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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Gina Pane, pour m&#233;moire</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article625</link>
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		<dc:date>2019-01-24T09:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>artistes, peintres, plasticiens</dc:subject>
		<dc:subject>Gina Pane</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour une &#233;tymologie du mot performance&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;artistes, peintres, plasticiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Gina Pane&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton625.jpg?1352732211' class='spip_logo spip_logo_right' width='119' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note initiale, novembre 2006&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
On a une grande chance : la disponibilit&#233;, depuis deux ans ans seulement, de quelques textes essentiels de Gina Pane, m&#234;me si tout n'a pas &#233;t&#233; publi&#233;. Le livre hommage r&#233;alis&#233; par l'&#233;cole des Beaux-Arts du Mans, o&#249; elle enseignait, et le recueil compos&#233; par Anne Tronche et Anne Marchand, &lt;i&gt;Lettre &#224; un(e) inconnu(e)&lt;/i&gt; publi&#233; par l'&lt;a href=&#034;http://wwww.ensba.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ensba&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture &#224; haute voix implique le corps tout entier. Dans ces p&#233;riodes de mutation, o&#249; le th&#233;&#226;tre public s'enfonce dans son autarcie sur fonds publics, et que les librairies sont victimes &#224; leur tour de la m&#233;diatisation caricaturale r&#233;serv&#233;e &#224; un nombre ridicule d'ouvrages, nous r&#233;apprenons &#224; nous faire les porteurs de nos signes. Ceux qui ont travaill&#233;, il y a plus de trente ans, dans cet espace singulier, Gina Pane, mais aussi Journiac, ou, plus loin, &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Chris_Burden&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chris Burden&lt;/a&gt;, mais tant d'autres avec eux, ont &#224; nous transmettre un savoir qui aujourd'hui nous est urgent, n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore plus quand le mod&#232;le Internet d&#233;place en profondeur nos pratiques m&#234;mes, textes que nous lan&#231;ons vers ou contre le monde hors de toute l&#233;gitimation par droits d'auteur, mais dans notre mode de vie &#8212; y compris &#233;conomique &#8212; ces lectures &#224; voix haute comme instance de cette pr&#233;sence mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 70, ces artistes d&#233;couvraient les premiers, loin en avant du th&#233;&#226;tre, loin en avant de la litt&#233;rature (&#224; moins d'aller chercher dans les suiveurs de Ginsberg et la po&#233;sie am&#233;ricaine, d&#233;j&#224;) une intervention qui sourde organiquement d'un monde joint de textes, images, sons, et posant la question de l'&#233;tablissement d'une trace. Le mot &lt;i&gt;performance&lt;/i&gt; est dans doute trop proche de son &#233;tymologie anglo-saxonne, et l'usage courant que garde le verbe &lt;i&gt;to perform&lt;/i&gt;. Mais quand une biblioth&#232;que met sur ses affiches &lt;i&gt;lecture musicale&lt;/i&gt;, ou qu'on nous propose une xi&#232;me fois un &lt;i&gt;caf&#233; litt&#233;raire&lt;/i&gt; avec le &lt;i&gt;journaliste qui animera le d&#233;bat&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;extraits lus par les com&#233;diens&lt;/i&gt;, le mot &lt;i&gt;action&lt;/i&gt; propos&#233; par Gina Pane retrouve son &#034;en avant&#034; tout rimbaldien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes ci-dessous sont extraites d'un ensemble en cours depuis trois ans, et li&#233;es &#224; mon chantier Led Zeppelin, l'activit&#233; du groupe rock ayant &#233;t&#233; strictement synchrone de celle de Gina Pane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir ici &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/art/ginapane.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;documents, images, liens, bibliographie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres iens Gina Pane : &lt;a href=&#034;http://www.kamelmennour.com/fr/expositions/323/gina-pane.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gina_pane_01b.jpg?1426705233' width='500' height='642' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Death Control&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1975. Elle appelle sa performance &lt;i&gt;Death control&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;recouverte d'asticots, je vivais un temps posthume et frappais le sol avec mes poings.