Hubert Guillaud | concepts pour le livre numérique

Assemblage d’un assez grand nombre de feuilles portant des signes destinés à être lus... et Jeanne d’Arc


« Assemblage d’un assez grand nombre de feuilles portant des signes destinés à être lus » : c’est la définition du livre dans le Robert.

Alors « qu’est-ce qu’un livre quand il n’a plus de support physique ? Quand la forme matérielle qui définit son existence même n’existe plus ? Voilà une question à laquelle il est très difficile de répondre. Parce qu’en dématérialisant l’oeuvre, le format électronique détruit (c’est une destruction créatrice, mais c’est une destruction tout de même) ce qui faisait la définition même du livre : son support. »

Tel est le point de départ pour l’exercice qui consiste à dessiner le paysage tel que le dessine l’onde de choc en cours : autrement. Non pas transposition de l’univers du livre, mais chercher ce qui naît depuis des usages neufs, qui déplacent la notion même de lire : la façon dont par exemple lecture et écriture s’associent nativement dans les nouveaux supports, ou encore la façon dont nos modes d’appropriation, méditation, imagination, recherche peuvent être affectés, reconduits, amplifiés – et à quelles conditions, d’éducation, d’exigence dans les contenus, de processus d’édition, de diffusion et transmission – dans cette reconfiguration des usages.

Cela n’annule pas les discussions techniques, formats, flux etc, d’autant qu’aucun de ces nouveaux usages et supports ne peut être séparé de l’idée technique qui l’a initié (mais est-ce qu’il en a jamais été autrement dans l’histoire tri-millénaire des supports d’écriture ?), mais c’est l’approche qui compte, la façon dont on la décrit pour en organiser la disposition, les lieux d’intensité comme les lieux obscurs, les lieux de bascules, les pistes fortes, les points précaires.

D’où l’importance de (prendre le temps de) lire, et archiver, l’intervention faite ce matin à Montréal par Hubert Guillaud : qu’est-ce qu’un livre à l’heure numérique ?.

C’est en partant d’Alberto Manguel qu’on rejoint l’univers des métadonnées, du travail sur le texte (ceux qui utilisent le mode recherche et la e-liseuse de publie.net savent le virage qui s’y amorce) : « Mais ce contenu textuel, ne sera pas le seul à être important. Il va y avoir dans le livre électronique d’autres couches de contenus, comme les métadonnées, c’est-à-dire des informations descriptives et qualifiantes des contenus. Le texte est sémantisé, c’est-à-dire qu’on ajoute du sens au mots écrits, en les augmentant de précisions, de données. »

Et Jeanne d’Arc ? Rien que pour cette incise, merci Hubert :

« La connexion du livre (à d’autres services) risque d’être importante pour profiter pleinement des capacités des livres aux formats électroniques. Il faut aussi comprendre que le livre n’est plus seulement un support de lecture (pour autant qu’il ait été uniquement), mais il est aussi un support d’écriture (il l’a toujours été, comme le rappellent les marges que nous gribouillons… Qui sont parfois capitales, comme l’illustre le dessin fait en marge des actes du procès de Jeanne d’Arc par un clerc chargé de prendre note du procès, et qui est la seule représentation contemporaine de Jeanne d’Arc que nous ayons). »


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mars 2009
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