journal | fantômes de Proust à Combray


J’ai parlé vendredi dernier de cette confusion de calendrier, les 2 heures de bagnole pour Illiers-Combray et je m’étais trompé de vendredi. Mais autre rendez-vous plus intérieur et inéluctable, alors que je suis dans l’étape compo du bouquin. Mais donc ce matin il a bien fallu refaire la route, cette fois avec un peu d’autoroute jusque Blois, puis diagonale Beauce jusque Chateaudun, et malgré la batterie du vieux break qui n’a rien trouvé mieux que de lâcher pile à 9h moins 10 quand je partais, merci le voisin garagiste ça s’est réglé assez vite pour maintenir le programme. Et je n’aurais pas pu réellement rencontrer les fantômes de la Recherche aujourd’hui, en situation d’interview. Mais rien à voir, retrouver les choses où on sait devoir les trouver, affiner les perceptions. Non, ne pas attendre d’un lieu qu’il vous rapproche du livre, au contraire c’est prendre conscience beaucoup plus radicalement du mode de composition radicalement textuel. A preuve que de la chambre reconstituée avec la lanterne magique jamais l’enfant ne pourrait voir l’image se déformer sur le bouton de porte. C’est dans la chambre d’enfant, justement, que mon interlocutrice m’a demandé : — Mais ça ne vous émeut vraiment pas du tout ? Non, mes sensations n’étaient pas de l’ordre de l’émotion, l’émotion est dans le livre, et le travail qu’on peut faire sur le réel y reconduit. À l’endroit précis de cette chambre, le mur extérieur de la maison montre une large fissure, j’ai dit à mon interlocutrice que c’était peut-être ça, le vrai signe de liaison entre le réel et le livre. Et puis quand même, dix minutes plus tard, alors qu’elle travaillait avec le photographe, je suis allé la chercher : — Voilà, il y a ça, qui m’émeut. J’étais à nouveau devant l’armoire vitrée pour laquelle la petite-nièce de Proust, à l’inauguration du musée en 1971, a fait cadeau de livres venus de sa bibliothèque. Ce lourd Saint-Simon édition Cheruel en 20 tomes, il ’la donc eu en main, et lui longtemps sur chaque page. Là oui : ce réel-là m’est accessible, parce que je sais les pages de Saint-Simon et ce qui se passe dans sa tête quand on le lit. Là oui, je pouvais commuter pour me rapprocher de Proust. On a fini par une ballade sous les arbres du côté de Guermantes. Mais plus tôt, à l’arrivée en fin de matinée, étrange impression à voir deux formes anthropomorphes là, en pleine rue, qui venaient à votre rencontre : il y a donc bien des fantômes à Illiers-Combray ? Ceux-là n’ont pas répondu.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 juillet 2013
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