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2006.10.01 | cartes postales de la semaine

une autre date au hasard :
2013.12.05 | nature morte hôtel Cergy

Lundi, Tours, à 7h50 on ne voit plus le soleil au-dessus du fleuve. Je fais toujours la même photo depuis la vitre ouverte, dans l’embouteillage sur le pont.

Mardi, Paris, à 9h50, en attendant l’ouverture de Barrera Production pour récupérer les « masters » de mes enregistrements Baudelaire et Balzac, la surprise de comment, à 3 stations de métro près, les beaux quartiers sont figés dans un temps différent du nôtre.

Puis ce petit bureau aux éditions du Seuil : comme régulièrement, on parle pendant deux heures avec BC (OR n’est pas là, mais je brancherai mon ordi sur son câble Ethernet : bizarre sensation de changer de peau !) de certains déplacements du livre : la vente de la FNAC et son redéploiement en périphérie, qu’est-ce que ça va changer pour les librairies indépendantes, selon que ce sera Bertelsmann, Carrefour ou un fonds de pension américain l’acheteur ? Et, déjà, que les éditeurs aient à payer pour les livres sur présentoir allées, qu’est-ce que ça modifie pour les autres, et ce qu’on s’obstine à appeler quand même littérature ? On en parle aussi au téléphone avec Christian Thorel. Jamais eu telle accélération dans les modifications structurelles de la précaire économie du livre. En attendant on occupe la galerie avec les prix littéraires, voir édito Matricule, mais ça n’a pas l’air de tracasser beaucoup l’univers blogs. Et cette étrange lumière de ville blanche sur les empilements de manuscrits.

Mercredi matin, Pantin, avec Fabrice Cazeneuve et Pierre Bourgeois, nous prenons notre premier cours de coiffure sur vrais cheveux humains. Je note toute une page de vocabulaire. Plaisir de retrouver les élèves du CIFAP avec qui j’avais travaillé l’an dernier, cette fois pour l’aventure que nous offre à nouveau Arte. L’après-midi, mon premier atelier d’écriture depuis 5 mois.

Jeudi, paris, Maison de la radio avec Alain Veinstein. Nos paysages urbains. Ce que cela dépose en nous de géométries, formes et signes. Ainsi, successivement, ce bref détour par la Défense (cette fois pour l’impression des CD Balzac et Baudelaire), ce vieux château d’eau pour locomotive au rond-point de Saint-Pierre des Corps, et l’obligation morale qu’on se fait désormais de photographier au passage les refroidisseurs-convertisseurs des centrales nucléaires (ici, Beaugency). Alain recevait avant moi le nouveau traducteur de Moby Dick en Pléiade, Philippe Jaworski, et me fait cadeau de son service de presse : je lirai toutes les intros et préfaces jusqu’à 1h30 du mat.

Vendredi soir, Orléans, médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle. La lecture a lieu dans la salle du conseil municipal et des mariages, incluse dans la médiathèque. On est rarement accueilli aussi bien qu’ici, via Dominique Jenvrey et Olivia Maigre. Mais c’est la première fois que je lis face à Chirac et Mitterrand (devrai revenir l’an prochain pour voir). N’empêche, je commence à maîtriser un peu mieux mon bazar informatique, les micros Sennheiser 441 de 30 ans d’âge répondent vraiment idéalement avec ces bonnettes trouvées via eBay à Hambourg. Je dis à Jean-Pierre, le sonorisateur, que Frank Zappa avait les mêmes sur scène, il me répond que les Compagnons de la Chanson aussi. Le mois prochain, ici, ils reçoivent Didier Daeninckx, et en février organisent une soirée spéciale Al Dante. Ensuite, Catherine Martin-Zay, de la librairie Les Temps modernes me rappelle m’avoir accueilli en 1982, à la parution de Sortie d’usine mais que de toute la rencontre je n’avais répondu que par monosyllabes. Quant aux lectures à voix haute, voir ci-dessous article Edouard Launet dans Libération suite à Manosque : quelque chose qui s’ébauche ?

Samedi après-midi, encore Paris, pas sorti l’appareil-photo sauf pour l’au-revoir, devant la Maison de la Poésie qui accueillait l’assemblée générale de remue.net, passage de relais, changement d’équipe : les têtes changent, mais cinq ans que l’aventure collective s’est ouverte. Devinette : lequel est Fred Griot ?

Ajoutons que les heures de train et les heures du matin ont été consacrées aux biographies de Bob Dylan : celle de Clinton Heylin, Bob Dylan, Behind the shades, take II me satisfait pleinement. Réécoute obsessive de Blonde on blonde. Feuilleton en vue : la mule mobilise l’ordi la nuit. Voilà, quatrième semaine de septembre.


Annexe : Edouard Launet Le son a rendez-vous avec la plume

Mariage réussi entre lecture et musique lors des Correspondances de Manosque.

