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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Jacques Ripault, le MacVal avant le MacVal</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Jacques Ripault</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;visite avant ouverture du nouveau mus&#233;e d'art contemporain du Val-de-Marne (Macval) : les m&#234;mes questions pour l'architecte et l'&#233;crivain ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Jacques Ripault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot204" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/macval-2005-jacques-ripault-00_1_sur_1_.jpg?1748462175' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce mardi 17 octobre 2005, Jacques Ripault, son architecte, et ami depuis notre s&#233;jour commun &#224; la Villa M&#233;dicis, me fait visiter avant ouverture le MACVAL, mus&#233;e d'art contemporain qui sera inaugur&#233; le mois prochain &#224; Vitry-sur-Seine. Etrange ambiance : l'architecture encore nue du b&#226;timent vierge, mais d&#233;j&#224; les oeuvres qui arrivent et s'installent, les vigiles et tous les corps de m&#233;tiers qui s'y superposent, et m&#234;me les cartons &lt;i&gt;Les D&#233;m&#233;nageurs bretons&lt;/i&gt; pour les cartons de livres d'art dans la m&#233;diath&#232;que, ou les petits logements pour artistes en r&#233;sidence. Fascinant comme une tour de Babel, o&#249; d&#233;j&#224; les langues commencent d'exister s&#233;par&#233;ment. Fascinant parce que tout autour la ville est proche et r&#233;sonne, dans sa multiplicit&#233;, et la fa&#231;on dont sans cesse &#8212; la preuve &#8212; elle se refait sur elle-m&#234;me. Jacques Ripault m'a invit&#233; &#224; participer au catalogue qui accompagnera l'inauguration. Mon texte c'est surtout des questions, alors il vivra et m&#251;rira sur ces pages d&#232;s &#224; pr&#233;sent...
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; septembre 2016, hommage : &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4270' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jacques, mon copain Jacques est mort&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2518&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le MacVal a 20 ans, et m&#234;me un peu plus&lt;/a&gt;, reprise en plus grand format (plus quelques autres) des images de cette page, que je laisse telle quelle ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cS5PDJMVtlg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MacVal, Paul Claudel dans le planeur Ardouvin&lt;/a&gt;, une perf mienne dans le cadre de l'expo 2016 de Pierre Ardouvin ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/nbcuZdGa6jc?si=GbJGtHMZaTwlGpBv&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;construire pour l'art : le MacVal de Jacques Ripault&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert Rome par Jacques Ripault : j'arrivais &#224; la villa M&#233;dicis, il en repartait, et pas besoin de s'expliquer sur pourquoi avec tel ou tel on se comprendra sans mots. Peut-&#234;tre c'est plus facile avec les architectes, qui vous montrent dans les formes de la ville, et ce qui vous entoure au dehors, ce que nous sommes au-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces travers&#233;es de la ville avec Jacques Ripault, je me souviens de nos arr&#234;ts devant telle fa&#231;ade du Bernin et ses asym&#233;tries discr&#232;tes. Ou bien Bramante parce que, disait-il : &#171; il va &#224; l'essentiel &#187;. Alors on emporte l'amiti&#233; qui se cr&#233;e dans chaque nouvelle Rome explor&#233;e. La litt&#233;rature et l'architecture ont ceci de commun qu'elles ne peuvent fuir la peau du monde. Qu'on se trompe, et cela s'&#233;croule ou meurt. C'est encore plus triste pour l'architecture : les livres morts s'en vont du paysage, pas les b&#226;timents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'architecte doit accepter que du premier croquis aux trois crayons dans son carnet surgisse le plus intime de comment on va aimer, voir, dormir, se r&#233;fugier ou accueillir : j'y pensais dans la voiture, tandis que Ripault m'emmenait d&#233;couvrir le mus&#233;e d'art contemporain du Val-de-Marne, et qu'il me montrait, l&#224; au feu rouge &#224; Bercy, ces appartements qu'il avait construits, avec les plantes et les v&#233;los sur les balcons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH265/macval_02-7b392.jpg?1749128335' width='360' height='265' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A Rome on n'&#233;tait pas compl&#232;tement sorti de nos vingt ans, et voil&#224; qu'on se retrouve avec nos cheveux gris. On ne s'aper&#231;oit pas du temps de la vie : on passe d'un livre au suivant parce qu'on a encore un voyage &#224; faire, et sans doute de l'architecte chaque b&#226;timent pour aller un peu plus loin dans ce rapport de soi-m&#234;me et du monde : une architecture est un geste, une signature. Je reconnais celle de Jacques Ripault &#224; distance : une fa&#231;on de ne jamais traiter le d&#233;tail comme un jeu purement formel, une mani&#232;re de ne jamais oublier que l'espace est aussi &#233;pure et proportion d'&#233;paisseurs, et d'abord g&#233;om&#233;trie. Il a b&#226;ti des amphith&#233;&#226;tres pour une universit&#233; parisienne, des salles de concert pour le rock en province, mais aussi un centre de design pour une grande marque de voitures, et l'usine d'un grand &#233;quipementier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une usine, dans un centre de design, dans une salle de concert, on est lib&#233;r&#233; sans doute de ce rapport &#224; l'intime des logements, on n'est pas lib&#233;r&#233; du fait d'avoir &#224; vivre ensemble, cr&#233;er ou fabriquer ou penser. Un ami commun de la villa M&#233;dicis, architecte