<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=147&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>la sc&#232;ne est &#224; Buthrot (id&#233;e pour un film)</title>
		<link>https://tierslivre.net/spip/spip.php?article942</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tierslivre.net/spip/spip.php?article942</guid>
		<dc:date>2017-08-07T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Racine, Jean</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce, M&#233;diterran&#233;e</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de l'imaginaire des lieux dans les vers de Racine&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Racine, Jean&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tierslivre.net/spip/spip.php?mot505" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce, M&#233;diterran&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton942.jpg?1459631402' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff942.jpg?1459631407&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce 7 ao&#251;t 2017, il y a juste 10 ans de ce voyage...
&lt;p&gt;&#8226; et ici la &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article135&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;balade photo&lt;/a&gt; &#224; Butrint, Albanie, &#233;t&#233; 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la biblioth&#232;que irr&#233;ductible, ces quelques textes dont nous sommes faits, et sans lesquels nous ne serions pas dans la contrainte d'&#233;tudier, d'&#233;crire, simplement pour leur pr&#233;sence, le sentiment qui s'y forge de la langue, sa musique et son rythme, sa lumi&#232;re propre aussi, bien s&#251;r le nom de Baudelaire, mais partout, et comme Proust ou Claudel ou Giraudoux (sans doute le meilleur analyste de Racine) et jusqu'&#224; Sarraute cette &#233;l&#233;vation de Racine. Et c'est totalement irrationnel : une forme aussi ferm&#233;e, cinq actes, entr&#233;es et sorties r&#233;gl&#233;es, mont&#233;e western &#224; la fin (mais toujours racont&#233;e, dite par celle ou celui qui en revient effray&#233;), et puis douze ans de sa vie, douze pi&#232;ces et au revoir (je ne vais pas v&#233;rifier, qu'on refasse le compte en pi&#232;ces et en ann&#233;es, en comptant Esther et Athalie ou pas : Racine s'absente, Racine s'oublie, et quand il revient avec ces d&#233;monstrations d'&#233;l&#232;ve pour Mme de Maintenon, il est encore Racine &#8211; celui qui compte, et pas le bourgeois de cour d&#233;crypt&#233; dans Saint-Simon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tant de myst&#232;res. Voir article &lt;i&gt;oui&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Quelques-uns&lt;/i&gt; de Camille Laurens : pourquoi quatre pi&#232;ces de Racine commencent-elles par &lt;i&gt;Oui&lt;/i&gt;, et qu'est-ce qui s'en induit d&#232;s l'incipit pour le tragique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le myst&#232;re Racine, aussi, ces lignes qui pr&#233;c&#232;dent la pi&#232;ce : voil&#224; l'argument, voil&#224; o&#249; je l'ai pris, voil&#224; comment j'en fais une fiction en m'&#233;loignant et de ma source litt&#233;raire et de mes sources historiques. On nous donne l'&#233;nigme pli&#233;e avant de nous aspirer dans le d&#233;pli, l'architecture de ce qui tient en trois lignes (ou une seule : le &lt;i&gt;dimisit invitus invitam&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;B&#233;r&#233;nice&lt;/i&gt; en &#233;tant le sommet&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi le myst&#232;re du lieu : relire Giraudoux (&lt;i&gt;Essais sur le th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;, en Folio), relire Claudel (ses &lt;i&gt;Conversations sur Racine&lt;/i&gt;, &#224; propos du &lt;i&gt;coup d'archet&lt;/i&gt; de Racine et sous l'&#233;branlement de d&#233;part : mais &#224; quoi pense l'acteur qui ne dit rien pendant la tirade de son coll&#232;gue ?). Racine n'a pas de g&#233;ographie, sinon celle de la sc&#232;ne et des mouvements qui la traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements d'apparition et disparition, mots qui conviendraient presque mieux qu'entr&#233;e et sortie, organisent seuls l'espace stable qui est le territoire &#8211; non pas de la parole &#8212;, mais de la relation de la parole &#224; nous, qui l'entendons dans son d&#233;ploiement : son adresse. Alors l'imaginaire est ouvert, et dans &lt;i&gt;Andromaque&lt;/i&gt; ce qui revient dans le texte, c'est un mot tissu, un mot nappe, un mot presque ind&#233;fini par sa rime f&#233;minine : &lt;i&gt;l'&#201;pire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Je sais que pour r&#233;gner elle vint dans l'&#201;pire&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais au d&#233;but d'&lt;i&gt;Andromaque&lt;/i&gt;, il s'agit d'un nom plus rocheux, et une localisation bien pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;La sc&#232;ne est &#224; Buthrot, ville d'&#201;pire.