André Breton | nuit sur les noms

un site André Breton propose le musée devenu impossible


note du 1er mai 2010
« Administré sous la responsabilité de l’Association Atelier André Breton, présidée par Aube Breton-Elléouët, la fille du poète, le site se présente aujourd’hui sous la forme d’une base de données évolutive qui grâce à la technologie wiki permet à tout un chacun de l’enrichir à tout moment et partout dans le monde. Ce que nous faisons sans relâche depuis le premier jour. »

Très impressionné par le développement très rapide du site André Breton. Manuscrits, documents, objets, on s’y promène facilement, avec une fonction loupe pour déchiffrer les lettres ou regarder de plus près... Surtout, ces fonctions collaboratives qui sont une novation : envoi d’une « image du jour » par newsletter, et ce principe de contribution volontaire.

Rien que la section photographies mérite une exploration exhaustive.

Le site de Constance Krebs est un peu silencieux ces dernières semaines, est-ce un principe de vase communicant ? En tout cas, bravo aux initiateurs du site.

Quelques petits souvenirs à y associer : Te brader, non ! sur remue.net (plus notre appel) – épisode dont on retrouvera des traces dans le Chasse-clou ou Oeuvres ouvertes, comme si, même dans cette disparition de son mur, Breton avait contribué à mieux nous propulser dans la galaxie net.

Et que le changement d’époque, c’est que nul d’entre nous ne qualifierait aujourd’hui une telle tentative de musée virtuel : le web, devenu notre documentation principale du monde, est le musée principal d’André Breton comme nous aimerions tant qu’il le soit pour quelques autres de nos si nécessaires vivants...

 

note du 19 avril 2008
C’est dans Espèces d’espaces de Georges Perec :

Repenser à certaines des propositions faites par les Surréalistes pour embellir la ville :
L’obélisque : l’arrondir et faire poser à son sommet une plume d’acier à sa mesure
La tour Saint-Jacques : la courber légèrement. Le lion de Belfort : lui faire ronger un os et le tourner vers l’ouest
Le Panthéon : le trancher verticalement et éloigner les deux moitiés de 50 centimètres
Essayer de calculer, en s’aidant de cartes et de plans adéquats, un itinéraire qui permettrait de prendre successivement tous les autobus de la capitale.

Alors, ce dimanche, dans mes Pléiade André Breton me voilà en quête de la source, et bien sûr je ne la trouve pas. Mais, au passage, accroché par un titre, Poème fin du monde, je tombe sur une autre page surprenante, qu’on pourrait aussi très bien utiliser en atelier d’écriture...

En guise d’hommage perpétuel et renouvelé à André Breton, voici donc son Marais des cinq doigts...


André Breton | Nuit sur les noms...

 

Nuit sur les places qui furent occupées
Nuit sur les cérémonies qui laissent un voile de mariée dans les arbres
Nuit sur les fontaines de rire
Nuit sur les ventres blancs des danseuses en robes grises
Nuit sur les champs de tir et dans la prunelle du tireur
Nuit sur les usines vermeilles
Nuit sur les algues glissantes qui tombent des toits
Nuit sur les verres fumés dans lesquels on boit
Nuit sur les arbres en fleur
Nuit sur les pavillons toujours ennemis
Nuit sur les mains qui défont les agrafes
Nuit sur les appareils de protection au déclic brusque
Nuit sur les sujets extérieurs comme les nids d’aigles
Nuit sur les oasis scandaleuses
Nuit sur les passages des étoiles à telle heure
Nuit sur le grand midi des champs de blé mûr
Nuit sur les statues des révoltés immenses
Nuit sur les roulottes crevées des antiques reines d’Egypte
Nuit sur les rails déboulonnés
Nuit sur les expéditions marquantes
Nuit sur les vers luisants
Nuit sur les attentes de nouvelles
Nuit sur les poignées de portes
Nuit sur les perspectives à têtes de perroquets
Nuit sur les bastions et sur les cabanes d’ermites
Nuit sur les secrets les chances les viols
Nuit sur les précipices les combles les fouilles
Nuit sur les recherches parodiques de remèdes pires que le mal
Nuit sur l’histoire
Nuit sur la profanation des autels sacrés
Nuit sur les bonbonnes de rêves
Nuit sur les alambics naturels des régions inexorables
Nuit sur les jeux les suicides les promenades
Nuit sur les noms
Nuit sur les bouches

 

Texte trouvé dans les inédits reproduits par le Pléiade Tome 1 d’André Breton, « Le Marais des Cinq-Doigts »


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1ère mise en ligne 19 avril 2008 et dernière modification le 2 mai 2010
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