Par Edouard LAUNET

© Libération, samedi 23 septembre 2006 - 06:00

Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) envoyé spécial

Les écrivains prennent goût à la scène. De plus en plus. On sait que Houellebecq et Angot aiment à lire leurs textes sur les planches, les croisant avec le rock pour l’un, avec la danse (Mathilde Monnier) pour l’autre. Mais au-delà, c’est toute une génération d’auteurs qui cherche avec le public un contact plus riche que celui des séances de signatures et des foires aux livres.
Ainsi, les Correspondances de Manosque, festival littéraire organisé depuis huit ans, proposaient cette semaine ­ et jusqu’à dimanche (1) ­ de découvrir des couples improbables. Mercredi soir, le grand Claude Barthélemy (ex-patron de l’Orchestre national de jazz) arrivait sur scène un oud (luth arabe) à la main, en compagnie de Yann Apperry (Farrago) . Et c’était parti pour une heure de « concert littéraire » : texte, musique et même chant se répondaient, tandis qu’un fond vidéo rythmait les échanges. A priori, on n’aurait pas misé un kopeck sur ce genre de « performance ». A l’arrivée, il fallut bien admettre que la chose avait un sens et suscitait un plaisir singulier qui n’était ni celui de la lecture ni celui de la musique.

Boucles de son. Le lendemain, c’était la best-selleuse Nancy Huston qui faisait salle comble avec des Tentatives de renaissance portées par le clavecin de Freddy Eichelberger. Puis, le soir, Arnaud Cathrine (Sweet Home) poursuivait un dialogue très « chaud » avec la guitariste et chanteuse Claire Diterzi. Entretemps, François Bon (Daewoo, Tumulte) s’était pointé seul ­ quoiqu’avec un peu d’électronique ­ sur la place de l’hôtel de ville pour une « lecture performance », déclenchant, via le pied, des boucles de son avec autant de fougue qu’Hendrix piétinant sa pédale Univibe.

Fantaisie orientale. L’image n’est pas forcément outrée : « Le plaisir que l’on éprouve sur scène, c’est un peu celui de l’instrumentiste », confie Yann Apperry. Lui ne se verrait pas faire de simples lectures de ses romans : « Ça ne ferait que surligner un texte conçu pour être lu, pas dit. L’écriture ne manque de rien, elle se suffit à elle-même. » Avec Claude Barthélemy, rencontré en avril, c’est donc autre chose. L’idée était de partir du son de l’oud pour aller vers une sorte de fantaisie orientale, de conte persan. Finalement, il a été plus simple de retravailler un dialogue de théâtre.

Ces spectacles, Olivier Chaudenson, directeur des Correspondances, aimerait les voir tourner entre des festivals partageant ce goût des « événements littéraires de création ». En début d’année, un manifeste a été signé par une quinzaine de lieux et manifestations aussi divers que le Marathon des mots (Toulouse), la Fête du livre de Bron, le Lieu unique (Nantes), les Cafés littéraires de Montélimar, etc., afin que se développe un réseau où les écrivains ne seront pas en tournée de promo, mais acteurs d’une création artistique à part entière. Et donc rétribués en conséquence.

Sans constituer un circuit professionnel, ce type de réseau pourrait d’ailleurs être un appoint intéressant pour des auteurs aux revenus très variables. François Bon, qui s’échine à une création littéraire sur l’Internet pas rémunératrice du tout, donne vingt à trente lectures-performances par an ­ parfois en compagnie du violoniste Dominique Pifarely et d’autres musiciens ­ pour lesquelles il demande entre 450 et 600 euros. Manosque offre moins, mais des scènes comme les Halles de Schaerbeek (Bruxelles) vont jusqu’à 1 200 euros.

François Bon, chroniqueur des Rolling Stones, parle d’une « curiosité réciproque entre écrivains et musiciens », qui facilite évidemment les croisements. A Manosque, sont déjà passés Jean-Louis Murat, Jacques Higelin, Thomas Fersen, Christophe Miossec. En 2000, Serge Teyssot-Gay (guitariste de Noir Désir) était venu lire du Georges Hyvernaud. L’an dernier, il était de retour pour un « concert littéraire » avec Lydie Salvayre.

Bombe de rentrée. Olivier Chaudenson estime naturel que tout cela converge aujourd’hui, « les auteurs jeunes s’étant intimement nourris de musiques et d’images, certains s’intéressant à la culture du sample ». Le directeur des Correspondances va jusqu’à rêver de la création d’une « scène littéraire », lieu national qui accueillerait lectures, performances et débats. En attendant, Manosque sera samedi la scène de la première apparition de Jonathan Littell, bombe de la rentrée avec les Bienveillantes (Gallimard). Bruyant, mais sans musique.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er octobre 2006
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