63 | choucroute à Metz avec Fabrice Cazeneuve aller-retour express

tags : Metz, 2002, Fabrice Cazeneuve, Luciano Rigolini


Ce texte est un fragment d’un travail en cours, amorcé le 20 décembre 2020 et non destiné à publication hors site (pour l’instant).

Le principe est d’aller par une phrase par lieu précis de remémoration, et d’établir la dominante sur la description même, si lacunaire qu’elle soit, du lieu — donc public, puisque bar, bistrot, resto — de la remémoration.

La rédaction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s’appuie principalement sur la navigation par mots-clés depuis la page des index lieux, noms, dates.

Point régulier sur l’avancée de ce chantier dans le journal #Patreon.

 

63 | choucroute à Metz avec Fabrice Cazeneuve aller-retour express


L’impression qu’il y n’y aura jamais trop et ça te donne le vertige, qu’ici pour écrire il te faudrait un considérable ralenti, décomposer les images, les redresser à la verticale puisque ce qui comptait de la mémoire ce n’était pas ça, le détail précis des bars, bistrots, restos, mais en accepter l’arbitraire : oui, cela aussi il faut l’attraper, l’attraper maintenant et tant pis si pas de lien avec le précédent ni le suivant, sinon que dans l’arbitraire des associations mémorielles ça s’est superposé à ce moment-là, peut-être parce que c’était la même période, la même période à peu près mais comment en être sûr, à ce retour de Fort-de-France, rejoignant la gare Montparnasse pour le train retour, s’arrêtant au Relais pour acheter le journal (c’est en 2008 que Le Monde proposerait son abonnement numérique et que plus jamais acheté de journal ni magazine papier) apprendre par la Une de Libé le décès de Robert Kramer, on avait ce projet dans les limbes mais c’est aujourd’hui à vingt ans de distance qu’il m’arrive régulièrement d’y repenser, ce que Kramer invente dans son Route One avec son énorme, énorme caméra à l’épaule — et la nouveauté technique à l’époque qu’elle puisse aussi enregistrer directement le son — en tout cas nous avec Fabrice Cazeneuve on avait fait accepter à Arte (Thierry Garrel et Luciano Rigolini, qui nous accueillerait dans sa Lucarne oh les leçons de cinéma que je prendrais, lui qui semblait même le dimanche errer en pyjama de soie dans les couloirs vides d’Arte), un 52 minutes qui s’intitulerait donc Paysage Fer, il nous fallait l’autorisation officielle de tourner dans les gares, au bord des lignes, dans les trains et sur les quais, alors on avait pris le matin tôt le train à gare de l’Est (pour Metz, pas exactement le même trajet que l’itinéraire qui, après Commercy menait par Toul à Nancy) mais c’était le siège de la Direction de la communication SNCF à l’échelle régionale et notre rendez-vous était à 11 h 30, on y était à l’heure pile, dans mon souvenir non pas dans l’enceinte de la gare mais une rue juste en face à trois minutes, des bureaux (beaux bureaux) à l’étage, et le monsieur qui nous reçoit, nous écouté présenter brièvement le projet et ayant surtout déchiffré la lettre d’accord de la chaîne télé, nous disant : — Ah mais je ne peux rien faire pour vous, si c’était une télévision régionale pourquoi pas mais là ça dépend de la Communication à l’échelle nationale, et puisqu’on s’enquérait de comment procéder alors et à qui s’adresser : — Mais c’est à Montparnasse, dans la gare… oui bien sûr cher monsieur, l’escalier mécanique dans le hall même de la gare parisienne et qui faisait accéder à ce petit jardin minéral enclavé dans les immeubles, une curiosité mais qu’on connaissait bien, à 11 h 40 on était ressorti, il y avait un train deux heures plus tard à 13 h 40, quoi faire de mieux, suggéra Fabrice Cazeneuve, que de rester en face de la gare et aller manger une choucroute alors c’est ce qu’on a fait, on est allé manger une choucroute à la très bonne brasserie d’en face la gare et à 17 h j’étais de retour à Montparnasse pour repartir chez moi, on est toujours resté persuadé que le type savait parfaitement, en nous faisant venir (et tous les éléments lui ayant été communiqués préalablement par mail) la réponse qu’il avait à nous donner mais c’était peut-être dans l’idée totalement anticipatrice — si rares les fois où j’ai mangé une choucroute, mais véritable choucroute parce que ça nous passait aussi la colère, dans un cadre approprié et dans une région dont c’est (pas tout à fait mais ne chipotons pas) la spécialité — que cette brasserie, dans la journée perdue et les deux fois trois heures de train pour rien, figurerait dans ce livre.

 

Ailleurs sur Tiers Livre :
 Paysage fer, une page fossile du site (2003)
 Paysage Fer, le film, plus dossier complet et photos inédites ;
 Paysage Fer, fac-simile du carnet de notes original, voir mon Patreon.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 16 janvier 2022
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