&lt;/i&gt; C'est Gina Pane. Sur la photo, elle est allong&#233;e, frappe le sol avec ses poings, c'est, dit-elle, pour &lt;i&gt;r&#233;sister et tenir&lt;/i&gt; mais cela n'affecte pas l'immobilit&#233; ni la nettet&#233; du visage (on ne voit pas les poings). Des asticots blancs, de ces vers bomb&#233;s et gras, g&#233;n&#233;reusement pondus par la mouche vulgaire et qu'on ach&#232;te au poids chez les marchands de p&#234;che, glissent dans les cuvettes de la chair, dans le recoin de l'&#339;il, l&#224; d'o&#249; sortent les larmes, dans le petit repli entre le nez et les l&#232;vres, ou le coin du nez sur la joue, elle a les narines pinc&#233;es, elle se d&#233;fend Gina Pane, la bouche est tendue parce qu'un vers blanc rampe sur la s&#233;paration des l&#232;vres closes, au milieu d'o&#249; cela s'ouvrirait s'il fallait parler, embrasser, manger sont les asticots, sept (la l&#232;vre tr&#232;s nette dans l'objectif, l'&#339;il ferm&#233; en arri&#232;re flou), comme aussi dans le recoin en creux que forment les cils au bas de la paupi&#232;re gauche, et les fines annelures des larves correspondent aux stries des l&#232;vres, &#233;trange dans la lumi&#232;re cette transparence l&#233;g&#232;re de la l&#232;vre. Les poils tactiles du vers sont visibles aussi bien, &#224; ce grossissement, que le tr&#232;s l&#233;ger duvet irr&#233;gulier au coin de sa l&#232;vre &#224; elle, immobile et couch&#233;e, les poings raclant le sol pour tenir. Sur la photo suivante, des vers sont entr&#233;s jusque dans les narines, les paupi&#232;res ont un cerne, elle a les cheveux m&#234;l&#233;s de sciure et se juxtaposent &#224; son visage, dans un moniteur de t&#233;l&#233;vision qu'elle est une des premi&#232;res &#224; associer &#224; ses &#171; actions &#187;, en gros plan, un pare-brise de voiture couvert de pluie avec le dessin du volant et puis simplement le reflet sur l'eau d'arbres en for&#234;t, tr&#232;s calme, et sur un second moniteur une f&#234;te d'anniversaire entre enfants : du quotidien le plus simple et fragile, les v&#234;tements, les couleurs et les meubles des ann&#233;es 70, et puis elle, l&#224;, par terre : pourquoi se fait-elle si mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Discours mou et mat&lt;/i&gt;, 1975 aussi : Gina Pane porte de grandes lunettes noires tr&#232;s opaques avec cette forme arrondie typique de nos ann&#233;es 70, avec une lame de rasoir elle s'incise la langue, le sang coule droit sur la l&#232;vre inf&#233;rieure et le menton, et sur la main gauche elle s'est tatou&#233;e les &#233;toiles du drapeau am&#233;ricain. Puis agenouill&#233;e elle se penche puis se couche sur une planche de bois blanc, il y a aussi deux gants de boxe, sur le panneau de vois du verre bris&#233;, du verre coupant, Gina Pane maintenant appuie &#224; plat sa joue et son visage sur les &#233;clats, les enfonce. Photo trois elle a tourn&#233; son visage et trouv&#233; autre appui, ainsi pour huit photos : on ne verra pas son visage entier, rien qu'ici la bouche ouverte (les &#233;clats du verre comme lev&#233;s pour entrer en elle, vers la langue et les muqueuses sombres de la bouche ouverte), blessure &#224; soi-m&#234;me inflig&#233;e, dur&#233;e de la douleur &#224; soi-m&#234;me impos&#233;e : la bouche tendue en avant on aurait dit pour embrasser et devant la bouche non pas les mains mais les deux poings, l'&#233;ternelle lame de rasoir et la langue, oui la langue non pas tendue ni exhib&#233;e mais l&#224; dans la bouche entrouverte la langue fendue qui saigne tr&#232;s doucement. Puis les mains fouaillant le verre, les mains photographi&#233;es levant le verre bris&#233; avec les rayures les &#233;corchures les blessures mais le corps ne s'ab&#238;me pas, pr&#233;tend-elle, elle fait tr&#232;s attention insiste-t-elle, elle pr&#233;pare et soigne. Sur les autres photos de son &lt;i&gt;constat d'action&lt;/i&gt;, au repos et nous ignorant, tournant le dos, une femme nue close sur elle-m&#234;me, jambe repli&#233;e dans la posture que devaient prendre les mod&#232;les pour la pose d'un bronze classique, une chevelure brune, les fesses rehauss&#233;es et sur le haut du dos les m&#234;mes &#233;toiles imp&#233;rialistes dessin&#233;es, &#224; c&#244;t&#233; d'elle sur une chaise, indiff&#233;rente on dirait, toujours avec ses lunettes opaques, Gina Pane r&#233;p&#232;te le rebond d'une raquette et d'une balle, ou bien agenouill&#233;e actionne des cymbales (mais des cymbales muettes, des cymbales en carton doubl&#233; de ouate, et le seul son qu'on entendra c'est sa respiration amplifi&#233;e par un micro), nous attirant dans le monde d'un rituel secret qu'elle seule d&#233;cide, mais o&#249; nous savons tout reconna&#238;tre de nos pulsions et nos peurs : il y a aussi le mot ali&#233;nation &#233;crit en gros sur un miroir, un autre symbole &#233;voque Van Gogh, et cela s'appelle Discours mou et mat. L'ensemble de l'action dure quinze minutes, incluant un texte lu par un des participants, r&#233;dig&#233; par Gina Pane (&lt;i&gt;Te souviens-tu des seins de ta m&#232;re ? &#8212; Oui, ils &#233;taient mous et mats comme de la neige. &#8212; Le sexe de ta m&#232;re ? &#8212; Oui, le jardin de ma grand-m&#232;re d'o&#249; j'aimais regarder la voie lact&#233;e. &#8212; Les yeux de ta m&#232;re ? &#8212; Oui, un arc-en-ciel. &#8212; Les mains de ta m&#232;re ? &#8212; Un rosier d'&#233;toffe, de fil et d'aiguille. &#8212; Les hanches de ta m&#232;re ? &#8212; C'est