au tr&#233;fonds des r&#234;ves, se m&#234;lent &#224; tout ce qu'on porte de sentiment esth&#233;tique, mais les pauvres images num&#233;riques que j'en ai rapport&#233; sont maladroites, insuffisantes, et j'ai besoin de cet appui pour porter ce qu'elles poussent ou &#233;cartent en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc d&#233;cid&#233;, moi na&#239;f et &#231;a va en faire sourire quelques-uns, de m'approprier enfin un minimum l'outil technique de la photographie. Et pour cela, travailler, s'entra&#238;ner, avant le prochain tournage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gardanne, en dix minutes, ce soir : une r&#233;p&#233;tition pour le prochain Fos. Et le m&#234;me ciel, le m&#234;me fer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-01.jpg?1372789265' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-02.jpg?1372789265' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-03b.jpg?1372789757' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-03.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-04.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-05.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-05b.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-06.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-07.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-08.jpg?1372789266' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-locomotive.jpg?1372791344' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gardanne-mines-last.jpg?1372791344' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>l'&#233;tabli, de Linhart &#224; Arcelor Fos</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3577</link>
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		<dc:date>2013-06-20T14:29:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Montpellier, Marseille, sud-est</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;objets, images, gestes dans l'usine&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3577.jpg?1371738448' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Se rappeler comme a &#233;t&#233; important, pour nous tous, en 1980, &lt;i&gt;L'&#201;tabli&lt;/i&gt; de Robert Linhart, aux &#233;ditions de Minuit : en pleine gloire ou apog&#233;e de l'industrie automobile, dans les cha&#238;nes ultra-modernes d'Aulnay-sous-Bois, Linhart d&#233;crivait l'&#233;tabli et les outils d'un ouvrier en bout de carri&#232;re : son intervention manuelle, ses bricolages, compl&#233;mentaires de la grande d&#233;ferlante futuriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai remarqu&#233; tout de suite, l'&#233;tabli, sans savoir sa fonction. Au-dessus, une poche de 200 tonnes apportant l'acier liquide. Dessous, les moules qui accueillent les brames en avanc&#233;e continue. Dans ce monde de vacarme et de feu, les hommes &#233;quip&#233;s de manteau aluminis&#233;s viennent jeter des sacs de cendre de riz, qui auront fonction de mince couche r&#233;fractaire sur la brame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des mots qui dansent, &lt;i&gt;mannequin&lt;/i&gt; par exemple, m&#234;me si on pense tout de suite &#224; une silhouette anthropomorphe, pour l'amorce d'acier qu'on place en bout de la nouvelle brame en d&#233;but de coul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, la coul&#233;e faite, on pr&#233;l&#232;ve avec une tige cylindrique une goutte d'acier presque encore liquide. Chaque brame est identifi&#233;e, avec une composition pr&#233;cise et une destination pr&#233;cise. L'&#233;chantillon il faut le s&#233;parer de la tige au marteau, l'aplatir avec un genre de cisaille &#224; bras, le refroidir dans le seau d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, en plein coeur de la cage de coul&#233;e o&#249; tout est disproportionn&#233;, o&#249; tout est contr&#244;l&#233; &#224; distance par l'&#233;quipe derri&#232;re les &#233;crans, le tout petit coin atelier o&#249; les hommes en panoplie de feu agissent comme un bricoleur du dimanche, avec les outils de tout le monde, l'&#233;tau, la presse, le marteau, et le seau de zinc sous le trou pour laisser tomber la partie cisaill&#233;e br&#251;lante, qui probablement n'a pas chang&#233; depuis 40 ans que passe ici tout l'acier du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et probablement le m&#234;me geste, depuis tout ce temps et sept jours sur sept, chaque nuit apr&#232;s chaque jour, le marteau accroch&#233; en haut &#224; droite au m&#234;me rebord pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-arcelor-etabli-01-2.jpg?1371738728' width='500' height='414' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-arcelor-etabli-03.jpg?1371738520' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-arcelor-etabli-02.jpg?1371738520' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-arcelor-etabli-04.jpg?1371738520' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-arcelor-etabli-05.jpg?1371738520' width='500' height='414' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-arcelormittal-acierie.jpg?1371738859' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>du beau, de la science et de l'acier, d'Orsay &#224; Fos</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3578</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3578</guid>
