#MARDIS – Catastrophes – Pierre Barrault | je me lève

Je me lève. Je me lève tous les matins. Tous les matins je me lève. Tous les matins je me mets debout sur mes pieds. Donc sur mes deux pieds tous les matins je me tiens debout je suis levée. Tous les matins je marche un pied après l’autre tous les matins le gauche puis le droit ou le droit puis le gauche je suis debout levée je marche. Levée de quelques pas j’ouvre la porte debout sur mes deux pieds de la main droite j’ouvre la porte jamais de la main gauche j’ouvre la porte il fait encore noir j’ouvre je sors levée debout sur mes deux pieds le gauche et le droit. Tous les matins je me lève j’ouvre je sors. Tous les matins je vais à la salle de bain. Pour rejoindre la salle de bain il faut d’abord que je me sois levée sur mes deux pieds que j’ai ouvert la porte que je sois sortie alors je vais vers la salle de bain. Je dois ouvrir la porte de la salle de bain. J’ouvre la porte de la salle de bain. Je peux l’ouvrir car auparavant je me suis levée je me suis mise debout sur mes deux pieds j’ai marché j’ai ouvert un première porte. Pour ouvrir une deuxième porte il faut en avoir ouvert une première et souvent la première porte est celle d’une chambre, d’une chambre à coucher qui permet de se lever c’est-à-dire quitter l’horizontalité à la condition d’entendre par première porte celle qui est la première à être ouverte le matin car si l’on considère que la première porte est la première porte que l’on ouvre en fin journée lorsque le soleil se couche ce n’est que rarement la porte de la chambre à coucher c’est bien au contraire une tout autre porte une porte différente une porte qu’on n’ouvre pas ensommeillé décoiffé baillant les yeux fermés et c’est sans doute une porte que l’on prend dans l’autre sens, il s’agit non pas de sortir mais de rentrer. Tous les matins je ne rentre pas chez moi. Le matin je me lève, debout je vais de l’intérieur vers l’extérieur. Je sors de ma chambre à coucher car avant de me lever je dormais. J’étais allongée dans un lit à dormir, alitée mais pas malade, alitée le corps non pas vertical mais de tout son long dans un lit pas un lit mon lit. Tous les matins c’est de mon lit que je me lève. Je m’assois avant de me lever. Je me lève. Je me lève tous les matins je n’y pense pas je me lève tous les matins debout sur mes pieds. Ce matin je ne me suis pas levée car je ne m’étais pas couchée alors je n’ai pas pu ouvrir la porte de la chambre à coucher depuis ici je reste coincée.

Codicille : laisser le texte tordre le réel / ne pas chercher l’absurde / l’écriture va cracher une distorsion - telles sont les mots retenus de la consigne de ce soir au moment de me laisser emporter par mon clavier

A propos de Rebecca Armstrong

Désormais à Toulouse Désormais une newsletter (Les Mots Grattent) Désormais un livre (un deux trois) Et toujours Tiers-Livre, la commu

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