Hendrix | just a jam

chantier web en préparation sur Jimi Hendrix


La joie de Jimi Hendrix : à être, à faire, à jouer. Et tout ça pour mourir si vite.
Hendrix, fulguration, prouesses, érotisme. Hendrix : beauté d’un timide. Quiet and shy. Onde de choc trop violente, éclatement intérieur.

Toute une carrière, tout un héritage, tient en trois ans : il avait vingt-sept ans.

La légende ne se construit même pas, elle déboule, s’écroule sur lui, qui l’attendait depuis si longtemps qu’il n’y croyait plus. À la fois lui permet d’accéder à des sommets pour lui-même imprévisibles, et à la fois le terrasse.

La légende se réinvente dans les années 1980, avec l’irruption du CD, et la résurgence des musiciens oubliés des années 60 : Hendrix accède post-mortem à son statut définitif : considérable inventeur, propulsant son instrument, la Fender Stratocaster, dans une invention hors limite.

Le monde qui s’invente dans cette fin des années 60 est celui qui porte notre propre aventure.

Écrire, pour Jimi Hendrix, une ode, un hommage. Laisse r faire l’improvisation, le prendre comme il est lui-même : tout entier en chaque note, et rien qui rassemble la totalité Procéder par sondages, incursions. On rassemble les thèmes. On accumule les objets : guitares, vêtements, voitures, maisons. Ne pas tout dire, et ne pas dire dans l’ordre. Palper, flairer plutôt. Entendre.

Réécouter. Ne pas prendre la musique en détail, la prendre toute. Personne n’en est indemne. L’improvisation, la plongée, le risque, la matière sonore, le goût de l’électronique. Ce qu’on réécoute à l’infini comme on réécoute Bach : seule différence, c’est toujours lui-même qu’on écoute la rejouer. Bach rejouait et réimprovisait ses suites au violoncelle, on n’a pu que les noter.

Hendrix en tournée : une fois qu’on les a posés à l’hôtel, faire le noir, tirer les rideaux, poser un tissu sur la lampe, attendre là dans l’obscurité : ces moments sont si rares.

Mauvaise vue : myope, mais refuse les lunettes. Abîmera plusieurs voitures à cause de ça, dont une Corvette. Est-ce qu’il serait le même sur scène, sinon ? S’il avait une fois croisé Bob Dylan, autre binoclard non corrigé en public (c’est lui qui inaugure les lunettes noires à verres correcteurs, en public, dès 1965), en auraient-ils parlé ?

Jimi Hendrix quand il s’était choisi comme prénom Maurice (pseudonyme Maurice James, en février 1965, au Wilcox Hotel d’Hollywood, période Little Richard).
Jimi Hendrix quand on l’interroge : onomatopées, borborygmes. Si vous n’avez pas compris ça ne sert à rien que je vous l’explique. Tout a été trop bref : le temps des grands entretiens serait venu (grands entretiens Dylan : 1969, 1978 – longtemps après la crête où il est tombé, mais tombé du bon côté).

Façons de Jimi Hendrix d’approcher les filles : « J’ai quelque chose à vous dire, mais vous allez rire et vous moquer de moi… Non non, je ne rirai pas, je te promets… Je voudrais vous embrasser le genou.. » La fille rit, c’est gagné. Ou bien : « Je voudrais vous dire quelque chose, mais à l’oreille… « Elle penche, il lui embrasse l’oreille. Ou encore, à Marianne Faithfull, en présence de Mick Jagger : « Tu ne vas pas passer toute ta vie avec ce navet ? » Tout ça, avant la grande célébrité – plus besoin après.

Le nombre relativement restreint des morceaux : il revisite sans cesse Hear my train a comin’ ou Red House. Morceaux matrices que sont ses propres compositions infiniment reprises.

Les mains disproportionnées : comment lui-même se regardait-il ? Est-ce cette disproportion qu’on cherche à oublier par le corps des filles ? Sa façon de barrer le pouce en opposition avec les autres doigts, la guitare encerclée comme un poignet.

Jimi Hendrix, juin 1967 : « Oui, je suis triste. Je ne peux plus arriver à m’isoler du monde. Quelquefois, je voudrais juste qu’on me laisse un moment tout seul. Les gens pensent que je suis drôle : désolé, je ne peux pas les aider. »

De Jimi Hendrix, ses proches : « On ne l’a jamais connu manger beaucoup. »
Hendrix auteur : en studio, est attestée la présence de gros cahiers remplis de paroles, où il pioche au dernier moment, une fois la chanson construite. Pour enregistrer la voix, fait sortir tout le monde, et éteindre les lumières. Son goût pour l’avion : c’est dans les longues heures d’avion entre Londres et New York, ou pendant les vols côte Est à côte Ouest, qu’il écrit le plus.

Qu’on ait pu le surnommer à son arrivée en Angleterre The wild man of Borneo comme si c’était lui faire compliment.

Le chewing-gum dans la bouche quand il chante : il n’arrête même pas de mâcher pour articuler. Permanent sur scène.

Façon de danser en jouant : une ondulation souple, partant de la guitare vers la nuque aussi bien que vers les pieds, et incessante.

Music, man, it means so many things. It doesn’t mean necessary physical notes that you hear by ear. It could mean notes that you hear by feeling or by imagination or even by emotion . « La musique, mec, ça veut dire tellement de trucs. C’est pas seulement les notes que tu entends physiquement par l’oreille. C’est aussi les notes que entends via tes sensations, ou par l’imagination, et même par l’émotion. »

Ce qu’il appelle méditation : le besoin de temps pour rien, la nécessité d’ouvrir le temps, et s’y effondrer s’il faut. Tant à récupérer, dans les trois années si brèves. Et quand on ne sait pas se servir des livres : seule exception, son livre sur l’histoire et les rites des peuples indiens, mais dans ce livre il s’agit surtout des Hopi, quand lui est en quête de Cherokees.

I wanna see the North Pole. I wanna see the mountains they say they have at the South Pole. I wanna see Moscow – je voudrais tant voir le pôle Nord, et ces montagnes du pôle Sud, paraît-il, et je veux aller à Moscou : de toute la curiosité de Jimi Hendrix, qui ne fut pas satisfaite.

Ce qu’on dit génie ne se fabrique pas. Mais s’entrecroise avec ces éléments contradictoires, les énigmes biographiques, les hasards et les maladies de l’époque, ce qu’on y aperçoit de fantômes, ou dans les mots de ses chansons.
Dick Cavett Show : « Do you think music has a meaning ? – Oh yeah, a most spiritual thing you know…  »

Hendrix, questions après les concerts Experience, tournée américaine : « Yeah, but how many black folks were there ? » Sa perception à lui : « Élément de l’univers (member of the universe) ».

Just a jam : c’est ainsi que Jimi Hendrix annonce la plupart du temps ses concerts. L’improvisation, une dérive ? Ou juste un abandon, une obéissance, une confrontation ? Travail sur soi-même. Le destin qu’on se serait voulu, l’invention qu’on s’est rêvée, pour la musique, les mots, la vie. Just a jam.


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 septembre 2012
merci aux 484 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page