« prendre » #7 | l’arbre, la pierre & Gilles Clément

cycle hiver 2020-2021, « prendre »


 


 le sommaire général du cycle ;

 dans l’habituel dossier FICHES IMPRIMABLES, l’extrait de Gilles Clément, à lire et relire avant écriture, merci !

 les contributions reçues

 pour mise en ligne de vos contributions, participation aux rendez-vous visio, et bien sûr la lettre d’info de coordination du cycle cf inscription ici,

 rappel : les textes sont envoyés à l’adresse du site, fichier joint au format docx, odt, pages (mais pas PDF)... beaucoup de discussions et d’échanges sur le groupe Facebook, je rappelle qu’il s’agit d’un groupe « privé » réservé aux abonnés de Tiers Livre.

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Image haut de page : Gilles Clément, Jardins du Tiers Paysage..

 

l’arbre, la pierre & Gilles Clément


Résumé de la consigne :

 enjeu majeur, poussée profonde, que le récit littéraire prenne sa place dans une description du monde hors d’un seul reflet de la domination humaine sur la nature, qui pourtant l’a structurée depuis l’origine ;

 accepter comme point d’énonciation du récit et horizon d’un autre équilibre, quand ce qu’on nomme anthropocène pose clairement la question d’une fin de l’espèce, ce qui part non pas de l’homme mais de l’animal, du végétal, du minéral ;

 chacun.e saura trouver, dans ses propres livres, des récits ou fables qui en témoignent, et notamment dans le contemporain récent — il y a un bestiaire prévalent chez Lautréamont, qui change le statut du narrateur comme du personnage (son poulpe au regard de soie, ou le pou, ou le requin), mais il y a La vie des abeilles de Maeterlinck. Plus révélatrice du saut conceptuel, l’approche de J.V. Uexküll : ne compte pas un dire ou un savoir humain de la mouche, de l’oursin, de la tique ou de l’escargot, compte comment on se défait de notre perception anthropomorphe pour construire une représentation depuis l’être vivant considéré, à rebours à ou à égalité de la représentation humaine dominante, parce que dépositaire de l’outil langue que nous requérons pour ce faire ;

 j’effleure juste l’oeuvre encore trop peu abordée sous cet angle de Roger Caillois, son livre Méduse & Cie, la place de la pieuvre dans son approche du fantastique, et bien sûr le travail sur la pierre qui conclut l’ensemble — ses textes étonnants sur le rêve et l’aile de papillon auraient pu aussi servir d’appui à cette proposition ;

 telles sont les 20 premières minutes de la vidéo, et l’explication de ce pourquoi on s’engage, pour ce cycle, sur les chemins de Gilles Clément : comme dans tout ce qui précède dans ce cycle, l’idée est de nous saisir d’outils, gestes et pratiques, exprimés langagièrement ou non, hors du champ littéraire pour l’élargir, lui ouvrir ces gestes ou territoires ;

 Gilles Clément est jardinier, organisateur ou constructeur de paysages, quand bien même son oeuvre écrite (que symbolise Le jardin planétaire) est incontournable et largement diffusée ;

 mais quiconque a lu, rencontré ou écouté Gilles Clément le sait : inlassable arpenteur des paysages naturels, des transformations urbaines, ce travail de changer le point d’énonciation, le placer hors de cette domination humaine, il l’a accompli d’abord sur lui-même — qu’il parle de la communication entre espèces végétales ou d’un arbre aux autres arbres, de l’équilibre de la libellule depuis l’air chargé de vapeur d’eau ou l’eau qui abrite sa larve, ou de sa contribution à l’équilibre écologique global par le fait que sa larve se nourrisse des larves du moustique, un autre équilibre apparaît, lui aussi porteur de poésie, et d’autres sources pour le récit ;

 le livre que j’ai choisi pour support s’intitule Traité succinct de l’art involontaire, chez l’éditeur sens & tonka, où il aussi publié son Jardin en mouvements ou son Abécédaire, 1997-2014 ;

 ce livre se présente non pas comme fable ou récit, mais comme écosystème incluant cahier de photographies couleurs (le réel comme on le voit, ou comme il vous assaille ?), des impressions noir et blanc articulant le mouvement du texte (un effacement, un retrait ou au contraire une géométrie ?), et une série de dessins associés aux textes (leur substrat graphique, ou la sensation abstraite que lèvent les textes ?) ;

 la construction est en 8 volets : envols, vracs, îles, constructions, érosions, installations, traces — cet énoncé même peut vous servir à partir en quête de vos textes ;

 chaque texte est « spatialisé » : Australie, Namibie, Californie, Paris ou la Creuse, le référent géographique du texte c’est la terre tout entière, là où on est allé l’arpenter, là où la leçon prise (une poubelle en forme d’onyx en Namibie) vaut bien plus universellement ;

 ce sont des textes brefs, à six par chapitre (environ), une cinquantaine de ces acmés ou épiphanies : et si vous choisissiez d’en bâtir trois, et non une seule ? trois récits brefs, et non pas un seul ?

 c’est Francis Ponge qui me sert d’appui : dans toute son oeuvre, jusqu’à Une figue de parole et pourquoi, le poète se dissout dans son dire, en multipliant cet écart que conserve son dire par rapport à ce qu’il nomme — l’enjeu, avec Gilles Clément, c’est de rompre radicalement avec cette posture (et quel bonheur, quels magnifiques ateliers aussi, nous avons fait avec Ponge) : en revenant à Uexküll, ou à la leçon de conte ou fable que donne Gilles Clément en décrivant la seule exuvie, fragile et transparente, de la libellule, changer radicalement notre point d’énonciation. Dans le fragment que Gilles Clément intitule Pierre du désert, c’est cette pierre, dans le sud marocain, qui réorganise le monde ;

 je suis conscient de la fragilité de ce que je propose, de la distance impalpable et réversible qu’il peut y avoir entre ces textes de Gilles Clément et la Figue de Francis Ponge : mais le langage reste l’horizon de Ponge, la nature hors de l’homme reste l’horizon de Gilles Clément ;

 l’arbre a un rôle important, récurrent dans ce Traité de l’art involontaire : je sais que le mot arbre recouvre une réalité totalement différente selon ce que perçoit Gilles Clément, l’arbre dans sa construction écologique complexe, dans sa capacité langagière avec ses congénères ou les espèces qui s’associent dans son écosystème, et ma propre perception, à peine au bord de s’entrouvrir, par la médiation justement de ce que Gilles Clément et d’autres en écrivent et m’apportent : dans vos trois fragments, est-ce qu’il pourrait y avoir un arbre, une pierre, et une de ces constructions humaines en activité ou délaissée (l’extrait de Gilles Clément sur cette décharge à fragments de verre en plein paris, ces îles de béton à l’abandon ?) ;

 et l’immense règne animal aussi (sauf mammifères, trop près de la tentation anthropomorphe)..

 de nouveau, la conviction d’une étape dérangeante, neuve, décisive ;

 


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 janvier 2021
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