		<dc:date>2013-06-20T13:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#233;tranges vaisseaux de m&#233;tal en transit dans l'aci&#233;rie ArcelorMittal Fos&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;2013 | ArcelorMittal Fos-sur-Mer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot315" rel="tag"&gt;m&#233;canique, usines, chantiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3578.jpg?1371743079' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je crois que ce qui rend passionnant le travail qu'on m&#232;ne en petit groupe, &#224; Fos, par rapport &#224; d'autres ateliers d'&#233;criture, c'est que la notion du &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt; est d&#233;j&#224; constitu&#233;e, int&#233;rioris&#233;e, quelle que soit la peine, ou quels que soient les risques, la difficultuosit&#233; du travail post&#233;, et ce qu'on affronte au quotidien de conditions extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas qualifi&#233; pour dire philosophiquement ce qu'est le &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt;, et ce qu'il en est lorsqu'il ne s'agit pas de notre appel pour un paysage naturel (les fonds marins, n'est-ce pas S.G.), mais un objet technique, dont chaque d&#233;tail, surface, forme d&#233;note le travail de sa conception et de son &#233;laboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte de Gilbert Simondon, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3260' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Beaut&#233; des objets techniques&lt;/a&gt; m'y avait aid&#233;, quand on a commenc&#233; l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'a aussi aid&#233; ma travers&#233;e l'an dernier du Plateau de Saclay. Qu'ils soient &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2873' class=&#034;spip_in&#034;&gt;volcanologues&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article2976' class=&#034;spip_in&#034;&gt;astrophysicien&lt;/a&gt;, ou reviennent de 3 semaines &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3076' class=&#034;spip_in&#034;&gt;au Groenland&lt;/a&gt;, chacun de mes interlocuteurs d&#233;signaient toujours comme &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt; une part irr&#233;ductible de leur objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne s'agit pas forc&#233;ment, dans leur cas, d'un beau &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt;, puisqu'une m&#233;diation technique peut se r&#233;v&#233;ler indispensable pour y acc&#233;der, ou bien que cet objet qui les fascine ne dispose pas de repr&#233;sentation concr&#232;te dans l'ordre du visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, &#224; Orsay, on assiste au ph&#233;nom&#232;ne inverse : un satellite de mission d'exploration des confins de l'univers (le satellite Planck), ou une chambre &#224; neutrons obsol&#232;te, ou un acc&#233;l&#233;rateur de particules apr&#232;s qu'on en a construit un plus grand, vont devenir des oeuvres d'art expos&#233;es comme telles sur le campus, dans les halls d'entr&#233;e des labos ou directement sur les pelouses (voir &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3093' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'art c'est la science quand elle est morte&lt;/a&gt;). Ce qui &#233;tait une &#233;vidence, &#224; Saclay, c'est la construction d'un &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt; &#233;labor&#233;, r&#233;sultant d'un travail de conception et de fabrique &#8211; comme l'oeuvre d'art &#8211; d&#233;passant sa propre utilit&#233;, et en appelant &#224; une reconnaissance de sa nature en tant qu'objet d'art d&#233;passant celui (ceux, parce que c'est un processus collectif, comme la cath&#233;drale gothique) qui l'a &#233;labor&#233;, mais ne ressortit pas &#224; notre histoire de l'art, ni aux fronti&#232;res des disciplines de l'art. C'est m&#234;me probablement ce qui m'a autant d&#233;stabilis&#233;, lors de ces &lt;i&gt;rencontres avec des hommes remarquables&lt;/i&gt;, des &#234;tres exceptionnels du point de vue de l'exigence, du parcours, de