de ces infiltrations sous la ville

on avait compris d’où venaient tous ces gens qui faisaient déborder les villes


 

Un système d’enregistrement automatique par caméra le prouvait : on savait maintenant d’où provenaient tous ces gens dans les villes.

Parce que longtemps qu’on avait mis des péages sur les autoroutes, des préfectures pour l’obtention des papiers, des contrôles dans les gares et aux aéroports – les villes auraient dû être étanches. Ces grandes constructions qu’étaient les villes pouvaient s’étendre, mais le premier objectif c’était la stabilité dans la population.

Et pour cela ne pas être trop nombreux. Rester entre nous. Qu’il y en ait pour tout le monde, même si tout le monde n’avait pas comme tout le monde, et certains encore bien plus que les certains avec bien moins.

On avait pourtant bien régulé aussi les extrêmes : des clous au sol pour qui n’avaient pas assez, et ceux qui avaient trop étaient partis d’eux-mêmes où cela leur semblait sentir meilleur.

Mais les caméras de surveillance à déclenchement automatique le prouvaient : ils n’arrêtaient pas d’entrer dans la ville. Ils entraient par infiltration. Cela se passait dans les sous-sol, cela prenait des chemins compliqués, et d’où ils venaient on ne savait pas.

En plus on les entendait rire, plaisanter, chanter.

Après, comment voulez-vous les reconnaître, tous pareils. Et puis une fois rejoints les espaces communs, plus possible de les rattraper, à moins de contrôle inopiné, mais on pouvait supposer qu’ils avaient tous les papiers qu’il fallait pour y satisfaire.

On avait conféré avec les anciens services de l’élimination des insectes. Ils sommeillaient, mais avaient gardé toutes leurs archives, et une bonne part de leur savoir-faire. On avait ressorti les vieux plans, examiné les fissures, les superpositions, les recompositions. Des ordinateurs avaient tracé des obliques rouges sur les vieux plans : les passes souterraines par où l’infiltration était possible.

Et depuis lors, on avait commencé le colmatage de la ville. La fin des fissures. Et pourtant, les croisant dans la rue, eux, vous, tout le monde, qui vous garantissait que l’infiltration ne durait pas encore, qu’ils n’appartenaient pas à ceux de l’infiltration ?

Ce que montrait la caméra de surveillance était édifiant, suffisant, menaçant.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 11 juin 2014
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