#été2024 #28 | de l’art dans nos écritures, Édouard Levé

le cycle été 2024 de Tiers Livre



 sommaire général et présentation du cycle été 2024 (plus inscriptions) ;

 la page unique Patreon avec récap des consignes écrites et téléchargements fiches d’appui (ou via lettre mail dédiée pour les participant·e·s non abonné·e·s) ;

 l’ensemble des participant·e·s à ce cycle reçoit directement par lettre mail dédiée les nouvelles propositions, le journal de bord, et les fiches d’appui ;

 problème d’accès WordPress ou réception lettre mail : nous écrire !

 

#28 | de l’art dans nos écritures, Édouard Levé


Quand, en 2002, chez POL l’éternellement prescient, Édouard Levé publie Oeuvres, sans doute que je n’ai pas été le seul à ne pas prendre immédiatement conscience de ce qui se jouait dans les livres. Un photographe, de ceux qu’on dit « professionnels » déjà bien repéré dans l’univers des galeries et de l’art contemporain, publiait dans une maison de littérature un livre qui parlait d’oeuvres d’art imaginées, et voilà tout.

Levé a laissé quatre livres, même éditeur, donc Autoportrait qui est aussi une mine pour les ateliers d’écriture (la mise en relation d’une forme et d’un thème). Puis, il y a 2 ans, même éditeur, 400 pages d’inédits qui sont comme un atelier à ciel ouvert.

Et maintenant, retour sur Oeuvres : 533 fragments, dont chacun est l’invention d’une « oeuvre ». Oui, mais dans la totalité d’acception du champ. Des ready-made. Des constructions impossibles. De ce qui est à peine un détournement du quotidien.

Et deux fragments qui changent tout : le premier, le dernier. Dans les deux cas, il s’agit bien d’un « écrivain » et d’un livre. Dans le fragment d’ouverture, on nous annonce ce qui va se passer dans le livre. Dans le fragment de fin, le même écrivain lit le livre réalisé en public.

Une mise en abîme qui change tout : les fictions adviennent non pour désigner un objet d’art, ou les limites de l’art dans le contexte esthétique et politique du contemporain, mais en tant que ce livre lui-même, la fiction qui résulte de l’assemblage des 533 oeuvres d’art inventées, « mais non réalisées ». Et j’y insère le premier et le dernier fragment, puisque le premier est l’invention du livre, et le dernier un mode de lecture avec intervention du public qui en fait une oeuvre spécifique.

Et tous les « médias » convergent, dans ces 533 fragments, toutes les disciplines se croisent. Mais avec une injonction de plus : chacune des 533 oeuvres d’art (je vous propose un bref extrait, mais un PDF global, usage strictement personnel et privé, pour vous balader dans la totalité du livre) est proposée dans un contexte. Installation, dispositif, lieu public ou white room de galerie, action ou lente élaboration, ou protocole, ou accumulation.

Et c’est cette énergie fabuleuse, seulement propre à Oeuvres, que nous allons renverser.

Renverser au sens strict. Soit vos vingt-six contributions rédigées et publiées (plus le prologue, et on laisse de côté celle d’hier, la #27, puisqu’on va procéder de façon similaire). Sur l’ensemble, en sélectionner cinq — celles bien sûr qui s’y prêtent.

Et, ces cinq propositions, on va y ajouter une oeuvre d’art décrite ou inventée en cinq lignes comme vont ces fragments d’Édouard Levé, parfois en une ligne seulement (non, nous on fera plus), parfois en dix lignes ou une page, le plus souvent en trois ou six lignes.

Vous avez vos cinq contributions existantes, choisies parmi vos vingt-cinq ? Eh bien ici on va installer une photographie, là un film, là une danse (ou pourquoi pas un souvenir de danse), là une musique, là une statuette ou même pourquoi pas juste ce coquillage sur une étagère. Et la peinture (ce qu’on aurait, un des protagonistes) rêvé de peindre, et le théâtre (il jouait un rôle, dans cette réunion de famille, ce protagoniste).

On écrit ces cinq « objets » dont la nature ne se résume pas à leur matérialité : où est la frontière qui définit un geste, une intervention, le seul fait de collectionner, ou d’accrocher (la petite cuillère à soulier du Nadja de Breton, ou Duchamp se faisant expédier à New York par sa soeur cinq pelles à neige du BHV) ? Pour chacune de ces cinq contributions que vous avez sélectionnées, vous installez quelque chose au mur ou sur la cheminée, allumez la radio, passez des diapositives ou rangez des cassettes.

Travail de mémoire, de remémoration du réel ? Mais pourquoi ? Juste ce petit détail qu’on ajoute, parce qu’il donne une autre dimension aux personnages, au lieu, au texte.

Les idées ne viennent pas comme ça ? Eh bien non. Ça se saurait sinon. Mais vous sauriez passer vingt minutes dans les 533 fragments d’Édouard Levé sans qu’elles passent, les idées, et que vous ne puissiez y souder ce texte déjà écrit ? C’est mon pari.

Et la deuxième étape de cette phase du redressement vertical des textes, nous encore trop pris dans les échafaudages pour voir à quoi ça mène (ce qu’on disait hier sur l’attention portée à ne pas vouloir démontrer, prouver).

 


© François Bon & Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales & e-mail
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 juillet 2024
merci aux 303 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page