livres qui vous ont fait | Strindberg, Inferno

quand la malédiction pèse sur le livre après avoir pesé sur l’homme


Inferno, Légendes, Seul, Lettres à Harriet Bosse plus Plaidoyerd’un fou au moins ces cinq titres de la suite autobiographique de Strindberg.

Pourquoi un tel attachement à certains livres, pourtant obscurs, pourtant maladroits, pourtant impossibles à suivre dans leurs terreurs ou leurs exagérations ?

Le personnage de Strindberg, son magnifique visage. Et qu’il était aussi magnifique photographe (sans oublier ses celestographes). Mais aussi cette amitié avec Munch qui en fait presque, à Berlin, des frères opposés et croisés mais indissociables.

Il se passe quoi, dans sa tête, en février 1896, hôtel Orfila, rue d’Assas à Paris ? Que doit-il aux mages comme Papus ou Eliphas Levy ? Cabbalisme, signes prémonitoires, tout le réel se recourbe sur lui comme la chambre en rond de Van Gogh. Angoisses, dérives de nuit, paralysies et mystères, conspirations. On lit dans un étau.

Mais qui de nous tous pour échapper à cette fatalité qui encercle et déchire du dedans ? Reste que lui il va au bout et en fait affaire d’écriture, maudite, circonscrite.

Inferno est écrit en français : dans le français d’un Suédois qui écrit comme il peut, mais avec tout le rauque et le brut de qui prend la langue avec la ville, puisque c’est écrit à Paris.

Il fera traduire par un autre son livre pour qu’il paraisse dans sa première langue, le suédois. Et il demande à un ami lettré, Marcel Réja, de le réviser pour la langue française. Il paraît en Suède en 1897, en France en 1898.

Comment en vouloir à Réja, tout rempli de Huysmans et de Mallarmé, qu’il remette le livre en français à ses yeux correct, normal. Sauf que justement tout ici est contre le normal.

Voici donc un livre qui, dans les deux langues, le suédois comme le français, n’est plus le livre de son auteur. Nous voilà à jamais avec un livre handicapé pour dire un handicap de vie. Une obsession, une douleur, une folie, un cri. « Ce livre n’est pas de la littérature... » nous prévient Réja, dans un plaidoyer qui sonne comme une excuse. Alors c’est quoi, alors, c’est où, la littérature ? Au Mercure de France, en 1966, on n’ose pas faire le chemin inverse. On a le sentiment pourtant qu’il faudrait. Alors on nous donne 108 pages de notes recensant toutes les expressions originales rectifiées. Juste que c’est illisible. Inferno « constitue une sorte d’intermédiaire entre le document autobiographique et l’oeuvre littéraire » : on vous le ferait bouffer avec plaisir.

C’était une partie de mon projet d’éditeur numérique, reprendre de tels trésors et en produire une édition qui balance en tout brut le français que parle et écrit Strindberg pour dire la nuit qui s’empare de lui plein corps. Si un jour quelqu’un...

 

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 novembre 2013
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