aussi et auquel je dois l'autre part de mon initiation &#224; l'architecture, s'est vu commander il y a quelques ann&#233;es une n&#233;cropole pour les morts oubli&#233;s de l'Indochine : l'architecture r&#233;sonne bien au-del&#224; du temps de ceux qui la traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'il faut de bagage pour l'invention d'un mus&#233;e, et quel risque de plus cela suppose qu'un ensemble de logements, une usine ou un b&#226;timent d'universit&#233; ? C'est d'abord d'accueillir l'art des autres, et qu'on doit s'effacer dans ce rapport circulant qu'on provoque et qu'on assiste, par quoi un regard et un corps seront seuls dans leur dialogue avec chaque &#339;uvre, et que pourtant l'assemblage des &#339;uvres, et ce parcours qu'on y aura eu, prendront sens avec les lumi&#232;res, la vastitude ou l'intimit&#233; de l'espace dans leur variabilit&#233; de chaque pas, et que l'architecte, lui, vous aura laiss&#233; en paix dans cette rencontre. Aussi bien, quand nous entrons avec Jacques Ripault dans ce mus&#233;e d&#233;j&#224; habit&#233;, les bureaux dans leur plein d&#233;sordre de l'ouverture proche, les &#339;uvres d&#233;j&#224; en cours d'installation, et tous ces m&#233;tiers qui investissent les r&#233;serves, les ateliers, la librairie ou les jardins, la premi&#232;re chose que me dira Ripault c'est que ce n'est gu&#232;re facile, pour un architecte, le sentiment de n'&#234;tre pour plus rien dans son propre b&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH275/macval_03-8782a.jpg?1749128335' width='360' height='275' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord le contexte. Nous sommes les spectateurs de la mutation permanente de la ville, des dangers et ruptures qui la fissurent, comme des exigences ou possibles neufs que d'elle-m&#234;me elle appelle. La ville migre sans cesse en ses confins, et l&#224;, dans les vieux bastions de la brique rouge du travail ouvrier, voil&#224; qu'elle se reconfigure et suscite le moins utile en apparence, le plus luxueux d&#233;rangement : l'art contemporain. Moi j'ai connu Vitry dans les ann&#233;es 70, et l'immense nef compliqu&#233;e de la vieille usine du Port-&#224;-l'Anglais o&#249; nous &#233;tions un bon millier &#224; nous affairer parfois sans voir le soleil durant des mois, sur les machines &#224; souder de Sciaky. Ce sont ces usines qui ont accumul&#233; ici le paysage humain et sa concentration : tout du long de l'avenue, les immeubles et leurs d&#233;crochements gris. Rainer Maria Rilke disait : &lt;i&gt;comme des lames plant&#233;es dans la terre&lt;/i&gt;, et Ripault, ici, utilise aussi le mot &lt;i&gt;lame&lt;/i&gt; pour cette paroi verticale et monochrome qu'il dessine pour se lier &#224; ce qui l'entoure, et quand on regarde ce mur passerelle depuis le mus&#233;e, la d&#233;coupure rectangulaire qui la troue rapproche les fa&#231;ades d'immeubles comme s'ils &#233;taient devenus images. Comme si la ville d'abord &#233;tait la destinatrice ou celle qui interrogeait les &#339;uvres rassembl&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH270/macval_08-8ba60.jpg?1749128335' width='360' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mus&#233;e se d&#233;ploie &#224; l'horizontale sans bousculer la ville, et plut&#244;t pour la faire respirer, l'&#233;largir. Derri&#232;re, c'est un pavillon et un parc d'un autre temps, avec ses briques et ses arbres : on l'a respect&#233;. Le mus&#233;e est une traverse transparente, on peut acc&#233;der librement &#224; ses jardins. Et la grande radiale qui traverse Ivry et Vitry depuis Paris, on l'a contrainte ici &#224; une respiration via la provocation de Dubuffet et sa grand chaufferie de couleur install&#233;e sur le rond-point, Dubuffet qui &#224; tant d'entre nous reste une le&#231;on de vie quand il dit que &lt;i&gt;l'art doit un peu faire rire et un peu faire peur, tout mais ne pas ennuyer&lt;/i&gt; ou bien que &lt;i&gt;les gens sont bien plus beaux qu'ils croient&lt;/i&gt;. Pas un signe mineur, le grand relief de Dubuffet pour vous faire signe qu'ici cesse la ville sage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/macval_05.jpg?1166889541' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nulle courbe. Ouvert aux lumi&#232;res de l'ouest, oublieux de la m&#233;galopole aux furoncles, un b&#226;timent monochrome, presque noir et blanc : parce qu'ici &#171; seules les &#339;uvres sont les formes et les couleurs &#187;, dit Jacques Ripault. Nous visitons ce mus&#233;e avec la m&#234;me fascination que j'ai pour les th&#233;&#226;tres : les deux nefs d'exposition, l'une pour la collection permanente, la seconde pour les expositions temporaires, prennent leur lumi&#232;re au nord comme les ateliers des peintres, mais dans la grande nef la lumi&#232;re est offerte par un cr&#233;nelage vertical qui l'&#233;galise, tandis que dans la nef des expositions temporaires c'est une inclinaison r&#233;fl&#233;chissante qui soutient ou compense les variations des jours et des heures par des projecteurs invisibles, vous laisse en rapport avec la sensation du temps. Et si la fa&#231;on de l'architecte de vous porter vers les oeuvres c'&#233;tait d'abord cette sc&#233;nographie tr&#232;s pure des lumi&#232;res, tendues sur vous pour &#234;tre oubli&#233;, parce qu'ici on ne regardera pas au plafond, d'o&#249; lui vous conduit et vous regarde ? Il vous montre, dans ce qu'il nomme les sous-faces, la fa&#231;on dont le plafond aussi est travaill&#233;, les lampes enserr&#233;es dans les coffrages, l'habituel fouillis technique invisible, et comment pour couler tout cela d'un bloc il a fallu contraindre tous les m&#233;tiers &#224; travailler simultan&#233;ment. De m&#234;me, qu'est-ce que cela change &#224; la marche et notre assise