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, nous y sommes, &#224; Butrint, et c'est changer de monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais jamais ouvert une carte pour relire Racine. L'&#201;pire &#233;voquait des montagnes, et les bateaux venaient jusqu'aux palais, puisqu'&#224; tout palais on arrive en bateau de guerre et qu'ils doivent en permettre d&#232;s l'acte IV la fuite rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une c&#244;te montagneuse sur des centaines de kilom&#232;tres. Et puis, l&#224;, dans ce coude qui verrouille l'Adriatique (les V&#233;nitiens l'avaient bien compris), un marais entre un lac int&#233;rieur et un presque estuaire. Une poche refuge, ouvrant sur une plaine inond&#233;e. Le canal qui remonte de la mer &#224; l'antiquit&#233;. Au bout est l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traverser le canal il y a ce bac : c'est peut-&#234;tre lui, d'abord, qui fait changer de monde, un radeau sur f&#251;ts de 200 litres tir&#233; par un treuil, il y a le m&#234;me dans une nouvelle de Tolsto&#239;, et aussi je crois dans &lt;i&gt;La Maison des morts&lt;/i&gt; de Dostoievski. Sur le bac, s'empilent les Mercedes troisi&#232;me main dont l'Albanie, dans son d&#233;nuement et la fa&#231;on dont l'Europe lui tourne le dos, semble s'&#234;tre fait le d&#233;positaire international et unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, la pierraille de Kwamil, avec son b&#233;ton plant&#233; dans la caillasse, les chantiers ind&#233;finis et ce petit centre commercial en vitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Butrint est une &#238;le, reste une &#238;le. Les fouilles, depuis 1928, en ont exhum&#233; &#224; peine un tiers. Alors on d&#233;ambule dans ce qui ne d&#233;pend pas des guerres ni des hommes : le ciel, les arbres, la poussi&#232;re. L'ombre de ce qui est mauvais, et qui est partout sous-jacent dans (Andromaque&lt;/i&gt;, la fin d'une guerre et ce qui ne finit pas apr&#232;s la guerre :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Mais que ma cruaut&#233; survive &#224; ma col&#232;re ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je laisse le point d'interrogation, mais lire imp&#233;rativement Georges Forestier sur son absence dans l'&#233;dition originale, la ponctuation de Racine notant l'inflexion vocale et non pas la s&#233;mantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les derniers occupants permanents de Butrint furent les soldats de Mussolini qui y install&#232;rent une base, voir le &lt;i&gt;D&#233;sert des Tartares&lt;/i&gt;, pour ajouter un alin&#233;a de plus &#224; l'histoire des d&#233;pe&#231;ages de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous voici au travail : ici, l'&#233;paisseur des pierres et leur technique d'assemblage signe leur &#226;ge. Il y a la ville de Pyrrhus, et la ville grecque plus tardive. Puis les &#233;poques romaines, militaires ou commerciales, les temples reconvertis. Les chr&#233;tiens ensuite, et leurs basiliques. Puis la forteresse des V&#233;nitiens, et celle de Soliman Pacha : ville des morts. Et, dans ce marais, on dirait qu'elle s'enfonce, l'eau est partout dans les ruines. On marche sur des planches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lieu en particulier les incarne tous : la porte monumentale de la ville sur le canal. Et l'autre porte aussi, celle que cite Virgile, dans l'argument que reprend Racine en t&#234;te de sa pi&#232;ce : les blocs de pierre superpos&#233;s ont quelque chose de titanesque, d'un d&#233;finitivement immobile que rien ne saurait d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc on tourne ici Andromaque en d&#233;cor r&#233;el, que risquons-nous de perdre de Racine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de naturalisme possible. Le lieu auquel on revient sans cesse, c'est le th&#233;&#226;tre m&#234;me. L'autel o&#249; meurt Pyrrhus, il est l&#224; au chevet du th&#233;&#226;tre. L'all&#233;e o&#249; para&#238;t le roi, pour &#234;tre sur le chemin d'Oreste, c'est ce pavement o&#249; on devine du marbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliabules pour la vengeance d'Hermione, il