la citoyennet&#233;, mais pour lesquels la litt&#233;rature semblait ne plus &#234;tre sur la route, n'avoir plus fonction &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt;. Quitte &#224; ne plus savoir quel est cet objet &#233;trange, comme tomb&#233; d'une autre plan&#232;te sur la vieille terre : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3092' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le squelette dans le catafalque&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela loin de Fos, et puis non. L'acier br&#251;lant des brames, qui avancent en continu et qu'on d&#233;coupe en bout de cha&#238;ne, avant de partir dans l'autre b&#226;timent, celui des laminoirs, est guid&#233; ici par d'impressionnantes cages &#224; rouleaux, qui ont dimension de moteurs marins, ceux des ferries et des cargos min&#233;raliers. Ce sont des pi&#232;ces d'usure, des &#233;l&#233;ments actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si celle-ci &#233;tait neuve, &#224; r&#233;viser, ou retour de remise &#224; neuf. Mais elle &#233;tait l&#224; en attente, comme une oeuvre d'art. En quoi est-elle art ? En quoi est-elle l'amont de l'art, l&#224; o&#249; &#8211; comme pour ceux qui oeuvraient &#224; la cath&#233;drale gothique &#8211; il est labeur anonyme, collectivement appris, individuellement transmis, et sans la f&#233;tichisation marchande qui ne tient pas &#224; l'art mais &#224; une invention bien plus r&#233;cente, l'&lt;i&gt;artiste&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai photographi&#233;e, avec mon petit Canon &#224; l'objectif flou (si vraiment on retourne tourner en octobre, je m'ach&#232;terai un &lt;a href=&#034;http://www.fnac.com/Canon-EOS-600D-Obj-Canon-EF-S-IS-18-135-mm-f-3-5-5-6/a3435850/w-4?oref=00000000-0000-0000-0000-000000000000&amp;Origin=SEA_GOOGLE_PLA_PHOTO&amp;mckv=&amp;pcrid=16284084743&amp;ectrans=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Canon Reflex &#224; cr&#233;dit&lt;/a&gt;). Je dis, de cette cage &#224; rouleau : &#8211; C'est beau. &#192; qui, le disant, je m'adresse ? Est-ce qu'il me faut le t&#233;moin de cette adresse, et son assentiment, pour que cette notion de beau soit associ&#233;e &#224; l'objet, qui ne le d&#233;finit pas lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je vous le dis, tout tranquillement, confidentiellement, et puisque vous me faite l'amiti&#233; d'une visite : &#8211; C'est beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-cage-01.jpg?1371744252' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-cage-02.jpg?1371744252' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-cage-03.jpg?1371744252' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-cage-04.jpg?1371744252' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-cage-05.jpg?1371744252' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fos-sur-Mer | couleurs du dedans de l'acier</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3573</link>
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		<dc:date>2013-06-16T13:37:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Montpellier, Marseille, sud-est</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;eux seuls pourraient dire l'exc&#232;s usine ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3573.jpg?1371389003' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais vu des aci&#233;ries, il y a longtemps, vues du dedans, vues avec mes mains, mes heures et mes nuits, je croyais conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement c'est la m&#234;me chose, et pourtant celles que je connaissais finissaient leur vie, en 1976, alors que celle-ci commen&#231;ait la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas le nom des architectes. On ne sait m&#234;me pas ce que les architectes savent de ce que contiendra leur b&#226;timent, sinon des abstractions en tonnes (port&#233;e du pont-roulant, poches de 200 tonnes soit 310 tonnes pleine charge), et des fonctionnalit&#233;s : passerelles pour se rendre ici, escalier pour atteindre tel point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas non plus ce qui a &#233;t&#233; construit, puis ajout&#233;, modifi&#233;, remplac&#233;, compl&#233;t&#233;. Notamment pour les passerelles, cahutes, ou des lignes de coul&#233;e elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si on a parl&#233; aux architectes de la lumi&#232;re et des lumi&#232;res. Apr&#232;s tout, ici on travaille jour et nuit, et j'esp&#232;re en octobre revenir de nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais me faire embaucher par int&#233;rim, pourquoi pas. Mais j'ai bien compris aussi : autrefois je savais un par un les