devant les toiles, de savoir que le sol inclut de la limaille de fer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier &#224; investir la nef temporaire, Jacques Monory y a install&#233; une spirale qui vous absorbe. La libert&#233; que l'architecte doit offrir aux visiteurs est aussi une libert&#233; offerte &#224; l'artiste invit&#233; pour que le b&#226;timent devienne partie prenante de sa propre sc&#233;nographie : Monory fait passer progressivement notre parcours du bleu intense au blanc pur, tandis que les toiles qu'il y suspend suivent le mouvement inverse. Et le danger ou l'obscurit&#233; de la ville resurgissent progressivement mais dans cette transformation qui fait qu'au terme du voyage on l'affronte non plus par la r&#233;alit&#233; mais par les couleurs et le tranchant des formes. Une id&#233;e de &lt;i&gt;panoramique&lt;/i&gt;, dirait l'&#233;crivain Jean-Christophe Bailly : tenir &#224; l'int&#233;rieur, ici, le simulacre de ce qu'on affronte au dehors nous aide &#224; lire la ville, quand on y retourne, ses composantes d'esth&#233;tique et de symbole. Les fictions et l&#233;gendes de Monory conviennent bien pour signifier l'importance vitale de l'art aujourd'hui comme toujours pour renverser ce qui voudrait normaliser, affadir, &#233;craser. La violence m&#234;me de cette &#339;uvre est un signe : ce n'est pas un &lt;a href=&#034;http://www.zannettacci.com/artistes/Monory/Monory_Bio_FR.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vieux monsieur&lt;/a&gt;, m&#234;me quand on conna&#238;t son travail depuis trente ans, Monory. Et moi je voudrais bien savoir, quand l'architecte place ses premi&#232;res esquisses de volume, si c'est &#224; cette &#339;uvre au couteau qu'il pensait...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH292/macval_04-12aab.jpg?1749128335' width='360' height='292' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un mus&#233;e, comme un th&#233;&#226;tre, c'est aussi ce qui entoure lma sc&#232;ne qui en est l'embl&#232;me. D'ailleurs, Jacques Ripault utilise aussi le mot &lt;i&gt;plateau&lt;/i&gt; pour le d&#233;ploiement des nefs l&#224; o&#249; elles accueillent les &#339;uvres. Mais les &#339;uvres d'art se nettoient se restaurent, &#233;tranges ateliers d'immense hauteur et aussi blancs qu'une salle de chirurgie. Et de plain pied avec le parking au sous-sol, les r&#233;serves avec leurs rails grillag&#233;s o&#249; on archive et garde. Et puis, alors que tout ici communique avec la fonction principale, des salles qui soudain, la porte franchie, semblent vous ramener dans la vie du quartier et la circulation de la rue ou la vue sur jardin : espaces de cantine, salles pour le caf&#233; et le repos de ceux qui ici travaillent. J'aime aussi ce parti pris, d&#232;s la grande entr&#233;e de verre et grande galerie ouverte, d'avoir plac&#233; au foyer nodal de l'ensemble les ateliers p&#233;dagogiques, avec leurs &#233;viers &#224; hauteur de maternelle. On sait &#224; qui on s'adresse, on sait pour qui on construit, on sait que tout ici passe appropriation et travail, ainsi encore la fa&#231;on dont la biblioth&#232;que captera d&#233;lib&#233;r&#233;ment les saisons du jardin, quand ailleurs la lumi&#232;re est &#233;gale. Ainsi, tout en haut des bureaux, cette coursive sur toit dont il semble que d&#233;j&#224; ceux qui ici r&#233;fl&#233;chissent et travaillent aiment &#224; venir y prendre le ciel, &#233;chapp&#233;e sur horizon ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve la signature Ripault dans le go&#251;t des mati&#232;res. Ici, tout le long d'o&#249; on marche ou monte, il utilise le vocabulaire des marins : une &lt;i&gt;lisse&lt;/i&gt;. Un large fer plat brut, qui n'est pas sans m'&#233;voquer le souvenir de mon usine de Vitry, un simple fer que les serruriers d'ici ont pos&#233; sur les rampes de b&#233;ton. Puis ce b&#233;ton de grain tr&#232;s fin, sans joints ni scories : une mati&#232;re qui soudain devient noble au toucher. Et m&#234;me, pour piliers cylindriques qui sont comme une ponctuation d'espace, on a cartonn&#233; le moule, et ils nous offrent un toucher lisse de papier ou de livre. Une &#233;chancrure en suspens jette dans la nef une simple rayure horizontale du vrai jour, et c'est le rapport des &#339;uvres au r&#233;el qui y trouve une nuance n&#233;cessaire. Le b&#233;ton dit &lt;i&gt;autopla&#231;ant&lt;/i&gt; est une technique difficile &#224; ma&#238;triser : un b&#233;ton qu'on coule &#224; chaud, sur place et exige qu'on tienne compte des &#233;carts de pression pour le calcul des &lt;i&gt;banches&lt;/i&gt;. Mais un rendu de surface qui conquiert la noblesse des mat&#233;riaux plus traditionnels, et la possibilit&#233;, compl&#232;te Ripault, d'angles et d&#233;coupes incroyablement nets : et qui impose donc de dessiner selon la logique propre du mat&#233;riau. On compl&#232;te par du bois d'Afrique, le weng&#233;, aux reflets jamais identiques. &#171; &#201;liminer le d&#233;monstratif, dit Ripault, je n'y serais peut-&#234;tre pas arriv&#233; de cette fa&#231;on il y a encore dix ans. &#187; Et qu'un tel rendez-vous, avec Buren ou C&#233;sar (sa &#171; compression &#187; encore sous plastique) ou Soto et son &#171; p&#233;n&#233;trable &#187; orange, c'est forc&#233;ment comme le livre qu'on n'&#233;crit qu'une fois dans sa vie, qu'on a attendu longtemps, et qu'on ne refera pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH266/macval_10-389e7.jpg?1749128335' width='360' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voulais un b&#226;timent &lt;i&gt;&#233;pais&lt;/i&gt; &#187;, dit Ripault, comme s'il s'agissait de prot&#233;ger cette fragilit&#233; de l'art qui s'invente, et aussit&#244;t c'est comme s'il &#233;tait g&#234;n&#233; de ce mot &lt;i&gt;&#233;pais&lt;/i&gt; : &#171; Un