mort au monde

de la mort comme argument littéraire, étude de cas (anglophone)


Did you know ? Over the last 28 years, an average of 27 Nora Roberts books were sold every minute.

Bizarre coïncidence, hier soir, lors du dialogue à la librairie Olivieri avec l’ami Martin Winckler (et encore plus ami après qu’avant, mais ça fait 25 ans) : plus tôt dans la journée, lui s’était arrêté près de McGill à la librairie anglophone Paragraphe, tandis que moi je passais 45 minutes chez Chapters. Mais pour une raison identique : le goût irrépressible de respirer comment ils font les livres – ce que Marc détaillait à propos des couvertures, bien sûr, mais aussi des choix de papier, des polices de caractère, de la transition beaucoup plus progressive que chez nous entre éditions reliées, éditions brochées et diffusion de poche. L’objet livre est mieux honoré dans le monde anglophone que la rotation de plus en plus rapide de volumes imprimés à flux tendu ne leur permet chez nous. En même temps, chez Chapters, dans le déferlement de littérature industrielle, j’avais été surpris de la concomitance de deux auteurs en série, comme les killers du même nom.

En haut, je n’ai pas retenu le nom, le proliférateur intitule uniformément ses livres in death (Creation in death, Children in death etc... – mais c’est ce titre avec children qui m’a bloqué sur l’instant). En bas, tout près du tiroir caisse, cette Charlaine Harris qui fait dans le dead : Mort au monde, Mort en famille, Mort tous ensemble, etc. – elle en est au 10ème et sur son site vend aussi des tee-shirts.

Quelques clics, et facile de remonter vers le premier : J.D. Robb a son site, et attendez : en voilà au moins 40, des opus in death : Séduction dans la mort, Promesses dans la mort, Nés dans la mort, la liste de ses titres c’est déjà une merveille. Et un petit clic en plus sur le nommé J.D Robb, c’est le pseudonyme horror de Nora Roberts, 130 livres au compteur en son nom propre. Guerre au nombre ? Que non pas, Simenon serait là pour grimacer en antidote. Sur le site de Nora Roberts on a des vidéos (inclus promo Mariés dans la mort, justement), elle entretient une équipe, elle aussi vend des sacs, des mugs, des tee-shirts, souris d’ordi, parapluie et fausses balles de pistolet à porter en pendantif, pourquoi nous on y aurait pas droits, à nos shops.

Approche d’une fin de l’industrie du livre qui se prendrait les pieds dans son propre tapis du vendre à tout prix, sur les plus bas fantasmes commercialisables ? La question ne date pas d’aujourd’hui, mais c’est aussi une question de proportion.

Le monde anglophone semble avoir choisi. Est-il encore temps de tenter autre chose, autrement ? Est-ce que le numérique, notre résistance et notre survie, n’est pas alors forcément une instance de guerre à mener, et contre ça aussi, ou d’abord ?

Bon, c’est de ma faute – je n’avais qu’à aller chez Paragraphe, et non chez Chapters. Ce qui est précisément un élément de réponse à la question ci-dessus. A la même heure presque, un autre ami – suite de la coïncidence –, l’éditeur Gilles Herman y répondait à sa façon, via les enfants aussi...


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1ère mise en ligne et dernière modification le 21 mai 2010
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