flou. Les genoux de ta m&#232;re ? &#8212; Oui, les pierres mouill&#233;es du fleuve&#8230;&lt;/i&gt;) et c'est cela qu'interrompait la lame de rasoir coupant la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Death Control&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Discours mou et mat&lt;/i&gt; sont deux performances ou &lt;i&gt;actions&lt;/i&gt; accomplies &#224; B&#226;le, Paris, ou Amsterdam en 1974 et 1975, tandis que Led Zeppelin joue &#224; Earl's Court, vingt-cinq mille personnes quatre soirs de suite pour eux, quarante personnes une seule fois pour elle, et pourtant si c'&#233;tait au regard de l'immense forme un peu hostile et sombre que dresse l'art d'une d&#233;cennie, encore trop proche pour qu'on puisse tout en saisir, la m&#234;me importance, la m&#234;me &#233;nigme ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L356xH213/gina-pane-02-f3223.jpg?1749154845' width='356' height='213' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Action dans la nature&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Action dans la nature&lt;/i&gt;, titre Gina Pane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette planche de photographies est n&#233;e, pour moi, radicale et enti&#232;re, la confiance dans Gina Pane et qu'elle est une artiste essentielle, capable de d&#233;placer notre perception du monde. Certitude, lorsqu'elle vous vient, qui est &#233;nigmatique et myst&#233;rieuse. On n'aurait pas pr&#233;tention de l'imposer aux autres : ce n'est certitude que pour soi-m&#234;me. Ce qui compte, c'est l'&#233;nigme et qu'on puisse faire chemin dans l'&#233;nigme m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peut-&#234;tre bien, justement, parce qu'ayant r&#233;veill&#233; pour moi d'un seul geste, &#224; trente ans de distance, toutes les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est r&#233;alis&#233; &#224; Eco (Italie, pr&#232;s Turin) le 20 juillet 1969. Cela s'appelle Enfoncement d'un rayon de soleil. Moi je suis de passage &#224; Bordeaux, au mus&#233;e d'art contemporain, on est novembre 2002, lorsque je tombe en arr&#234;t devant la planche. Deux jours plus t&#244;t, Armstrong a &#233;t&#233; le premier homme &#224; marcher sur la lune &#8211; s'est-elle exprim&#233;e sur le lien, est-ce que c'est une r&#233;ponse, y pense-t-elle seulement, occup&#233;e &#224; pr&#233;parer le d&#233;tail de ce qu'elle nomme d&#233;j&#224; &#171; action &#187; un rep&#233;rage pr&#233;cis, savoir o&#249; on plantera l'appareil photo, les postures qu'on prendra soi, et une concentration, un recueillement presque. Action, parce que d&#233;roulement tr&#232;s bref : il s'agit de lumi&#232;re et de terre, de travers&#233;es de son corps, de ce qu'elle nomme plus pr&#233;cis&#233;ment, incluant cette lumi&#232;re et cette terre qui est celle de son lieu natal : &lt;i&gt;l'espace de mon corps&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrase de Gina Pane concernant &lt;i&gt;Enfoncement d'un rayon de soleil&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;sur un terrain cultivable, j'ai enfoui un rayon de soleil &#224; l'aide de deux miroirs.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les deux photographies du haut on la voit en plong&#233;e, pas de visage mais les cheveux, et, important, deux fois les deux mains &#8212; les mains enclosent l'espace vide de la terre, les mains sont ouvertes au-dessus de la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les deux photographies du bas, elle est en contre-plong&#233;e, le ciel occupe plus des deux tiers de chaque image, un ciel bleu d&#233;lav&#233; sans soleil (la preuve qu'il est enfoui), &#224; droite il y a encore les deux mains dans leur position ouverte qui canalise l'&#233;nergie invisible, posture sorci&#232;re, la force traversant les mains passe par son dos, par son corps une fois de plus dissimul&#233; dans une veste paysanne informe &#8211; son profil &#8211; on ne voit pas bien du visage parce qu'il est &#224; contre-jour, mais il y a cette fois tout le profil sous des cheveux ch&#226;tains tr&#232;s fins, profil aigu sous cheveux courts presque gar&#231;on. Sur la derni&#232;re photographie elle est vue par trois quarts arri&#232;re s'&#233;loignant, dans une pose de la statuaire traditionnelle (&lt;i&gt;homme qui marche&lt;/i&gt; de Rodin ?) elle s'&#233;loigne sans plus rien regarder, on n'a plus que son profil gar&#231;on &#224; contre-jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre labour&#233;e est faite de grosses mottes brutes. Le paysage est plat, avec une &#233;bauche de colline &#224; l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrase de Gina Pane &#224; propos d'&lt;i&gt;Enfoncement d'un rayon de soleil&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;La nature comme une force po&#233;tique, comme un lieu de m&#233;moire et d'&#233;nergies.