b&#226;timent avec une &lt;i&gt;profondeur&lt;/i&gt;, il rectifie. Faire entrer l'espace dans les salles, faire que la structure soit la moins pr&#233;sente possible, avec des perspectives qui se faufilent, des s&#233;quences verticales tr&#232;s frontales, qui laisse des vides... &#187; On s'en aper&#231;oit lorsque de la nef d'exposition on passe dans l'int&#233;rieur du mur &#224; la haute d&#233;coupure, par l'irruption de la rampe &#224; oblique, la lumi&#232;re soudain prise &#224; l'ouest et que cet int&#233;rieur semble d'une hauteur sans limite : un espace cistercien &#187;, dit l'architecte. Et la technique que veut un mus&#233;e moderne, les quais de chargement et les dessertes, les rideaux de fer de la s&#233;curit&#233;, les prises pour les bornes interactives, l'air souffl&#233; par le sol et repris au plafond : invisible, une politesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/macval_07.jpg?1166889544' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un mus&#233;e : se souvenir toujours, d'abord, que tout le monde doit se l'approprier &#187;, dit Ripault... Et ce n'est pas &#224; Ivry ou Vitry, ont tant d'artistes ont v&#233;cu et travaill&#233; (et y ont encore leurs studios et ateliers, tout comme ici, dans le mus&#233;e, on a m&#233;nag&#233; deux logements pour artistes en r&#233;sidence o&#249; je reconnais, et cela nous amuse tous deux, une discr&#232;te citation des logements sur passerelle de la villa M&#233;dicis) qu'on aurait &#224; justifier d'installer ici un signe fort d'art contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce d&#233;ploiement qui se veut simple, voire aust&#232;re prend son espace et son ampleur, et le rapport qu'entretiennent l'un &#224; l'autre des b&#226;timents qui, en d'autres temps ou d'autres mains, se seraient d'abord con&#231;us comme une &#233;tranget&#233; de plus, d&#233;pos&#233;e par h&#233;licopt&#232;re dirait-on parfois, dans ces villes de vieux sang qui n'ont pas besoin qu'on ajoute &#224; une confusion qu'elles n'ont pas d&#233;cid&#233;, et qui tient &#224; la charge d'hommes qu'on a et l'importance qu'on y met, qui n'est pas &#233;gale selon les villes. Nous savons, nous, pour avoir arpent&#233; Rome et savoir ce qu'on doit au plus contemporain de l'art, que m&#234;me le plus abstrait de l'art d'aujourd'hui (mais l'abstraction n'est qu'une de ses composantes) nous rejoint s'il d&#233;place notre regard et notre posture d'homme dans la ville et devant l'autre. &#171; Une position de grande proximit&#233; &#187;, dit Alexia Fabre, la conservatrice du mus&#233;e, pour le d&#233;fi qui est le sien : &#171; nous face au monde, ce qui nous entoure et nous fa&#231;onne &#187;. Ce n'est pas indiff&#233;rent, que ces &#339;uvres disent ici, sur cette route et &#224; ce rond-point, &#224; vue de ces immeubles qui sont toutes les frictions du monde, de ce c&#244;t&#233; ext&#233;rieur du p&#233;riph&#233;rique, que le beau est une recherche qui inclut tout cela et a pour t&#226;che d'y r&#233;pondre, de nous offrir cette instabilit&#233; et cette bascule par quoi tout redevient question, r&#233;sistance, et marche vers l'avant. Mais que c'est aussi affaire de respect et de lumi&#232;re pour conjuguer le regard, le mouvement et la paix, et que tout cela ensemble s'ouvre, sans murs sur la ville, dont nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH270/macval_09-dadfd.jpg?1749128335' width='360' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jacques, mon copain Jacques est mort</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4270</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4270</guid>
		<dc:date>2015-12-11T19:50:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Jacques Ripault</dc:subject>
		<dc:subject>Ardouvin, Pierre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;comment j'ai appris le d&#233;c&#232;s d'un tr&#232;s proche, Jacques Ripault&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Jacques Ripault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot920" rel="tag"&gt;Ardouvin, Pierre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4270.jpg?1449863406' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4270.jpg?1449863414&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ecrit ce vendredi 11 d&#233;cembre 2015, de 18h19 &#224; 19h35 (il a eu du retard) dans le TGV Tours-Saint-Pierre des Corps.
&lt;p&gt;Visite du MacVal avec Jacques Ripault sur ce site c'&#233;tait le &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article182' class=&#034;spip_in&#034;&gt;22 octobre 2005&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les personnes &#233;voqu&#233;es, lien vers site &lt;a href=&#034;http://www.pierreardouvin.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pierre Ardouvin&lt;/a&gt; que je remercie doublement de son accueil et son appui cet apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la journ&#233;e, j'ai enregistr&#233; des images avec mon compact, il n'&#233;tait pas pr&#233;vu que ces images enregistrent de telles traces. Viid&#233;o d'accompagnement mise en ligne ce samedi matin. &#199;a aussi, &#231;a m'interpelle : avoir eu besoin de filmer comme l&#224; j'ai eu besoin d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/nbcuZdGa6jc?