m&#233;tiers, tourneur, fraiseur, rectifieur, ajusteur. J'ai travaill&#233; en fonderie (Serseg) et en forge (SKF), j'ai &#233;t&#233; capable de me faire op&#233;rateur-machine sur des machines compliqu&#233;es (Sciaky). Mais ici je ne saurais pas le m&#233;tier, qui impose de comprendre une suite aussi longue de param&#232;tres et d'aller sous le manteau aluminis&#233; au corps &#224; corps avec le feu, et la disproportion du feu et de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux jours on ne comprend pas. L'architecture, et les r&#234;ves qu'elle induit. La taille du pivoteur brassant lentement ses pots de fleur remplis de fusion vivante. On ne comprend pas la loi des verts et des jaunes, des passerelles et des projecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a retenu leurs visages et leurs noms, Daniel, S&#233;bastien, Mourad avec Grichka, Nicolas et les autres. On a retenu leur regard : ce qu'il pourrait y avoir de commun dans leur regard. Que dans leur regard c'est cela aussi qu'il y a, la disproprortion, le volume de la nuit, le vacarme et la chaleur au-del&#224; de la taille de l'homme, l'agir ensemble, et la peine et le danger, la fatigue du travail post&#233; et la responsabilit&#233; de tous si un accident arrive &#224; un seul et comment on le sent quand c'est fini, qu'ils se sont regroup&#233;s dans le poste de commande et qu'on a soudain l'impression qu'ici il ne se passe rien, il ne s'est jamais rien pass&#233; et il ne se passera plus jamais rien (sauf les &#233;crans, et que sur les &#233;crans on voit des flammes, et qu'au loin, o&#249; on coupe les brames, le vacarme ne cesse pas). On est surpris de savoir que l&#224; o&#249; nous on voit du fer brut (du &#171; fer &#224; ferrer les lapins &#187;, comme ils disent), eux ils savent si c'est de l'acier &#233;lectrique et combien de silice ou si c'est pour l'&#233;lectro-m&#233;nager, les rails, les grandes tours au-dessus des villes, ou les voitures qui rampent dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qu'ils portent de ce que porte de r&#234;ve le b&#226;timent m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a la conviction : je ne saurais pas l'&#233;crire, parce que ce sont eux qui en sont ici, les ma&#238;tres. Et qu'au bout de la poche de fonte c'est avec une barre &#224; mine qu'on ira percer la cro&#251;te de sable, avec ses mains qu'on jettera sur la brame en fusion la symbolique cendre de riz. Ce sont eux seuls qui peuvent l'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait un bout de la t&#226;che. On a encore la t&#226;che devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-01.jpg?1371388292' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-02.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-03.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-04.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-06.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-05.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-07.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-08.jpg?1371388293' width='500' height='286' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-09.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fos-acierie-pivoteur-120.jpg?1371388293' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/nico.jpg?1371390212' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Belval | usine morte et r&#234;ve de ville neuve</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article3425</link>
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		<dc:date>2013-05-02T21:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;canique, usines, chantiers</dc:subject>
		<dc:subject>Schuiten, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; Rockval, sud du Luxembourg, on recompose une ville nouvelle autour des bribes sauvegard&#233;es et revernies de l'usine&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3425.jpg?1362173874' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce ne seront que quelques questions, et surtout pas des affirmations. Je ne me permettrai pas de les &#233;noncer si, avec les &lt;i&gt;sid&#233;&lt;/i&gt; de Fos-sur-Mer, nous n'&#233;tions pas engag&#233;s dans une exp&#233;rience dont les donn&#233;es de base sont diff&#233;rentes &#8211; l'usine de Fos n'est pas en danger (mais pour combien de temps, puisque ce qui commande ce n'est pas la rentabilit&#233; ou l'int&#233;r&#234;t humain en lui-m&#234;me de l'usine, mais la gestion pion par pion, sur un &#233;chiquier &#224; taille mondiale, de la taille du profit d'un seul homme) &#8211; mais dans le m&#234;me savoir obscur que la m&#233;moire de l'aci&#233;rie concerne toute la communaut&#233;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;ographie