< Tiers Livre, le journal images : 2013.03.09 | réel en boîte

2013.03.09 | réel en boîte

Toujours dans les couloirs de cette école de cinéma (l’INSAS Bruxelles), lundi dernier, cette vieille caméra exposée, avec ses leviers et ses objectifs probablement datant des grands temps de la télévision (le « 1 » de plastique rouge collé évoque bien le plateau) ? Frappe d’abord comme cela ne nous éloignait pas des anciens métiers : le socle de fonte, avec alésages et visseries, les tiges forgées, les capots alu avec aération, tout cela supposait encore l’aciérie morte vue l’avant-veille dans la ville de bande-dessinée recréée par les Luxembourgeois à Belval. Mais c’est la dimension et le poids de l’appareil en lui-même, qui frappe, et le jeu d’objectifs tournants : le réel devant est une bulle, une petite découpe comme ces monuments avec fausse neige dans leurs petits flacons de plastique. On construit du réel pour que tout entier il tienne dans le gros appareil. Ces mêmes êtres curieux qu’on voit ici s’activer dans les couloirs, qui ne prétendent pas au concours de mode, mais brassent avec leurs gants et chariots des amoncellements de projos, sont capables de manipuler des grues téléguidées avec un léger appareil au bout muni d’un capteur haute-def. On s’interroge toujours sur ce que ce changement opère quant au cinéma, à voir la vieille grand-mère caméra, immobile et scellée, je me dis qu’on doit s’interroger d’abord sur ce que ça change au réel lui-même, qui n’est tel ou n’advient à lui-même comme tel, que dans la relation qu’il entretient à nous, qui le produisons comme énonciation. Après tout, c’est dans mon iPhone que je l’ai rentrée tout entière, la vieille dame hiératique en gris.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 mars 2013
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