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Remettons les choses dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reprendre la journ&#233;e comme elle s'est pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais deux choses importantes &#224; faire, qui ne pouvaient se faire &#224; la va-vite entre deux autres rendez-vous &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re c'&#233;tait &#224; 11 heures, &#224; l'Institut Fran&#231;ais, un debrief avec les personnes responsables de la mission Stendhal : la &lt;a href=&#034;http://www.institutfrancais.com/fr/actualites/programme-stendhal-2015&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bourse dont j'ai b&#233;n&#233;fici&#233;&lt;/a&gt; cet &#233;t&#233; pour r&#233;sider un mois &#224; Providence et travailler sur les manuscrits Lovecraft. La deuxi&#232;me, en d&#233;but d'apr&#232;s-midi, visite de l'atelier d'un ami qui compte, Pierre Ardouvin, et parler de son expo &#224; venir au MacVal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier rendez-vous (dans ma t&#234;te) est &#224; 11h, mais je prends le train de 7h43 et non celui de 8h15 : &#224; 30 minutes d'&#233;cart, il y a beaucoup moins d'embouteillages et encore quelques places de parking &#224; proximit&#233; de la gare, dans cette zone encore payante mais o&#249; toutefois les contredanses sont rares. Quant aux tarifs ce sont les m&#234;mes, la SNCF a tout pass&#233; en heures de pointe, &#231;a lui a permis une augmentation de tarif de 150 % en 5 ans, m&#234;me &#224; nous qui payons une &#171; carte Fr&#233;quence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le train je me concentre sur le &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique116' class=&#034;spip_in&#034;&gt;projet Fos&lt;/a&gt;, puis &#224; l'arriv&#233;e je vois que s'ouvre cette boutique de plastique sph&#233;rique qui coupe les cheveux pour 10 euros, j'entre et me fais ratiboiser, c'est mon coiffeur habituel deux fois par an, mais ils n'aiment pas trop les clients qui viennent l&#224; pour une vraie coupe et non pas un ajustement, en plus quand elle me demande mes &lt;i&gt;instructions&lt;/i&gt; je n'en ai pas. Elle me dira qu'elle n'aime pas trop parler : &#171; Nous on coupe les cheveux et hop l&#224; &#187;, et me demande o&#249; se trouve Saint-Pierre des Corps, elle travaille cinq jours par semaine gare Montparnasse depuis 2010 mais n'a jamais pris un train pour la province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite je prends un caf&#233; &#224; l'Atlantique, j'aime bien ce bref sas, &#224; c&#244;t&#233; de moi deux types &#224; peine la quarantaine, avec fort accent de sud-ouest, parlent de leurs battues au sanglier, l'argent que &#231;a leur co&#251;te, ces viandards m'&#233;nervent. Je mets mon casque et j'appelle Emmanuel Roy &#224; Marseille pour le projet Fos un bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite donc m&#233;tro, la 6, pour rejoindre l'Institut Fran&#231;ais, je passe devant la minuscule rue du Capitaine Scott sans la voir, d&#233;bouche sur le Champ de Mars (juste sous la Tour Eiffel dont le haut se perd dans la brume et vision distincte des grandes roues dent&#233;es tournantes du premier &#233;tage), reviens sur mes pas, d&#233;couvre que l'entr&#233;e de l'Institut Fran&#231;ais a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e rue de la F&#233;d&#233;ration pour cause de Vigipirate, presque en vue de la station de m&#233;tro o&#249; j'&#233;tais descendu tout &#224; l'heure. Et quand mon interlocutrice vient me chercher, elle m'annonce que notre rendez-vous &#233;tait &#224; 16h et non pas 11h (une histoire compliqu&#233;e, le premier rendez-vous propos&#233; c'&#233;tait le mercredi 11h, j'avais r&#233;pondu que c'&#233;tait l'heure de mon cours &#224; Cergy, elle avait donc propos&#233; le vendredi et moi je n'avais pas vu que l'heure &#233;tait diff&#233;rente). Je suis accueilli cependant avec gentillesse, tous les interlocuteurs pr&#233;vus ne sont pas disponibles mais ce n'est pas grave, je reviens sur ce qui s'est pass&#233; pour moi &#224; Providence, on parle des traces conjointes de Lovecraft et de Poe. J'aurais simplement d&#251; prendre plus au s&#233;rieux le fait de m'&#234;tre tromp&#233; d'horaire, je n'ai pas entendu l'avertissement int&#233;rieur, j'ai continu&#233; comme si la journ&#233;e &#233;tait normale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/11_if.jpg?1449865090' width='500' height='284' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/11_if_2.jpg?1449865090' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je prends le m&#233;tro, j'oublie que j'aurais d&#251; prendre &#201;cole Militaire pour rejoindre ma correspondance pour la 3, je reprends le m&#233;tro &#224; Dupleix et dois changer &#224; Trocad&#233;ro pour changer encore une fois &#224; Havre-Caumartin, c'est beaucoup plus long mais encore une fois je n'entends pas l'avertissement int&#233;rieur, j'attribue le fait de m'&#234;tre tromp&#233; de m&#233;tro &#224; la confusion r&#233;sultant du rendez-vous non pas manqu&#233; mais avec cette erreur sur l'heure pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/12_metro.jpg?1449865090' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je rejoins cependant J. &#224; 12h50 &#224; la station P&#232;re-Lachaise, on avise une des deux brasseries du boulevard et c'est un bon moment. On en sort heureux je crois, et il m'accompagne vers la station Dumas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'il faut quelques pr&#233;cisions : l'apr&#232;s-midi, &#224; 14h mais je sais que je peux arriver un tout petit peu plus tard, je rends visite &#224; Pierre Ardouvin dans son atelier. Une visite d'atelier d'artiste c'est toujours un moment privil&#233;gi&#233;, on a les &#233;bauches, la gen&#232;se, les outils. Pierre expose au MacVal en avril, c'est une r&#233;trospective importante pour son travail (r&#233;trospective ce n'est pas le mot, il y aura beaucoup de pi&#232;ces neuves) et je dois participer au catalogue. Quand on en a parl&#233; avec Pierre &#224; Cergy, dans une autre brasserie jumelle de celle dans laquelle j'ai d&#233;jeun&#233; avec J., je lui ai dit que c'&#233;tait double honneur et plaisir, outre le fait de