de ce pays me tient &#224; coeur : du haut-fourneau U4 d'Uckange, devenu monument historique (l'insigne chance pour moi d'avoir b&#233;n&#233;fici&#233; directement des analyses d'un homme d'exception, Jean-Louis Malys), continuant lentement &#224; se refroidir, mais tout ce qui l'environnait est ras&#233;, jusqu'&#224; Longwy l'ancien paysage industriel continu a &#233;t&#233; ras&#233;. L'herbe reste grise, la pauvret&#233; end&#233;mique, dans un pays qui pourtant a toujours &#233;t&#233; celui de l'&#226;pret&#233; et des luttes. L'exception : Florange, dont ArcelorMittal veut tuer d&#233;finitivement la &lt;i&gt;fili&#232;re chaude&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui j'ai pass&#233; la fronti&#232;re : un paysage accident&#233;, montagneux, les terrils des vieilles mines. Les usines d'acier se sont install&#233;es directement &#224; proximit&#233; du minerai. C'est encore un site ArcelorMittal, mais les deux hauts-fourneaux sont froids depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que je reconnais tout le paysage de Fos, le moindre d&#233;tail est jumeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici &#224; Belval on a d&#233;j&#224; install&#233; le &lt;i&gt;Rockhal&lt;/i&gt;, grande salle de rock (la rue qui y m&#232;ne s'appelle &lt;i&gt;all&#233;e du rock'n roll&lt;/i&gt;, o&#249;, de Bob Dylan &#224; Neil Young tout le gratin est venu jouer) : compter les zones urbaines allemandes, fran&#231;aises et belges dans un rayon de 2 heures de voiture vous comprendrez l'int&#233;r&#234;t de la situation d'Esch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un projet titanesque, je peux m&#234;me dire que je n'avais pas eu cette sensation pr&#233;cise sinon dans les premiers temps de la reconstruction du World Trade Center. Le coeur de l'usine, donc les 2 hauts-fourneaux et l'ensemble du dispositif industriel (celui qu'on a ras&#233; en Lorraine) devenu &lt;i&gt;monument&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'on garde la carapace et qu'on la revernit et embellit selon cette puissance m&#234;me d'imaginaire qui nous frappe chaque fois qu'on traverse l'usine de Fos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on construit tout autour une ville neuve, une ville futuriste, dont l'usine est le monument sculptural signe, symbole. Parce qu'il s'agit de symbole et d'imaginaire, c'est un inventeur de villes imaginaires, le dessinateur Fran&#231;ois Schuiten, qui con&#231;oit la ville comme sc&#233;nographie (incluant &#233;clairages, travers&#233;es, perspectives). Je n'imagine pas qu'un artiste, et d'autant plus du gabarit de Schuiten, puisse se d&#233;biner devant une telle commande, qui n'a de solution que par le plus haut qu'on peut donner, et ce n'est pas la premi&#232;re intervention architecturale de Schuiten. Plut&#244;t notre condition d'humains elle-m&#234;me, dans notre rapport &#224; la ville, au territoire, aux trajets et au sens m&#234;me de la vie (comme dans le beau titre de H&#246;lderlin) : nos villes aiment la pr&#233;sence des ruines, mais en reconstruisant le haut-fourneau comme comme ruine moderne dans la ville r&#234;v&#233;e, &#224; quoi touchons-nous de cette violence m&#234;me qu'&#233;tait le r&#233;el, morts compris, et qui hante cette notion du &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt; dans les textes &#233;crits &#224; Fos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantier tourne &#224; plein, mais la ville est d&#233;j&#224; l&#224;. Les quartiers ouvriers qu'on a travers&#233;s avant d'arriver, plus bas, &#224; Esch, sont tels qu'ils &#233;taient du temps des usines. Ici, il y a donc le Rockhal pour le spectacle, une Cit&#233; des sciences, est aussi annonc&#233;e une Maison des Livres, et bien s&#251;r les banques et assurances, qui trouveront de l'espace pour leur bureau. Et l&#233;gitime &#224; Luxembourg, qui a besoin d'une vraie universit&#233;, de l'&#233;tablir ici dans la ville neuve : Louvain est une exp&#233;rience r&#233;ussie alors que l'isolement de d&#233;part &#233;tait bien pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; le rond-point, on est sur l'autoroute, &#224; 18 kilom&#232;tres pile de Luxembourg. Probable donc que la ville de Luxembourg, qui a d&#233;velopp&#233; sur le plateau de Kirchberg une cit&#233; enti&#232;rement vou&#233;e au monde de l'argent, a pleine l&#233;gitimit&#233; pour installer &#224; Rockval une cit&#233; vou&#233;e aux nouvelles technologies. D&#232;s &#224; pr&#233;sent, on voit des silhouettes travailler &#224; leurs ordis dans des pi&#232;ces &#233;clair&#233;es touchant les hauts-fourneaux vernis et