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A distance, il y a trente ans, un instant du soleil d'enfance est fix&#233; par la photographie comme li&#233; pour toujours &#224; cette terre retourn&#233;e : les ann&#233;es soixante-dix vont s'&#233;couler sur elle, elles pourront bien brasser toute leur obscurit&#233;, toute leur violence (violentes aussi les actions de Gina Pane tout au long de la d&#233;cennie &#224; venir), il y a cet instant en r&#233;serve, qui a capt&#233; le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enfoncement d'un rayon de soleil&lt;/i&gt; : alors non pas un titre, mais une r&#233;alit&#233; concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Lumi&#232;re d'une double vue sur l'autre&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1971, Los Angeles. Le corps devient lieu principal de l'art, condense sur lui l'&#233;v&#233;nement, qu'on accompagne d'images. L'&#339;uvre est l'empreinte de cet instant o&#249; c'est soi-m&#234;me qu'on met en risque : et comment cela ne rejaillirait pas sur l'univers aussi de ceux qui s'avancent sur sc&#232;ne avec le micro et la guitare ? Dennis Oppenheim dessine au feutre sur le dos de son fils et lui demande de refaire sur son propre dos, d'apr&#232;s ses perceptions, le m&#234;me dessin : symbole de l'&#233;nigme de ce qu'on cherche ici ? Vito Acconci pr&#233;sente en performance de se mordre toutes les parties de son corps qu'il peut atteindre (on est en 1970) : &lt;i&gt;Mordre autant de parties de mon corps que je peux atteindre. Appliquer de l'encre d'imprimerie dans les morsures ; appliquer les empreintes de morsures sur diverses surfaces.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indiff&#233;rent ? Et puis celui qui se fait tirer au fusil volontairement par son ami, au bras gauche, dans son garage, et photographie la plaie. Ou, parce qu'il s'agit chaque fois d'en faire plus et c'est le drame du temps en spirale qui s'introduit dans l'art plastique comme sur la sc&#232;ne du rock'n roll, Chris Burden se fait crucifier sur le toit de m&#233;tal de sa voiture : on proteste contre les embl&#232;mes d'&#233;poque, on fait de son corps rempart contre le culte de la consommation, contre la tentation violence, et le monde &#233;crase l'artiste sans rien regarder, se d&#233;tourne d'eux comme si c'&#233;tait eux les obsc&#232;nes. En tout cas, que je sache, personne n'est jamais all&#233; demand&#233; &#224; Plant ou &#224; Page s'ils avaient crois&#233; &#224; Los Angeles Chris Burden, et s'ils le consid&#233;raient comme de leur communaut&#233;, ou participant de la m&#234;me rupture esth&#233;tique : &#224; nous aujourd'hui de le construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'aurions-nous d&#251; plus t&#244;t apprendre de Gina Pane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Psych&#233;, triptyque, trois photographies couleur originales, quarante centim&#232;tres sur vingt-neuf, dans un portfolio blanc lisse quarante et un sur trente. Textes &#233;crits &#224; la main (en fran&#231;ais) par Gina Pane dans la marge basse de chaque photo, &#224; l'encre noire : &lt;i&gt;Larmes de sang, lumi&#232;re d'une double vue sur l'autre&lt;/i&gt; pour la premi&#232;re, &lt;i&gt;Incision Cruciale&lt;/i&gt; pour la seconde et &lt;i&gt;Quatre lignes partant du centre du corps : le nombril moi allant vers les autres afin de r&#233;aliser la projection qui joint deux &#224; deux les points diam&#233;tralement oppos&#233;s ; aspect de centre diffusant dans les quatre directions, ramenant &#224; l'unit&#233; les points extr&#234;mes dans une synth&#232;se d'amour o&#249; s'entrem&#234;lent le temps et l'espace du cordon ombilical (jamais tranch&#233; de l'autre corps) et du cosmos reli&#233; au centre originel. La croix est une figure totalisante de haut en bas / de bas en haut&lt;/i&gt;. Le troisi&#232;me, action du 24 janvier 1974, galerie Stadler, Paris, tir&#233; &#224; vingt-cinq exemplaires num&#233;rot&#233;s et sign&#233;s par l'artiste. Prix sur le march&#233; en janvier 2005 : 1 225 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes jours, Led Zeppelin &#224; Stargroves, le ch&#226;teau que leur a lou&#233; Mick Jagger, avec le camion studio des Stones viss&#233; au dehors, travaille sur &lt;i&gt;Physical Graffiti&lt;/i&gt;. De son graffiti physique, Gina Pane &#233;crit : &lt;i&gt;L'autre trace, la secr&#233;tation de mon corps de femme et ses puissances internes comme le sang menstruel, la r&#232;gle de mon corps &#8212; sa mesure le lait, la nourriture de la chair trace de ma chair : l'enfant. Cette fente que j'incise sur ma peau avec une lame de rasoir m&#233;morise cette double trace. La cicatrice qui en r&#233;sulte donne la m&#233;moire du corps par la douleur qui le pr&#233;serve de sa destruction et par le temps v&#233;cu qui lui donne sa dimension. C'est la premi&#232;re fois qu'une discipline plastique a pu d&#233;voiler simultan&#233;ment la double trace &#8212; l'int&#233;rieur, l'ext&#233;rieur. La double trace colporte l'identit&#233; de soi ne laissant aucune &#233;chappatoire &#224; la question : ton corps est-il le mien ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je porte comme un secret toute mon enfance, r&#233;flexe m&#234;me sur la plage, tout petit gosse myope, d'avoir