m'expliquer par la langue avec son oeuvre, et les questions et le bonheur que me donne son travail, le MacVal &#233;tait un lieu associ&#233; pour moi &#224; un ami proche, Jacques Ripault, rencontr&#233; &#224; la Villa M&#233;dicis en 1984, et qui a beaucoup compt&#233; pour moi. C'est Ripault, dans nos marches de nuit, cet automne &#224; Rome il y a 30 ans, qui m'a litt&#233;ralement le premier appris l'architecture &#8212; et c'est lui qui a construit le MacVal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai racont&#233; &#224; Pierre Ardouvin comment, gr&#226;ce &#224; Jacques, j'avais visit&#233; le MacVal avant m&#234;me son inauguration, encore tout vide, mus&#233;e n'exposant que lui-m&#234;me, Jacques m'expliquant toutes les finesses de son architecture, le traitement des mati&#232;res, l'accueil des enfants, et m&#234;me ces deux chambres pour r&#233;sidence d'artiste qu'il avait fait en d&#233;calque m&#234;me des chambres sur la &#171; passerelle &#187; de la Villa M&#233;dicis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin, dimanche dernier, alors que j'avais laiss&#233; s'effacer mon &lt;a href=&#034;http://nerval.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site nerval.fr&lt;/a&gt;, et la revue que j'y avais ouverte deux hivers successifs, sur un coup de t&#234;te je renouvelle le nom de domaine et l'h&#233;bergement, et annonce aux abonn&#233;s de mon site que s'ils m'aident on peut reprendre l'exp&#233;rience. Je n'y peux rien, c'est dimanche dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais not&#233; l'adresse de l'atelier de Pierre Ardouvin dans mon iPhone, mais c'est seulement hier soir, vers 22h, en bouclant mon sac comme chaque veille de d&#233;part, que je remarque que son atelier est juste le long du mur ext&#233;rieur du P&#232;re-Lachaise, rue de Bagnolet, &#224; quelques dizaines de m&#232;tres, je suppose, de la tombe de Jim Morrison. C'est en le d&#233;couvrant qu'avec J. nous avions fix&#233; m&#233;tro P&#232;re-Lachaise notre rendez-vous, il m'avait dit : &#171; n'importe o&#249; sur la 2 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/14_j.jpg?1449865090' width='500' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et donc, quittant J. &#224; 13h50 apr&#232;s un moment vraiment vif, et un repas fa&#231;on brasserie de quartier mani&#232;re parisienne, et alors qu'il m'accompagne vers le m&#233;tro Dumas, que je lui dis vouloir prendre dix minutes pour monter jusqu'&#224; la tombe de G&#233;rard de Nerval, et faire quelques photos qui me serviront pour cette relance de mon &lt;a href=&#034;http://nerval.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site &#233;ponyme&lt;/a&gt;. On se quitte devant l'entr&#233;e principale du cimeti&#232;re, il pleuviote, je double &#224; pas vifs les groupes de touristes, faisant attention toutefois &#224; ne pas glisser sur les pav&#233;s in&#233;gaux apr&#232;s ma r&#233;cente entorse de Baltimore. D&#232;s pris l'all&#233;e circulaire sur la gauche, dans le cimeti&#232;re immense, plus de touristes en vue. Je suis venu souvent, je connais le chemin. &#192; peu pr&#232;s, &#224; peu pr&#232;s du moins. Je retrouve assez facilement le monument &#224; Casimir Delavigne, mais le cimeti&#232;re dans la brume et cette demi-pluie de l'hiver est trompeur, je prends une autre radiale, tombe sur la Transversale n&#176;1 et comprends que je suis mont&#233; trop loin, reviens par l'all&#233;e Delacroix, salue Delacroix. Pire que &#231;a, je crois que, passant devant le monument Casimir Delavigne, croyant Balzac et Nerval plus loin, j'ai photographi&#233; la tombe de Nodier au passage, mais n'ai simplement pas vu Balzac et Nerval, si peu monumentaux dans leur face &#224; face.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cim_1.jpg?1449865090' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/balzac.jpg?1449865090' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/nerval.jpg?1449865090' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas &#234;tre trop en retard chez Pierre Ardouvin (il m'a mis un SMS demandant si je venais bien &#224; 14h, il est d&#233;j&#224; pas loin de 14h15 ou 14h20, je lui r&#233;ponds &#234;tre sur la tombe de Nerval &#8211; &lt;i&gt;je n'y suis pas encore&lt;/i&gt; &#8211; et que j'arrive d'ici quelques minutes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je veux absolument retrouver tr&#232;s vite la petite colonne mince o&#249; repose Nerval. J'entre dans le bloc 48, et &#224; travers les tombes me dirige vers le buste de Balzac que maintenant j'ai bien rep&#233;r&#233; &#8211; immanquablement je devrais tomber sur la tombe de Nerval et &lt;i&gt;je ne la vois pas&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que &#231;a s'est pass&#233;. Si je ne &lt;i&gt;voyais&lt;/i&gt; pas la tombe de Nerval, c'est que je ne pouvais &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; voir. Je cherchais une tombe du XIXe si&#232;cle, modeste sous sa mince colonne. Devant moi, plaie faite &#224; la terre, un carr&#233; de ciment gris avec un nom et deux dates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au P&#232;re-Lachaise, on peut obtenir une concession, mais on n'a pas le droit aux pierres tombales modernes. Il faut racheter aux pierriers du boulevard une pierre tombale ancienne, venue d'une concession abandonn&#233;e. Il y a beaucoup de tombes &#224; l'abandon au P&#232;re-Lachaise. On a r&#233;cemment d&#233;mantel&#233; un trafic de pierres tombales vol&#233;es en province et revendues par les marbriers du boulevard. Un tel carr&#233; de ciment gris ne pouvait &#234;tre que provisoire, je devais retrouver Nerval, qu'est-ce que c'&#233;tait rageant alors que je devais &lt;i&gt;forc&#233;ment&lt;/i&gt; en &#234;tre &#224; quelques