livres qui vous ont fait | l’intégrale Simenon

l’inusable montagne pour lecture en boucle avec effet de rues et pluie


J’ai toujours vu des Maigret chez moi. Mais en nombre restreint, ou bien qu’on se prêtait, donc usés et abîmés, et jamais celui qu’on voulait relire.

Ceux qui avaient droit de permanence, c’étaient ceux qui parlaient de notre territoire même : Fontenay-le-Comte (Maigret a peur), Les Sables d’Olonne (Maigret en vacances ?), L’Aiguillon-sur-Mer, ou même le pont du Brault.

Il y avait aussi ce fait réel que, pendant l’Occupation, Simenon avait régulièrement pris de l’essence chez mes grands-parents, à Saint-Michel en l’Herm, et qu’il employait comme secrétaire, période l’Aiguillon-sur-Mer, une de leurs amies.

J’ai donc su très tôt, par Simenon, qu’il y avait derrière les livres quelqu’un pour les écrire.

Bizarrement, c’est beaucoup plus tard que je m’y suis mis sérieusement. Plutôt après mon retour de la Villa Médicis. Souvenir d’un appart prêté pour quelques semaines rue de Sèvres où il y en avait une pile d’une dizaine.

Tout simplement : je n’imaginais pas qu’on puisse trouver là certaine qualité irréductible d’écriture et qui pouvait, capable de saisir une rue, une pluie, un mouvement, le faire avec cette grâce et cette éternité.

J’ai donc lu, dans cette période, beaucoup de Maigret, mais sans système. Puis a commencé la publication de cette édition intégrale. Les Maigret classiques, et les découvrir non pas dans notre imaginaire des films télévisés des années 60, avec Jean Richard, mais dans la version plus âpre, celle que Gabin avait entamée avant guerre. Ceux qu’on peut relire dix fois. Ceux qu’on relit parce qu’on les a un peu oubliés. Ceux qu’on relit à cause de certaine qualité spécifique d’un intérieur de maison (Les témoins récalcitrants) ou d’un personnage bizarre (Maigret se trompe) ou d’une soudaine audace narrative (Une confidence de Maigret ou Maigret s’amuse).

Puis évidemment cette suite des Maigret d’avant Maigret, les Maigret sans Maigret dans le titre. Montage cut expressionniste, brouillage dans le noir, La nuit du carrefour, Piotrr le Letton, Le chien jaune et les autres.

Dans cette édition, achetée à mesure de sa parution, sur plusieurs années, et partout où je la trouvais, je lirai aussi les Simenon non Maigret. La plupart, lus une seule fois. Trop de ce sentiment glauque, presque honteux, d’êtres livrés à leur obsession. Comme une culpabilité qui fait tellement la sueur même du volume qu’elle déteint sur vous.

Le goût de ces aventures brèves d’écriture, en dix jours sur de vieilles enveloppes, et voilà Feux rouges. Autant de titres que Balzac, deux heures de lecture chacun.

J’ai racheté quelques Simenon pour le Kindle, en ait piraté pas mal d’autres. Mais c’est une des rares oeuvres pour lesquelles c’est tellement associé à un temps clos, révolu, que les prendre par le livre c’est la porte obligée pour y rentrer comme la première fois on l’a lu.

 

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne 25 décembre 2013 et dernière modification le 24 février 2015
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