#40jours #26 | Perec et l’histoire du tueur de mots

au défi d’un exercice quotidien d’écriture pendant 40 jours


 

 

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#40 jours #26 | Perec et l’histoire du tueur de mots


Connaissez-vous tant d’exemples de récits et/ou romans dont la linéarité exclut, au profit de l’intrigue, la moindre histoire imbriquée ?

La tradition américaine est certainement moins digressive que le peut-être le Quichotte, où ces histoires sont un monde en ondes concentriques permanent, ou bien sûr dans ce récit-maître que sont Les mille et une nuits, traduction Mardrus et non Galand bien sûr. Mais même dans Lovecraft, les flashbacks sur les événements passés ont ce statut de narrations imbriquées.

Et moi, dans cette phase où il ne s’agit pas de multiplier les exercices à débusquer du réel et de la matière, mais d’infléchir progressivement vers la composition d’une unité d’un autre ordre, c’est cela qui me venait : composer un récit (ou roman) d’ampleur, c’est organiser en lui le jeu de ces histoires imbriquées, c’est elles aussi qui vont lui donner sa matière et sa voix.

Et ce vieux rêve, ce rêve de toujours, un livre récent (du moins à notre échelle) le porte d’évidence, Georges Perec (eh oui, encore Georges Perec), La vie mode d’emploi...

Vous vous en souvenez, que tout à la fin, dans la magie de ses index (noms, chronologies, citations) il y a un répertoire de Rappel de quelques-unes des histoires racontées dans cet ouvrage, avec l’assonance du R de « rappel » pour affaiblir à distance la redondance presque tautologique des « histoires racontées » (question sérieuse : qu’est-ce qu’une histoire qu’on ne raconte pas ?!)

Dans le doc joint (je vous rappelle aussi que sur Kindle ou iPad ou toute autre liseuse il existe pour une fois une version numérique de La vie mode d’emploi avec recherche des occurrences, outil dont je ne me lasse pas), vous trouverez une de ces histoires — celle du tueur de mots, justement — et un bout de ce fabuleux index, formidable inducteur à imaginaire, tant la liste des histoires est elle aussi une histoire.

Dans cette proposition, comme dans les deux qui vont suivre, demain avec Nathalie Sarraute et après-demain avec Emmanuelle Pireyre, j’aimerais que l’intuition, ces « inducteurs » vous servent plus d’appui que le texte-source lui-même. Perec utilise beaucoup le passé simple, et comparez la syntaxe de ces histoires racontées avec la syntaxe, allez disons par exemple le LXXIV, Machinerie d’ascenseur 2, moi je verrais bien vos histoires racontées avec le brassage de langue et la fusion syntaxique que Perec utilise pour la machine d’ascenseur.

Ce qui m’importe, c’est ça : adressez-vous à la première personne que vous croisez, chez vous ou dans la rue ou sur votre lieu de travail, et demandez-lui : — Combien à ton avis d’histoires racontées dans La vie mode d’emploi ? Moi j’aurais répondu une trentaine, eh bien non : 105, 105 exactement...

Alors, vous trouverez bien votre piste. C’est la deuxième partie de la vidéo. Hier, dans la #25, à partir des faits divers photographiés le lendemain par Bruno Serralongue, on a arraché à l’ordinaire de la ville un timbre-poste certes, mais un fragment du réel de la ville rendu indiscutable par la déchirure tragique qui nous y a menés. Et si l’histoire du personnage que vous allez inventer était liée à ce lieu, découlait de ce lieu, est-ce qu’on n’aurait pas une garantie de justesse, une épaisseur sans triche du personnage ?

D’autant (je le dis dans la vidéo, j’avais d’abord beaucoup gambergé et relu des vies brèves, ou minuscules...) que, s’il s’agit d’une histoire, ce n’est pas la vie tout entière de ce personnage. C’est une et une seule chose, mais une chose qui lui soit véritablement arrivée, une chose qui justifie — en tout cas corrélée –- avec sa présence ici, dans le lieu qu’hier vous aviez chois, juste là derrière la fenêtre, visage en reflet derrière le rideau...

Alors bonnes écritures...

 

« Visages derrière le rideau » ? Tenez, pour une fois, une image, la fameuse photographie dite « à la biche » d’Eugène Atget, parce que je suis en train de lire Jean-Christophe Bailly, Une éclosion continue, sur temps et photographie...


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1ère mise en ligne et dernière modification le 6 juillet 2022
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