m&#232;tres &#224; peine, et vite rejoindre l'atelier de Pierre Ardouvin pour qu'on parle de cette exposition au MacVal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ripault_3.jpg?1449865090' width='500' height='289' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, j'ai march&#233; droit vers la plaque de ciment. J'ai avanc&#233; comme on fait, j'ai avanc&#233; malgr&#233; moi, comme une &#233;vidence et alors que &lt;i&gt;je n'avais toujours pas lu, que je ne voulais pas lire&lt;/i&gt;. Les yeux ne voulaient rien voir. La crispation &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, et l'envie de vomir. Tout le repas pris &#224; la brasserie est remont&#233;. Le nom sur la dalle c'&#233;tait &lt;i&gt;Jacques Ripault, 1953-2015&lt;/i&gt;. On avait le m&#234;me &#226;ge avec Jacques, n&#233;s dans la m&#234;me poign&#233;e de jours avec Chamoiseau aussi. De la m&#234;me fa&#231;on que je suis n&#233; un 22 mai, le m&#234;me jour que G&#233;rard de Nerval et que cela aussi me relie &#224; sa tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant j'&#233;tais debout devant la tombe de Ripault et je d&#233;gueulais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne sais pas, j'ai cri&#233;. Il y avait deux touristes avec une langue d'Europe de l'Est devant la tombe de Balzac (j'avais entendu leur langue quand je cherchais), mais quand on vient au P&#232;re-Lachaise on s'attend &#224; des choses bizarres, ils sont partis se fondre dans la brume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'ai cri&#233;, &#231;a m'a fait du bien. Je n'ai pas chial&#233;, je n'ai chial&#233; que longtemps apr&#232;s, dans la rue, apr&#232;s chez Pierre Ardouvin, en marchant vers Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tap&#233; du pied aussi sur le ciment de la tombe, je l'ai insult&#233; Ripault, j'ai dit : &#8211; Mais Ripault t'es un con, je crois que c'est un truc comme &#231;a que j'ai dit, et puis aussi j'ai pens&#233; : &#8211; C'est l'architecture la plus con que t'aies jamais faite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cim_fuite_1.jpg?1449865090' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cim_fuite_2.jpg?1449865090' width='500' height='280' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224;. Ensuite c'&#233;tait flou. Ensuite tout tournait. J'avais gard&#233; mon appareil photo &#224; la main, le tout petit compact, je filmais des tournoiements : les tombes tournaient, tout tournait. Et &#233;videmment, la tombe de Nerval &#233;tait juste dans mon dos, quand j'ai vu le nom &lt;i&gt;Jacques Ripault&lt;/i&gt; j'&#233;tais quasiment appuy&#233; le dos sur la tombe de Nerval et c'est pour &#231;a que je ne la voyais pas. Quant au buste de Balzac il s'en fichait, je lui ai lanc&#233; : &#8211; Ta gueule les morts, toi Balzac tu t'en fiches bien, et &#224; ce moment-l&#224; pour de vrai je n'aimais que Nerval et pas du tout Balzac, il ne pouvait rien comprendre &#224; rien Balzac, sinon il m'aurait aid&#233; et il ne l'avait pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite j'ai regard&#233; sur Internet : Jacques est &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ripault&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur Wikip&#233;dia&lt;/a&gt;, et comme Wikip&#233;dia est bien fait j'ai appris qu'il &#233;tait mort le 10 juillet &#8211; sur le site de &lt;a href=&#034;http://www.jacquesripault.com/ripault/atelier/studio/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son agence&lt;/a&gt; il est toujours vivant, le Jacques mon copain. Je suis arriv&#233; cet &#233;t&#233; &#224; Providence le 3 juillet (avec la f&#234;te nationale le lendemain facile de s'en souvenir), j'ai vu la tombe de Lovecraft le 5 juillet et j'ai commenc&#233; &#224; travailler sur ses &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article4208' class=&#034;spip_in&#034;&gt;carnets et manuscrits&lt;/a&gt; le 7, c'est de cela dont on parlait tout &#224; l'heure avec l'Institut Fran&#231;ais. Je me souviens aussi, dans ces premiers jours &#224; Providence, que jamais je ne r&#233;pondais quand je voyais sur mon t&#233;l&#233;phone des appels num&#233;ros inconnus, en provenance de France. Et combien de fois au printemps dernier, dans le silence de Ripault (c'est toujours comme &#231;a avec ceux qui ne sont pas trop sur Internet) je me suis dit : &#8211; Envoie un mail &#224; Ripault, ou : &#8211; Il devient quoi Ripault ? On &#233;tait comme fr&#232;re, c'est pas mon seul fr&#232;re, &#231;a concerne ces choses qu'on se donne de m&#233;tier &#224; m&#233;tier, j'ai re&#231;u de lui et je sais ma dette, dans ces cas-l&#224; on n'a pas besoin de se voir souvent et il n'y a rien qui s'&#233;teint jamais, mais l&#224; j'&#233;tais devant cette plaque de ciment r&#233;pugnante avec juste ce nom et ces dates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je pense &#224; comment il soignait les joints de b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s je ne me souviens plus. Je marchais. Il y avait des escaliers, des marches. Je voulais trouver la porte Est pour rejoindre la rue de Bagnolet et arriver chez Pierre Ardouvin, depuis la tombe je lui avais t&#233;l&#233;phon&#233;, moi qui ne t&#233;l&#233;phone jamais &#224; personne j'ai dit &#224; Pierre : &#8211; Pierre, il m'arrive un sale truc. Puis j'ai m&#234;me d&#251; lui dire : &#8211; Dans un putain de cimeti&#232;re aussi grand et il fallait juste qu'il soit l&#224;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je marchais. J'ai pens&#233; &#224; cette folie que j'avais eue, il y a quelques ann&#233;es, quand une tombe s'&#233;tait lib&#233;r&#233;e pr&#232;s de celle de Baudelaire dans le cimeti&#232;re Montparnasse. J'avais eu la vell&#233;it&#233; de l'acqu&#233;rir, et