toujours sa main devant, un nombril avec cicatrice, que je devrai adulte faire r&#233;op&#233;rer : pour cela, que je recevrai l'incision volontaire de Gina Pane comme une sorte d'autoportrait par procuration ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces ann&#233;es 70, hors le rock, on se sent oblig&#233; de dire, avant m&#234;me le travail, son intention : &lt;i&gt;Pour moi, le modernisme devait continuer sa marche et passer par le corps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, quinze ans d'affil&#233;e, elle se rend en train, une fois par semaine, &#224; l'&#233;cole des Beaux-Arts du Mans o&#249; elle enseigne. Ses anciens coll&#232;gues lui offriront un livre d'hommage, ou pour une des rares fois il nous semble la voir elle, ou l'entendre. Dans les examens et les notes, ou recevant les parents, heurtant ou guidant des jeunes auxquels elle r&#233;serve le meilleur : les outils pour &#234;tre soi, apprendre &#224; l'&#234;tre. C'est bien plus tard, et &#224; Beaubourg, en 1978, qu'elle ouvrira un atelier &lt;i&gt;performance&lt;/i&gt;. Au Mans, on est en &#233;cole d'arts, on en respecte le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; Beaubourg, ce jour-l&#224;, que celle qui l'a le mieux connue me dit, avec son petit sourire de pleine amiti&#233; et partage, parce que nous avons pour Gina Pane m&#233;moire comme sur un socle, que dans le train pour le Mans elle &#233;crivait sans cesse. Qu'il s'agit d'enveloppes, de carnets, de papiers de hasard, de marges, de choses d&#233;coup&#233;es ou ramass&#233;es. Mais qu'elle, l&#224;, rue Quincampoix, elle a tout gard&#233;. Que rien ou tr&#232;s peu est d&#233;chiffr&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Photographies, visage : sur la multiplicit&#233; des photographies d'elle-m&#234;me au cours de ses actions, si peu son visage, son visage mais pench&#233;, d&#233;vi&#233; : c'est ailleurs qu'elle regarde. Sur d'autres photos, c'est qu'elle est au calme, hors de sa partition, du sc&#233;nario qui la montre en action &#8212; elle intitule en 1969 mon corps une planche de huit photographies noir et blanc qui sont huit vues d'un m&#234;me tas arrang&#233; de cailloux noirs &#8212; de tr&#232;s belles photographies de tr&#232;s beaux cailloux noirs &#8212; mais tranch&#233;s, mais avec ar&#234;tes et tranchures &#8211; du noir, de l'ordre, et pourtant c'est mon corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dit, elle &#233;crit : &lt;i&gt;La blessure rep&#232;re, identifie et inscrit un certain malaise. Elle st au centre de ma pratique, elle en est le cri et le blanc de mon discours. L'affirmation de le la n&#233;cessit&#233; vitale, &#233;l&#233;mentaire de la r&#233;volte de l'individu. Une attitude absolument pas autobiographique. Je prends mon identit&#233; en la retrouvant chez les autres, un va-et-vient, un &#233;quilibre de l'individuel et du collectif, le corps transindividuel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, la lame et la prison des ann&#233;es soixante-dix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Je&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; : on est 1972 &#224; Bruges, place aux Oeufs. Elle est debout sur le rebord ext&#233;rieur d'une fen&#234;tre au troisi&#232;me &#233;tage. Derri&#232;re la fen&#234;tre, dans la pi&#232;ce &#233;clair&#233;e, une famille fait semblant de vivre sa vie normale comme de ne pas savoir que Gina Pane est dehors dans la nuit et les regarde. Dehors, les gens regardent Gina Pane regarder. La corniche est &#233;troite, peut-&#234;tre glissante, d'une main se retient &#224; la paroi, le risque r&#233;el. Elle fait des polaro&#239;ds, laisse tomber &#224; son assistante trois &#233;tages dessous la photographie qu'elle vient de r&#233;aliser : rien d'autre que la vie normale d'une famille de deux enfants, au troisi&#232;me &#233;tage de la place aux &#338;ufs &#224; Bruges. On a install&#233; des micros et des haut-parleurs. Dehors, sur la place, avec la petite silhouette blanche pantalon noir accroch&#233;e huit m&#232;tres au-dessus, on entend en direct les discussions et les bruits de la maison : apr&#232;s tout, rien de signifiant, rien que ce brouhaha de voix et de remarque qui sont ce qu'on entend dans un train, ou par un jour d'&#233;t&#233; en longeant des fen&#234;tres ouvertes. Le bruit de la vie, mais ce qu'on dit normalement la vie priv&#233;e. En m&#234;me temps, elle lit des extraits d'un texte d'ethnologie : il s'agit des pratiques rituelles des Indiens Kwakiutl de Vancouver. Cela durera deux jours et deux nuits, et si elle s'endort elle tombe. Reste de l'action Je trente-deux photographies en noir et blanc, choisies par Gina Pane et annot&#233;es par elle. Qu'est-ce que les pratiques rituelles des indiens Kwakiutl nous enseignent, ainsi coll&#233;es &#224; ce qu'on observe d'un soir ordinaire en famille &#224; Bruges, que nous aurions perdu ou que nous ne saurions plus atteindre ? Ce n'est pas son travail &#224; elle de nous y emmener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par les polaro&#239;ds, par