leur faut l'ombre de ce plus vieux rempart o&#249; la ville est encore dans la terre. Ici, on doit s'enfoncer de notre surface de maintenant pour descendre vers le sol antique : on marche sur le toit d'une ville souterraine inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Andromaque : elle passe. Sur les chemins de l'&#238;le, sur les &#233;chapp&#233;es donnant sur le canal antique, sur l'horizon bleu des montagnes, Andromaque court ou marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, on ne filmera pas Andromaque parmi des ruines, sous pr&#233;texte que l&#224;, dans Butrint, est situ&#233;e l'action de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore une fois la conjonction du langage et du monde qu'il faut ouvrir : &#224; prononcer les mots dans la lumi&#232;re de maintenant, sur cette sc&#232;ne que je touche de la main et qui &#233;tait d&#233;j&#224; le lieu des rituels au temps de l'apr&#232;s Troie (non, le th&#233;&#226;tre semble dater du IV&#232;me si&#232;cle d'avant notre erre, mais le peuplement n&#233;olithique atteste d'une occupation permanente depuis longtemps), c'est poser la question m&#234;me de ce qui nous entoure, g&#233;ographiquement, temporellement, dans ce que nous ouvrons de la langue terriblement lumi&#232;re de Racine :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Captive, toujours triste, importune &#224; moi-m&#234;me&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors la question est aussi au vieux bac et son treuil, et ce qu'il devient dans Tolsto&#239;, la question est au b&#233;ton sur la roche de Kwamil, et l'odeur d'&#233;chappement des vieilles Mercedes albanaises, puisque nous sommes &#224; Butrint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film d'&lt;i&gt;Andromaque &#224; Butrint&lt;/i&gt;, nous ajoutons &#224; nos rep&#233;rages ces h&#244;tels g&#233;ants que les banques grecques semblent d&#233;poser pour un futur encore indatable : l'avenir de ces c&#244;tes n'est-il que pour y huiler les touristes ? Il semble que le Club Med ait revendu &#224; prix d'aujourd'hui ses possessions us&#233;es et trois fois rentabilis&#233;es sur Corfou pour s'installer ici. Nous jouerons Hermione sur ces terrasses : elles appellent l'&#233;clat d'acier des phrases d'Hermione :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Et ne voyais-tu pas, dans mes emportements,&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Que mon coeur d&#233;mentait ma bouche &#224; tous moments ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco a inscrit Butrint &#224; son inventaire du patrimoine mondial, o&#249; elle rejoint St Kilda et la Loire &#224; Chinon, pr&#232;s de la centrale nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Racine se l'approprie : &lt;i&gt;la sc&#232;ne est &#224; Buthrot, ville d'&#201;pire&lt;/i&gt;, et nous y viendrons tourner, faire entendre cette langue o&#249; la porte monumentale donnait sur le vieux canal, et le front pos&#233; contre les moellons antiques, pour mieux entendre, et Andromaque mobile dans les escaliers, avec cette eau noire qui sourd du sol pour envahir la ruine et enfin la fondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous filmerons &#224; Kwamil sur les &#233;tages nus de b&#233;ton, et, si ce n'&#233;tait pas si d&#233;risoire ou facile, Oreste pr&#233;parerait l'enl&#232;vement d'Hermione, et sa propre fuite &#224; la fin (quelle &#233;trange fin celle d'&lt;i&gt;Andromaque&lt;/i&gt;, quand il faudrait fuir et que toute fuite semble pourtant paralys&#233;e, d&#233;j&#224; condamn&#233;e : pourtant Racine ne savait pas la distance de l'&#238;le &#224; la mer par le canal sans &#226;ge, Oreste aurait une de ces Mercedes increvables, qu'un nuage de poussi&#232;re pr&#233;c&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Yalta qui a d&#233;cid&#233; que ce rebord des montagnes deviendrait la frange sud de l'Albanie, et serait retir&#233;e de l'&#201;pire. Tant mieux, sans doute : Enver Hodja a laiss&#233; l'abandon prot&#233;ger ce qui sinon serait devenu une attraction parmi les autres. Nous avons eu la chance de visiter Butrint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yalta &#233;tait d&#233;finitivement imb&#233;cile, jusque dans un d&#233;tail comme Butrint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris aujourd'hui le vieux mot &lt;i&gt;Buthrot&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_548 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ANDR3.jpg?1186564898' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