repeints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que la ville d'elle-m&#234;me serait venue s'installer l&#224;, o&#249; des hommes venus souvent de tr&#232;s loin descendaient &#224; 1000 m&#232;tres sous la terre chercher le minerai et le charbon ? Est-ce que la ville nouvelle qu'on installe sur le lieu m&#234;me de l'usine, et l'incluant comme son monument g&#233;ant, sauvera les quartiers ouvriers de l'ancien tissu, ou simplement aidera-t-elle &#224; ne plus les voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport avec ce qu'on fait &#224; Fos : pour chaque &#233;l&#233;ment &lt;i&gt;vu&lt;/i&gt; dans l'immense chantier-ville, s'interposant &#224; l'usine comme Rome m&#234;le en chacun de ses points tous les &#226;ges de ses ruines, je repense aux textes recueillis, qui concernent les gestes, les visages, la communaut&#233; et non pas le fer en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rockval ce soir me hante, me hante profond&#233;ment. Pour trop de questions que je ne sais pas r&#233;soudre. &#192; Fos, chaque texte fait r&#233;f&#233;rence au beau, mais dans et par cette relation de l'homme au feu, au geste qui transforme, et la n&#233;cessit&#233; de s'assembler en communaut&#233; pour d&#233;ployer ces forces bien plus hautes que nous-m&#234;mes, malgr&#233; la peur, la violence, le risque, et la menace ou la gangr&#232;ne que sont les forces d'argent, quand on les livre &#224; elles-m&#234;mes &#8211; ceux de Florange tout aupr&#232;s le savent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait-on ici &#224; Esch-Belval de l'usine, quand elle est le monument qui d&#233;corera bient&#244;t les nouvelles banques ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/001.jpg?1362173722' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/002.jpg?1362173722' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/003-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/003-2.jpg?1362173722' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/004.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/004.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/005.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/005.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/006.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/006.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/007.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/007.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/008.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/008.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/009.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/009.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/010.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/010.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/011.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/011.jpg?1362173723' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/014.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/014.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/016.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/016.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/017.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/017.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/018.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/018.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/019.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/019.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3804 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/020.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/020.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/020b.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/020b.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3806 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/021-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/021-2.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/015-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/015-2.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/last.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/last.jpg?1362174118' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3807 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/022.jpg?1362173499' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/img_2145.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/img_2145.jpg?1362177727' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/maquette.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/maquette.jpg?1362173499' width='500' height='256' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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