sa propre mise en danger pour cr&#233;er artificiellement le lien, elle en sugg&#232;re assez, sans doute. De cette famille qu'elle voit par la fen&#234;tre o&#249; elle est perch&#233;e, qu'est-ce qu'elle photographie ? Des parents parlent &#224; leurs enfants, regardent la t&#233;l&#233;vision ou lisent le journal : on ne va pas se risquer &#224; une dispute ni &#224; faire l'amour ou quoi que ce soit si justement on se sait observ&#233;s, qu'on sait la silhouette blanche sur le rebord de la fen&#234;tre, qu'on a accept&#233; l'exp&#233;rience, et qu'il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; l'ordinaire. Ils ne se mettent pas m&#234;me en tenue de nuit quand c'est l'heure, les braves gens, continuent de lire le journal ou de regarder la t&#233;l&#233;vision instrument d'oppression, se comportent comme il est bon de se comporter, m&#234;me si les visages, les v&#234;tements, les meubles et les objets nous disent aujourd'hui venir droit de cette ann&#233;e 1971 et t&#233;moignent de bien plus, qu'on peut ainsi &#224; distance penser avoir devant les yeux tranche de vie extirp&#233;e au temps, aussi loin que les indiens kwakiutl m&#234;me, dress&#233;e comme une peinture parce que justement il ne s'y passe rien. Et la silhouette blanche sur l'appui de fen&#234;tre, lisant &#224; voix haute retransmise par haut-parleurs et micro ces passages sur la vie des indiens Kwakiutl, lan&#231;ant th&#233;&#226;tralement ses Polaro&#239;ds de la vie en famille &#224; la foule qui en bas la contemple, nous offre comme le point de d&#233;part de la d&#233;cennie qui sera celle de ses actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En pla&#231;ant mon corps sur le parapet de la fen&#234;tre entre deux zones, l'une priv&#233;e, l'autre publique, j'ai eu un pouvoir de transposition qui a bris&#233; les limites de l'individualit&#233; pour que le je participe &#224; l'autre&lt;/i&gt;, &#233;crit Gina Pane et cela nous renseigne aujourd'hui bien moins que la fa&#231;on de se peigner avec raie asym&#233;trique de la m&#232;re ou le pull &#224; rayures du p&#232;re, un couple jeune et pas s&#233;par&#233; de son temps, qui lit devant nous des magazines d'art moderne et dispose d'un t&#233;l&#233;viseur. Qui participe &#224; quoi de l'autre, quand on n'est plus qu'un interm&#233;diaire suspendu dans le vide, entre ce qu'on voit o&#249; il ne se passe rien, disant un texte qui ne s'applique pas &#224; ce qu'on voit, et qu'il n'en subsistera qu'une planche de trente-deux photographies dont les annotations ne sont que le constat de ce qu'on fait, de ce qu'on voit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si soi-m&#234;me, de ses dix-sept ans &#224; ce qu'on croyait l'&#226;ge adulte, on a travers&#233; les ann&#233;es soixante-dix sans rien voir ni vraiment comprendre, ce n'est donc pas seulement par sa propre faute, incomp&#233;tence, ou l'&#233;cart provincial ou on &#233;tait, ou sa propre timidit&#233; dans le risque (se suspendre au troisi&#232;me &#233;tage) ou les amours ? Mais s'il n'y avait pas eu cela, la performance de Bruges, de ce qui s'est &#233;vanoui avec les ann&#233;es soixante-dix serait parti d'abord tout l'ordinaire, ce rien, les fringues, la fa&#231;on de se coiffer ou d'arranger ses meubles, de se mettre droit devant une image.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>escalade non anesth&#233;si&#233;e : Gina Pane &#224; Beaubourg</title>
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		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article73</guid>
		<dc:date>2005-04-01T21:00:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>artistes, peintres, plasticiens</dc:subject>
		<dc:subject>Gina Pane</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la semaine en images&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;artistes, peintres, plasticiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Gina Pane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot342" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton73.jpg?1352732042' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lundi soir, voulu transf&#233;rer ma base sql sur serveur 4.3, et plantage. Deux jours ces pages affichant tristement &#171; acc&#232;s impossible &#187;. Essay&#233; plein de manips, mais le probl&#232;me venait du serveur, &#231;a permet de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'utilit&#233; de ces pages, et de la non-cons&#233;quence totale d'ailleurs de leur absence. Si on met forum, ou si on pr&#233;f&#232;re faire &#233;tat une fois par semaine des discussions parall&#232;les par mail ? Et o&#249; positionner le curseur de ce qu'on dit et ce qu'on ne dit pas, la vie priv&#233;e forc&#233;ment poreuse, m&#234;me si la fronti&#232;re en est ici positionn&#233;e bien diff&#233;remment que dans plusieurs blogs amis. Ou autre version : ce qu'on place ici d'affects, de mots, d'images, d'exp&#233;riences, de quoi cela nous prive pour le livre en cours ou les tentatives forc&#233;ment solitaires et obscures de l'&#233;criture ? Et &#224; quoi ou qui