puis non, j'avais trouv&#233; &#231;a pr&#233;tentieux. Aujourd'hui c'est une sorte de monstrueux frigo en poussi&#232;re de granit reconstitu&#233; fabriqu&#233;e en Chine, occup&#233;e par une dame seule, il n'y a pas cimeti&#232;re Montparnasse de mesure de protection comme au P&#232;re-Lachaise. Et &#231;a m'a encore fait remonter les tripes : &#231;a lui faisait quoi, &#224; Ripault, d'avoir les pieds sur la t&#234;te de Nerval et d'&#234;tre l&#224; plant&#233; sous son ciment sous les yeux m&#234;me de Balzac ? Rien. &#199;a ne lui faisait rien. &#199;a ne faisait que faire vomir les copains et j'ai encore vomi. D'autres touristes, qui montaient, se sont d&#233;tourn&#233;s mais qu'est-ce que j'avais &#224; en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais loup&#233; la porte Est, j'&#233;tais perdu, je remontais dans des all&#233;es et des all&#233;es, et tout &#233;tait vert et pourriture et brume, j'ai retrouv&#233; la porte centrale et fait tout le crochet pour rejoindre l'atelier de Pierre Ardouvin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/pierre_ardouvin_1.jpg?1449865090' width='500' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il m'attendait devant sa porte, je n'avais pas &#224; lui mettre rien de tout &#231;a dans les bras mais c'est quand m&#234;me ce que j'ai fait, d'ailleurs j'avais encore le coeur comme quand je vais trop vite sur les machines de gym et je suais d'une sueur froide partout alors que dehors il faisait froid et pluie, Pierre nous a fait deux caf&#233;s comme quand on est &#224; la brasserie de Cergy puis on est mont&#233;s dans son atelier &#8211; ses pi&#232;ces sont un bonheur, un bonheur d&#233;rangeant, un bonheur ancr&#233; dans le fantastique, dans &lt;i&gt;le r&#233;el qui va de travers&lt;/i&gt;, il y avait ces inclusions avec papillons morts, il y avait ces t&#234;tes de poup&#233;e chauves et ces jouets m&#233;caniques, il y avait ces cartes postales qui renversaient l'assise du monde en cr&#233;ant des gouffres souterrains sous la vie ordinaire, mais on s'est mis dans le travail et on a parl&#233; travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la fen&#234;tre de l'atelier de Pierre, partie gauche le bout d'une cour d'&#233;cole maternelle et les cris des enfants de la maternelle, partie gauche le mur du cimeti&#232;re et comme &#224; cet endroit-l&#224; il monte, une grimp&#233;e de tombes jusque dans le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/maquette-2.jpg?1449865090' width='500' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et, au centre de l'atelier de Pierre, sur la table de travail, une maquette de la grande salle du MacVal, la salle o&#249; il va exposer, et comme Pierre construit avec pr&#233;cision tout ce qu'il construit, les murs &#233;taient ceux de Jacques Ripault, les ouvertures &#233;taient celles de Jacques Ripault, l'escalier &#233;tait celui de Jacques Ripault : cet escalier je l'avais &lt;a href='https://tierslivre.net/spip/spip.php?article182' class=&#034;spip_in&#034;&gt;descendu avec Jacques Ripault&lt;/a&gt; avant que le mus&#233;e devienne mus&#233;e (je me souviens : n'y &#233;taient accroch&#233;es que les toiles de Monory, l'oncle de Jean-Christophe Bailly, tout le reste emball&#233; dans caisses et papier &#224; bulle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la table de travail du sculpteur, une maquette rectangulaire de la grande salle du MacVal, plus petite certainement que la fosse, mais rectangulaire pareil et lui comme moi &#224; ce moment &#231;a nous a frapp&#233;s, il a sorti le plan dont il s'&#233;tait servi, un plan sans cartouche mais forc&#233;ment un plan Ripault, et dans la maquette les oeuvres en miniature dispos&#233;es par Pierre pour son exposition &#233;taient des oeuvres de vie (comme Rabelais dit &lt;i&gt;pierres vives ce sont hommes&lt;/i&gt;) quand dans la fosse l&#224;-haut, par del&#224; la fen&#234;tre, vers o&#249; le cimeti&#232;re se fondait dans la nuit, vers les tombes de Nerval et de Balzac, l'autre rectangle ne contenait que la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Il me fallait &#233;crire cela. J'arrivais &#224; Montparnasse par la 6. J'avais besoin de m'assommer. j'ai demand&#233; une bi&#232;re au comptoir. Un gars &#224; c&#244;t&#233;, avec un chapeau (un gars un peu plus vieux que moi, n&#233; en 48 il m'a dit), m'a demand&#233; si je n'&#233;tais pas Fran&#231;ois Bon. Je n'aime pas qu'on me demande &#231;a. Et puis il s'est mis &#224; me parler de Balzac. Puis de Faulkner, puis de Claude Simon. Il m'a parl&#233; aussi de Roger Pierrot, je l'ai inform&#233; de la r&#233;cente mort de Roger Pierrot. Il buvait une bi&#232;re aussi. Quand je lui ai dit avoir &#233;t&#233; sur la tombe de Balzac quelques heures plus t&#244;t, &#231;a l'a fait rire, et m&#234;me &lt;i&gt;se plier de rire&lt;/i&gt;. On a &#233;chang&#233; nos t&#233;l&#233;phones. M&#234;me l&#224;, pendant l'heure de train o&#249; j'ai tomb&#233; ces pages, parce qu'il le fallait, il &lt;i&gt;me&lt;/i&gt; le fallait, on s'est envoy&#233; quelques SMS sur Faulkner. C'est bien la premi&#232;re fois que &#231;a m'arrive &#224; Montparnasse, une histoire pareille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/mtp_balz.jpg?1449865090' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et vous aussi je vous remercie, Jean-Philippe C., qui vous &#234;tes mis &#224; me parler de Balzac et de Claude Simon comme si c'&#233;tait tout naturel, dans une gare &#224; 6 heures du soir en plein Vigipirate, de dire qu'&#233;taient bien pauvres ceux qui ne les lisaient pas, et de dire &#231;a comme si &#231;a vous faisait bien rire !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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