#voyages #08 | a journey to Houston

Cela se décide vite. Partir à Houston, not a big deal. Elle demande où on est. Il dit San Bernardino. Il ne sait pas mais cela fait environ 57 miles. Presque 100 km. Pas grand-chose sur les 2490 km jusqu’à Houston.

On longe des villes avec des nom de palm trees. Des palmiers il y en a partout sur le bord de la highway 10.

Le paysage file vite sur la quatre voies. On lit Live Oak, Canyon road. No yet.
Redlands. California. Lignes haute tension, panneaux publicitaires. Soleil blanc haut dans le ciel. Encore des palmiers. Cabazon et ses dinosaures. Et là ? Kitchin Peak.

A la vitesse de la lumière on mettrait 3 secondes.

Le paysage se pèle, frotté de blanc, sable piqué de plantes rachitiques à Desert Hot springs. Il mnéralise le temps et l’espace, les fige. On avance et tout semble identique, désert devant, derrière, à droite, à gauche. Chaleur de plomb. On se liquéfie, forcément.A un moment, la fatigue et la faim creusent leur lit dans l’aplat désertique. Il est temps de quitter la route. Next exit, somewhere you don’t care. Alors, le premier motel venu dans l’espace marginal de l’histoire, dans sa discontinuité. Le motel est rupture temporelle. Le lendemain, on ne s’éternise pas, on repart dans le paysage, inchangé. L’étalage du blanc dans l’œil cligne, s’absente parce qu’à un moment on ne voit plus que l’asphalte, on ne compte plus que les miles engrangés.

Alors, Phoenix, Arizona. Tucson, Comté de Cochise, la poussière se soulève et envahit le champ visuel. Comté de Luna, Nouveau Mexique. Motel. L’air nous chasse de la route, de nous-même. El Paso, Texas.

On quitte l’autoroute, on s’engage dans une voie de traverse, on s’arrête à Marathon, Texas. Small, small town dans une zone rase. Quelques baraquements, pompe à essence, motels. Il y a ce panneau improbable, bridge may ice in cold weather.

Le sang de la route nourrit ce grain sableux, fluide de l’existence. On pourrait facilement se diluer dans l’identité d’un autre. On pourrait se rebaptiser Trevis pour l’occasion. On pourrait rouler dans une vieille Ford ou un pick-up du même genre. On n’aurait plus besoin d’atlas ou de carte routière, on suivrait la même route toute le temps, la Highway 10. On n’aurait pas besoin de se perdre.

Quelque part, devantures de vitrines, restaurants, parkings, panneaux indicateurs, surgis entre deux vastes étendues que la route met à découvert. Enfin, Houston, end of the journey. Là, s’asseoir sur un muret de béton et attendre que le soleil se couche dans l’horizon derrière les buildings.

A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires et ouvrages collectifs. Lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 (au diable vauvert) et autrice d'un livre de photographie sur l'enfance, Que jeunesse se passe (éd J.Flament), d'un recueil de prose poétique, ceux qui m'aiment (Tarmac), d'un recueil de nouvelles, Faims (Christophe Chomant) et d'un récit poétique et choral, peggy m. aux éditions la place. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens)...