prend-on le temps de l'&#233;cran ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il n'y aura pas d'images de telle journ&#233;e cahoteuse, &#224; ne rien faire que rester chez soi moiti&#233; assomm&#233;. Il n'y aura pas d'images de la pr&#233;paration des 2 heures du &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/article.php3?id_article=72&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cours Baudelaire&lt;/a&gt; de mardi, la quantit&#233; incroyable de livres sur Baudelaire (achet&#233;s syst&#233;matiquement depuis 20 ans), descendus des &#233;tag&#232;res, qu'ils tiennent la relecture ou pas, et finalement s'en &#234;tre tenu &#224; relire - mais ligne &#224; ligne - le &lt;i&gt;Baudelaire&lt;/i&gt; de Walter Benjamin (&#034;le brouillard comme compr&#233;hension du monde&#034;), plus des extraits de sa Correspondance avec Adorno, et aussi du Nerval. Le compagnonnage de Nerval renvoyant par diff&#233;rence &#224; cet aspect de Baudelaire qui m'&#233;tait plus neuf, l'id&#233;e de l'&#233;crivain et du sujet, de l'&#233;nonciateur des po&#233;sies, travail qu'amorce &#233;videmment Benjamin mais qui prenait un autre accent l&#224; dans ce cours, apr&#232;s Proust et Kafka, Artaud, Ponge et Sarraute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement personnel notable comme d'avoir chang&#233; le jeu de cordes de ma Gibson (Elixir acoustic light gauge et non pas ultra-light cette fois) ne figurera pas dans le blog, pas plus que des deux rendez-vous de mardi et vendredi, celui de vendredi en 12 minutes chrono r&#233;glant &#224; peu pr&#232;s la vie pour les 8 mois &#224; venir (en tout cas pour ce qui est de faire repara&#238;tre &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes&lt;/i&gt; dans sa nouvelle version refondue en septembre et &#171; 70 &#187; peut-&#234;tre en janvier - je n'en parlerai pas souvent, mais il &#233;tait bien impressionnant, moi qui n'en ai jamais fait un seul tirage papier, le manus de 387 pages dans son &#233;tat actuel sur le bureau d'Olivier B&#233;tourn&#233;). &#199;a va donc encore durer au moins 6 mois, les post-it des textes en retard parce qu'au lieu de les faire on se remet &#224; &#171; 70 &#187;, les courriers &#224; r&#233;pondre qu'on met dans un dossier attente du mail parce qu'on doit rester concentr&#233; sur &#171; 70 &#187; encore plus depuis que &#231;a parle de bien autre chose que du Led Zep, les invitations qu'on d&#233;cline parce que c'est vrai que &#231;a tire dans la barbaque, mais parce qu'on voudrait bien, pour &#171; 70 &#187;, Led Zep et ce qui tourne autour, aller faire cet &#233;t&#233; un tour &#224; Redditch pr&#232;s Birmingham et passer 3 jours &#224; proximit&#233; de la librairie Helter Skelter de Denmark Street ou pourquoi pas si on avait 15 ans de moins s'en aller vivre carr&#233;ment &#224; Londres ou en r&#234;ver. Bon, il y aura New York et Chicago en octobre, si tout va bien : les finitions du Led Zep se feront donc sur leurs traces et comme eux en tourn&#233;e (contenu peut-&#234;tre un peu diff&#233;rent ?!).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_58 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/avril04a.jpg?1166888864' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant faire image des r&#233;currences biographiques : le train Saint-Lazare Argenteuil, et que j'y fais, depuis la m&#234;me fen&#234;tre du train, la m&#234;me suite de photos, dont une sur l'enseigne Hitachi &#224; la sortie du p&#233;riph c&#244;t&#233; Levallois, &#224; cause des &lt;i&gt;Nuits d'Hitachi&lt;/i&gt; de Sylvie Gracia, paru il y a bien 6 ans maintenant mais qui est un grand livre, voir d'autre part le travail de &lt;a href=&#034;http://www.remue.net/rubrique.php3?id_rubrique=92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sylvie Gracia en atelier d'&#233;criture&lt;/a&gt;. L'arriv&#233;e au lyc&#233;e Fernand-L&#233;ger, et dans la fausse chambre d'h&#244;pital le mannequin d'apprentissage des soins lourds un peu d&#233;laiss&#233; aujourd'hui. Le choc positif et le bonheur qu'est devenue cette ann&#233;e chaque s&#233;ance de ces tournages (jeudi, l'atelier sur W de Perec avec les secondes de Christine Eschenbrenner, vendredi le compte rendu de stage par les BEP sanitaire et social de Laurence Sabourin, cette conversation &#233;bauch&#233;e entre Dougo, Antonella et les autres sur la toilette des morts et comment ne pas &#234;tre g&#234;n&#233;e &#224; 17 ans quand on assiste une personne invalide dans sa douche...). R&#233;currents aussi, mes clich&#233;s de la centrale de Gennevilliers. L'an dernier pour ce monstre d&#233;sert et inhabit&#233;, scell&#233; dans son silence. Depuis juillet dernier pour ces pelleteuses qui n'en finissent pas de la ronger. J'avais dit il y a quelque temps que &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/article.php3?id_article=25&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;je ne la photographierais plus&lt;/a&gt;. Elle reste magnifique dans sa d&#233;molition m&#234;me (avec un attachement particulier pour le quai de chargement sur la Seine, qui ressemble tant &#224; celui du d&#233;funt Billancourt).