livres qui vous ont fait | le grand Meaulnes

pourquoi garde-t-on les livres après les avoir relus ?


Comment se perdre à proximité immédiate de chez soi, quand tout le plus familier se révèle aussi chargé d’inconnu que les lointains dont vous êtes privé ?

Ç’aurait dû être le livre numéro un, celui par lequel tout a commencé, mais à cause de cela même je ne pouvais pas en parler trop tôt.

Je l’ai lu en sixième, mais dans ces derniers mois où nous vivions en Vendée, à portée de vue de la mer : en avril on prendrait la route toute droite vers les collines du bord de Charente, et plus loin encore c’était son pays, au Grand Meaulnes.

Tout ce dont il était parlé ici, l’école, le préau, la maison de l’instit secrétaire de mairie (à Coex mon grand-père maternel instituteur en accomplissait lui aussi la fonction), et la forge et l’arrivée des forains, et les bagarres dans la cour ou comment on recharge un poêle au bois moi je le savais. Le monde n’avait pas beaucoup changé de 1913 à 1963, et d’ailleurs des objets de la Grande Guerre la maison en était remplie.

J’étais déjà lecteur de beaucoup de livres, ou encore mieux : lecteur sachant relire les livres. La myopie, l’isolement du village, et une famille qui ne lésinait pas sur la mise à disposition des livres. De Petitou à Jacques Rogy, de la Bibliothèque de l’Amitié en intégrale, ou les Jules Verne qui prendront leur place ici, j’étais prêt pour le Grand Meaulnes. Deux ans plus tard, en quatrième, l’étape décisive ce serait Le rouge et le noir, et probablement que jusqu’à la seconde je relirais le Meaulnes une fois l’an. Ai-je cessé de le lire, hors cette période des dix-sept aux vingt-cinq ans où tout s’interrompit ?

Quand j’ai repris le Meaulnes, c’était dans l’édition même qui me l’avait fait découvrir, un livre de poche avec illustration sur fond vert. Le livre était devenu cassant, fragile, il est parti en morceaux. Je n’aime pas beaucoup les livres de poche, j’ai racheté celui-ci chez un bouquiniste, une sorte d’état intermédiaire : un livre qui n’était pas celui de ma première lecture, mais lui était contemporain.

Et lui non plus n’a jamais bougé de la pièce, quels que soient les déménagements.

Le Grand Meaulnes a été un des premiers livres disponibles sur les sites de téléchargement, même quand la diffusion en était encore bloquée par les droits (Flammarion, je crois ?). Depuis au moins 1998, je ne l’ai jamais relu que sur écran, mais là le paradoxe : la pièce où je travaille impose ces repères matériels dans l’espace, dont il est.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 7 novembre 2013
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