#40jours #23 | quand Zbigniew va tout droit

au défi d’un exercice quotidien d’écriture pendant 40 jours


 

 

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 pièces jointes : extrait de Jean-Jacques S.

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#40 jours #23 | quand Zbigniew s’en va tout droit


Dans l’approche de l’écriture de la ville, m’a toujours surpris ce qu’on pouvait apprendre à voir, comme en coupe stratigraphique du réel, en se donnant la contrainte d’aller tout droit, au moins le plus droit possible, du centre vers l’extérieur, ou de l’extérieur vers le centre.

Dans la première catégorie, un livre étonnant de Jean-Jacques Salgon, Les sources du Nil : partant d’une écluse construite par Colbert à l’embouchure du Vieux Port de La Rochelle, Jean-Jacques Salgon, qui y enseigne sans y vivre, décide e remonter mètre à mètre ce minuscule cours d’eau qui prend source au bord extrême de la ville, de l’autre côté de La Rocade. Dans la seconde catégorie, au début du Jardin des Plantes qui est un des maître-livres de Claude Simon, la notation quasi en temps réel de ce qu’on aperçoit linéairement par la vitre lorsqu’un train quitte la gare de l’Est.

Dans les deux cas, contournements pour Salgon, vue latérale pour Simon. Et c’est là où venir détourner ces dix minutes d’un des réalisateurs expérimentateurs-culte des années 70 peut prendre sens.

D’autres films brefs de Zbigniew Rybczyński, comme Tango ou Imagine, sont passés à la légende. Son I can’t stop, pris au premier degré, avec la bande-son remplie de cris et d’étranges craquements, pourrait faire qu’on le prenne pour une parodie des archétypes du film d’horreur.

Mais, jusqu’à l’écrasement final, et grand comique bien sûr pour désamorcer, c’est bien d’une traversée radiale de toutes les strates d’une ville d’aujourd’hui à quoi on procède. Le lien d’accès est en barre d’info de la vidéo ci-dessus.

Alors on va tenter l’expérience. Le droit de traverser clôtures, murs, routes, cours, usines, bureaux, vitres, façades, portails, voies ferrées et les gens eux-mêmes ? Eh bien oui, le droit de traverser clôtures, murs, routes, cours, usines, bureaux, vitres, façades, portails, voies ferrées et les gens eux-mêmes.

Sauf que c’est vous qui choisissez et le sens, et le lieu. L’expérience, dans quelle ville, petite ou grande, du présent ou du passé, prise à votre expérience personnelle ou expérience reconstituée via Google Street View ? Et le sens : de l’extérieur vers le centre, comme Zbigniew Rybczyński, ou du centre vers l’extérieur, comme Jean-Jacques Salgon ou Claude Simon ?

Alors bien sûr, pour nous qui sommes les sérieux de la littérature, on va aller s’encanailler dans cette prouesse toute maladroite et tremblée, avec ses cris d’horreur ?

Pourquoi on s’en porterait plus mal ? Ce qu’on va prendre à Zbigniew, c’est une autorisation. L’autorisation de tout traverser, pourvu qu’on aille, droit, tout droit. C’est les gens dans les lieux qu’on va traverser, qui seront bien étonnés quand ils nous verront passer.

Ça nous emmène du côté du fantastique ? Alors oui, trois fois oui. Le fantastique ce n’est pas votre chemin en littérature ? On reviendra d’autant plus armé, d’avoir entrechoqué ainsi de façon inédite, et frontale, l’empilement de strates de réel qui s’intitule ville.

Alors bonnes écritures.

 


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 juillet 2022
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