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_59 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/centrale-2.jpg?1166889070' width='500' height='343' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette semaine il y a eu aussi des ateliers d'&#233;criture. Une nouvelle s&#233;ance &#224; l'IUFM Paris avec Jean-Pierre Preudhomme. Un petit tour en arrivant dans la salle des profs avec ce d&#233;licieux Mac acidul&#233; pour le Net libre acc&#232;s. On apprend &#224; se conna&#238;tre, l'ambiance devient celle d'un vrai atelier. Dommage que le format allou&#233; soit si bref. On a migr&#233; dans une salle de musique, au haut plafond et avec de l'espace. On ne sert pas des pianos, mais on a de la place pour notre grand cercle de voix. Atelier aussi, deux semaines cons&#233;cutives, &#224; Normale Sup. L&#224;, au moment o&#249; j'&#233;cris, j'ai dans mon sac les deux cents grammes d'un tout petit livre bref que j'utilise pour la premi&#232;re fois en atelier : Charles Juliet, &lt;i&gt;Rencontres avec Samuel Beckett&lt;/i&gt;, plus un petit montage avec les diff&#233;rentes techniques que Charles, pour chaque phrase du silencieux Beckett, appelle et d&#233;multiplie. Un beau cadeau, pour l'animateur d'atelier, que ce groupe pr&#234;t &#224; toutes les inventions, &#224; condition qu'on lui propose le risque funambule qui lui convient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_61 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L488xH264/iufm-2-573dd.jpg?1751214648' width='488' height='264' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233; &#224; l'expo &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/art/ginapane.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gina Pane&lt;/a&gt; de Beaubourg. Je travaille depuis 3 ans sur l'&#339;uvre de GP, un travail qui a d&#233;clench&#233; &#171; 70 &#187;, fresque, roman, accumulations, plus t&#226;che autobiographique dont je ne suis pas &#224; bout. Si j'avais d&#233;couvert GP via cette modeste expo au 4&#232;me &#233;tage de Beaubourg, je ne sais pas si j'aurais eu ce choc d&#233;clencheur &#233;prouv&#233; il y a 3 ans au CapC Bordeaux, &#224; &lt;i&gt;Enfoncement d'un rayon de soleil&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; de Bruges, qui m'avait lanc&#233; dans ce travail. Dans l'expo Beaubourg, on nous fait parcourir les principales directions de GP chaque fois par une seule &#339;uvre, du coup on perd la coh&#233;rence de l'ensemble qui naissait de la r&#233;p&#233;tition, de l'intensit&#233;. Cependant il y a l'&#233;chelle m&#233;tallique de son &lt;i&gt;Escalade non anesth&#233;si&#233;e&lt;/i&gt; de 1973, en r&#233;ponse et provocation &#224; ce mot &lt;i&gt;escalade&lt;/i&gt; dans la guerre du Vietnam. Je m'approche, mets la main sur les piques de m&#233;tal et laisse lentement tout le poids de mon corps tirer lentement sur la paume. J'essaye que personne &#224; c&#244;t&#233; ne s'en aper&#231;oive, et de toute fa&#231;on il n'y a pas de gardien quand, sur le mur, c'est juste une &#233;chelle avec des pointes m&#233;talliques. Je retire la main : les piques du fer ont fait deux entailles fines, o&#249; vient le sang. Une semaine plus tard, j'en ai encore la sensation, et sur la paume les stigmates. Dans mon travail sur et avec Gina Pane, il me fallait cette exp&#233;rience, je suis venu &#224; Beaubourg pour cela (sinon, les livres me suffisent). Mais ce partage via incision (parce qu'il s'agit aussi de l'incision de d&#233;cembre, celle qui ne me laisse encore qu'un moiti&#233; de moi, ou c'est l'impression que j'ai, et le double de poids, dans les journ&#233;es lourdes, les Japonaises derri&#232;re moi qui essayaient de comprendre pourquoi Gina Pane ne se sont aper&#231;ues de rien) ouvre une nouvelle porte dans les 70 pi&#232;ces du livre &#171; 70 &#187;, en contrepoint aux 4 de Led Zep et exactement synchrone &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_60 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gp.jpg?1166889353' width='500' height='377' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Le soir, chaque soir, j'ai relu Saint-Simon. D&#233;sol&#233;, pas sorti. Je fais &#231;a depuis plusieurs ann&#233;es. Ce n'est pas une discipline. C'est ce qui permet de tenir, de rester int&#233;rieurement &#224; jour dans la langue : avoir le soir l'heure de Saint-Simon. J'en ferai un journal sp&#233;cial un de ces quatre. Quelquefois j'ai du remords : on se fait la liste des expos loup&#233;es, des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre pas vues (mais j'aime de moins en moins l'id&#233;e m&#234;me du th&#233;&#226;tre), m&#234;me des livres non lus et pourtant il y a ce qui aurait, il y a quelques si&#232;cles, sembl&#233; si &#233;l&#233;mentaire : une dur&#233;e r&#233;guli&#232;re accord&#233;e &#224; la lecture, en harmonie avec tel rouage du rythme des heures. D'ailleurs, j'y retourne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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